Une découverte hors de notre portée technique est-elle une preuve indirecte d’une civilisation extraterrestre technique ?

Une chose qui est hors de notre portée ne peut pas être découverte…
Une preuve matérielle (atomes, molécules, champs, forces, spectre électromagnétique…) est ce qui est nécessairement à la portée de nos yeux ou de nos instruments de mesure (observations + expériences).«Une découverte hors de notre portée», dans le sens d’impossibilité de l’observer ou de l’expérimenter, est une contradiction.

Vivre dans la contradiction sans éprouver la moindre gêne, c’est une bizarrerie. Les contradictions incitent au doute.

Une chose qui existe doit nécessairement pouvoir être prouvée. On peut disposer des moyens d’observation pour cela, ou savoir comment faire mais ne pas pouvoir le faire, tout est question de temps et d’argent et de moyens parfois difficiles à mettre en œuvre.
Mais l’inexistence d’une chose ne peut pas être prouvée, c’est un non-sens. Mais quiconque affirme l’existence de X doit prouver lui-même que X existe. Ce n’est pas aux sceptiques de prouver que X n’existe pas, parce que c’est un non-sens logique.

L’exemple de l’étoile à neutrons a de particulier que celui-ci est un concept a priori crédible, mais techniquement on n’a aucune observation ni aucune expérimentation en ce qui concerne une masse compacte de neutrons à l’échelle macroscopique (techniquement on ne connaît que les neutrons individuels et très rapides, comme ceux émis par certains corps radioactifs). L’étoile à neutrons est un objet théorique mais on n’a aucune preuve de ce que c’est concrètement et de ce qui s’y passe. Donc je maintiens mes propos : une découverte repose nécessairement sur des preuves observationnelles ou expérimentales. Un concept crédible peut précéder une découverte, mais il n’y a de découverte que si le modèle est validé par des preuves. Autrement, ça ne reste qu’une hypothèse. Tout ce que nous avons actuellement au sujet des étoiles à neutrons, ce sont les «vues d’artiste», et l’on a d’observation que les rayons X que ces étoiles émettent… (exemple ici : http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=4434 ) L’imaginaire ne doit pas remplacer la méthode scientifique.

Dans tout ce que je dis, je ne nie rien. Je ne nie pas par exemple l’existence des étoiles à neutrons. En science, les preuves se révèlent nécessaires, c’est tout. À propos de l’invisibilité, si ce phénomène paraissait impossible autrefois, et qu’il commence à devenir crédible techniquement, on commence alors à disposer de preuves que cela commence à devenir une réalité. Mais tant que les travaux sur l’invisibilité n’étaient pas encore développés, nous ne pouvions pas savoir d’avance si cela était possible ou pas. Une découverte ne se devine pas d’avance par télépathie ni par la voyance… Exiger des preuves et nier quelque chose, ce sont deux choses différentes. On ne peut pas deviner ce que sont les choses tant qu’on ne les aura pas encore observées ou expérimentées. Ce serait périlleux de croire que des modèles théoriques sont des faits.

  • «Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître.»    (Bertrand Russell / 1872-1970 / Religion et Science / 1957)
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Sur l’objectivité en science, et sur la subjectivité des interprétations

La quête de la «vérité» scientifique s’inscrit dans une démarche patiente de réduction des erreurs et des biais, afin d’approcher le mieux possible de l’objectivité.

Approcher l’objectivité, c’est apprendre à observer et à expérimenter. D’après le sociologue Pierre Bourdieu, la démarche objective est une attitude de vigilance épistémologique comme moyen de renforcer les chances d’approcher l’objectivité en étant attentif aux différents facteurs propres à biaiser la recherche.

D’après Gaston Bachelard, être objectif c’est pratiquer une « surveillance intellectuelle de soi ».

En effet, l’inférence idéologique ou religieuse ne doit jamais se mêler à la démarche scientifique sous peine de la corrompre.

Être objectif exige de la rigueur. Et pour commencer, il faut savoir ce qui définit l’objectivité.

Regardez cette image ci-dessous :

Cow_Illusion

Vous vous dites alors que vous être un observateur, et que vous observez cette image. Par cette observation, vous affirmez des choses à partir de cette image, en la décrivant. Par exemple, vous dites que cette image est neutre, qu’elle ne représente rien. Ou alors vous affirmez avoir observé la silhouette approximative d’une femme. D’autres verront (ou croiront voir) tout autre chose…

Ainsi, quelque soit votre jugement interprétatif, vous pensez avoir émis une observation objective.

Voila une grande erreur…

C’est votre interprétation du phénomène qui est intervenue. Pas l’objectivité.

En effet, interpréter et observer sont à distinguer. Une illusion d’optique n’est pas une observation objective.

Notre relation au réel dépend de notre façon d’interpréter ce que nous observons ou ce que nous croyons.

