En théorie, peut-on observer le Mont-Blanc depuis le sommet de la tour Eiffel ?

En théorie, peut-on observer le Mont-Blanc depuis le sommet de la tour Eiffel ? Ce sujet a déjà été abordé il y a longtemps dans ce blog, mais je peux apporter des précisions approfondies.

Les calculs sont abordables dès le niveau de 3e de collège, avec des notions comme le théorème de Pythagore et les bases de la trigonométrie.

  • R = rayon terrestre moyen = 6371009 mètres.
  • h1 = altitude de la tour Eiffel par rapport au niveau de la mer + hauteur de la tour Eiffel = 31 + 324 mètres.
  • h2 = altitude du Mont-Blanc par rapport au niveau de la mer = 4810 mètres.

 

Distance critique d’observation du Mont-Blanc depuis la tour Eiffel = distance rectiligne = différent de la distance à vol d’oiseau en suivant la rotondité terrestre :

L = L1 + L2 = sqrt(-R² + (R+h1)²) + sqrt(-R²+(R+h2)²)

La fonction sqrt désigne la racine carrée (square root).

Ensuite, il est impératif de convertir ce segment de longueur L en distance qui suit la courbure du globe terrestre.

Soit alpha l’angle (en radian) des deux localités par rapport au centre de la Terre :

Distance géodésique : L’ = alpha * R.

En sachant que L’ = a + b = arcsin(L1/(R+h1)) + arcsin(L2/(R+h2)).

Autrement dit :  L’ = a + b = arcsin(sqrt(-R² + (R+h1)²)/(R+h1)) + arcsin(sqrt(-R²+h2)²)/(R+h2)).

Ensuite, j’introduis le concept d’angle de déviation : c’est l’angle auquel un photon de lumière devra fléchir selon la réfraction en passant d’un milieu d’air vers un air plus chaud, c’est le principe des mirages. L’angle de déviation, comme on le verra, permet de vérifier si un mirage peut dévier suffisamment les rayons lumineux afin que le Mont-Blanc puisse théoriquement être encore visible malgré qu’il soit derrière l’horizon observé.

Angle de déviation (en radian) :  d = pi – a – b

La distance critique en tant que segment de droite est de 314,87 km. La distance critique en tant que distance courbe à vol d’oiseau est très proche de la valeur précédente, la différence n’est que de l’ordre d’une centaine de mètres, ce qui est négligeable.

Ensuite, sur la base des coordonnées GPS des deux localités, on peut calculer la distance à vol d’oiseau entre la tour Eiffel et le Mont-Blanc :

  • Tour Eiffel : 48,85833°N, 2,294167°E
  • Mont-Blanc : 45,832627°N, 6,864717°E

La distance GPS entre les deux localités, à vol d’oiseau, est de 481,3 km. Ce qui est une distance sensiblement supérieure (+53%) à la distance critique d’observation de l’horizon (314,87 km). Ainsi, le Mont-Blanc (y compris son sommet neigeux) se situe très certainement derrière l’horizon, le Mont-Blanc n’est jamais visible depuis le sommet de la tour Eiffel.

Autre argument : pour que les rayons lumineux soient visibles en se propageant du Mont-Blanc jusqu’à la tour Eiffel, ceux-ci doivent être déviés d’un angle théorique de 2,83°.

Or, la réfraction optique dans l’air terrestre, selon toutes les conditions thermiques possibles, implique une déviation inférieure à 1,4°. Ainsi, même en prenant en compte la réfraction de l’air, le Mont-Blanc ne sera jamais observé depuis le sommet de la tour Eiffel, même en cas de mirage.

 

Copyright 2015 John Philip C. Manson

 

 

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Les protubérances solaires, un scoop ?

Critique de l’article : http://fr.news.yahoo.com/photos/temp%C3%AAtes-solaires-1323439135-slideshow/solar-storm-photo-1323380229.html

Photo : NASA

Les protubérances solaires il y en a tous les jours. Impressionnant, mais fréquent, ça existe depuis plus de 4,6 milliards d’années. Pour les astrophysiciens, ce n’est pas un scoop. Enfin si, pour le public qui ne fait que découvrir le sujet, quand les journalistes parlent enfin un peu d’astronomie, pour une fois…

Vous voyez la grosse protubérance sur la photo ? Sachant que le soleil a un diamètre de 1 392 530 km, et comme la protubérance s’étend sur une fraction de 2,4/8,6 du diamètre solaire, alors la protubérance solaire s’étend sur environ 388 600 km, soit à peu près la distance Terre-Lune.
Tempête solaire ? N’exagérons pas… Si vous alliez à l’observatoire de Meudon-Paris, la tour solaire de Meudon est un télescope spécialisé pour examiner le soleil, et là vous y observeriez des protubérances solaires tous les jours.

