Divagations sur l’intelligence et le QI

Je vais parler d’au moins deux sources externes du web, mais sur le même thème. Le concept d’intelligence et de QI s’étale souvent dans des aspects subjectifs et déraisonnables.

Comme d’habitude, mon argumentaire repose sur le questionnement et le doute.

On peut lire le texte ou pas, mais le titre à lui seul est suffisant pour résumer le contexte : la Chine pense à rendre ses enfants plus intelligents grâce à une manipulation génétique.

L’intelligence, si on la définit comme la capacité à résoudre des problèmes de logique, la faculté de raisonner, est dépourvue de caractère héréditaire, comme le cas de l’homosexualité (le «gène» gay, devant le manque de preuve, est pour l’instant un mythe : lire le chapitre «Le « gène gay » de Dean Hamer» dans la Leçon n°2 du livre «L’imposture scientifique en 10 leçons» de Michel de Pracontal).

La capacité à résoudre les problèmes intellectuels est acquise, elle dépend du contexte socio-culturel. Quelqu’un qui a des livres et qui les lit avec intérêt aura une culture plus enrichie que quelqu’un qui n’a pas de livre et qui n’en lit jamais (parce qu’il n’a pas les moyens de s’acheter des livres ou parce que ça ne l’intéresse pas). La capacité d’intelligence est directement liée à l’environnement scolaire, périscolaire ou extrascolaire et familial. On apprend à lire tôt parce qu’on en a d’abord envie. Qui voudrait lire plus tôt s’il n’en a pas envie ? L’éveil naît de la curiosité, de l’envie de faire quelque chose. L’apprentissage, c’est du travail à travers de la curiosité, l’envie, du plaisir, parce qu’on s’y intéresse, parce qu’on aime ça, parce qu’on l’a voulu. L’intelligence n’est pas liée à l’hérédité. Nombreux sont ceux qui ont un bon potentiel intellectuel et qui ont grandi dans une famille dans laquelle il n’existe personne d’autre (sur plusieurs générations) ayant des goûts intellectuels poussés. Encore plus nombreux sont ceux ayant grandi parmi les livres, et dont la plupart des doués ont des parents qui sont professeurs (c’est très loin d’être mon cas), un environnement très favorable peut façonner un gosse ordinaire en un élève doué.

L’intelligence c’est du travail et de la curiosité, et du plaisir. L’intelligence c’est de l’acquis, pas de l’inné. L’intelligence ça se cultive et ça s’entretient. Ça ne tombe pas du ciel.

La paresse aussi ça se cultive, à travers l’habitude à ne rien faire, ne rien vouloir, à s’ennuyer, sans même chercher à savoir qu’on peut se distraire à faire des mathématiques… Être sous-doué n’est pas difficile. Aimer ce qu’on fait n’est pourtant pas difficile. Aimer ne rien faire, c’est trop simple, trop facile, et ce n’est pas du tout valorisant. Mieux vaut faire quelque chose. Un travail bien fait donne toujours des fruits. L’inaction, elle, ne produit rien.

Comme je l’ai résumé, l’intelligence est une affaire de goût et d’habitude, mais cela se fait surtout dans la sueur, mais pas dans les gènes. Pour les mathématiciens par exemple, les équations et leurs solutions ne tombent pas instantanément du ciel sans effort. Même en priant… Même en se proclamant descendant de Pythagore ou de Thalès… L’intelligence c’est un travail. On n’a de résultat qu’à travers la sueur de la réflexion. Les gènes, l’ADN, ça ne produit pas des idées déjà toutes faites, préparées sans effort. Non. Ce sont des conneries, la génétique comme cause de l’intelligence.

Pour revenir au titre de l’article sur la Chine, rendre les enfants plus intelligents par manipulation génétique c’est une croyance. Pire, c’est une idéologie. Une idéologie dangereuse, elle fait penser à l’eugénisme, et celui-ci se base souvent sur des considérations pseudo-scientifiques qui laissent suggérer une croyance en des inégalités entre humains. Cela soulève l’indignation. C’est une idéologie très difficilement défendable. Ce n’est pas de la science.

En lisant l’article, on peut apprendre que les scientifiques chinois ont relevé l’ADN de 2000 personnes remarquablement intelligentes à travers le monde dont des américains. Pour être très franc, quel individu est assez intelligent pour s’abstenir d’être assez crédule pour croire à l’hérédité du QI, sachant que le QI est devenue une panacée du marketing ?  Le QI, à l’origine conçu pour dépister les retards scolaires par rapport à une moyenne, est devenu un business pour flatter les égos, et devenu une idéologie (parfois pour justifier pseudo-scientifiquement des inégalités sociales ou ethniques). D’ailleurs, qui aurait confiance de confier son ADN à la Chine ? Ça rend plutôt méfiant, ça. Après, qu’est-ce qu’ils font de l’ADN, des recherches secrètes sont possibles, avec leurs dérives éthiques ? En continuant à lire l’article, ça parle d’embryons. Donc il s’agit d’extraction de noyaux somatiques pour les insérer dans des ovules : il s’agit de clonage humain, mais cette pratique est illégale dans les pays occidentaux. L’être humain n’est pas un cobaye ni une marchandise. Moi-même, je n’oserai faire subir ça aux gens, ni aux animaux. Ma propre éthique voit en horreur la maltraitance animale, y compris la barbarie de la chasse. Dans leur projet de manipulation génétique, comment feront-ils pour distinguer entre l’influence génétique et l’influence de l’environnement socio-culturel ? Comment dissocier les deux sans erreur d’interprétations ?

