Comment réaliser une recherche documentaire : le cas de l’ESRA

  • Ceci est l’un des articles les plus aboutis de mon blog. J’ai pris mon temps pour le rédiger. Le contenu de cet article vous intéressera si vous aimez lire patiemment les détails, comme une lente autopsie soigneuse. Ainsi je vous préviens d’avance : le texte est un peu long, au risque de décourager ou dissuader les lecteurs les moins courageux. Pour les plus impatients d’entre vous, j’ai gardé le meilleur pour la fin, où j’ai exploré des pistes en matière de théorie des nombres, vous pouvez si vous le voulez lire directement la fin de ce présent article. Autrement, l’ensemble de ce dossier est intéressant.
    D’habitude, j’ai fréquemment rédigé mes articles directement dans l’interface d’édition du blog lui-même. Là j’ai pris tout mon temps, à partir d’un brouillon avec un simple éditeur de texte.

 

De quoi mon article parle t-il ? Hé bien, je vais vous le dire.
Ayant un contact occasionnel qui me demandait des renseignements sur un bouquin de Bernard Werber, j’en profite pour relancer ce thème déjà abordé il y a plusieurs mois sur mon blog. Ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/01/18/analyse-partielle-de-la-nouvelle-encyclopedie-du-savoir-relatif-et-absolu/
J’ai appris que l’écrivain est connu aussi dans d’autres pays, et pas seulement en France où il est très populaire. C’est l’occasion de recadrer les choses dans leur contexte.

Je tiens à préciser formellement que la critique ci-dessous ne porte pas directement sur l’écrivain lui-même, j’atteste qu’il est un bon romancier, mais la critique porte principalement sur la manière dont les lecteurs perçoivent son oeuvre, notamment selon un point de vue historique et scientifique.

Les éditions successives de «L’encyclopédie du savoir relatif et absolu» et de «La nouvelle encyclopédie…» du même nom forment un ensemble bien relatif.
Annoncé comme une encyclopédie de connaissances, ce livre n’est finalement qu’un recueil de légendes urbaines, d’anecdotes fantaisistes qui côtoient plus ou moins la métaphysique ou la spiritualité. Ayant fait état de nombre d’erreurs manifestes sur le thèmes scientifiques pendant la lecture, on est vite déçu par le manque de travail documentaire de l’auteur (à moins qu’il l’ai délibérément voulu dans le cadre de son roman, c’est-à-dire un contenu fictif de A à Z puisqu’il s’agit de littérature).

Je ne comprends absolument pas l’enthousiasme des lecteurs quand ceux-ci prétendent avoir accès à des connaissances alors que l’ESRA (acronyme désignant l’encyclopédie de Werber) est une oeuvre littéraire de fiction. Il est incroyable que de nombreux lecteurs prennent cet ouvrage pour argent comptant, comme des références scientifiques avérées, alors que le bouquin est truffé d’erreurs, d’inexactitudes ou d’anecdotes non prouvées. On peut vanter Werber pour sa prodigieuse imagination et son écriture fluide pour écrire des romans de science-fiction. L’enthousiasme est légitime quand on parle d’un ouvrage de science-fiction (c’est justement ce qu’il est) et perçu comme tel. Mais l’enthousiasme devient incompréhensible si le public perçoit l’ouvrage comme de la vulgarisation scientifique authentique. On peut légitimement émettre des réserves (preuves à l’appui ici-bas) en ce qui concerne la diffusion de prétendues connaissances scientifiques authentiques dans l’ESRA. Les détails que je vais donner sont suffisamment concis, les inexactitudes révélées sont évidentes et flagrantes. Ces inexactitudes entrent peut-être en scène dans le cadre d’un récit imaginaire de science-fiction, ou bien ce sont des gaffes produites par inadvertance, je ne sais pas si elles sont volontaires ou pas. Je penche plutôt pour l’hypothèse que ces erreurs soient volontaires, car l’auteur a été journaliste scientifique, et je ne crois pas qu’il aurait gaffé à ce point, je pense qu’il sait ce qu’il fait). Ce n’est pas l’auteur qui est à blâmer, mais la plupart de ses lecteurs. Vous devriez lire les commentaires enthousiastes d’internautes dans les sites web marchands francophones (comme Amazon) dans les pages qui parle des livres de l’ESRA publiés par l’auteur : on ne peut que constater l’aveuglement des lecteurs qui croient sincèrement s’instruire au gré de la lecture des «connaissances» scientifiques rencontrées dans l’encyclopédie. Ces lecteurs pourraient éventuellement être intéressés par une analyse critique. Sinon, au pire, ils n’apprécieront aucun forme de critique.

Certains pourraient affirmer que je n’ai pas lu Werber et que mes critiques sont faciles, vilaines ou insolentes. Or j’ai lu Werber afin de mieux cerner la pertinence de son encyclopédie. Si une écrasante majorité de lecteurs font des éloges sur l’écrivain, il existe une petite minorité de lecteurs qui ont un avis critique négatif sur son oeuvre (quand cette oeuvre est erronément perçue comme un ensemble de connaissances, ce que les critiques contestent). Et pourtant, c’est cette petite minorité qui a l’avis le plus lucide.

Je ne juge pas ad hoc une oeuvre sous prétexte que j’aurais décidé arbitrairement qu’elle n’est pas bien. J’ai des arguments concrets à livrer. Je donne ces arguments pour informer, pas pour exercer un jugement de valeur.

On peut voir «L’encyclopédie du savoir relatif et absolu» comme un roman de fiction, une fable, de la sciencefiction. Je lis moi-même occasionnellement de la science-fiction, surtout en BD. Se distraire et se faire plaisir en lisant de la science-fiction, tout en sachant que c’est une oeuvre littéraire de fiction, ça va. Mais croire à tort qu’une oeuvre de fiction raconte des faits réels, cela ne va plus, l’on risque de s’égarer (et parfois cela va loin pour certains lecteurs)… On peut néanmoins offrir ces livres à des enfants ou des adolescents, tout en leur disant que ce sont des anecdotes de fiction, que c’est juste de la lecture pour se distraire, mais que ce n’est pas de la lecture pour s’informer ni pour acquérir des connaissances objectives. Croire à tort que des choses erronées sont des «vérités», c’est un égarement intellectuel. La culture scientifique du grand public est déjà assez galvaudée…

Comment faire un travail documentaire ? Voila la question essentielle de ce présent article. Avoir en mémoire des connaissances de base pour détecter des erreurs, des approximations ou des affirmations non prouvées, c’est très bien. Pour avoir une pareille mémoire, il faut être un grand lecteur, lire de tout, et savoir démêler le vrai du faux. Cela s’apprend. Mais il faut y mettre de la volonté. Et si l’on n’a pas de connaissances en mémoire, ce n’est pas grave du tout, mais cela prendra un peu plus de temps, à travers une recherche documentaire patiente. Mais je donnerai un petit bémol : même si on a une bonne mémoire, il ne faut jamais se fier à sa mémoire, parce qu’une mémoire, même bonne dans l’ensemble, peut occasionner des erreurs involontaires, c’est ce que j’ai appris par expérience. La rigueur d’un travail documentaire est plus important et plus fiable que la confiance que l’on a pour notre mémoire. Je ne prétends jamais à la science infuse. Je prends pour principe de départ que l’on ne sait rien, que l’on n’est sûr de rien, et qu’il convient mieux de vérifier avant de croire n’importe quoi. C’est le principe de mon blog : je suppose que je ne sais rien, je prends le soin de vérifier ce qu’on entend dire à travers les médias, je fais des comparaisons avec des sources sérieuses, et je livre mes conclusions, et lorsque je ne suis pas sûr de mon avis, je demande à l’un de mes contacts plus habile que moi-même quand le niveau requis de connaissances devient plus poussé.

Comment faire un travail documentaire ? On compose une équipe. Pas forcément des experts universitaires barbus avec des lunettes et ayant 50 ans d’expérience professionnelle, non. On peut même constituer une équipe composée exclusivement de lycéens des filières scientifiques et technologiques, et issus des classes de 1ère et de Terminale, donc des élèves âgés d’environ 16 à 19 ans. Des individus jeunes, certes, mais cela n’empêche pas qu’ils sont tout-à-fait compétents pour réaliser une recherche documentaire soigneuse s’ils font preuve de rigueur. En plus, avec l’avènement d’Internet, les recherches sont plus rapides que dans un CDI de lycée ou une bibliothèque universitaire, mais il faut toutefois trier efficacement les divers contenus trouvés sur le web.

Principe du travail documentaire : on lit un texte à vérifier, on le compare avec des contenus du web dont les sources sont pertinentes sur le plan scientifique ou sur le plan historique, et on livre une conclusion.

Je suis tout-à-fait confiant que l’équipe de lycéens, si l’on en constitue une, est tout-à-fait capable de déceler les erreurs que j’ai moi-même rencontrées dans l’encyclopédie du savoir relatif et absolu. N’importe qui, ou presque, est capable, avec sa seule motivation, sa volonté, de détecter les erreurs contenues dans l’ouvrage ci-nommé.
Ces erreurs sont flagrantes comme un gros bouton d’acné au milieu du nez, n’importe qui ayant un esprit éveillé peut déceler ces erreurs sans difficulté.

Tout croire dans ce que l’on lit d’un livre, surtout quand certains affirment que le livre est un inventaire de connaissances, c’est ne pas savoir vraiment lire. L’approche d’un livre avec un regard critique, c’est souvent vachement intéressant.  ^^

Je récapitule ci-dessous les diverses erreurs et inexactitudes rencontrées lors de la lecture de «La nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu» (2009), ce qui fut l’objet d’un article précédent dans mon blog avec cependant des nouveautés que je rajouterai ici aussi. Je me suis basé essentiellement sur ma propre mémoire des connaissances pour déceler des erreurs (je suis aussi sensible qu’un sismographe, je suis assez bon pour ça mais je ne suis pas infaillible), mais pour être vraiment sûr (parce que l’erreur est humaine) je prends quand même le soin de vérifier cela au moyen de sources externes suffisamment fiables.

Maintenant, voici l’analyse critique de l’ESRA.

Dans le tome 2 intitulé «Le jour des Fourmis», on peut lire à la page 46 cet extrait, mot pour mot : «En septembre 1519, le roi aztèque Moctezuma partit à la rencontre de l’armée espagnole avec des chars jonchés de bijoux en guise d’offrandes. Le soir même, il était assassiné.»

Voici mon argument : Moctezuma rencontra Hernan Cortés le 8 novembre 1519, mais Moctezuma fut assassiné en juin 1520, plusieurs mois après cette première rencontre, mais certainement pas le soir-même un jour d’automne 1519. L’erreur dans l’encyclopédie est flagrante…

Réinventer l’Histoire en créant de nouveaux destins, dans le cadre d’une oeuvre littéraire de fiction, cela s’appelle de l’uchronie, c’est un des styles de la science-fiction. Par exemple, on peut créer une histoire fictive où Moctezuma aura été zigouillé le premier jour de l’invasion des Conquistadores, ou même imaginer l’histoire fictive uchronique des États-Unis qui auront eu la particularité de devenir un régime politique autoritaire communiste (et portant toujours l’acronyme USA, mais avec la dénomination suivante : Union Soviétique Américaine).  ^^

Mais réécrire l’Histoire, la vraie, en pensant avoir été conforme à la réalité historique et la présenter comme telle (l’auteur comme ses lecteurs) alors que cela ne l’est pas, c’est une gaffe en matière de pédagogie… Je pense que l’auteur a voulu donner une version uchronique de l’Histoire, il en a le droit dans le cadre de son roman puisqu’il s’agit d’une oeuvre de fiction. Mais ses lecteurs n’auront pas tous eu la même approche, pensant avoir affaire à un récit authentique alors qu’il est manifestement fictif.

