Philosophie : La science est-elle une idéologie ?

Parlons de philosophie aujourd’hui. Les sujets du Bac de philosophie, récemment révélés, ont réveillé mon vieil intérêt pour la philosophie. La philosophie est un exercice excellent, et on peut se poser des questions intéressantes.

Je vais répondre aussi précisément que possible à cette question : la science est-elle une idéologie ?

Avant d’y répondre, on doit se demander quelle est la définition du mot « idéologie ».Sur Wikipedia, on peut lire ceci : une idéologie est, au sens large, la science d’un système d’idées imaginées. L’idéologie s’accompagne de croyances, de notions, d’opinions, de convictions et est parfois constituée en doctrine.

Une idéologie reflète l’ensemble des idées subjectives issues de la pensée humaine, ces idées réunissent les croyances politiques, religieuses, morales, économiques, sociales ou culturelles. Par exemple, la doctrine du régime nazi est une idéologie fondée sur le racisme et l’antisémitisme. Le New Age, quant à lui, est une mouvance dont l’idéologie est basée sur le syncrétisme de diverses croyances qui peuvent se contredirent entre elles.

Mais la science est-elle une idéologie ? Au cours du Siècle des Lumière, la science pris un essor important. Les sciences sont une voie qui entre en opposition avec les superstitions de l’époque. S’instruire, et connaître de nouvelles découvertes fait (peut-être) reculer les croyances, l’information remplace le faux. Mais on a été jusqu’à placer la science comme un absolu, ce que l’on appelle le scientisme. C’est là que commence l’idéologie.

Qu’est-ce qu’une science ? Toute science repose sur la méthode scientifique dont le but est de découvrir et comprendre les phénomènes naturels (physique, chimie, astrophysique, biologie, etc…). Les sciences sont consacrées à la découverte des lois de la nature, elles échappent donc à toute idéologie. Une idéologie, elle, est déterminée de façon subjective et arbitraire. Penser par exemple que « l’homosexualité est sale, qu’elle est une maladie, et qu’elle est le Mal », c’est une idéologie morale. Il ne faut pas oublier que l’OMS avait classé jusqu’en 1990 l’homosexualité parmi les maladies mentales. En effet, jusqu’à il y a un peu plus de vingt ans, l’homosexualité était encore considérée comme une pathologie psychiatrique. Depuis, les choses ont heureusement évolué. Ce n’est pas la médecine qui avait motivé ce classement discriminatoire, mais une idéologie. De même, jusqu’à tardivement, la masturbation avait été considérée comme déviante. De fait, la psychologie, par ses incertitudes et sa subjectivité, n’est pas une science. Souvenons-nous de l’expérience de Rosenhan (https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Rosenhan). Ou selon un point de vue plus nuancé : la psychologie, sérieuse à la base, est mal interprétée voire manipulée par certains de ses représentants. Les dérives de la psychologie ont conduit au développement de la psychanalyse, dont les fondements pseudoscientifiques font qu’elle n’est pas une science mais une idéologie : la psychanalyse se base sur des anecdotes, de la littérature, des affirmations, mais pas sur des faits objectifs vérifiables.

Autour de la question à propos de la psychologie, de la médecine et de la santé : qu’est-ce qu’une maladie ? Une maladie est une affection qui provoque une souffrance à une personne, ou qui cause une souffrance à son entourage. L’on n’est pas malade si l’on ne souffre pas et si l’on ne fait pas souffrir autrui. Être dépressif, ou être paranoïaque, on souffre de ces troubles, donc on est malade. Un homme qui frappe sa femme et la domine, cet homme cause de la souffrance, il est donc malade.Mais être gay, aimer une personne du même sexe, être heureux et vivre à deux, connaître et vouloir le bonheur c’est être sain. Cependant, les homophobes semblent obsédés par ce que peuvent faire les gays, les homophobes ne pensent qu’à ça, ça les obsède, ça les ronge jusqu’à devenir violents et commettre des agressions. Être homophobe (ou raciste) et être asocial à cause de cela, c’est être malade.

Être en bonne santé, ou être « normal », est ce qui est statistiquement fréquent naturellement, pas ce qui est défini selon des critères moraux ayant dérapé dans l’idéologie.

Il y a un philosophe, Kant, qui évaluait la valeur morale d’un acte selon le désordre que celui-ci provoquerait dans la société. Si tout le monde volait, ou tuait, ce serait terrible, donc voler ou tuer est immoral. Si tout le monde se vengeait dès qu’il en a envie, alors la vie serait impossible. En ce sens, la passion extrême est immorale.

Je prends moi-même l’exemple de la vérité : si tous le monde disait la vérité en toute franchise, les gens découvriraient qu’ils ont de faux amis, des faux-culs, les pensées d’autrui seraient connues, des vérités très dures à entendre, et là aussi la vie sociale serait impossible, ça deviendrait la guerre civile. Donc dire la vérité est-il immoral ?

L’intérêt de la question morale : doit-on fonder la morale dans le cœur ou dans la raison ?

La notion de maladie est relative. Dans l’Union soviétique de Staline, par exemple, les prisonniers politiques étaient parfois internés abusivement comme paranoïaques, afin de s’en débarrasser. De même, il est toujours possible de nos jours de faire interner une personne de force, de la bourrer de médicaments. Il suffit pour cela d’une demande manuscrite et d’un certificat médical. Les internements sont très souvent justifiés, mais le risque zéro n’existe pas : il peut toujours y avoir des erreurs ou des abus.

Pour revenir à la notion de scientisme, où la science est placée comme une autorité absolue, il s’agit aussi d’idéologie. On parle de positivisme quand la science est érigée en vérité. Il y a des années autrefois, je pensais à tort que la science était essentiellement fondée sur la vérité.

Quand j’ai découvert le philosophe Karl Popper, je n’étais pas d’accord tout de suite avec lui. C’était un choc, une nouveauté. Mais j’ai progressivement pris conscience que l’épistémologie de Karl Popper est ce qu’il y a de mieux actuellement pour construire la méthode scientifique, avec discernement et objectivité, où la science est importante, sans nier le fait qu’elle a elle-même des limites. L’épistémologie de Popper repose sur un critère : la réfutabilité. Avec ce critère, la science procède par élimination : si une hypothèse se révèle fausse selon les expériences ou les observations, alors l’hypothèse dite falsifiée (ou réfutée) est rejetée, abandonnée. Mais ce qui confère le caractère scientifique d’une hypothèse, c’est la possibilité de pouvoir la réfuter. L’épistémologie de Popper n’est pas une idéologie, puisqu’il s’agit d’une méthode plutôt qu’une doctrine : on cherche objectivement à invalider des hypothèses scientifiques afin d’éprouver leur solidité, les théories scientifiques se construisent par élimination au lieu d’être érigées péremptoirement comme des vérités immuables comme le font certains…

Cela nous amène à une nouvelle question : est-ce que l’éducation et l’instruction sont une idéologie ? Oui, si celles-ci contiennent une idéologie sous-jacente qui est autre que le principe d’informer. L’école laïque promeut la neutralité et l’égalité. Quand on trouve par exemple des éléments bibliques dans des cours d’Histoire, ce n’est pas de l’Histoire, mais plutôt de la culture religieuse, ce qui n’est pas du tout pareil. Diffuser des mythes en les posant comme des vérités irréfutables, voila une situation d’idéologie.

L’un des principes fondateurs de Wikipedia est la neutralité, afin d’éviter que chaque contributeur vienne y rédiger ses propres doctrines, son idéologie, et ses réflexions personnelles. En ce sens, Wikipedia se régule lui-même afin d’éviter le glissement vers des idéologies. Sans règles, Wikipedia deviendrait rapidement un repaire de publicitaires, une vitrine commerciale, voire un inventaire de diverses pensées sectaires… Essayez de créer un site dans lequel n’importe qui écrit librement n’importe quoi, en disant que l’unique règle est qu’il n’y a pas de règles, imaginez ce que cela donnerait comme bordel : effacements compulsifs, réécriture permanente par différents auteurs, idéologies, apologies, insultes… Un peu comme un mur tagué.

Pour revenir à la science et la notion d’idéologie, il faudrait parler d’un fait : la technologie semble prendre de l’importance face à la science tout court. On assiste à l’émergence d’une technologie débridée propre à notre société de consommation. Nous, les consommateurs, on achète des gadgets, des smartphones et leurs applis, des objets connectés, tout ça, et on ne jure plus que par ça. Dans les rues, je vois des gens dont l’attention est absolument focalisée sur un écran de téléphone mobile, chaque fois que je croise quelqu’un… Cela devient même inquiétant. La technologie est-elle devenue, par certains aspects, une idéologie ?

mafalda

 

La science se laisse bouffer par la technologie. On commence à être survolés par des drones. Jusqu’à être filmés dans les chiottes et la salle de bain ? L’obsession de la sécurité, des caméras de surveillance partout (ça n’empêche pas le terrorisme), le mépris des libertés individuelles, voila une autre idéologie.

On le voit, la philosophie amène diverses réponses, et soulève aussi de nouvelles questions.

 

© 2016 John Philip C. Manson

 

 

 

 

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Les femmes philosophes

Je découvre fortuitement un article intéressant :

Une lycéenne de 17 ans a lancé une pétition pour protester contre la sous-représentation des femmes philosophes dans l’enseignement de la philosophie, en Terminale. Je trouve qu’elle a raison. La discrimination des femmes est flagrante dans le domaine de la philosophie. C’est le cas aussi pour les mathématiques.

Je réunis ici des éléments quantitatifs :

  • Actuellement les femmes ne représentent que 0,7% des auteurs célèbres étudiés en philosophie en terminale. C’est seulement grâce à Hannah Arendt que ce chiffre existe.
  • En effet, Hannah Arendt est la seule femme philosophe qui soit évoquée en philosophie. Et pourtant, il y a 117 femmes philosophes recensées sur wikipedia. Et Wikipedia recense 505 philosophes hommes et femmes. Ainsi, il y a 117 femmes philosophes pour un total de 505 philosophes (de l’Antiquité jusqu’au XXIe siècle), soit un taux de 23,17%. Alors qu’il existe généralement à peu près entre 49% et 51% de femmes dans la population.

C’est flagrant : les femmes philosophes sont injustement écartées du programme des cours de philosophie.

Cet oubli est-il dû au hasard ou est-il délibéré ? Grâce à la théorie des probabilités, on peut trancher.

