Distribution aléatoire, asymptote et totalité

A l’attention du Dr Goulu, en particulier.

Distribution aléatoire, asymptote et totalité, ou réchauffement progressif de la glace jusqu’à la fonte complète (loi de Newton).

Oui, j’ai eu du mal à choisir le titre de ce présent article.

Je révèle le résultat de mes recherches personnelles, parce que j’ai trouvé quelque chose d’intéressant, et je n’en ai nullement entendu parler ailleurs. Peut-être inédit ? Je ne le sais guère. Cela va plutôt intéresser le Dr Goulu (www.goulu.com).  😉

Voila, je réfléchissais comment on peut écrire l’équation de Newton concernant la thermodynamique. Il y a quelques semaines, j’avais appris comment modéliser le refroidissement progressif d’un corps matériel, à partir de l’équation différentielle de Newton selon laquelle la vitesse de refroidissement est proportionnelle à la différence entre la température initiale et la température ambiante.

Aujourd’hui, j’ai essayé de modéliser le phénomène contraire : le réchauffement progressif de la glace d’eau. En 2011, j’avais observé expérimentalement que des glaçons (initialement à -6°C) fondent en 2 à 3 heures dans une atmosphère ambiante de 21°C.

J’ai réussi à modéliser cela :

  • T(t) = 21 – (21+6)*e^(-k*t)
  • avec k compris dans l’intervalle [0,084 ; 0,126].
  • et avec t, le temps en heures.

Jusque là, c’est de la physique concernant un phénomène connu et expliqué par les physiciens.

Or, ces derniers temps, j’avais aussi étudié le phénomène de distribution aléatoire suivant : il existe 5 millions de pirates distincts, et Hadopi (la loi antipiratage en France) diffuse 10000 emails d’avertissement par jour à autant de pirates qui se sont fait choper, alors combien de temps faut-il pour que tous les pirates (donc les 5 millions) aient tous été avertis, sans en omettre un seul ?

Techniquement, jusqu’à présent, je savais construire un programme qui livrait des résultats, mais je ne trouvais pas d’équation convaincante pour faire des évaluations plus précises.

J’ai finalement aujourd’hui observé dans cette problématique une similitude avec la loi de Newton !!!!!

Et là ça devient très intéressant.

Depuis quelques jours, quand j’en avais le temps, j’étais confronté à un casse-tête : je pensais que la distribution aléatoire était une croissance logarithmique. Je n’arrivais pas à construire une équation à partir des données fournies par mon programme de simulation informatique. Or c’est effectivement logarithmique comme on va le voir ci-dessous.

En effet, la croissance allant de N=0 à N=5000000 allait vite au départ, mais elle ralentit peu à peu en se rapprochant du nombre total 5000000, en approchant une asymptote horizontale : les derniers pirates non encore chopés étaient de plus en plus difficilement traquables, car comme on est dans un contexte de diffusion d’emails aléatoires, les pirates multirécidivistes pouvaient encore se faire choper à la place des pirates encore restés impunis.

piracyhadopi

Voici la courbe obtenue grâce aux données empiriques fournies par mon programme de simulation informatique (langage Perl combiné avec Bash, sous GNU/Linux). La courbe exprime le nombre de pirates chopés en fonction du temps écoulé depuis le début de la traque par Hadopi (si on suppose que le taux de 10000 mails par jour est constant).

Choper tous les pirates (les 5 millions) devient peu à peu plus difficile, et cela prend donc plus de temps que prévu.

J’ai ainsi découvert que ma modélisation mathématique sur Hadopi est similaire à la loi de Newton : le nombre de pirates encore impunis restant à avertir est proportionnel à la « vitesse » à laquelle les mails seront reçus par eux. En clair, on obtient l’équation ci-dessous à partir d’une équation différentielle.

  • N = No – No.e^(-k*t) = No(1 – e^(-k*t)
  • avec No = 5 000 000 (le nombre total de pirates)
  • t = temps écoulé en jours  depuis le fonctionnement de Hadopi
  • k = (1/No) * dN/dt = 10000 / 5000000 = 0,02 = 1/500

L’on voit que pour qu’il ne reste plus qu’un dernier pirate à avertir  (donc N(t) – No = 1), il faut t = 7712 jours.

J’avais une équation précédente qui prédisait une valeur t = 3500 à 5000 jours, c’était à peu près dans le même ordre de grandeur.

J’avais aussi consacré un article sur cette problématique : il y a 1 cambriolage toutes les minutes et demie en France, et il y a 27,8 millions de maisons en France, combien de temps faut-il pour qu’aucune maison n’ait été épargnée par un cambriolage ?

Si l’on suppose que les incendies surviennent au hasard (c’est-à-dire que le lieu est aléatoire, bien que les incendies ne soient pas toujours dus au hasard : électricité défectueuse ou criminalité) et qu’il ne reste plus qu’une seule maison épargnée et que les 27 799 999 autres ont été dévalisées, alors il aura fallu patienter 604 années. Il faut environ 6 siècles pour que les maisons actuellement existantes aient toutes connues un cambriolage. J’avais obtenu un résultat relativement proche (370 à 550 ans), en appliquant mon ancienne équation qui servait d’approximation :   t = C*No*dN/dt, avec C un coeficient (nombre réel) entre 7 et 10.

Calcul du temps nécessaire pour un événement (quasi-)total :

  • t = -(dN/dt) * No * ln (1 – (Q/No))
  • t = exprimé ici en minutes.
  • dN/dt = 1 toutes les 90 secondes = 1 par 1,5 minute = 1/1,5.
  • No = 27 800 000.
  • Q tend vers No. Pour simplifier j’ai pris Q = No – 1.

Il s’agit donc bien d’une équation logarithmique, comme je le supposais.

Et pour revenir au thème du jeu vidéo Elite Dangerous, d’après lequel j’avais prédit qu’une exploration aléatoire de 400 milliards de systèmes solaires par 500 000 joueurs qui jouent chacun 4 heures par jours en explorant chacun 12 système par heure, j’avais pensé que l’exploration complète prendrait quelques siècles. Mais avec la nouvelle équation logarithmique, c’est nettement moins optimiste que ça, je trouve t = 702 millions de milliards d’années… En résumé, plus No est grand, plus t sera grand. En gros, il se passera des lustres (donc très très longtemps) avant que la galaxie entière soit explorée dans sa totalité dans le jeu Elite Dangerous.