Premier article de «La nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu», intitulé «Au début». Cela parle du commencement de l’univers, le Big Bang. L’auteur raconte qu’au début de l’univers il n’y avait rien avec un peu d’hydrogène : donc s’il y avait de l’hydrogène c’est qu’il y avait quelque chose et non pas « rien ». Après, l’auteur dit que l’univers se réveille : en fait, le commencement de l’univers est aussi le commencement du temps, la physique est une science incapable de remonter au-delà des premiers instants, il est donc inexact de dire qu’il y a un réveil puisque cette affirmation suggère qu’il y a un changement d’état (attente puis action) alors que le temps avant le Big Bang n’est pas supposé exister… Après, Werber affirme : «L’hydrogène détone». En fait, le verbe est inapproprié : la détonation fait plutôt penser à une violente explosion de type chimique, comme une violente combustion (en l’hydrogène et l’oxygène par exemple). Le Big Bang n’est pas une explosion chimique, d’où l’appellation impropre de détonation. C’est en fait la fusion thermonucléaire de l’hydrogène pour former de l’hélium. Plus précisément, il s’agit de la nucléosynthèse primordiale, laquelle est à l’origine des premiers éléments chimiques dans l’univers : hydrogène, hélium, lithium, béryllium… Mais Werber (ou plutôt Edmond Wells, personnage fictif créé par Werber, et Wells est désigné comme étant lui-même l’auteur fictif de l’encyclopédie) n’en évoque même pas le nom. Il précise heureusement peu après qu’il s’agit de réactions nucléaires. Critiquer l’appellation de détonation, ce n’est pas le détail le plus significatif, il peut paraître léger en effet, mais voici la suite c’est bien mieux. Après alors, l’auteur nous donne les taux de composition chimique de l’univers. Une vérification des chiffres montre rapidement qu’ils concernent plutôt la composition chimique du soleil, et non celle de l’univers. Des erreurs dès le premier thème abordé…

En effet, concernant la composition chimique de l’univers, il y a 75% d’hydrogène et 25% d’hélium (proportions connues depuis les années 40).
La composition chimique du soleil est de 92,1% d’hydrogène, et 7,8% d’hélium, proportions similaires aux données indiquées par Werber : respectivement 90% et 0,1%.

Parler de détonation c’est un détail minime excusable, mais se tromper dans les chiffres à propos de la composition chimique de l’univers, c’est quand même plus gênant…

Le plus terrible n’est pas l’existence de telles erreurs dans ce bouquin. Enfin bon, ce n’est qu’un roman de sciencefiction et de philosophiefiction. Le plus terrible, c’est la cécité culturelle apparente des lecteurs de ce livre qui ne s’aperçoivent pas du tout de ces erreurs, et les prennent sincèrement pour des vérités historiques et scientifiques, sans le moindre recul critique. L’écrivain réalise quelque chose d’intéressant : il fait révéler un symptôme, l’inaptitude d’une proportion non négligeable de lecteurs qui n’utilisent pas de discernement critique.

Je vois toute lecture comme une occasion de remise en question et comme un passe-temps pour se divertir, et non comme un moyen de croire n’importe quoi. Je n’ai pas toujours eu ce recul critique, mais j’ai su m’apercevoir que celui-ci est une nécessité.

À propos de l’encyclopédie, on croit dès la couverture que c’est un recueil scientifique, un recueil de faits, de théorèmes, de pensées. Mais on se sent finalement mystifié tout le long du recueil. Cela casse le plaisir si l’on s’attendait au préalable à lire des connaissances éprouvées. Vous savez maintenant que cette encyclopédie est à lire en connaissance de cause : c’est une oeuvre littéraire de fiction, un roman ordinaire, n’ayant que peu en commun avec la richesse objective de l’Encyclopédie Larousse. Le mérite du bouquin est de stimuler l’imaginaire et de distraire. Mais si ce bouquin s’érigeait en vulgarisation scientifique (ou défini comme tel par des lecteurs maladroits), il est ce que j’ai de vu de pire dans ce domaine, suggérant un niveau proche de l’amateurisme, à travers des exemples simplistes et évasifs. Mais dans son contexte littéraire de fiction, ce qu’est le bouquin en réalité, ce bouquin peut être distrayant à lire.

Je ne nie pas la qualité littéraire de l’ouvrage, son auteur est un bon romancier, mais la façon biaisée dont le livre est perçu contextuellement par ses nombreux lecteurs c’est ça le fond de la critique.

Prendre ce livre comme une encyclopédie de connaissances véridiques, exactes et exemptes d’erreurs, c’est comme si je vous racontais que la Terre du Milieu existe vraiment, que l’Oeil de Sauron est une menace réelle, et que nos amis les Hobbits et les Elfes vont réellement nous donner un coup de main pour vaincre les forces du mal. Gandalf veille sur nous. Aragorn m’a même prêté son énorme épée. Si, si, j’vous l’jure.  ^^

Le second article de la nouvelle encyclopédie concerne la réalité parallèle. Cela concerne plutôt les concepts métaphysiques que les connaissances scientifiques.
La science est définie comme ayant la possibilité de réfuter une hypothèse si celle-ci est fausse. Ainsi, par exemple, tous les cygnes sont blancs, mais si je veux réfuter cette hypothèse généraliste, il suffit que j’ai la possibilité d’observer au moins un cygne noir (ou d’une autre couleur) pour invalider l’hypothèse selon laquelle tous les cygnes sont blancs. Il peut paraître très difficile de recenser tous les cygnes, mais on a cependant la possibilité de faire des observations. Dans le cas de la métaphysique, on ne peut ni démontrer la véracité d’une idée, ni même en établir la fausseté : les idées métaphysiques ne sont donc pas des hypothèses scientifiques. Exemple de question non scientifique : Dieu a t-il une barbe ? On ne peut absolument rien vérifier, c’est inobsersable et inquantifiable. On ne peut pas concevoir une observation ou une expérience permettant de prouver factuellement que Dieu a une barbe, on ne peut pas le réfuter non plus. L’hypothèse «Dieu a une barbe» n’est pas scientifique. Même remarque pour les réalités parallèles : on ne peut en tirer aucune connaissance à ce jour, on ne saura peut-être jamais si les réalités parallèles existent, ni même si elles n’existent pas. Tandis que la science peut permettre les observations et les quantifications de phénomènes. Il n’y a pas de scientificité quand la potentialité de réfutabilité est et reste inapplicable.

Le cinquième article de la nouvelle encyclopédie est intitulée «Question sur l’espacetemps». Werber évoque la structure sphérique des atomes. Il raconte que certains électrons sont proches du noyau atomique et que d’autres électrons en sont plus éloignés. Il affirme aussi que les électrons émettent de l’énergie quand ils s’éloignent du noyau atomique et qu’ils absorbent de l’énergie quand ils se rapprochent du noyau. Ce qui est faux ! En fait, quand un électron s’éloigne du noyau, il absorbe de l’énergie, et il en émet quand il s’en éloigne. En inversant, l’auteur s’est trompé. Il semble avoir oublié ses cours sur l’électromagnétisme et sur la physique quantique, cela peut arriver. Mais la moindre des choses c’est de se renseigner sur le sujet avant d’écrire un bouquin. Étant moi-même beaucoup lecteur, je sais que les écrivains, que ce soit des auteurs de romans ou des essayistes, font un important travail documentaire pour écrire des fictions crédibles ou des essais sérieux. Par exemple, j’ai pu m’apercevoir que le livre de Pascal Bruckner, «Les fanatiques de l’apocalypse» (dont j’avais consacré un article dans mon blog) est le fruit d’une recherche documentaire soigneuse.

Le treizième article de la nouvelle encyclopédie est intitulé «L’usure du cerveau». L’auteur parle d’un neuropsychologue américain, le professeur Rosenzweig, de l’université de Berkeley, qui a voulu connaître le rôle du milieu sur nos facultés cérébrales. Werber parle d’une expérience sur des hamsters. Ces animaux furent occupés par diverses activités et Rosenzweig aurait remarqué des différences corticales par rapport aux autres hamsters qui étaient restés oisifs. Werber affirme que les hamsters actifs ont une élévation de masse cortical de 6% par rapport au groupe témoin, et que les neurones sont 13% plus gros que ceux du groupe témoin. Sur la base de ces affirmations, j’en ai déduit que la densité des neurones aura diminué concernant les hamsters actifs par rapport aux hamsters oisifs. Pourquoi la densité a t-elle varié significativement ? Bizarre…

Rosenzweig est le nom de plusieurs homonymes. Une recherche sur Google permet d’en apprendre plus. Mark R. Rosenzweig (1922-2009) était un chercheur authentique, il a travaillé sur la neuroplasticité des animaux. Rosenzweig a montré que le cerveau animal ne devient pas mature après l’enfance mais qu’il continue de se développer, de se modeler, et de s’adapter. C’est tout.

L’expérience de Rosenzweig, narrée par Werber, a été réalisée en 1947, mais avec des rats, pas avec des hamsters. Oui, encore une erreur…

En réalité, Rosenzweig a montré qu’un milieu enrichi (des jeux pour les rats) augmente l’activité d’une enzyme : la cholinestérase. Werber n’explique rien à ce sujet. Une enzyme est une protéine. C’est seulement en 1962 que Rosenzweig découvrit que les rats joueurs ont un volume cortical augmenté. Mais concernant la masse corticale, je n’en sais pas plus. Il n’y eut donc pas une mais plusieurs expériences, avec des rats, et étalées sur plusieurs années (sur 15 ans au moins).

Une lacune flagrante dans l’encyclopédie de Werber : aucune source n’est citée quelque soit le sujet abordé.

L’auteur commet à plusieurs reprises des inexactitudes. Inexactitudes volontaires, peut-être. Il a peut-être voulu délibérément et implicitement tester l’esprit critique des lecteurs, et si c’est cela, il a bien fait, il aura montré une réalité : la cécité scientifique du public, l’absence d’esprit critique des lecteurs. En tout cas, si c’était une expérience sociologique ou de psychologie sociale, elle est concluante… Si tous ses lecteurs avaient un niveau de formation scientifique (filière bac S ou filières du bac technologique), il n’aurait peut-être pas autant de succès en littérature… Mais cependant, des lecteurs issus de filières scientifiques et qui sont dépourvus d’esprit critique, ça existe, j’en ai déjà vus…

Le trente-huitième article de la nouvelle encyclopédie concerne les sphères. L’auteur affirme que pleins de choses sont sphériques : des atomes aux planètes. En fait, à propos des planètes, ce sont des sphères imparfaites (on parle plutôt même de boules quand elles sont pleines de matière, la sphère désigne la délimitation formée par sa surface). En ce qui concerne les atomes, ce ne sont pas non plus exactement des sphères. Une incertitude existe sur la position des électrons en mouvement autour du noyau atomique. La forme des atomes est un « nuage » électronique, c’est flou et imprécis. À notre échelle, on considère les particules comme ponctuelles plutôt que sphériques ou ellipsoïdales. À l’échelle subatomique, tout est flou (d’après les bases de la physique quantique). Les lycéens en Terminale (filières scientifiques) savent cela. Les atomes sont improprement des sphères, ils ont même des orbitales étirées (selon les différentes couches électroniques). Les orbitales relèvent plus de la probabilité sur la position des électrons que sur des formes précises comme celles que l’on voit à notre échelle (voir l’équation de fonction d’onde de Schrödinger, celle-ci correspond à une amplitude de probabilité). Ainsi, évoquer une forme sphérique idéale pour des atomes, par rapport aux paramètres probabilistes en physique quantique, ça n’a guère de sens…

Werber parle aussi des quatre interactions fondamentales de l’univers : la gravitation, l’interaction électromagnétique, l’interaction faible et l’interaction forte. Werber prétend alors que l’interaction forte confine les particules dans le noyau atomique et que l’interaction faible confine les quarks ensemble. Encore une erreur, l’auteur a inversé les faits : l’interaction faible assure la cohésion des nucléons entre eux (protons et neutrons), et les quarks sont confinés par l’interaction forte.