C’est une bêtise de croire à l’hérédité du génie alors que le travail et l’envie suffisent… Sans doute, ils espèrent produire de gros QI innés sans livres, sans travail, sans effort ? Veulent-ils réduire les effectifs de leur éducation nationale et faire des économies ? Balivernes.

Je pressens l’avenir avec une certaine inquiétude devant la montée de diverses idéologies. L’extrême-droite qui monte dans les pays européens durement touchés par la crise économique, la progression des sectes, et des idéologies politiques aux desseins dangereux… Ça ressemble à la poudrière de la fin des années 20 et 30, à la veille de la Second Guerre Mondiale. J’ai l’impression que l’humanité ne se souvient pas des leçons des pages noires de l’Histoire…

Une question m’interpelle : à quoi sert-il d’être très intelligent dans un pays si l’on n’y est pas libre ? Pourtant, les dictatures se méfient des gens intelligents, il y a contradiction, donc leur projet de génétique équivaut à se tirer une balle dans le pied…

C’est un peu comme dans les films Terminator et Matrix : les hommes créent des machines aux performances supérieures, les machines prennent le pouvoir et considèrent les humains comme inférieurs et faibles voire inutiles. Ainsi, pourquoi une idéologie d’un régime politique créerait-elle soudain une arme qui se retournera contre lui ? À moins d’intimider les gens intelligents… Mais l’intimidation cédera pour laisser place à la révolte.

L’intelligence voit avec horreur et révolte les dictatures et les inégalités. Après tout, produire des gens intelligents afin que ceux-ci s’organisent pour virer des régimes liberticides et les remplacer par la démocratie, ce serait une bonne idée. 😉

Je doute fort que la Chine puisse dominer le monde en croyant fabriquer des clones transgéniques intellectuellement surefficients… C’est de la science-fiction.

Il suffit qu’un enfant soit né de l’amour entre les parents, qu’il soit élevé avec bienveillance et bien-être, et là il prendra confiance en lui et développera des aptitudes à travers une méthode de travail et le travail intellectuel proprement dit. Réduire les humains à du matériel génétique et à des robots, c’est nier l’humanité en eux, et c’est faire d’eux les produits d’une idéologie stupide, ignorante. Une idéologie de la peur et de l’obéissance. Liberté ! Que plutôt ce mot-là germe dans leur esprit, avant même le mot galvaudé et dénaturé de sens qu’est le mot «intelligence».

Je cite : «En France, ils seraient 1,2 million. Surdoués, avec un QI supérieur à 130, contre une moyenne de 100 et des qualités impressionnantes.»

Nous sommes 65 millions en France. Donc 1,2 divisé par 65 est égal à 1,85% de QI supérieur à 130 en France.

Or, j’ai cependant une autre donnée qui contredit celle énoncée par l’article. En effet, je cite : «3 % dépassent le seuil de 130, ce qui indique un niveau très supérieur à la moyenne».   Source : http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2002/sem01/mag0524/dossier/sa_5531_qi_dix_questions.htm

1,85% et 3% ce n’est pas pareil.

Cependant, le lien que je viens de coller ci-dessus (Doctissimo) affirme que les tests de QI sont fiables. Or, j’ai réalisé une expérience statistique qui montre l’existence d’une marge d’incertitude qui n’est jamais prise en compte. Voir ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/24/experience-statistique-sur-9-tests-de-qi/

En effet, avec 9 tests de QI (scores = 119 ; 135 ; 131 ; 131 ; 103 ; 131 ; 119 ; 119 ; 143), on peut constater que mes scores supérieurs ou égaux à 130 concernent 5 tests sur 9, soit une probabilité de 55,5% pour que mon QI moyen soit au-dessus de la frontière du surdon. Un test, par conséquent, n’a pas de valeur certaine. Pour environ 1 test sur 2, je suis parfois surdoué, mais aussi parfois sous-doué. Un test de QI ne signifie rien, il n’a pas de valeur scientifique. J’ai observé que lors d’une même journée, des tests de QI sont plutôt disparates, ils ne convergent pas autour d’une valeur précise du QI. Alors, quand il s’agit de tests espacés dans le temps pour croire à une évolution en mieux ou en pire du QI, ça n’a pas plus de valeur ni de crédibilité…

Puis aussi, je trouve que le profil général des enfants surdoués ressemble plus à une caricature qu’aux réalités (pluriel, car tout le monde a sa façon personnelle d’apprendre et d’appréhender les choses).