Être vraiment objectif, c’est dépasser l’illusion d’optique, c’est explorer au-delà des faiblesses de notre subjectivité. La démarche scientifique est un processus constamment critique, par l’identification et la réduction de toutes sortes de biais.

La subjectivité nous faire souvent croire des fadaises, la subjectivité nous fait croire qu’on sait parce qu’on a eu l’illusion d’avoir bien interprété ce qu’on a cru observer.

  • Ce n’est pas parce qu’on a en toute apparence observé une soucoupe volante ou un phénomène aérospatial non identifié que cela signifie qu’il s’agit objectivement d’une machine volante pilotée par des extraterrestres.
  • La théorie du Big Bang, en cosmologie, est une théorie scientifique crédible, mais cela ne signifie pas dans l’absolu que celle-ci est la vérité.

Les observations entraînent des interprétations qui construisent elles-mêmes des représentations faillibles de la réalité. Les théories scientifiques ne se définissent pas par leur véracité ou leur crédibilité, mais par leur évaluation continuelle par la recherche critique d’erreurs, de contradictions et d’inexactitudes au moyen de l’appui des faits. L’esprit critique est le seul moyen de réduire les erreurs diverses, sans pouvoir éliminer absolument toutes les erreurs.

Croire sans remettre en question, c’est se tromper.

En revanche, l’imaginaire éveillé par les illusions d’optique est utile dans la créativité artistique, quand on est artiste. Puis dans un contexte scientifique, l’intuition elle-même peut aider à trouver, quand elle permet la formulation d’hypothèses réfutables. En dehors de cela, la science repose essentiellement sur la rigueur et la logique par lesquelles nous prouvons.

Il y a un abîme de différence entre l’affirmation « Je crois péremptoirement à l’existence des extraterrestres qui sont parmi nous » et l’affirmation « Je possède des preuves matérielles qui attestent l’existence de civilisations extraterrestres ». De même qu’il existe une différence tout aussi grande entre le fait de disposer d’éléments matériels et la façon d’interpréter lesdites preuves (sont-ce des preuves qui concernent objectivement ce que l’on suppose, ou nos interprétations sont fausses à travers des preuves interprétées hors contexte ?)

D’après Philip K. Dick, la réalité c’est ce qui continue à s’imposer à vous quand vous cessez d’y croire.

Un exemple récent de subjectivité journalistique dans la presse grand public : http://www.20minutes.fr/article/1084947/geneticien-veut-cloner-homme-neandertal un article bien trop enthousiaste auquel les journalistes affirment y avoir cru, et ce nouvel article replace donc les choses dans leur contexte : http://www.20minutes.fr/sciences/1085745-clonage-neandertal-agirait-erreur-traduction. Je n’ai pas cru un seul instant au clonage de l’Homme de Néandertal : l’ADN se désagrège au cours du temps (de moitié tous les 521 ans environ), donc il ne reste guère grand-chose des gènes de l’Homme de Néandertal au bout de 30 000 ans après l’extinction de cette espèce… Il faut rappeler qu’un séquençage partiel de l’ADN nucléaire néandertalien a été effectué en 2010. Extraire de l’ADN incomplet est difficile. Mais reconstituer un ADN néandertalien complet est impossible. De plus, même s’il était possible de cloner un homme néandertalien, je doute que cela ne soit pas éthiquement acceptable. Les hominidés ne sont pas des animaux de laboratoire… Et même, la souffrance des animaux de laboratoire ça crée le malaise.

Franchement, la vulgarisation scientifique ne consiste pas à rendre la science plus attirante en racontant de la science-fiction au risque de dénaturer la science. Provoquer des buzz n’est pas équivalent à faire de la science. Pourtant, le travail de journalisme n’est pas trop différent de celui d’un scientifique : c’est un ensemble d’investigations, un travail d’enquête. Le code de déontologie du journalisme (charte de 1971) précise certains devoirs, dont ceux-ci : le respect de la vérité, l’impératif de ne publier que des informations « dont l’origine est connue » ou accompagnées de réserves, l’obligation de « rectifier toute information qui se révèle inexacte ».

Ainsi, faire de la science nécessite une grande prudence. Handle with care, it is nitroglycerine…

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  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. » (d’après un professeur à Polytechnique et chercheur au CNRS)
  • « La science antique portait sur des concepts, tandis que la science moderne cherche des lois. » (Henri Bergson)
  • « Seul a un caractère scientifique ce qui peut être réfuté. Ce qui n’est pas réfutable relève de la magie ou de la mystique. » (Karl Popper)
  • « Une théorie est scientifique si et seulement si elle susceptible d’être réfutée ; elle n’est pas vraie, mais tout au plus admise provisoirement. » (Karl Popper)
  • « La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives. » (Bertrand Russell)

© 2013 John Philip C. Manson