Bref, lorsque le phénomène de « complétude » est aléatoire (équation logarithmique), ça peut prendre beaucoup de temps. Mais lorsqu’il est bien organisé (en évitant de revisiter plus d’une fois un lieu déjà exploré), on gagne du temps car l’équation est linéaire. Par exemple, avec les mêmes 500 000 joueurs dans le jeu Elite Dangerous, il ne faudra que 45 à 46 ans pour l’exploration planifiée complète des 400 milliards de systèmes solaires.

© 2015 John Philip C. Manson (20 juillet 2015)

 

 

Polémique autour de l’épreuve de physique-chimie du BAC 2015

L’an dernier, en juin 2014, j’avais consacré un article sur la polémique autour de l’épreuve de maths du Bac S 2015, jugé trop difficile par les candidats : https://jpcmanson.wordpress.com/2014/06/20/la-session-2014-de-lepreuve-de-maths-du-bac-un-carnage/

Mais cette année, à l’issue du Bac 2015, une nouvelle polémique éclate :

BAC 2015: l’épreuve de physique-chimie jugée « trop difficile », le barème revu.

Va t-on encore surévaluer les notes des mauvaises copies afin que les recalés obtiennent quand même la moyenne ?

Pfffff… L’Education Nationale n’a pas peur du ridicule… Tant de réformes afin que, finalement, des centaines de milliers d’étudiants fraîchement diplômés bacheliers se plantent complètement à leur première année d’université… Pourquoi une telle stratégie (s’il y en a une) ? Pourquoi s’acharner à survaloriser les candidats et ainsi à donner l’illusion d’une quasi-totalité de candidats ayant réussi ? Je ne comprends pas.

 

Vérification du sujet de l’épreuve de physique-chimie du Bac S 2015 de la métropole française : http://labolycee.org/2015/2015-Metropole-Exo1-Sujet-SautFelix-6-5pts.pdf

  • Exercice 1, partie 1 : des questions classiques en statique des fluides.
  • Exercice 1, partie 2 : le saut de Félix Baumgartner, là aussi ce n’est pas insurmontable. Il suffit de savoir lire des graphiques. Une question demande si l’homme a atteint une vitesse supersonique, la vitesse de l’homme en chute libre est lisible sur le graphique, et pour connaître la vitesse du son, elle dépend de la masse volumique atmosphérique, et donc de l’altitude, et les données utiles sont présentes dans l’énoncé. Ensuite on aperçoit une question ayant un rapport avec l’énergie potentielle et l’énergie cinétique dont la somme correspond à l’énergie mécanique. On peut déterminer l’altitude à laquelle Baumgartner a ouvert son parachute : on connaît la durée de la chute, on connaît les paramètres pour la poussée d’Archimède, donc le calcul est possible.
  • A la fin de la partie 2 de l’exercice 1, il est demandé l’équivalent de combien d’étages aurait sauté le parachutiste. La hauteur étalon d’un étage n’est pas mentionnée dans cette fin d’exercice, mais cela ne doit pas inciter les candidats à s’abstenir d’argumenter. La hauteur des étages la plus standard correspond au type de fonction du bâtiment, tour ou édifice :
    • 2,66 mètres, soit 16 marches pour un immeuble d’habitation récent, hôtel ou parking
    • 3 mètres, soit 18 marches pour un immeuble d’habitation ancien
    • 3,30 mètres, soit 20 marches pour un immeuble de bureaux ou hôpital (espace réservé aux câbles et à la climatisation)

Comme valeur de hauteur d’un étage, je me serais personnellement basé sur la hauteur d’un plafond, dont chacun sait que le plafond est à 2 mètres 50 du sol. J’aurais fait un raisonnement là-dessus. Ensuite, le calcul ne demande qu’une simple division à faire. Le corrigé affirme que Félix aurait pu atteindre la vitesse indiquée en sautant d’une hauteur de 4 mètres, soit approximativement du deuxième étage. En effet, j’ai eu raison de choisir 2,5 m comme étalon, j’aurais même pu choisir 2,66 m voire même 3 m ou 3,3 m (valeurs proches, mais que je ne connaissais pas), mais la réponse aurait été néanmoins correcte : 4 mètres, c’est compris entre 2,5 ou 2,66 m (sol du 2e étage) et 5 ou 5,32 m (plafond du 2e étage, ou sol du 3e étage), et 4 mètres ça colle bien au deuxième étage comme réponse car c’est entre les deux bornes, c’est la bonne réponse.

Il faut quand même être un peu neuneu pour ne pas connaître personnellement la hauteur, même approximative, entre le sol et le plafond, sinon on finirait par croire que ces jeunes sont nés hier ou même ce matin… « Papa, maman, comment on fait les bébés, comment je suis né ? Dans un chou ou sont-ce les cigognes qui m’ont amené ? »… (ironie)

La cinématique et la dynamique de Newton, ça fait bien partie du programme de physique de Terminale S.

En plus, dans le début de l’énoncé de l’exercice 1, on peut lire ceci : « la vitesse d’un mobile dans un fluide est dite supersonique si elle est supérieure à la célérité du son dans ce fluide. »   Le candidat est censé savoir cela avant l’épreuve. Pendant qu’on y est, on livre carrément toutes les réponses aux candidats, pour faciliter les choses…

 

Ensuite, il y a l’exercice 2, qui porte sur la chimie :  http://labolycee.org/2015/2015-Metropole-Exo2-Sujet-Soda-8-5pts.pdf

  • L’exercice 2 commence par demander la formule brute de la caféine (facile car l’énoncé montre la molécule sous sa forme développée). Suivi ensuite par un calcul de concentration molaire (facile aussi).
  • Ensuite : peut-on remplacer la solution aqueuse d’hydroxyde de sodium par des pastilles d’hydroxyde de sodium solide pour réaliser la synthèse ? Non ! C’est pourtant évident : l’hydroxyde utilisé est à l’état ionique, et l’ionisation implique la nécessité d’une solution aqueuse. De plus, la molécule d’eau est nécessaire dans la réaction chimique. Trop simple comme question… Puis ça demande ensuite pourquoi le chauffage à reflux est justifié : il faut contrer la volatilité des réactifs pour ne pas en perdre, et la chaleur accélère la réaction chimique. Tout simple là aussi. Et dans l’étuve il faut éviter le point de vaporisation du produit à sécher, tout comme il faut éviter l’auto-inflammation du produit (qui est une molécule organique), et plus vraisemblablement le point d’éclair (où les vapeurs du produits peuvent s’auto-enflammer en présence d’air). Ainsi, dans l’étuve, la température doit impérativement rester inférieure à 121°C.