  • p = 0,2317  (la proportion de femmes philosophes)
  • n = 143  et k = 1   (en supposant que sur 143 philosophes étudiés en Terminale, il n’y ait qu’une femme philosophe : Hannah Arendt)
  • X = probabilité pour qu’il y ait (au hasard) 0,7% de femmes philosophes dans un groupe de 143 philosophes au lieu d’une norme de 23,17% de femmes philosophes.

X = (n!/(k!(n – k)!)) * p^k * (1 – p)^(n – k)

X = 0,00000000000000184

Ainsi, comme on le constate, il y a une chance sur 544 mille milliards pour qu’il y ait une proportion de 0,7% (au lieu de 23,17%) de femmes philosophes parmi tous les philosophes étudiés en Terminale. C’est ce que l’on aurait obtenu si cela était dû au hasard. Mais l’événement est quand même arrivé. Donc ce n’est pas causé par hasard. Car sinon l’événement ne se serait pas produit si c’était dû au hasard, car il est très improbable. La prédominance des philosophes masculins n’est pas un hasard, ça a été voulu… Pourquoi 0,7% au lieu des 23% attendus ?

En maths, c’est pareil : il existe des femmes qui ont eu un rôle important pour les maths, et elles sont cependant tombées dans l’oubli.

Pourquoi ces injustices ?

Dans l’enseignement secondaire en 2013, il y a 58% de femmes dans l’enseignement public et 66% de femmes dans l’enseignement privé (source : INSEE), ce qui sous-entend qu’il y a plus d’une chance sur deux que le prof de philo soit une femme. Et pourtant, les cours de philo laisse un net désavantage aux femmes philosophes au profit des philosophes hommes… C’est là que je ne comprends pas.

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

Comment réaliser une recherche documentaire : le cas de l’ESRA

  • Ceci est l’un des articles les plus aboutis de mon blog. J’ai pris mon temps pour le rédiger. Le contenu de cet article vous intéressera si vous aimez lire patiemment les détails, comme une lente autopsie soigneuse. Ainsi je vous préviens d’avance : le texte est un peu long, au risque de décourager ou dissuader les lecteurs les moins courageux. Pour les plus impatients d’entre vous, j’ai gardé le meilleur pour la fin, où j’ai exploré des pistes en matière de théorie des nombres, vous pouvez si vous le voulez lire directement la fin de ce présent article. Autrement, l’ensemble de ce dossier est intéressant.
    D’habitude, j’ai fréquemment rédigé mes articles directement dans l’interface d’édition du blog lui-même. Là j’ai pris tout mon temps, à partir d’un brouillon avec un simple éditeur de texte.

 

De quoi mon article parle t-il ? Hé bien, je vais vous le dire.
Ayant un contact occasionnel qui me demandait des renseignements sur un bouquin de Bernard Werber, j’en profite pour relancer ce thème déjà abordé il y a plusieurs mois sur mon blog. Ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/01/18/analyse-partielle-de-la-nouvelle-encyclopedie-du-savoir-relatif-et-absolu/
J’ai appris que l’écrivain est connu aussi dans d’autres pays, et pas seulement en France où il est très populaire. C’est l’occasion de recadrer les choses dans leur contexte.

Je tiens à préciser formellement que la critique ci-dessous ne porte pas directement sur l’écrivain lui-même, j’atteste qu’il est un bon romancier, mais la critique porte principalement sur la manière dont les lecteurs perçoivent son oeuvre, notamment selon un point de vue historique et scientifique.

Les éditions successives de «L’encyclopédie du savoir relatif et absolu» et de «La nouvelle encyclopédie…» du même nom forment un ensemble bien relatif.
Annoncé comme une encyclopédie de connaissances, ce livre n’est finalement qu’un recueil de légendes urbaines, d’anecdotes fantaisistes qui côtoient plus ou moins la métaphysique ou la spiritualité. Ayant fait état de nombre d’erreurs manifestes sur le thèmes scientifiques pendant la lecture, on est vite déçu par le manque de travail documentaire de l’auteur (à moins qu’il l’ai délibérément voulu dans le cadre de son roman, c’est-à-dire un contenu fictif de A à Z puisqu’il s’agit de littérature).

Je ne comprends absolument pas l’enthousiasme des lecteurs quand ceux-ci prétendent avoir accès à des connaissances alors que l’ESRA (acronyme désignant l’encyclopédie de Werber) est une oeuvre littéraire de fiction. Il est incroyable que de nombreux lecteurs prennent cet ouvrage pour argent comptant, comme des références scientifiques avérées, alors que le bouquin est truffé d’erreurs, d’inexactitudes ou d’anecdotes non prouvées. On peut vanter Werber pour sa prodigieuse imagination et son écriture fluide pour écrire des romans de science-fiction. L’enthousiasme est légitime quand on parle d’un ouvrage de science-fiction (c’est justement ce qu’il est) et perçu comme tel. Mais l’enthousiasme devient incompréhensible si le public perçoit l’ouvrage comme de la vulgarisation scientifique authentique. On peut légitimement émettre des réserves (preuves à l’appui ici-bas) en ce qui concerne la diffusion de prétendues connaissances scientifiques authentiques dans l’ESRA. Les détails que je vais donner sont suffisamment concis, les inexactitudes révélées sont évidentes et flagrantes. Ces inexactitudes entrent peut-être en scène dans le cadre d’un récit imaginaire de science-fiction, ou bien ce sont des gaffes produites par inadvertance, je ne sais pas si elles sont volontaires ou pas. Je penche plutôt pour l’hypothèse que ces erreurs soient volontaires, car l’auteur a été journaliste scientifique, et je ne crois pas qu’il aurait gaffé à ce point, je pense qu’il sait ce qu’il fait). Ce n’est pas l’auteur qui est à blâmer, mais la plupart de ses lecteurs. Vous devriez lire les commentaires enthousiastes d’internautes dans les sites web marchands francophones (comme Amazon) dans les pages qui parle des livres de l’ESRA publiés par l’auteur : on ne peut que constater l’aveuglement des lecteurs qui croient sincèrement s’instruire au gré de la lecture des «connaissances» scientifiques rencontrées dans l’encyclopédie. Ces lecteurs pourraient éventuellement être intéressés par une analyse critique. Sinon, au pire, ils n’apprécieront aucun forme de critique.

Certains pourraient affirmer que je n’ai pas lu Werber et que mes critiques sont faciles, vilaines ou insolentes. Or j’ai lu Werber afin de mieux cerner la pertinence de son encyclopédie. Si une écrasante majorité de lecteurs font des éloges sur l’écrivain, il existe une petite minorité de lecteurs qui ont un avis critique négatif sur son oeuvre (quand cette oeuvre est erronément perçue comme un ensemble de connaissances, ce que les critiques contestent). Et pourtant, c’est cette petite minorité qui a l’avis le plus lucide.

Je ne juge pas ad hoc une oeuvre sous prétexte que j’aurais décidé arbitrairement qu’elle n’est pas bien. J’ai des arguments concrets à livrer. Je donne ces arguments pour informer, pas pour exercer un jugement de valeur.

On peut voir «L’encyclopédie du savoir relatif et absolu» comme un roman de fiction, une fable, de la sciencefiction. Je lis moi-même occasionnellement de la science-fiction, surtout en BD. Se distraire et se faire plaisir en lisant de la science-fiction, tout en sachant que c’est une oeuvre littéraire de fiction, ça va. Mais croire à tort qu’une oeuvre de fiction raconte des faits réels, cela ne va plus, l’on risque de s’égarer (et parfois cela va loin pour certains lecteurs)… On peut néanmoins offrir ces livres à des enfants ou des adolescents, tout en leur disant que ce sont des anecdotes de fiction, que c’est juste de la lecture pour se distraire, mais que ce n’est pas de la lecture pour s’informer ni pour acquérir des connaissances objectives. Croire à tort que des choses erronées sont des «vérités», c’est un égarement intellectuel. La culture scientifique du grand public est déjà assez galvaudée…

Comment faire un travail documentaire ? Voila la question essentielle de ce présent article. Avoir en mémoire des connaissances de base pour détecter des erreurs, des approximations ou des affirmations non prouvées, c’est très bien. Pour avoir une pareille mémoire, il faut être un grand lecteur, lire de tout, et savoir démêler le vrai du faux. Cela s’apprend. Mais il faut y mettre de la volonté. Et si l’on n’a pas de connaissances en mémoire, ce n’est pas grave du tout, mais cela prendra un peu plus de temps, à travers une recherche documentaire patiente. Mais je donnerai un petit bémol : même si on a une bonne mémoire, il ne faut jamais se fier à sa mémoire, parce qu’une mémoire, même bonne dans l’ensemble, peut occasionner des erreurs involontaires, c’est ce que j’ai appris par expérience. La rigueur d’un travail documentaire est plus important et plus fiable que la confiance que l’on a pour notre mémoire. Je ne prétends jamais à la science infuse. Je prends pour principe de départ que l’on ne sait rien, que l’on n’est sûr de rien, et qu’il convient mieux de vérifier avant de croire n’importe quoi. C’est le principe de mon blog : je suppose que je ne sais rien, je prends le soin de vérifier ce qu’on entend dire à travers les médias, je fais des comparaisons avec des sources sérieuses, et je livre mes conclusions, et lorsque je ne suis pas sûr de mon avis, je demande à l’un de mes contacts plus habile que moi-même quand le niveau requis de connaissances devient plus poussé.

Comment faire un travail documentaire ? On compose une équipe. Pas forcément des experts universitaires barbus avec des lunettes et ayant 50 ans d’expérience professionnelle, non. On peut même constituer une équipe composée exclusivement de lycéens des filières scientifiques et technologiques, et issus des classes de 1ère et de Terminale, donc des élèves âgés d’environ 16 à 19 ans. Des individus jeunes, certes, mais cela n’empêche pas qu’ils sont tout-à-fait compétents pour réaliser une recherche documentaire soigneuse s’ils font preuve de rigueur. En plus, avec l’avènement d’Internet, les recherches sont plus rapides que dans un CDI de lycée ou une bibliothèque universitaire, mais il faut toutefois trier efficacement les divers contenus trouvés sur le web.

Principe du travail documentaire : on lit un texte à vérifier, on le compare avec des contenus du web dont les sources sont pertinentes sur le plan scientifique ou sur le plan historique, et on livre une conclusion.

Je suis tout-à-fait confiant que l’équipe de lycéens, si l’on en constitue une, est tout-à-fait capable de déceler les erreurs que j’ai moi-même rencontrées dans l’encyclopédie du savoir relatif et absolu. N’importe qui, ou presque, est capable, avec sa seule motivation, sa volonté, de détecter les erreurs contenues dans l’ouvrage ci-nommé.
Ces erreurs sont flagrantes comme un gros bouton d’acné au milieu du nez, n’importe qui ayant un esprit éveillé peut déceler ces erreurs sans difficulté.

