Le QI, le QE

  • Publié autrefois le 8 février 2010 dans mon premier blog désormais disparu, cet article est restauré ici le 11 février 2013.

 

Qu’est-ce qui est le plus important, le QI (quotient intellectuel) ou le QE (quotient émotionnel) ?

 

Ni l’un ni l’autre. Ce sont des gadgets du marketing, dépourvus de scientificité. Autrefois, le QI a été inventé de façon à dépister des élèves en difficultés (en retard scolaire par rapport aux autres) puis on s’est ensuite servi (abusivement ?) du QI pour imaginer le concept de surdouance, voire de justification du racisme (à travers le préjugé selon lequel les personnes noires auraient quelques points de QI inférieur aux blancs). Ainsi que des préjugés sexistes qui se basent sur des différences apparentes de QI. Clairement, le QI a parfois été instrumentalisé pour étayer des propositions élitistes ou eugénistes. Il y a un danger que le QI et le QE conduisent à des discriminations qui sont dépourvues de scientificité.

La notion de QI est un galvaudage. C’est un mot passe-partout qui signifie tout et rien, comme la folie ou la connerie dans le sens le plus général.

Pour pouvoir étalonner l’intelligence, il faudrait pouvoir la définir exactement.
Notre société adhère aux tests de QI qui ne sont basés que sur des critères réducteurs qui définissent évasivement l’intelligence. Ainsi les « surdoués » sont bien vus, comme si c’était chez eux une vertu, un mérite, une qualité humaine, ou parfois, ceux-ci sont vus comme une curiosité que les enseignants ont quelquefois du mal à gérer. La « science » du QI est un délire collectif.

Pour être scientifique, un domaine doit avoir la possibilité d’être réfutable, et ce domaine doit fournir des données avec une marge d’incertitude. La notion de QI échappe aux critères de la scientificité. On peut suivre exactement le même développement avec le concept de quotient émotionnel.

Bref, tous ces tests ont été largement détournés de leur contexte d’origine (à savoir, les travaux pédagogiques d’Alfred Binet). La psychométrie de Binet visait à estimer l’âge mental d’un enfant par rapport à son âge réel en fonction de son développement. Le QI n’a plus de sens lorsqu’on se réfère à un sujet adulte.

Dans un contexte plus général, il convient de se poser les bonnes questions à propos de la validité du QI :

  • – quelle est la définition exacte de l’intelligence ? À définition exacte, mesure précise.
  • – le QI mesure t-il l’intelligence ? Il faut un lien de causalité entre les points de QI et l’intelligence réelle.
  • – un test de QI peut-il être réfuté ? Si un test de QI donne un faux résultat, peut-on savoir s’il est faux ?

Ce qui m’épate avec le QI, c’est que certains auteurs prétendent avoir mesuré le QI d’intellectuels célèbres comme Einstein, Edison, Blaise Pascal, Descartes, mais il y a une faille : comment peut-on mesurer le QI de personnes décédées depuis longtemps sans que ceux-ci aient pu passer des tests ?

Le QI et le QE sont des mythes, en particulier les tests provenant des magazines qui sont à distinguer des tests provenant de psychologues spécialisés.

Je ne crois pas à la surdouance, parce que je ne crois pas au concept d’intelligence. De plus, la surdouance est souvent présentée de façon caricaturale. On réussit des choses seulement parce qu’on a envie de les explorer à fond par jeu, c’est tout.

 

Addendum du 25 mars 2011 :

Environ 13 mois après que j’eusse écrit cet article, la mystification continue encore sur le web : http://www.zigonet.com/intelligence/a-11-ans-elle-possede-un-qi-superieur-a-einstein_art20916.html
Le QI est une invention marketing qui a récupéré et dénaturé le concept de QI de Binet. Le QI d’Einstein n’a jamais été mesuré, c’est une rumeur infondée. Quant au QI de Descartes, franchement c’est grotesque : il a vécu plus de 2 siècles avant l’invention du QI par Binet, ainsi Descartes, ni Newton, ni Darwin, n’ont pu passer de tests de QI, et post-mortem l’évaluation d’un QI de gens décédés depuis longtemps est impossible (et dépourvue totalement de scientificité) par le spiritisme, la graphologie, ou le voyage en remontant le temps… Qu’est-ce que l’intelligence ? L’esprit critique ? Être instruit ? Ou seulement une forte motivation ?

