Philosophie : La science est-elle une idéologie ?

Parlons de philosophie aujourd’hui. Les sujets du Bac de philosophie, récemment révélés, ont réveillé mon vieil intérêt pour la philosophie. La philosophie est un exercice excellent, et on peut se poser des questions intéressantes.

Je vais répondre aussi précisément que possible à cette question : la science est-elle une idéologie ?

Avant d’y répondre, on doit se demander quelle est la définition du mot « idéologie ».Sur Wikipedia, on peut lire ceci : une idéologie est, au sens large, la science d’un système d’idées imaginées. L’idéologie s’accompagne de croyances, de notions, d’opinions, de convictions et est parfois constituée en doctrine.

Une idéologie reflète l’ensemble des idées subjectives issues de la pensée humaine, ces idées réunissent les croyances politiques, religieuses, morales, économiques, sociales ou culturelles. Par exemple, la doctrine du régime nazi est une idéologie fondée sur le racisme et l’antisémitisme. Le New Age, quant à lui, est une mouvance dont l’idéologie est basée sur le syncrétisme de diverses croyances qui peuvent se contredirent entre elles.

Mais la science est-elle une idéologie ? Au cours du Siècle des Lumière, la science pris un essor important. Les sciences sont une voie qui entre en opposition avec les superstitions de l’époque. S’instruire, et connaître de nouvelles découvertes fait (peut-être) reculer les croyances, l’information remplace le faux. Mais on a été jusqu’à placer la science comme un absolu, ce que l’on appelle le scientisme. C’est là que commence l’idéologie.

Qu’est-ce qu’une science ? Toute science repose sur la méthode scientifique dont le but est de découvrir et comprendre les phénomènes naturels (physique, chimie, astrophysique, biologie, etc…). Les sciences sont consacrées à la découverte des lois de la nature, elles échappent donc à toute idéologie. Une idéologie, elle, est déterminée de façon subjective et arbitraire. Penser par exemple que « l’homosexualité est sale, qu’elle est une maladie, et qu’elle est le Mal », c’est une idéologie morale. Il ne faut pas oublier que l’OMS avait classé jusqu’en 1990 l’homosexualité parmi les maladies mentales. En effet, jusqu’à il y a un peu plus de vingt ans, l’homosexualité était encore considérée comme une pathologie psychiatrique. Depuis, les choses ont heureusement évolué. Ce n’est pas la médecine qui avait motivé ce classement discriminatoire, mais une idéologie. De même, jusqu’à tardivement, la masturbation avait été considérée comme déviante. De fait, la psychologie, par ses incertitudes et sa subjectivité, n’est pas une science. Souvenons-nous de l’expérience de Rosenhan (https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Rosenhan). Ou selon un point de vue plus nuancé : la psychologie, sérieuse à la base, est mal interprétée voire manipulée par certains de ses représentants. Les dérives de la psychologie ont conduit au développement de la psychanalyse, dont les fondements pseudoscientifiques font qu’elle n’est pas une science mais une idéologie : la psychanalyse se base sur des anecdotes, de la littérature, des affirmations, mais pas sur des faits objectifs vérifiables.

Autour de la question à propos de la psychologie, de la médecine et de la santé : qu’est-ce qu’une maladie ? Une maladie est une affection qui provoque une souffrance à une personne, ou qui cause une souffrance à son entourage. L’on n’est pas malade si l’on ne souffre pas et si l’on ne fait pas souffrir autrui. Être dépressif, ou être paranoïaque, on souffre de ces troubles, donc on est malade. Un homme qui frappe sa femme et la domine, cet homme cause de la souffrance, il est donc malade.Mais être gay, aimer une personne du même sexe, être heureux et vivre à deux, connaître et vouloir le bonheur c’est être sain. Cependant, les homophobes semblent obsédés par ce que peuvent faire les gays, les homophobes ne pensent qu’à ça, ça les obsède, ça les ronge jusqu’à devenir violents et commettre des agressions. Être homophobe (ou raciste) et être asocial à cause de cela, c’est être malade.

Être en bonne santé, ou être « normal », est ce qui est statistiquement fréquent naturellement, pas ce qui est défini selon des critères moraux ayant dérapé dans l’idéologie.

Il y a un philosophe, Kant, qui évaluait la valeur morale d’un acte selon le désordre que celui-ci provoquerait dans la société. Si tout le monde volait, ou tuait, ce serait terrible, donc voler ou tuer est immoral. Si tout le monde se vengeait dès qu’il en a envie, alors la vie serait impossible. En ce sens, la passion extrême est immorale.

Je prends moi-même l’exemple de la vérité : si tous le monde disait la vérité en toute franchise, les gens découvriraient qu’ils ont de faux amis, des faux-culs, les pensées d’autrui seraient connues, des vérités très dures à entendre, et là aussi la vie sociale serait impossible, ça deviendrait la guerre civile. Donc dire la vérité est-il immoral ?

L’intérêt de la question morale : doit-on fonder la morale dans le cœur ou dans la raison ?

La notion de maladie est relative. Dans l’Union soviétique de Staline, par exemple, les prisonniers politiques étaient parfois internés abusivement comme paranoïaques, afin de s’en débarrasser. De même, il est toujours possible de nos jours de faire interner une personne de force, de la bourrer de médicaments. Il suffit pour cela d’une demande manuscrite et d’un certificat médical. Les internements sont très souvent justifiés, mais le risque zéro n’existe pas : il peut toujours y avoir des erreurs ou des abus.

Pour revenir à la notion de scientisme, où la science est placée comme une autorité absolue, il s’agit aussi d’idéologie. On parle de positivisme quand la science est érigée en vérité. Il y a des années autrefois, je pensais à tort que la science était essentiellement fondée sur la vérité.

Quand j’ai découvert le philosophe Karl Popper, je n’étais pas d’accord tout de suite avec lui. C’était un choc, une nouveauté. Mais j’ai progressivement pris conscience que l’épistémologie de Karl Popper est ce qu’il y a de mieux actuellement pour construire la méthode scientifique, avec discernement et objectivité, où la science est importante, sans nier le fait qu’elle a elle-même des limites. L’épistémologie de Popper repose sur un critère : la réfutabilité. Avec ce critère, la science procède par élimination : si une hypothèse se révèle fausse selon les expériences ou les observations, alors l’hypothèse dite falsifiée (ou réfutée) est rejetée, abandonnée. Mais ce qui confère le caractère scientifique d’une hypothèse, c’est la possibilité de pouvoir la réfuter. L’épistémologie de Popper n’est pas une idéologie, puisqu’il s’agit d’une méthode plutôt qu’une doctrine : on cherche objectivement à invalider des hypothèses scientifiques afin d’éprouver leur solidité, les théories scientifiques se construisent par élimination au lieu d’être érigées péremptoirement comme des vérités immuables comme le font certains…

Cela nous amène à une nouvelle question : est-ce que l’éducation et l’instruction sont une idéologie ? Oui, si celles-ci contiennent une idéologie sous-jacente qui est autre que le principe d’informer. L’école laïque promeut la neutralité et l’égalité. Quand on trouve par exemple des éléments bibliques dans des cours d’Histoire, ce n’est pas de l’Histoire, mais plutôt de la culture religieuse, ce qui n’est pas du tout pareil. Diffuser des mythes en les posant comme des vérités irréfutables, voila une situation d’idéologie.

L’un des principes fondateurs de Wikipedia est la neutralité, afin d’éviter que chaque contributeur vienne y rédiger ses propres doctrines, son idéologie, et ses réflexions personnelles. En ce sens, Wikipedia se régule lui-même afin d’éviter le glissement vers des idéologies. Sans règles, Wikipedia deviendrait rapidement un repaire de publicitaires, une vitrine commerciale, voire un inventaire de diverses pensées sectaires… Essayez de créer un site dans lequel n’importe qui écrit librement n’importe quoi, en disant que l’unique règle est qu’il n’y a pas de règles, imaginez ce que cela donnerait comme bordel : effacements compulsifs, réécriture permanente par différents auteurs, idéologies, apologies, insultes… Un peu comme un mur tagué.

Pour revenir à la science et la notion d’idéologie, il faudrait parler d’un fait : la technologie semble prendre de l’importance face à la science tout court. On assiste à l’émergence d’une technologie débridée propre à notre société de consommation. Nous, les consommateurs, on achète des gadgets, des smartphones et leurs applis, des objets connectés, tout ça, et on ne jure plus que par ça. Dans les rues, je vois des gens dont l’attention est absolument focalisée sur un écran de téléphone mobile, chaque fois que je croise quelqu’un… Cela devient même inquiétant. La technologie est-elle devenue, par certains aspects, une idéologie ?

mafalda

 

La science se laisse bouffer par la technologie. On commence à être survolés par des drones. Jusqu’à être filmés dans les chiottes et la salle de bain ? L’obsession de la sécurité, des caméras de surveillance partout (ça n’empêche pas le terrorisme), le mépris des libertés individuelles, voila une autre idéologie.

On le voit, la philosophie amène diverses réponses, et soulève aussi de nouvelles questions.

 

© 2016 John Philip C. Manson

 

 

 

 

Publicités

Sur le consensus scientifique (suite, via Facebook)

Ceci est la suite de l’article éponyme précédent.

J’ai reçu le 17 avril 2013 un message d’un de mes contacts Facebook. Je le reproduis ici et j’y réponds ici pour des raisons de lisibilité (le texte est écrit trop petit sur Facebook).

Voici ce que l’on m’a écrit, je cite (en rouge italique) :

«Je suis perturbé par votre dernier article, vous dites : « les théories sont des représentations faillibles de la réalité, les théories sont (au mieux) crédibles mais elles ne sont pas LA réalité. La réfutabilité établit la faillibilité des connaissances. Nous ne savons rien de la réalité, nous n’avons que des modèles scientifiques, donc faillibles et réfutables. »

Oui, j’assume. Il est vrai que le critère de réfutabilité avec l’épistémologie de Popper ne consiste pas à dire que des théories sont fondamentalement vraies, mais à déclarer que des hypothèses sont fausses quand elles le sont, lorsque des expériences ou des observations infirment ces hypothèses.