L’article ici parle d’une tempête faisant 17 fois la taille de la Terre, le calcul montre que 12756 × 17 = 216 852 km, soit 56% de la longueur vue sur la photo. La protubérance de la photo, c’est environ 30 fois la taille de la Terre, pas 17 fois.

À part ça, les commentaires plein de religiosité ainsi que ceux qui dénigrent la science, c’est affligeant et consternant… Qu’apprennent-ils à l’école à notre époque, franchement ?

Commentaire de Bibi :

La science n’a plus vraiment le droit de cité de nos jours et risque de finir muselée par des religieux de tout poil : (

Oui. L’obscurantisme est le terreau des sectes. Il faut promouvoir l’esprit critique avant qu’il ne soit trop tard… Avec l’avènement du New Age en occident et celui du fanatisme qui profite de la misère, on est mal barré… L’obscurantisme qui progresse, l’extrémisme politique qui pointe son nez, ça annonce que les libertés et la lucidité sont en danger. Déjà que depuis quelques années, la science est malmenée et galvaudée par des intérêts politiques à travers l’écologie… La science doit conserver son indépendance pour rester dans les critères d’objectivité.

© 2011 John Philip C. Manson

Jusqu’à quelle distance peut-on observer le Mont-Blanc ?

schemamb

 

Soit y l’altitude du Mont-Blanc par rapport au niveau de la mer.

Soit x l’altitude de l’observateur par rapport au niveau de la mer.

Soit R le rayon terrestre moyen.

trigomb.png

La distance L est la distance limite à laquelle un observateur peut observer le sommet du Mont-Blanc.

Cette distance L est rectiligne, elle n’est pas la distance qui suit la courbure de la Terre.

trigomb2

Un observateur situé à l’altitude zéro pourra observer le sommet des Alpes jusqu’à une distance de 247,76 km. Si l’observateur est situé à une altitude de 150 m par rapport au niveau de la mer, il pourra observer le sommet des Alpes jusqu’à une distance de 291,5 km.

Concernant la distance L courbe suivant la géodésique terrestre, et pour un observateur situé à l’altitude zéro, la distance sera égale à :

trigomb2.pngtrigomb

donc L = 247,6 km, ce qui est sensiblement proche de la distance rectiligne calculé précédemment.

Pour résumer, au-delà de cette distance limite l’observation du Mont-Blanc est rigoureusement impossible.

 

© 2011 John Philip C. Manson

Que peut-on voir depuis le sommet du Mont-Blanc ?

 Que peut-on voir depuis le sommet du Mont-Blanc (Alpes) ?

 

Les altitudes sont par rapport au niveau de la mer.

  • Soit L la distance observable depuis le sommet du Mont-Blanc jusqu’à l’horizon d’altitude zéro.
  • Soit R le rayon moyen du globe terrestre (R = 6378000 m).
  • Soit h l’altitude du Mont-Blanc (h = 4810,45 m).

D’après le théorème de Pythagore :    L² + R² = (R + h)²

Alors L = √(h² + 2Rh) = √(h(h + 2R))

La distance maximale observable depuis le sommet du Mont-Blanc est L = 247,75 km environ, si l’on considère une atmosphère limpide par beau temps. Il est rigoureusement impossible d’observer au-delà de cette limite du fait de la rotondité de la Terre.

Attention cependant, car L est un segment de droite, il n’est pas égal à la distance qui suit la courbure géodésique terrestre. Cette distance courbe étant en réalité de valeur L’ = R * arccos (R / (R + h)) avec l’angle exprimé en radian. Ainsi, la distance géodésique courbe vaut ici L’ = 247,6 km.

 

J’ai réalisé un schéma :

geodesic.png

Le segment L est sur une droite tangente au rayon R et forme un angle droit. On applique ensuite le théorème de Pythagore. Comme la rotondité de la Terre était connue en Grèce antique il y a plus de 25 siècles, et comme la question de l’observabilité de l’horizon par rapport à l’altitude d’observation a sûrement existé dans l’esprit des grecs, ils savaient certainement calculer cette distance comme je l’ai fait. Le principe est aussi simple que le calcul de la circonférence terrestre par Ératosthène.

