La sophrologie caycédienne, c’est quoi ?

Certains praticiens s’installent en ville. Des coiffeurs, des boulangers, des artisans ou des commerçants, et aussi les médecins et les dentistes.

Mais ici je vais parler du cas des sophrologues caycédiens. Quand un nouveau s’installe en ville, on est en droit de se demander légitimement : c’est quoi ? c’est fiable ?

Qu’est-ce que la sophrologie caycédienne ? Il existe des pratiquants de cette discipline qui affirme être des thérapeutes ou des psys, une médecine douce, ou des rééducateurs… Surtout, ils font passer leur sophrologie caycédienne pour une science (comme la médecine), ce qu’elle n’est pas.

La sophrologie caycédienne est présentée comme une méthode de développement personnel qualifiée tour à tour de psychothérapie, de méthode de relaxation, voire de médecine alternative, une sorte de thérapie de la conscience. Elle n’est pas une science, cette pratique n’a fait l’objet d’aucune étude validée scientifiquement.

Il faut également savoir que la profession de sophrologue caycédien n’est pas réglementée, son exercice est libre en France, accessible sans diplôme particulier. Toutefois, aucun praticien se déclarant de cette profession ne peut légalement procéder à aucun acte médical, tel que le diagnostic, la thérapie ni la prescription de médicaments, et encourt le cas échéant des poursuites pour exercice illégal de la médecine.

Selon le journal officiel du ministère de la santé, le 21 septembre 2004, la sophrologie n’est pas une discipline définie ni reconnue dans le cadre du code de la santé publique.

Il faut aussi souligner les risques de dérives.

Il y a très peu d’études cliniques scientifiques sur la sophrologie caycédienne. Les prétendues publications « scientifiques » sur la sophrologie sont principalement le fruits de praticiens faisant la promotion de leur discipline par des études non scientifiques, publiées généralement en marge des canaux scientifiques, mais régulièrement brandies comme arguments « authentiques » par les sophrologues.

La sophrologie est aujourd’hui une tradition principalement française, quasiment inexistante dans les autres pays.

La sophrologie fait régulièrement polémique en raison de l’existence avérées de dérives sectaires ou d’abus de faiblesse, selon la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES).

Souvent la sophrologie se situe aux confins du New Age (hypnose, training autogène, yoga) et de la  psychothérapie (psychologie, psychosomatique), la sophrologie n’a aucune base solide. C’est une méthode basée sur les expériences subjectives des personnes, sans aucun moyen objectif d’évaluation. On glisse alors vers des offres proposant  des « thérapies libératrices » dont les doctrines se réclament de la sophrologie, la parapsychologie, le mysticisme, l’orientalisme et aussi la voyance ou la médiumnité… Ces nouveaux « marchands de bonheur » prolifèrent un peu partout et une bataille idéologique est déclarée entre les diverses doctrines faisant scission, entre néo-sophrologues et sophrologues orthodoxes.

Quand vous recevez de la pub ou des tracts faisant la promotion de techniques douteuses, ayez du recul…

Génodique, musicothérapie, quand la pseudoscience berne le public

J’étais tranquillement en train de lire un forum consacré à un jeu vidéo quand soudain je tombe sur un nouveau membre du forum qui fait publiquement sa présentation :

 

Certains passages de son texte où l’individu résume son parcours posent un problème dans le contexte de la science.

Par exemple :

  • recherche en génodique (la mélodie de gènes) c’est à dire qu’on étudie les relations entre les acides aminés et le son. Les fréquences activent ou inhibent l’activité et la genèse des acides aminés ce qui permet de soigner avec le son. Un sujet passionnant qui nécessite des connaissances en physique quantique, biologie, musique et cerise sur le gateau dans mon cas, cela entre directement dans le sujet de la médecine, du chamanisme et des spiritualités anciennes

Soyons clairs que l’activité des gènes est régulée par des enzymes. Mais pas par le son.

La physique quantique non plus n’a rien à voir avec la propagation des sons en physique acoustique… Là encore, il faut rappeler que la physique quantique, qui est une théorie scientifique de la physique, est appuyée par des faits, dont le fond concerne la dynamique des particules subatomiques, et qui n’a rien à voir avec le mysticisme, ni avec la spiritualité ou la médecine ou la religion ou la science-fiction (la physique quantique est dénaturée et récupérée par la secte New Age, une forme de propagande existe via Internet à travers certaines vidéos pseudoscientifiques et dans de nombreux forums partisans).

L’AFIS assimile la génodique et la musicothérapie à de la pseudoscience :  https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=861542173894833&id=165001693548888

Pour entrer dans les détails, voici ce que l’on apprend d’intéressant :

  • Les bases scientifiques de la génodique sont faibles : aucun calcul sérieux n’a été fait pour montrer que c’était ne serait-ce que possible. Dans une telle situation, l’expérience seule peut trancher… mais aucune publication scientifique ne conclut à l’efficacité de la méthode de Sternheimer, l’inventeur du concept.