Citer deux méthodes permettant de vérifier la nature du produit obtenu (acide benzoïque). Je propose premièrement l’inflammation du produit avec le dioxygène, on récupère et on pèse les gaz obtenus, la proportion des gaz (CO2 et H2O) peut conduire à calculer la formule développée du produit. Deuxièmement, on fond le produit à 122.35°C avec prudence, et on le place dans un réfractomètre adapté aux produits chauds : l’indice de réfraction révèle la nature du produit. Autre méthode, moins risquée que la précédente : on mélange les cristaux avec de la glace pilée, et on utilise la cryoscopie comme moyen de déterminer la masse molaire du produit. Quiconque a étudié la chimie au lycée connaît ces méthodes. Autres méthodes plus simples : vérification de la température de fusion du produit sur un banc Kofler, et la chromatographie.

 

Bilan : l’exercice de physique et l’exercice de chimie ne comportent pas de difficulté particulière. Mais où est donc le problème ? Je n’en vois aucun. J’ai été candidat au Bac dans la filière STL (Sciences et Technologie de Labo), et je vous assure que ce que j’ai eu comme épreuves à mon Bac était bien plus difficile. Je sens la différence. A mon époque, seulement 2 candidats sur 3 obtenait le Bac, pas comme maintenant où l’on dépasse artificiellement les 90% de « réussite », et où près de la moitié des candidats obtient une mention.

 

L’épreuve de physique-chimie de 2015, trop difficile ? Arrêtez de chialer et de dire des conneries…

Les profs de fac n’ont pas fini d’être désabusés devant des milliers d’étudiants contents d’eux mais complètement illusionnés… A croire que la hantise de chaque proviseur de lycée est d’avoir son propre lycée en queue de classement.

Regardez ces documents PDF, voyez à quoi ressemblaient les sujets de maths au Bac S de 1993 : http://www.apmep.fr/Annee-1993-15-sujets   On remarque une nette différence, c’est plus dur.

Si l’on donnait les sujets de maths de 1993 aux candidats du Bac actuel, il n’y aurait pas de pétition de protestation, mais plutôt une révolution…

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  • N’oublions pas qu’autrefois, les correcteurs retiraient un point pour chaque faute d’orthographe ou de grammaire constatée… De nos jours, les zéros pointés pulluleraient si cette technique était encore appliquée… Mais maintenant, le laxisme règne en maître. Des fautes horribles sur les feuilles, des fautes que chacun faisaient mais quand ils étaient au CE1 mais là ils seront bientôt à la fac… Les fautes ça pique les yeux… La moutarde aurait moins fait d’effet. J’ai une cousine qui est ingénieur, le 20 juin dernier elle m’a envoyé une carte avec un texte qu’elle a écrit, belle écriture mais, sans la juger, elle a une écriture avec des fautes d’orthographe atroces, bref elle est ingénieur mais elle écrit avec médiocrité, mais comment une telle anomalie peut-elle être possible, franchement ? Ce ne serait qu’une faute dans un texte d’une page, c’est tolérable, mais des fautes à toutes les phrases c’est abusé… Moralement, écrire avec des fautes, c’est à la fois manquer d’amour-propre et manquer de respect envers les lecteurs à qui les textes sont destinés.

 

Et pour clore ce présent article, voici un texte intéressant de Jean-Paul Brighelli :  http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jean-paul-brighelli/bac-2015-brighelli-enseignants-notez-les-copies-ce-qu-elles-valent-vraiment-17-06-2015-1937096_1886.php    Il a raison, il faut s’insurger contre les notes surévaluées, il faut que cette comédie cesse !

J’en suis témoin, le niveau réel au bac ne monte pas, les élèves candidats se montrent parfois incapables de résoudre des exercices qu’ils devraient pourtant savoir faire, et à plus forte raison qu’ils ont choisi le bac scientifique. Notez les copies ce qu’elles valent réellement Seule la politique de l’effort, en versant de la sueur et des larmes, paie vraiment. La (vraie) réussite vient de l’effort. Sans efforts, nous serions pareils à des poissons morts qui flottent et qui sont emportés par le torrent. L’effort, c’est une nécessité qui prouve notre valeur, qui montre qu’on est vivant. Mais les pédagogues ont créé des générations de moutons… Et ça, ce n’est pas du tout rendre service à la jeunesse.

Notez bien que sans efforts, les maths n’existeraient même pas. La logique, la réflexion, la recherche, ça demande des effort et de la persévérance, et sans ça, les maths ne pourraient pas exister. Je me demande si les concernés en ont conscience…

Ecole de la République, tu es tombée bien bas…

La preuve :

  • Selon les derniers chiffres officiels, 40% des jeunes entrant en Sixième au collège n’ont pas acquis, en 5 années d’école primaire, une maîtrise suffisante de la lecture et de l’expression orale et écrite en français afin de pouvoir lire en comprenant ce qu’ils lisent et rédiger en français à peu près correct afin d’être eux-mêmes compris par ceux qui les lisent. Oui, 40%, dont en détail :
    – 15% d’élèves ne sachant pas lire du tout,
    – et 25% qui déchiffrent laborieusement, mais trop mal pour pouvoir comprendre ce qu’ils lisent…
  • Ainsi, comment ces élèves peuvent-ils ensuite suivre normalement le reste de leur scolarité ?

Mais pourquoi fait-on cela à la jeunesse ? Pourquoi en est-on arrivé là ?

Dire que le niveau actuel relève de l’illettrisme est malheureusement vrai. La maîtrise du langage conditionne la capacité de penser. Saborder l’enseignement, c’est sacrifier la pensée de ceux qui nous succéderons, c’est leur nuire. C’est même inciter les gens à préférer la facilité le plus tôt possible, et ça n’est pas leur rendre service. A croire que tout cela a été voulu. Il n’y a pas de logique à ça. Je ne comprends pas.

Quand on voit comment le Bac est bradé actuellement, c’est honteux, il n’y a pas d’autre mot… C’est une honte. Une catastrophe.

A vaincre sans effort, on triomphe sans mérite.