Dans le livre «L’ultime secret», à la première page, Werber nous livre une citation d’Einstein : «Nous n’utilisons que 10% de nos capacités cérébrales». Après vérification sur Google, avec la citation mot pour mot en critère de recherche, je tombe sur un site web suisse, unique résultat, et qui suggère ce texte : ««Nous n’utilisons que 10% de nos capacités cérébrales», clamaient les scientologues il y a 30 ans.». Quelle surprise… La citation est attribuée à tort à Einstein, elle est apocryphe. Comme Einstein avait été naturalisé américain, il aurait certainement écrit sa citation en anglais s’il en avait été l’auteur. J’ai relancé la recherche sur Google mais en anglais. Je tombe sur cette page du Wikipedia anglophone : http://en.wikipedia.org/wiki/Ten_percent_of_brain_myth
L’utilisation du cerveau à 10% est un mythe, une légende urbaine, une rumeur infondée. Voici la page francophone : fr.wikipedia.org/wiki/Mythe_de_l%27utilisation_incompl%C3%A8te_du_cerveau
Ce mythe est habituellement entretenu de nos jours par la mouvance New Age… Par ailleurs, les oeuvres de fiction véhiculent beaucoup d’idées reçues dont celle-ci.
Les technologies d’imagerie cérébrale telles que la tomographie par émission de positons (TEP) et l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) permettent de suivre l’activité cérébrale d’un humain vivant. Elles démontrent que chaque partie du cerveau est en activité, au moins partiellement, même pendant le sommeil. Les seules zones qui sont inactives sont des zones lésées gravement.
Quand même, faire croire qu’Einstein ait dit une citation sur un sujet farfelu, alors qu’il ne la jamais dite ni écrite, c’est comme renier ses compétences alors qu’il a beaucoup contribué à la physique, et cela n’est pas honorer sa mémoire…

Enfin, je termine par un article de Werber, intitulé «142857», dans le roman «Nous les dieux», et présent, semble t-il, dans la «Nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu». Werber semble s’intéresser aux jeux mathématiques, connus aussi sous le nom de mathématiques récréatives. Malgré leur caractère ludique, le jeu mathématique que l’on va aborder fait partie de la théorie des nombres. C’est même l’une de mes spécialités préférées en maths. C’est amusant et cela vaut de s’intéresser sur ce que Werber dit. Je cite l’auteur : «Le carré de 142 857 est 20408122449. Ce nombre est formé de 20 408 et 122 449, dont l’addition donne… 142 857. Edmond Wells, Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, Tome V». J’ai aperçu cette affirmation partiellement via Google, n’ayant malheureusement pas le texte en entier.
En substance, Werber semble attribuer au nombre entier 142857 des propriétés remarquables, dont celle dont je viens de citer.
Mais ce nombre fait-il figure de candidat unique, ou n’est-il qu’un nombre parmi de nombreux autres partageant les mêmes propriétés. Une démonstration complète avec des polynômes est fastidieuse, alors j’ai utilisé un moyen de calcul informatique. J’avais pensé au préalable au langage Perl mais l’écriture du code risquait d’être très compliquée. J’ai rapidement préféré le choix du langage Python dont la subtilité permet d’écrire un code bien plus simplifié que l’on ne le croyait. On va utiliser la base décimale. L’algorithme est le suivant : on prend un entier, on l’élève au carré, on scinde en deux séquences le nombre obtenu à peu près dans sa partie centrale, on aura donc soit deux entiers à 6 chiffres chacun, soit deux entiers dont l’un a 5 chiffres et l’autre 6 chiffres, soit 6 et 5 chiffres respectivement.

Voici le code source de mon programme en Python :

#!/usr/bin/python
n = 1000
while (n <= 999999):
carre = n * n
sq = str(carre)
seq1 = sq[0:5]
seq2 = sq[5:11]
q1 = long(seq1)
q2 = long(seq2)

somme = q1 + q2
if (somme == n):
print « (« ,n, »)^2 = « , sq,  » : « , seq1, » + « ,seq2, » = « ,str(somme)

seq3 = sq[0:6]
seq4 = sq[6:14]

q3 = long(seq3)
q4 = long(seq4)

somme = q3 + q4
if (somme == n):
print « (« ,n, »)^2 = « , sq,  » : « , seq3, » + « ,seq4, » = « ,str(somme)

n=n+1

—————————————

J’ai entre-temps amélioré le code en nuançant les séquences scindées, pour affiner les résultats.
Les résultats sont intéressants : le nombre 142857 n’est pas le seul à avoir la propriété définie par Werber. Il y en a par dizaines.
Preuve ci-dessous :

( 1000 )^2 =  1000000  :  1000  +  000  =  1000 (invalidé car une des séquences est nulle)
( 4950 )^2 =  24502500  :  2450  +  2500  =  4950
( 5050 )^2 =  25502500  :  2550  +  2500  =  5050
( 7272 )^2 =  52881984  :  5288  +  1984  =  7272
( 7777 )^2 =  60481729  :  6048  +  1729  =  7777
( 9999 )^2 =  99980001  :  9998  +  0001  =  9999
( 10000 )^2 =  100000000  :  10000  +  0000  =  10000 (invalidé car une des séquences est nulle)
( 17344 )^2 =  300814336  :  3008  +  14336  =  17344
( 22222 )^2 =  493817284  :  4938  +  17284  =  22222
( 38962 )^2 =  1518037444  :  1518  +  037444  =  38962
( 77778 )^2 =  6049417284  :  60494  +  17284  =  77778
( 82656 )^2 =  6832014336  :  68320  +  14336  =  82656
( 95121 )^2 =  9048004641  :  90480  +  04641  =  95121
( 99999 )^2 =  9999800001  :  99998  +  00001  =  99999
( 100000 )^2 =  10000000000  :  100000  +  00000  =  100000 (invalidé car une des séquences est nulle)
( 142857 )^2 =  20408122449  :  20408  +  122449  =  142857
( 148149 )^2 =  21948126201  :  21948  +  126201  =  148149
( 181819 )^2 =  33058148761  :  33058  +  148761  =  181819
( 187110 )^2 =  35010152100  :  35010  +  152100  =  187110
( 208495 )^2 =  43470165025  :  43470  +  165025  =  208495
( 318682 )^2 =  101558217124  :  101558  +  217124  =  318682
( 329967 )^2 =  108878221089  :  108878  +  221089  =  329967
( 351352 )^2 =  123448227904  :  123448  +  227904  =  351352
( 356643 )^2 =  127194229449  :  127194  +  229449  =  356643
( 389620 )^2 =  151803744400  :  15180  +  374440  =  389620
( 390313 )^2 =  152344237969  :  152344  +  237969  =  390313
( 461539 )^2 =  213018248521  :  213018  +  248521  =  461539
( 466830 )^2 =  217930248900  :  217930  +  248900  =  466830
( 499500 )^2 =  249500250000  :  249500  +  250000  =  499500
( 500500 )^2 =  250500250000  :  250500  +  250000  =  500500
( 533170 )^2 =  284270248900  :  284270  +  248900  =  533170
( 538461 )^2 =  289940248521  :  289940  +  248521  =  538461
( 609687 )^2 =  371718237969  :  371718  +  237969  =  609687
( 627615 )^2 =  393900588225  :  39390  +  0588225  =  627615
( 643357 )^2 =  413908229449  :  413908  +  229449  =  643357
( 648648 )^2 =  420744227904  :  420744  +  227904  =  648648
( 670033 )^2 =  448944221089  :  448944  +  221089  =  670033
( 681318 )^2 =  464194217124  :  464194  +  217124  =  681318
( 791505 )^2 =  626480165025  :  626480  +  165025  =  791505
( 812890 )^2 =  660790152100  :  660790  +  152100  =  812890
( 818181 )^2 =  669420148761  :  669420  +  148761  =  818181
( 851851 )^2 =  725650126201  :  725650  +  126201  =  851851
( 857143 )^2 =  734694122449  :  734694  +  122449  =  857143
( 961038 )^2 =  923594037444  :  923594  +  037444  =  961038
( 994708 )^2 =  989444005264  :  989444  +  005264  =  994708
( 999999 )^2 =  999998000001  :  999998  +  000001  =  999999
( 5479453 )^2 =  30024405179209  :  300244  +  05179209  =  5479453
( 8161912 )^2 =  66616807495744  :  666168  +  07495744  =  8161912

En recherchant sur Google, avec les mots-clés suivants (en provenance de mes résultats) : « 142857 148149 181819 187110 208495 », j’ai regardé s’il existait une liste répertoriée de ces nombres.
Je constate alors que ces nombres sont connus sous le nom de nombres de Kaprekar, d’après le nom d’un mathématicien indien qui les a étudiés.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_Kaprekar

En me renseignant sur le web, j’ai pu apercevoir dans quelques forums des reproductions du texte de Werber sur le nombre 142857, et il apparaît que l’auteur n’a pas daigné mentionner que 142857 (parmi d’autres nombres du même type) est un nombre de Kaprekar. La moindre des choses serait de nommer les choses que l’on raconte, histoire de permettre aux lecteurs intéressés de se renseigner et d’approfondir le sujet s’ils le désiraient.

Une autre remarque à propos du nombre 142857, c’est que Werber a montré que les multiples de ce nombre (du facteur 1 au facteur 9) sont composés des mêmes chiffres dans le désordre (en base 10) du nombre initial. Des anagrammes numériques en quelque sorte. Propriété extraordinaire ou plutôt assez banale ? Particularité de ces nombres : ils ne comportent pas le chiffre zéro.

J’ai conçu un programme en langage Perl. En voici le code source, adapté en particulier pour les nombres à 4 chiffres.

#!/usr/bin/perl

for ($a = 1; $a <= 9; $a++)
{
for ($b = 1; $b <= 9; $b++)
{
for ($c = 1; $c <= 9; $c++)
{
for ($d = 1; $d <= 9; $d++)
{

$nombre = (1000 * $a) + (100 * $b) + (10 * $c) + $d;

for ($factor = 2; $factor <= 9; $factor++)
{
$multiple = $factor * $nombre;

for ($z = 1; $z <= 9; $z++)
{
for ($y = 1; $y <= 9; $y++)
{
for ($x = 1; $x <= 9; $x++)
{
for ($w = 1; $w <= 9; $w++)
{

$verif = (1000 * $z) + (100 * $y) + (10 * $x) + $w;

if ($verif == $multiple)
{
$sommenombre = $a + $b + $c + $d;
$sommemultiple = $w + $x + $y + $z;
$produitnombre = $a * $b * $c * $d;
$produitmultiple = $w * $x * $y * $z;

if (($sommenombre == $sommemultiple) and ($produitnombre == $produitmultiple))
{
print « $nombre x $factor = $multiple  \n\a »;
} # end if algo

$w = $x = $y = $z = 9;
} # end if verif

}  # end for w
}  # end for x
}  # end for y
}  # end for z

}   # end for factor

}  # end for d
}  # end for c
}  # end for b
}  # end for a

########### END ##################

Voici le résultat pour les nombres à 4 chiffres :

1359 x 7 = 9513
1386 x 6 = 8316
1782 x 4 = 7128
2178 x 4 = 8712
2475 x 3 = 7425

Il existe en effet plusieurs nombres de type anagrammatique parmi les nombres à 4 chiffres, mais ils sont néanmoins relativement peu nombreux : 5 cas pour 9000 entiers à 4 chiffres non nuls (dans l’intervalle 1000 à 9999).

Maintenant, après amélioration du programme Perl, voici une partie (et non la totalité) des nombres anagrammatiques à 5 chiffres ci-dessous, ils sont significativement plus nombreux que ceux à 4 chiffres. La quantité d’anagrammes numériques semble augmenter sensiblement avec le nombre de chiffres par nombre. Ainsi, plus un nombre est grand, plus il sera susceptible d’avoir des anagrammes. Cela voudrait même dire qu’il existerait une infinité d’anagrammes numériques, et le nombre 142857 est très loin d’être le seul…
J’ai constaté que le programme pouvait parfois générer des nombres qui ne sont pas anagrammes, il arrive que cela ne soit pas les mêmes chiffres, j’ai ôté ces erreurs dans le résultat ci-dessous :

11688 x 7 = 81816
11883 x 7 = 83181
12375 x 3 = 37125
13359 x 7 = 93513
13449 x 7 = 94143
13599 x 7 = 95193
13659 x 7 = 95613
13986 x 6 = 83916
14247 x 3 = 42741
14724 x 3 = 44172
14859 x 6 = 89154
15192 x 6 = 91152
16782 x 4 = 67128
17832 x 4 = 71328
17982 x 4 = 71928
19728 x 4 = 78912
19782 x 4 = 79128
21678 x 4 = 86712
21783 x 4 = 87132
21798 x 4 = 87192
21978 x 4 = 87912
23751 x 3 = 71253
23958 x 4 = 95832
24147 x 3 = 72441
24714 x 3 = 74142
24876 x 3 = 74628
24975 x 3 = 74925
27585 x 3 = 82755
28575 x 3 = 85725

Je dénombre 29 nombres à 5 chiffres qui possèdent chacun un anagramme numérique.