 

  • Pour convaincre un agriculteur que le pipeau est un procédé révolutionnaire, il y a l’argument d’autorité, à défaut de preuves scientifiques qui restent absentes. Sur les sites internet dédiés à la génodique, on retrouve toujours les mêmes arguments en boucle pour suggérer au lecteur que monsieur Sternheimer (inventeur de la génodique)  n’est pas n’importe qui. En voici quelques-uns ci-dessous :

 

  • (1) Sternheimer est présenté comme un professeur dans une université. C’EST FAUX. l’Université Européenne pour la Recherche n’est pas une université en tant qu’organisme public de l’enseignement supérieur, c’est en fait une association de « chercheurs indépendants ». A noter que Prigogine, l’un des membres de l’association, a fait également partie de l’UIP qui n’a d’université que le nom, ici aussi une association : https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_interdisciplinaire_de_Paris Et il est intéressant de rappeler que l’UIP est suspectée de véhiculer des thèses favorables au néocréationnisme et d’être proche de la mouvance américaine du dessein intelligent. L’UIP entretien des relations de proximité avec de nombreux créationnistes français et étranger, dont Harun Yahya, avec lesquels elle organise des conférences anti-darwiniennes.
  • (2) Sternheimer aurait publié des articles scientifiques sur la génodique dans les plus grandes revues scientifiques. C’EST FAUX. Il a publié un article en rapport avec la génodique dans les CRAS (comptes rendus de l’académie des sciences). Mais les CRAS ne constituent pas une revue scientifique (à comité de lecture), car les articles ne sont pas relus par des experts extérieurs comme dans les revues scientifiques usuelles. Il a également publié une lettre dans Nature qui est une des plus grandes revues mondiales de sciences… mais le papier ne porte pas sur la génodique, mais plutôt sur une réflexion éthique sur les sciences.
  • (3) Puisque Sternheimer a déposé un brevet, donc la génodique serait reconnue. C’EST FAUX. Il a bien déposé un brevet, mais le dépôt de brevet ne garantit qu’une chose : la nouveauté (autrement dit, qu’il n’a pas déjà été déposé), et ne prouve rien en ce qui concerne la qualité du procédé. Ce qui établit des preuves en science, ce sont des expériences rigoureuses. Or la génodique n’a pas de bases empiriques.

 

De plus, l’auteur dans le forum que j’ai lu ce matin, déclare également ceci :

P.S. : En bon joueur de Elite Dangerous vous êtes sûrement un peu intéressé par la cosmologie et accessoirement par les liens entre spiritualité et science (bien que ce ne soit pas explicite)

Prêche t-il pour convertir les esprits naïfs ? Cela n’a rien à faire dans un forum…

Si croire est un droit légitime (chamanisme, animisme ou toute autre croyance), l’amalgame entre science et religion est abusif. C’est même un non-sens à travers lequel la science et la foi ont des méthodes fondamentalement différentes. La foi proclame une Vérité immuable, éternelle et définitive ; une vérité fortement subjective qui échappe souvent à toute vérification objective, une vérité que l’on ne peut pas démontrer ni prouver, une « vérité » qui ne repose pas sur la raison ni l’observation mais seulement sur les émotions. Tandis que la science repose sur des incertitudes que l’on doit souvent accepter, sur des hypothèses réfutables, sur des faits empiriques ou observationnels que l’on doit accepter même s’ils contredisent les croyances.

 

John Philip C. Manson

 

 

La dangerosité des ondes wifi prouvée par des lycéennes ?

 

Soyons prudents. L’intérêt d’une expérience n’est pas ce qu’elle prétend prouver, l’intérêt de la méthodologie est d’évaluer où il peut y avoir des erreurs dans le protocole suivi. Et il y en a. Des expériences sont habituellement validées via un comité de lecture par publication des travaux sur arxiv.org ou nature.com. Ce n’est pas le cas là. Même si la découverte pourrait être authentique, elle ne peut être jugée satisfaisante par la voie de la presse dans laquelle il existe un risque récurrent de canular ou d’imposture scientifique. Le meilleur moyen de vérifier la validité des travaux est de reproduire plusieurs fois l’expérience, en prenant en compte d’autres paramètres qui peuvent biaiser les résultats : l’éclairage, l’humidité, la chaleur du routeur wifi, la température des locaux utilisés (la température doit rester la même entre la chambre du cresson exposé au wifi et la chambre du cresson témoin isolé du wifi). Il faut aussi choisir une quantité constante de cresson dans chaque échantillon.

Pour mettre le wifi en accusation, il faut être certain qu’il n’y ait pas d’autres paramètres physiques qui soient la cause eux-mêmes d’un phénomène d’altération de la germination (chaleur, humidité, etc…).
Mais à part ça, le problème est autre : on ne dispose pas ici de données quantitatives comparatives, on n’a pas non plus d’étude avec répartition aléatoire (donc absence d’outil statistique), et les résultats non probants sont absents. Bref, la méthode scientifique ici est bâclée et foirée.

 

Mais cette mascarade implique d’autres questions. Pourquoi des lycéennes dont les aptitudes ne sont pas équivalentes à celles de chercheuses post-doctorat auraient-elles réussi là où des expériences sérieuses menées par des spécialistes ont échoué ? Les lycéennes n’auraient-elles pas été instrumentalisées pour diaboliser la technologie au moyen d’une science fictive ?

 

 

À lire :

Danish School Experiment with WiFi Routers and Garden Cress, Good Example of Bad Science.
http://www.pepijnvanerp.nl/2013/05/danish-school-experiment-with-wifi-routers-and-garden-cress-good-example-of-bad-science/

Traduction du titre :

« L’expérience de l’école danoise avec les routeurs wifi et du cresson, un bon exemple de mauvaise science. »

Page traduite en français : http://translate.google.com/translate?sl=en&tl=fr&js=n&prev=_t&hl=fr&ie=UTF-8&eotf=1&u=http%3A%2F%2Fwww.pepijnvanerp.nl%2F2013%2F05%2Fdanish-school-experiment-with-wifi-routers-and-garden-cress-good-example-of-bad-science%2F

 

On s’aperçoit que l’expérience, mauvaise, a été biaisée par la non prise en compte de la circulation de l’air et de la chaleur…

Mais le public, susceptible d’être crédule, peut croire à tort que l’expérience est une découverte authentique. Sans esprit critique, la pseudo-science a de l’avenir…

© 2013 John Philip C. Manson

Sur le consensus scientifique (suite, via Facebook)

Ceci est la suite de l’article éponyme précédent.