Ainsi, si la moitié des tests de QI suggèrent que je fais partie des surdoués (je n’aime pas trop cette classification, je me trouve très ordinaire), je ne corresponds pas à plusieurs caractéristiques du surdoué. En effet, si j’ai acquis tôt la capacité de parler (à un âge moyen et ordinaire), je n’ai pas eu un vocabulaire riche jusqu’à l’adolescence, période à laquelle je me suis mis à lire des dictionnaires. Je m’emmerdais franchement pendant les cours de français quand j’étais collégien : à quoi sert-il de stocker en mémoire des règles de grammaire (sujet, verbe, complément, conjonction, pronom…) si on sait déjà écrire une dictée avec moins de 1 ou 2 fautes ? Programmes scolaires souvent futiles. Les phrases vraiment bien construites, ce n’est qu’à partir de 2007, époque où j’ai commencé mon blog, que j’ai pu développer cette aptitude, parce que je suis devenu assez prolifique en dactylographie. Plus jeune, je n’étais pas vraiment capable de me concentrer, pas particulièrement éveillé. Faire un calcul de la division à la main, en classe de CM1 était un cauchemar pour moi à l’époque, jamais je n’aurais cru suivre des études universitaires en suivant un DEUG de maths et informatique appliquées en sciences… On change énormément avec le temps, au point de devenir le contraire de ce qu’on a été. Seul beaucoup de travail cérébral, et prendre goût à ce qu’on fait, peut permettre cela. Mais une grosse déprime peut altérer la qualité de ce qu’on fait. Beaucoup d’étudiants sont concernés par la déprime et préfèrent ne jamais en parler. Puis aussi, je n’ai pas particulièrement une mémoire étonnante, j’ai peine à me souvenir des poésies récitées. Mais j’ai une très bonne mémoire des nombres, et pour un domaine comme l’astronomie. Puis je n’aimais pas vraiment la compagnie des adultes, j’étais plutôt sauvage, dans mon monde, je préférais la solitude et lire des livres. Si quelqu’un me définit comme un homme intelligent, j’ajoute que je n’étais pas du tout un esprit précoce. Je doute de l’affirmation selon laquelle l’intelligence rime avec la rapidité cérébrale. Être rapide est utile dans les situations extrêmes de survie, pour échapper aux caïmans, aux éléphants furieux et au grand requin blanc. La peur salvatrice concerne plutôt l’hypothalamus et les glandes surrénales (sécrétion d’adrénaline), ce n’est pas vraiment de «l’intelligence». L’intelligence c’est plutôt la jugeotte, la faculté de réflexion, et cela concerne la région préfrontale du cerveau. Et réfléchir, ça nécessite un travail patient, donc il faut du temps. La rapidité ne sert qu’à augmenter le risque de se tromper quand on essaie de résoudre un problème complexe. Être rapide n’est pas vraiment un critère d’intelligence. Il peut m’arriver d’écrire un seul article sur mon blog en 2 ou 3 heures, je ne suis pas un rapide mais je ne vois pas le temps passer, mais au moins je réfléchis, et je relis souvent mes textes afin de réduire le risque d’erreur, d’oubli ou d’inexactitude. Être rapide, ce n’est pas réfléchir.

En poursuivant la lecture de l’article de lesechos.fr (voir le lien plus haut), je dois préciser un truc. Il s’agit de la quête de sens, comme un des critères de surdouance. La quête de sens, c’est assez motivant en science, cela éveille à la curiosité. Comment ça marche, voila une question adaptée au contexte scientifique. Comment. La question du comment trouve ses réponses à travers l’expérience objective du réel, et trouver une quelconque utilité aux connaissances découvertes. Un sens fondé sur des connaissances objectives et pragmatiques. Donc là, ça va. Mais le problème que je dois évoquer concerne la quête de sens à travers la question du pourquoi, et non plus celle du comment. Un pourquoi qui concerne spécialement la métaphysique. La quête d’un sens métaphysique, à ne pas confondre avec la quête d’un sens scientifique. Vouloir trouver un sens à absolument tout, surtout dans le domaine de la métaphysique, c’est s’aliéner l’esprit, c’est courir le risque de s’enfermer dans le dogmatisme et l’idéologie. La jugeotte s’appuie sur des axiomes mathématiques qui sont appuyés par des observations et des expériences reproductibles, à travers des données quantifiables, et dont la théorisation est conditionnée par des hypothèses réfutables. La jugeotte, en tant qu’intelligence pratique, s’appuie autant qu’elle peut sur l’expérience sensorielle et instrumentale du réel. Peut-il y avoir de l’intelligence en l’absence de rationalité, en l’absence de quantification de phénomènes, en l’absence de preuves matérielles (atomes, molécules, forces, champs…) et dans l’absence de situations selon lesquelles il n’est pas possible de concevoir une expérience qui prouve la fausseté d’une hypothèse si celle-ci est fausse ? Sans rationalité ni connaissances factuelles, je n’y vois pas une roupie d’intelligence si l’on utilise des idées dénuées de crédibilité objective, j’y vois seulement de la crédulité, de la superstition ou du mysticisme. Notons bien que l’intelligence est équivalent à vecteur de connaissance.

À ce propos, existe t-il un protocole expérimental sur les tests de QI afin de pouvoir réfuter un test de QI si ce test est faux ?

Je viens de m’apercevoir d’un truc. Dans le monde, il y a a priori 70 à 210 millions de «surdoués» (1 à 3% de l’humanité) puisque nous sommes 7 milliards. La Mensa, elle, regroupe 140 000 surdoués à travers le monde. Donc une large majorité de surdoués dans le monde ne jugent pas utile d’intégrer la Mensa. Puis, quelle est l’utilité de la Mensa ? Je pense qu’il faut apprendre à vivre et à s’adapter aux gens, sans distinctions à propos de leur origine, de leurs différences, etc. S’isoler avec ses semblables, c’est se créer une vie artificielle qui n’est pas représentative des réalités quotidiennes. Les gens les plus futés ont-ils réussi à apporter la paix durable dans le monde, le progrès scientifique sans problème environnemental, le recul de l’illettrisme par l’apport de méthodes efficaces, le développement de l’esprit critique dans les écoles ?… Les êtres humains sont égaux dans leurs limites, malgré la bonne volonté.