 

© 2011 John Philip C. Manson

De la difficulté de la vulgarisation scientifique

Enseigner les sciences est une activité difficile qui nécessite beaucoup de sociabilité, du savoir-faire dans le faire-savoir. Lorsqu’on est tenté de diffuser la connaissance scientifique tout en suivant l’actualité des découvertes scientifiques, on désire alors contribuer à vulgariser la science et la rendre accessible à tous dans un langage abordable et compréhensible. Cependant, l’enseignement de la science implique non seulement une maîtrise des domaines scientifiques, mais aussi un sens critique toujours en éveil, tout en prenant le plus grand soin dans le choix des mots. Il suffirait qu’une information possède un mot inadapté, erroné ou flou pour que le sens de l’information s’en trouve altéré, et que cette information soit ensuite mal comprise ou mal interprétée.

Je pense que l’usage de la métaphore pour vulgariser des concepts scientifiques est la plus sûre façon d’être mal compris. Exemple : le concept du Big Bang est représenté par le public comme une explosion locale de matière qui remplit un espace vide préexistant. Le Big Bang n’est pas analogue ni comparable à une explosion, c’est l’espace qui se dilate partout et il n’y a aucun centre dans l’univers.

La “poétisation” et la métaphorisation de l’Univers court-circuite le rapport qui pourrait exister entre le public et le réel. C’est une source de lourdes confusions. La vulgarisation scientifique, pour être efficace, doit être compréhensible, concise et éviter la langue de bois. La métaphore rencontre beaucoup de succès chez le public, mais la compréhension des concepts scientifiques lui échappe souvent.

L’objectif de la vulgarisation scientifique est de favoriser l’assimilation de connaissances scientifiques évolutibles. Ce dernier adjectif montre l’importance que les connaissances peuvent changer selon de nouveaux faits découverts, il ne faut pas assimiler des connaissances comme étant des vérités définitives, ce serait une profonde erreur et une mauvaise habitude. La métaphore en vulgarisation a des effets contraires au but recherché : elle agit comme un opium propre à endormir les défenses critiques des lecteurs. De plus, le mot “vulgarisation” a une connotation péjorative. La métaphore et l’analogie rendent la science vulgaire auprès du public. Rendons la science accessible à tous, passionnante et qui prête à matière de réflexion. Nous devrions réduire le décalage entre le public et les spécialistes.

Les concepts scientifiques ont tous un sens, et celui-ci devrait être idéalement le même dans l’esprit du public que dans celui des spécialistes, avec l’emploi de mots différents (simplification du jargon scientifique avec conservation du sens, mais sans utilisation de métaphores) et avec les mêmes définitions de base.

Le public connaît mal la science, ou la comprend mal, parce qu’il ignore souvent les définitions élémentaires, comme les concepts d’énergie et de force. Qu’est-ce que la science, la connaissance, la réalité ? Ce sont ces questions fondamentales qui mènent les esprits curieux à la science.

La vulgarisation des connaissances scientifiques ne doit pas exister sans la vulgarisation de l’esprit critique ainsi que la vulgarisation de la méthode scientifique et des critères épistémologiques de scientificité. Cela forme un tout indissociable.

 

© 2011 John Philip C. Manson

Internet et l’échec de la communication scientifique

Internet et l’échec de la communication scientifique

Voici une longue remarque sur la plupart des sites web qui se réclament de la science.

Il y a évidemment de bons sites. Mais la plupart du temps il existe des problèmes. Il y a la prolifération de sites ineptes et inutiles, présentant une nouvelle théorie révolutionnaire complètement dénuée de rigueur scientifique, et qui “explique” enfin les mystères de l’Univers, les mystères de la conscience, ou Dieu, ou d’autres thèmes plus ou moins directement liés au-bien-être, à la psychologie, aux aliens ou à la spiritualité. Beaucoup d’entre eux, de façon plus ou moins évidente, manifestent une méconnaissance criante des théories scientifiques actuellement reconnues.

L’un des intérêts de l’Internet reste de permettre au plus grand nombre de s’exprimer. Mais l’ignorance, ou la naïveté ou même la malhonnêteté intellectuelle fait que des sites pseudo-scientifiques sont créés par des individus en quête de renommée pour y déverser une prose pseudo-scientifique qui mystifie et désinforme le public, à travers des idées préconçues déconnectées des faits.