J’ai reçu le 17 avril 2013 un message d’un de mes contacts Facebook. Je le reproduis ici et j’y réponds ici pour des raisons de lisibilité (le texte est écrit trop petit sur Facebook).

Voici ce que l’on m’a écrit, je cite (en rouge italique) :

«Je suis perturbé par votre dernier article, vous dites : « les théories sont des représentations faillibles de la réalité, les théories sont (au mieux) crédibles mais elles ne sont pas LA réalité. La réfutabilité établit la faillibilité des connaissances. Nous ne savons rien de la réalité, nous n’avons que des modèles scientifiques, donc faillibles et réfutables. »

Oui, j’assume. Il est vrai que le critère de réfutabilité avec l’épistémologie de Popper ne consiste pas à dire que des théories sont fondamentalement vraies, mais à déclarer que des hypothèses sont fausses quand elles le sont, lorsque des expériences ou des observations infirment ces hypothèses.

Pour appuyer cet argument, je présente des citations célèbres pour montrer que je n’ai pas formulé d’interprétation personnelle.

  • Hubert Reeves, dont je cite : «[…] La science n’est pas un domaine de vérité. La science n’est pas figée, elle ne vous dit pas : « c’est cela », « ce n’est pas cela ». Ça n’est pas une révélation, c’est une démarche souple qui se développe depuis plusieurs siècles […]. Sa robustesse lui vient du fait qu’elle n’est pas figée. Elle doit continuellement intégrer les nouvelles observations, et donc continuellement se remettre en question.» http://www.hubertreeves.info/chroniques/20030927.html
  • Je cite : «Pour Hubert Reeves, «la théorie du Big Bang, qui a pour but de raconter le passé de l’univers, est hautement crédible. Il n’y a pas d’astrophysicien sérieux qui ne la prenne au sérieux». Reste qu’il ne s’agit pas d’une vache sacrée, d’une «Vérité» devant laquelle se prosterner. Cette théorie du Big Bang «repose elle-même sur d’autres théories», et c’est à cet «échafaudage» très spécial que le célèbre scientifique aime à faire réfléchir.»  http://www.liberation.fr/sciences/0101294699-hubert-reeves-astrophysicien-remonte-l-echafaudage-des-differentes-theories-sur-lesquelles-repose-l-explication-de-la-naissance-de-l-univers-les-tortues-du-big-bang
  • « Les intellectuels ne savent rien » dira Karl Popper à 83 ans dans sa conférence de Zurich La recherche de la paix (Toute vie est résolution de problème). Plus qu’une provocation, c’est un symbole de la relativité du savoir, et de la stérilité des conflits de doctrines.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper

Je ne me sers pas de ces citations comme des arguments d’autorité, c’est seulement pour illustrer que la science fonctionne comme je l’ai décrite.

Voici même une vidéo sur l’épistémologie : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/06/19/video-lepistemologie-de-karl-popper-demarcation-sciencepseudo-science/

Une théorie en soi n’est pas une «vérité» ni LA vérité, une théorie reste toujours conjecturale, on ne pourra jamais prouver qu’elle EST exactement la copie conforme et complète de la réalité, elle n’en est qu’une approche la plus fidèle possible.

N’est ce pas laisser une porte ouverte à des théories farfelues, une brèche dans laquelle les partisans de l’hypercritique peuvent développer leur élans créationnistes, que ce soit sous forme d’inspirations bibliques ou du nouvel-âge ? De la théorie de l’intelligent design (une forme de théologie) qui tient à décrire les évènements passés ou par le concept de co-création qui lui laisse entrevoir la possibilité d’une influence sur le futur (une forme de voyance), les croyances et superstitions exploitent toujours les marges de la connaissance, le passé (d’où venons nous), le futur (où allons nous), parce qu’elles échappent à notre compréhension intuitives. Le présent étant toujours le point où s’exprime la faute et le péché, c’est-à-dire pour ceux qui sont dans un élan spirituel le moment où s’exerce le libre arbitre pour choisir de sortir d’une erreur originelle (péché, karma, le mal, etc) et allez vers autre chose qui est sensée être meilleur (extase, nirvana, le bien, etc). Si l’ignorance de notre passé et l’inconfort de notre futur devient un pilier de la théorie de la connaissance, comme vous dites « Nous ne savons rien de la réalité », alors le succès des psychothérapeutes spécialistes en développement personnel est assuré, il pourront toujours se couvrir d’une démarche scientifique, épistémologique puisque « les théories sont des représentations faillibles de la réalité » (de faillir : latin fallo, grec ancien φηλόω, phêlóô (« ruser, tricher »), φῆλος, phêlos (« tricheur ») )… c’est-à-dire « tromper », avec ces dérivés comme falsidicus, menteur — falsus, faux. On en reviens facilement à l’idée de faute, d’erreur, et d’un péché qui s’est glissé là par inadvertance. 

  • « Une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. Pour les théories, l’irréfutabilité n’est pas (comme on l’imagine souvent) vertu mais défaut. »  (Conjectures et réfutations, Karl Popper (trad. M.-I. et M. B. de. Launay), éd. Payot, 1985, p. 64)

La relativité de la «vérité» scientifique n’interdit pas qu’il faut toujours rester critique. Une théorie scientifique gagne en crédibilité à travers des faits qui la corroborent, mais ça ne l’établit pas comme vérité. C’est là la nuance. Il suffit d’un seul contre-exemple pour invalider une hypothèse, voire une théorie entière, même quand on ne s’y attend pas. Il y a quelques mois, avec l’expérience OPERA, on a bien failli croire que les neutrinos allaient plus vite que la lumière était une nouvelle vérité. Hé bien non, toute vérité est faillible. Une contre-expertise (ICARUS) a finalement prouvé qu’il existait une erreur expérimentale qui avait biaisé les résultats. Les neutrinos supraluminiques sont une hypothèse qui a été réfutée.