La Mensa accepte les QI à partir de 132. En examinant mes 9 tests de QI, seuls 2 tests sur 9 répondent à ce critère de sélection, soit 22,2% de probabilité. Pourtant, en ayant essayé une fois de façon récréative un test préliminaire de Mensa en ligne, j’ai été informé que ma candidature était possible. Mais je ne compte absolument pas faire partie de cette association. Je montre seulement que les tests de QI issus d’une même méthode de conception de tests ont des résultats aussi divergents que des tests issus de méthode de conceptions différentes (il existe plusieurs échelles, dont l’échelle de Wechsler).

Je pense que si plusieurs indices existent pour dépister un intellect au-dessus de la moyenne, il est réducteur et simpliste de catégoriser la surdouance jusqu’à la caricature. Il n’existe pas de profil type. Les aptitudes intellectuelles sont multiples et diversifiées. Les intellects au-dessus de la moyenne sont différents entre eux, avec leur propre parcours, leur vécu, leur façon de voir les choses. De même pour les personnes dans la «norme», différents entre eux dans leurs aptitudes, leurs habitudes, leurs idées. 2talonner les gens sur leur QI, c’est très réducteur et simpliste. Le contexte est beaucoup plus complexe que ça, ce qui rend les méthodes d’enseignement très difficiles à mettre en place.

Pour faire un bilan : j’ai un avis ouvertement sceptique envers le concept de QI, concept galvaudé et mis à toutes les sauces à travers les médias et internet. Et même à la TV française où par exemple j’ai aperçu vaguement l’émission E=M6 sur la chaîne M6 hier soir le 24 mars 2013, dont l’un des thèmes était : «faire du sport rend intelligent». Plasticité cérébrale, adaptation, oui. Mais intelligence, pffff, ils sont audacieux de dire cela… Quand des systèmes neuromimétiques, via des modèles cybernétiques simples et composés de quelques pseudo-neurones, sont capables d’apprendre et de s’adapter selon les données reçues, peut-on par exemple parler d’intelligence dans ce cas ? Ce serait exagérer. Apprendre à faire du vélo et s’adapter, ce n’est pas de l’intelligence, cela relève plutôt d’une forme d’automatisme musculaire et cérébral par des apprentissages répétés.

  • Voici un troisième article : http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/2013/03/21/gromov-la-science-bute-sur-trois-enigmes-majeures-le-jdd-mars-2013/
  • Cet article du Petit Zèbre dit vrai en disant que les maths sont une activité ludique et qu’elles sont enseignées de façon ennuyeuse. Le mathématicien Gromov a raison de dire que la moitié de la population soit naturellement apte aux mathématiques. Une réforme de l’enseignement est nécessaire devant le recul inquiétant des vocations scientifiques. Il faut concevoir des méthodes d’enseignement personnalisé. M. Gromov a tout-à-fait raison de souligner qu’il n’y a pratiquement aucune recherche sur l’éducation et que tout le monde croit savoir comment enseigner. Enseigner est une mission difficile.
  • Si croire rassure et donne une belle image idéale de la vie et de l’après-vie, le savoir et la connaissance conduisent à la désillusion et donc la déception. La connaissance ne satisfait pas les scientifiques. Au contraire, on est toujours insatisfait. Dans leur tête, les scientifiques ne se sentent jamais bons, ils sont toujours remplis de doutes et doutent d’eux-mêmes, mais c’est cela qui nous fait aller de l’avant… D’aller plus loin. De ne jamais tenir une information pour vraie.
  • Par contre, je suis en désaccord partiel sur un point raconté par M. Gromov : «Le mystère de la vie. Comment est-elle survenue? Qu’est-ce qui l’a créée? Quand on regarde tous les paramètres, à l’évidence, les probabilités sont extrêmement basses qu’elle survienne. Elle n’aurait pas dû arriver et pourtant elle est survenue.» Il évoque ici le principe anthropique, on divague sur de la métaphysique. En biochimie, les réactions sont nombreuses et complexes, et des réactions à température ambiante (entre 20 et 40°C) auraient été impossibles sans des molécules protéiques que sont les enzymes. Les enzymes, en biochimie, sont des catalyseurs naturels qui facilite grandement les réactions biochimiques en multipliant les chances de se synthétiser. Plus il y a de réactions catalysées, plus il y a de chances que la vie émerge au hasard, à travers des mécanismes biochimiques dans lesquels l’hypothèse d’un Créateur ou Démiurge n’est scientifiquement pas nécessaire… Le principe anthropique fait le déni du hasard. Ce n’est pourtant pas pour rien que l’on a conçu la théorie des probabilités. Le hasard à lui seul peut nous dispenser d’avoir recours à un principe anthropique qui, de toute façon, est une hypothèse irréfutable donc dénuée d’approche scientifique.

