Nul n’est censé ignorer la loi…

À un quidam qui faisait la promotion du mouvement spirite, de la réincarnation et du karma, je me suis exprimé avec les arguments suivants.

Je remets en question la notion de loi spirituelle.
Devant la progression toujours plus forte de l’obscurantisme, je ne connais qu’une loi : le devoir de recul critique.

Le karma est-il une hypothèse ayant la possibilité d’être réfutable ? On ne peut pas construire des connaissances sur la base de croyances invérifiables et irréfutables.

Le progrès est le renoncement à la crédulité et l’apprentissage du doute. Et ce nouveau point de vue donne des résultats, tandis que l’ancien point de vue n’explique rien puisqu’il ne se base sur aucune preuve vérifiable, matérielle ni quantitative.

Les connaissances fondées sur le critère épistémologique de réfutabilité ne consistent pas en un cumul des savoirs, mais à une élimination du superficiel. Mais des croyances irréfutables et invérifiables ne sont que des croyances, pas des connaissances.

Le recul critique et l’objectivité sont nécessaires. C’est un devoir qui permet un droit fondamental : la liberté. Sans le doute, les hommes seraient des moutons crédules, manipulés et dociles, et ils ne seraient pas libres.

  • «Oser savoir en utilisant sa raison critique c’est le fondement de notre modernité, cela reste la condition de son avenir.» (Emmanuel Kant)
  • «La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives.»  (Bertrand Russell / 1872-1970 / ABC de la relativité / 1925)
  • «Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître.»   (Bertrand Russell / 1872-1970 / Religion et Science / 1957)

© 2012 John Philip C. Manson

Stephen Hawking, science et philosophie

Ayant vu récemment le synopsis d’un livre de Stephen Hawking via un site marchand, je vais mettre au clair certains détails.

Voici ce synopsis :

“Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?”, le premier ouvrage important de Stephen Hawking depuis 10 ans. Pourquoi et comment l’Univers a-t-il commencé ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature de la réalité ? Longtemps réservées aux philosophes et aux théologiens, ces interrogations relèvent désormais aussi de la science. Stephen Hawking et Leonard Mlodinow apportent de nouvelles réponses à ces questions élémentaires. Un livre lumineux et provocateur !

Stephen Hawking est connu pour être un brillant physicien théorique, l’équivalent de Sir Isaac Newton à notre époque. Il est aussi un vulgarisateur de génie avec son livre “Une brève histoire du temps” dont je possède un exemplaire. Être un homme de science et faire de la vulgarisation scientifique, voila une initiative louable.

Mais lorsque le débat dérape dans la métaphysique, il ne fait que s’éloigner des critères de la scientificité. En effet, les grandes questions existentielles se distinguent de ce que l’on appelle la théorie de la connaissance sur la base de l’empirisme et du réfutationnisme. “Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?”, par exemple, est une hypothèse dépourvue de scientificité : on ne peut ni prouver l’existence de cet architecte, ni démontrer son inexistence. En science, la question n’a donc pas lieu d’être, ce n’est pas sa spécificité.

Quel est le lien intime entre la philosophie et la science : l’épistémologie. Il serait tellement plus intéressant de débattre à propos de la définition de ce qu’est la science.
La connaissance des phénomènes dépend de leur caractère réfutable. L’architecte de l’univers, peu importe son nom, n’est pas observable, ni quantifiable, on ne peut même pas le définir sur la base d’hypothèses réfutables au moyen d’expériences reproductibles ni au moyen d’une théorie prédictible. Cet architecte est ainsi inconnaissable, on ne peut guère le définir ni le décrire. On ne peut donc rien dire concernant les choses métaphysiques, on ne peut pas les évaluer objectivement.

Ainsi, on ne peut pas prétendre faire de la science avec des discours métaphysiques, parce que sinon ça serait faux.
Personne, ni aucun moyen, ne peut prétendre apporter des réponses objectives aux interrogations métaphysiques, pas même la science, et parce que ce n’est pas le rôle de la science. La prétention d’apporter de telles réponses métaphysiques, spirituelles ou religieuses en arguant la science comme moyen de recherche est une imposture intellectuelle. La vulgarisation scientifique n’a que la science et le partage du savoir comme but, elle n’est pas un produit marketing. Partager le savoir sur la base des faits vaut mieux que se faire du blé avec les facilités sensationnalistes du marketing.