Les théories scientifiques sont réfutables : elles peuvent être soient corrigées, soient réfutées.

En ce qui concerne les théories farfelues, on ne peut pas les mettre à égalité avec les théories scientifiques. Par exemple, je formule l’hypothèse suivante : «Dieu existe». Avec une hypothèse pareille, je ne trouve aucune possibilité de concevoir une expérience permettant de réfuter cette hypothèse si celle-ci est fausse. L’irréfutabilité d’une hypothèse ôte la scientificité de celle-ci, elle ne peut donc pas être considérée comme une hypothèse scientifique.

Pour la science, Dieu est inconnaissable. Dieu n’est pas une hypothèse nécessaire. En revanche, rien n’empêche les croyants de croire en Dieu, c’est leur liberté fondamentale. Cependant, l’amalgame entre science et religion, et c’est là le danger, est une imposture.

Mais avec une théorie scientifique crédible comme la théorie du Big Bang, on n’a pas trouvé encore de contre-exemple qui invalide tout l’édifice théorique de la cosmologie moderne, on accumule des preuves directes et indirectes via les observations. C’est le caractère de potentialité de réfutation qui confère à une théorie son caractère scientifique. Avec une hypothèse comme «Dieu existe», non seulement on ne peut rien réfuter si l’hypothèse de Dieu est fausse, mais en plus on ne peut pas non plus en acquérir des preuves expérimentales ou observationnelles par n’importe quel moyen instrumental.

L’esprit critique ne consiste pas à nier tout en bloc. Et la science ne consiste pas à ériger des vérités immuables.

  • «Douter de tout ou tout croire, ce sont les deux solutions également commodes qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir.»  (Henri Poincaré)

Le relativisme de la vérité scientifique ne signifie pas l’absence de démarcation entre les pseudo-sciences et les sciences. Toute hypothèse ou connaissance ayant un caractère scientifique est réfutable si (et seulement si) cette connaissance a la possibilité d’être fausse, au moyen nécessaire d’une expérience permettant une réponse binaire exclusive : crédible OU faux. Évidemment, cela ne veut pas dire que les théories scientifiques sont toutes fausses. On ne peut approcher la «vérité» objective qu’asymptotiquement sans jamais pouvoir l’atteindre. Une théorie scientifique pourrait être vraie, mais nous ne le saurions même pas, nous ne pourrions pas prouver qu’elle est vraie même si elle est vraie dans l’absolu. La science procède par élimination des hypothèses fausses, la science ne construit pas des vérités, c’est ça la nuance que j’ai toujours soutenue depuis que je suis blogueur.

Un modèle théorique est juste un outil mathématique très crédible par rapport aux faits. C’est pour cela que j’évoque que les théories sont des représentations faillibles de la réalité. On peut observer très bien les phénomènes physiques avec nos yeux, mais tout dépend des interprétations que l’on fait des résultats quantitatifs. Et on peut mal interpréter, et se tromper.

Sans le critère de réfutabilité, la science érigerait des dogmes définitifs, et ce ne serait plus vraiment de la science.

Ce sont les théories farfelues des pseudo-sciences et des mysticismes qui se proclament comme des vérités absolues. Et qui ne veulent surtout pas se laisser analyser. Et qui osent nier arbitrairement des moyens comme la datation radio-isotopique (carbone 14 par exemple : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/31/le-suaire-de-turin-serait-il-contemporain-de-lepoque-du-christ/ )

«Blasphème ! Ce sceptique hérétique ose critiquer la sainte théorie ! » 

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Vous vous inquiétez des dérives dans le domaine des psychothérapies. La psychanalyse par exemple, vous pensez qu’elle risquerait d’égaler la science sous prétexte de la relativité de la vérité scientifique ? Le problème n’est pas là. Les thèmes de la psychanalyse ne peuvent pas prétendre au critère de la réfutabilité. Des concepts comme le complexe d’Oedipe a t-il été l’objet d’expériences reproductibles, contrôlées, et en double aveugle ? Non. La psychanalyse est au mieux, une philosophie, une spéculation intellectuelle ou de la masturbation mentale, et, au pire, je n’ose même pas dire ce que j’en pense, ses adeptes pourraient me lyncher… 😉  Et si on y réfléchit, on s’aperçoit aussi que le concept de pervers narcissique n’existe qu’en France, ce terme est issu d’un livre d’un seul auteur, un psychanalyste français. Ce terme n’a d’équivalent que dans la langue de Cervantès et en langue occitane. Si vous parvenez à retrouver une référence académique avec un terme équivalent dans la langue de Shakespeare («Oh… What is a narcissistic perv ?»), je vous remets le prix Nobel. Moi, je n’ai rien trouvé. Peut-être que parce que ce mot est lié à une particularité de la culture française, où la subjectivité des autochtones joue plus que l’objectivité scientifique.  🙂



Sur la page wikipédia consacré à la Théorie de la connaissance, je lis : « La théorie classique repose sur l’idée que la connaissance est une croyance vraie et justifiée, et non seulement une croyance vraie. » ou l’ajout d’une démonstration de la croyance, la « justification », change la portée de la connaissance. Dans mes discussions avec des personnes adeptes de théories farfelues à qui j’essayais de démontrer les erreurs de raisonnement, il m’a simplement été répondu que j’étais moi aussi dans une croyance. Ce qui n’est pas faux, tant que l’on s’extirpe pas du paradoxe du menteur. 
Et c’est là que je suis perturbé.