 

Remarque du 4 juillet 2015 : c’est absolument ahurissant ! Non seulement les candidats reverront leur copie revalorisée par 3 points supplémentaires en moyenne, en surnotant les questions les plus faciles de l’épreuve de physique-chimie, mais je viens d’apprendre que les candidats ayant été recalés au Bac 2015 pourront conserver leurs meilleures notes pour passer le Bac 2016. C’est se foutre du monde !

John Philip C. Manson

Communiqué à propos de Shouryya Ray et de la soi-disant énigme posée par Newton

En ce qui concerne la médiatisation sur le jeune Shouryya Ray qui aurait résolu une énigme posée par Newton, le temps est venu de replacer les choses dans leur contexte.

Pour en savoir plus, veuillez regarder cette source officielle http://tu-dresden.de/die_tu_dresden/fakultaeten/fakultaet_mathematik_und_naturwissenschaften/fachrichtung_mathematik/institute/analysis/chill/dateien/CommentsRay.pdf et notamment le dernier paragraphe.

  • Voici la traduction en français du dernier paragraphe du document PDF :
  • Les auteurs du texte sont les Pr Dr Ralph Chill et Pr Dr Jürgen Voigt, experts allemands (université de Dresde) : «Pour conclure, Shouryya Ray a obtenu des solutions analytiques du problème, […], et en appliquant un résultat récent de D. Dominici dans le but d’obtenir une formule récursive pour les coefficients de la représentation des séries de Ψ. Il a alors validé ses résultats numériquement. Il a donné le niveau des prérequis qu’il a eu, il a fait un grand progrès. Néanmoins, toutes ses étapes sont basiquement connues des experts, et nous soulignons qu’il n’a pas résolu un problème ouvert posé par Newton. Nous ne savons pas comment cette déclaration est entrée dans plusieurs journaux. Apparemment, cette déclaration n’était pas approuvée par les experts, dans le champ qui doit avoir été impliqué dans l’évaluation du travail. Nous espérons que ce petit texte donne l’information nécessaire à la communauté des mathématiques, et que cela permette à la communauté de remettre à la fois cela dans le contexte et d’apprécier le travail de Shouryya Ray qui planifie de commencer une carrière dans les mathématiques et la physique.»

J’ai également consacré un long dossier sur cette affaire : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/06/01/shouryya-ray-lheure-de-verite/

  • Le travail de Shouryya Ray est authentique, mais il ne s’agit pas d’une résolution d’un problème ouvert posé par Newton il y a plus de 3 siècles, car les étapes réalisées par Ray sont basiquement connues des experts.
  • The Shouryya Ray’s work is authentic, but it is not a resolving of an open problem posed by Newton, more than three centuries ago, because the steps performed by Ray are basically known by experts.
  • El trabajo de Shouryya Ray es auténtico, pero no es una resolución de un problema abierto propuesto por Newton hay más de tres siglos, ya que los pasos realizados por Ray son básicamente conocidos por los expertos.
  • Die Arbeit von Ray Shouryya ist authentisch, aber es ist nicht eine Auflösung von einem offenen Problem von Newton stellte es gibt mehr als drei Jahrhunderten, da die Schritte von Ray durchgeführt grundsätzlich an Experten bekannt sind.

Veuillez diffuser largement cette information auprès des journalistes.

J’ai mis en suivi cette actualité et en cette mi-juin 2012, je constate que des journalistes continuent encore de diffuser des inexactitudes ! J’ai prévenu plusieurs sites en leur laissant un commentaire, mais je ne peux pas tous les prévenir…

© 2012 John Philip C. Manson

Shouryya Ray, l’heure de vérité

Pour rappel, Shouryya Ray est un jeune allemand de 16 ans qui aurait résolu une équation «irrésolue» de Newton. Il existe des équations clairement écrites, mais à résoudre, et c’est souvent assez difficile à faire pour les étudiants. J’ai également souligné que la résistance de l’air et l’amortissement (le rebond) ainsi que les équations de Navier-Stokes datent d’une époque postérieure à Newton. Quand je parle d’équations connues, c’est en voulant dire que les termes des équations sont écrits clairement et exprime une égalité, avec une constante. C’est comme les équations différentielles : on en connaît les termes, mais la difficulté est de résoudre ces équations.

Si l’ado n’aurait pas découvert quelque chose de nouveau, il a néanmoins résolu un problème scientifique plutôt difficile pour quelqu’un de son âge (16 ans).

Mais, comme je l’ai dit, suite au débat sur Yahoo, il me faut en savoir plus sur cette anecdote sur Shouryya Ray.

Ici : http://mobile.lesoir.be/actualite/sciences/page_11192_918559.shtml  on apprend que l’ado publiera ses résultats. Voila une nouvelle intéressante, j’ai hâte d’examiner cela de près. Dans le site de LeSoir.be, on y voit une liste des problèmes actuellement insurmontables en mathématiques, on peut par exemple y apercevoir les fameuses équations de Navier-Stokes mais celles-ci concernent les fluides visqueux et incompressibles, tandis que l’air est assez fluide et compressible. Et dans la liste des problèmes du mathématicien David Hilbert, problèmes actuels connus sous le nom de « problèmes du millénaire », nulle trace d’équations qui datent strictement de l’époque de Newton. Les problèmes du millénaire sont postérieurs à Newton. Je ne doute pas des talents de l’ado de 16 ans, mais j’aurais voulu examiner ses calculs.

Ensuite, dans ce site : http://www.jepic.org/actualites/a-16-ans-il-resout-un-probleme-de-newton-10173/        (http://www.europe1.fr/International/A-16-ans-il-resout-un-probleme-de-Newton-1103555/) on en apprend un peu plus. Le jeune homme est souriant et sympathique.

Le casse-tête consiste à calculer la trajectoire d’un projectile en chute sous la gravité, et soumis à la résistance de l’air puis son rebond.

On y apprend aussi que «L’idée de résoudre ce casse-tête lui est venue lors d’un voyage de classe où des professeurs avaient affirmé que le problème était « insoluble ». L’adolescent s’est alors mis à la tâche et a réussi. Shouryya Ray a commencé à se pencher sur des équations à l’âge de six ans, sans se définir pour autant comme un « génie »».