Pour appuyer cet argument, je présente des citations célèbres pour montrer que je n’ai pas formulé d’interprétation personnelle.

  • Hubert Reeves, dont je cite : «[…] La science n’est pas un domaine de vérité. La science n’est pas figée, elle ne vous dit pas : « c’est cela », « ce n’est pas cela ». Ça n’est pas une révélation, c’est une démarche souple qui se développe depuis plusieurs siècles […]. Sa robustesse lui vient du fait qu’elle n’est pas figée. Elle doit continuellement intégrer les nouvelles observations, et donc continuellement se remettre en question.» http://www.hubertreeves.info/chroniques/20030927.html
  • Je cite : «Pour Hubert Reeves, «la théorie du Big Bang, qui a pour but de raconter le passé de l’univers, est hautement crédible. Il n’y a pas d’astrophysicien sérieux qui ne la prenne au sérieux». Reste qu’il ne s’agit pas d’une vache sacrée, d’une «Vérité» devant laquelle se prosterner. Cette théorie du Big Bang «repose elle-même sur d’autres théories», et c’est à cet «échafaudage» très spécial que le célèbre scientifique aime à faire réfléchir.»  http://www.liberation.fr/sciences/0101294699-hubert-reeves-astrophysicien-remonte-l-echafaudage-des-differentes-theories-sur-lesquelles-repose-l-explication-de-la-naissance-de-l-univers-les-tortues-du-big-bang
  • « Les intellectuels ne savent rien » dira Karl Popper à 83 ans dans sa conférence de Zurich La recherche de la paix (Toute vie est résolution de problème). Plus qu’une provocation, c’est un symbole de la relativité du savoir, et de la stérilité des conflits de doctrines.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper

Je ne me sers pas de ces citations comme des arguments d’autorité, c’est seulement pour illustrer que la science fonctionne comme je l’ai décrite.

Voici même une vidéo sur l’épistémologie : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/06/19/video-lepistemologie-de-karl-popper-demarcation-sciencepseudo-science/

Une théorie en soi n’est pas une «vérité» ni LA vérité, une théorie reste toujours conjecturale, on ne pourra jamais prouver qu’elle EST exactement la copie conforme et complète de la réalité, elle n’en est qu’une approche la plus fidèle possible.

N’est ce pas laisser une porte ouverte à des théories farfelues, une brèche dans laquelle les partisans de l’hypercritique peuvent développer leur élans créationnistes, que ce soit sous forme d’inspirations bibliques ou du nouvel-âge ? De la théorie de l’intelligent design (une forme de théologie) qui tient à décrire les évènements passés ou par le concept de co-création qui lui laisse entrevoir la possibilité d’une influence sur le futur (une forme de voyance), les croyances et superstitions exploitent toujours les marges de la connaissance, le passé (d’où venons nous), le futur (où allons nous), parce qu’elles échappent à notre compréhension intuitives. Le présent étant toujours le point où s’exprime la faute et le péché, c’est-à-dire pour ceux qui sont dans un élan spirituel le moment où s’exerce le libre arbitre pour choisir de sortir d’une erreur originelle (péché, karma, le mal, etc) et allez vers autre chose qui est sensée être meilleur (extase, nirvana, le bien, etc). Si l’ignorance de notre passé et l’inconfort de notre futur devient un pilier de la théorie de la connaissance, comme vous dites « Nous ne savons rien de la réalité », alors le succès des psychothérapeutes spécialistes en développement personnel est assuré, il pourront toujours se couvrir d’une démarche scientifique, épistémologique puisque « les théories sont des représentations faillibles de la réalité » (de faillir : latin fallo, grec ancien φηλόω, phêlóô (« ruser, tricher »), φῆλος, phêlos (« tricheur ») )… c’est-à-dire « tromper », avec ces dérivés comme falsidicus, menteur — falsus, faux. On en reviens facilement à l’idée de faute, d’erreur, et d’un péché qui s’est glissé là par inadvertance. 

  • « Une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. Pour les théories, l’irréfutabilité n’est pas (comme on l’imagine souvent) vertu mais défaut. »  (Conjectures et réfutations, Karl Popper (trad. M.-I. et M. B. de. Launay), éd. Payot, 1985, p. 64)

La relativité de la «vérité» scientifique n’interdit pas qu’il faut toujours rester critique. Une théorie scientifique gagne en crédibilité à travers des faits qui la corroborent, mais ça ne l’établit pas comme vérité. C’est là la nuance. Il suffit d’un seul contre-exemple pour invalider une hypothèse, voire une théorie entière, même quand on ne s’y attend pas. Il y a quelques mois, avec l’expérience OPERA, on a bien failli croire que les neutrinos allaient plus vite que la lumière était une nouvelle vérité. Hé bien non, toute vérité est faillible. Une contre-expertise (ICARUS) a finalement prouvé qu’il existait une erreur expérimentale qui avait biaisé les résultats. Les neutrinos supraluminiques sont une hypothèse qui a été réfutée.

Les théories scientifiques sont réfutables : elles peuvent être soient corrigées, soient réfutées.

En ce qui concerne les théories farfelues, on ne peut pas les mettre à égalité avec les théories scientifiques. Par exemple, je formule l’hypothèse suivante : «Dieu existe». Avec une hypothèse pareille, je ne trouve aucune possibilité de concevoir une expérience permettant de réfuter cette hypothèse si celle-ci est fausse. L’irréfutabilité d’une hypothèse ôte la scientificité de celle-ci, elle ne peut donc pas être considérée comme une hypothèse scientifique.

Pour la science, Dieu est inconnaissable. Dieu n’est pas une hypothèse nécessaire. En revanche, rien n’empêche les croyants de croire en Dieu, c’est leur liberté fondamentale. Cependant, l’amalgame entre science et religion, et c’est là le danger, est une imposture.

Mais avec une théorie scientifique crédible comme la théorie du Big Bang, on n’a pas trouvé encore de contre-exemple qui invalide tout l’édifice théorique de la cosmologie moderne, on accumule des preuves directes et indirectes via les observations. C’est le caractère de potentialité de réfutation qui confère à une théorie son caractère scientifique. Avec une hypothèse comme «Dieu existe», non seulement on ne peut rien réfuter si l’hypothèse de Dieu est fausse, mais en plus on ne peut pas non plus en acquérir des preuves expérimentales ou observationnelles par n’importe quel moyen instrumental.

L’esprit critique ne consiste pas à nier tout en bloc. Et la science ne consiste pas à ériger des vérités immuables.

  • «Douter de tout ou tout croire, ce sont les deux solutions également commodes qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir.»  (Henri Poincaré)

Le relativisme de la vérité scientifique ne signifie pas l’absence de démarcation entre les pseudo-sciences et les sciences. Toute hypothèse ou connaissance ayant un caractère scientifique est réfutable si (et seulement si) cette connaissance a la possibilité d’être fausse, au moyen nécessaire d’une expérience permettant une réponse binaire exclusive : crédible OU faux. Évidemment, cela ne veut pas dire que les théories scientifiques sont toutes fausses. On ne peut approcher la «vérité» objective qu’asymptotiquement sans jamais pouvoir l’atteindre. Une théorie scientifique pourrait être vraie, mais nous ne le saurions même pas, nous ne pourrions pas prouver qu’elle est vraie même si elle est vraie dans l’absolu. La science procède par élimination des hypothèses fausses, la science ne construit pas des vérités, c’est ça la nuance que j’ai toujours soutenue depuis que je suis blogueur.

Un modèle théorique est juste un outil mathématique très crédible par rapport aux faits. C’est pour cela que j’évoque que les théories sont des représentations faillibles de la réalité. On peut observer très bien les phénomènes physiques avec nos yeux, mais tout dépend des interprétations que l’on fait des résultats quantitatifs. Et on peut mal interpréter, et se tromper.

Sans le critère de réfutabilité, la science érigerait des dogmes définitifs, et ce ne serait plus vraiment de la science.

Ce sont les théories farfelues des pseudo-sciences et des mysticismes qui se proclament comme des vérités absolues. Et qui ne veulent surtout pas se laisser analyser. Et qui osent nier arbitrairement des moyens comme la datation radio-isotopique (carbone 14 par exemple : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/31/le-suaire-de-turin-serait-il-contemporain-de-lepoque-du-christ/ )

«Blasphème ! Ce sceptique hérétique ose critiquer la sainte théorie ! » 

iconlol

Vous vous inquiétez des dérives dans le domaine des psychothérapies. La psychanalyse par exemple, vous pensez qu’elle risquerait d’égaler la science sous prétexte de la relativité de la vérité scientifique ? Le problème n’est pas là. Les thèmes de la psychanalyse ne peuvent pas prétendre au critère de la réfutabilité. Des concepts comme le complexe d’Oedipe a t-il été l’objet d’expériences reproductibles, contrôlées, et en double aveugle ? Non. La psychanalyse est au mieux, une philosophie, une spéculation intellectuelle ou de la masturbation mentale, et, au pire, je n’ose même pas dire ce que j’en pense, ses adeptes pourraient me lyncher… 😉  Et si on y réfléchit, on s’aperçoit aussi que le concept de pervers narcissique n’existe qu’en France, ce terme est issu d’un livre d’un seul auteur, un psychanalyste français. Ce terme n’a d’équivalent que dans la langue de Cervantès et en langue occitane. Si vous parvenez à retrouver une référence académique avec un terme équivalent dans la langue de Shakespeare («Oh… What is a narcissistic perv ?»), je vous remets le prix Nobel. Moi, je n’ai rien trouvé. Peut-être que parce que ce mot est lié à une particularité de la culture française, où la subjectivité des autochtones joue plus que l’objectivité scientifique.  🙂



Sur la page wikipédia consacré à la Théorie de la connaissance, je lis : « La théorie classique repose sur l’idée que la connaissance est une croyance vraie et justifiée, et non seulement une croyance vraie. » ou l’ajout d’une démonstration de la croyance, la « justification », change la portée de la connaissance. Dans mes discussions avec des personnes adeptes de théories farfelues à qui j’essayais de démontrer les erreurs de raisonnement, il m’a simplement été répondu que j’étais moi aussi dans une croyance. Ce qui n’est pas faux, tant que l’on s’extirpe pas du paradoxe du menteur. 
Et c’est là que je suis perturbé.