Si j’ai une conception précise de l’intelligence, ma conception ne jette pas aux orties des domaines comme l’art, par exemple. Une œuvre d’art, par exemple un tableau de peinture à l’huile, n’est pas sensée être une connaissance objective. Une œuvre elle-même sur ce qu’elle représente, s’appuie sur l’émotion, sur l’intelligence aussi mais dans un autre contexte où l’on ne mélange pas la science à l’art ni à la foi. L’art, très souvent, met en image et en valeur ce qui est beau, du beau naturel ou du beau théorique ou idéal. Ce que représente l’art est d’ordre intuitif et émotionnel. Cependant, avec le concept de beauté mathématique, ça va bien au-delà de ces considérations. Mais pour y réfléchir, si ce qui est représenté est émotionnel, l’art lui-même en tant que technique, entre le support, les éléments appliqués et l’artiste, il s’agit d’une technique ayant sa part de rationalité et d’expérimentation. Par exemple, le français Conté était à la fois peintre et chimiste. De la chimie pour créer des couleurs avec des pigments naturels, des liants et une charge, comme le mode de fabrication des pastels. Les œuvres d’art sont l’effet de l’intuition et de la créativité, et les moyens conçus pour faire de l’art ont mobilisé de l’intelligence, voila comment je vois les choses à propos de l’art. J’ai un aveu à faire. Avant d’embrasser une carrière scientifique, j’ai failli aller aux Beaux-Arts… Je suis un dessinateur habile, et j’obtiens des choses magnifiques avec la sanguine (les pastels c’est formidable, d’ailleurs je me demande pourquoi la mode a reculé depuis la Renaissance). D’ailleurs, j’adore le style de la Renaissance. J’aime les arts traditionnels. L’art digital, l’infographie, ça peut être joli aussi mais ce n’est pas pareil, c’est moins mon truc. Cet aveu doit en étonner plus d’un.  😉 Si je n’expose pas d’art dans mon blog, j’ai une raison simple : je sépare strictement les domaines d’activités entre eux. La démarcation est un principe qui lève toute ambiguïté. Ce serait ballot par exemple que certains croient que la Matrice existe vraiment, avec nos amis Neo et Morphéus, alors que ce thème appartient à l’art du cinéma. Le pire, c’est qu’il y en a qui y croient vraiment…  o_O’

Parodie ironique et humoristique de Matrix :
Bon, tu prends la pilule blanche ou la pilule rouge ? C’est cela ouiii, l’une c’est du Vhyagrää et l’autre c’est du cyanure, héhé. Comment ça, tu cherches la pilule bleue ??  Bon ok, mais ne fais pas trop mal au lapin blanc, hein.   😉

Ajout subsidiaire :

J’ai parlé de jugeotte et d’intellect dans le cas de l’intelligence analytique logico-mathématique, bien qu’il existe d’autres formes de jugeottes. J’ai préféré parler de l’intelligence analytique car elle est la plus adaptée dans le domaine des sciences et de la théorie de la connaissance. Un artiste peut être un grand maître de créativité et de sensibilité, c’est une forme plus instinctive de l’intelligence, mais c’est différent de l’intelligence logico-mathématique, moi-même j’en sais quelque chose de par mon expérience personnelle, car j’alterne entre l’art et les sciences.

Mais on ne peut pas avoir un avis tranché en matière d’intelligence. C’est un sujet plus complexe que le concept réducteur du QI.

La question intéressante à se poser : qu’est-ce qui n’est pas de l’intelligence ? L’absence d’esprit critique, selon moi.

Sans esprit critique, on est vulnérable à la désinformation sous toutes ses formes. L’auto-défense intellectuelle est un outil qui change beaucoup de choses, ça ne rend pas forcément plus intelligent, mais ça rend certainement l’esprit moins perméable aux impostures intellectuelles. La bêtise, c’est quand on se laisse aller, quand on ne réfléchit pas assez, quand on n’observe objectivement pas assez, quand on ne laisse pas les croyances et les préjugés au vestiaire.

Le scepticisme scientifique a changé ma vie en mieux. Pourquoi pas la vôtre ?

 

Voila, l’article présent est fini. 🙂

 

© 2013 John Philip C. Manson

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Retour sur le CO2 et le pH des océans

L’analyse critique continue à travers le web.

Par exemple, voici une copie d’écran d’un paragraphe de Wikipedia sur l’acidification des océans :

evo-acidity

+30% d’acidité pour une baisse de 0,1 point de pH ? La chimie minérale permet de vérifier ça avec la formule qui relie le pH et les rapports de concentration des molécules selon une fonction de logarithme décimal.

Le calcul est formel : +30% de CO2 équivaut à baisser le pH de 0,18 point et non pas 0,1 ; et 0,1 point de pH en moins équivaut à +25,89% de CO2 et non pas 30%.

Les problèmes écologiques sont une réalité préoccupante, mais pour commencer il vaudrait mieux que les médias diffusent des données correctes, sinon ce serait prendre le risque de décrédibiliser l’écologie scientifique. La science n’est pas un instrument politique : on a le devoir de prendre les faits comme ils le sont.

Voici ensuite une copie d’écran d’une page web :

acidification

Plutôt qu’évoquer un triplement de l’acidité, mieux vaudrait dire triplement de la concentration en CO2 par rapport à l’hydrogénocarbonate. L’acidité concerne les ions H3O⁺.

Que dit la loi logarithmique décimale du pH pour un triplement de la concentration en CO2 ? Hé bien, je vais vous le dire.

pH = pKa + log ([HCO3⁻]/[CO2])

pH actuel = environ 8,2

pKa = 6,37

Donc si je triple la concentration marine en CO2 par rapport au taux actuel de CO2 dans la mer, alors on a une diminution de pH de 1,1 point (d’après l’équation de Henderson-Husselbach). Mais pas de 0,2 à 0,4 point de pH.