Tout croire dans ce que l’on lit d’un livre, surtout quand certains affirment que le livre est un inventaire de connaissances, c’est ne pas savoir vraiment lire. L’approche d’un livre avec un regard critique, c’est souvent vachement intéressant.  ^^

Je récapitule ci-dessous les diverses erreurs et inexactitudes rencontrées lors de la lecture de «La nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu» (2009), ce qui fut l’objet d’un article précédent dans mon blog avec cependant des nouveautés que je rajouterai ici aussi. Je me suis basé essentiellement sur ma propre mémoire des connaissances pour déceler des erreurs (je suis aussi sensible qu’un sismographe, je suis assez bon pour ça mais je ne suis pas infaillible), mais pour être vraiment sûr (parce que l’erreur est humaine) je prends quand même le soin de vérifier cela au moyen de sources externes suffisamment fiables.

Maintenant, voici l’analyse critique de l’ESRA.

Dans le tome 2 intitulé «Le jour des Fourmis», on peut lire à la page 46 cet extrait, mot pour mot : «En septembre 1519, le roi aztèque Moctezuma partit à la rencontre de l’armée espagnole avec des chars jonchés de bijoux en guise d’offrandes. Le soir même, il était assassiné.»

Voici mon argument : Moctezuma rencontra Hernan Cortés le 8 novembre 1519, mais Moctezuma fut assassiné en juin 1520, plusieurs mois après cette première rencontre, mais certainement pas le soir-même un jour d’automne 1519. L’erreur dans l’encyclopédie est flagrante…

Réinventer l’Histoire en créant de nouveaux destins, dans le cadre d’une oeuvre littéraire de fiction, cela s’appelle de l’uchronie, c’est un des styles de la science-fiction. Par exemple, on peut créer une histoire fictive où Moctezuma aura été zigouillé le premier jour de l’invasion des Conquistadores, ou même imaginer l’histoire fictive uchronique des États-Unis qui auront eu la particularité de devenir un régime politique autoritaire communiste (et portant toujours l’acronyme USA, mais avec la dénomination suivante : Union Soviétique Américaine).  ^^

Mais réécrire l’Histoire, la vraie, en pensant avoir été conforme à la réalité historique et la présenter comme telle (l’auteur comme ses lecteurs) alors que cela ne l’est pas, c’est une gaffe en matière de pédagogie… Je pense que l’auteur a voulu donner une version uchronique de l’Histoire, il en a le droit dans le cadre de son roman puisqu’il s’agit d’une oeuvre de fiction. Mais ses lecteurs n’auront pas tous eu la même approche, pensant avoir affaire à un récit authentique alors qu’il est manifestement fictif.

Premier article de «La nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu», intitulé «Au début». Cela parle du commencement de l’univers, le Big Bang. L’auteur raconte qu’au début de l’univers il n’y avait rien avec un peu d’hydrogène : donc s’il y avait de l’hydrogène c’est qu’il y avait quelque chose et non pas « rien ». Après, l’auteur dit que l’univers se réveille : en fait, le commencement de l’univers est aussi le commencement du temps, la physique est une science incapable de remonter au-delà des premiers instants, il est donc inexact de dire qu’il y a un réveil puisque cette affirmation suggère qu’il y a un changement d’état (attente puis action) alors que le temps avant le Big Bang n’est pas supposé exister… Après, Werber affirme : «L’hydrogène détone». En fait, le verbe est inapproprié : la détonation fait plutôt penser à une violente explosion de type chimique, comme une violente combustion (en l’hydrogène et l’oxygène par exemple). Le Big Bang n’est pas une explosion chimique, d’où l’appellation impropre de détonation. C’est en fait la fusion thermonucléaire de l’hydrogène pour former de l’hélium. Plus précisément, il s’agit de la nucléosynthèse primordiale, laquelle est à l’origine des premiers éléments chimiques dans l’univers : hydrogène, hélium, lithium, béryllium… Mais Werber (ou plutôt Edmond Wells, personnage fictif créé par Werber, et Wells est désigné comme étant lui-même l’auteur fictif de l’encyclopédie) n’en évoque même pas le nom. Il précise heureusement peu après qu’il s’agit de réactions nucléaires. Critiquer l’appellation de détonation, ce n’est pas le détail le plus significatif, il peut paraître léger en effet, mais voici la suite c’est bien mieux. Après alors, l’auteur nous donne les taux de composition chimique de l’univers. Une vérification des chiffres montre rapidement qu’ils concernent plutôt la composition chimique du soleil, et non celle de l’univers. Des erreurs dès le premier thème abordé…

En effet, concernant la composition chimique de l’univers, il y a 75% d’hydrogène et 25% d’hélium (proportions connues depuis les années 40).
La composition chimique du soleil est de 92,1% d’hydrogène, et 7,8% d’hélium, proportions similaires aux données indiquées par Werber : respectivement 90% et 0,1%.

Parler de détonation c’est un détail minime excusable, mais se tromper dans les chiffres à propos de la composition chimique de l’univers, c’est quand même plus gênant…

Le plus terrible n’est pas l’existence de telles erreurs dans ce bouquin. Enfin bon, ce n’est qu’un roman de sciencefiction et de philosophiefiction. Le plus terrible, c’est la cécité culturelle apparente des lecteurs de ce livre qui ne s’aperçoivent pas du tout de ces erreurs, et les prennent sincèrement pour des vérités historiques et scientifiques, sans le moindre recul critique. L’écrivain réalise quelque chose d’intéressant : il fait révéler un symptôme, l’inaptitude d’une proportion non négligeable de lecteurs qui n’utilisent pas de discernement critique.

Je vois toute lecture comme une occasion de remise en question et comme un passe-temps pour se divertir, et non comme un moyen de croire n’importe quoi. Je n’ai pas toujours eu ce recul critique, mais j’ai su m’apercevoir que celui-ci est une nécessité.

À propos de l’encyclopédie, on croit dès la couverture que c’est un recueil scientifique, un recueil de faits, de théorèmes, de pensées. Mais on se sent finalement mystifié tout le long du recueil. Cela casse le plaisir si l’on s’attendait au préalable à lire des connaissances éprouvées. Vous savez maintenant que cette encyclopédie est à lire en connaissance de cause : c’est une oeuvre littéraire de fiction, un roman ordinaire, n’ayant que peu en commun avec la richesse objective de l’Encyclopédie Larousse. Le mérite du bouquin est de stimuler l’imaginaire et de distraire. Mais si ce bouquin s’érigeait en vulgarisation scientifique (ou défini comme tel par des lecteurs maladroits), il est ce que j’ai de vu de pire dans ce domaine, suggérant un niveau proche de l’amateurisme, à travers des exemples simplistes et évasifs. Mais dans son contexte littéraire de fiction, ce qu’est le bouquin en réalité, ce bouquin peut être distrayant à lire.

Je ne nie pas la qualité littéraire de l’ouvrage, son auteur est un bon romancier, mais la façon biaisée dont le livre est perçu contextuellement par ses nombreux lecteurs c’est ça le fond de la critique.

Prendre ce livre comme une encyclopédie de connaissances véridiques, exactes et exemptes d’erreurs, c’est comme si je vous racontais que la Terre du Milieu existe vraiment, que l’Oeil de Sauron est une menace réelle, et que nos amis les Hobbits et les Elfes vont réellement nous donner un coup de main pour vaincre les forces du mal. Gandalf veille sur nous. Aragorn m’a même prêté son énorme épée. Si, si, j’vous l’jure.  ^^

Le second article de la nouvelle encyclopédie concerne la réalité parallèle. Cela concerne plutôt les concepts métaphysiques que les connaissances scientifiques.
La science est définie comme ayant la possibilité de réfuter une hypothèse si celle-ci est fausse. Ainsi, par exemple, tous les cygnes sont blancs, mais si je veux réfuter cette hypothèse généraliste, il suffit que j’ai la possibilité d’observer au moins un cygne noir (ou d’une autre couleur) pour invalider l’hypothèse selon laquelle tous les cygnes sont blancs. Il peut paraître très difficile de recenser tous les cygnes, mais on a cependant la possibilité de faire des observations. Dans le cas de la métaphysique, on ne peut ni démontrer la véracité d’une idée, ni même en établir la fausseté : les idées métaphysiques ne sont donc pas des hypothèses scientifiques. Exemple de question non scientifique : Dieu a t-il une barbe ? On ne peut absolument rien vérifier, c’est inobsersable et inquantifiable. On ne peut pas concevoir une observation ou une expérience permettant de prouver factuellement que Dieu a une barbe, on ne peut pas le réfuter non plus. L’hypothèse «Dieu a une barbe» n’est pas scientifique. Même remarque pour les réalités parallèles : on ne peut en tirer aucune connaissance à ce jour, on ne saura peut-être jamais si les réalités parallèles existent, ni même si elles n’existent pas. Tandis que la science peut permettre les observations et les quantifications de phénomènes. Il n’y a pas de scientificité quand la potentialité de réfutabilité est et reste inapplicable.

Le cinquième article de la nouvelle encyclopédie est intitulée «Question sur l’espacetemps». Werber évoque la structure sphérique des atomes. Il raconte que certains électrons sont proches du noyau atomique et que d’autres électrons en sont plus éloignés. Il affirme aussi que les électrons émettent de l’énergie quand ils s’éloignent du noyau atomique et qu’ils absorbent de l’énergie quand ils se rapprochent du noyau. Ce qui est faux ! En fait, quand un électron s’éloigne du noyau, il absorbe de l’énergie, et il en émet quand il s’en éloigne. En inversant, l’auteur s’est trompé. Il semble avoir oublié ses cours sur l’électromagnétisme et sur la physique quantique, cela peut arriver. Mais la moindre des choses c’est de se renseigner sur le sujet avant d’écrire un bouquin. Étant moi-même beaucoup lecteur, je sais que les écrivains, que ce soit des auteurs de romans ou des essayistes, font un important travail documentaire pour écrire des fictions crédibles ou des essais sérieux. Par exemple, j’ai pu m’apercevoir que le livre de Pascal Bruckner, «Les fanatiques de l’apocalypse» (dont j’avais consacré un article dans mon blog) est le fruit d’une recherche documentaire soigneuse.