En ce qui concerne les anagrammes numériques à 6 chiffres dont 142857 fait partie, je conjecture qu’il en existerait des dizaines ou des centaines (c’est directement vérifiable par calcul informatique, mais c’est très long…). Avec les résultats comme indices ci-dessus, on voit que le nombre 142857 n’est donc pas une exception.

Mais quelle est la probabilité pour qu’un nombre soit à la fois un nombre de Kaprekar et un nombre ayant des anagrammes numériques ? Je suppose que cette probabilité augmente d’autant plus que le nombre est grand. Pour les nombres inférieurs à 142857, la probabilité pourrait être nulle ou presque (je n’ai pas vérifié mais c’est plausible). Mais pour les nombres supérieurs à 142857, jusqu’à l’infini, la probabilité augmente vraisemblablement.

Pour approfondir et terminer ce dernier sujet, je vais parler d’un type particulier d’anagrammes numériques.
Examinons cette forme suivante : 23958 x 4 = 95832. On voit le terme 958 de part et d’autre, puis 23 qui est permuté pour former 32.
J’ai développé un programme simple qui permet de générer tous les nombres anagrammes de cette forme précise pour les entiers à 5 chiffres.

#!/usr/bin/perl
for ($w = 1; $w <= 9; $w++)
{
for ($x = 0; $x <= 9; $x++)
{
for ($z = 1; $z <= 9999; $z++)
{
$nombre = 1000 * ((10 * $w) + $x) + $z;
$multiple = (100 * $z) + (10 * $x) + $w;
$modulo = $multiple % $nombre;
if ($modulo == 0)
{
$div = $multiple / $nombre;
if (($div >= 2) and ($div <= 9))
{
print « $nombre x $div = $multiple \n »;
}
}

}
}
}

Pour les nombres à 5 chiffres : 3 cas de ce type de nombres.

10989 x 9 = 98901
12903 x 7 = 90321
23958 x 4 = 95832

Maintenant, je teste la forme particulière [aaabbb] de façon à ce que le multiple (qui est un anagramme) soit de la forme [bbbaaa], pour les nombres à 6 chiffres.

Voici le code Perl :

#!/usr/bin/perl
for ($w = 1; $w <= 999; $w++)
{
for ($x = 1; $x <= 999; $x++)
{
$nombre = 1000 * $w + $x;
$multiple = 1000 * $x + $w;
$modulo = $multiple % $nombre;
if ($modulo == 0)
{
$div = $multiple / $nombre;
if (($div >= 2) and ($div <= 9))
{
print « $nombre x $div = $multiple \n »;
}
}

}
}

J’obtiens ceci :
142857 x 6 = 857142

Cela se complique si on cherche pour les nombres de plus de 6 chiffres.
Mais maintenant, j’essaie autre chose : les anagrammes palindromes. L’intérêt ici est qu’on prenne enfin en compte les zéros intercalaires.

1 cas pour les entiers à 4 chiffres : 2178 x 4 = 8712
2 cas pour les entiers à 5 chiffres : 10989 x 9 = 98901 et 21978 x 4 = 87912
2 cas pour les entiers à 6 chiffres : 109989 x 9 = 989901 et 219978 x 4 = 879912
2 cas pour les entiers à 7 chiffres : 1099989 x 9 = 9899901 et 2199978 x 4 = 8799912
4 cas pour les entiers à 8 chiffres : 10891089 x 9 = 98019801 et 10999989 x 9 = 98999901 et 21782178 x 4 = 87128712 et 21999978 x 4 = 87999912
4 cas pour les entiers à 9 chiffres : 108901089 x 9 = 980109801 et 109999989 x 9 = 989999901 et 217802178 x 4 = 871208712 et 219999978 x 4 = 879999912
6 cas pour les entiers à 10 chiffres : 1089001089 x 9 = 9801009801 et 1098910989 x 9 = 9890198901 et 1099999989 x 9 = 9899999901 et 2178002178 x 4 = 8712008712 et 2197821978 x 4 = 8791287912 et 2199999978 x 4 = 8799999912
Après, le temps de calcul est nettement trop long…

Le but de cette présentation ? Montrer une preuve empirique que les anagrammes (les anagrammes palindromes ici en particulier) se font de plus en plus nombreux au fur et à mesure que les entiers comportent davantage de chiffres. Par conséquent, à défaut d’une démonstration mathématique complète (hélas !), il existerait une infinité d’anagrammes, afin d’illustrer que le nombre 142857 ne fait pas figure d’exception.

Voila, c’est la fin du dossier. Peut-être que cela vous aura convaincu, mais je ne me fais pas d’illusion.

Pour résumer, nous avons eu affaire à un anachronisme historique évident (la date de la mort de Moctezuma), à une confusion flagrante sur les proportions chimiques de l’hydrogène et de l’hélium concernant la composition chimique de l’univers (confondue avec celle du soleil), puis l’évocation des réalités parallèles dont l’existence ne peut être prouvée, ni réfutée. Ensuite, la bourde concernant le saut d’un électron d’une orbitale à l’autre (l’auteur a inversé le fait, entre l’émission d’un photon et l’absorption). Ensuite, l’auteur a confondu les rats avec des hamsters, puis il y a la bourde à propos des interactions forte et faible (il a inversé l’attribution des nucléons et celle des quarks à leur interaction respective, en confondant l’interaction forte et l’interaction faible). Ensuite, il y a le non-sens de l’attribution d’une forme sphérique parfaitement déterminée pour les atomes lorsqu’on sait que la physique quantique établit qu’à l’échelle atomique les formes sont plutôt floues et probabilistes. Pire, l’auteur fait parler Einstein et lui attribue une citation apocryphe fantaisiste… Pour finir, il y a ce fameux nombre 142857, présenté implicitement comme miraculeux, ou plutôt comme quelque chose d’unique. J’ai montré empiriquement (par des programmes informatiques dont j’ai fourni le code source ici) que le nombre 142857 n’était pas isolé et que d’autres nombres présentaient les mêmes propriétés.

Seule une partie de l’ESRA a été analysée, le dossier n’aura établi qu’une partie des erreurs pouvant y exister. Autant d’erreurs, ce n’est pas seulement du fait que l’erreur est humaine. Cela semble délibéré. Ou alors l’ESRA aura été écrit à la hâte. Toutes ces erreurs pourraient nous inciter à grogner, mais enfin bon… Elles révèlent cependant, et c’est intéressant, que beaucoup de lecteurs peuvent prendre toute anecdote comme une vérité alors que la moindre recherche documentaire (qui n’est pas si compliquée à réaliser, bien que ça prenne du temps) aurait mis en évidence ces erreurs, et inciter au doute.

Pour conclure :
Des erreurs volontaires pour concevoir une oeuvre de fiction, et que d’aucuns considèrent sans ambiguïté l’oeuvre comme une fiction, cela ne nécessite pas de recadrage critique. Cependant, quand des erreurs (délibérées ou non) s’amoncellent dans une oeuvre de fiction qui est considérée à tort par certains lecteurs comme étant un matériel pédagogique authentique, alors un recadrage critique est nécessaire et utile. D’une part, l’on ne confond pas la science-fiction avec la science, l’on ne doit pas confondre non plus la science avec la science fictive. Voila, c’est tout ce que je voulais dire.

Maintenant vous pouvez quitter cette page et reprendre une activité normale.  😉

© 2014 John Philip C. Manson

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Ma position par rapport au mouvement des Brights

Le Mouvement des brights regroupe des individus qui portent sur le monde un regard « naturaliste », c’est-à-dire libre de tout élément surnaturel ou mystique ; les brights fondent leur éthique et leur comportement sur une compréhension naturaliste de l’univers. S’inscrivant dans la continuité des Lumières, le réseau international des brights s’est constitué comme mouvement de visibilité de celles et ceux qui portent un regard « naturaliste » sur le monde ; le mode d’existence du réseau est basé sur l’utilisation d’internet.

  • Le naturalisme philosophique est la position selon laquelle rien n’existe en dehors de la nature : il n’y a rien de surnaturel ou, à tout le moins, que le surnaturel est sans influence sur le naturel.
  • Le siècle des Lumières est un mouvement intellectuel initié en Europe du XVIIIe siècle, dont le but était de dépasser l’obscurantisme et de promouvoir les connaissances; des philosophes et des architectes intellectuels, encourageaient la science et l’échange intellectuel, en s’opposant à la superstition, l’intolérance et les abus de l’Église et de l’État.

Voici ma vision des choses ci-dessous (c’est identique à la science actuelle, quand la méthode scientifique est respectée avec intégrité, professionnalisme et transparence) :

En ce qui me concerne, ma philosophie se base sur un naturalisme atomiste, matérialiste, mécaniste et empiriste. Je me base sur la méthode scientifique à travers le critère de la réfutabilité, dans le sens donné par Karl Popper. Le principe de réfutabilité en science a pour conséquence que la science n’établit pas des vérités inébranlables, mais des vérités faillibles fondées sur des représentations faillibles de l’univers et de la nature, à travers la recherche empirique. Ce qu’on appelle vérité est quelque chose de relatif. En revanche, des hypothèses fausses qui sont réfutées par des faits, sont infirmées définitivement. C’est la fausseté réelle des choses fausses qui est une vérité bien tranchée. Ainsi, à la lumière des faits, des connaissances peuvent être soit a priori vraies, soit certainement fausses. Une hypothèse (ou même une théorie scientifique) ne s’érige pas en vérité ; une hypothèse ou théorie est évaluée selon sa solidité par confrontation aux faits.

En physique et dans les autres sciences de la nature, une connaissance est faillible : si elle est fausse en soi, sa fausseté peut être définitivement établie, tandis que si elle est vraie en soi, on ne pourra pas prouver qu’elle est absolument vraie, on pourra juste corroborer la connaissance, on remarquera sa cohérence. Ce qu’on appelle la vérité, en sciences, ne se trouve que dans les mathématiques. Les maths sont indépendantes du monde matériel, elles sont abstraites, leurs lois leur sont propres. C’est étonnant que les maths soient autonomes par rapport au monde matériel, et qu’en même temps les maths peuvent expliquer de nombreux phénomènes matériels. Je suppose que le grand mathématicien Cédric Villani est de mon avis.   😉  Et désolé si je ne dis pas «LA mathématique», au singulier, question de (mauvaise) habitude.  🙂

De plus, les maths ont un avantage : il suffit d’un crayon et d’un papier, ou d’une craie et d’un tableau noir (mais un superordinateur pour les calculs longs c’est bien mieux). Les sciences expérimentales, elles, sont plus contraignantes : il faut un budget pour les instruments scientifiques, il faut faire un montage expérimental rigoureux (c’est facile de foirer une expérience), et parfois ça explose à la figure.

iconlol

  • Question métaphysique : la matière précède t-elle les mathématiques ? L’homme pensant invente ou crée les maths et les utilisent. Les cerveaux préexistent par rapport à l’existence des maths. Les maths existeraient-elles s’il n’existait pas d’hommes pensants ?

Je pense que les maths sont une extension de notre propre conscience. Peut-être que la conscience elle-même est un calcul auto-référent, mais je préfère vous éviter la migraine.

Retour sur ce qu’est une théorie scientifique :

methodescientifique

Pour faire une métaphore, une théorie est comme la sculpture d’une statue : on n’ajoute pas du matériau à l’ouvrage, mais on procède par élimination, on enlève ce qui est superficiel, comme si on taillait un roc informe, et l’ouvrage qui reste est ce qui est a priori vrai, sinon crédible. Mais c’est un ouvrage crédible qui ne sera jamais achevé définitivement, car il est sans cesse affiné petit à petit. A contrario, les hypothèses et théories douteuses, dans le contexte de la fraude scientifique, ou de la science fringe, ou de la pseudo-science, se caractérisent par des rustines multiples ajoutées ad hoc selon les faits nouveaux, sans même corriger ni remettre en question l’hypothèse ou la théorie érigée en dogme… Plus on rajoute des rustines sur les roues d’une théorie pour sauver celle-ci, moins le vélo roulera bien…

Ma vision naturaliste est caractérisée par des critères précis : un naturalisme scientifique dépourvu autant que possible de toute forme de subjectivité, un naturalisme fondé sur l’expérimentation et la réfutabilité. Une conception fondée sur l’utile et le nécessaire, tout en ayant conscience des incertitudes inévitables.