Autre calcul : diminuer le pH de 0,2 ou 0,4 point, c’est multiplier la concentration de CO2 par 1,22 ou par 1,49, soit une élévation en CO2 de 22,14% ou de 49,18%. Mais ce n’est pas un triplement du CO2…

  • Notons bien que les problèmes écologiques demeurent réels et l’on doit s’en occuper de la façon la plus rationnelle, sans aucune forme d’idéologie. Mais les médias devraient montrer plus de rigueur dans la diffusion d’informations scientifiques. À chaque fois qu’on épluche les médias sur les chiffres dans un domaine scientifique délicat et complexe où les sciences ont un rôle interdisciplinaire, ça ne colle pas, ou alors il manque des détails essentiels, et parfois ce n’est pas sourcé. C’est quasi-systématique. Y a t-il trop de littéraires dans le journalisme scientifique ? La question peut paraître gonflée de ma part, mais il fallait finir par se poser la question, c’est devenu inévitable. De mon propre avis, pour faire du journalisme scientifique, il faut avoir nécessairement acquis les connaissances de base en physique et en chimie, et avoir même des notions fiables même en astronomie. La science c’est passionnant comme un jeu, mais c’est surtout un métier sérieux dans lequel le risque d’erreurs est grand et l’on se doit d’être prudent et en éveil constant, avec surtout une dose mortelle d’esprit critique. 😉

Dans le contexte des bonnes questions à se poser en physique et en chimie, voici ma liste ci-dessous. Je ne nie pas les problèmes écologiques qui sont réels, mais en science on a le droit de poser toutes les questions. Je n’affirme rien de définitif, je pose seulement des questions.

  • L’eau de mer contient du HCO3⁻ (hydrogénocarbonate), est-elle une solution tampon avec le couple acidobasique HCO3⁻/CO2 ? Si oui, le pH d’une solution tampon varie t-il peu avec une acidification ou une alcalinisation ?
  • Quand on réalise une expérience avec de la glace carbonique dans un cours en classe pour montrer les effets acides du CO2 dans la mer, et que l’on plonge de la glace carbonique dans l’eau de mer pour en mesurer le pH, mais que c’est là une dissolution de CO2 jusqu’à saturation (donc en faisant passer un pH de 8,2 à environ 5,4 minimum), tandis que dans la réalité il y a que 0,03% de CO2 dans l’air et qu’une partie est soluble et que c’est un acide faible, n’y a t-il pas une forme de malhonnêteté intellectuelle ? Ne vaut-il pas mieux d’expérimenter avec des quantités identiques que celles de la nature pour évaluer la réalité de la situation présente ? Par exemple, ne vaudrait-il pas mieux de tenter de comparer l’acidité d’une cuve d’eau de mer en l’absence de CO2 dissout (et en atmosphère exempte de CO2) avec une cuve d’eau de mer en présence de CO2 atmosphérique dont on évalue la dissolution dans l’eau de mer ? Mais dissoudre de la glace carbonique comme un bourrin, n’est-ce pas aller dans l’extrême, et dériver vers l’alarmisme idéologique dans le but de marquer les esprits ? La peur n’enseigne que l’obéissance à une idéologie. Le raisonnement seul (ainsi que la rigueur des observations) doit nous aider à comprendre, connaître et trouver des solutions réalistes, fiables  et saines.
  • Les animaux marins à coquilles sont des espèces très anciennes (il y a 630 millions d’années, à la fin du Précambrien). Or dans le passé lors des différentes ères, le taux en CO2 atmosphérique était nettement supérieur (jusqu’à plus de 25 fois) au taux actuel (le taux actuel en CO2 est bas en comparaison des taux lors de la longue histoire de la Terre, voir l’image ci-dessous), alors est-ce que l’eau de mer a été très acide à ces époques, et que ça a fait crever tous les animaux à coquilles ? Pourtant, les espèces actuelles sont des descendantes des espèces préhistoriques, elles existent encore sinon elles ne seraient plus là. Alors, l’acidité océanique fait-elle périr absolument tous les mollusques et crustacés ? La survie des espèces n’est-elle pas la preuve d’une adaptation ? Depuis le Cambrien, l’eau de mer était probablement nettement plus « acide » que maintenant, et les espèces marines durent s’adapter à l’alcalinisation océanique. Du Permien jusqu’au Jurassique, les océans ont dû probablement s’acidifier. Cependant, les espèces à coquilles existent toujours, et ne se sont pas éteintes.

co2prehisto

 

Image de Science-et-Avenir, juin 2008, page 22 :

© 2013 John Philip C. Manson

Cours de chimie : l’eau de mer n’est pas acide mais alcaline !

Dans mes lectures, il arrive que je rencontre des contradictions. La plupart me sautent aux yeux. En voici une.
J’apprends par ce site que l’eau de mer est acide, mais si on lit ça : je cite tel quel : “Le pH actuel de l’eau de mer est de l’ordre de 8 (donc l’eau de mer est légèrement basique).” Donc l’eau de mer est basique.

Alors, l’eau de mer est acide ou basique ? Un tour sur Wikipedia donne ça : “Le pH varie entre 7,5 et 8,4, pour une moyenne de l’ordre de 8,2″. Ma question est simple : puisque l’eau de mer est basique (contraire d’un acide), d’où vient l’acidité qui abîme les coraux ? C’est virtuel ?

Ok, soit, Wikipedia n’est pas une source fiable, c’est vrai, il faut l’éviter.

Autre source vue sur Scholar Google : le système “acide carbonique-bicarbonate-carbonate” constitue le principal tampon en pH de l’eau de mer (pH moyen : 8.2)”  Référence = M Odier… – Analytica Chimica Acta, 1971 – Elsevier

Autre source académique : “La solubilité expérimentale d’un cation comme le thorium n’a pas de signification thermodynamique définie, comme l’ont mis en évidence les travaux sur les”radiocolloïdes.”* Pour ces cations lourds et fortement hydrolysables dans un milieu tel que l’eau de mer à pH 8. […]”Référence = Cosmochimica Acta, 1957 – Elsevier

Voila qui est convaincant. Il est formellement établi que le pH de l’eau de mer tourne autour de 8.