Faut arrêter de nous prendre pour des imbéciles. Plus on mesure l’intelligence, moins il y en a…

Le QI est-il réfutable scientifiquement ? Pour commencer, j’exige le nom de ceux qui ont fait passer les tests de QI à Descartes, Darwin, Newton, Goethe et Einstein, et je veux savoir en quelle année eut lieu l’examen… Si c’est un coup de pub d’écrivain ou de journaliste, ce n’est pas très scientifique, et ce n’est pas fair play. Vendre du rêve (ou parfois de la peur) ce n’est plus de l’info…

Il ne faut pas confondre sensationnalisme journalistique et rigueur scientifique.

 

© 2010-2011-2012-2013 John Philip C. Manson

 

Publicités

Expérience statistique sur 9 tests de QI

  • J’ai réalisé une expérience de statistiques en psychométrie sur moi-même. J’ai ainsi trouvé un site de tests de QI à peu près aussi «fiable» que les tests faits par les professionnels. Vers 1998, je savais déjà que mon QI est entre 120 et 132.

Tout d’abord, je précise que je suis sceptique et critique à l’égard du concept de QI. J’avais déjà rédigé des articles à ce sujet : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/16/la-mystification-du-qi-et-le-mythe-du-genie/ https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/05/le-qi-un-produit-marketing/ https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/au-fond-quest-ce-que-le-qi/

Dans mon expérience, j’ai pris comme hypothèse de départ que le QI n’est pas scientifiquement valide du fait qu’il ne prend pas en compte une marge d’incertitude. Déjà, du point de vue réfutabilité poppérienne, la question est : «peut-on prouver qu’un test de QI est faux si celui-ci est faux en soi ?».

  • J’ai fait 9 tests de QI, chacun étant composé de 30 questions.

Mon pire score est de 103, mon meilleur score est de 143. Déjà, là, l’écart est important. Cela fait une moyenne de 123 plus ou moins 20 points d’incertitude, soit 32,5% de marge d’erreur sur la valeur moyenne.

  • Voici la liste des scores de chacun des 9 tests : 119 ; 135 ; 131 ; 131 ; 103 ; 131 ; 119 ; 119 ; 143.

En faisant la moyenne sur les scores les plus fréquents (119 et 131), ça correspond à une moyenne de 125 plus ou moins 6 points, soit une marge d’erreur de 9,6%.

La moyenne globale des 9 tests est de 126 (assortie d’une erreur d’environ 36%).

D’un test à l’autre on n’obtient jamais le même résultat, malgré que certains scores réapparaissent trois fois (le 119 et le 131). Qu’est-ce qui compte finalement ? La moyenne de tous les tests, ou le meilleur score, ou le pire score ? Pourquoi les tests ne prendraient-ils pas compte de la marge d’incertitude comme cela se fait dans les sciences comme la physique ?

Selon moi, le QI n’est qu’un indicateur approximatif, il dépend même de l’âge (lequel avait été pris en compte lors des tests), et il ne prétend pas mesurer quantitativement l’intelligence selon des critères objectifs.

En outre, d’après les meilleurs résultats (supérieurs à 130, ce qui concerne 5 tests sur 9), je serais a priori surdoué (avec une probabilité de 56% si on tient compte de l’incertitude, je précise). Donc un test isolé de QI ne prouve rien. Et un ensemble de tests de QI dont on fait la moyenne des résultats, ça laisse planer un doute.
C’est un peu comme jouer à pile ou face : soit on est tout con, soit on est fûté. Bref, je doute de la scientificité des tests de QI : les scores auraient dû donner une moyenne avec une marge d’erreur de 1% à 3% maximum, mais pas 10% ni 36%…

Mais ce n’est pas fini. J’ai tenté de voir s’il existait un lien entre le QI et le nombre de bonnes réponses par rapport aux 30 questions par test. Ce calcul ne vaut que pour le site web sur lequel j’ai passé les 9 tests.

Voici la liste des 9 tests, avec le QI et le nombre de bonnes réponses sur 30 :

  1. 119 : 21 bonnes réponses
  2. 135 : 25
  3. 131 : 24
  4. 131 : 24
  5. 103 : 17
  6. 131 : 24
  7. 119 : 21
  8. 119 : 21
  9. 143 : 27

Un aperçu de mon meilleur score : Bof, cela a dû prendre aussi en compte mon immense connerie.

Oui, il existe un lien entre le QI et le nombre de bonnes réponses sur 30 questions. J’ai remarqué que le QI est proportionnel au nombre de bonnes réponses.

Ainsi, le score S est proportionnel au QI, selon cette égalité :     S = (QI – 35)/4

Et par conséquent, le QI s’exprime linéairement en fonction du nombre de bonnes réponses :     QI = 4S + 35.