Jamais il ne faudrait dire qu’une théorie scientifique est vraie. Elle peut être vraie et cohérente mathématiquement, mais la physique comporte des incertitudes quantitatives que les mathématiques strictes ignorent. Par exemple, l’infini existe en maths, mais pas en physique. Une théorie scientifique n’est donc pas une vérité absolue, on dit plutôt que la théorie est crédible, à la fois par rapport aux maths, et à la fois par rapport aux expériences ou observations. Et cette crédibilité se mesure sur la cohérence propre de la théorie (accord entre les maths et l’expérience du réel) mais aussi sur la cohérence par rapport à l’édifice scientifique établi et par rapport aux sciences interdisciplinaires. Par exemple, en électrochimie, par exemple en réalisant une électrolyse : les lois de la physiques (électrostatique, électrodynamique, électromagnétisme) ne doivent pas entrer en contradiction avec les lois de la chimie (théorie de l’atome, modèle atomique, réactions chimiques).

Ensuite, jamais je n’accepte de voir la science associée à la pseudo-science et au mysticisme. Karl Popper avait posé un principe de démarcation épistémologique. Cette démarcation est une nécessité.

Et jamais je n’accepte de voir la science récupérée abusivement par des idéologies politiques ou religieuses dont la finalité est le pouvoir et le profit au mépris de la démocratie et de la liberté des peuples. La science doit rester indépendante de toute influence subjective. Le lyssenkisme sous l’idéologie soviétique par exemple. Le créationnisme par l’intégrisme chrétien ou autre, aussi, par exemple.

La désinformation est inacceptable. Tout citoyen a droit à l’information et à l’éducation. Les journalistes ont des devoirs déontologiques (Charte de déontologie du journalisme) : devoir de vérité, devoir de rectifier ce qui est inexact, devoir de rester critique, refus du sensationnalisme.

De même, le naturalisme non plus ne doit pas dénaturer la science pour servir l’athéisme. Ce que l’on croit ou ce que l’on ne croit pas ne fait pas partie de la science. Si j’avais des croyances, je les aurais mises au vestiaire quand j’entre dans l’arène de la science. En tant qu’athée ou agnostique, cela importe peu sur le suivi de la démarche scientifique. Les émotions aussi, il faut les laisser au vestiaire. Je n’ai besoin que d’un cerveau frais pour faire un raisonnement logico-mathématique, des yeux pour observer et expérimenter, et l’absence de subjectivité afin d’interpréter sans superficialité les données quantitatives des phénomènes observés.

La connaissance est un édifice faillible fondé sur une méthode qui a fait ses preuves. La science, ça marche, mais des conditions sont à respecter.

Si dépasser l’obscurantisme et promouvoir les connaissances sont l’objectif des Brights, je vais plus loin que ça. Comment ça ? La connaissance pourrait être vue comme une vérité qui abolit les mensonges de l’obscurantisme. Dans mon blog, j’ai montré que même des connaissances à l’apparence scientifique, à travers les médias de tous les jours, sont matière à tromperies, erreurs, lacunes et croyances… Le scepticisme scientifique, selon moi, doit s’appliquer aussi sur la (mauvaise) vulgarisation scientifique via le journalisme grand public. Depuis une dizaine d’années, et avec l’influence d’Internet, la vulgarisation perd en qualité (certains magazines, mais surtout dans le web), ça devient comme la malbouffe… On remplit le cerveau vite, mais mal, et inutilement. Mieux vaut former le cerveau au doute. L’émergence de magazines pseudo-scientifiques aggrave les choses.

J’ai ouvert une porte, d’autres devraient me suivre. Il n’existe pas d’information infaillible, le taux d’erreurs quantitatives dans le mauvais journalisme des sciences est plus grand qu’on ne l’avait pensé. La méthode scientifique et le raisonnement logico-mathématique c’est plus important que le concept de naturalisme, bien que les sciences tendent à montrer que l’univers est naturel et que l’hypothèse d’un Dieu est inutile. La science n’a pas à s’embarrasser de mysticisme. La rigueur dans la méthode scientifique, à travers la réfutabilité des hypothèses et des théories, c’est plus important que la crédibilité des théories elles-mêmes. En gros, peu importe la laideur de la destination, pourvu que le voyage ait été bon, Voila.

Tout doit être autopsié (tout doit-il disparaître ?). De quoi être indécis entre l’autopsie et la boucherie… Toubib or not toubib, that is the question.

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© 2013 John Philip C. Manson

Satellite Planck : des connaissances cosmologiques remises à jour

24/03/2013

Le satellite Planck (1000 fois plus précis que WMAP) apporte une remise à jour de nos connaissances en cosmologie.

  • L’âge de l’univers n’est plus de 13,7 milliards d’années, mais on sait maintenant depuis peu que son âge est de 13,82 milliards d’années.
  • Réajustement de proportion : la matière noire (si elle existe) est un peu plus abondante qu’on l’estimait, avec une contribution de 26,8 % à la densité du cosmos, tandis que l’énergie noire (si elle existe) est toujours dominante et ne représente plus maintenant que 68,3 % de cette densité.
  • Les observations du satellite Planck sont presque conformes à la théorie de l’inflation qui semble du coup renforcée, mais le cosmologiste George Efstathiou incite à la prudence. En effet, des anomalies empiriques qui restent à expliquer en sont pas en accord en partie avec le modèle de l’inflation.
  • L’examen et l’exploitation de toutes les données de Planck pourraient bien durer une décennie, et probablement plus.

26/03/2013

Du nouveau avec ce site : http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-planck-entrouvre-une-fenetre-sur-l-univers-primordial-31221.php

  • La densité moyenne de matière ordinaire est mesurée à 0,247 atome par mètre cube avec une précision de 3%.
  • Les résultats de Planck montrent que l’Univers suit une géométrie euclidienne à très grande échelle.
  • La valeur de la constante de Hubble donnée par Planck, est de 67 kilomètres par seconde et par mégaparsec, soit 10 pour cent de moins que la valeur déduite de l’étude des étoiles céphéides.
  • La taille de l’Univers observable : le rayon est désormais estimé à 45,8 milliards d’années lumière.

28/03/2013

Du nouveau ici aussi : http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/astronomie/d/planck-un-nouvel-eclairage-sur-la-gravitation-quantique-espere-aurelien-barrau_45390/#xtor=EPR-17-%5BQUOTIDIENNE%5D-20130326-%5BACTU-planck_:_un_nouvel_eclairage_sur_la_gravitation_quantique_espere_aurelien_barrau%5D

  • Des modèles de cosmologie inflationnaire sont réfutés. Les membres de Planck ont cherché des signes de fluctuations non gaussiennes. Les nouvelles bornes qu’ils ont trouvées mettent particulièrement à mal le modèle cosmologique appelé ekpyrotique, proposé en 2001 par Paul Steinhardt, Burt Ovrut, Justin Khoury et Neil Turok, sans toutefois le réfuter complètement.

30/03/2013

Complément depuis : http://www.lefigaro.fr/sciences/2013/03/21/01008-20130321ARTFIG00444-l-enfance-de-l-univers-vue-par-le-satellite-planck.php

  • Le modèle cosmologique «le plus simple est aussi le meilleur». Cela implique notamment un Univers «plat», c’est-à-dire euclidien aux échelles cosmologiques.
  • Seul mystère non résolu, les fluctuations à grandes échelles sont un peu moins importantes que prévu, ce qui pose un gros problème théorique.
  • L’expansion de l’univers est moins rapide que prévu.

L’âge de la Terre et l’âge de l’Univers

Quel est l’âge de la Terre et l’âge de l’Univers ? J’ai aperçu cette question posée sur Yahoo QR, mais je fut stupéfait des réponses qu’elle a suscité. Un internaute a affirmé que personne n’est en mesure de connaître exactement cette âge, et un autre a dit que Dieu seul connaît la vérité… Des réponses toutes faites, mais qui n’expliquent rien.

La vulgarisation scientifique reste très insuffisante, il faut trouver des solutions pour une meilleure transmission de la culture scientifique. Écrire un article sur cette question se montre nécessaire.

Dans l’état actuel de la science, et sur ce que nous pouvons au moins savoir d’après les observations, nous pouvons affirmer sérieusement que nous connaissons une estimation de l’âge de l’univers avec une incertitude de 1%. L’âge exact, à une année près ou une seconde près, en effet, est inconnaissable, c’est évident. Mais les données quantitatives existent néanmoins. L’âge de la Terre, lui, est connu (a priori au million d’années près) par la comparaison et le recoupement (entre elles) des datations des radio-isotopes naturels à longue période de demi-vie. (voir : Datation radiométrique)

Âge de la Terre (formation depuis la nébuleuse solaire) : 4 567 000 000 années.

(source)

Âge de l’univers : 13,7 milliards d’années plus ou moins 200 millions d’années. L’incertitude est de 1%.

(source)

  • L’âge de l’univers est connu depuis juin 2003 grâce aux résultats de WMAP : «Age of the universe is estimated from the cosmological model based on Hubble constant, as per this model the age of universe will be 13.7 ± 0.2 GYR ie 13.7 billions years old», «L’âge de l’univers est estimé d’après le modèle cosmologique basé sur la constante de Hubble, d’après ce modèle l’âge de l’univers sera de 13,7 ± 0.2 milliards d’années, in extenso 13,7 milliards d’années.» (source)

© 2013 John Philip C. Manson

Quel est le plus concevable entre l’existence ou l’inexistence d’autres vies dans l’univers ?

Quel est le plus concevable entre l’existence ou l’inexistence d’autres vies dans l’univers ?

La question de la vie extraterrestre en tant que concept, c’est de la masturbation intellectuelle de type métaphysique. En effet, je prends un exemple : il est plus facile de concevoir un bisounours rose ou multicolore comme l’arc-en-ciel plutôt qu’un bisounours noir, et pourtant les bisounours n’existent pas…

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Le fond du problème n’est pas conceptuel mais observationnel. Un concept peut paraître cohérent, il peut l’être complètement, (il peut cependant être archi-faux quand il se contredit lui-même ou quand il contredit les faits objectifs) mais la propre logique d’un concept ne s’applique qu’à l’abstraction de ce concept, cette logique s’applique seulement à lui-même et indépendamment des faits. Les sciences expérimentales ne s’appuient pas sur de pures abstractions conceptuelles, l’expérimentation consiste en des observations et des expériences afin de réunir des données quantitatives en vue d’établir des preuves matérielles. Par exemple, la transmission des caractères héréditaires ne serait restée qu’un concept s’il n’y avait pas la preuve de l’existence de l’ADN et des gènes, ainsi que l’absence des preuves de l’hérédité à travers des expériences d’hybridation de petits pois (cf. les travaux de Gregor Mendel).

En science, on construit des conclusions à partir de preuves matérielles.
Dans le débat contemporain, on n’a pas encore de preuves de la vie extraterrestre, les discussions tournent autour de concepts plus ou moins réalistes mais on n’a rien pour comparer…

Même si l’existence de la vie dans l’univers est une hypothèse crédible, elle reste difficile à vérifier.

Tant que les sondes spatiales n’ont rien découvert de neuf, il n’y a franchement rien à déclarer. On ne peut parler que de la vie sur Terre, c’est la seule vie que l’on connaît. Les fantasmes sur les extraterrestres, parfois jusqu’au mysticisme, ce n’est pas du tout mon truc… Mieux vaut savoir avec des preuves que croire sans preuves.

On peut émettre des hypothèses sur la vie extraterrestre, mais elles seront peut-être invérifiables pendant plusieurs décennies, voire quelques siècles… Que la prudence nous garde de changer ces hypothèses en dogmes religieux… Avec une telle extrémité, ce serait dénaturer la science, ce serait instituer l’obscurantisme.

L’existence de la vie ailleurs doit être établie par des preuves scientifiques, tandis que l’inexistence ne peut pas se démontrer (on peut prouver l’existence d’une chose, pas son inexistence, et l’exigence de preuves n’est pas un déni de l’existence puisque ce qui existe doit pouvoir nécessairement être prouvé), et tandis que des concepts seuls ne constituent pas des preuves, puisque ce sont les observations et les expériences qui sont le fondement des preuves.