À ceux qui cherchent des réponses métaphysiques, ils doivent poser la possibilité que ces réponses n’existent pas. L’idée de l’inexistence de Dieu, par exemple, a pour conséquence l’inexistence de péché originel, l’inexistence du bien et du mal proprement dit. La quête de réponses métaphysiques traduit en fait le besoin de certitudes, alors que la nature est remplie d’incertitudes profondes. Il faut admettre la nécessité d’un courage : l’acceptation de l’incertitude, l’acceptation du risque qu’il n’existe pas de réponses. Que ces réponses existent ou n’existent pas, nous sommes tous confrontés à une loi naturelle : ces réponses demeurent inconnaissables par n’importe quel moyen.

Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques, et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître.” (Bertrand Russell)

 

Néanmoins, on apprendra maintes précisions sur cette page : http://www.marianne2.fr/philippepetit/La-science-plutot-que-Dieu-pour-percer-les-mysteres-de-l-Univers_a154.html

Dans cette page, on remarquera quelques commentaires du grand physicien qui se perd dans des conjectures dont la pertinence épistémologique est discutable.
« La philosophie est morte, faute d’avoir su suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir », affirme Hawking.

À vrai dire, Hawking exagère, la philosophie ne prétend pas à la vérité ni à la connaissance absolue, elle est l’art du raisonnement dans lequel la réflexion et les questions donnent une liberté et une diversité aux idées. Quant à la science, c’est elle-même une branche de la philosophie, encadrée par l’épistémologie, dont l’objet est la recherche de connaissances faillibles sur la base de l’objectivisme (concept philosophique) dont le moyen est l’empirisme (concept philosophique) à travers le critère de réfutabilité (concept philosophique). Si la science est une philosophie qui a réussi, c’est parce qu’elle marche, les résultats l’en attestent.
Il récidive en disant : « Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu’une illusion »

Une affirmation sous-entendant le déterminisme est en contradiction de ce que l’on connaît dans les mécanismes de la matière à l’échelle atomique : la mécanique quantique est une théorie probabiliste dans laquelle le hasard est le chef d’orchestre.

On peut faire de la bonne philosophie par exemple comme Erwin Schrödinger et Karl Popper lorsqu’on a des connaissances scientifiques, mais visiblement pour Hawking la philo ce n’est pas son truc.

 

Ayant acheté le livre du célèbre professeur Hawking, voici la suite de l’analyse ci-dessous

Analyse du livre de Hawking :

Page 14 : Si deux théories ou modèles physiques prédisent avec précision les mêmes événements, il est impossible de déterminer lequel des deux est plus réel que l’autre ; on est alors libre d’utiliser celui qui convient le mieux.

Pour être précis, la convenance n’est établie qu’en choisissant le modèle le plus simple, c’est le principe du rasoir d’Occam.Il ne s’agit pas de choisir librement un modèle selon un point de vue subjectif, mais selon le critère de parcimonie, c’est-à-dire qu’on élimine toute explication superflue afin de ne retenir que l’essentiel.

Page 15 : La M-théorie est le seul modèle à posséder toutes les propriétés requises pour être une théorie ultime et c’est sur elle que reposera l’essentiel de notre réflexion.

D’une part, on ne peut prétendre à l’existence d’une théorie ultime, car les mathématiques sont inépuisables, et toute théorie scientifique est une représentation faillible et perfectible de la réalité. La science est un chemin, pas un but. Parler de théorie ultime revient à dire que l’on pose des dogmes, des vérités définitives qui sont donc irréfutables, ce qui n’est pas du ressort de la méthode scientifique. La M-théorie est peut-être une théorie, mais il est inexact de lui conférer l’adjectif ultime.

 

Page 15 : La M-théorie n’est pas une théorie au sens courant du terme.

