Des paralogismes dans un document sceptique sur Nibiru et Anunnakis

En commençant la lecture, l’auteur dénonce les absurdités du mythe de Nibiru. Il m’a même cité à travers un de mes articles, en se servant de moi comme argument d’autorité. D’une part, l’auteur a développé un raisonnement qui met à mal le mythe de Nibiru, c’est ce qu’il fallait faire. Mais d’autre part, cela a conduit hélas à une démarche fallacieuse qui consiste à rejeter (à raison) le New Age pour valoriser (à tort) le christianisme. Le sophisme opposant une religion contre la secte New Age n’a de but que promouvoir la foi en Christ (la page se termine par le slogan «A Christ seul soit la Gloire»).

Je vais être clair :

  • Mes arguments contre Nibiru et Sitchin ne doivent pas servir à construire subjectivement des sophismes ou des paralogismes pour soutenir des croyances.
  • Quand j’ai critiqué le New Age, c’était uniquement pour invalider les fadaises de cette mouvance. Je ne cautionne que la raison et l’objectivité.
  • Montrer les absurdités du New Age ne signifie pas par causalité que les religions concurrentes sont vraies. Il y a eu une fausse analogie, du genre «le New Age c’est mal, donc Jésus c’est la vérité». L’auteur de la page a utilisé deux paralogismes : il s’est appuyé sur mes propres arguments (argument d’autorité), et il a fait un paralogisme informel (puisque A alors B, donc C, où C n’a aucun rapport avec B). Lire page 60 et 68 du livre «Petit cours d’autodéfense intellectuelle», de Normand Baillargeon, éditions LUX.

Utilisé correctement, l’esprit critique est un outil de la raison et de l’objectivité. L’esprit critique devient un sophisme et une imposture quand il cherche à cautionner des croyances, des idéologies et des contre-vérités. L’esprit critique ne cautionne aucune vérité, l’esprit critique remet en question toute chose. Si le New Age comporte beaucoup de contradictions, d’amalgames, de mensonges, on peut en dire autant sur les religions rivales : http://www.bible.chez-alice.fr/erreurs.htm et surtout ça (avec traduction automatique depuis l’anglais) :  http://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=http://www.answering-christianity.com/101_bible_contradictions.htm&prev=/search%3Fq%3Dcontradiction%2Bbible%26safe%3Doff%26hl%3Dfr%26biw%3D1440%26bih%3D733&sa=X&ei=uDdsUfqVJceK0AWky4DADQ&sqi=2&ved=0CGcQ7gEwBg

Je n’ai rien directement contre le christianisme, mais je suis gêné par les amalgames abusifs entre la science et la religion.

L’esprit critique, via des analyses, ne consiste pas à dire qu’un truc est mieux qu’un autre. Le mieux, c’est l’esprit critique lui-même, il est le recul nécessaire pour ne pas prendre parti pour une chose contre une autre. L’esprit critique ne cherche pas à établir des vérités, l’esprit critique évalue la solidité des informations sans prendre parti pour un camp. C’est comme au football : l’esprit critique n’est pas une des deux équipes de footballeurs, l’esprit critique est l’arbitre qui distribue les cartons jaunes et rouges. L’arbitre ne distribue pas les médailles…

Toute information (connaissance ou croyance) est faillible. L’esprit critique, lui, n’est ni connaissance ni croyance, il est une méthode.

Je vais illustrer deux exemples de raisonnement fallacieux possible :

  • Exemple d’argument d’autorité : «Je jure par l’appui des paroles sacrées d’Einstein, le plus grand savant, selon lesquelles il a dit que Dieu ne joue pas aux dés.»

Et pourtant, Einstein, comme tout homme, pouvait se tromper. La physique quantique a révélé la nature probabiliste de la matière à l’échelle subatomique. Le hasard est une propriété de la nature (physique quantique, théorie de l’évolution des espèces, théorie des probabilités, théorie du chaos…).

  • Exemple de paralogisme informel : «Puisque Dieu ne joue pas aux dés, donc Dieu existe, et donc l’univers est déterministe et a été créé délibérément par Dieu.»

Et pourtant, on peut raconter des bêtises à partir d’une fausse analogie.

Exemple de paralogisme (la pétition de principe) :

  • «- Dieu existe, puisque la Bible le dit.»
  • «- Et pourquoi devrait-on croire la Bible ?»
  • «- Mais parce que c’est la parole de Dieu !»

On va reprendre exactement la même structure de paralogisme (la pétition de principe) avec d’autres mots, et là ça devient extrêmement intéressant :

  • «- Il faut envahir l’Irak, puisque G. W. Bush l’a dit.»
  • «- Et pourquoi devrait-on croire G. W. Bush ?»
  • «- Parce que Bush dit la vérité, puisqu’on n’a pas encore trouvé d’armes de destruction massive en Irak c’est que forcément ils cachent quelque chose !»