Le treizième article de la nouvelle encyclopédie est intitulé «L’usure du cerveau». L’auteur parle d’un neuropsychologue américain, le professeur Rosenzweig, de l’université de Berkeley, qui a voulu connaître le rôle du milieu sur nos facultés cérébrales. Werber parle d’une expérience sur des hamsters. Ces animaux furent occupés par diverses activités et Rosenzweig aurait remarqué des différences corticales par rapport aux autres hamsters qui étaient restés oisifs. Werber affirme que les hamsters actifs ont une élévation de masse cortical de 6% par rapport au groupe témoin, et que les neurones sont 13% plus gros que ceux du groupe témoin. Sur la base de ces affirmations, j’en ai déduit que la densité des neurones aura diminué concernant les hamsters actifs par rapport aux hamsters oisifs. Pourquoi la densité a t-elle varié significativement ? Bizarre…

Rosenzweig est le nom de plusieurs homonymes. Une recherche sur Google permet d’en apprendre plus. Mark R. Rosenzweig (1922-2009) était un chercheur authentique, il a travaillé sur la neuroplasticité des animaux. Rosenzweig a montré que le cerveau animal ne devient pas mature après l’enfance mais qu’il continue de se développer, de se modeler, et de s’adapter. C’est tout.

L’expérience de Rosenzweig, narrée par Werber, a été réalisée en 1947, mais avec des rats, pas avec des hamsters. Oui, encore une erreur…

En réalité, Rosenzweig a montré qu’un milieu enrichi (des jeux pour les rats) augmente l’activité d’une enzyme : la cholinestérase. Werber n’explique rien à ce sujet. Une enzyme est une protéine. C’est seulement en 1962 que Rosenzweig découvrit que les rats joueurs ont un volume cortical augmenté. Mais concernant la masse corticale, je n’en sais pas plus. Il n’y eut donc pas une mais plusieurs expériences, avec des rats, et étalées sur plusieurs années (sur 15 ans au moins).

Une lacune flagrante dans l’encyclopédie de Werber : aucune source n’est citée quelque soit le sujet abordé.

L’auteur commet à plusieurs reprises des inexactitudes. Inexactitudes volontaires, peut-être. Il a peut-être voulu délibérément et implicitement tester l’esprit critique des lecteurs, et si c’est cela, il a bien fait, il aura montré une réalité : la cécité scientifique du public, l’absence d’esprit critique des lecteurs. En tout cas, si c’était une expérience sociologique ou de psychologie sociale, elle est concluante… Si tous ses lecteurs avaient un niveau de formation scientifique (filière bac S ou filières du bac technologique), il n’aurait peut-être pas autant de succès en littérature… Mais cependant, des lecteurs issus de filières scientifiques et qui sont dépourvus d’esprit critique, ça existe, j’en ai déjà vus…

Le trente-huitième article de la nouvelle encyclopédie concerne les sphères. L’auteur affirme que pleins de choses sont sphériques : des atomes aux planètes. En fait, à propos des planètes, ce sont des sphères imparfaites (on parle plutôt même de boules quand elles sont pleines de matière, la sphère désigne la délimitation formée par sa surface). En ce qui concerne les atomes, ce ne sont pas non plus exactement des sphères. Une incertitude existe sur la position des électrons en mouvement autour du noyau atomique. La forme des atomes est un « nuage » électronique, c’est flou et imprécis. À notre échelle, on considère les particules comme ponctuelles plutôt que sphériques ou ellipsoïdales. À l’échelle subatomique, tout est flou (d’après les bases de la physique quantique). Les lycéens en Terminale (filières scientifiques) savent cela. Les atomes sont improprement des sphères, ils ont même des orbitales étirées (selon les différentes couches électroniques). Les orbitales relèvent plus de la probabilité sur la position des électrons que sur des formes précises comme celles que l’on voit à notre échelle (voir l’équation de fonction d’onde de Schrödinger, celle-ci correspond à une amplitude de probabilité). Ainsi, évoquer une forme sphérique idéale pour des atomes, par rapport aux paramètres probabilistes en physique quantique, ça n’a guère de sens…

Werber parle aussi des quatre interactions fondamentales de l’univers : la gravitation, l’interaction électromagnétique, l’interaction faible et l’interaction forte. Werber prétend alors que l’interaction forte confine les particules dans le noyau atomique et que l’interaction faible confine les quarks ensemble. Encore une erreur, l’auteur a inversé les faits : l’interaction faible assure la cohésion des nucléons entre eux (protons et neutrons), et les quarks sont confinés par l’interaction forte.

Dans le livre «L’ultime secret», à la première page, Werber nous livre une citation d’Einstein : «Nous n’utilisons que 10% de nos capacités cérébrales». Après vérification sur Google, avec la citation mot pour mot en critère de recherche, je tombe sur un site web suisse, unique résultat, et qui suggère ce texte : ««Nous n’utilisons que 10% de nos capacités cérébrales», clamaient les scientologues il y a 30 ans.». Quelle surprise… La citation est attribuée à tort à Einstein, elle est apocryphe. Comme Einstein avait été naturalisé américain, il aurait certainement écrit sa citation en anglais s’il en avait été l’auteur. J’ai relancé la recherche sur Google mais en anglais. Je tombe sur cette page du Wikipedia anglophone : http://en.wikipedia.org/wiki/Ten_percent_of_brain_myth
L’utilisation du cerveau à 10% est un mythe, une légende urbaine, une rumeur infondée. Voici la page francophone : fr.wikipedia.org/wiki/Mythe_de_l%27utilisation_incompl%C3%A8te_du_cerveau
Ce mythe est habituellement entretenu de nos jours par la mouvance New Age… Par ailleurs, les oeuvres de fiction véhiculent beaucoup d’idées reçues dont celle-ci.
Les technologies d’imagerie cérébrale telles que la tomographie par émission de positons (TEP) et l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) permettent de suivre l’activité cérébrale d’un humain vivant. Elles démontrent que chaque partie du cerveau est en activité, au moins partiellement, même pendant le sommeil. Les seules zones qui sont inactives sont des zones lésées gravement.
Quand même, faire croire qu’Einstein ait dit une citation sur un sujet farfelu, alors qu’il ne la jamais dite ni écrite, c’est comme renier ses compétences alors qu’il a beaucoup contribué à la physique, et cela n’est pas honorer sa mémoire…

Enfin, je termine par un article de Werber, intitulé «142857», dans le roman «Nous les dieux», et présent, semble t-il, dans la «Nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu». Werber semble s’intéresser aux jeux mathématiques, connus aussi sous le nom de mathématiques récréatives. Malgré leur caractère ludique, le jeu mathématique que l’on va aborder fait partie de la théorie des nombres. C’est même l’une de mes spécialités préférées en maths. C’est amusant et cela vaut de s’intéresser sur ce que Werber dit. Je cite l’auteur : «Le carré de 142 857 est 20408122449. Ce nombre est formé de 20 408 et 122 449, dont l’addition donne… 142 857. Edmond Wells, Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, Tome V». J’ai aperçu cette affirmation partiellement via Google, n’ayant malheureusement pas le texte en entier.
En substance, Werber semble attribuer au nombre entier 142857 des propriétés remarquables, dont celle dont je viens de citer.
Mais ce nombre fait-il figure de candidat unique, ou n’est-il qu’un nombre parmi de nombreux autres partageant les mêmes propriétés. Une démonstration complète avec des polynômes est fastidieuse, alors j’ai utilisé un moyen de calcul informatique. J’avais pensé au préalable au langage Perl mais l’écriture du code risquait d’être très compliquée. J’ai rapidement préféré le choix du langage Python dont la subtilité permet d’écrire un code bien plus simplifié que l’on ne le croyait. On va utiliser la base décimale. L’algorithme est le suivant : on prend un entier, on l’élève au carré, on scinde en deux séquences le nombre obtenu à peu près dans sa partie centrale, on aura donc soit deux entiers à 6 chiffres chacun, soit deux entiers dont l’un a 5 chiffres et l’autre 6 chiffres, soit 6 et 5 chiffres respectivement.

Voici le code source de mon programme en Python :

#!/usr/bin/python
n = 1000
while (n <= 999999):
carre = n * n
sq = str(carre)
seq1 = sq[0:5]
seq2 = sq[5:11]
q1 = long(seq1)
q2 = long(seq2)

somme = q1 + q2
if (somme == n):
print « (« ,n, »)^2 = « , sq,  » : « , seq1, » + « ,seq2, » = « ,str(somme)

seq3 = sq[0:6]
seq4 = sq[6:14]

q3 = long(seq3)
q4 = long(seq4)

somme = q3 + q4
if (somme == n):
print « (« ,n, »)^2 = « , sq,  » : « , seq3, » + « ,seq4, » = « ,str(somme)

n=n+1

—————————————

J’ai entre-temps amélioré le code en nuançant les séquences scindées, pour affiner les résultats.
Les résultats sont intéressants : le nombre 142857 n’est pas le seul à avoir la propriété définie par Werber. Il y en a par dizaines.
Preuve ci-dessous :