Prenons l’exemple des mathématiques. Les théorèmes démontrés au bout d’années d’effort, avec des calculs très rigoureux, ces théorèmes mathématiques sont-ils vrais ? Vis à vis de la logique, les théorèmes sont vrais, mais ils dépendent directement des axiomes. Un axiome (du grec ancien αξιωμα/axioma, « considéré comme digne, convenable, évident en soi » lui-même dérivé de αξιος (axios), signifiant « digne ».) désigne une vérité indémontrable qui doit être admise. Si les axiomes sont vrais dans l’absolu, les théorèmes sont vrais. S’il existe un axiome faux mais qu’on ne le sait pas, alors les théorèmes qui en dépendent sont faux eux aussi et on ne le saurait pas. En général, les axiomes sont des concepts très simples, on peut les supposer comme «vrais», comme par exemple les axiomes qui servent de base à la géométrie euclidienne. Mais en mathématiques, la notion de vérité pose moins de problème qu’avec les sciences expérimentales. Bref, un axiome est un choix conventionnel qu’on trouve crédible sans preuve ; en maths ça ne me dérange pas, c’est comme ça.

L’absence du critère de réfutabilité ôte tout caractère scientifique aux théories farfelues, c’est cette faille qu’il faut exploiter. Et ce dont il faut se méfier avec les pseudo-sciences, ce sont les sophismes et les paralogismes. Et la charge de la preuve revient à ceux qui affirment l’existence d’un phénomène (par exemple : la télépathie, la voyance, le débarquement des petits hommes verts…). Le livre de Normand Baillargeon («Petit cours d’autodéfense intellectuelle», éditions LUX) est très intéressant pour désamorcer les paralogismes, dans ce bouquin j’ai même appris des astuces que je ne connaissais pas, je recommande ce bouquin. J’ai écrit un article sur les paralogismes : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/04/15/des-paralogismes-dans-un-document-sceptique-sur-nibiru-et-anunnakis/

Une théorie bancale peut dériver en une croyance. Mais qu’est-ce que le scepticisme ? Le scepticisme n’est pas une théorie scientifique, il est un métalangage pour travailler sur les théories scientifiques, l’esprit critique n’est qu’un outil. La méthode scientifique évalue les théories scientifiques à travers des faits. Mais la méthode scientifique n’a pas la finalité de s’évaluer elle-même. Ce qu’on appelle la théorie de la connaissance et son étude, ça relève de différentes épistémologies.



Dans une de mes prochaines questions je reviendrai sur ce que vous disiez là au sujet de la vitesse de lumière : « Mais cela ne veut pas dire que les sceptiques affirment que les voyages supraluminiques n’existe pas. Cela veut dire qu’on ne peut pas savoir si c’est valide ou faux tant que des expériences n’auront pas été réalisées. On attend juste des preuves. ». Car j’avoue être perplexe avec l’utilisation qu’en font certains sectes New Age, là aussi il y a une faille de sécurité mentale.»

Oui, je devrais reformuler ces phrases autrement, je n’ai pas été assez précis.

Pour reformuler plus clairement :

La vitesse de la lumière est un postulat de la théorie de la relativité. C’est à partir de ce postulat que mon raisonnement a été développé pour montrer des incohérences théoriques à propos des voyages spatiaux à une vitesse proche de la célérité de la lumière dans le vide. https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/12/de-limpossibilite-des-voyages-interstellaires-a-la-vitesse-de-la-lumiere/

Dans la théorie de la relativité générale, un observateur en mouvement par rapport à un observateur au repos voit sa masse augmenter lorsque sa vitesse devient relativiste. L’inertie augmente, et donc le voyageur doit vaincre cette inertie pour pouvoir aller plus vite. L’énergie cinétique devient très importante à l’approche de la vitesse de la lumière. Ainsi, le moindre impact de poussière peut causer des dégâts considérables sur la paroi du vaisseau spatial du fait de l’énorme énergie cinétique. L’ampleur des dégâts croît exponentiellement à l’approche de la célérité de la lumière, dans le cadre de la théorie de la relativité : l’énergie cinétique croît selon le carré de la vitesse et en fonction de la transformation de Lorentz (proportionnellement selon le facteur gamma).  http://fr.wikipedia.org/wiki/Transformations_de_Lorentz

Il suffit par exemple que la théorie de la relativité soit invalidée partiellement, par exemple, par une nouvelle découverte qui impliquerait que la célérité de la lumière ne soit plus vraiment la limite, et que les voyages interstellaires puissent trouver un moyen de dépasser la vitesse de la lumière. Dans un pareil contexte, modifier la théorie de la relativité revient à remettre en question tout ce que j’ai dit sur l’impossibilité des voyages interstellaires : l’énergie cinétique des impacts de poussière interstellaire ne croît plus aussi dangereusement que je ne l’avais raconté : en physique classique, l’énergie cinétique augmente selon le carré de la vitesse.

Les raisonnements qui s’inspirent des théories scientifiques n’échappent pas à la réfutabilité. En chimie, on a utilisé le phlogistique jusqu’à ce que nous abandonnions ce concept, avec une théorie plus crédible. En cosmologie, on a utilisé le concept d’éther, jusqu’à ce qu’Einstein a déclaré qu’il fallait abandonner ce concept, parce que la théorie de la relativité était plus crédible.

Bref, il existe des théories plus crédibles que d’autres (à travers le critère nécessaire de réfutabilité), mais ça ne signifie pas en conséquence que la théorie la plus crédible EST la vérité.

« Mais cela ne veut pas dire que les sceptiques affirment que les voyages supraluminiques n’existe pas. »     <<< cette phrase veut dire que les sceptiques ne nient rien, ils mettent juste une hypothèse à l’épreuve. Ce sont les faits qui tranchent, pas les sceptiques. Les sceptiques ne sont que des observateurs objectifs.