En balistique, la loi de la chute libre gravitationnelle est prise en compte, tout comme la résistance de l’air dont on connaît parfaitement la formule avec ses paramètres, tout comme l’amortissement dont le sujet est abordé au lycée avec les expériences (et l’aspect théorique) sur les ressorts oscillants en cours de mécanique (physique). Cela m’est déjà arrivé de faire des exercices dans lesquels il est question de prendre en compte la résistance de l’air lors de la chute. S’il est possible de calculer la chute, la résistance de l’air et le rebond séparément, il est parfaitement possible de les combiner ensemble pour en établir une équation générale spécifique à la forme précise de l’objet qui tombe (la chute avec résistance de l’air dépend de la forme aérodynamique de l’objet, de la masse volumique de l’air, et le rebond dépend de la vitesse finale et de l’élasticité de l’objet).

Je ne pense pas que les profs de l’ado se soient plantés, je ne crois pas qu’ils aient confondu Newton avec Navier-Stokes. L’incohérence provient des médias eux-mêmes, ils ont voulu résumer beaucoup l’anecdote sans trop donner de détails.

L’ado a dû prendre le problème d’insolubilité comme un défi ou comme un jeu. Mieux vaut essayer que d’hésiter.

Ici : http://lesmoutonsenrages.fr/2012/05/29/un-ado-resout-un-probleme-disaac-newton/   (http://m.7sur7.be/article/carrousel//1445444/Un-ado-resout-un-probleme-dIsaac-Newton.html?idx=1) il est raconté que l’ado a résolu un problème du mouvement des projectiles dans l’air au XVIIe siècle.

L’étude de la mécanique des fluides est aussi ancienne qu’Archimède, quand il fit des expériences avec des corps de différentes densités immergées dans l’eau (la poussée d’Archimède).

L’ado a obtenu une bourse, c’est pleinement mérité. Ce qui est par contre erroné à travers les médias c’est l’obstination à dire, à tort, que Newton a pondu une équation irrésolue, je veux dire : en mécanique des fluides. Et c’est à distinguer de la seule loi de gravitation qui ne prend en compte que deux paramètres : les masses des corps, et la distance qui les séparent. La chute libre au sein d’un fluide, et avec rebond, ça va au-delà de la simple chute libre dans le vide qui se résume à l’expression z = z0 – (1/2) × g × t², c’est donc bien plus compliqué à résoudre et c’est cela que je me tue à expliquer. Ainsi, les médias résument et assimilent un problème moderne de mécanique des fluides à un aspect de physique classique beaucoup plus simple : la loi de gravitation de Newton. C’est de cette inexactitude que je parlais depuis le début. Je me suis vraisemblablement mal exprimé avant car l’on a mal interprété mes propos et j’ai donc apporté des corrections dans le présent article pour clarifier le contexte. L’autre jour sur Yahoo, il y avait Claude qui avait cru que l’avait dit une erreur sur l’astrologie l’autre jour, et j’avais dû apporter des détails supplémentaires en expliquant qu’une démarcation existe entre l’astrologie et l’astronomie : la première est une pseudo-science, la seconde est la science la plus ancienne… Mais bon…

Autre source intéressante : http://ivoirtv.net/index.php/news/education/item/9324-shouryya-ray-resout-une-enigme-mathematique-posee-par-isaac-newton-il-y-a-plus-de-300-ans

Comme des perroquets, les journalistes affirment mot pour mot que «Newton a posé le problème, relatif à la circulation des projectiles dans l’air, aux 17ème siècle. Les mathématiciens avaient seulement été en mesure d’offrir des solutions partielles jusqu’à présent.» Mais pas un mot sur la mécanique des fluides et sur Navier-Stokes, qui sont plus actuels pour traiter un casse-tête de physique comme celui-là.

Dans la plupart des articles des journalistes, il existe une image d’illustration utilisée dans l’anecdote, la voici : Il semble que cela ne soit pas en lien avec le travail de Shouryya Ray… C’est une image juste pour illustrer, un peu comme les «vues d’artiste» dans les sites d’astronomie, des dessins à la place de VRAIES photos d’astéroïdes, de planètes et d’étoiles. Il semblerait que cela concerne un tout autre domaine de la physique, la théorie de la relativité par exemple, car on retrouve la même image sur ce site espagnol : http://www.almamagazine.com/entradas-albert_einstein-el_genio_despeinado. On aurait aimé examiner ce que Shouryya Ray a fait concrètement, par exemple. A t-il trouvé directement une équation générale, ou a t-il obtenu des solutions analytiques par un calcul informatique qui teste des milliers de paramètres ? Ça, je ne le sais toujours pas encore…

Comment calculer une chute libre avec résistance de l’air ?

Une chute libre dans le vide est définie comme étant une fonction de temps par rapport à une hauteur initiale, selon l’accélération de la pesanteur (notée g).

z = z0 – (1/2) × g × t²

Ainsi, si je laisse tomber une bille depuis le sommet de la tour Eiffel, la bille mettra une durée de 8,08 secondes pour atteindre le sol. Mais cela n’est vrai que si la chute se produit dans le vide, en l’absence d’atmosphère. La résistance de l’air est une force opposée à la pesanteur et qui retarde la chute.

Pour introduire la résistance de l’air, voila comment on procède :

Déjà, le poids de l’objet est P = m×g

Ensuite, la résistance R s’oppose à ce poids :   R = C×p×S×v²/2      avec C le coefficient de résistance aérodynamique (C = 0,5 pour un objet en forme de sphère), avec p la masse volumique du fluide (p = 1,29 kg/m³ pour l’air), avec S le maître-couple qui est la section droite perpendiculaire au mouvement (S = pi×r², pour une sphère). La résistance de l’air est donc facilement calculable, c’est à la portée des lycéens.

On trouve même un exemple de calculs ici : http://www.techno-science.net/?onglet=glossaire&definition=1635

Avec l’exemple du site cité en lien, l’équation est une dérivée :

dv/dt = g – (C×p×S/m)v² = g(1 – v²/V_lim²)

où V_lim désigne la vitesse limite de chute avec résistance de l’air (tout corps qui tombe dans un fluide finit par atteindre une vitesse maximum), tel que m×g = C×p×S×V_lim²

Je ne vais pas continuer car ça se complique. C’est compliqué mais faisable. C’est en effet assez ardu pour les néophytes et je ne vais pas les encombrer avec ce développement (c’est même compliqué par les professionnels, tout n’est pas facile), mais cela prouve que les équations utilisées ne sont pas une énigme insoluble… Par contre, les équations de Navier-Stokes, là oui, il s’agit d’un cas à résoudre puisqu’il fait partie d’un des problèmes du millénaire, comme je l’avais dit. Mais quand on parle de Newton, il s’agit d’équations plus simple qui se concentre sur la gravitation. La physique moderne englobe la gravitation avec la mécanique des fluides et l’élasticité des corps qui rebondissent, il s’agit d’une physique qui complète les lois de Newton mais qui leur est postérieure.

