Le passage à l’Euro a t-il fait augmenter les prix ?

Je tombe sur un synopsis d’un documentaire, au sujet du pouvoir d’achat.

Voici l’image :

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Ce qui a retenu mon attention, c’est cette affirmation : «Nombreux sont les français à reprocher à l’euro d’avoir fait baisser leur pouvoir d’achat. Même si l’INSEE assure que le passage à la monnaie européenne n’a pas entraîné de hausse des prix».

Moi-même, j’ai toujours entendu dire que les prix ont flambé, se sont envolés, depuis l’apparition de l’Euro.

Pour savoir la vérité, on va faire des comparaisons avec plusieurs produits courants et le prix brut du SMIC (salaire minimum des français).

 

Le pouvoir d’achat, par exemple, se représente par la quantité de baguettes que l’on pourrait acheter avec notre salaire, à une époque donnée.

  • En 1960, j’aurais pu acheter 860 baguettes avec mon salaire de l’époque.
  • En 1970, j’aurais pu acheter 1000 baguettes avec mon salaire de l’époque.
  • En 1980, j’aurais pu acheter 1460 baguettes avec mon salaire de l’époque.
  • En 1990, j’aurais pu acheter 1654 baguettes avec mon salaire de l’époque.
  • En 2000, j’aurais pu acheter 1495 baguettes avec mon salaire de l’époque.
  • En 2010, j’aurais pu acheter 1600 baguettes avec mon salaire de l’époque.

 

Avec l’exemple de la baguette, on constate qu’il existe une baisse réelle du pouvoir en 2000 par rapport à 1990. En 2010, le pouvoir d’achat pour la baguette augmente de nouveau par rapport à l’an 2000.

Les prix ont augmenté plus vite que la hausse du SMIC, d’où une baisse du pouvoir d’achat.

Sans oublier qu’en 1970, l’on travaillait 42 heures par semaine, tandis qu’en 2008, c’était 35 heures par semaine.

Mais surtout, il aurait été judicieux de mentionner les cotisations et le résultat des calculs à partir du SMIC net : 8,18% de cotisations en 1970, contre 21,46% en 2010 ! Ainsi, sur la base du SMIC net, la baisse du pouvoir d’achat est pire. (voir un commentaire vu sur http://france-inflation.com/smic.php)

 

En refaisant les calculs, on évalue le pouvoir d’achat en prenant en compte les cotisations sociales :

  • En 1960, j’aurais pu acheter 806 baguettes avec mon salaire de l’époque.
  • En 1970, j’aurais pu acheter 918 baguettes avec mon salaire de l’époque.
  • En 1980, j’aurais pu acheter 1273 baguettes avec mon salaire de l’époque.
  • En 1990, j’aurais pu acheter 1356 baguettes avec mon salaire de l’époque.
  • En 2000, j’aurais pu acheter 1181 baguettes avec mon salaire de l’époque.
  • En 2010, j’aurais pu acheter 1256 baguettes avec mon salaire de l’époque.

Entre 1990 et 2000 il existe bien une baisse réelle du pouvoir d’achat. La faute au passage à l’euro ? Je ne le sais pas. Mais le pouvoir d’achat a vraiment baissé. Ainsi, en 1980 et 1990, on pouvait acheter plus de baguettes qu’en 2000 et 2010 !

prix-essence

Si ce n’est pas à cause du passage du franc à l’euro, alors c’est à cause de quoi ?…

 

J’ai évoqué le pouvoir d’achat sur la baguette. On devrait comparer aussi avec les fruits et les légumes, je m’attends à une baisse de pouvoir d’achat plus marquée avec ceux-ci, d’après ce que racontent les consommateurs sur internet, comme l’atteste le commentaire ci-dessous.

Libellule

 

Maintenant, on va évaluer le pouvoir d’achat sur le timbre postal (http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89volution_du_prix_du_timbre_en_France) :

  • En 1980, le prix d’un timbre au tarif prioritaire jusqu’à 20 grammes était inférieur ou égal à 0,30 euro.
  • En 1990, le prix d’un timbre au tarif prioritaire jusqu’à 20 grammes était de 0,35 euro.
  • En 2000, le prix d’un timbre au tarif prioritaire jusqu’à 20 grammes était de 0,46 euro.
  • En 2010, le prix d’un timbre au tarif prioritaire jusqu’à 20 grammes était de 0,58 euro.

 

Sur la base du SMIC net (donc après avoir déduit les cotisations) :

  • En 1980, mon salaire m’aurait permis d’acheter (au plus) 1060 timbres au tarif prioritaire jusqu’à 20 grammes.
  • En 1990, mon salaire m’aurait permis d’acheter (au plus) 1860 timbres au tarif prioritaire jusqu’à 20 grammes.
  • En 2000, mon salaire m’aurait permis d’acheter (au plus) 1643 timbres au tarif prioritaire jusqu’à 20 grammes.
  • En 2010, mon salaire m’aurait permis d’acheter (au plus) 1819 timbres au tarif prioritaire jusqu’à 20 grammes.