Moi, quand je veux prouver, par exemple, l’existence d’une espèce animale très ancienne, je montre ma collection de fossiles, je ne m’autoriserai pas à spéculer ou imaginer ce qui aurait pu exister, car l’imaginaire est fertile en idées mais on peut lourdement se tromper. Des faits objectifs, eux, ne mentent pas…

 

© 2013 John Philip C. Manson

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Analyse partielle de la «nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu»

Un sujet d’étude intéressant : la science dans les œuvres littéraires. Si j’ai plusieurs fois pensé à parler de la crédibilité scientifique dans certains livres (romans, essais philosophiques…), je ne l’avais pas encore fait. Le moment est venu pour le faire.

S’il vous plaît, si vous êtes un grand fan inconditionnel des romans de Bernard Werber, veuillez ne pas lire cet article…

D’après Wikipedia, on peut lire que certains critiques reprochent aux romans de science-fiction de Bernard Werber de présenter certains concepts d’apparence scientifique comme des certitudes alors que ce n’est pas le cas ; et que L’Ultime Secret illustre bien cette tendance, on peut y lire sur la quatrième de couverture la phrase suivante : « Ils vont aller de surprise en surprise jusqu’à l’extraordinaire dénouement basé sur une découverte scientifique peu connue mais réelle ». D’autres critiques assimilent la futurologie à de la pseudo-science.

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’article de Wikipedia. Mais pour se donner une idée claire des ouvrages de Werber, c’est de les lire. L’auteur qualifie parfois ses œuvres comme de la  philosophie-fiction ; je trouve ce terme pertinent et mieux adapté que celui de science tout court. Heureusement. Le style de l’écrivain est celui de la science-fiction et les contes philosophiques, et ne se proclame pas comme scientifique. La démarcation est implicite, mais cependant je me demande si le grand public prend réellement conscience de la distinction entre la fiction littéraire et la science. Les oeuvres de Werber rencontrent un grand succès, c’est de la littérature comme n’importe quels romans, et si j’avais été bien plus jeune je pense que ses livres figureraient dans ma bibliothèque parce qu’autrefois mon esprit tourmenté mélangeait naïvement les diverses influences issues indifféremment de la science ou de la fiction. Lire Werber pour se divertir et se distraire, pourquoi pas ? Toutefois, croire que de tels livres sont de la vulgarisation scientifique (au sens pédagogique) est un égarement. Je vais l’expliquer ici bas. Un égarement provoqué par les lecteurs eux-mêmes si ceux-ci ne font pas la différence entre ce qui relève de la science et ce qui relève de la littérature.

Ce qui va suivre dans mon présent article est une analyse critique. Le but n’est absolument pas de fustiger un écrivain. Tout le monde peut lire Werber à volonté. Il vaut mieux même lire pour analyser que critiquer sans même avoir lu. On peut librement se distraire en lisant des oeuvres de fiction, même moi j’en lis parfois. Par exemple, je vois en Jules Verne un très grand auteur de science-fiction, pour la qualité de son réalisme. Puis côté réalisme dans la littérature, je suis un lecteur inconditionnel de Maupassant.

À la TV, l’émission «Temps X» fut divertissante, animée par deux célèbres jumeaux (les frères Bogdanoff) dont le style à l’époque (1979) était tout à leur honneur, comparé à aujourd’hui…

Ma démarche est explicite à propos du livre : lire pour analyser, éviter de critiquer sans avoir lu, et surtout éviter de prendre de la fiction pour de la vulgarisation scientifique.

Donc pour revenir à l’objet de mon article ici, je prépare l’analyse de quelques paragraphes divers du livre «Nouvelle encyclopédie du savoir», afin de mettre en évidence une différenciation épistémologique transparente entre les faits scientifiques et la fiction littéraire liée au style de l’écrivain.

Il existe une distinction entre la science-fiction, la science fictive et la science tout court.

Ci-dessous, la relecture du livre de Werber, à travers laquelle le texte de fiction est confronté à mes arguments basés sur la vulgarisation scientifique.

ANALYSE de «Nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu»

[aux éditions Albin Michel (2009)]

Premier paragraphe intitulé «Au début» :

  • «L’univers, c’était du rien avec un peu d’hydrogène.»

Ou il n’y a rien, ou il y a tout. Le commencement de l’univers, le Big Bang, était très dense et très chaud, toute la matière était réunie, et partout. Ce n’était pas «rien».

  • «H. Et puis il y a eu le réveil. L’hydrogène détone.»

H, c’est la lettre majuscule qui désigne l’élément chimique hydrogène. L’atome d’hydrogène est constitué d’un proton et d’un électron.

Le réveil ? Le Big Bang n’est pas un état d’attente suivi ensuite par un événement soudain. Le Big Bang est le commencement de l’espace et du temps. Il n’y a pas proprement dit un «réveil» avant même le Big Bang, puisqu’il n’y avait pas d’avant. Le Big Bang existe à partir de l’existence de l’espace-temps à partir duquel on peut décrire, connaître et comprendre les lois naturelles de la physique. Avant l’espace et le temps, il n’y a rien à expliquer, c’est hors de portée de la science.

L’hydrogène détone ? La détonation est le résultat d’une combustion rapide, entre l’hydrogène et l’oxygène, par réaction chimique. Mais cela n’a rien à voir avec le Big Bang.  Le Big Bang est un état très condensé de matière exotique très chaude à partir duquel des particules élémentaires (des quarks) ont rapidement formé des atomes d’hydrogène. Mais lors du Big Bang, l’hydrogène ne s’enflamme pas avec l’oxygène car l’oxygène était absent, et en plus la température était beaucoup trop élevée pour faire des réactions chimiques.

  • «Le Big Bang explose et ses éléments bouillants se métamorphosent en se répandant dans l’espace.»

Le Big Bang n’est pas une explosion. C’est une erreur conceptuelle fréquente. Le Big Bang est une expansion de l’espace, le Big Bang n’est pas une explosion classique de matière très chaude qui remplit un espace froid infini absolument vide. Le Big Bang a eu lieu partout, en tout point de l’espace. Il n’est pas une explosion locale et isolée.

  • «H, l’élément chimique le plus simple, se casse, se mélange, se divise, se noue pour former des choses nouvelles. L’univers est expérience.»

Oui, l’hydrogène est l’élément chimique le plus simple. Plus précisément l’isotope 1 (un proton, un électron, pas de neutron(s)), les autres isotopes de l’hydrogène étant «moins simples» : le deutérium (un neutron en plus) et le tritium (avec deux neutrons) lui-même radioactif.

Mais voila, l’élément le plus simple, et parce que c’est le plus simple, l’hydrogène (constitué d’un seul proton), il ne se casse pas. La fission nucléaire concerne seulement les atomes les plus lourds, comme l’uranium et le plutonium par exemple. Les noyaux les plus légers, comme l’hydrogène, le deutérium, l’hélium et le tritium, peuvent seulement fusionner entre eux (fusion thermonucléaire) pour former des noyaux plus lourds.

Pour former des choses nouvelles, l’hydrogène n’a pas besoin de changer sa nature. Une étoile prend forme par la contraction gravitationnelle de grandes étendues d’hydrogène gazeux. C’est seulement après sa mise en forme (une sphère ou plutôt géoïde) qu’une étoile commence à rayonner sa lumière, lorsque l’hydrogène fusionne pour produire de l’hélium. De très grandes étendues d’hydrogène peuvent former des galaxies, mais quasiment toute la matière de ces vastes ensembles est composé d’hydrogène à ses débuts.

L’univers une expérience ? J’aurais formulé ça autrement. Si c’est une expérience, elle est l’œuvre d’un hasard aveugle et dénué d’intentionnalité. Philosophiquement, la science se fie plutôt au principe anthropique faible. Il n’y a pas d’expérience si l’univers n’a pas d’auteur. Une expérience nécessite des observateurs qui cherchent des résultats. Mais la question métaphysique d’un quelconque démiurge reste à jamais indécidable parce que scientifiquement invérifiable et donc irréfutable. On ne peut donc pas prouver que l’univers est lui-même une «expérience».

  • «L’ensemble de notre univers-espace-temps local, qui était composé à 100% d’hydrogène, est maintenant une soupe remplie d’atomes bizarres selon les proportions suivantes : 90% d’hydrogène, 9% d’hélium, 0,1% d’oxygène […]»

L’idée d’espace-temps local n’a pas de sens, puisque le Big Bang s’est produit partout, cela concerne tout l’espace-temps, et le résultat est le même partout. Le Big Bang n’est pas un événement qui s’est produit dans un endroit privilégié de l’univers.

100% d’hydrogène ? Ce fut le cas très tôt lors du Big Bang, mais très peu de temps (dans les 3 premières minutes). La nucléosynthèse primordiale (vers 1 milliard de degrés Celsius) a rapidement entraîné la fusion thermonucléaire d’une partie de l’hydrogène pour former du deutérium, de l’hélium, du lithium et du béryllium avant même l’apparition des premières étoiles.

Puis concernant la composition chimique de l’univers, le modèle actuel présuppose que la matière visible ordinaire ne représente qu’une petite fraction (0,3%) de ce qui existe dans l’univers, le reste étant a priori majoritairement constitué de matière noire et d’énergie noire.

Concernant la matière chimique ordinaire, ce document sur les preuves du Big Bang indique ces proportions : 75% d’hydrogène et 25% d’hélium, et les autres éléments chimiques à l’état de traces. Mais les proportions indiquées par Bernard Werber sont plutôt proches des proportions chimiques du soleil, et non celles de l’univers plus généralement : «hydrogène à 92,1 % et hélium à 7,8 %», et oxygène à 0,061%. Ma remarque est confirmée par cette phrase dans une page de La Recherche : «Dès les années 1940, les astronomes mesurent la répartition de la composition chimique de l’Univers et trouvent partout 75 % d’hydrogène, 25 % d’hélium et des traces d’éléments plus lourds».

Au lieu de l’expression confuse «espace-temps local», ou même «En ne citant que les éléments chimiques les plus répandues dans notre univers-espace-temps», l’auteur aurait dû dire plutôt «système solaire» afin de distinguer celui-ci de la composition chimique de l’univers.

Deuxième paragraphe, intitulé «Réalité parallèle» :

  • «La réalité dans laquelle nous sommes n’est peut-être pas la seule. Il existerait d’autres réalités parallèles.»

Si l’idée est séduisante, elle n’est pas (pour l’instant) une hypothèse scientifique crédible. Cette idée métaphysique de réalité parallèle est souvent évoquée dans les débats philosophiques. En physique, à propos des réalités parallèles, comment concevoir une expérience ou une observation permettant de vérifier si l’hypothèse est reliée à des faits ou de réfuter l’hypothèse à travers ces faits ? Je me pose la question depuis longtemps à propos de certaines théories, comme la théorie des cordes et certaines interprétations plus ou moins loufoques de la physique quantique. Comment prouver ou réfuter l’existence de dimensions spatiales  supplémentaires ? Comment prouver ou réfuter l’existence d’univers parallèles ? Les théories scientifiques (même les plus crédibles) sont des représentations faillibles de la nature, elles ne sont pas la vérité en soi ; mais des idées a priori non expérimentables en physique ne représentent rien de concrètement factuel… Des idées exemptes de l’appui des faits, pour moi et pour les scientifiques, sont des fables. La conviction n’est le fruit que de la preuve.

Si le concept de «matière noire» commence à trouver enfin des voies expérimentales (http://www.futura-sciences.com/magazines/matiere/infos/actu/d/physique-detecter-matiere-noire-grace-rmn-48829/#xtor=EPR-17-%5BQUOTIDIENNE%5D-20130911-%5BACTU-Detecter-la-matiere-noire-grace-a-la-RMN–%5D), le concept d’univers parallèles reste invérifiable à ce jour.

  • «Par exemple, alors que vous lisez ce livre dans cette réalité, dans une autre réalité vous êtes en train de vous faire assassiner, dans une troisième réalité vous avez gagné au loto […]»

L’idée des univers parallèles est fortement inspiré de la physique quantique, mais ce qu’on appelle la superposition d’états concerne les très petites échelles d’espace. À notre échelle macroscopique, la décohérence quantique rompt cette superposition. Les univers parallèles, jusqu’à preuve du contraire, appartiennent à la science-fiction. Il convient de se souvenir que les modèles mathématiques sont une représentation faillible de la réalité, ils ne sont pas censés être la réalité elle-même, ni ne sont censés se substituer à la réalité pour dire que les maths elles-mêmes sont la trame et la cause de la réalité. Ce genre d’inversion de cause à effet est similaire au débat stérile comme celui du paradoxe de l’oeuf et de la poule, ainsi que certains détails des thèses créationnistes qui tentent de convaincre que la conscience précède la matière, alors que la conscience ne peut exister sans structure matérielle (les réseaux de neurones et réseaux neuromimétiques : pas de pensée sans cerveau).