Il est évident qu’il faut résoudre des équations (quand c’est sous la forme d’une équation différentielle ou d’une intégrale ou d’une dérivée partielle, cela je le savais), et si l’on ne peut pas le faire à la main, on dispose de l’outil informatique pour avoir des solutions analytiques d’approche et c’est cette hypothèse qui m’a traversé l’esprit quand les médias ont parlé de cet ado brillant.

Le bilan est que nous ne connaissons pas les équations utilisées par le jeune Shouryya Ray, je m’abstiens de tout commentaire à son sujet, le cœur de mon article concerne directement Newton.

On m’a envoyé un message à propos de l’équation de Ray, le messager me racontant qu’il a vu l’équation, mais celui-ci n’a pas même pas daigné me la montrer alors que cela aurait été utile pour étayer le débat… Hélas. Le messager conteste même ce que j’ai dit sur Newton. Je le répète : je ne nie pas les difficultés pour tenter de résoudre les équations de Navier-Stokes, elles sont un problème concret, mais ces dernières datent de la première moitié du XIXe siècle. Claude Louis Marie Henri Navier, né à Dijon le 10 février 1785 et mort à Paris le 21 août 1836 est un ingénieur et scientifique français. Et George Gabriel Stokes (13 août 1819 – 1er février 1903), 1er baronnet, est un mathématicien et physicien britannique. Ses contributions majeures de Stokes concernent la mécanique des fluides, l’optique et la géodésie. Ainsi, ces équations dites de Navier-Stokes datent bien du XIXe siècle, donc bien après Sir Isaac Newton (mort en 1727), la physique ayant évolué depuis.

Si l’article posté par Yahoo avait évoqué les équations de Navier-Stokes, cela aurait été plus cohérent et je n’aurais pas fait autant d’histoires. Même R. C. (sur Yahoo dans le débat) était d’accord sur ce point (il est chercheur en mathématiques discrètes et il enseigne dans une grande école d’ingénieurs). Mais tout centrer sur Newton et affirmer que ses équations à lui, et lui seul, sans même citer les physiciens postérieurs (et spécialistes en mécanique des fluides), c’est inexact et c’est un oubli qu’il fallait réparer.

Puis concernant le problème à N corps, j’en ai parlé dans mon article précédent, quand j’évoquais des problèmes particulièrement insolubles en physique. C’est spécifique à la deuxième loi de Newton, ou principe fondamental de la dynamique de translation. Peut-être que le travail de Shouryya Ray concerne cette particularité, mais le problème c’est que malgré la forte médiatisation de l’affaire Ray, je n’ai jusqu’à présent toujours pas vu quelles sont les équations utilisées par le jeune allemand… Une simple copie d’écran d’une équation directement liée au travail de Ray aurait certainement intéressé les lecteurs, surtout les lycéens et les étudiants. Mais pas l’ombre d’une trace. Je vais continuer à chercher cela, il faut en savoir plus.

J’ai reçu entre temps un autre message qui m’en dit plus sur l’équation de Ray, en voici les détails :

En effet, c’est suspect, l’équation intègre l’accélération de la pesanteur alors que ce n’est pas le paramètre adéquat. J’ai réécrit à la main sur papier pour que ça apparaisse plus clair. Il aurait valu des parenthèses supplémentaires pour le deuxième terme car ça reste ambigu. Ensuite, reste à définir les autres paramètres. Je trouve même cette équation un peu trop simple. Je vais me renseigner si des forums spécialisés parlent de cette formule… Par exemple, là, je viens de voir l’expression g²/2 dans ce forum : http://www.ilemaths.net/forum-sujet-433724.html mais il s’agit d’équations différentielles couplées dans le cadre d’un problème sur l’électromagnétisme, donc rien à voir avec ce qu’on recherche.

Le sujet passionne beaucoup de monde, par exemple ici : http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20120601025135AAkuOya  On y lit une demande d’aide par quelqu’un qui cherche la démonstration de l’équation de la chute d’un projectile faite par Shouryya Ray et qui a beau chercher sur Google mais n’a rien trouvé. Moi non plus je n’ai rien trouvé. C’est frustrant. Est-ce que cette équation existe ?… D’ailleurs, dans la même page, on y voit Guillaume qui dit que l’anecdote concerne un problème qu’il a eu à résoudre pendant l’épreuve de physique d’un concours pour une école d’ingénieurs, il dit aussi que c’est vrai que passer ce genre d’épreuve à 16 ans est assez remarquable, mais il ne s’agit pas d’une révolution des sciences… J’exprime le même avis que lui, et c’est ce que je cherchais à expliquer depuis le début de l’affaire.

Juste un petit rappel que j’avais déjà évoqué : lire la page Wikipedia en version anglaise sur Shouryya Ray : http://en.wikipedia.org/wiki/Shouryya_Ray

Le texte dit ceci :

Shouryya Ray (born 1996 Kolkata, India), is a 16-year-old high school student living in Germany, who came second in the 2012 German youth science competition[1] Jugend forscht, in the category Mathematics and Computer Science. The prize was awarded for his project[2] on classical particle dynamics, which provides analytical solutions for finding the trajectory of a particle including drag and the reflection of a particle at a surface.[3] The result was covered in several news and digital media reports as a breakthrough,[4] but these articles were characterised as hype by scientists.[5] The motion of a particle subject to the forces of gravity and drag may have been published as early as 1860.[6][7]  Two mathematicians from TU Dresden have gone through the work and classify it as being exceptional for a high school student but state that all his steps are basically known to experts and emphasize that he did not solve an open problem posed by Newton.

S. Ray, né en 1996, et résidant en Allemagne, est arrivé deuxième au «concours des jeunes pour la jeunesse 2012» (Tiens ? Deuxième, et pourquoi les médias ne parlent-ils pas de celui qui est arrivé premier ?) dans la catégorie Maths et Sciences de l’Informatique. Le prix a été décerné pour son projet sur la dynamique classique des particules, en fournissant des solutions analytiques pour trouver la trajectoire d’une particule en incluant la traînée et la réflexion d’une particule à une surface. Le résultat a été relayé par plusieurs journaux et des médias numériques qui ont rapporté l’affaire comme une percée, mais ces articles ont été caractérisés comme un battage (sensationnalisme) par les scientifiques. Le mouvement d’une particule soumise à des forces de gravité et la traînée peut avoir été publié dès 1860… Deux mathématiciens de l’université de Dresde ont examiné le travail et le classent comme étant exceptionnel pour un étudiant, mais affirment que tous ses étapes sont essentiellement connues pour les experts et soulignent que l’étudiant ne résout pas un problème ouvert posé par Newton.