  • « La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives. » (Bertrand Russell)

Les sectes utilisent le jargon scientifique, mais ils n’ont de la science que les mots, ce n’est qu’un habit. La faille des sectes, c’est le sens objectif des mots qu’elles utilisent. J’ai un exemple récent dans cette page : http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20130412061329AAB0cOa  Le New Age s’invite dans une rubrique consacrée à la chimie qui est une science, cette mouvance vient distiller sa doctrine dans laquelle on retrouve des thèmes familiers (on commence à les connaître…). Mais examinons de plus près, je relève une phrase bizarre, je cite : «[Le cristal de roche] purifie, amplifie l’aura et facilite le voyage astral». Est-ce que cette affirmation est réfutable ? Non, l’aura est un objet mystique inobservable, inconnaissable, inquantifiable… Par contre, l’aura est très fréquemment confondue avec un phénomène physique bien réel : l’effet corona, présenté abusivement comme une «preuve» de l’effet Kirlian. http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_corona   Là, on voit que la réfutabilité est indispensable, sinon le New Age érigerait sa doctrine en dogme, et la science érigerait elle aussi ses théories en vérité. On imagine les dangers qui peuvent en résulter… La réfutabilité est un garde-fou. Sans Karl Popper, je me demande à quoi la science ressemblerait, et je me demande si les sectes n’y verrait pas un meilleur moyen de créer leur amalgame entre science et mysticisme.

  • « Ce n’est pas le doute qui rend fou, mais la certitude. »   (Friedrich Nietzsche)

Moi aussi, j’ai eu du mal à accepter les idées de Karl Popper au début, en croyant à tort que la science consistait à collectionner des vérités vraies réellement réelles. 😉  À l’école, on n’aborde jamais les définitions de la scientificité, je pense que cette lacune est préjudiciable. Par ma propre expérience personnelle, j’estime que l’épistémologie de Popper est la mieux appropriée pour la méthode scientifique. La démarcation est une priorité et une nécessité. Je considère la science comme laïque. Cela n’empêche pas les scientifiques d’être des croyants, mais la croyance relève de la vie privée, la croyance ne doit pas interférer avec le regard critique objectif de tout observateur ou expérimentateur.

Comme les théories scientifiques, l’épistémologie est un domaine qui ne prétend pas à la vérité. L’épistémologie de Popper est la plus crédible, la plus efficace pragmatiquement, qui donne des résultats exploitables, par rapport à d’autres épistémologie (par exemple celle de Feyerabend). Mais, je dis bien « mais », cela ne veut pas dire que l’épistémologie de Popper est LA vérité. Bien que Popper a une influence «absolue» 😉 dans la philosophie des sciences, Popper n’est pas le pape, la science n’est pas une Église. S’il y avait encore plus efficace que Popper, je suis preneur. Sinon je me contente de Popper.

La science, finalement, c’est comme dans l’ingénierie : peu importe si les modèles sont «vrais», seule leur valeur opératoire importe. Le modèle théorique de l’atome par exemple, il peut comporter des erreurs sans que nous ne le sachions, mais c’est un modèle qui marche, qui donne des résultats : c’est là l’essentiel. Si on peut améliorer les modèles, on augmentera en efficacité. On sait fabriquer de l’aspirine pour soulager les migraines des mathématiciens, et surtout celles de ceux qui souffrent à cause des maths à l’école, on sait faire de l’aspirine c’est l’essentiel, même si on pourrait se tromper dans les concepts théoriques de la chimie.

Mais les doctrines mystiques, contrairement aux sciences, n’ont guère évolué depuis des siècles…

La science a pour moteur les erreurs pour construire les connaissances. Des connaissances faillibles, c’est-à-dire critiquables et perfectibles. D’où l’intérêt des controverses scientifiques : ce sont les erreurs qui font avancer.

Je termine par une image qui résume à la fois humoristiquement et sérieusement la scientificité sous un angle épistémologique :

sciencevscreation

En espérant avoir été suffisamment limpide.

Cordialement.

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Au lendemain de la publication de mon présent article, mon contact Facebook m’a répondu :

Je cite :

«Merci d’avoir pris du temps pour répondre.
J’ai trouvé ce qui me manquait, on ne cherche pas le coupable (la bonne piste, la vérité), on élimine les mauvaises pistes.
Comme dans une enquête « scientifique ». Ce qui évite la justice arbitraire en place publique. 
Je retiens l’image d’une « traque » en entonnoir, où les théories sont _les suspects_, la scène de crime _la réalité_ et le critère de réfutabilité _les alibis_. Quand on est en défaut de suspects, on ne sait pas, alors on élabore de nouvelles théories, et on reprend ses billes.
La satisfaction est de trouver de nouveaux éléments sur la scène de crime, confirmant une seule théorie. Au pire, on trouvera meilleure explication parmi un des suspects restant en lice. Mais il est « rare » qu’une théorie éliminée revienne en scène.
De plus, on a pas besoin de mobile : Dieu, Magie, pouvoirs occultes…

Au sujet du vaisseau spatial, l’hypothèse d’un voyage supraluminique est évoqué dans cette page wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9trique_d%27Alcubierre
Le modèle mathématique d’Alcubierre décrit une vague déformant l’espace-temps, et sur laquelle un vaisseau pourrait « surfer », celui-ci ne subissant pas (d’après ce que j’ai compris), les effets d’une vitesse supraluminique. C’est la bulle autour de lui qui se déplace, et par rapport à elle le vaisseau est juste immobile sur la vague. C’est du surf quoi… Je connais un secte New Age qui utilise ce concept pour convaincre « scientifiquement » leurs adeptes qu’il sont en contact avec des êtres (immatériels, qui plus est) venant du futur. Ce qui permet de plus de faire de la voyance « expérimentale ».

Au plaisir de vous suivre dans vos articles.»