Prenons l’exemple des mathématiques. Les théorèmes démontrés au bout d’années d’effort, avec des calculs très rigoureux, ces théorèmes mathématiques sont-ils vrais ? Vis à vis de la logique, les théorèmes sont vrais, mais ils dépendent directement des axiomes. Un axiome (du grec ancien αξιωμα/axioma, « considéré comme digne, convenable, évident en soi » lui-même dérivé de αξιος (axios), signifiant « digne ».) désigne une vérité indémontrable qui doit être admise. Si les axiomes sont vrais dans l’absolu, les théorèmes sont vrais. S’il existe un axiome faux mais qu’on ne le sait pas, alors les théorèmes qui en dépendent sont faux eux aussi et on ne le saurait pas. En général, les axiomes sont des concepts très simples, on peut les supposer comme «vrais», comme par exemple les axiomes qui servent de base à la géométrie euclidienne. Mais en mathématiques, la notion de vérité pose moins de problème qu’avec les sciences expérimentales. Bref, un axiome est un choix conventionnel qu’on trouve crédible sans preuve ; en maths ça ne me dérange pas, c’est comme ça.

L’absence du critère de réfutabilité ôte tout caractère scientifique aux théories farfelues, c’est cette faille qu’il faut exploiter. Et ce dont il faut se méfier avec les pseudo-sciences, ce sont les sophismes et les paralogismes. Et la charge de la preuve revient à ceux qui affirment l’existence d’un phénomène (par exemple : la télépathie, la voyance, le débarquement des petits hommes verts…). Le livre de Normand Baillargeon («Petit cours d’autodéfense intellectuelle», éditions LUX) est très intéressant pour désamorcer les paralogismes, dans ce bouquin j’ai même appris des astuces que je ne connaissais pas, je recommande ce bouquin. J’ai écrit un article sur les paralogismes : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/04/15/des-paralogismes-dans-un-document-sceptique-sur-nibiru-et-anunnakis/

Une théorie bancale peut dériver en une croyance. Mais qu’est-ce que le scepticisme ? Le scepticisme n’est pas une théorie scientifique, il est un métalangage pour travailler sur les théories scientifiques, l’esprit critique n’est qu’un outil. La méthode scientifique évalue les théories scientifiques à travers des faits. Mais la méthode scientifique n’a pas la finalité de s’évaluer elle-même. Ce qu’on appelle la théorie de la connaissance et son étude, ça relève de différentes épistémologies.



Dans une de mes prochaines questions je reviendrai sur ce que vous disiez là au sujet de la vitesse de lumière : « Mais cela ne veut pas dire que les sceptiques affirment que les voyages supraluminiques n’existe pas. Cela veut dire qu’on ne peut pas savoir si c’est valide ou faux tant que des expériences n’auront pas été réalisées. On attend juste des preuves. ». Car j’avoue être perplexe avec l’utilisation qu’en font certains sectes New Age, là aussi il y a une faille de sécurité mentale.»

Oui, je devrais reformuler ces phrases autrement, je n’ai pas été assez précis.

Pour reformuler plus clairement :

La vitesse de la lumière est un postulat de la théorie de la relativité. C’est à partir de ce postulat que mon raisonnement a été développé pour montrer des incohérences théoriques à propos des voyages spatiaux à une vitesse proche de la célérité de la lumière dans le vide. https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/12/de-limpossibilite-des-voyages-interstellaires-a-la-vitesse-de-la-lumiere/

Dans la théorie de la relativité générale, un observateur en mouvement par rapport à un observateur au repos voit sa masse augmenter lorsque sa vitesse devient relativiste. L’inertie augmente, et donc le voyageur doit vaincre cette inertie pour pouvoir aller plus vite. L’énergie cinétique devient très importante à l’approche de la vitesse de la lumière. Ainsi, le moindre impact de poussière peut causer des dégâts considérables sur la paroi du vaisseau spatial du fait de l’énorme énergie cinétique. L’ampleur des dégâts croît exponentiellement à l’approche de la célérité de la lumière, dans le cadre de la théorie de la relativité : l’énergie cinétique croît selon le carré de la vitesse et en fonction de la transformation de Lorentz (proportionnellement selon le facteur gamma).  http://fr.wikipedia.org/wiki/Transformations_de_Lorentz

Il suffit par exemple que la théorie de la relativité soit invalidée partiellement, par exemple, par une nouvelle découverte qui impliquerait que la célérité de la lumière ne soit plus vraiment la limite, et que les voyages interstellaires puissent trouver un moyen de dépasser la vitesse de la lumière. Dans un pareil contexte, modifier la théorie de la relativité revient à remettre en question tout ce que j’ai dit sur l’impossibilité des voyages interstellaires : l’énergie cinétique des impacts de poussière interstellaire ne croît plus aussi dangereusement que je ne l’avais raconté : en physique classique, l’énergie cinétique augmente selon le carré de la vitesse.

Les raisonnements qui s’inspirent des théories scientifiques n’échappent pas à la réfutabilité. En chimie, on a utilisé le phlogistique jusqu’à ce que nous abandonnions ce concept, avec une théorie plus crédible. En cosmologie, on a utilisé le concept d’éther, jusqu’à ce qu’Einstein a déclaré qu’il fallait abandonner ce concept, parce que la théorie de la relativité était plus crédible.

Bref, il existe des théories plus crédibles que d’autres (à travers le critère nécessaire de réfutabilité), mais ça ne signifie pas en conséquence que la théorie la plus crédible EST la vérité.

« Mais cela ne veut pas dire que les sceptiques affirment que les voyages supraluminiques n’existe pas. »     <<< cette phrase veut dire que les sceptiques ne nient rien, ils mettent juste une hypothèse à l’épreuve. Ce sont les faits qui tranchent, pas les sceptiques. Les sceptiques ne sont que des observateurs objectifs.

  • « La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives. » (Bertrand Russell)

Les sectes utilisent le jargon scientifique, mais ils n’ont de la science que les mots, ce n’est qu’un habit. La faille des sectes, c’est le sens objectif des mots qu’elles utilisent. J’ai un exemple récent dans cette page : http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20130412061329AAB0cOa  Le New Age s’invite dans une rubrique consacrée à la chimie qui est une science, cette mouvance vient distiller sa doctrine dans laquelle on retrouve des thèmes familiers (on commence à les connaître…). Mais examinons de plus près, je relève une phrase bizarre, je cite : «[Le cristal de roche] purifie, amplifie l’aura et facilite le voyage astral». Est-ce que cette affirmation est réfutable ? Non, l’aura est un objet mystique inobservable, inconnaissable, inquantifiable… Par contre, l’aura est très fréquemment confondue avec un phénomène physique bien réel : l’effet corona, présenté abusivement comme une «preuve» de l’effet Kirlian. http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_corona   Là, on voit que la réfutabilité est indispensable, sinon le New Age érigerait sa doctrine en dogme, et la science érigerait elle aussi ses théories en vérité. On imagine les dangers qui peuvent en résulter… La réfutabilité est un garde-fou. Sans Karl Popper, je me demande à quoi la science ressemblerait, et je me demande si les sectes n’y verrait pas un meilleur moyen de créer leur amalgame entre science et mysticisme.

  • « Ce n’est pas le doute qui rend fou, mais la certitude. »   (Friedrich Nietzsche)

Moi aussi, j’ai eu du mal à accepter les idées de Karl Popper au début, en croyant à tort que la science consistait à collectionner des vérités vraies réellement réelles. 😉  À l’école, on n’aborde jamais les définitions de la scientificité, je pense que cette lacune est préjudiciable. Par ma propre expérience personnelle, j’estime que l’épistémologie de Popper est la mieux appropriée pour la méthode scientifique. La démarcation est une priorité et une nécessité. Je considère la science comme laïque. Cela n’empêche pas les scientifiques d’être des croyants, mais la croyance relève de la vie privée, la croyance ne doit pas interférer avec le regard critique objectif de tout observateur ou expérimentateur.

Comme les théories scientifiques, l’épistémologie est un domaine qui ne prétend pas à la vérité. L’épistémologie de Popper est la plus crédible, la plus efficace pragmatiquement, qui donne des résultats exploitables, par rapport à d’autres épistémologie (par exemple celle de Feyerabend). Mais, je dis bien « mais », cela ne veut pas dire que l’épistémologie de Popper est LA vérité. Bien que Popper a une influence «absolue» 😉 dans la philosophie des sciences, Popper n’est pas le pape, la science n’est pas une Église. S’il y avait encore plus efficace que Popper, je suis preneur. Sinon je me contente de Popper.

La science, finalement, c’est comme dans l’ingénierie : peu importe si les modèles sont «vrais», seule leur valeur opératoire importe. Le modèle théorique de l’atome par exemple, il peut comporter des erreurs sans que nous ne le sachions, mais c’est un modèle qui marche, qui donne des résultats : c’est là l’essentiel. Si on peut améliorer les modèles, on augmentera en efficacité. On sait fabriquer de l’aspirine pour soulager les migraines des mathématiciens, et surtout celles de ceux qui souffrent à cause des maths à l’école, on sait faire de l’aspirine c’est l’essentiel, même si on pourrait se tromper dans les concepts théoriques de la chimie.

Mais les doctrines mystiques, contrairement aux sciences, n’ont guère évolué depuis des siècles…

La science a pour moteur les erreurs pour construire les connaissances. Des connaissances faillibles, c’est-à-dire critiquables et perfectibles. D’où l’intérêt des controverses scientifiques : ce sont les erreurs qui font avancer.

Je termine par une image qui résume à la fois humoristiquement et sérieusement la scientificité sous un angle épistémologique :

sciencevscreation

En espérant avoir été suffisamment limpide.

Cordialement.