À mon avis, si Shouryya Ray a été récompensé, c’est que son travail est fondé, ce que je n’ai jamais contesté. Mais les médias s’y sont pris avec maladresse. Moi aussi j’ai été maladroit, je me suis embrouillé pour essayer d’expliquer au mieux cette affaire, et je me suis appliqué à apporter des corrections quand il le fallait.

Info de dernière minute, j’ai trouvé une astuce pour trouver l’équation de Ray : on ouvre Google Images, on tape les mots-clés (Shouryya Ray équation) et on regarde les images apparaître. On voit des images banales, des illustrations, des vues d’artiste, mais j’ai trouvé ça, voir ci-dessous :

On dirait de la balistique classique d’après l’image ci-dessus mais apparemment sans prise en compte de la résistance de l’air. Les vecteurs désignent des vitesses, l’un horizontalement et l’autre à la verticale. Alpha désigne l’angle du tir : l’angle de 45° est celui qui assure la portée maximale (laquelle est notée R dans l’image). H désigne la hauteur maximum atteinte par le projectile. Et v0 désigne la vitesse initiale du projectile lors du tir. Évidemment, si l’on incluait la résistance de l’air, ça se complique, mais l’image ci-dessus n’en tient pas compte.

Ci-dessus, je présume, sans en être sûr, que alpha désigne l’angle du tir par rapport à l’horizontale. Le paramètre g est a priori l’accélération de la pesanteur mais son écriture pourrait désigner tout autre chose… Les paramètres u et v, ça a peut-être un rapport avec les vecteurs des vitesses : Vx et Vy. Ou plus probablement, ça ressemble à ne équation différentielle de la forme d(v/u) = (u×dv – v×du)/u². Et le signe ARSINH est probablement l’inverse du sinus hyperbolique. Cela reste à vérifier avec le plus grand soin. D’ailleurs, aucune trace apparente des paramètres liés à la résistance de l’air, rien non plus a priori sur le rebond. La nature de l’équation reste à éclaircir, les paramètres restent à définir.

Le jeune a été récompensé car il a accompli un exploit authentique pour quelqu’un de son âge, et c’est remarquable, c’est pleinement mérité. Mais il faut nuancer : il ne s’agit pas d’une révolution des sciences, car sa découverte n’est pas une nouveauté. C’est ça que je voulais dire.

Bon, on a vu l’équation, mais on ne sait toujours pas ce qu’elle est censée décrire, concrètement…

Puis en ce qui concerne la comparaison que j’ai faite sur le degré de difficulté entre la loi simple de gravitation de Newton et les équations de la dynamique des fluides, je propose l’exemple suivant pour illustrer ce que je cherchais à mettre en évidence :

  • Cas n°1 : Il est facile de résoudre z = z0 – (1/2)×g×t² avec g = constante. Il s’agit d’un exercice classique.
  • Cas n°2 : D’une part, il faut rappeler une célèbre équation de la dynamique ( relation fondamentale de la dynamique, d’après Newton) avec f = m×am est la masse d’une particule, et f est la force exercée sur celle-ci et a est l’accélération qui en résulte. Dans le cas d’un mouvement rectiligne, si la force subie est fonction de la position (par exemple dans le cas d’un ressort) on obtient une équation de la forme m×(d²x/dt²) = f(x), d’après laquelle pour déterminer parfaitement le mouvement il faut se donner position et vitesse initiales. Et d’autre part, il est plus difficile de résoudre z = z0 – (1/2)×g×t² avec g variable en fonction de l’altitude z, tel que g = G×m/(R + z)². Et je vous montre même à quoi ressemble les solutions : http://www.wolframalpha.com/input/?i=z+%3D+v*t+-+G*m*t%C2%B2%2F%282%28R+%2B+z%29%C2%B2%29 Un problème difficile, mais que l’on peut calculer, le site WolframAlpha donne des résultats rapides. La dynamique des fluides expose donc un degré de difficulté comparable, voire plus compliqué que ça.
  • Je soupçonnais que les médias parlaient de Newton dans le contexte du cas n°1, alors que, d’après l’équation que S. Ray montre lui-même, il s’agirait plutôt du cas n°2, nettement plus compliqué. En ce sens, Ray a bien réalisé un exploit remarquable pour son âge, mais je maintiens ce que j’ai dit sur le fait qu’il s’agit d’un problème déjà résolu et connu. Ainsi, je le répète, bien que le sujet soit une performance (mais l’équation reste à vérifier), il ne s’agit pas d’une révolution scientifique, il s’agit même d’un exercice qui est proposé lors d’épreuves dans les écoles d’ingénieurs. Puis d’ailleurs, le père de Shouryya est justement un ingénieur.

Voici la copie d’écran d’un des liens cités par le Dr Large :

Tout est détaillé dans ce lien : http://math.stackexchange.com/questions/150242/teenager-solves-newton-dynamics-problem-where-is-the-paper

On remarquera que l’équation écrite sur une grande feuille par Shouryya Ray n’est pas exactement identique. On voit que Shouryya a multiplié les deux premiers termes par g/2, je me demande pourquoi. Si on divise l’équation de Ray par g/2, l’équation reste égale à une constante. Mais je suis à peu près sûr que l’équation ne vaut que pour une valeur donnée pour g (exemple : g = 9,81 m/s²), mais si l’on veut tenir compte de la variation de la valeur de g en fonction de l’altitude (g est plus faible en altitude par rapport à une valeur de g à proximité du sol) et il faudra alors exprimer g en fonction de l’altitude z, et cela compliquera nettement l’équation de Ray. C’est difficile, oui je l’avoue, mais c’est faisable, et il se peut que cela ait déjà été fait depuis longtemps. Mais de là à ce que les médias affirment qu’une équation dite de Newton est restée «irrésolue» depuis 350 ans dans le contexte ici présent, les médias sous-entendant que TOUS les physiciens ne savent pas résoudre des équations depuis Newton, je n’y crois pas une seule seconde (voir le Wikipedia anglais à l’article « Shouryya Ray, et voir les deux liens indiqués par le Dr Large). C’est le problème à N corps qui est toujours actuellement insoluble, ainsi que les équations de Navier-Stokes (qui est l’un des problèmes du millénaire) mais ici ce n’est pas exactement le même sujet, c’est hors contexte. Rappelons au passage que la physique classique de Newton est supplantée depuis un siècle par la théorie de la relativité générale d’Einstein (pour les grandes vitesses et les grandes masses seulement), et à ce niveau les équations sont nettement plus complexes, et pourtant on arrive à construire des théories malgré les difficultés.

