À propos de la critique de la pétition de l’Oregon Institute of Science and Medicine

L’article cité en lien ci-dessus fait une critique d’une pétition signée par plus de 31 000 scientifiques américains (et lancée par l’Oregon Institute of Science and Medicine) qui rejettent le protocole de Kyoto sur la limitation des émissions de gaz à effet de serre.

  • L’auteur de l’article affirme que les deux tiers de ces signataires n’ont pas de diplôme supérieur à la licence ou au master.

Si les docteurs-chercheurs sont les mieux habilités à discuter des travaux de recherche scientifique, il est malvenu de dénigrer les compétences des diplômés de niveau Bac +3 ou Bac +4.

Quelles qualités sont requises pour avoir une attitude scientifique crédible ? Il faut avoir des bases scientifiques suffisantes, il faut beaucoup de rigueur, se fonder sur des faits, et surtout avoir un regard critique. Le scepticisme scientifique fait partie de la méthode scientifique, et être sceptique n’exige pas un très haut degré d’études, mais le fait d’avoir des connaissances élémentaires et essentielles, et une bonne dose d’esprit critique peut faire d’un élève de Terminale ou d’un étudiant un bon sceptique scientifique. Utiliser rigoureusement la méthode scientifique est un critère lui-même plus déterminant que la seule valeur honorifique des diplômes.

Le niveau Bac +3 ou +4 est déjà un bon niveau pour repérer des incohérences dans certains travaux publiés. Il n’y a pas besoin de sortir de Saint-Cyr ni de Polytechnique pour exercer un bon travail critique sur des travaux scientifiques, même si lesdits travaux sont le fruit de professionnels.

Dans le domaine de la vulgarisation scientifique, il n’est pas nécessaire d’être docteur ès sciences, ça aide mais ce n’est guère indispensable. Pour citer un exemple : Jamy Gourmaud (de l’émission «C’est pas sorcier» sur France3) a obtenu un Bac littéraire, puis il a eu un DEUG de Droit, pour devenir ensuite diplômé de journalisme, et cela ne l’a pas empêché de devenir un excellent vulgarisateur scientifique. Et vulgariser la science est un art très difficile. Il faut avoir un certain talent pour sensibiliser et captiver le public.

Mais à propos de la pétition de l’Oregon Institute, je vais être très clair pour remettre les pendules à l’heure :

  • Une pétition avec un grand nombre de signataires ne prouvent aucun fait. Les signatures expriment une opinion mais elles ne démontrent aucun fait. Apposer des signatures ne réfute aucune théorie scientifique, signer quelque chose ne fait pas partie de la méthode scientifique. Bref, une pétition ne réfute pas en soi un dogme climatique.
  • Dans le schéma contraire : réfuter une pétition et la rejeter, ça ne rend pas une théorie plus vraie. Et rejeter des critiques objectives ne fait pas non plus partie de la méthode scientifique. Bref, rejeter une pétition ne démontre pas qu’un dogme climatique soit vrai en soi.

Ensuite, l’article raconte ses doutes parce que les signataires ne sont pas des climatologues pour un grand nombre d’entre eux.

Mais je fais rappeler que la climatologie est, comme toute science, interdisciplinaire. Faire de la climatologie revient à associer plusieurs sciences fondamentales pour réaliser un travail de synthèse. La chimie, la physique, la météorologie, la mécanique des fluides, la thermodynamique, l’océanographie, la glaciologie, la botanique, la zoologie, l’écologie, voila un pannel de sciences interdisciplinaires qui construisent de concert la climatologie.

Climatologue n’est pas un poste rigoureusement précis et ultra-spécialisé. Les climatologues proviennent de spécialités scientifiques diverses. Voici plusieurs exemples. Le pionnier des gaz à effet de serre, Svante Arrhenius, était chimiste. Puis Jean Jouzel (du GIEC), lui, est un glaciologue. Michael Mann, très connu pour sa courbe de température en forme de crosse de hockey, est un physicien. James Hansen, lui, est un spécialiste en physique atmosphérique. Richard Lindzen est physicien et prof au MIT. Milutin Milanković, très connu pour les cycles qui portent son nom, est un astronome et un géophysicien. Christopher Landsea est météorologue et spécialiste des ouragans.

Ces exemples prouvent que les critiques contre ceux qui ne sont pas «climatologues» sont absurdes, puisque les sciences sont interdisciplinaires et participent toutes aux connaissances en climatologie.

  • Ensuite, l’article dit que parmi «les travaux de 1 372 climatologues, que 97 à 98 % d’entre eux étaient d’accord avec l’idée du réchauffement climatique anthropique.»

La science ne consiste pas à chercher des indices positifs. Quand bien même ces indices positifs font office de preuves, la méthode scientifique consiste avant tout d’avoir une attitude critique envers les résultats. Il faut chercher les failles possibles, même si l’on adhère a priori (ou pas) à une théorie ou à une hypothèse.

Une proportion de 97 à 98% ça s’appelle une quasi-unanimité. C’est presque un dogme. Un taux de 2 ou 3% de réfractaires «qui servent d’aiguillon ou de poil à gratter aux autres, à la fois pour les obliger à affiner leurs recherches et à regarder les faits sous des angles différents» je trouve que c’est proportionnellement insuffisant. Selon moi, 100% des scientifiques doivent avoir une attitude sceptique, même envers leurs propres travaux. Le caractère scientifique d’une théorie n’est pas dans la crédibilité mais dans la réfutabilité. Voici un exemple : Thomas R. Knutson est un climatologue américain, il est chargé de la modélisation du climat à l’US Geophysical Fluid Dynamics Laboratory, une division du National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). En 2004, il a publié un article suggérant que l’augmentation de dioxyde de carbone dans l’atmosphère entraînerait des ouragans plus intense, mais en mai 2008, il publie une position inverse.

© 2012 John Philip C. Manson