  • «Pour un physicien quantique il est acceptable de dire que le chat est à 50% mort et à 50% vivant.»

En physique quantique, on dira plutôt que la superposition d’états indique que le chat de Schrödinger (rappel : c’est une expérience de pensée, et le chat est allégorique et fictif) est à la fois mort et vivant. Il est vrai que c’est une question de probabilités.

  • «[…] il existe une personne qui sait si le chat est mort ou si le chat est vivant même sans ouvrir la boite : c’est le chat lui même.»

À première vue, c’est logique. Mais le chat est fictif, il sert à représenter le comportement des particules à l’échelle subatomique. Les particules élémentaires, elles, n’ont pas de conscience, la matière inerte n’a pas conscience de son propre environnement…

Les êtres vivants les plus simples, les virus, sont composés de quelques centaines ou milliers d’atomes. Un codon d’ADN ou d’ARN se compose lui-même de moins de 100 atomes. Imaginer une forme de vie dont la taille est en-deçà de la taille minimale d’un gène est un non-sens en biochimie et en génétique. À l’échelle subatomique, donc à une dimension inférieure à celle d’une seule molécule, la superposition d’états se produit chez les particules concernées, mais à cette échelle il n’existe aucun observateur…

  • «De toutes les planètes connues, la Terre est la plus complexe.»

Au niveau des phénomènes biochimiques et biologiques, oui c’est vrai, la complexité est à son paroxysme en ce qui concerne la vie sur Terre. Mais au niveau des phénomènes géologiques, la Terre est aussi ordinaire qu’une autre planète. L’une des grosses lunes de Jupiter, Io, se caractérise bien par une activité volcanique et tectonique assez complexe, par exemple.

  • «[…] deux forment de vie qui culminent par leur intelligence. Les hommes et les fourmis.»

Les fourmis sont des insectes sociaux. Cependant, il s’agit d’une forme d’intelligence collective et décentralisée, une forme d’intelligence assez simple en somme, mais qui assure la survie de leurs espèces (il y a de nombreuses espèces de fourmis) depuis au moins 100 millions d’années, ce qui est remarquable. Les abeilles sont moins connes, car moi je mange du miel, ce que les fourmis ne fabriquent même pas… 😉 Les abeilles et les fourmis forment une même famille : les hyménoptères.

Quant à l’intelligence humaine… J’en doute… On ne peut pas mesurer ce qu’on appelle «intelligence», car ce n’est pas vraiment bien défini. Les tests de QI présentent une marge d’incertitude trop importante et qui interdit par conséquent de conclure sur les résultats de façon objectivement fiable ; mes arguments ici :  https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/24/experience-statistique-sur-9-tests-de-qi/

L’intelligence animale est particulièrement le fait des mammifères comme les singes anthropoïdes, de certaines espèces d’oiseaux comme les corvidés, des chiens, des éléphants, des dauphins…

  • «Autour d’un atome, on trouve plusieurs orbites d’électrons. Certains sont tout proches du noyau. D’autres sont éloignés.»

Le mot «orbite» est plutôt utilisé en mécanique céleste et en astronomie. Pour les électrons autour d’un noyau, on parle d’orbitales.

Il peut n’y avoir qu’une seule orbitale : c’est le cas de l’atome d’hydrogène et de l’atome d’hélium. Dans ce cas, il s’agit de l’orbitale 1s². Au-delà de l’hélium, les atomes possèdent plusieurs orbitales.

Puis, un électron proche ou éloigné du noyau, c’est trivial… Éloignement très relatif, car à l’échelle de l’atome, une orbitale a une taille d’environ un dixième de millionième de millimètre.

En physique, les orbitales électroniques ne sont pas des orbites précises, la structure de l’atome est assez floue, entachée d’incertitude quantitative sur la position, la masse et la vitesse des électrons. On parle alors de nuage électronique.

  • «Déplacer un électron d’une couche basse pour l’amener à une couche plus haute, […] : il rayonne, […]. Par contre, si on déplace un électron d’une orbite haute pour l’amener dans une orbite plus basse, c’est le contraire qui se produit.»

À vrai dire, l’écrivain a inversé le phénomène décrit, c’est le contraire qui se produit.

En fait, l’électron passe d’une orbitale basse vers une orbitale haute quant il a absorbé un photon, donc il ne rayonne pas de photon…

En effet, d’après le spectre de l’atome d’hydrogène, lorsque l’électron passe d’un niveau élevé à un niveau plus bas, il émet un photon dont l’énergie vaut la différence entre celles des deux niveaux ; ainsi, la lumière émise ne peut prendre que quelques valeurs discrètes ; c’est ce que l’on appelle son spectre.

D’après le texte de Werber, il faut déplacer un électron, mais justement pour déplacer un électron vers une orbitale plus éloignée du noyau, il faut exercer quelque chose dessus : en envoyant un photon que l’électron absorbe. Dans le cas d’un atome excité, quand un électron passe d’une orbitale haute à une orbitale basse, il gagne de l’énergie qu’il doit donc céder en émettant un photon. Mais lorsque l’atome est à son état fondamental, l’électron qui passe d’une orbitale basse vers une orbitale haute ne peut le faire que s’il absorbe un photon incident dont l’énergie est égale à la différence des deux niveaux des énergies des orbitales.

  • Ensuite, Werber parle d’un «neuropsychologue américain, le professeur Rosenzweig,  de l’université de Berkeley, qui a voulu connaître l’action du milieu sur nos capacités cérébrales». Werber cite aussi une expérience faite sur des hamsters, et raconte que les hamsters ayant été occupés à diverses activités présentaient des différences corticales par rapport aux hamsters qui étaient restés oisifs.

Werber précisa pour les hamsters actifs que leur masse corticale était de 6% de plus que le groupe témoin, et la taille des neurones était 13% de plus que ceux du groupe témoin.

J’en déduis moi-même que la densité des neurones des hamsters actifs aura diminué de 26,5% par rapport à la densité des neurones des hamsters oisifs. Pourquoi n’y a t-il pas conservation de la densité ? Quelles molécules se sont accumulées dans les neurones actifs ?

Rosenzweig est le nom de plusieurs scientifiques homonymes. Comme on ne connaît pas le prénom du professeur, je dois rechercher sur Google afin de savoir de quel savant il s’agit. Je découvre qu’il s’agit probablement de Mark R. Rosenzweig (1922-2009), c’était un authentique chercheur américain spécialisé dans l’étude de la neuroplasticité animale. Rosenzweig a montré que le cerveau animal ne devient pas mature à l’issu de l’enfance mais qu’il continue de se développer et de se remodeler, de s’adapter.

L’expérience de Rosenzweig, narrée par Werber, fut réalisée en 1947, mais avec des rats, pas avec des hamsters.

Puis en réalité, Rosenzweig a montré qu’un environnement enrichi (des jeux pour les rats) augmentait l’activité d’une enzyme : la cholinestérase. Une enzyme c’est une protéine. C’est seulement en 1962 qu’il a découvert que l’activité ludique des rats entraînait une augmentation du volume de leur cortex. En 1987, Rosenzweig publia un livre : «Enriched and Impoverished Environments: Effects on Brain and Behavior» (Environnements enrichis et appauvris : effets sur le cerveau et le comportement).

Vu sur un blog de WordPress, un extrait de l’encyclopédie de Werber :

  • «L’humanité a connu trois vexations.»
  • «La première c’est Nicolas Copernic qui a déduit de ses observations du ciel que la Terre n’était pas au centre de l’univers.»
  • «La deuxième c’est Charles Darwin qui a conclu que l’homme descendait d’un primate et était donc un animal comme les autres.»
  • «La troisième c’est Sigmund Freud qui a signalé que la motivation réelle de la plupart de nos actes politiques ou artistiques était la sexualité.»

Trois vexations ? J’aurais formulé ça autrement. Des (vraies) découvertes scientifiques sont des bienfaits. La science est significatrice de progrès. La science n’est pas un châtiment, elle est un outil qui sert l’humanité.

Nicolas Copernic, mathématicien et astronome, a énormément contribué à la science, un pas de géant. Il a brisé un tabou. À partir de son travail, on a peu à peu compris que les faits ont prévalence sur les dogmes bibliques. C’est un bienfait de s’affranchir des croyances qui font de nous des esclaves de l’absolutisme et de l’obscurantisme.

Ensuite, Darwin s’est appuyé sur des fossiles et des données géologiques pour étayer sa théorie de l’évolution des espèces, montrant que l’Homme n’est pas une création divine mais un animal ordinaire parmi les autres. C’est un bienfait de mieux connaître notre propre espèce et de comprendre l’organisation de la vie. Là encore, la science prévaut aux dogmes bibliques. La science enseigne des connaissances factuelles, elle apprend à observer et expérimenter. La religion n’enseigne qu’à croire et à obéir. De nos jours encore, certaines mouvances font propagande de doctrines créationnistes (qui se proclament de la science qu’elles rejettent pourtant) selon lesquelles la Terre n’a que 6000 ans et que l’Homme fut créé directement par Dieu (et parfois disent que l’Univers fut créé par une intelligence transcendante (Intelligent Design).

Freud ? Il a institué un dogme tenace (la psychanalyse), sans l’appui de preuves. Il n’y a pas d’observations cliniques comme bases à la psycho-théorie de Freud. L’idéologie de Freud est un dogme entièrement construit sur des interprétations personnelles imaginaires, subjectives et fictives. De plus, la doctrine de Freud est homophobe… La psychanalyse est une pseudo-science.

La véritable vexation, la véritable honte, c’est la survivance tenace de dogmes obscurantistes (dont certains dogmes s’autoproclament scientifiques) à notre époque. Voila le vrai scandale.

Comme on a un bon aperçu des deux paragraphes traitant de science dans le livre de Werber, ainsi qu’une analyse intéressante qui en a résulté, je pense qu’il n’est pas nécessaire de continuer d’analyser le reste du bouquin, je vais m’en arrêter là, l’analyse a été suffisamment concluante…

Je clos l’analyse critique de cette «nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu» par une citation de Bernard Werber lui-même : «Allons jusqu’au bout de nos erreurs sinon nous ne saurons jamais pourquoi il ne fallait pas les commettre».