—–

Au lendemain de la publication de mon présent article, mon contact Facebook m’a répondu :

Je cite :

«Merci d’avoir pris du temps pour répondre.
J’ai trouvé ce qui me manquait, on ne cherche pas le coupable (la bonne piste, la vérité), on élimine les mauvaises pistes.
Comme dans une enquête « scientifique ». Ce qui évite la justice arbitraire en place publique. 
Je retiens l’image d’une « traque » en entonnoir, où les théories sont _les suspects_, la scène de crime _la réalité_ et le critère de réfutabilité _les alibis_. Quand on est en défaut de suspects, on ne sait pas, alors on élabore de nouvelles théories, et on reprend ses billes.
La satisfaction est de trouver de nouveaux éléments sur la scène de crime, confirmant une seule théorie. Au pire, on trouvera meilleure explication parmi un des suspects restant en lice. Mais il est « rare » qu’une théorie éliminée revienne en scène.
De plus, on a pas besoin de mobile : Dieu, Magie, pouvoirs occultes…

Au sujet du vaisseau spatial, l’hypothèse d’un voyage supraluminique est évoqué dans cette page wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9trique_d%27Alcubierre
Le modèle mathématique d’Alcubierre décrit une vague déformant l’espace-temps, et sur laquelle un vaisseau pourrait « surfer », celui-ci ne subissant pas (d’après ce que j’ai compris), les effets d’une vitesse supraluminique. C’est la bulle autour de lui qui se déplace, et par rapport à elle le vaisseau est juste immobile sur la vague. C’est du surf quoi… Je connais un secte New Age qui utilise ce concept pour convaincre « scientifiquement » leurs adeptes qu’il sont en contact avec des êtres (immatériels, qui plus est) venant du futur. Ce qui permet de plus de faire de la voyance « expérimentale ».

Au plaisir de vous suivre dans vos articles.»

Le parallèle entre la méthode scientifique et le fonctionnement du système judiciaire est pertinent. Ce sont deux méthodes équivalentes. Ce n’est peut-être pas par hasard que le magistrat Pierre de Fermat (juriste, avocat à Bordeaux, conseiller du roi auprès du Parlement de Toulouse) fréquentait les milieux scientifiques et était lui-même aussi un grand mathématicien (via le fameux théorème de Fermat qui a tenu en haleine des générations de mathématiciens).

Dans le système judiciaire, l’hypothèse de la culpabilité est soumise au critère de réfutabilité. Il y a possibilité de réfutabilité lorsqu’un alibi est vérifiable. Un alibi en béton, solidement vérifié, réfute la culpabilité, et établit donc l’innocence d’un suspect. Ou mieux encore, c’est l’hypothèse de la présomption d’innocence qui est soumise à l’épreuve des faits. Des preuves compromettantes accablent un suspect, donc son innocence présumée est réfutée. C’est l’innocence qui est réfutable à travers la vérification de l’alibi.

Si le système judiciaire n’était pas rationnel ni objectif, des abus se produiraient, ce ne serait plus de la justice mais de la terreur. Par exemple, le suspect est laid ; les jurés s’exclament : « – Délit de sale gueule, il est si laid que l’on devrait rétablir la guillotine ! », « – Messieurs les jurés, calmez-vous ! ».

iconlol

Bref, il est pertinent de comparer la rationalité de la justice à celle de la recherche scientifique. Le crime parfait n’existe pas. La théorie scientifique parfaite n’existe pas non plus. Le qualificatif de culpabilité est faillible, on doit pouvoir essayer de réfuter la culpabilité d’autrui. On procède par élimination des suspects innocentés par leur alibi. De même, toute théorie scientifique est faillible, on doit pouvoir essayer de la réfuter, on doit obligatoirement pouvoir la réfuter si elle est fausse. Évidemment, on préfère choisir les hypothèses les plus simples, donc les plus probables (par exemple, la combustion de méthane dans les marécages est plus probable que les feux follets surnaturels).

En ce qui concerne Alcubierre, son modèle est intéressant, il a le mérite de présenter des calculs, mais il n’est encore qu’une hypothèse à tester. Pour produire une vague dans l’espace-temps, je ne vois que les ondes gravitationnelles comme possibilité la plus crédible (les ondes gravitationnelles sont prédites par la théorie de la relativité, elles sont crédibles mais elles peuvent néanmoins être une hypothèse fausse). En supposant que les ondes gravitationnelles existent, la production de celles-ci nécessite une énorme quantité d’énergie, comme par exemple un système binaire de deux étoiles à neutrons en orbite l’une et l’autre. Il faudra surtout réaliser une expérience afin de tester l’hypothèse d’Alcubierre : avec un interféromètre, on compare la vitesse de la lumière dans un espace-temps «plat» avec la vitesse de la lumière qui se propage dans un espace-temps plissé (de type Alcubierre). C’est l’expérience qui déterminera si l’hypothèse d’Alcubierre est factuellement valide ou fausse. Pour l’instant, une telle expérience n’a pas encore été réalisée. Par exemple on pourrait utiliser un système binaire de pulsars, ces corps font éclipse sur une étoile lointaine située en arrière-plan, et on devrait voir par interférométrie une variation de la vitesse de la lumière de cette étoile, enfin c’est à peu près ce genre d’expérience qu’il faudrait tenter.

Mais soyons bien clair que le modèle d’Alcubierre reste une hypothèse quand qu’elle n’aura pas été testée expérimentalement. Un modèle peut paraître séduisant, crédible, véridique, mais ça ne veut pas dire que le modèle ou l’hypothèse EST la réalité.

Ce sont les faits qui sont vrais, pas les représentations logico-mathématiques que l’on en fait, surtout si on théorise avant de faire des expériences.

La science n’est pas fondée sur la confiance envers les théories, mais sur l’exigence de réfutabilité. On doit tenter de démolir une théorie pour évaluer sa solidité. Quand une théorie s’effondre comme un château de carte, on fait avancer la science, contrairement aux apparences.

  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. » (d’après un professeur à Polytechnique et chercheur du CNRS)

© John Philip C. Manson

Ma position par rapport au mouvement des Brights

Le Mouvement des brights regroupe des individus qui portent sur le monde un regard « naturaliste », c’est-à-dire libre de tout élément surnaturel ou mystique ; les brights fondent leur éthique et leur comportement sur une compréhension naturaliste de l’univers. S’inscrivant dans la continuité des Lumières, le réseau international des brights s’est constitué comme mouvement de visibilité de celles et ceux qui portent un regard « naturaliste » sur le monde ; le mode d’existence du réseau est basé sur l’utilisation d’internet.

  • Le naturalisme philosophique est la position selon laquelle rien n’existe en dehors de la nature : il n’y a rien de surnaturel ou, à tout le moins, que le surnaturel est sans influence sur le naturel.
  • Le siècle des Lumières est un mouvement intellectuel initié en Europe du XVIIIe siècle, dont le but était de dépasser l’obscurantisme et de promouvoir les connaissances; des philosophes et des architectes intellectuels, encourageaient la science et l’échange intellectuel, en s’opposant à la superstition, l’intolérance et les abus de l’Église et de l’État.

Voici ma vision des choses ci-dessous (c’est identique à la science actuelle, quand la méthode scientifique est respectée avec intégrité, professionnalisme et transparence) :

En ce qui me concerne, ma philosophie se base sur un naturalisme atomiste, matérialiste, mécaniste et empiriste. Je me base sur la méthode scientifique à travers le critère de la réfutabilité, dans le sens donné par Karl Popper. Le principe de réfutabilité en science a pour conséquence que la science n’établit pas des vérités inébranlables, mais des vérités faillibles fondées sur des représentations faillibles de l’univers et de la nature, à travers la recherche empirique. Ce qu’on appelle vérité est quelque chose de relatif. En revanche, des hypothèses fausses qui sont réfutées par des faits, sont infirmées définitivement. C’est la fausseté réelle des choses fausses qui est une vérité bien tranchée. Ainsi, à la lumière des faits, des connaissances peuvent être soit a priori vraies, soit certainement fausses. Une hypothèse (ou même une théorie scientifique) ne s’érige pas en vérité ; une hypothèse ou théorie est évaluée selon sa solidité par confrontation aux faits.

En physique et dans les autres sciences de la nature, une connaissance est faillible : si elle est fausse en soi, sa fausseté peut être définitivement établie, tandis que si elle est vraie en soi, on ne pourra pas prouver qu’elle est absolument vraie, on pourra juste corroborer la connaissance, on remarquera sa cohérence. Ce qu’on appelle la vérité, en sciences, ne se trouve que dans les mathématiques. Les maths sont indépendantes du monde matériel, elles sont abstraites, leurs lois leur sont propres. C’est étonnant que les maths soient autonomes par rapport au monde matériel, et qu’en même temps les maths peuvent expliquer de nombreux phénomènes matériels. Je suppose que le grand mathématicien Cédric Villani est de mon avis.   😉  Et désolé si je ne dis pas «LA mathématique», au singulier, question de (mauvaise) habitude.  🙂

De plus, les maths ont un avantage : il suffit d’un crayon et d’un papier, ou d’une craie et d’un tableau noir (mais un superordinateur pour les calculs longs c’est bien mieux). Les sciences expérimentales, elles, sont plus contraignantes : il faut un budget pour les instruments scientifiques, il faut faire un montage expérimental rigoureux (c’est facile de foirer une expérience), et parfois ça explose à la figure.

iconlol

  • Question métaphysique : la matière précède t-elle les mathématiques ? L’homme pensant invente ou crée les maths et les utilisent. Les cerveaux préexistent par rapport à l’existence des maths. Les maths existeraient-elles s’il n’existait pas d’hommes pensants ?

Je pense que les maths sont une extension de notre propre conscience. Peut-être que la conscience elle-même est un calcul auto-référent, mais je préfère vous éviter la migraine.