Même paralogisme :

  • «- Il faut interdire les téléphones mobiles, puisque c’est dangereux.»
  • «- Pourquoi devrait-on croire que les téléphones mobiles sont dangereux ?»
  • «- Parce qu’on n’a pas encore prouvé de risques de cancer, on ne peut pas encore se prononcer sur leur innocuité, donc en appliquant le principe de précaution ils sont forcément dangereux !»

Puis là, pareil, on remplace juste un mot :

  • «- Il faut interdire les OGM, puisque c’est dangereux.»
  • «- Pourquoi devrait-on croire que les OGM sont dangereux ?»
  • «- Parce qu’on n’a pas encore prouvé de risques de cancer, on ne peut pas encore se prononcer sur leur innocuité, donc en appliquant le principe de précaution ils sont forcément dangereux !»

 

Le livre de monsieur Normand Baillargeon («Petit cours d’autodéfense intellectuelle») est très intéressant. Au premier abord, je m’attendais à retrouver des notions que je connaissais, mais j’ai finalement appris des choses nouvelles. Le chapitre sur les sophismes et les paralogismes est particulièrement instructif. Je recommande ce livre aux crédules autant qu’aux sceptiques : les deux camps y trouveront sûrement des choses à connaître.

autodefense

Les paralogismes, ce sont des sophismes que l’on fait involontairement malgré notre bonne foi. Même en étant un sceptique attentif, on est humain, on peut commettre une bourde, l’erreur est humaine, un sceptique peut faire des paralogismes sans le vouloir. Les subtilités du langage incitent à rester vigilant. Quand j’écris un article dans mon blog, c’est fréquemment de manière improvisée car j’ai une certaine facilité rédactionnelle (je devrais penser à devenir écrivain ou essayiste, un jour). Je me relis souvent pour voir si mon orthographe ne comporte pas d’erreurs. Je me relis pour voir si mes calculs sont corrects (les étourderies arrivent à tout le monde). Mais en ce qui concerne le cheminement des raisonnements, je devrais faire attention davantage pour éviter les paralogismes. Le travail d’esprit critique, je prends ça très au sérieux.

Paralogisme humoristique :

– Chaque fois que tu pètes, Dieu tue un bébé phoque et noie un ours polaire dans l’océan Arctique. Assassin !!!  Ne pète pas, je t’en conjure, fais un geste pour la planète.

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© 2013 John Philip C. Manson

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Qu’est-ce que la normalité ?

 

  • Avant de lire cet article, veuillez lire l’avertissement en bas de page.
  • Cet article est publié ici le 28 janvier 2013, mais il a été publié originellement le 1er mai 2007 sur mon premier blog (désormais disparu en novembre 2012).
  • Cet article était l’un des plus populaires dans mon premier blog. Cet article avait disparu mais je l’ai restauré.

 

La normalité est une convention sociale, un fondement sur lequel repose toutes les civilisations. Le besoin de norme est-il justifié ?

A la fin de la Renaissance, les occidentaux se vantaient que Dieu a créé l’homme a son image, et que l’homme était au sommet de l’oeuvre divine, et que tout allait bien jusqu’au jour où l’on découvrit des indigènes en Amérique qui démontrèrent que l’homme blanc catholique était un mythe. Il existe donc d’autres hommes, d’autres civilisations de « race » différence, de religions différentes…

Est-ce parce qu’ils n’acceptèrent pas cette vérité que les occidentaux ont colonisé l’Amérique, massacré les amérindiens, et pris leurs richesse et jusqu’à leur dignité ?

La pensée unique selon laquelle l’homme créé par Dieu est blanc et catholique se justifie t-elle dans la violence et les conversions forcées au christianisme ?

Quand la pensée scientifique commença à émerger en Occident, les premiers penseurs remettaient les dogmes en question, mais l’obscurantisme répondit par la persécution et la mise à mort des penseurs par le bûcher. Encore la pensée unique de fanatiques qui s’opposent aux gens qui pensent différemment ou qui n’ont pas la même apparence qu’eux.

Une norme est en fait une convention sociale conformiste qui préfère donner crédit à un préjugé plutôt qu’à susciter la réflexion et la remise en question.