Le parallèle entre la méthode scientifique et le fonctionnement du système judiciaire est pertinent. Ce sont deux méthodes équivalentes. Ce n’est peut-être pas par hasard que le magistrat Pierre de Fermat (juriste, avocat à Bordeaux, conseiller du roi auprès du Parlement de Toulouse) fréquentait les milieux scientifiques et était lui-même aussi un grand mathématicien (via le fameux théorème de Fermat qui a tenu en haleine des générations de mathématiciens).

Dans le système judiciaire, l’hypothèse de la culpabilité est soumise au critère de réfutabilité. Il y a possibilité de réfutabilité lorsqu’un alibi est vérifiable. Un alibi en béton, solidement vérifié, réfute la culpabilité, et établit donc l’innocence d’un suspect. Ou mieux encore, c’est l’hypothèse de la présomption d’innocence qui est soumise à l’épreuve des faits. Des preuves compromettantes accablent un suspect, donc son innocence présumée est réfutée. C’est l’innocence qui est réfutable à travers la vérification de l’alibi.

Si le système judiciaire n’était pas rationnel ni objectif, des abus se produiraient, ce ne serait plus de la justice mais de la terreur. Par exemple, le suspect est laid ; les jurés s’exclament : « – Délit de sale gueule, il est si laid que l’on devrait rétablir la guillotine ! », « – Messieurs les jurés, calmez-vous ! ».

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Bref, il est pertinent de comparer la rationalité de la justice à celle de la recherche scientifique. Le crime parfait n’existe pas. La théorie scientifique parfaite n’existe pas non plus. Le qualificatif de culpabilité est faillible, on doit pouvoir essayer de réfuter la culpabilité d’autrui. On procède par élimination des suspects innocentés par leur alibi. De même, toute théorie scientifique est faillible, on doit pouvoir essayer de la réfuter, on doit obligatoirement pouvoir la réfuter si elle est fausse. Évidemment, on préfère choisir les hypothèses les plus simples, donc les plus probables (par exemple, la combustion de méthane dans les marécages est plus probable que les feux follets surnaturels).

En ce qui concerne Alcubierre, son modèle est intéressant, il a le mérite de présenter des calculs, mais il n’est encore qu’une hypothèse à tester. Pour produire une vague dans l’espace-temps, je ne vois que les ondes gravitationnelles comme possibilité la plus crédible (les ondes gravitationnelles sont prédites par la théorie de la relativité, elles sont crédibles mais elles peuvent néanmoins être une hypothèse fausse). En supposant que les ondes gravitationnelles existent, la production de celles-ci nécessite une énorme quantité d’énergie, comme par exemple un système binaire de deux étoiles à neutrons en orbite l’une et l’autre. Il faudra surtout réaliser une expérience afin de tester l’hypothèse d’Alcubierre : avec un interféromètre, on compare la vitesse de la lumière dans un espace-temps «plat» avec la vitesse de la lumière qui se propage dans un espace-temps plissé (de type Alcubierre). C’est l’expérience qui déterminera si l’hypothèse d’Alcubierre est factuellement valide ou fausse. Pour l’instant, une telle expérience n’a pas encore été réalisée. Par exemple on pourrait utiliser un système binaire de pulsars, ces corps font éclipse sur une étoile lointaine située en arrière-plan, et on devrait voir par interférométrie une variation de la vitesse de la lumière de cette étoile, enfin c’est à peu près ce genre d’expérience qu’il faudrait tenter.

Mais soyons bien clair que le modèle d’Alcubierre reste une hypothèse quand qu’elle n’aura pas été testée expérimentalement. Un modèle peut paraître séduisant, crédible, véridique, mais ça ne veut pas dire que le modèle ou l’hypothèse EST la réalité.

Ce sont les faits qui sont vrais, pas les représentations logico-mathématiques que l’on en fait, surtout si on théorise avant de faire des expériences.

La science n’est pas fondée sur la confiance envers les théories, mais sur l’exigence de réfutabilité. On doit tenter de démolir une théorie pour évaluer sa solidité. Quand une théorie s’effondre comme un château de carte, on fait avancer la science, contrairement aux apparences.

  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. » (d’après un professeur à Polytechnique et chercheur du CNRS)

© John Philip C. Manson

Un échantillon de physique quantique douteuse sur Youtube

Une vidéo sur la physique quantique ? La vidéo peut être résumée comme un récit sur la place de l’être humain dans l’univers, la perception sensorielle de la «réalité», et la distinction entre ce que l’œil perçoit et ce que le cerveau interprète via les signaux électriques cérébraux. Une vague analogie de l’excellente trilogie Matrix. Mais la récupération du mot «quantique» en dénaturant son sens scientifique, c’est typique de la doctrine New Age. En fait, dans la vidéo il n’y a pas de physique quantique.

Des internautes ayant examiné la vidéo ont exprimé leur méfiance. En tête des meilleurs commentaires, je cite celui-ci : «Si, c’est un pur délire… mais pas gratuit, effectivement : il s’agit, comme toujours pour les sectes, d’introduire d’abord des contre-vérités et même de gros mensonges pour déstabiliser puis, in fine, remodeler et manipuler la conscience. Ici, je le répète, rien à voir avec la physique quantique… juste une errance mystico-délirante, qui ose en outre se réclamer de « vérités scientifiques » au mépris de toute vérité scientifique, de toute vérité tout court. Une vraie honte intellectuelle…»

Ces internautes indignés ont raison.

Voici ci-dessous un texte qui résume avec concision ce qui distingue la physique quantique de la pseudo-science mystique ou métaphysique :

quantictube

Sur Youtube, le pire côtoie le meilleur… Faites gaffe… On trouve de tout dans une secte, sauf la sortie.