Retour sur ce qu’est une théorie scientifique :

methodescientifique

Pour faire une métaphore, une théorie est comme la sculpture d’une statue : on n’ajoute pas du matériau à l’ouvrage, mais on procède par élimination, on enlève ce qui est superficiel, comme si on taillait un roc informe, et l’ouvrage qui reste est ce qui est a priori vrai, sinon crédible. Mais c’est un ouvrage crédible qui ne sera jamais achevé définitivement, car il est sans cesse affiné petit à petit. A contrario, les hypothèses et théories douteuses, dans le contexte de la fraude scientifique, ou de la science fringe, ou de la pseudo-science, se caractérisent par des rustines multiples ajoutées ad hoc selon les faits nouveaux, sans même corriger ni remettre en question l’hypothèse ou la théorie érigée en dogme… Plus on rajoute des rustines sur les roues d’une théorie pour sauver celle-ci, moins le vélo roulera bien…

Ma vision naturaliste est caractérisée par des critères précis : un naturalisme scientifique dépourvu autant que possible de toute forme de subjectivité, un naturalisme fondé sur l’expérimentation et la réfutabilité. Une conception fondée sur l’utile et le nécessaire, tout en ayant conscience des incertitudes inévitables.

Jamais il ne faudrait dire qu’une théorie scientifique est vraie. Elle peut être vraie et cohérente mathématiquement, mais la physique comporte des incertitudes quantitatives que les mathématiques strictes ignorent. Par exemple, l’infini existe en maths, mais pas en physique. Une théorie scientifique n’est donc pas une vérité absolue, on dit plutôt que la théorie est crédible, à la fois par rapport aux maths, et à la fois par rapport aux expériences ou observations. Et cette crédibilité se mesure sur la cohérence propre de la théorie (accord entre les maths et l’expérience du réel) mais aussi sur la cohérence par rapport à l’édifice scientifique établi et par rapport aux sciences interdisciplinaires. Par exemple, en électrochimie, par exemple en réalisant une électrolyse : les lois de la physiques (électrostatique, électrodynamique, électromagnétisme) ne doivent pas entrer en contradiction avec les lois de la chimie (théorie de l’atome, modèle atomique, réactions chimiques).

Ensuite, jamais je n’accepte de voir la science associée à la pseudo-science et au mysticisme. Karl Popper avait posé un principe de démarcation épistémologique. Cette démarcation est une nécessité.

Et jamais je n’accepte de voir la science récupérée abusivement par des idéologies politiques ou religieuses dont la finalité est le pouvoir et le profit au mépris de la démocratie et de la liberté des peuples. La science doit rester indépendante de toute influence subjective. Le lyssenkisme sous l’idéologie soviétique par exemple. Le créationnisme par l’intégrisme chrétien ou autre, aussi, par exemple.

La désinformation est inacceptable. Tout citoyen a droit à l’information et à l’éducation. Les journalistes ont des devoirs déontologiques (Charte de déontologie du journalisme) : devoir de vérité, devoir de rectifier ce qui est inexact, devoir de rester critique, refus du sensationnalisme.

De même, le naturalisme non plus ne doit pas dénaturer la science pour servir l’athéisme. Ce que l’on croit ou ce que l’on ne croit pas ne fait pas partie de la science. Si j’avais des croyances, je les aurais mises au vestiaire quand j’entre dans l’arène de la science. En tant qu’athée ou agnostique, cela importe peu sur le suivi de la démarche scientifique. Les émotions aussi, il faut les laisser au vestiaire. Je n’ai besoin que d’un cerveau frais pour faire un raisonnement logico-mathématique, des yeux pour observer et expérimenter, et l’absence de subjectivité afin d’interpréter sans superficialité les données quantitatives des phénomènes observés.

La connaissance est un édifice faillible fondé sur une méthode qui a fait ses preuves. La science, ça marche, mais des conditions sont à respecter.

Si dépasser l’obscurantisme et promouvoir les connaissances sont l’objectif des Brights, je vais plus loin que ça. Comment ça ? La connaissance pourrait être vue comme une vérité qui abolit les mensonges de l’obscurantisme. Dans mon blog, j’ai montré que même des connaissances à l’apparence scientifique, à travers les médias de tous les jours, sont matière à tromperies, erreurs, lacunes et croyances… Le scepticisme scientifique, selon moi, doit s’appliquer aussi sur la (mauvaise) vulgarisation scientifique via le journalisme grand public. Depuis une dizaine d’années, et avec l’influence d’Internet, la vulgarisation perd en qualité (certains magazines, mais surtout dans le web), ça devient comme la malbouffe… On remplit le cerveau vite, mais mal, et inutilement. Mieux vaut former le cerveau au doute. L’émergence de magazines pseudo-scientifiques aggrave les choses.

J’ai ouvert une porte, d’autres devraient me suivre. Il n’existe pas d’information infaillible, le taux d’erreurs quantitatives dans le mauvais journalisme des sciences est plus grand qu’on ne l’avait pensé. La méthode scientifique et le raisonnement logico-mathématique c’est plus important que le concept de naturalisme, bien que les sciences tendent à montrer que l’univers est naturel et que l’hypothèse d’un Dieu est inutile. La science n’a pas à s’embarrasser de mysticisme. La rigueur dans la méthode scientifique, à travers la réfutabilité des hypothèses et des théories, c’est plus important que la crédibilité des théories elles-mêmes. En gros, peu importe la laideur de la destination, pourvu que le voyage ait été bon, Voila.

Tout doit être autopsié (tout doit-il disparaître ?). De quoi être indécis entre l’autopsie et la boucherie… Toubib or not toubib, that is the question.

iconlol

© 2013 John Philip C. Manson

Comment donner le goût d’apprendre ?

Comment donner le goût d’apprendre ? C’est une question difficile, tant parce que tous les gens sont différents que par les méthodes que l’on ne peut pas généraliser. Je pense qu’il existe autant de méthodes que d’élèves.

Si l’illettrisme des jeunes est un problème préoccupant, il y en a un qui l’est tout aussi : l’illusion de connaître. Croire savoir est aussi périlleux que de ne pas savoir lire et écrire. Croire toutes les infos comme vraies, c’est aller droit dans le mur. Apprendre, voila un mot dont le sens doit être soigneusement approfondi. Apprendre quoi ? Pour qui ? Pourquoi ? Se poser des questions est toujours sain. Mais donner des réponses toutes faites, définitives, c’est risquer de ne pas avancer.

Apprendre à lire et à écrire, c’est une étape très importante de la vie. Mais cela n’est qu’une partie des outils nécessaires à notre vie. Il faut aussi apprendre à différencier les infos, à les disséquer pour évaluer leur pertinence, exiger des faits. L’aptitude au questionnement critique est indissociable de la capacité de lire et d’écrire. Savoir lire et écrire ne suffit pas. On peut être capable de bien lire mais sans avoir de recul critique, sous peine de croire n’importe quoi. Il n’y a qu’à voir par exemple l’inquiétude de certains internautes qui croyaient à l’imminence de la fin du monde du 21 décembre 2012. Je pensais que ces peurs irrationnelles appartenaient à une autre époque (le haut Moyen-Âge), mais cela perdure toujours, malgré que tout le monde aille à l’école…  C’est affligeant…

Le manque d’attitude critique est un vrai problème de société. La crédulité peut faire des ravages et conduire à des dérives, comme les sectes et le business du paranormal.

Nier la nécessité de l’esprit critique, c’est comme empêcher les gens de lire et d’écrire. C’est au même niveau. La négligence de cette priorité se paye par une lente dégradation de la pensée. Ne pas savoir lire ni écrire est un problème (ce n’est pas un crime non plus, il n’y a évidemment pas de coupables mais seulement des victimes), mais l’absence d’esprit critique est aussi un problème sérieux.

De nos jours, avec cette merveille qu’est Internet, beaucoup prennent l’habitude (mauvaise) de copier et de coller du texte pour relayer des informations, sans même y faire la moindre analyse objective. C’est fréquemment le cas des élèves qui recherchent sur Google et qui puisent dans l’encyclopédie Wikipedia le plus souvent. Le patient travail de documentation, ça devient apparemment pénibles pour certains. Certains sont tentés par le plagiat (des élèves, par facilité, pompent des textes pour faire leurs devoirs). D’autres, très nombreux, se satisfont des réponses simples, toutes faites, et ne se posent pas de véritables questions, ni ne remettent rien en question (ils devraient pourtant se botter violemment le Q dès le matin).

Il n’existe pas d’informations infaillibles. La fiabilité des informations n’est jamais garantie d’avance. Ni dans les livres, ni sur Internet. Seul un travail d’analyse permet d’évaluer la solidité des infos.

Il ne faut jamais prendre l’habitude de considérer la lecture, l’écriture et encore moins l’esprit critique comme une corvée que l’on doit s’acquitter le plus rapidement possible… Lire, écrire, analyser, ce sont des outils utiles et indispensables.

Accéder à la connaissance repose sur une méthode assez simple, mais qui demande du travail et de la volonté. Vouloir apprendre, voila la base. Explorer, enquêter, y trouver du plaisir, c’est comme un jeu ou un loisir. Mais prendre des outils essentiels comme une corvée pénible, c’est se destiner à ne rien faire. Lire, écrire, douter, ça ne s’applique pas forcément aux domaines intellectuels comme les sciences, cela peut concerner le bricolage et les inventions, voire l’artisanat. Dans ces activités-là, aussi, on trouve toujours l’occasion de devoir se documenter pour appliquer une méthode, innover ou créer quelque chose en expérimentant, découvrir une connaissance, ou même transmettre un savoir-faire.

Apprendre ? Il faut commencer par le vouloir. Ensuite, il est bon de savoir qu’il faut de la patience. Aller vite ne sert à rien et c’est contre-productif. Une corvée apparente peut se révéler comme un véritable outil utile, parce qu’il existe au moins toujours une situation où un apprentissage s’applique dans un contexte plaisant et ludique. Puis il faut de l’auto-discipline, être responsable face à son devoir. Vraiment, ça n’a pas d’importance en ce qui concerne qui arrivera premier ou dernier, chacun a son rythme, pourvu que l’on y arrive. Apprendre, c’est un défi d’abord lancé à soi-même et pour soi-même ; ce n’est pas une compétition entre des rivaux qui comparent leurs notes de leurs devoirs de classe.