Calcul :
Soit 8,2 le pH moyen de l’eau de mer. L’amplitude du pH de l’eau de mer est telle que le pH le plus “acide” pour l’eau de mer reste toutefois de valeur toujours supérieure à 7, donc toujours basique. Un pH de 7 est un pH neutre. Soit X le pH d’avant l’ère industrielle. Chez certains médias, il est écrit que l’acidité a augmenté de 30% depuis le début de l’époque industrielle, il s’agit d’une variation de la concentration en ions H⁺, donc je pose 1,3 = C/C0 = (10^-8,2)/(10^-X) et je trouve X = 8,314 qui correspondrait au pH du milieu du XIXe siècle. Au fait, si on sait que l’acidité aurait augmenté de 30%, ça veut dire qu’on connaissait le pH de l’eau de mer vers 1850 ? Et s’il n’existe pas de relevés de mesure du pH au XIXe siècle, alors comment reconstitue t-on les données acido-basiques du passé océanique ? Au fait, une variation de la concentration en H⁺ de 30%, donc d’une variation de pH de 8,314 vers 8,2, c’est bien un déplacement vers un pH acide mais la mer est toujours alcaline, la mer est le contraire d’un acide. Compte tenu de l’alcalinité (basicité) de la mer, actuellement, alors pour que le pH moyen de la mer atteigne le seuil critique de pH = 7 (limite acidité/basicité, donc de pH neutre), alors il faut que la mer s’acidifie d’un facteur 15,85 par rapport à la concentration actuelle, ce qui est énorme.

Comparaison de l’alcalinité de l’eau de mer avec celle de l’eau de Javel en bouteille. L’alcalinité de l’eau de mer, c’est comme verser une bouteille de 1 L d’eau de Javel (diluée à 5%) dans environ 15 L d’eau pure, sachant qu’une bouteille d’eau de Javel de pH 11 est plutôt assez alcalin.

Lorsque les médias essaient de duper les lecteurs, ils se basent essentiellement sur une variation, du genre ça se réchauffe ici, ou ça augmente de X % par là mais sans fournir de données quantitatives initiales et finales afin de justifier cette variation, c’est là qu’est la faille. Je ne veux pas dire que les médias ne racontent que des fadaises, mais je n’ai jamais vu de livres exempts d’erreurs et moi-même je n’y fais pas exception.

Bilan : il est possible (peut-être) que l’eau de mer se soit acidifiée depuis plus d’un siècle mais elle est toujours alcaline.

Un autre détail : la solubilité d’un gaz, dont le CO2, dépend de la température. Si la température moyenne a augmenté depuis 1 siècle, alors les gaz dont le CO2 sont moins solubles dans l’eau de mer, et cela contrarie l’augmentation potentielle de l’acidité marine. Pour 0,8°C de plus en un siècle, la variation de la solubilité est faible.

La solubilité du CO2 est de 880 cm³ par litre d’eau pure à 20°C.

En supposant que le CO2 (via l’hydrogénocarbonate) est à 100% responsable de la variation du pH dans l’eau de mer, il est possible d’évaluer la variation de la concentration en “acide carbonique” à partir de cette variation du pH marin, ce qui permet d’évaluer la quantité approximative du CO2 ayant été dissout dans les océans depuis le début de l’ère industrielle. Je vérifierai ça prochainement et le résultat me dira si c’est cohérent. Si la concentration en anion HCO3- est identique à celle en CO2 dans l’eau, alors le pH est égal au pKa, soit 6,37. J’en déduis donc que la concentration en hydrogénocarbonate est toujours supérieure à celle en CO2 puisque le pH est supérieur à 6,37. Affaire à suivre.

 BILAN :

  • Affirmer que l’eau de mer est acide ou devenue acide est mensonger ou mal interprété.
  • L’eau de mer est basique (alcaline), son pH est supérieur à 7 et tend à diminuer légèrement, il y a déplacement du pH basique vers une “acidification” mais l’eau de mer reste basique.
  • Je ne prétends pas que la variation du pH soit sans effet sur la faune et la flore, mais j’estime qu’il faut présenter les faits avec transparence (il est transparent de dire quel est le pH moyen de l’eau de mer, c’est un détail dont l’oubli est suspect).
  • Les médias expriment souvent des pourcentages pour évaluer un changement, mais ce qui fait la science ce sont la comparaison des données quantitatives directes.
  • Le pH de l’eau ne dépend pas seulement de la solubilisation des gaz, le pH varie beaucoup en fonction de la température (eau moins acide si plus chaud), de la pression (acidité accrue avec la pression, comme l’eau de Seltz), de la salinité (moins acide en hydrogénocarbonate si salinité par NaCl plus forte), de la pluie (le pH augmente avec la pluie), du soleil (le pH de la mer augmente avec l’évaporation de l’eau) : bref, avec ces conditions de variation locale de pH aussi fréquentes, la faune et la flore se sont déjà sûrement adaptées depuis longtemps au fil de l’évolution !
  • La solubilisation du CO2 en milieu neutre ou acide a pour conséquence la formation de l’anion hydrogénocarbonate. Mais en milieu basique comme l’eau de mer, le CO2 précipite sous forme de carbonate insoluble. Les collégiens et les lycéens apprennent bien à l’école que le CO2 trouble l’eau de chaux (hydroxyde de calcium = base = contraire d’un acide) et ce trouble est le précipité de CaCO3 (calcaire) ! Ainsi, comment les coquillages peuvent-ils se dissoudre dans un milieu basique alors qu’il faut un milieu acide pour que cela soit possible (pH < 7) ?
  • L’eau de mer est une solution tampon. En chimie, une solution tampon est une solution qui maintient approximativement le même pH malgré l’addition de petites quantités d’un acide ou d’une base, ou malgré une dilution. Voir ici : http://mars.reefkeepers.net/Articles/CO2SYS/co2sys.html