Je pense aux jeunes qui regardent les vidéos sur Youtube, et qui croient que tout est scientifique et vrai. Très grave erreur.

Il faut acquérir assez tôt les réflexes de l’esprit critique pour démasquer et dénoncer les impostures. C’est comme l’apprentissage scolaire du calcul, l’esprit critique devrait être, comme le calcul, une habitude.

C’est anormal que le business de l’irrationnel dépasse le budget de la recherche scientifique, dont la recherche médicale contre le cancer et le sida. À cause de la crédulité humaine. Armez-vous d’esprit critique.

  • «Si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle.»   (Noam Chomsky)

Bibliographie :

© 2013 John Philip C. Manson

L’imposture de la physique quantique travestie en pseudo-médecine (2e expérience statistique)

En date du 7 mars 2013, une recherche précise sur Google sur la dernière heure (de 17h05 à 18h05) révèle les résultats pour le mot-clé « quantique ».

Voici l’image du résultat, suivi de son analyse :

quantique-google

 

Bilan :

  • Seulement 30% des pages se dirigent vers des sites scientifiques ou technologiques alors que ceux-ci devraient être majoritaires.
  • 20% des pages sont pointées vers des sites artistiques (BD, poésie…). Dans l’art, la science est neutre.
  • Mais voila l’abomination : 50% des sites (en majorité absolue) pointent vers des pages consacrées au paranormal, à l’irrationnel, à la spiritualité, le New Age (à travers un jargon comme «le devenir quantique» ou «la conscience quantique» ou la «biologie quantique» ou «médecine quantique»). Dans cette imposture, le mysticisme contemporain usurpe ce qu’est vraiment la physique quantique.

En conséquence, je retrouve aujourd’hui des résultats statistiques assez équivalents à ceux de ma précédente analyse (https://jpcmanson.wordpress.com/2013/02/07/limposture-de-la-physique-quantique-travestie-en-pseudo-medecine/).

 

Lorsque l’ami Google délivre ses résultats quand vous lui indiquez le mot-clé «quantique», vous savez maintenant que la moitié de tous les résultats est un vaste ramassis de conneries en connivence avec la secte New Age (je pèse bien ces mots), tandis que les documents scientifiques liés à la physique quantique sont le fait de seulement 10% à 30% des résultats alors que ce sont eux qui devraient apparaître en priorité dans un moteur de recherche. Ainsi, un tri est toujours nécessaire quand vous voulez vous informer de façon pertinente et objective. L’esprit critique est une nécessité. Soyez en éveil rationnel.

 

© 2013 John Philip C. Manson

 

L’imposture de la physique quantique travestie en pseudo-médecine

L’imposture de la physique quantique travestie en pseudo-médecine

Le présent article est la continuité de ces articles plus anciens sur le même sujet :

Aujourd’hui, je réalise une intéressante expérience de statistiques. Le géant Google se révèle un outil précieux. En date du jeudi 7 février 2013, je lance une recherche sur Google avec le mot-clé «quantique» présent sur le web depuis la dernière heure (donc entre 10h15 et 11h15 du matin, heure de Paris).

Les résultats sont inquiétants. Je vais expliquer pourquoi.

Dans mes articles précédents à propos de la physique quantique, j’avais exposé l’imposture de l’usurpation de la physique quantique par les pseudo-médecines. Je constate que la mystification figure en place majoritaire sur le web actuel.

Voici une copie d’écran de la première page de résultats de Google :

quantique-google-lasthourCliquer sur l’image par clic droit et ouvrir dans une nouvelle fenêtre pour l’agrandir

Ainsi, en l’intervalle d’une heure, peu avant midi (à Paris), la première page de résultats de Google montre que la physique quantique est présentée telle quelle sans ambiguïté pour un seul lien hypertexte pour un ensemble de 10 liens…

  • Le site RTBF présente une conférence sur la physique quantique en tant que théorie scientifique (ce qui est le résultat le plus correct) : seulement 10% des liens…
  • La moitié des liens hypertextes, soit 50% des liens, présentent la physique quantique comme une médecine alternative (c’est en fait une mystification), à travers un vocabulaire mystique et psychologique teinté de pseudo-science, comme «plan quantique», «énergie quantique», «conscience quantique», «planète quantique». Ce vocabulaire est très proche de la mouvance New Age. Le New Age détourne abusivement la physique quantique pour la dénaturer et la sortir de son contexte scientifique pour l’intégrer dans les croyances New Age afin de chercher à les rendre plus attrayantes… Pour en savoir plus : https://jpcmanson.wordpress.com/?s=new+age&submit=Rech.
  • 10% des liens hypertextes font référence à une série TV américaine. Contenu anodin.
  • 20% des liens hypertextes désignent a priori un titre de morceau de musique. Contenu anodin.
  • 10% des liens : contenu indéterminé.

RAPPEL SUR LA PHYSIQUE QUANTIQUE :

La physique quantique n’est ni une médecine, ni une psychothérapie, ni une spiritualité, ni une religion, ni un mysticisme, ni un quelconque rapport avec des critères subjectifs qui impliquent la conscience ou l’être humain. La théorie quantique est une théorie scientifique de la physique. Elle décrit un monde paradoxal, mais elle ne prétend pas décrire un monde mystique. La physique quantique (également connue sous le nom de mécanique quantique) concerne les technologies (photovoltaïque, lasers…) et la recherche scientifique (chimie, informatique, ordinateurs quantiques, cryptologie…). La physique quantique est l’étude et la description du mouvement des particules à l’échelle subatomique, une théorie scientifique sur la discontinuité de la matière.

Depuis, une seconde expérience statistique a été réalisée : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/07/limposture-de-la-physique-quantique-travestie-en-pseudo-medecine-2e-experience-statistique/

 

© 2013 John Philip C. Manson