Apprendre, c’est aussi vouloir avancer, et pour cela il faut ignorer ce venin nauséabond que sont les critiques négatives pessimistes dévalorisantes humiliantes (souvent les marchands de conseils qui vous prennent de haut ne connaissent absolument rien du domaine qui vous concerne). Pour avancer, il faut juste se poser les vraies bonnes questions, et admettre aussi les critiques quand celles-ci sont fondées et quand elles sont constructives.

Si apprendre était vraiment une corvée insurmontable dans tous les domaines, la vie serait insupportable… On a pourtant tous appris à marcher ou à faire du vélo, et pourtant ce ne sont pas les chutes accidentelles qui ont arrêté notre détermination et notre motivation. Sinon, nous marcherions tous à 4 pattes.  😉

Je pense qu’il est plus urgent que l’école se réadapte pour remplir ses objectifs, plutôt que de pointer du doigt les mauvaises habitudes critiquées sans que rien ne soit fait pour que ça change. En commençant par exemple à armer les élèves d’esprit critique, et trouver une façon ludique de le faire.

Apprendre n’est pas inné. Et nous disposons autant de temps les uns par rapport aux autres. Tout est affaire de gestion du temps, de ce qu’on en fait. Est-ce que ce que l’on fait est vain (avec le sentiment proche de tout abandonner) ou doit-on continuer à croire (et surtout de connaître) la valeur de notre travail malgré tout ? The show must go on ! Oh yeah !

  • À voir : http://fannypissoort.wordpress.com/2012/04/24/quest-ce-que-lesprit-critique/ (ce blog remarquablement bien écrit était prometteur mais il semble abandonné depuis mai 2012, avec seulement quelques articles en tout, mais le but n’est-il pas que les internautes développent et utilisent l’esprit critique par eux-mêmes et pour eux-mêmes à partir d’une base simple ?). 

© 2013 John Philip C. Manson

Deux articles de l’AFIS

Dans le second article de l’AFIS, je cite quelques phrases qui ont leur importance :

  • On s’éloigne en tout cas de l’humanisme des Lumières, qui vise l’autonomie de la pensée justement, qui compte sur l’émancipation par le savoir et la rationalité et qui croit dans le principe de l’égalité des chances pour tous.  
  • « Ne rien affirmer sans preuves, chercher à distinguer le vrai du faux et la vraie cause de l’apparence, sont des conduites à toute personne pour vivre sa vie. L’une des contributions les plus significatives de l’apprentissage des sciences pour l’individu est l’esprit critique, inhérent à la science ».
  • « Priver les jeunes d’outils de pensée rigoureux, c’est laisser s’effondrer un rempart contre les charlatans ».

Que penser de la véracité des publications scientifiques ?

Vu sur Yahoo QR :

  • Que penser de la véracité des publications scientifiques ? Les médias nous abreuvent d’études démontrant ceci ou cela ; sont-elles toutes valables ? Je parle au sens général, pas pour un domaine particulier.

 

Ne pas confondre les médias pour grand public avec les publications scientifiques à comité de lecture. Ce n’est pas du tout la même chose.

D’autre part, la véracité est synonyme de crédibilité et de vérité, mais la science ne consiste justement pas à croire mais à réfuter et à remettre en question des résultats.

Ce qui définit la scientificité d’une publication, ce n’est pas sa crédibilité théorique, c’est sa réfutabilité. Avant de connaître des théories scientifiques ou des découvertes, il est important de connaître d’abord ce qui définit la science.

Une piqûre de rappel :

http://jpmanson.unblog.fr/definition-de-la-science/
http://jpmanson.unblog.fr/2011/02/26/la-methode-scientifique-en-schema/
http://jpmanson.unblog.fr/2011/03/10/la-verite-scientifique-nest-pas-absolue-mais/
http://jpmanson.unblog.fr/2011/03/09/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/

 

  • Une théorie scientifique est un groupe cohérent d’affirmations réfutables qui décrit et explique un phénomène observable, quantifiable et reproductible. Le critère déterminant qui définit la science, ce n’est pas la crédibilité d’une connaissance scientifique, mais la réfutabilité de cette connaissance. La science se distingue de tous les autres modes de transmission des connaissances, par une règle de base : l’erreur est humaine donc les experts et les crédules sont faillibles, les connaissances transmises peuvent contenir toutes sortes de fables et d’erreurs, et qu’il faut prendre la peine de vérifier, par des expériences.

 

© 2011 John Philip C. Manson

Le calendrier maya, l’obscurantisme New Age, et l’imposture de la fin du monde de décembre 2012

  • AVERTISSEMENT : les citations extraites de cet article ne doivent pas servir à cautionner n’importe quel autre croyance rivale (comme le christianisme par exemple) ; ce n’est pas parce que le New Age est une secte inepte que cela signifie que d’autres croyances soient la vérité ou le Bien, je récuse explicitement la réutilisation de mes propos susceptibles de servir contre mon gré à des argumentaires fallacieux et malhonnêtes. Pour comprendre le piège des sophismes et des paralogismes, lire ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/04/15/des-paralogismes-dans-un-document-sceptique-sur-nibiru-et-anunnakis/

 

« La culture de la peur a toujours constitué l’instrument favori des dictatures : les démocraties ne peuvent qu’en faire un usage limité sous peine de se détruire. »  (Pascal Bruckner, in « Le fanatisme de l’Apocalypse », p. 47)

  • En 2012, rien de cosmique ni de surnaturel ne se produira sur Terre.
  • Le présent article présente tous les arguments qui rangent le 21/12/2012 parmi les mythes et les impostures.
  • Décembre 2012, une propagande sectaire qui sert les desseins des charlatans.

Introduction

Cet article a été conçu pour informer et donner des réponses pertinentes, rationnelles et factuelles à ceux qui se posent des questions relatives au 21 décembre 2012.

Il ne faut pas confondre l’Histoire des civilisations précolombiennes avec le mouvement mystique du New Age qui déforme, réinvente et réécrit la réalité historique.

Le mayanisme, quand le New Age recycle de vieilles légendes de civilisations éteintes

Certains parlent des mayas (leur calendrier en particulier), d’autres parlent de légendes babylonniennes ou assyriennes, et d’autres évoquent le nom de Nibiru, tandis que d’autres esprits dérangés parlent du trou noir du LHC chez le CERN… Les réponses précises sur 2012, dans Yahoo Questions/Réponses, sont très nombreuses tout autant que les questions qui abondent. La plupart des internautes posent ainsi leur question sans prendre la peine de vérifier si les réponses existent déjà, au lieu de proposer au public une question récurrente et pénible qui revient chaque semaine…

L’ignorance en astronomie fait croire n’importe quoi quand on est confronté à des croyances d’origine sectaire.

Je fais cet article afin de clarifier les faits objectifs et de couper court aux rumeurs irrationnelles.

Les événements prédits pour 21/12/2012 sont fictifs, c’est un mythe pondu par des gens qui ne connaissent rien de l’astronomie. C’est une légende urbaine dont la diffusion quasi-mondiale est largement facilitée par l’internet.

La date du 21/12/2012 est contestée par les historiens et les archéologues

Des sources montrent même que la date du 21/12/2012 est fantaisiste et que la date de fin de cycle long du calendrier maya est en fait incertaine. Les frères Böhm, l’un mathématicien, l’autre historien, ont découvert que la “fin du monde” n’est pas pour 2012 mais pour 2116. Mais cela ne changera rien : il n’existe pas de causalité entre un calendrier et l’apparition d’événements. Un calendrier sert à noter et consigner des événements, mais on ne fait pas le contraire, puisqu’un calendrier n’est ni un oracle, ni un objet divinatoire.  S’il est possible de déterminer le nombre de jours entre le commencement du cycle long du calendrier maya et la fin du cycle, personne ne connaît en réalité le lien permettant la conversion du calendrier maya vers une date du calendrier grégorien !

Le calendrier maya, disent les prophètes du New Age. Où est la marque du pluriel ? En effet il existe plusieurs calendriers mayas spécifiques à cette civilisation.

  • un calendrier religieux de 260 jours (calendrier Tzolk’in)
  • un calendrier agricole de 365 jours (calendrier Haab)
  • un calendrier Tun de 360 jours, associé au calendrier Tzolk’in
  • un calendrier de neuf jours (équivalent à notre semaine)
  • un cycle long de 1.872.000 jours  (c’est celui-ci qui est récupéré par le New Age,mais aucun des précédents)

La date 0.0.0.0.0 du compte long maya correspondrait au 11 août 3113 av JC de notre calendrier, mais personne ne connaît de façon certaine la conversion entre le calendrier maya et le calendrier julien. La correspondance, dite de GMT, entre le calendrier maya et notre calendrier a été établie d’après Eric Thompson, archéologue et épigraphiste britannique.  La date du 11/08 de l’an -3314 est celle qui est la plus communément utilisée par les archéologues spécialisés de la civilisation maya. Néanmoins, personne ne peut s’assurer de l’exactitude certaine de cette corrélation. (cf. les frères Böhm dans le paragraphe plus haut)

La bonne question à se poser : pourquoi ce calendrier-là plutôt que tout autre ? Selon moi, c’est seulement à cause de la proximité de la date future de 2012. Parce que si la “fin du monde” était fixée à une date future lointaine, qui n’est pas de notre vivant, tout le monde s’en foutrait… Ce que veulent les gourous, c’est inspirer la peur, d’où le choix de ce calendrier. Quand 2012, ou 2116, seront passés, et que rien d’extraordinaire ne sera arrivé, les charlatans se rabattront sur un nouveau calendrier. Je vous laisse deviner lequel.

L’origine archéologique de la croyance au 21 décembre 2012

Je cite Jean-Michel Hoppan, du centre d’études des langues indigènes d’Amérique :

“Cette date, toutefois (le 21 décembre 2012), n’apparaît que dans une seule et incomplète inscription maya datant de la seconde moitié du VIIe siècle, sur le monument 6 du site archéologique de Totuguero, dans l’état de Tabasco, au Mexique. Le long texte de cette stèle s’achève par une référence à la date du ‘4 Ahau 3 Kankin’ mais juste pour signaler ‘qu’interviendra alors une divinité appelée Bolonyocte’. Rien d’autre. Surtout, la fin d’un cycle, dans l’esprit des mayas, ne signifiait nullement la fin DU monde, mais la fin D’UN monde, le début d’une nouvelle ère dédiée, comme les précédentes à des entités mythiques. Cela leur permettait en quelque sorte de remettre les compteurs zéro.” 