( 1000 )^2 =  1000000  :  1000  +  000  =  1000 (invalidé car une des séquences est nulle)
( 4950 )^2 =  24502500  :  2450  +  2500  =  4950
( 5050 )^2 =  25502500  :  2550  +  2500  =  5050
( 7272 )^2 =  52881984  :  5288  +  1984  =  7272
( 7777 )^2 =  60481729  :  6048  +  1729  =  7777
( 9999 )^2 =  99980001  :  9998  +  0001  =  9999
( 10000 )^2 =  100000000  :  10000  +  0000  =  10000 (invalidé car une des séquences est nulle)
( 17344 )^2 =  300814336  :  3008  +  14336  =  17344
( 22222 )^2 =  493817284  :  4938  +  17284  =  22222
( 38962 )^2 =  1518037444  :  1518  +  037444  =  38962
( 77778 )^2 =  6049417284  :  60494  +  17284  =  77778
( 82656 )^2 =  6832014336  :  68320  +  14336  =  82656
( 95121 )^2 =  9048004641  :  90480  +  04641  =  95121
( 99999 )^2 =  9999800001  :  99998  +  00001  =  99999
( 100000 )^2 =  10000000000  :  100000  +  00000  =  100000 (invalidé car une des séquences est nulle)
( 142857 )^2 =  20408122449  :  20408  +  122449  =  142857
( 148149 )^2 =  21948126201  :  21948  +  126201  =  148149
( 181819 )^2 =  33058148761  :  33058  +  148761  =  181819
( 187110 )^2 =  35010152100  :  35010  +  152100  =  187110
( 208495 )^2 =  43470165025  :  43470  +  165025  =  208495
( 318682 )^2 =  101558217124  :  101558  +  217124  =  318682
( 329967 )^2 =  108878221089  :  108878  +  221089  =  329967
( 351352 )^2 =  123448227904  :  123448  +  227904  =  351352
( 356643 )^2 =  127194229449  :  127194  +  229449  =  356643
( 389620 )^2 =  151803744400  :  15180  +  374440  =  389620
( 390313 )^2 =  152344237969  :  152344  +  237969  =  390313
( 461539 )^2 =  213018248521  :  213018  +  248521  =  461539
( 466830 )^2 =  217930248900  :  217930  +  248900  =  466830
( 499500 )^2 =  249500250000  :  249500  +  250000  =  499500
( 500500 )^2 =  250500250000  :  250500  +  250000  =  500500
( 533170 )^2 =  284270248900  :  284270  +  248900  =  533170
( 538461 )^2 =  289940248521  :  289940  +  248521  =  538461
( 609687 )^2 =  371718237969  :  371718  +  237969  =  609687
( 627615 )^2 =  393900588225  :  39390  +  0588225  =  627615
( 643357 )^2 =  413908229449  :  413908  +  229449  =  643357
( 648648 )^2 =  420744227904  :  420744  +  227904  =  648648
( 670033 )^2 =  448944221089  :  448944  +  221089  =  670033
( 681318 )^2 =  464194217124  :  464194  +  217124  =  681318
( 791505 )^2 =  626480165025  :  626480  +  165025  =  791505
( 812890 )^2 =  660790152100  :  660790  +  152100  =  812890
( 818181 )^2 =  669420148761  :  669420  +  148761  =  818181
( 851851 )^2 =  725650126201  :  725650  +  126201  =  851851
( 857143 )^2 =  734694122449  :  734694  +  122449  =  857143
( 961038 )^2 =  923594037444  :  923594  +  037444  =  961038
( 994708 )^2 =  989444005264  :  989444  +  005264  =  994708
( 999999 )^2 =  999998000001  :  999998  +  000001  =  999999
( 5479453 )^2 =  30024405179209  :  300244  +  05179209  =  5479453
( 8161912 )^2 =  66616807495744  :  666168  +  07495744  =  8161912

En recherchant sur Google, avec les mots-clés suivants (en provenance de mes résultats) : « 142857 148149 181819 187110 208495 », j’ai regardé s’il existait une liste répertoriée de ces nombres.
Je constate alors que ces nombres sont connus sous le nom de nombres de Kaprekar, d’après le nom d’un mathématicien indien qui les a étudiés.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_Kaprekar

En me renseignant sur le web, j’ai pu apercevoir dans quelques forums des reproductions du texte de Werber sur le nombre 142857, et il apparaît que l’auteur n’a pas daigné mentionner que 142857 (parmi d’autres nombres du même type) est un nombre de Kaprekar. La moindre des choses serait de nommer les choses que l’on raconte, histoire de permettre aux lecteurs intéressés de se renseigner et d’approfondir le sujet s’ils le désiraient.

Une autre remarque à propos du nombre 142857, c’est que Werber a montré que les multiples de ce nombre (du facteur 1 au facteur 9) sont composés des mêmes chiffres dans le désordre (en base 10) du nombre initial. Des anagrammes numériques en quelque sorte. Propriété extraordinaire ou plutôt assez banale ? Particularité de ces nombres : ils ne comportent pas le chiffre zéro.

J’ai conçu un programme en langage Perl. En voici le code source, adapté en particulier pour les nombres à 4 chiffres.

#!/usr/bin/perl

for ($a = 1; $a <= 9; $a++)
{
for ($b = 1; $b <= 9; $b++)
{
for ($c = 1; $c <= 9; $c++)
{
for ($d = 1; $d <= 9; $d++)
{

$nombre = (1000 * $a) + (100 * $b) + (10 * $c) + $d;

for ($factor = 2; $factor <= 9; $factor++)
{
$multiple = $factor * $nombre;

for ($z = 1; $z <= 9; $z++)
{
for ($y = 1; $y <= 9; $y++)
{
for ($x = 1; $x <= 9; $x++)
{
for ($w = 1; $w <= 9; $w++)
{

$verif = (1000 * $z) + (100 * $y) + (10 * $x) + $w;

if ($verif == $multiple)
{
$sommenombre = $a + $b + $c + $d;
$sommemultiple = $w + $x + $y + $z;
$produitnombre = $a * $b * $c * $d;
$produitmultiple = $w * $x * $y * $z;

if (($sommenombre == $sommemultiple) and ($produitnombre == $produitmultiple))
{
print « $nombre x $factor = $multiple  \n\a »;
} # end if algo

$w = $x = $y = $z = 9;
} # end if verif

}  # end for w
}  # end for x
}  # end for y
}  # end for z

}   # end for factor

}  # end for d
}  # end for c
}  # end for b
}  # end for a

########### END ##################

Voici le résultat pour les nombres à 4 chiffres :

1359 x 7 = 9513
1386 x 6 = 8316
1782 x 4 = 7128
2178 x 4 = 8712
2475 x 3 = 7425

Il existe en effet plusieurs nombres de type anagrammatique parmi les nombres à 4 chiffres, mais ils sont néanmoins relativement peu nombreux : 5 cas pour 9000 entiers à 4 chiffres non nuls (dans l’intervalle 1000 à 9999).

Maintenant, après amélioration du programme Perl, voici une partie (et non la totalité) des nombres anagrammatiques à 5 chiffres ci-dessous, ils sont significativement plus nombreux que ceux à 4 chiffres. La quantité d’anagrammes numériques semble augmenter sensiblement avec le nombre de chiffres par nombre. Ainsi, plus un nombre est grand, plus il sera susceptible d’avoir des anagrammes. Cela voudrait même dire qu’il existerait une infinité d’anagrammes numériques, et le nombre 142857 est très loin d’être le seul…
J’ai constaté que le programme pouvait parfois générer des nombres qui ne sont pas anagrammes, il arrive que cela ne soit pas les mêmes chiffres, j’ai ôté ces erreurs dans le résultat ci-dessous :

11688 x 7 = 81816
11883 x 7 = 83181
12375 x 3 = 37125
13359 x 7 = 93513
13449 x 7 = 94143
13599 x 7 = 95193
13659 x 7 = 95613
13986 x 6 = 83916
14247 x 3 = 42741
14724 x 3 = 44172
14859 x 6 = 89154
15192 x 6 = 91152
16782 x 4 = 67128
17832 x 4 = 71328
17982 x 4 = 71928
19728 x 4 = 78912
19782 x 4 = 79128
21678 x 4 = 86712
21783 x 4 = 87132
21798 x 4 = 87192
21978 x 4 = 87912
23751 x 3 = 71253
23958 x 4 = 95832
24147 x 3 = 72441
24714 x 3 = 74142
24876 x 3 = 74628
24975 x 3 = 74925
27585 x 3 = 82755
28575 x 3 = 85725

Je dénombre 29 nombres à 5 chiffres qui possèdent chacun un anagramme numérique.

En ce qui concerne les anagrammes numériques à 6 chiffres dont 142857 fait partie, je conjecture qu’il en existerait des dizaines ou des centaines (c’est directement vérifiable par calcul informatique, mais c’est très long…). Avec les résultats comme indices ci-dessus, on voit que le nombre 142857 n’est donc pas une exception.

Mais quelle est la probabilité pour qu’un nombre soit à la fois un nombre de Kaprekar et un nombre ayant des anagrammes numériques ? Je suppose que cette probabilité augmente d’autant plus que le nombre est grand. Pour les nombres inférieurs à 142857, la probabilité pourrait être nulle ou presque (je n’ai pas vérifié mais c’est plausible). Mais pour les nombres supérieurs à 142857, jusqu’à l’infini, la probabilité augmente vraisemblablement.

Pour approfondir et terminer ce dernier sujet, je vais parler d’un type particulier d’anagrammes numériques.
Examinons cette forme suivante : 23958 x 4 = 95832. On voit le terme 958 de part et d’autre, puis 23 qui est permuté pour former 32.
J’ai développé un programme simple qui permet de générer tous les nombres anagrammes de cette forme précise pour les entiers à 5 chiffres.

#!/usr/bin/perl
for ($w = 1; $w <= 9; $w++)
{
for ($x = 0; $x <= 9; $x++)
{
for ($z = 1; $z <= 9999; $z++)
{
$nombre = 1000 * ((10 * $w) + $x) + $z;
$multiple = (100 * $z) + (10 * $x) + $w;
$modulo = $multiple % $nombre;
if ($modulo == 0)
{
$div = $multiple / $nombre;
if (($div >= 2) and ($div <= 9))
{
print « $nombre x $div = $multiple \n »;
}
}

}
}
}

Pour les nombres à 5 chiffres : 3 cas de ce type de nombres.

10989 x 9 = 98901
12903 x 7 = 90321
23958 x 4 = 95832

Maintenant, je teste la forme particulière [aaabbb] de façon à ce que le multiple (qui est un anagramme) soit de la forme [bbbaaa], pour les nombres à 6 chiffres.

Voici le code Perl :

#!/usr/bin/perl
for ($w = 1; $w <= 999; $w++)
{
for ($x = 1; $x <= 999; $x++)
{
$nombre = 1000 * $w + $x;
$multiple = 1000 * $x + $w;
$modulo = $multiple % $nombre;
if ($modulo == 0)
{
$div = $multiple / $nombre;
if (($div >= 2) and ($div <= 9))
{
print « $nombre x $div = $multiple \n »;
}
}

}
}

J’obtiens ceci :
142857 x 6 = 857142

Cela se complique si on cherche pour les nombres de plus de 6 chiffres.
Mais maintenant, j’essaie autre chose : les anagrammes palindromes. L’intérêt ici est qu’on prenne enfin en compte les zéros intercalaires.

1 cas pour les entiers à 4 chiffres : 2178 x 4 = 8712
2 cas pour les entiers à 5 chiffres : 10989 x 9 = 98901 et 21978 x 4 = 87912
2 cas pour les entiers à 6 chiffres : 109989 x 9 = 989901 et 219978 x 4 = 879912
2 cas pour les entiers à 7 chiffres : 1099989 x 9 = 9899901 et 2199978 x 4 = 8799912
4 cas pour les entiers à 8 chiffres : 10891089 x 9 = 98019801 et 10999989 x 9 = 98999901 et 21782178 x 4 = 87128712 et 21999978 x 4 = 87999912
4 cas pour les entiers à 9 chiffres : 108901089 x 9 = 980109801 et 109999989 x 9 = 989999901 et 217802178 x 4 = 871208712 et 219999978 x 4 = 879999912
6 cas pour les entiers à 10 chiffres : 1089001089 x 9 = 9801009801 et 1098910989 x 9 = 9890198901 et 1099999989 x 9 = 9899999901 et 2178002178 x 4 = 8712008712 et 2197821978 x 4 = 8791287912 et 2199999978 x 4 = 8799999912
Après, le temps de calcul est nettement trop long…

Le but de cette présentation ? Montrer une preuve empirique que les anagrammes (les anagrammes palindromes ici en particulier) se font de plus en plus nombreux au fur et à mesure que les entiers comportent davantage de chiffres. Par conséquent, à défaut d’une démonstration mathématique complète (hélas !), il existerait une infinité d’anagrammes, afin d’illustrer que le nombre 142857 ne fait pas figure d’exception.