Quelle ironie.  😀

BIBLIOGRAPHIE ET VULGARISATION SCIENTIFIQUE

  • Comme j’aime (et préfère) les bouquins scientifiques intéressants, et si d’éventuels lecteurs sont en quête désespérée de livres plus rigoureux, je recommande le livre d’un des plus grands mathématiciens actuels, Cédric Villani, «Théorème vivant» (éditions Grasset), dans lequel il expose les étapes de ses recherches en mathématiques sur « l’amortissement de Landau » et l’équation de Boltzmann. Passionnant et instructif. À voir absolument. Contenu compréhensible surtout par ceux qui ont un background scientifique (mais les scientifiques ne comprennent pas toujours leurs collègues, lol).
  • Autre livre que je recommande : « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » par Normand Baillargeon. Très intéressant.
  • Je pense personnellement que les gens désirant s’informer via la vulgarisation scientifique doivent s’appuyer sur des bases scientifiques non ambiguës et adaptées, avec l’aide d’un certain contrôle académique. MM. Villani et Stephen Hawking sont d’excellents exemples de vulgarisateurs.
  • Dans des livres de styles plus littéraires, la science est souvent romancée, parodiée, caricaturée, la science se laisse construire une image faussée, biaisée et/ou lacunaire dans l’esprit du public, et je trouve cela dangereux. Par exemple, je connais un lecteur de vulgarisation scientifique, et qui croit à tort que les connaissances révélées sont absolument définitives et inaliénables, alors que la science a une démarche de remise en question de tout. En effet, la science n’est pas une accumulation de vérités, mais une attitude iconoclaste qui brise des «certitudes», en remettant à plat les données du réel et les interprétations construites sur tout cela. Créer des vocations scientifiques peut passer par des méthodes ludiques, amusantes, divertissantes (comme l’opération «La main à la pâte»), pourvu que le rôle didactique soit rempli, en montrant ce qu’est vraiment la science à travers la méthode scientifique et à travers les critères épistémologiques. Ce que je veux dire, c’est qu’il existe un danger latent : des personnes ont une vocation soudaine pour la science, mais à travers de la mauvaise vulgarisation, ces personnes tombent des nues quand elles entreprennent des études scientifiques, leur déception envers la science peut entraîner un rejet, et pire, une dissuasion par les déçus envers d’éventuels néophytes sur le point d’avoir une vocation scientifique. Présenter ce qu’est vraiment la science, sa définition, ça évite bien de mauvaises surprises. La science, c’est de la logique, de la rigueur, une exigence d’objectivité, la nécessité d’observations et d’expériences. La science n’est pas exactement de la philosophie, la science accepte toutes les hypothèses, seulement si celles-ci ont la possibilité d’être réfutables. La philo est un argumentaire d’idées orientées par la raison des philosophes. La science, elle, repose aussi sur des arguments, mais ceux-ci sont nécessairement appuyés par des faits, au moyen des observations et des expériences. La science n’est pas de la métaphysique. Les fables, elles, n’appartiennent qu’aux conteurs… et aux politiciens… La vulgarisation scientifique, bref, ça peut être aussi un jeu, mais un jeu sérieux avec lequel on ne peut pas se permettre de faire et dire n’importe quoi, surtout s’il y avait une quelconque idéologie sous-jacente. Dans les livres, avec les livres, tout est possible, oui, y compris d’apprendre des erreurs, des préjugés, des concepts eux-mêmes mal compris, y compris le risque de transmettre ces erreurs à notre tour. Non, il n’est jamais trop tard pour réagir. Lire, apprendre à lire, qu’est-ce que c’est, finalement ? Répéter phonétiquement les mots ? Pas seulement. Comprendre le sens des mots ? Pas seulement. Comprendre le sens des concepts ? Oui, mais pas seulement. Apprendre vraiment à lire des livres, en particulier des livres de vulgarisation scientifique, c’est comprendre d’abord le contexte raconté, puis ensuite procéder à une patiente analyse critique avec l’aide de connaissances acquises ou nouvelles qui servent à croiser les informations. Ainsi, c’est par les comparaisons que l’on débusque les contradictions et les erreurs dans les bouquins. C’est la politique même de mon blog ici. Même de bons livres peuvent contenir au moins une erreur. Exemples de preuves ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/28/une-erreur-dans-un-livre-de-thermodynamique-pour-ingenieurs/ et là : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/ et un prof démontre l’existence d’un manque de travail critique : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/03/22/contre-le-plagiat-un-prof-piege-ses-eleves/

Pour ainsi dire, j’aime beaucoup la littérature. Cela dépend des styles. Et cela dépend aussi de la façon dont la science est représentée dans la littérature. Les auteurs eux-mêmes font leur métier par passion, les lecteurs aiment lire. Une façon plus profonde de lire est de réfléchir sur ce qu’on lit, surtout dans l’expression de phrases qui évoquent la vérité, la connaissance, la science. Dès que ces expressions apparaissent, je deviens extrêmement sensible et éveillé qu’un sismographe à l’affût.

Ne jamais signaler des erreurs dans la littérature quand elles concernent plus ou moins directement les sciences, ce serait trahir l’esprit humain, ce serait déshonorer notre mission, ce serait discréditer ce que nous savons ce qu’est la science. C’est un devoir de faire un compte-rendu des erreurs que l’on découvre. Le grand public a le droit d’être informé. Si créer des vocations scientifiques est une nécessité, il faut aussi que de nouvelles générations de vulgarisateurs scientifiques reprennent le flambeau quand les plus anciens ne seront plus là pour ce travail. J’aurais trop peur que cet esprit de résistance s’arrête un jour, que le peuple devienne peu à peu anesthésié par les médias, peur que les fictions l’emportent sur les faits, pour longtemps.  N’attendons pas que nos libertés soient en péril pour réagir. La littérature gentillette comme celle que j’ai analysé ici, ça peut céder la place à de la littérature plus hard dont les auteurs sont de dangereux gourous, avec leur programme de déprogrammation des cerveaux et d’embrigadement des jeunes. La transition de la façon de penser, dans la société, peut être rapide. Basculer dans l’obscurantisme est plus rapide qu’on ne le croit. N’importe quel secteur d’activité est vulnérable aux dérives. La science n’échappe pas à cette éventualité, et c’est pourquoi j’en parle. Le domaine de la vulgarisation scientifique est un terrain vulnérable, il faut agir de façon à ce que le public connaissent d’abord ce qui définit la science avant d’accumuler des connaissances issues de divers médias de toutes sortes. Même au sein de la vulgarisation scientifique, il existe un début de dérives.

Quelques pistes pour prendre conscience que, entre science et journalisme, c’est bancal :

Je vous le dis : jusqu’où ces dérives peuvent-elles conduire si aucune initiative d’analyse critique pour les contrer n’est décidée ?

Pour terminer, qu’est-ce qu’une encyclopédie ? Sa définition ? Comparer entre l’encyclopédie des arts et des sciences à l’époque de Diderot et Voltaire, et l’idée actuelle d’une encyclopédie à l’ère d’Internet ? Je pense que ce mot a vraiment perdu de sa saveur…

Ce présent article n’est pas une critique des qualités littéraires d’un écrivain, ni même une attaque personnelle. L’article dresse ici une analyse lucide sur l’amalgame  entre la création littéraire et la prétention à la vulgarisation scientifique, en montrant utilement l’existence nécessaire d’une démarcation entre fiction littéraire et faits objectifs. Je n’ai personnellement rien contre la littérature, la science-fiction et l’imaginaire, je suis moi-même occasionnellement lecteur de ces ouvrages, je fais seulement remarquer que l’on ne peut pas tout mélanger et prendre le risque d’induire les lecteurs dans des concepts erronés présentés à tort ou à travers comme des concepts scientifiques éprouvés. En effet, on ne peut pas affirmer que la science-fiction est de la science, ni que des romans sont tous basés sur des faits réels. On peut dire science-fiction et philosophie-fiction pour un roman subjectif, mais pas y attribuer l’appellation de vulgarisation scientifique. Sinon, à ce moment-là il faudrait déclarer que les livres de Tolkien («Le seigneur des anneaux») sont aussi des références scientifiques solides, ce qui serait vraiment absurde.  😉

Et pourtant, suite à la publication de ce présent article, au moins un lecteur fan de Werber m’a toisé en me disant aveuglément que c’était moi qui était égaré et que le romancier disait des vérités scientifiques irréfutables… Tsssss. Quelle mauvaise foi…

© 2013 John Philip C. Manson

Le concept de «pensée de Dieu» est-il scientifique ?

PHILOSOPHIE ET ÉPISTÉMOLOGIE

Le concept de «pensée de Dieu» est-il scientifique ? Voila un sujet qui aurait été intéressant à poser aux épreuves du Bac de Philosophie.

  • D’où vient l’énergie du Big Bang ? Déjà, cette question n’est a priori pas scientifique mais plutôt métaphysique, elle est invérifiable et irréfutable, il n’est pas possible de concevoir une expérience scientifique permettant de réfuter a priori nos hypothèses si ces hypothèses étaient fausses.
  • De plus, la question de provenance de l’énergie par rapport à une époque antérieure au Big Bang pose un paradoxe temporel (l’énergie est une grandeur physique qui existe dans l’espace-temps, c’est un non-sens de parler d’énergie avant l’origine de l’espace-temps). La création de l’énergie contredit le principe de conservation de l’énergie selon la thermodynamique (l’énergie n’est jamais créée ni détruite). Voir ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_principe_de_la_thermodynamique
  • Ensuite, à propos de la «pensée de dieu», c’est une contre-vérité de croire qu’Einstein avait eu l’intuition de la naissance de l’univers avant 1929, alors qu’à l’époque les physiciens pensaient que l’univers était statique. L’univers d’Einstein est le nom qui a été donné au premier modèle cosmologique basé sur la théorie de la relativité générale découverte par Albert Einstein en 1915. Le modèle d’univers statique et immuable a été proposé par Einstein lui-même en 1917, mais a été abandonné suite à la découverte de l’expansion de l’univers par Edwin Hubble en 1929. Voir ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Univers_d%27Einstein

Je ne pense pas qu’Einstein ait évoqué Dieu pendant des cours de physique, en tant qu’étudiant ou en tant que professeur. Voici une citation authentique d’Einstein : «Le mot Dieu n’est pour moi rien de plus que l’expression et le produit des faiblesses humaines, la Bible une collection de légendes certes honorables, mais primitives et qui sont néanmoins assez puériles. Aucune interprétation, aussi subtile soit-elle peut (pour moi) changer cela.»  (voir le lien ci-dessus pour les références). Ainsi, citer Einstein pour appuyer l’idée d’une «pensée de Dieu» est une erreur de discernement.

Einstein était agnostique ou panthéiste (au sens de Spinoza), mais il n’était pas pratiquant ni «croyant», il se servait de Dieu dans ses livres comme une métaphore, une image, pas comme un fait.

Au fait, l’expression «connaître la pensée de Dieu» est de Stephen Hawking, pas d’Einstein. Mais Hawking aussi, comme Einstein, est finalement agnostique ou athée. Voir ici : http://www.lexpress.fr/actualites/2/l-univers-n-est-pas-une-creation-divine-dit-stephen-hawking_916731.html

En science, on ne s’appuie pas sur l’intuition, sauf peut-être pour émettre des hypothèses. Mais les hypothèses et les données observationnelles font surtout travailler la raison, la réflexion, la logique. En science, on n’a pas l’intuition de la naissance de l’univers. Au mieux, l’intuition produit l’hypothèse de la naissance de l’univers, une hypothèse qui doit par la suite être évaluée à travers des observations objectives. Jamais l’intuition n’établit directement la réalité. Au mieux, l’intuition est un outil secondaire de production d’hypothèses, mais les hypothèses à caractère scientifique s’appuie le plus souvent sur la raison et la logique. L’intuition peut venir aider la raison mais ne doit pas s’y substituer. La logique et l’empirisme sont le socle de la méthode scientifique, pas l’intuition.

Le mot «intuition» est étranger à la méthode scientifique qui, elle, est fondée sur des observations et des expériences quantitatives reproductibles. C’est le mot «hypothèse» qui joue un rôle déterminant dans la méthode scientifique, pourvu que l’hypothèse aie la possibilité d’être réfutable : on doit pouvoir réfuter l’hypothèse si cette hypothèse est fausse. C’est un critère nécessaire, il définit même la scientificité.

L’amalgame intuition/raison crée la confusion. La finalité de la science n’est pas de créer des concepts pseudo-scientifiques intuitifs ni des concepts métaphysiques invérifiables, mais de découvrir des lois scientifiques par l’appui des faits eux-mêmes, et eux seuls.

L’amalgame entre la science et la métaphysique est injustifié, et il est un égarement de l’esprit humain en quête de besoins mystiques qui s’opposent à la volonté de connaître des lois scientifiques.

L’ordre régnait-il dans l’univers naissant, au moment du Big Bang ? À haute température (10 puissance 32 kelvins), il n’y a pas d’ordre, l’agitation des particules élémentaires à haute énergies (10 puissance 19 GeV) est extrême, l’ordre n’est apparu qu’ensuite, quand la matière a commencé à se structurer, quand l’univers s’est refroidi suffisamment. Par analogie, quand on fait bouillir de la chair dans de la vapeur d’eau à plus de 100°C, les protéines n’ont plus de structures, les molécules sont lésées, c’est chaotique. En physique, quand l’énergie cinétique due à l’agitation thermique est supérieure à la force de gravitation et supérieure aux énergies de liaisons chimiques, il n’y a aucune structure, donc aucun ordre.

La métaphysique et la religion sont absolument distinctes de la science. Autrement, il ne s’agirait plus de problématique rationnelle. Le mélange du vrai et du faux est pire que le faux.

La métaphysique est la quête d’un sens, d’une harmonie universelle, c’est un système de pensée (ou même de croyance) qui rassure, qui donne l’impression d’un déterminisme, d’un dessein caché, une sécurité. Un concept sédatif où le hasard est nié, ignoré, malgré les faits rapportés par la science…

© 2012 John Philip C. Manson