En d’autre termes, tout ce qui a été rajouté sur le 21 décembre 2012 n’est que pure affabulation. Car il n’existe aucune prophétie maya prétendant que la fin du monde arrivera à cette date. D’ailleurs il serait intéressant de demander à ceux qui disent le contraire, de nous la montrer cette fameuse prophétie.

  • Le 21/12/2012 est une légende urbaine d’internet et de la littérature, née de l’interprétation douteuse d’une inscription incomplète d’un site archéologique mexicain. La crédulité a fait le reste.

Le calendrier maya a été conçu par les Mayas sur la base de multiples de nombres, un système de numération, bref un calendrier fondé sur du symbolisme et des analogies, mais pas sur la base d’événements astronomiques qui, eux, ne dépendent absolument pas de conventions humaines de numération.

Le mayanisme, fruit d’une secte : quand l’archéologie est détournée de son contexte pour légitimer une doctrine New Age

Je maintiens mes propos comme je l’ai toujours répété ici et ailleurs : le mayanisme est une propagande sectaire qui essaie de vous vendre votre survie par la peur et la crédulité. Il n’y a aucun fondement scientifique, ni historique, ni archéologique derrière cette pure mystification. Le mayanisme est une des nombreuses et nouvelles croyances propagées par la mouvance New Age. À savoir : le mouvement hippie est plus ou moins à l’origine du mouvement New Age (dans les années 60/70) et de l’écologisme idéologique en politique, avec son lot de croyances qui font la synthèse de plusieurs religions diverses, dans un contexte de contre-culture et de banalisation du postmodernisme. D’autres, comme certains écrivains, profitent de cette spiritualité moderne qu’est le New Age pour mystifier le public en lui faisant croire que c’est de la science, sans que ces individus peu scrupuleux aient forcément la même origine culturelle propre au New Age. Il ne s’agit pas là de science ni même de spiritualité, mais d’obscurantisme et d’imposture intellectuelle via la propagation d’un thème irrationnel fortement médiatisé dans les forums d’internet.

Si vous devez vous poser de bonnes questions, ne dites pas “comment cela se passera t-il à telle date”, mais plutôt “en quoi l’hypothèse de la fin du monde à telle date est-elle absurde ?”. Avant de formuler une hypothèse s’inspirant d’un phénomène, assurez vous d’abord que le phénomène existe.

Ce n’est pas parce qu’un calendrier affiche des chiffres ronds que cela signifie l’implication d’un événement historique qui n’a aucun rapport avec la convention utilisée dans un calendrier. Si le pape décide par exemple de décaler notre calendrier grégorien en lui ajoutant 990 ans par exemple, et nous annonçant qu’on est en l’an 3000 (fixé par décret), ce chiffre rond (3000) ne signifie pas que ça déclenchera, en conséquence, des événements, ni que cela nous vieillira réellement de 990, nous transformant en dépouilles réduites en poussière comme par magie, comme si le temps s’était écoulé subitement comme une fuite d’huile de vidange !

Le problème que je montre, c’est que la pensée magique remplace l’attitude critique dans la tête des crédules. Ce sort est indigne pour un être humain.

  • La NASA a expliqué que l’affabulation de la fin du monde selon le calendrier maya a commencé avec l’affirmation que Nibiru, une supposée planète découverte par les Sumériens, se dirigeait vers la Terre. Cette catastrophe a été initialement prédite pour mai 2003, mais comme rien n’est arrivé le jour du jugement dernier, la date a été repoussée à décembre 2012.

Doctrine et déni du hasard

La causalité, c’est une cause suivie d’un effet. Mais les croyances reposent sur des analogies dépourvues de causalité, avec le déni de la curiosité, le déni de l’observation des faits, le déni du hasard et des probabilités, le déni de réfuter des idées, le déni même de la réflexion. Les impressions et l’inspiration ne sont pas équivalents à la réflexion rationnelle, ce sont deux modes différents de la pensée.

Il faudrait arrêter toutes ces contre-vérités racontées sur les mayas. En plus, l’industrie du cinéma en a même fait un film. Pitoyable… La désinformation propre au mayanisme mystique déforme complètement les faits de l’Histoire et les détournent abusivement de leur contexte. Le mythe de la fin du monde en 2012 est une légende urbaine propagée par un écrivain russe et récupérée par la fondatrice d’une communauté d’ufologie. Le mysticisme mayaniste est un courant du New Age et il n’a aucun rapport sérieux avec l’Histoire, l’archéologie et l’astronomie et les sciences en général.

Le thème du mayanisme  millénariste est né de la littérature en 1976 : nulle trace auparavant en Histoire

Le sujet sur les mayas a abondamment été débattu sur le web, et les personnes sceptiques ont écrit comme moi des précisions depuis ces dernières années pour dénoncer l’obscurantisme contemporain malsain et débilitant. Le web n’a pas été conçu pour s’en servir comme moyen de propagande sectaire. Le délire contemporain au sujet de Nibiru a été initié en 1976 (à partir d’un écrivain russe), ça a commencé à en faire parler en 1991 quand cet écrivain a voulu montrer ses idées aux astronomes, puis ensuite la doctrine connue sous sa forme actuelle a pris son essor en 2003 sur internet comme phénomène de légende urbaine (sous différentes variantes depuis) à travers le bouche-à-oreille dans les nombreux forums mystiques.Ce phénomène de société ressemble étonnamment à un processus de propagation d’un virus informatique capable de muter et d’infecter un maximum de machines. Ici, ce sont les personnes crédules et vulnérables qui se font berner…

Nous distinguons donc plusieurs champs d’exploration de la Réalité: les faits eux-mêmes, la connaissance de ces faits (au moyen de la science), les rajouts abusifs sur ces faits et les interprétations délirantes sur ces rajouts (au moyen de l’imaginaire). Chaque fois que le mythe apocalyptique mayaniste réapparaît dans le web, je suis tenté d’encourager ses détracteurs à poser la question suivante : “À qui profitent les rumeurs de fin du monde ?” Voila une question intéressante à poser.

  • Il ne faut pas confondre l’archéologie et l’Histoire avec la mythologie.
    Il ne faut pas confondre plus généralement la science authentique avec la science fictive (les théories farfelues d’amateurs) et la science-fiction (qui est un art).
    Il ne faut pas confondre l’astronomie (science) avec l’astrologie (pseudo-science), l’archéo-astronomie (pseudo-Histoire) et les autres délires appartenant à la grande famille de l’intelligent design, du New Age et du néo-évhémérisme.

Le mythe de Nibiru

En astronomie, Nibiru n’existe pas, c’est un mythe. Cet astre est absent des catalogues d’astronomie.

Nibiru est un mythe d’origine babylonienne et a été l’objet d’un récit d’un roman de l’écrivain russe Z. Sitchin (qui se dit aussi historien), en 1976, et cela est devenu un fantasme sur internet depuis 2003 à travers le développement de plusieurs versions de légendes New Age par le biais de la propagande d’une secte ufologique américaine influente. Les écrits de Sitchin s’apparentent à des romans de science-fiction mais dont la forme est construite comme un essai abusivement présenté comme scientifique, historique et véridique alors que ça ne l’est absolument pas.

Nibiru est parfois associé au mythe du calendrier maya qui annonce des événements divers pour la fin de l’an 2012, alors que ce sont deux mythes d’origines distinctes.

Combien de temps faut-il répéter comme un perroquet que ce sont des idioties ?

Comment ai-je pu retrouver autant d’informations ? Il suffit de se poser les questions élémentaires : qui a fondé l’arnaque sur 2012, qui l’a propagé, à qui cela profite t-il, et dans quel but ? La situation ne consiste pas à attendre avec angoisse le mois de décembre 2012 (c’est peut-être le but recherché par les charlatans), mais à rechercher les sources de toute cette arnaque intellectuelle. Google est l’outil idéal pour effectuer des recherches poussées.

Google est notre ami

Recherche chronologique : http://www.google.fr/trends
Google est un outil très intéressant pour rechercher l’évolution des infos dans le temps.

Exemple :
http://www.google.fr/trends?q=%22d%C3%A9cembre+2012%22&ctab=0&geo=all&date=all&sort=0

Coïncidence : la polémique sur décembre 2012 dans le web a atteint un pic d’activité en novembre 2009, peu avant le sommet de Copenhague. J’ai dit coïncidence, pas causalité. Même remarque avec le mot Nibiru.

http://www.google.fr/trends?q=nibiru&ctab=0&geo=all&date=all&sort=0

Le mayanisme est un mythe récent. Nibiru a émergé début 2004. L’expression “décembre 2012″ apparut en francophonie lors du dernier trimestre 2007 environ 8 mois après son émergence sur le web anglophone.
Lorsque l’on a pu retrouver l’origine chronologique d’un phénomène médiatique, on en trouve la source. A qui profite cette mystification ?

Internet est un puissant vecteur de désinformation et de propagande sectaire. Et ça tout le monde le sait, surtout les gourous.

Devant les échecs successifs des prédictions des gourous sur les dates de fin du monde, n’avez-vous pas l’impression que les crédules passent pour des cons à leurs yeux ? Les gourous savent très bien ce qu’ils font et ils ne croient pas un seul instant eux-mêmes en ce qu’ils font croire. Les gourous doivent bien rigoler devant tant de crédulité. La faute à l’obscurantisme ? Plutôt la faute à l’ignorance des crédules et à l’absence d’esprit critique. Les crédules devraient se botter le derrière eux-mêmes, on n’a pas toujours le temps de le faire pour eux, tellement il y a de nécessiteux… Pensez-vous que les gogos traineront les gouroux en justice en 2013 pour abus de confiance et pub mensongère ? Je ne le pense pas : les gogos préféreront continuer à croire en une nouvelle date de fin du monde, celle de l’astéroïde Apophis en 2036, celle du bug Unix de 2038, ou l’an 3000 (parce que c’est rond et que ça paraît joli…). Alors stop ou encore avec toutes ces inepties ?