Remarques sur cette équation :

  • Si on a tout faux dans un test de 30 questions, avec 100% de mauvaises réponses, alors le QI est de 35, il n’est pas nul.
  • Cependant, si toutes les réponses sont bonnes, soit 100% de bonnes réponses, alors le QI est de 155 maximum.

Il existe toutefois un biais dans chaque test : il est possible de donner une réponse au hasard. Ainsi, lorsqu’on a le choix entre 4 réponses possibles pour chacune des 30 questions, on a donc une probabilité de 1/4 de trouver la bonne réponse au hasard à chacune des 30 questions.  Ce qui fait a priori une quantité de 7,5 bonnes réponses trouvées pour avoir répondu absolument au hasard, indépendamment de tout raisonnement. Par conséquent, cocher les réponses au hasard dans un test de QI de ce genre, cela crée un biais conduisant à un QI faux de 4×7,5 + 35 = 65. En conclusion : si on échoue totalement au test de QI en répondant «je ne sais pas» à chacune des 30 questions, le QI est de 35 ; et le QI atteint 65 si on répond complètement au hasard ; cela veut dire que si quelqu’un obtient un résultat de QI supérieur à 65 dans un test, ça voudra dire qu’il n’y a pas répondu au hasard, et qu’il a forcément réfléchi (de son mieux) en répondant aux questions.

Réédition du 18 janvier 2014 :

  • Répondre à une question au hasard a une probabilité de 1/4. Or, pour appliquer un calcul de probabilité sur le nombre de questions répondues correctement sur 30 questions, il faut utiliser la loi binomiale. Ainsi, pour réussir 30 questions sur 30, la probabilité d’avoir fortuitement un QI de 155 est de 1 sur 1,15 milliard de milliards. Ensuite, la probabilité d’échouer lamentablement à toutes les 30 questions au hasard est de 1 sur 5600 environ (on a donc une chance sur 5600 de se faire attribuer un QI catastrophique de 35 si on effectue le test de 30 questions au hasard. La probabilité pour répondre juste à 15 des 30 questions sera d’une chance sur 518, ce qui fait se voir attribuer un QI de 95 qui est avantageusement proche du QI moyen de 100. On a la probabilité optimum de 1/6 de réussir au hasard 7 questions sur 30 pour obtenir un QI critique de 63, c’est l’événement le plus probable. C’est un fait : le hasard peut conduire à un biais statistique !

Conclusion générale : étant donné mes 9 résultats, l’incertitude fait que je ne connais pas vraiment mon QI. Je suis au-dessus de la moyenne, mais on ne peut pas être vraiment précis sur le positionnement.

Quelques heures plus tard, j’ai essayé le test préliminaire de 40 questions sur le site de Mensa France. J’ai obtenu un score de 30 bonnes réponses sur 40, je pense que cela correspond à un QI de 125. En examinant le corrigé, j’aurais même pu obtenir une bonne réponse de plus si j’avais fait gaffe à un cheveu près, ce qui aurait fait a priori un QI de 128.

Je pense que d’un test à l’autre il y a des divergences dans les résultats, le QI n’est jamais autour d’un degré restreint d’incertitude, même dans les mêmes types de tests. Je soupçonnais une assez grande marge d’incertitude sur le degré de QI mesuré, et maintenant j’en suis convaincu.

Autre chose : je n’ai jamais considéré les meilleurs QI comme «supérieurs», je n’aime pas ce mot. Ils sont différents, ils fonctionnent différemment, oui, mais pas supérieurs. Même le mot «surdoué» évoque la supériorité… Il n’y a pas vraiment de don ou de surdon, puisque cela n’est jamais synonyme de réussite ou d’adaptation. Ce qui signifie qu’il existe trop souvent des situations autant risibles que génératrices de souffrance : l’enseignement est souvent inadapté parce qu’il croit que toute le monde fonctionne pareil, beaucoup de parents s’estiment «parents de surdoués» quand ce n’est pas vraiment le cas (ils accusent l’école sans se remettre en question eux-mêmes), tandis que les (vrais) «surdoués» qui existent dans l’ombre sont incompris par tout le monde (par l’école, au boulot et aussi par leur famille, d’où une profonde solitude dont on finit par s’habituer).