Voila, c’est la fin du dossier. Peut-être que cela vous aura convaincu, mais je ne me fais pas d’illusion.

Pour résumer, nous avons eu affaire à un anachronisme historique évident (la date de la mort de Moctezuma), à une confusion flagrante sur les proportions chimiques de l’hydrogène et de l’hélium concernant la composition chimique de l’univers (confondue avec celle du soleil), puis l’évocation des réalités parallèles dont l’existence ne peut être prouvée, ni réfutée. Ensuite, la bourde concernant le saut d’un électron d’une orbitale à l’autre (l’auteur a inversé le fait, entre l’émission d’un photon et l’absorption). Ensuite, l’auteur a confondu les rats avec des hamsters, puis il y a la bourde à propos des interactions forte et faible (il a inversé l’attribution des nucléons et celle des quarks à leur interaction respective, en confondant l’interaction forte et l’interaction faible). Ensuite, il y a le non-sens de l’attribution d’une forme sphérique parfaitement déterminée pour les atomes lorsqu’on sait que la physique quantique établit qu’à l’échelle atomique les formes sont plutôt floues et probabilistes. Pire, l’auteur fait parler Einstein et lui attribue une citation apocryphe fantaisiste… Pour finir, il y a ce fameux nombre 142857, présenté implicitement comme miraculeux, ou plutôt comme quelque chose d’unique. J’ai montré empiriquement (par des programmes informatiques dont j’ai fourni le code source ici) que le nombre 142857 n’était pas isolé et que d’autres nombres présentaient les mêmes propriétés.

Seule une partie de l’ESRA a été analysée, le dossier n’aura établi qu’une partie des erreurs pouvant y exister. Autant d’erreurs, ce n’est pas seulement du fait que l’erreur est humaine. Cela semble délibéré. Ou alors l’ESRA aura été écrit à la hâte. Toutes ces erreurs pourraient nous inciter à grogner, mais enfin bon… Elles révèlent cependant, et c’est intéressant, que beaucoup de lecteurs peuvent prendre toute anecdote comme une vérité alors que la moindre recherche documentaire (qui n’est pas si compliquée à réaliser, bien que ça prenne du temps) aurait mis en évidence ces erreurs, et inciter au doute.

Pour conclure :
Des erreurs volontaires pour concevoir une oeuvre de fiction, et que d’aucuns considèrent sans ambiguïté l’oeuvre comme une fiction, cela ne nécessite pas de recadrage critique. Cependant, quand des erreurs (délibérées ou non) s’amoncellent dans une oeuvre de fiction qui est considérée à tort par certains lecteurs comme étant un matériel pédagogique authentique, alors un recadrage critique est nécessaire et utile. D’une part, l’on ne confond pas la science-fiction avec la science, l’on ne doit pas confondre non plus la science avec la science fictive. Voila, c’est tout ce que je voulais dire.

Maintenant vous pouvez quitter cette page et reprendre une activité normale.  😉

© 2014 John Philip C. Manson

Sur l’histoire de Vienne (Autriche)

Aujourd’hui, je vais parler d’un documentaire TV que j’ai regardé hier soir le 30 avril 2014.

Voici le synopsis :

Vienne

Ce documentaire sur l’histoire de Vienne, en Autriche, fut intéressant.

Il évoqua la dynastie des Habsbourg qui régna longtemps sur l’Europe. Mozart, Beethoven et Klimt furent des artistes marquants. Bien sûr, des personnages politiques fameux comme la reine Marie-Antoinette, et l’Aiglon (le fils de Napoléon), et l’impératrice Sissi, sont incontournables.

Le documentaire parla de la chute des Habsbourg et la montée du nazisme, et l’Anschluss, avec l’avènement de l’abominable Hitler, lequel peignit des aquarelles à Vienne mais qui eut échoué pour entrer aux Beaux-Arts.

Ce documentaire intéressant comporte cependant une lacune importante, et c’est un devoir d’en parler, parce qu’il manque des faits qui font pourtant partie de l’histoire de Vienne. Ainsi, le documentaire n’a pas abordé le Cercle de Vienne, qui était un club important réunissant des savants et des philosophes. Le programme du Cercle de Vienne était l’empirisme logique.

La tendance y était à l’empirisme logique (ou « positivisme logique »), et était influencée par Ernst Mach (dont, après Ludwig Boltzmann, Schlick était le successeur à la chaire de philosophie des sciences), Ludwig Wittgenstein, Bertrand Russell, George Edward Moore, David Hilbert, Henri Poincaré, Albert Einstein, Karl Popper (qui fut admis comme « l’opposition officielle » à la Théorie de la connaissance défendue par le Cercle, mais qui n’en fut jamais membre. Dans « La quête inachevée », Popper s’attribue même le meurtre du positivisme logique défendu par le Cercle de Vienne), Gottlob Frege. Il n’y a pas d’unité de pensée dans le Cercle, et celui-ci se caractérise moins par des dogmes que par un programme commun.

Le Cercle développe en effet ce qu’il appelle une « conception scientifique du monde », dont trois éléments majeurs sont à peu près partagés par tous les membres.

  1. Les sciences doivent être unifiées dans le langage de la physique (réductionnisme des sciences empiriques) ou de la logique (logicisme), car toute connaissance est soit empirique soit formelle.
  2. La philosophie est une élucidation des propositions scientifiques par l’analyse logique ; elle se réduit à une théorie de la connaissance.
  3. Cette conception affirme que beaucoup d’énoncés métaphysiques sont dépourvus de sens (Unsinnig): les problèmes philosophiques traditionnels auraient été mal posés, et leurs solutions auraient été exprimées inadéquatement. C’est par exemple la thèse principale de Ludwig Wittgenstein, formulée dans le Tractatus logico-philosophicus: la plupart des énoncés métaphysiques seraient dépourvus de sens ; lorsqu’ils ne le sont pas, ils ne portent pas sur le monde, mais sur le langage (conception partagée par Rudolf Carnap en 1934).

 

Le Cercle de Vienne est marqué par une tragédie qui entraîna la dispersion du club. Moritz Schlick était un philosophe allemand berlinois, physicien de formation (il étudia la physique sous la direction de Max Planck), il est l’un des fondateurs du positivisme logique, qualifié de « maître à penser du Cercle de Vienne», il est l’un des premiers philosophes « analytiques ». Il mourut à Vienne le 22 juin 1936, assassiné par un de ses anciens étudiants, de plusieurs coups de pistolet en pleine poitrine sur les marches de l’Université de Vienne. L’ignoble assassin, Johan Nelböck, fut très vite libéré et devint un membre du parti nazi autrichien après l’Anschluss… Pourtant, Schlick n’était même pas israélite. Mais les intellectuels (communistes, savants ou artistes) étaient eux aussi pris pour cible…

 

J’ai voulu expliquer ici que le documentaire n’avait pas abordé ce sujet majeur, et que cela ne devait pas être oublié, parce que ça fait partie de l’histoire de Vienne. Le physicien viennois Ludwig Boltzmann fait lui aussi partie de l’histoire de Vienne, il est le fondateur de la physique statistique, un domaine passionnant. Les conceptions de Boltzmann ont exercé une influence décisive sur le positivisme logique du Cercle de Vienne, ainsi que sur Ludwig Wittgenstein qui reconnaîtra en Boltzmann l’une de ses influences principales.

La pensée du Cercle de Vienne, avec la nuance apportée par la contribution de Karl Popper, est un héritage qui a influencé la science moderne. C’est cette influence qui m’a orienté dans la philosophie des sciences, l’histoire des sciences, et l’épistémologie. C’est même à l’origine de mon intérêt pour les critères de la scientificité et le concept de réfutabilité, et même à l’origine de l’existence de mon blog, avec mon leitmotiv qui est l’exercice de l’esprit critique.

 

Comment un bon documentaire télévisé a t-il pu passer à côté de ce mouvement important que fut le Cercle de Vienne ? Qu’est-ce qui justifie cet oubli ?

 

© 2014 John Philip C. Manson

La science est la croyance en l’ignorance des experts

  • Mon blog touche à sa fin. Je publie ici le dernier article dont le thème est un lien ci-dessous : c’est une traduction par le Dr Goulu d’un texte du professeur Richard P. Feynman. 

Le texte de Feynman est relatif à la faillibilité des savoirs et ce qui fait la science. Ce qui fait la science, ce ne sont pas les mots que l’on met sur les choses, mais l’expérience des choses.

Ce que montre Feynman est formulé différemment par rapport à l’épistémologie de Karl Popper (sur la potentialité de réfutabilité des hypothèses scientifiques), mais c’est sur le même principe. C’est très bien que le Dr Goulu ait publié ce texte.

Feynman explique que l’on est jamais sûrs de rien. En ce sens, comme je l’avais déjà raconté dans mon blog : la science est fondée sur des expériences et des observations, mais pas sur la confiance envers des opinions, ou des experts, ou des idéologues. Cela peut paraître choquant pour certaines personnes qui ont une préférence pour des vérités définitives et immuables, mais c’est la Nature qui fait ce que les choses sont (et on apprend à mieux connaître la Nature si possible, avec des expériences), ce ne sont pas les experts qui décident ce que doit être la Nature. Ce n’est pas le jargon qui fait la science, mais ce que l’on fait sur le terrain. Cela ne signifie pas la relativité des savoirs où toutes les opinions se valent (comme le pensait Feyerabend et le postmodernisme intellectuel et, aujourd’hui, un certain négationnisme antiscientifique), l’expérimentation a prévalence sur les mots eux-mêmes. Des mots sans exploration du problème, sans l’approfondissement d’une idée, sans des observations concrètes, ne veulent rien dire et n’enseignent rien.  «Qu’est-ce qui fait bouger ce jouet ?» «L’énergie». Mettre le mot « énergie » sur une chose n’apporte guère la compréhension du phénomène.

Les mots sont le propre de l’Homme, et l’être humain est faillible.