En dehors du web, il existe bien des revues scientifiques de qualité, comme La Recherche et Pour La Science. Le web à prétention scientifique se caractérise par l’anarchie de la diversité de l’information qui n’est contrôlée par aucun comité de lecture qui pourrait ne retenir que les données fiables.

 

Le web autoproclamé scientifique se distingue en plusieurs catégories :

– les amateurs de sciences (qui n’ont jamais effectué d’études scientifiques)
– les élèves de lycée publiant simplement des travaux personnels
– les étudiants ou autres personnes qui ne maîtrisent pas bien les sujets qu’ils présentent

 

Contribuer à la vulgarisation scientifique est une motivation noble et louable, une mission difficile, mais lorsqu’un amateur ambitionne de traiter des sujets élevés pour composer sa propre “théorie”, il risque de commettre des bourdes. Les personnes qui ne maîtrisent pas les sciences, en particulier les maths, devraient s’abstenir de publier en hâte le fruit de leurs idées, car ils se seront inspirés d’autres textes de vulgarisation menant à leur propre interprétation erronée de ceux-ci, ou inspirés de certains courants spirituels ou religieux (le créationnisme pseudo-scientifique), en prenant ainsi le risque de faire un dangereux amalgame obscurantiste. Essayer d’écrire son propre texte de vulgarisation est périlleux pour une personne inadaptée pour le faire, à moins de se faire relire et corriger par des gens compétents.

La vulgarisation scientifique ne se définit pas comme une indépendance par rapport à la connaissance et une vulgarisation dégrade déjà beaucoup le SENS des choses de manière inévitable à travers une métaphorisation à outrance des concepts. Une vulgarisation faite par des amateurs peut donc devenir facilement n’importe quoi et peut conduire à des abus.

Une pseudo-théorie révolutionnaire peut être identifiée par quelques indices caractéristiques. Elle contiendra des failles épistémologiques :

– indice principal : déni du hasard, et foi fréquente en un absolu ou un déterminisme prononcé, jusqu’au dogmatisme, jusqu’à la foi en la certitude que la théorie est définitivement vraie, donc refus de la remise en question.
– absence totale de schémas, ou abondance de schémas à l’apparence complexe mais en réalité naïfs et réducteurs.
– absence de calculs fondés sur les mathématiques : on ne peut pas faire de prédictions quantitatives sans aucun calcul.
– la numérologie, ou tout autre moyen divinatoire irrationnel, remplace les mathématiques.
– prédiction théorique qualitative, alors qu’une prédiction théorique est toujours quantitative, pas qualitative (si on affirme en cosmologie que la théorie de l’inflation
est fausse, c’est insuffisant, il faut des arguments quantitatifs comparatoires, et des faits qui corroborent ces calculs),
– absence de données quantitatives, mais abondances d’affirmations gratuites.
– déni ou oubli ou ignorance du critère épistémologique de réfutabilité : les hypothèses ne sont pas mises à l’épreuve des faits.
– souvent, ignorance en physique fondamentale et grandes lacunes en mathématiques (contradiction entre les équations, ou absurdités rencontrées dans la description maladroite de théories existantes connues)
– invention et même modification ad hoc de nouvelles constantes physiques ou mathématiques pour qu’elles “collent” avec les faits, par exemple en multipliant par fantaisie numérologique la célérité de la lumière par le nombre pi et en divisant par la racine carrée de 2.

Une théorie farfelue comparée à la science authentique, c’est ça :

– des références invérifiables sur des phénomènes inexpliqués ou inexplicables.
– absence de données quantitatives expérimentales et observationnelles
– absence de calculs prédictifs
– lacunes importantes, incomplétude évidente, absence d’une véritable théorie sous-jacente d’après les calculs quand il y en a.
– absence de comparaisons quantitatives prédictives entre ladite théorie et les théories valides actuellement établies.
– déni des données quantitatives établies par les théories scientifiques reconnues.
– les prétendues prédictions de l’auteur de la pseudo-théorie sont souvent des suppositions préconçues par lui-même qui servent de dogme de base, et donc pas selon un bilan suggéré par des calculs qui sont d’ailleurs souvent absents.

On le constate, la vulgarisation scientifique et la construction patiente d’une théorie scientifique, ça nécessite une exigence de rigueur et de compétence, un esprit objectif bien rodé.