Précisions sur le calendrier maya
Si des guignols nous prédisent la fin du monde pour le compte long du calendrier maya correspondant à 13.0.0.0.0 (21/12/2012), alors pourquoi ne s’est-il rien passé le 12.0.0.0.0 (18/09/1618) ni le 11.0.0.0.0 (15/06/1224) ? Pourquoi donc préférer un “chiffre” rond plutôt qu’un autre ? Et pourquoi préférer le calendrier maya à un autre ? Et pourquoi choisir ce calendrier maya-là alors qu’il en existe plusieurs chez la civilisation maya ?

C’est sûr que ça risque d’être la fin du monde, un jour, quand on voit l’ampleur de la crédulité pathologique humaine qui est la seule responsable de sa déchéance mentale.

L’avenir n’est écrit nulle part.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9dictions_de_fin_du_monde

Il suffit de regarder dans ce lien cette liste de prédictions de fin du monde, qui se comptent par dizaines, et aucune d’entre elles n’a eu lieu, et sont toutes motivées par des mouvements sectaires.

À l’heure où je parle de tout ça, suite à l’actualité sur le Japon, certaines mouvances sectaires se réveillent pour annoncer la fin du monde prochaine http://www.rue89.com/2011/03/15/usa-le-seisme-au-japon-reveille-les-dingos-de-lapocalypse-195004   J’apprends même que 41% des Américains croient à un retour du Christ avant 2050. Décidément, la pathologie sectaire n’a pas de limite. Maintenant, les sectes n’arrêtent plus de changer la date de l’Apocalypse, c’est le 21 mai 2011 et non plus le 21/12/2012 (le billet d’avion pour l’Enfer infernal est annulé ?).

Croire ne crée pas de réalités, même en se mettant à plusieurs millions à croire en quelque chose. Tant qu’il n’y a rien à observer, il n’y a rien à raconter.

————————————

Arguments contre certains points  plus ou moins relatifs au calendrier maya :

Un alignement planétaire ou cosmique ?

Certains affirment que le 21/12/2012 sera le théâtre d’un alignement planétaire ou cosmique particulier. Mais cela aussi c’est une mystification.Je pense même que la mythologie maya n’en parle même pas, c’est la mouvance New Age qui a inventé cet alignement cosmique.

Le 21/12/2012 il n’y aura aucun alignement planétaire ! Les logiciels de planétarium et la NASA le démontrent. Ceux qui annoncent l’an 2012 sont très mal renseignés et se basent sur une légende urbaine (le calendrier maya) véhiculée par de la propagande sectaire New Age pro-apocalyptique. Il ne faut accorder aucun crédit à ces inepties, ce ne sont que des croyances obscurantistes.

Le 12 Janvier de l’an 10353 avant JC, toutes les planètes du système solaire étaient groupées dans un octant (secteur de 45°), ce qui est déjà assez bien !!
Le 9 Novembre 1881, la plupart des planètes (ce qui veut dire : Soleil, Mercure, Terre, Mars, Jupiter, Uranus, Neptune et Pluton ), sauf Vénus et Saturne, étaient “presque” alignées.

Un alignement parfait de toutes les planètes du système solaire est extrêmement rare, si rare que cela n’est peut-être même pas encore arrivé ! Et même si un tel alignement se produisait, ça n’aurait absolument aucune influence néfaste pour la Terre (tout comme une éclipse de soleil).

Le centre galactique est dans la constellation du Sagittaire. Mais pour avoir l’alignement exact Terre-Soleil-Centre, il faudrait que le soleil et le centre galactique soient sur le même point sur le plan de l’écliptique. Mais est-ce que le centre galactique est sur l’écliptique ? Après une rapide vérification, l’angle minimal entre la Terre, le soleil et le centre galactique est supérieur à 6° (au plus, il atteint 52°), il ne peut donc y avoir d’alignement parfait. Avec une marge de 4% comme celle-ci, on ne peut même pas parler de l’existence d’un quelconque alignement.

À vrai dire, il n’y a jamais d’alignement Terre-Soleil-centre galactique.

Quand on évoque le cycle de 26000 ans, on confond l’histoire du centre galactique avec le phénomène de précession des équinoxes (qui n’a absolument rien à voir !). La précession des équinoxes est un phénomène gyroscopique dû à la rotation de la Terre.

Et les alignements astronomiques comme les éclipses solaires ou lunaires, ou l’alignement dont on vient de parler, ou les alignements planétaires, ça n’a aucun rapport avec le calendrier maya. Mais pourtant certains croient qu’il existe un tel lien.

Un alignement, quand il y en a un, n’est qu’un alignement, il n’y a aucun lien entre un alignement quelconque et les événements historiques sur Terre. La civilisation humaine n’est pas le centre de l’univers, pourquoi les phénomènes astronomiques feraient-ils des prophéties ? Il est temps d’observer la réalité en face sans avoir de croyances déconnectées du réel.

Un alignement cosmique ? Un alignement comique plutôt !

Confusion des genres, ignorance crasse, délires…
Du n’importe quoi. Les légendes relatives aux alignements planétaires, aux calendriers prophétiques précolombiens et à une certaine forme de l’ufologie sont des croyances New Age et du néo-évhémérisme, ces légendes bidons sont de la propagande en provenance d’une secte américaine. Si je le sais c’est parce que j’ai fait des recherches là-dessus, et ceux qui veulent en savoir plus peuvent le découvrir par eux-mêmes, Google est là pour ça.

L’inversion des pôles ?

Certains annoncent l’inversion des pôles magnétiques terrestres… Concernant les pôles magnétiques, il y a eu 24 inversions de ces pôles au cours des 5 derniers millions d’années, et des centaines de fois en 160 millions d’années, et la vie existe toujours sur Terre. Certains parlent de variation de l’intensité du champ magnétique terrestre, mais en fait ça fluctue tout le temps, ce n’est jamais stable. Une inversion prochaine est une rumeur controversée, parce que le phénomène est très lent et imprévisible. Il est utile de rappeler que l’inversion des pôles est un thème New Age de la fin du monde, au même titre que l’arrivée de Nibiru, ainsi que des alignements cosmiques bizarres, mais tout cela est une mystification propre aux sectes millénaristes.

L’inversion ne concerne que les pôles magnétiques du globe, pas les pôles géographiques. C’est un processus qui s’étend sur une longue période, ce n’est pas un phénomène instantané. Ce n’est pas non plus fatal pour la survie d’une espèce, bien que les radiations sur une Terre sans protection magnétique présentent des risques réels comme les cancers cutanés et les pannes des satellites de télécommunication. L’inversion des pôles magnétiques c’est arrivé déjà quelques dizaines de fois depuis l’apparition de l’humanité, et nous sommes toujours là.

Le champ magnétique terrestre a deux polarités : un nord magnétique et un sud magnétique, et son axe est incliné un peu par rapport à l’axe de rotation terrestre.

Le champ magnétique terrestre maintient la vie sur Terre en nous protégeant du rayonnement cosmique, mais il n’est pas lui-même la cause de la vie. En l’absence de ce champ, la vie serait quand même apparue mais seulement dans les océans à une certaine profondeur. Certaines espèces vivantes peuvent résister aux rayonnements : les tardigrades et certains insectes. Bref, la vie sur les continents n’est pas nécessairement impossible même en l’absence de champ magnétique terrestre, mais la vie serait certainement moins diversifiée et plus raréfiée.

Une inversion de polarité magnétique terrestre est déjà arrivée plusieurs fois dans l’histoire géologique, et n’a pas été mortel pour la vie, mais la transition dure plusieurs millénaires, ce n’est donc pas instantané. Et une diminution du champ à cause d’une très lente inversion serait même imperceptible par des mesures au magnétomètre. Il existe des oscillations stables du champ magnétique terrestre en fonction du temps, et le champ diffère sensiblement selon les endroits. Donc s’il existait une variation globale progressive avérée du champ, elle devrait être significativement et statistiquement supérieure aux fluctuations moyennes du champ, mais on n’a rien observé de tel à l’échelle globale. Le champ magnétique est induit par la rotation terrestre qui agit donc comme une dynamo.

Le thème de l’inversion des pôles est fréquemment relié au mythe mayaniste de la fin du monde de décembre 2012 et au mythe de la planète Nibiru, c’est une sorte de syncrétisme mystique très populaire (hélas) sur Internet. Les personnes bien renseignées savent que ce sont des conneries.

Les inversions des pôles magnétiques sont survenues environ une vingtaine de fois depuis l’apparition des premiers hominidés. Si elles avaient été mortelles, nous ne serions pas là pour en parler.

 Le web, vecteur des rumeurs :

Dans un site que je ne citerai pas, j’ai pu lire cette phrase obscurantiste : “Au lever du Soleil du 21 décembre 2012 et pour la première fois depuis 26.000 ans, le Soleil se lèvera pour se joindre à l’intersection de la Voie lactée et du plan écliptique.”

Le 21 décembre est effectivement le solstice d’hiver, c’était le cas il y a environ 25920 ans. Mais si l’on prend pour référence une année quelconque X, n’importe laquelle, on peut dire également que le solstice a lieu le même jour de l’année à la date X auquel on soustrait 25920. Ainsi, on peut définir n’importe quelle date comme étant une date particulière, selon le goût des croyances de chacun… En effet, si j’affirme que la fin du monde est le 30 avril 3797 de notre ère, il est vrai que 25920 ans plus tôt, le point de l’équinoxe du printemps avait la même position dans le ciel que le 30 avril 22123 avant notre ère.

D’autre part, l’écliptique et le “plan galactique” ne sont jamais alignés, je l’avais expliqué plus haut. Je suis d’autant plus choqué que le texte en italique que je cite ci-dessus a été vu dans une page perso d’un étudiant sur un site universitaire français avec certaines références New Age que je n’évoquerai pas. C’est atterrant de voir ça.

Opposons nous à l’obscurantisme avant qu’il n’infiltre les pouvoirs publics !

 

© 2007-2013 John Philip C. Manson