Selon moi-même, ce qui fait un livre de science ou de vulgarisation scientifique, c’est un livre qui montre comment réaliser des expériences ou qui explique comment des expériences ont été conduites (c’était le cas de Science-et-Vie jusqu’à la fin des années 1990, avec les rubriques «l’informatique amusante» et la «chimie amusante» et la «biologie amusante»). Mais un livre rempli uniquement de mots, sans inciter et encourager à expérimenter par nous-mêmes, n’est pas vraiment un livre de science.

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« Nous ne pouvons pas définir n’importe quoi précisément. Si nous y tentons, nous allons dans cette paralysie de la pensée qui vient des philosophes…  L’un qui dit à l’autre : vous ne savez pas de quoi vous parlez ! Le second dit : que voulez-vous dire par parler ? que voulez-vous dire par « vous » ? que voulez-vous dire par savoir ? »

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« Vous pouvez connaître le nom d’un oiseau dans toutes les langues du monde, mais quand vous avez terminé, vous ne saurez absolument rien du tout de l’oiseau. Alors regardons l’oiseau et observons ce qu’il fait — c’est ce qui compte. J’ai appris très tôt la différence entre connaître le nom de quelque chose et savoir quelque chose. »

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« Ce n’est pas important combien votre théorie est belle, ce n’est pas important combien vous êtes intelligent. Si ce [votre théorie] n’est pas en accord avec l’expérience, elle est fausse. »

Bonnes fêtes de fin d’année à tous. 🙂

© 2013 John Philip C. Manson

L’Homme est-il intrinsèquement bon ?

Aujourd’hui, j’aborde une question philosophique. Cela change un peu de la science.

L’Homme est-il intrinsèquement bon ? Qu’est-ce que le bien et le mal ?
C’est à rapprocher du concept de la normalité.Le bien et le normal, c’est lié à un ensemble de normes sociales qui varient selon les cultures.La définition du bien et de la normalité est déterminée par des règles subjectives, pas par rapport à des faits humains.

La normalité, c’est soit un dogme de conformité à une norme morale (dans une société donnée), soit c’est ce qui est statistiquement fréquent. Une norme morale est fixée par la société, c’est un dogme, un préjugé, tandis que la fréquence statistique des comportements naturels est un fait. Voila la différence.  

Obéir à son état naturel, voila une norme naturelle. Être ce que l’on est, voila qui est normal. Les normes sociales sont des codes artificiels, comme le célibat forcé quand on entre en religion par exemple… Même le mariage est une invention humaine, aussi.

C’est notre propre nature qui est la norme. La vraie morale est celle de la nature, la morale a des fondements biologiques. Puisque la morale peut ne pas être religieuse, elle peut être laïque, mais elle peut aussi être naturelle.

L’Homme est ce qu’il est. C’est normal. C’est la nature qui est ainsi. La nature est impartiale, elle n’est ni bonne ni mauvaise.

Théologiquement, c’est l’invention de la morale qui est le péché originel, le fruit défendu. L’arbre de la connaissance du bien et du mal. C’est ça le péché originel. Le péché originel n’est pas basé sur un interdit lié à la sexualité, contrairement à ce que croient certains bigots hypocrites… Le bien et le mal n’est qu’un prétexte pour juger et avoir du pouvoir, pour fondre les gens dans un même moule et les éloigner de leur état naturel animal, pour créer une identité qui n’existe pas, comme si l’Homme était un être sans corps et distinct de l’animal. Mettre des gens dans un moule comme si nous devrions tous être pareils, c’est nier les différences. La norme naturelle, c’est la diversité.

Puis pourquoi se raser la barbe ? Par honte d’être masculin ? La barbe, c’est naturel, c’est bien et c’est normal puisque c’est la nature qui est ainsi, autant la garder…  😉

Bref, ça rejoint un peu les idées de Jean-Jacques Rousseau et l’état de nature.

« Je suis un homme, je suis un homme,
Quoi de plus naturel en somme ! » (chanson de Polnareff)
Mais l’âme et la conscience, données aussi par la nature, ne devraient-elles pas nous élever au dessus des instincts primaires de la nature ? L’Homme est en ce sens mauvais.
Mais élever la conscience au-dessus des instincts naturels, c’est subjectif. Puis l’Homme reste un loup pour l’Homme. Au lieu d’avoir bénéficié de plus de 6000 ans de sagesse, l’humanité retombe en enfance à chaque génération… Élever l’âme au-dessus des instincts est vain.
© 2013 John Philip C. Manson

Épistémologie : étude d’un point de vue sur internet

Voici ci-dessous le mode de pensée d’un internaute. J’ai trouvé utile d’analyser cela, afin de comprendre certaines variations entre la réflexion et l’adhésion plus ou moins consciente à une croyance.
Cleo

Voici mon propre point de vue ci-dessous. Après, je vais détailler les différences et les points communs entre ma vision et celle de l’internaute.

  • L’équilibre, c’est le recul critique, le juste milieu entre la volonté vaine de la vérité et le besoin de croire. Une indépendance de la raison par rapport aux aprioris subjectifs, mais une dépendance des connaissances par rapport aux faits objectifs.
  • J’aspire à cette vision désintéressée du monde. L’objectivité est ce recul. Ne pas se satisfaire des vérités que l’on nous impose au quotidien, et rejeter le concept de vérité, et préférer celui de réfutabilité.
  • L’impartialité se mesure à travers les faits, pas à travers des opinions. L’objectivité comme principe en face duquel nous sommes tous égaux à travers nos observations et nos expériences, au moyen de la méthode scientifique. Cela n’empêche pas une grande diversité des hypothèses, une grande nuance de concepts, pourvu que ces concepts et hypothèses soient vérifiables.
  • Oui, il y a de ces vérités absolues dont il faut se méfier. La science ne prétend pas à la vérité. Le principe de la science est d’émettre des hypothèses de façon à ce que nous puissions falsifier (c’est-à-dire invalider et réfuter) ces hypothèses dans le cas où celles-ci sont fausses. Le scepticisme scientifique permet l’affinement, ou la réfutation, des théories. Une théorie scientifique n’est jamais érigée en vérité, elle est crédible au mieux, par rapport aux faits, mais on doit tenter de la démolir afin d’évaluer sa solidité. La méthode scientifique est un moyen, un outil, en ce sens la méthode scientifique n’est pas une théorie et ne prétend pas à la vérité ni à la fausseté : il y a une différence entre le moyen et les résultats. Pourquoi rejetterions-nous une méthode qui a fait ses preuves depuis près de 4 siècles ? Pourquoi le physicien Galilée casserait-il sa lunette astronomique en décidant soudain que l’Église décide ce qui est bien pour lui ? Par amour du relativisme, qu’il choisirait que Dieu lui-même décide ce qui est vrai pour lui (par l’intermédiaire de la Bible) ?
  • La science ne prétend pas au matérialisme. Le matérialisme est un concept philosophique, à la base. En tant qu’hypothèse, le matérialisme n’est pas réfuté, et les faits tendent à montrer la prévalence d’un univers matérialiste et naturaliste sans que nous concluons à dire que c’est la vérité. En revanche, le vitalisme, concept opposé au matérialisme, a pris du plomb dans l’aile depuis les premières découvertes en biochimie : le vitalisme distinguait de façon nette entre les êtres vivants et les corps inertes, mais cette opinion a volé en éclat quand un chimiste réalisa la synthèse artificielle de l’urée, une molécule organique. Voir ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_W%C3%B6hler La science procède par éliminations successives, comme dans une enquête policière : on élimine ce qui est superflu, on retient l’essentiel. Tout contre-exemple objectif qui contredit une hypothèse vient invalider ladite hypothèse. Pourquoi garderions-nous des concepts ou des hypothèses fausses ? Le matérialisme, même s’il n’est pas déclaré comme une vérité, est néanmoins crédible. Le vitalisme est réfuté par les faits. Ainsi, je m’étonne que l’internaute affirme sa préférence pour un équilibre entre thèse et antithèse qui ne fait aucune synthèse tranchée, et qui se complaît apparemment dans le conformisme du relativisme postmoderniste. Ainsi, il n’y a pas de raison de répugner le matérialisme (sauf avec l’appui de preuves qui le réfutent), et il n’y a plus de raison de soutenir l’hypothèse désuète du vitalisme (on n’a rien à gagner avec une hypothèse révélée fausse). Le relativisme absolu, c’est l’absence de réflexion. Le principe du recul critique est de rester neutre subjectivement, ce sont les faits qui tranchent : telle chose est réfutée donc fausse, ou alors ladite chose est confortée, pourvu que le critère de réfutabilité soit applicable pour rester dans le cadre de la scientificité. La science conduit à des observations, des expériences, beaucoup de réflexion, mais jamais la science ne consiste en un relativisme paresseux. La science est une démarche réflexive qui élimine ce qui est faux par rapport aux faits, mais en même temps elle n’érige pas de vérités non plus. La science avance, la science ne relativise pas : elle ne met pas le vrai et le faux à égalité, bien au contraire. La synthèse à l’issue de la thèse et l’antithèse ne consiste pas à relativiser, elle consiste à faire un choix : l’élimination des hypothèses fausses. En science, les hypothèses ne se valent pas toutes.
  • La connaissance humaine a ses limites. La science a ses limites. Ce qu’on appelle la connaissance est une représentation faillible de la «vérité», c’est pourquoi le doute est nécessaire, c’est pourquoi il faut systématiquement vérifier, même si cela agace le charlatanisme des pseudo-sciences, même si cela agace des mouvances sectaires qui usurpent la physique quantique pour y inoculer son mysticisme «quantique». Le danger n’est pas dans les croyances elles-mêmes, le danger idéologique est dans le mélange entre le mysticisme et la science.
  • Le débat sur l’existence ou l’inexistence, lorsque rien n’est vérifiable objectivement à travers les phénomènes de la nature, est un débat métaphysique. La métaphysique se distingue de la science. La métaphysique n’apporte aucune réponse, elle ne permet pas d’éliminer des hypothèses, on ne peut ni établir ce qui est crédible ni ce qui est faux : les questions restent alors indécidables, quoique l’on fasse… Rien n’interdit de philosopher sur la métaphysique, j’en ai pratiqué jadis, mais je considère cela comme brasser de l’air, ou de la masturbation intellectuelle. Des idées sans les faits. Cela ne m’intéresse pas, ou plutôt ça ne m’intéresse plus. Je préfère le pragmatisme, du concret, du constructible et du destructible. Pondre une théorie scientifique est passionnant, mais démolir une théorie parce que des faits prouvent finalement qu’elle est fausse (via des expériences reproductibles), c’est une jouissance extrême. Certains élaborent des théories scientifiques, d’autres (des pairs) évaluent ces théories, et si ça s’écroule avec la moindre contradiction par un contre-exemple factuel elle est rejetée. Ce sont les observations de la nature, et l’expérimentation, qui décident ce qui est faux ou pas. Pas ce que je pense ou crois. La nature comme juste milieu, comme équilibre. Subjectivement, les scientifiques sont neutres, ce qu’ils croient n’intervient pas dans les observations, les expériences, ni même les interprétations des résultats. On abandonne la soutane dans les vestiaires, et on va au stade pour voir ce que l’on voit, ou ne rien voir. La science repose sur la confiance envers nos sens (surtout les yeux), et non sur la confiance envers nos petits films dans nos cervelles.
  • Dans le cadre scientifique de la connaissance, quand la science atteint ses limites, on suspend le jugement. Sur ce que nous ne savons pas, on n’a rien à déclarer. Quand la science atteint ses limites, remplacer la science par la spéculation et l’imagination est un droit et une liberté, mais ce remplacement s’exclut de lui-même de la science. Il faut prendre garde quand on franchit la ligne de démarcation entre la science et ce qui ne relève pas de la science. La science ne prétend pas à la vérité, certes, mais les autres points de vue qui sortent du cadre de la scientificité, encore moins. La science n’est pas dénuée d’erreurs, l’erreur est humaine, mais toute autre approche présente moins de rigueur objective, et le risque de se tromper est beaucoup plus grand.
  • Une théorie scientifique n’est pas «vraie» en soi, elle est, au plus, crédible, mais ça ne veut pas dire qu’elle est la vérité. Une théorie est une conception faillible du réel, on avance à tâtons. Ainsi, toute information est toujours potentiellement faillible, c’est pourquoi c’est un devoir de tout vérifier, surtout quand des mouvances mystiques/spirituelles/religieuses/pseudolaïques empruntent abusivement des concepts scientifiques et jusqu’au jargon scientifique, pour mieux diffuser leurs doctrines et gagner la confiance des crédules ; c’est ce que font certaines sectes.
  • L’enjeu de la démarcation épistémologique c’est la liberté. Croire est une liberté. S’informer est cependant un devoir pour conserver notre liberté. Un équilibre entre le droit de croire et le devoir de s’informer à travers un doute constructif. J’en sais assez pour dire que l’enjeu est beaucoup plus grave que je ne le pensais. Je pense que le sens critique est un outil aussi utile que l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.
  • Entre le besoin de croire et la volonté de connaître, il y a un abîme. Entre croire sans réfléchir et douter en réfléchissant, il y a un abîme.
  • Je suis impartial, c’est la nature qui est ce qu’elle est, selon ce qu’on a observé ou expérimenté d’elle.