Ainsi, des amateurs tendent des pièges aux lecteurs dans leur vulgarisation quand, ignorants qu’ils sont des phénomènes scientifiques qu’ils ne connaissent pas, ils font passer ces phénomènes connus de la science pour les faire passer pour inexpliqués du point de vue du discours vulgarisé, bien qu’ils ne relèvent en réalité d’aucun mystère et sont parfaitement compris et expliqués par les théories scientifique actuelles. Les théories les plus sensibles à une vulgarisation hasardeuse sont la théorie de la relativité générale et la mécanique quantique, cette dernière étant souvent détournée de son contexte d’origine pour servir de base à des interprétations psychologiques, mystiques ou spirituelles totalement farfelues, le plus souvent par les sympathisants de la mouvance New Age.

Je ne suis pas optimiste sur les progrès futurs qui résulteront de l’exigence de rigueur. La science se base sur un langage rigoureux, ayant un sens précis avec des définitions, qui nécessite de longues années d’études mais cela ne suffit pas s’il n’y a pas de rigueur ni esprit critique. Ce langage scientifique est généralement incompris par le grand public. Des métaphores réduites à des représentations élémentaires pour faciliter la compréhension du public altèrent beaucoup le sens d’origine d’un concept scientifique donné, et cela a des conséquences contraires à une bonne pédagogie. Les métaphores dans les sciences donnent l’impression de comprendre, mais pas vraiment de réellement comprendre.

Les auteurs de théories alternatives (de pseudo-science ou de science fictive) ne font que creuser le fossé entre la science et le public, en privant le public de repères pertinents, et aussi à ne contribuer qu’à discréditer et décrédibiliser la science. Certains poussent la malhonnêteté jusqu’en tentant de légitimer l’astrologie en inventant de toutes pièces une citation apocryphe d’Albert Einstein qui vantait soi-disant les mérites de cette pseudo-science. Bien entendu, Einstein n’a jamais publiquement soutenu l’astrologie.

Il faut comprendre que les scientifiques professionnels reçoivent plusieurs fois par semaine des dossiers entiers de scientifiques du dimanche, c’est-à-dire des Zweintein (sorte de caricature péjorative d’Einstein) qui prétendent, avec deux poignées d’équations newtoniennes ou diophantiennes, remettre en cause un siècle de physique fondamentale (relativité générale, mécanique quantique) construite patiemment par les meilleurs scientifiques professionnels (de vrais docteurs, eux). Et ces Zweintein croient que l’intelligentsia scientifique est obtue en ne leur répondant pas ou en ne s’intéressant pas à ce qu’ils font. C’est très simple : qu’ils aillent donc publier leurs théories dans les revues internationales à referee (à comité de lecture), et leurs articles seront lus, discutés, critiqués ou acceptés ! Les Zweinstein portent surtout le nom de cranks, ou parfois crackpotes, ce mot désigne les excentriques (voire les illuminés) dans le domaine des sciences.

 

Qu’est-ce qu’un crank : c’est l’auteur d’une théorie fumeuse ; s’il est géomètre il s’intéresse à la quadrature du cercle et est convaincu de son existence malgré l’évidence ; s’il est physicien il est absolument convaincu de la réalité du mouvement perpétuel malgré son impossibilité prouvée par la thermodynamique ; et s’il se dit médecin il imagine le remède miracle universel (à base d’eau bénite homéopathique) contre le cancer le sida et les maladies des boyaux de la tête… De plus, les cranks adorent les histoires de terre plate, de terre creuse, de pyramides, de New Age, de civilisations mystérieuses “éduquées par les extraterrestres”, et de théories révolutionnaires marginales ayant un rapport avec l’ufologie, la psychologie, le paranormal ou les médecines alternatives marginales.

Si les cranks ont souvent leur propre site web officiel, ils aiment surtout faire parler d’eux et de leurs théories en venant polluer les forums du web. À cette occasion, on les appelle des trolls. Le but des trolls est souvent de pourrir l’ambiance d’un forum. L’une des règles de la netiquette d’internet : “do not feed the troll”, c’est-à-dire “ne pas nourrir le troll”. C’est par l’interaction avec les trolls des forums lors de débats le plus souvent stériles et inutiles que naissent les plus folles rumeurs stupides d’internet. C’est le cas de la polémique sur le calendrier maya annonçant la fin du monde en décembre 2012, c’est le cas aussi du canular du séisme de Rome le 11 mai 2011. La plupart du temps, les trolls jouent un rôle important dans la propagation de doctrines sectaires, surtout dans des domaines proches de l’ufologie et du New Age.

À quoi reconnaît-on un crank ?