Voila une phrase qui s’auto-contredit…

Page 17 : Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi existons-nous ? Pourquoi ces lois particulières et pas d’autres ?

Ce sont des questions métaphysiques qui ne relèvent pas de la science. La science explique comment fonctionnent les choses, la façon dont notre corps fonctionne, les réactions biochimiques. La science permet de mesurer des grandeurs physiques, elle quantifie les phénomènes. Mais la question du pourquoi n’est pas à caractère scientifique. Si la science peut parfois trouver des réponses crédibles pour expliquer le comment des phénomènes, la philosophie peut-elle prétendre trouver des réponses fiables sur le pourquoi des choses existentielles sur la seule foi de la pensée, sans parfois même faire appel aux faits ?

 

À partir des environs de la page 20, le livre d’Hawking devient plus cohérent, retraçant l’histoire des sciences et des différents paradigmes. Il serait trop hâtif de critiquer péjorativement tout le contenu du livre, car arrivé à la page 83 depuis la page 20, il n’y a pas de contradictions du type de celles que j’ai énumérées ci-dessus. Néanmoins, l’histoire des sciences présentée par Hawking est intéressante, et je dois parler ici de certains passages qui méritent l’attention.

 

Page 56 :  George Berkeley est même allé jusqu’à prétendre que rien n’existe hormis l’esprit et les idées.

Il est dit dans le livre de Hawking dans la même page un exemple de réfutation : le docteur Samuel Johnson, pensant que Berkeley était irréfutable, se dirigea vers une grosse pierre et shoota dedans en déclarant : “Je la réfute donc !”. La douleur au pied qui s’ensuivit est une illustration de la position du philosophe Hume : bien que rien ne nous force à croire en une réalité objective, nous devons en fait agir comme si elle existait.

 

Page 65 : […] une théorie se doit d’être aussi simple que possible, mais pas trop. […] même si une complexité accrue implique une meilleure précision, les scientifiques n’apprécient que peu de devoir complexifier à outrance un modèle afin de coller à un ensemble spécifique d’observations car celui-ci apparaît alors plus à un catalogue de données que comme une théorie procédant d’un principe général et puissant.

Tout à fait. Ce résumé est lié au principe du rasoir d’Occam. On ne multiplie pas inutilement les explications théoriques superflues.

 

 

Page 83 :  Aussi étrange que cela puisse paraître, il arrive très souvent en science qu’un assemblage important se comporte très différemment de ses composants individuels. Ainsi, les réponses d’un neurone unique ne ressemble en rien à celles du cerveau humain ; de même, connaître le comportement d’une molécule d’eau ne vous dira pas grand-chose sur celui d’un lac entier.

Très juste. Moi-même je complète le texte de Hawking avec l’argument suivant : le principe d’absorption de l’infrarouge par la molécule de CO2 ou de méthane, définissant le concept d’effet de serre, ne peut pas exactement s’extrapoler pour de grandes masses atmosphériques hétérogènes (gradients de densité, de température, d’humidité, et proportions des différents gaz selon l’altitude). En résumé, les expériences d’Arrhénius sur l’effet de serre ne concernent qu’un volume aussi petit que celui des molécules, et au mieux le volume d’un laboratoire. Pour une plus grande échelle, on ne peut pas dire que nous connaissons le phénomène d’effet de serre avec certitude, il se peut qu’il y ait des différences avec ce que nous connaissons en laboratoire.

 

Page 87 :  En faite, traduite dans ces unités de mesure, sa valeur est de 6/10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000.

Hawking omet d’indiquer l’unité de mesure de la valeur numérique de la constante de Planck : J×s   (joule × seconde)

Page 87 :  […] l’électron a une masse de 0,000000000000000000000000000001, […]

Ici encore, Hawking oublie d’adjoindre l’unité kg à la valeur, laquelle est un arrondi de la valeur réelle de la masse de l’électron au repos, qui vaut 0,00000000000000000000000000000091093826 kg. La valeur donnée par Hawking, arrondie, est très proche de la valeur fondamentale.