À travers mes observations, c’est que les «doués» semblent très bien armés en logique, en maths et autres aptitudes connexes que le reste de la population, mais ils restent souvent inadaptés et démunis en société. Tandis qu’une grande majorité de la population sait gérer les relations sociales, les gens ne sont pas trop adeptes de la logique et des maths. Bref dans l’ensemble il y a comme une forme d’équilibre entre les atouts et les handicaps. D’où l’absurdité de superlatifs comme le mot «supérieur» et le mot «inférieur», c’est ridicule. Chaque humain est toujours bon à quelque chose. Mais ceux au-dessus de la «norme» ont-il rendu le monde meilleur ? Tout est vain. Même avec les efforts des sceptiques les mieux organisés, il existera toujours de l’obscurantisme et de la crédulité chez les autres, il restera des cinglés qui croiront encore à la fin du monde, qui attendent les extraterrestres et qui croiront encore à l’avènement d’un monde idéal, idyllique et parfait…

Être intelligent, finalement, ça ne sert à rien. Des efforts foutus en l’air, par exemple quand des fêlés récupèrent la physique quantique (la théorie fut mise au point par des scientifiques brillants) pour la sortir de son contexte pour bricoler une sorte de connerie mystique complètement inepte : le mysticisme quantique. La préhistoire est un éternel recommencement… La science a succédé à des millénaires d’obscurantisme et de superstitions, et quelques siècles de science sont en train d’être saccagés et déformés par les pseudo-sciences et les sectes, un grand retour de l’obscurantisme. Quelle honte.

Je ne crois pas à l’intelligence humaine. Je crois à l’existence de la connerie humaine.

© 2012 John Philip C. Manson

Ajout du 18 avril 2013 :

En reprenant les scores de QI : 119,135,131,131,103,131,119,119,143 ; j’ai un complément sur les statistiques à raconter.

  • Moyenne des scores : QI = 125,67
  • Médiane : QI = 131
  • Mode :  QI = 119 ou 131 (incertitude entre l’une et l’autre)
  • Écart-type empirique :  11,16 (en théorie, ce nombre est égal à 15, ce qu’on trouverait avec un plus grand nombre de tests effectués)
  • Variance :  124,44

Résultat :

  • il y a 68,2% de probabilité que mon QI soit compris entre 115 et 137.
  • la marge d’incertitude de statistique empirique de mon QI est d’environ 17,5%.
  • Comme il n’y a que 9 tests effectués, les résultats sont insuffisants, on aura de meilleurs conclusions avec un plus grand nombre de tests (il faudrait au moins 100 tests pour avoir des résultats statistiques significatifs, mais j’ai franchement mieux à faire que faire des tests de QI…)

Mise à jour du 18 janvier 2014 :

  • L’écart-type (qui vaut 11,16) a été calculé à partir du neuvième de la somme des carrés des différences entre chaque QI donné d’avec le QI moyen.
  • Cet écart-type de 11,16 est très proche de la racine carrée du QI moyen de 125,67 qui est un écart-type (de valeur 11,21) typique de la loi de Gauss et de la loi de Poisson. En effet, dans la loi de Poisson, mon QI moyen (125,67) dans le cas du calcul de probabilité de mon QI correspond au carré de l’écart-type. Voir ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_poisson
  • Conclusions complémentaires : j’ai une probabilité de 98,67% d’avoir un QI supérieur à 100, et j’ai une probabilité de 37,3% d’avoir un QI supérieur à 130, et j’ai une probabilité de 71,9% d’avoir un QI supérieur à 120, puis une probabilité de 55,32% d’avoir un QI supérieur à 125.
  • Conclusion générale actuelle : si le QI de l’ensemble de la population est calibré à une moyenne de 100, je dois préciser que chaque QI individuel (le vôtre, le mien…) comporte une marge d’incertitude. Un QI individuel n’est pas fixé selon une valeur entière précise (126 dans mon cas). Ainsi, dans mon cas, j’ai 69,52% de chance d’avoir un QI compris entre 115 et 137, on ne peut pas dire avec certitude si mon QI de 126 est réellement de 126. Les tests de QI ne sont pas un dogme ni un outil absolu. Ils ne sont qu’un indicateur avec les nuances qu’il comporte. Ainsi, j’ai une probabilité d’environ 37,7% d’être « surdoué » (un surdoué par définition aurait un QI d’au moins 130). Puis de toute façon, je n’aime pas l’appellation « surdoué », cela donne une connotation d’élitisme (ce que je trouve stupide). Certains préfèrent l’appellation de « zèbre » pour désigner un « surdoué », moi-même je préfère le mot « cérébral » c’est plus simple… Zèbre, oui j’admets que c’est un surnom plus sympa.  « Hiii han !!! »    😉

 

Mise à jour du 13 juillet 2014 :  avec un intervalle de confiance de 95%, mon QI est compris entre 118 et 133.

 

© 2013 John Philip C. Manson