 RAPPEL :

  • Concernant les informations scientifiques, mieux vaut chercher les articles originaux des publications scientifiques à comité de lecture plutôt que lire la presse grand public qui risque de déformer plus ou moins les faits étudiés par les scientifiques. Mieux vaut se fier aux sources d’origine plutôt qu’aux intermédiaires.

Image de Science-et-Avenir, juin 2008, page 22 :

coccolithe

Voir la suite ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/01/06/retour-sur-le-co2-et-le-ph-des-oceans/

Pour résumer le plus simplement possible :

  • Passer d’un pH 8,2 à un pH de 8,1 correspond à une augmentation de la concentration de l’acidité (tout en restant en milieu alcalin) de 33,3%. C’est-à-dire que la concentration en ions H3O⁺ aura augmenté d’un tiers dans le milieu marin.
  • Mais passer (au sens strict) d’un pH 8,2 à 8,1 correspond à une diminution de la valeur du pH de 1,2%. Il y a une différence entre la valeur du pH et la valeur de la concentration molaire des ions hydronium.
  • Les pourcentages de variation d’acidité concernent uniquement l’évolution de la concentration en ions hydronium. Passer du pH 8,1 à 7,7 correspond par exemple à une élévation de la concentration acide de 151%. C’est ce que prédisent certains médias : http://www.maxisciences.com/oc%E9an/l-039-acidification-des-oceans-aura-des-consequences-preoccupantes-sur-les-especes-marines_art30583.html  Mais ayons la prudence de ne pas confondre des prédictions avec des observations. Je présume que la mesure du pH marin se base sur une moyenne, tandis que dans la réalité du terrain, le pH océanique est assez variable (concrètement entre 7,5 et 8,4, et cela est une marge naturelle qui existe depuis des lustres). En gros, le pH marin qui vaut 8,2 en moyenne varie selon une marge de plus ou moins 1 point de pH, cela veut dire que le pH de l’eau de mer peut être naturellement 10 fois plus « acide » que la moyenne ou 10 fois moins acide que la moyenne. Pourtant, cela n’a pas provoqué l’hécatombe des espères marines depuis des centaines de millions d’années…  Soyons prudent quand on parle de moyenne, c’est de plus souvent employé à tort et à travers…
  • Je ne minimise pas les risques possibles pour les espèces lors de changements climatiques : cela a toujours existé, et l’on ne pourra pas changer grand-chose. Ce n’est pas à coups d’écotaxe que l’on sauvera la planète… Payer des taxes, c’est monnayer le droit de polluer, ça ne résout pas le problème… L’autre point à évoquer, c’est la confusion entretenue par les médias entre observations et prédictions. Les prédictions ne sont que des hypothèses : celles-ci ne sont infirmées ou étayées en 2100 par des observations. Les prédictions sont anxiogènes, elles évoquent des risques que l’on ne peut pas vraiment quantifier de façon fiable. Je suis ouvertement sceptique en ce qui concerne les prédictions pour les décennies à venir (de tout temps les hommes se sont trompés), mais en aucun cas je ne nie les observations actuelles. N’empêche que c’est troublant que les médias présentent des données quantitatives sous forme de pourcentages…

Nouvelle information, ce 9 juillet 2014 :
Je viens de lire l’article suivant : http://impostures.deontologic.org/index.php?topic=328.0;prev_next=prev#new
L’auteur y lance une critique acerbe contre le GIEC en étayant ses arguments à propos de l’acidité de l’eau de mer.J’ajoute ici un argument majeur à propos d’une phrase qui est la suivante : «L’épanchement de lave est accompagné par des fumerolles de sulfures qui rendent l’eau très acide.»Or il se trouve que les sulfures existent seulement en milieu aqueux très alcalin, à un pH supérieur ou égal à 12,9.

ph-sulf

En milieu acide, donc à pH inférieur à 7, il n’y a pas de sulfures, il y a prédominance du sulfure d’hydrogène. En milieu alcalin dont le pH est inférieur à 12,9, ce sont les hydrogénosulfures qui prédominent. Et quand le pH est supérieur à 12,9, il y a prédominance des sulfures. En solution aqueuse, ce n’est qu’à un pH alcalin (pH élevé) que les ions sulfure sont présents en grandes concentrations car à pH plus petit, l’ion H+ se combine avec les ions sulfure pour former HS ou H2S. HS est l’ion hydrogénosulfure. H2S est le sulfure d’hydrogène, un gaz soluble dans l’eau qui est un acide faible.

La phrase à propos des fumerolles est donc douteuse.

 

« La mer est salée parce qu’il y a des morues dedans. Et si elle ne déborde pas, c’est parce que la providence, dans sa sagesse, y a placé aussi des éponges »Alphonse Allais (Citation humoristique)

© 2011 John Philip C. Manson