 

Ayant parcouru maintenant plus de 100 pages du livre de Hawking, l’ouvrage n’est pas si mauvais que je l’avais imaginé. Après tout, Hawking a choisi un titre racoleur et sensationnaliste pour attirer les crédules, peut-être dans le but de les éduquer. En ce sens, je ne peux qu’approuver cette démarche.

 

Page 108 :  La Bible rapporte l’histoire de Josué qui a prié Dieu d’arrêter pendant un jour la course du soleil et de la lune afin qu’il puisse finir de combattre les Amorites en Canaan.
Hawking raconte cette anecdote célèbre et fumeuse extraite de ce livre de mythologie qu’est la Bible. Mythologie ? Tout-à-fait. Prétendre arrêter le mouvement apparent du soleil (et de la lune, et des étoiles) revient à dire que l’on arrête le mouvement de rotation de la Terre sur elle-même. En supposant que l’événement se soit réellement produit, tout objet non solidement fixé au sol aurait été éjecté en direction de l’Est à une vitesse de 1667 km/h environ. En bloquant la rotation terrestre, mais sans toucher au mouvement de l’atmosphère, il y aurait eu un vent violent soudain, dirigé vers l’Est à cause de l’inertie, à la même vitesse d’environ 1667 km/h (soit 1,36 fois la vitesse du son). Avec une telle conséquence, Josué n’aurait jamais pu terminer ce qu’il avait à faire… Voila pourquoi l’histoire de Josué, littéralement, ne peut n’être qu’un mythe.

 

Page 136 :   Par conséquent, si vous observez un réservoir contenant 1032 protons pendant quelques années, vous devriez pouvoir observer quelques désintégrations de protons. Construire un tel réservoir n’est pas si difficile puisque quelques milliers de tonnes d’eau contiennent environ 1032 protons.

 

Je confirme cette affirmation. En multipliant le nombre 1032 par la masse molaire de l’eau (en kg/mol) et en divisant par le nombre d’Avogadro, on trouve une masse de 2990,03 tonnes d’eau.

 

Page 142 :   Hawking parle des expériences du LHC de Genève, l’accélérateur de particules. Il explique que les expériences du LHC ont pour objectif l’observation de particules supersymétriques prédites par la théorie. Ainsi, il n’est nul question de la fabrication d’un trou noir comme on peut l’entendre parfois dans certains milieux sectaires millénaristes, ou de la part de gens ignorant tout de la physique, ou de la part de concurrents jaloux du succès du CERN.

 

Page 147 :  Si la M-théorie autorise 10100 ensembles de lois apparentes, comment se fait-il que nous ayons hérité de cet Univers-là et des lois apparentes que nous connaissons ? Et qu’en est-il des autres mondes possibles ?

 

Mais si la M-théorie ne l’autorisait pas, et si la M-théorie se révélait fausse ? Dans ce cas, la question ne se poserait pas…

 

Page 173 : L’une des questions fondamentales encore ouvertes en M-théorie est donc : pourquoi n’y a t-il pas, dans notre univers, plus de dimensions visibles et pourquoi certaines dimensions sont-elles repliées ?

 

Hawking présente les dimensions spatiales comme une réalité physique, ce qui est faux, car les mathématiques ne sont qu’une représentation faillible du monde, elles servent à décrire la réalité mais elles ne sont pas la réalité elle-même. Il y a confusion entre la réalité décrite par les maths et la présentation des maths comme étant une structure directe de la réalité physique.Les maths ne sont pas le monde, elles ne sont qu’un outil pour le décrire et l’expliquer. Il y a ainsi un curieux amalgame entre le monde matériel et l’abstraction mathématique alors que ce sont deux choses distinctes.

 

La fin du livre aborde les automates cellulaires (le jeu de la vie, de John H. Conway). C’est un sujet intéressant. La Nature, à partir de lois très simples, peut engendrer la complexité avec des mécanismes aléatoires. Ainsi en science, Dieu n’est pas une hypothèse nécessaire.

 

Bilan : le livre est intéressant, la lecture est aisée, bon style, bref c’est aux antipodes de certains ouvrages ineptes de précosmologie pseudo-scientifique…

 

© 2011 John Philip C. Manson