De nos jours, ne croyons pas que nous nous montrons plus civilisés que les voyous du passé. Le calvaire des homosexuels est un exemple retentissant. Pourquoi les gays sont-ils persécutés ? Parce que leur sexualité est différente, selon les hétérosexuels. Les gens appartenants aux minorités ne veulent pas qu’on les sentent différents, ils veulent vivre comme tout le monde et être acceptés. Mêmes les « surdoués » sont raillés, moqués, rejetés par leurs camarades d’école.
La normalité est un concept absurde qui cache une vérité sous-jacente : chaque individu est libre d’être ce qu’il est, et ce n’est pas à la société de lui dicter ce qu’elle veut qu’il soit.

La normalité est un concept arbitraire qui sert à cacher des mensonges, à imposer des préjugés injustes. Derrière le concept de normalité se cache souvent une grande hypocrisie. Si les homosexuels existent, c’est parce qu’en vérité l’hétérosexualité stricte est un mythe, parce qu’il existent plusieurs sexualités. Si les races humaines existent, c’est parce que l’homme blanc, qui se dit homme, est un fantasme absurde puisque nous sommes tous métis, la race pure est une illusion d’imbéciles. La religion aussi cache une mystification millénaire, la catholicité (synonyme d’universalité) est un dogme qui s’effondre face à l’existence de centaines d’autres religions à travers le monde, le catholicisme n’est qu’une foi parmi d’autres. Aucune religion ne peut prétendre être la vérité par rapport à d’autres croyances puisque c’est invérifiable de savoir laquelle avec certitude est la vérité. Parents, veuillez cesser de mentir à vos enfants en leur parlant de normalité car ils risquent de vous croire comme vous aviez cru vos propres parents qui vous ont menti.

La normalité, la moyenne, sont des barrières et des frontières à l’égalité, à l’identité et à la liberté.

N’écoutez pas la société, n’écoutez que vous-mêmes. Connais-toi toi-même. Ce n’est pas la moyenne qui compte, ce sont tous les genres. Toutes les différences, les diversités. Tous les hommes qui veulent être acceptés pour ce qu’ils sont. Mais quelles différences ? Parler de différences revient à mettre encore des barrières. Si chaque homme ou chaque femme attendait auprès des « bien-pensants » pour vivre comme « il faut », ça leur pourrirait leur vie. Tant pis pour ceux que ça dérange, ignorez-les, méprisez-les, vivez votre vie !

La normalité, c’est soit un dogme de conformité à une norme morale (dans une société donnée), soit c’est ce qui est statistiquement fréquent. Une norme morale est fixée par la société, c’est un dogme, un préjugé, tandis que la fréquence statistique des comportements naturels est un fait. Voila la différence.

 

Addendum du 20 mars 2011 :
Bien sûr, quand je parle de normalité, c’est dans le cadre du respect des libertés d’autrui. La normalité c’est comme la liberté, ça consiste à faire ce qui ne nuit pas à autrui. Être gay, par exemple, ça ne fait de tort à personne, puisque c’est une liberté qui appartient à la vie privée, une liberté mutuellement consentie. L’homosexualité est statistiquement fréquente, elle ne nuit à personne, elle est normale. Par contre, l’homophobie avec une intention d’agression par exemple, ou de harcèlement moral, c’est un abus contraire au respect d’autrui, c’est nuisible, donc c’est anormal.

 

06/06/11 : si certains pensent que ce texte appartient à la catégorie « Humour », d’après ce que j’ai constaté parmi les options de recherche de ce texte, ils n’ont rien compris, car c’était un sujet de réflexion philosophique…

 

  • « Nature consists of facts and of regularities, and is in itself neither moral nor immoral. It is we who impose our standards upon nature, and who in this way introduce morals into the natural world, in spite the fact that we are part of this world. » (La Nature se compose de faits et de régularités, et n’est en soi ni morale ni immorale. Ce sont nous qui imposons nos normes sur la Nature, et qui de cette manière introduisons la morale dans le monde naturel, malgré le fait que nous faisons partie de ce monde.)   (Karl Popper)

 

 

© 2007-2013 John Philip Manson — Reproduction interdite. 
17/03/2011 : Si vous voulez faire connaître ce texte, diffusez le lien URL (WordPress) mais ne recopiez pas le contenu de l’article.

Certains blogueurs ont plagié ce texte sans en mentionner l’origine, notamment sur Facebook et Skyrock. En tout, j’ai pu retrouver jusqu’à environ 39 pages de mon texte plagié. Fin 2011, je constate un plagiat même sur YouTube !
C’est mal de s’approprier le texte d’autrui ! Ces plagiaires ont été contactés…

Je possède deux preuves pour prouver l’antériorité de mes textes : l’archivage de Google avec recherche par période personnalisée, et WayBackMachine (du site web.archive.org). Ne copiez pas le texte d’autrui, citez toujours la source.

  • Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droits ou ayant cause est illicite.