1 – le crank se considère comme génial, il se dit auteur unique et incompris d’une théorie ré-vo-lu-tio-nnaiiire,
2 – à l’en croire, tous les scientifiques qui osent remettre sa théorie en question sont stupides et/ou font partie de l’Inquisition,
3 – il estime être injustement rejeté et même persécuté ; la preuve : les revues scientifiques à referee refusent systématiquement de le publier,
4 – il a tendance à s’en prendre aux théories et chercheurs les plus réputés : par exemple, Einstein est dépassé, sa relativité est fausse…
5 – il écrit souvent dans un jargon pseudo-scientifique ou mystique qu’il est le seul à comprendre,
6 – il emploie des arguments d’autorité : le crank affirme avoir le titre de docteur, et que le jury a applaudi et pleuré d’émotion lors de la remise du diplôme,
7 – autre argument d’autorité, aussi il s’invente des soutiens imaginaires (le docteur fictif Schpruirtzsopfmann, “très réputé par sa réputation”, grand physicien qui admire (soi-disant) le crank qui devient donc, par conséquent, un génie). 
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Voici à titre d’exemple un cas clinique récent, à cette adresse.

 

S’il faut retenir une règle simple pour prévenir cette folie, c’est de lancer régulièrement dans les forums un rappel de la définition de la scientificité. Une hypothèse à caractère scientifique doit toujours avoir la possibilité d’être réfutable, sinon elle n’est pas scientifique ni fiable. Un théorème ou une conjecture en mathématiques est réfutable, peut être révisé, analysé, confirmé ou bien réfuté. Une hypothèse de physique doit avoir comme fond la consultation des connaissances relatives aux théories scientifiques actuelles concernées, ou bien même être l’objet d’une expérience réalisée par les gens eux-mêmes : par exemple, un groupe de personnes à divers lieux du monde reproduisent ensemble en même temps l’expérience d’Ératosthène (en communiquant les données expérimentales via un logiciel de messagerie instantanée) en plantant un bâton vertical (haut de 1 m) au sol par temps ensoleillé, en mesurant la longueur de l’ombre projetée au sol et en indiquant la latitude du lieu. Ça, c’est un exemple classique d’expérience scientifique. Le savoir, au fond, ne se concentre pas dans les livres, encore moins dans le web, le savoir se construit à travers l’expérience directe du monde. Les faits seuls établissent les connaissances scientifiques, à travers de la rigueur et l’honnêteté intellectuelle.

  • Je dis tellement de choses intelligentes que, le plus souvent, je ne comprends pas ce que je dis.(Devise Shadok) iconlol.gif

 

 

© 2011 John Philip C. Manson

 

Que penser de la véracité des publications scientifiques ?

Vu sur Yahoo QR :

  • Que penser de la véracité des publications scientifiques ? Les médias nous abreuvent d’études démontrant ceci ou cela ; sont-elles toutes valables ? Je parle au sens général, pas pour un domaine particulier.

 

Ne pas confondre les médias pour grand public avec les publications scientifiques à comité de lecture. Ce n’est pas du tout la même chose.

D’autre part, la véracité est synonyme de crédibilité et de vérité, mais la science ne consiste justement pas à croire mais à réfuter et à remettre en question des résultats.

Ce qui définit la scientificité d’une publication, ce n’est pas sa crédibilité théorique, c’est sa réfutabilité. Avant de connaître des théories scientifiques ou des découvertes, il est important de connaître d’abord ce qui définit la science.

Une piqûre de rappel :

http://jpmanson.unblog.fr/definition-de-la-science/
http://jpmanson.unblog.fr/2011/02/26/la-methode-scientifique-en-schema/
http://jpmanson.unblog.fr/2011/03/10/la-verite-scientifique-nest-pas-absolue-mais/
http://jpmanson.unblog.fr/2011/03/09/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/

 

  • Une théorie scientifique est un groupe cohérent d’affirmations réfutables qui décrit et explique un phénomène observable, quantifiable et reproductible. Le critère déterminant qui définit la science, ce n’est pas la crédibilité d’une connaissance scientifique, mais la réfutabilité de cette connaissance. La science se distingue de tous les autres modes de transmission des connaissances, par une règle de base : l’erreur est humaine donc les experts et les crédules sont faillibles, les connaissances transmises peuvent contenir toutes sortes de fables et d’erreurs, et qu’il faut prendre la peine de vérifier, par des expériences.

 

© 2011 John Philip C. Manson