Même avec l’exemple du timbre postal, on constate une baisse du pouvoir d’achat en 2000 par rapport à 1990.

 

L’évolution du salaire minimum ne suit pas l’évolution de l’inflation.

 

 

 

En ce qui concerne l’immobilier en France depuis la fin des années 1990 :

immo

La variation en glissement annuel augmente dès 1998, pour ensuite s’effondrer lors de la crise de 2008-2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/March%C3%A9_immobilier_fran%C3%A7ais

 

Avec l’indice des prix de l’immobilier :

indice-immo

De 1996 à 1998, l’indice était relativement stable, et dès 1998-1999 l’inflation a grimpé jusqu’en 2008 (jusqu’au moment de la crise).

Tout cela, si ce n’est pas à cause de la nouvelle monnaie européenne, c’est à cause de quoi ?

 

Même le cours de l’or présente une inflation depuis l’an 2000. À cause de quoi ?

Prix de l’once d’or (31,103 grammes, http://fr.wikipedia.org/wiki/Once_troy) en dollar US :

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© 2014 John Philip C. Manson

 

L’étudiant

Voici une fable intéressante.

 

Voici l’histoire d’un professeur à propos d’un étudiant. Il estimait qu’il devait lui donner un zéro à une question de physique, alors que l’étudiant réclamait un 20. Le professeur et l’étudiant se mirent d’accord pour choisir un arbitre impartial et je fus choisi. Je lus la question de l’examen : “Montrez comment il est possible de déterminer la hauteur d’un building à l’aide d’un baromètre”. L’étudiant avait répondu: “On prend le baromètre en haut du building, on lui attache une corde, on le fait glisser jusqu’au sol, ensuite on le remonte et on calcule la longueur de la corde. La longueur de la corde donne la hauteur du building.” L’étudiant avait raison vu qu’il avait répondu juste et complètement à la question. D’un autre côté, je ne pouvais pas lui mettre ses points : dans ce cas, il aurait reçu son grade de physique alors qu’il ne m’avait pas montré de connaissances en physique. J’ai proposé de donner une autre chance à l’étudiant en lui donnant six minutes pour répondre à la question avec l’avertissement que pour la réponse il devait utiliser ses connaissances en physique. Après cinq minutes, il n’avait encore rien écrit. Je lui ai demandé s’il voulait abandonner mais il répondit qu’il avait beaucoup de réponses pour ce problème et qu’il cherchait la meilleure d’entre elles. Je me suis excusé de l’avoir interrompu et lui ai demandé de continuer. Dans la minute qui suivit, il se hâta pour me répondre: “On place le baromètre à la hauteur du toit. On le laisse tomber en calculant son temps de chute avec un chronomètre. Ensuite en utilisant la bonne formule connue par tous, on trouve la hauteur du building”. A ce moment, j’ai demandé à mon collègue s’il voulait abandonner. Il me répondit par l’affirmative et donna presque 20 à l’étudiant. En quittant son bureau, j’ai rappelé l’étudiant car il avait dit qu’il avait plusieurs solutions à ce problème. “Hé bien, dit-il, il y a plusieurs façon de calculer la hauteur d’un building avec un baromètre. Par exemple, on le place dehors lorsqu’il y a du soleil. On calcule la hauteur du baromètre, la longueur de son ombre et la longueur de l’ombre du building. Ensuite, avec un simple calcul de proportion, on trouve la hauteur du building.” Bien, lui répondis-je, et les autres ? À quoi l’élève répondit: “Il y a une méthode assez basique que vous allez apprécier. On monte les étages avec un baromètre et en même temps on marque la longueur du baromètre sur le mur. En comptant le nombre de trait, on a la hauteur du building en longueur de baromètre. C’est une méthode très directe. Bien sûr, si vous voulez une méthode plus sophistiquée, vous pouvez prendre le baromètre à une corde, le faire balancer comme un pendule et déterminer la valeur de g au niveau de la rue et au niveau de toit. À partir de la différence de g la hauteur de building peut être calculée. De la même façon, on l’attache à une grande corde et en étant sur le toit, on le laisse descendre jusqu’à peu près le niveau de la rue. On le fait balancer comme un pendule et on calcule la hauteur du building à partir de sa période de balancement.” Finalement, l’élève conclut: “Il y a encore d’autres façons de résoudre ce problème.
Probablement la meilleure est d’aller au sous-sol, frapper à la porte du concierge et lui dire: “J’ai pour vous un superbe baromètre si vous me dites quelle est la hauteur du building.” »
J’ai ensuite demandé à l’étudiant s’il connaissait la réponse que j’attendais. Il a admis que oui mais qu’il en avait marre du collège et des professeurs qui essayaient de lui apprendre comment il devait penser. Pour l’anecdote, l’étudiant était Niels Bohr (prix Nobel de Physique en 1923) et l’arbitre Ernest Rutherford (prix Nobel de Chimie en 1908).