Les différences entre le point de vue de l’internaute et le mien repose sur un désaccord épistémologique. L’internaute préfère un relativisme des opinions, tandis que je me réfère à la méthode scientifique dont le principe repose sur une objectivité fondée sur l’observation de la nature afin d’éliminer des concepts superflus et faux. La méthode scientifique est dynamique, elle va un peu plus loin que le relativisme stagnant. Si j’adhérais moi-même au relativisme, alors je retiendrais toutes les idées sans en rejeter une seule, en disant à tout le monde que toutes les idées se valent, et que je m’en fous des contradictions gênantes entre les idées diverses ? Non, le relativisme c’est de la paresse. Le scepticisme scientifique est un travail minutieux de vérification. Trouver des contradictions implique des heures de lecture attentive. Je fais cela parce que pour moi c’est une sorte de sport, parce qu’un cerveau qui s’use c’est un cerveau qui ne sert jamais. Le relativisme, lui, s’endort, il accepte d’emblée toutes les idées. Jusqu’aux doctrines sectaires ? Oui, jusqu’où peut-on croire, jusqu’où peut-on remplir le cerveau sans réfléchir ? Je disais qu’il faut vérifier et trouver des contradictions pour réfuter ce qui est inepte, c’est un travail nécessaire. La liberté des gens dépend de leur entraînement à l’esprit critique. On doit aussi se souvenir que chaque mot a un sens, surtout dans les sciences.

Le doute a pour finalité de réfuter une chose quand celle-ci est fausse. On réfute, on invalide, ou bien on corrobore, ou on conforte. Le relativisme, lui, accepte tout, et même s’il est désintéressé, sans choisir une idée plutôt qu’une autre, il ne doute pas puisqu’il ne cherche pas à falsifier une idée si celle-ci est fausse.

La science c’est comme une enquête du lieutenant Columbo : le personnage raye les noms des suspects quand il a vu que leur alibi prouve leur innocence. La méthode policière ressemble beaucoup à la méthode scientifique. Est-ce que le suspect est coupable ? Non, des faits attestent qu’il n’a pas pu commettre le crime. Des faits auront contredit l’hypothèse. La culpabilité comme hypothèse est donc falsifiée, donc rejetée. Le relativisme, lui, si on l’appliquait comme méthode d’enquête, conduirait à l’injustice ou au laxisme, sans rien chercher à prouver la culpabilité d’autrui.

  • Relativisme : «coupable, euh je ne sais pas je m’en fous, qu’on place le suspect en détention provisoire, on verra !»
  • Relativisme : «euh, présumé innocent, bon allez on vous pardonne !»
  • Relativisme : «bof, euh, votre cas est indécidable, on prononce le non-lieu, on est tolérant, et on n’a pas envie de réfléchir.»

Le relativisme est un concept simpliste, il s’affranchit d’un effort de réflexion. Le relativisme tolère mais ne cherche rien ni ne trouve rien, il accepte une idée, c’est tout. Le relativisme ne doute pas.

Et quand la méthode scientifique ne permet pas de trancher à propos d’une hypothèse, c’est parce que ladite hypothèse n’était pas réfutable, donc qu’elle n’était pas scientifique. Hors du cadre scientifique, on ne peut pas éliminer les hypothèses fausses, donc on ne peut pas améliorer une théorie quelconque, il y a alors impossibilité d’évolution de la connaissance. Quand une hypothèse n’est pas vérifiable, rien n’est connaissable, donc on ne peut rien en dire. On ne peut pas faire appel à l’imaginaire ou à la spéculation, c’est peut-être amusant de spéculer sans pouvoir vérifier mais ça ne sert à rien. Ce serait perdre du temps. Autant se consacrer à des hypothèses vérifiables.

L’internaute se proclame impartial, mais il rejette pourtant le matérialisme. C’est contradictoire.

L’internaute se méfie des vérités absolues, mais il trouve dans l’imaginaire et la spéculation un moyen de connaissance… C’est contradictoire.

L’internaute affirme que les spéculations et l’imagination font avancer la science, alors qu’en même temps ces spéculations et l’imagination remplacent la science qui a atteint ses limites, et que du coup ces spéculations se démarquent elles-même de la science, donc comment ces spéculations démarquées peuvent-elles faire avancer la science si ces spéculations ne sont plus dans le cadre scientifique ? C’est contradictoire. Dire que les spéculations et l’imagination, hors de tout cadre scientifique, sont loin d’être vaines, c’est en quelque sorte les ériger, à tort, en vérités.

  • « Douter de tout ou tout croire, ce sont les deux solutions également commodes qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. » (Henri Poincaré)
  • « Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître » (Bertrand Russell)
  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. » (d’après un professeur à Polytechnique et chercheur du CNRS)
  • « Il y a plus faux que le faux, c’est le mélange du vrai et du faux. » — (Paul Valéry)
  • « Oser savoir en utilisant sa raison critique c’est le fondement de notre modernité, cela reste la condition de son avenir.» (Emmanuel Kant)
  • « Seul a un caractère scientifique ce qui peut être réfuté. Ce qui n’est pas réfutable relève de la magie ou de la mystique. » (Karl Popper)
  • « Une théorie est scientifique si et seulement si elle susceptible d’être réfutée ; elle n’est pas vraie, mais tout au plus admise provisoirement. » (Karl Popper)
  • « Le doute est le premier pas vers la science ou la vérité; celui qui ne discute rien ne s’assure de rien; celui qui ne doute de rien ne découvre rien. » (Denis Diderot)
  • « La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives. » (Bertrand Russell)
  • « La science antique portait sur des concepts, tandis que la science moderne cherche des lois. » (Henri Bergson)
  • « Seuls les poissons morts nagent dans le sens du courant, être dans le vent c’est avoir un destin de feuille morte. » (slogan de mon blog)
  • « La science n’a jamais tout à fait raison, mais elle a rarement tout à fait tort, et, en général, elle a plus de chance d’avoir raison que les théories non scientifiques. Il est donc rationnel de l’accepter à titre d’hypothèse. » (Bertrand Russell)
    « La nausée métaphysique nous fait hoqueter des pourquoi. »   (Jean Rostand, biologiste (1894-1977))
  • « On ne met pas au jour des vérités sans en offusquer d’autres. Toute découverte recouvre. » (Jean Rostand)
  • « La première chose qu’il faut faire, c’est prendre soin de votre cerveau. La deuxième est de vous extraire de tout ce système [d’endoctrinement]. Il vient alors un moment où ça devient un réflexe de lire la première page du L.A. Times en y recensant les mensonges et les distorsions, un réflexe de replacer tout cela dans une sorte de cadre rationnel. Pour y arriver, vous devez encore reconnaître que l’État, les corporations, les médias et ainsi de suite vous considèrent comme un ennemi : vous devez donc apprendre à vous défendre. Si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle. » (Noam Chomsky)
  • « Ce qui ne peut être dit doit être tu. »  (Ludwig Wittgenstein)
  • « The greatest enemy of knowledge is not ignorance ; it is the illusion of knowledge. » (Stephen Hawking, english physicist) « Le plus grand ennemi de la connaissance n’est pas l’ignorance, c’est l’illusion de connaissance. »
  • « Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté.»  (Confucius)   (voir Orwell et le concept de «novlangue»)
  • « À force de répétitions et à l’aide d’une bonne connaissance du psychisme des personnes concernées, il devrait être tout à fait possible de prouver qu’un carré est en fait un cercle. Car après tout, que sont « cercle » et « carré » ? De simples mots. Et les mots peuvent être façonnés jusqu’à rendre méconnaissables les idées qu’ils véhiculent. » (citation de Joseph Goebbels, Ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande (1933-1945))
  • « En métaphysique rien n’est sûr, sauf la migraine qui en est le prix ».  (Arthur Schopenhauer, dans Sur la religion)

© 2013 John Philip C. Manson