Réexaminons l’équation de la dynamique :

  • g désigne l’accélération de la pesanteur.
  • a désigne le coefficient de la résistance de l’air, tel que |F| = m×a×|v|².
  • u et v sont des paramètres dans le cadre du mouvement d’une particule dans la résistance de l’air quadratique.

J’ai vu que Shouryya Ray a créé récemment un compte Facebook. En examinant celui-ci, j’ai aperçu une citation d’Ovide qu’il est utile de montrer ici, car elle présente un intérêt philosophique lucide :

Hé oui, si on veut avoir des roses fleuries, il faut en accepter d’abord les épines.  😉

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Quelques éléments additionnels au dossier :

Voici l’image représentant l’équation :

On dirait que chaque média a sa propre version d’équation. En science, on conserve seulement l’équation exprimée sous la forme la plus simple et réduite possible…

  • Dans ma recherche à travers le web, dans le but de trouver des journaux un peu plus critiques à propos de l’affaire Ray, j’ai trouvé quelques informations qui valent d’être signalées. Je les donne ci-dessous.
  • Le physicien Richard Fitzpatrick (de l’université du Texas, à Austin), ainsi que d’autres, ont exprimé son scepticisme à propos de ce buzz. «Cette histoire semble plutôt suspecte», dit Richard Fitzpatrick sur MSN. Ce physicien ajoute ceci : «Aucun des reportages ne donne aucun détail sur le calcul. Aucune des personnes qui ont salué Shouryya Ray comme un génie sont des scientifiques, et aucun d’entre eux donnent l’impression qu’ils ont vu le calcul en question. Il est impossible que la communauté scientifique évalue le mérite du calcul jusqu’à ce qu’il soit rendu public.»
  • Ensuite, Simon Catterall (physicien à l’Université de Syracuse) a dit dans un courriel que le calcul des trajectoires de la chute d’objets n’était pas considérée comme un puzzle particulièrement grand de la physique. Il dit : «Le fond donné dans l’article semble être assez authentique, de sorte qu’il peut être vrai, mais je n’ai pas entendu parler d’une nouvelle solution à un problème newtonien.»
  • James Binney, de l’Université d’Oxford : «Doesn’t sound too interesting to me. The resistance of air to the ball won’t be susceptible to simple analytic formulae — if the ball is of ordinary size, [greater than a centimeter] radius — the flow around it will be in the high Reynolds-number regime and involve a thin boundary layer. Such flows were extensively studied from the last part of the 19th century, so it’s true that they lie beyond Newton’s knowledge. A good approximation will be to take the drag force as pi r² rho v², where r is the radius of the ball, v its speed and rho the density of air. I’m unaware of a puzzle regarding bouncing balls. In detail the bounce will depend on the physical properties of the ball — as any squash player knows. Usually one adopts a coefficient of restitution. To be impressed we need to know details.»
  • Le physicien Michael Berry, de l’Université de Bristol : «Without seeing the details of what Ray has claimed, it’s impossible to comment intelligently. It depends crucially on how he has modeled the air resistance. But a falling body with air resistance (however modeled) is hardly a ‘fundamental unsolved problem’, as he seems to think. There’s a powerful aroma of hype.» Traduction : «Sans voir les détails de ce que Ray a déclaré, c’est impossible de commenter intelligemment. Cela dépend essentiellement sur ce qu’il a construit comme modèle de la résistance de l’air. Mais un corps qui chute avec résistance de l’air (cependant mis en modèle) est difficilement un « problème fondamental irrésolu », comme il semble le penser. Il y a un arôme puissant de battage médiatique.»

Mais ma recherche continue en fonction de faits nouveaux.

Dans le Wikipedia néerlandais sur l’article de Shouryya Ray, ici : http://nl.wikipedia.org/wiki/Shouryya_Ray on peut lire cette phrase : «Après le battage médiatique, deux professeurs allemands ont publié un document technique publié sur l’ouvrage de Ray Shouryya en ayant examiné et comparé avec la littérature existante et ont conclu que toutes ces étapes sont essentiellement connues des experts, et ont souligné qu’il n’a pas résolu un ouvert problème posé par Newton.»

Entre temps, le Pr Dr Ralph Chill m’a laissé un commentaire pour attirer l’attention sur des détails à lire ici : http://tu-dresden.de/die_tu_dresden/fakultaeten/fakultaet_mathematik_und_naturwissenschaften/fachrichtung_mathematik/institute/analysis/chill/dateien/CommentsRay.pdf  Je vais lire ce document PDF et j’en fais la traduction ci-dessous pour les francophones qui s’intéressent à l’affaire. Thanks to Dr Chill for having given this interesting data.   🙂

Je viens de lire le dernier paragraphe du document PDF en question, et j’en livre la traduction pour les francophones qui ne savent pas l’anglais. Cela devrait aussi intéresser les journalistes car ils sont concernés aussi.

  • Les auteurs du texte sont les Pr Dr Ralph Chill et Pr Dr Jürgen Voigt, experts allemands (université de Dresde) : «Pour conclure, Shouryya Ray a obtenu des solutions analytiques du problème, […], et en appliquant un résultat récent de D. Dominici dans le but d’obtenir une formule récursive pour les coefficients de la représentation des séries de Ψ. Il a alors validé ses résultats numériquement. Il a donné le niveau des prérequis qu’il a eu, il a fait un grand progrès. Néanmoins, toutes ses étapes sont basiquement connues des experts, et nous soulignons qu’il n’a pas résolu un problème ouvert posé par Newton. Nous ne savons pas comment cette déclaration est entrée dans plusieurs journaux. Apparemment, cette déclaration n’était pas approuvée par les experts, dans le champ qui doit avoir été impliqué dans l’évaluation du travail. Nous espérons que ce petit texte donne l’information nécessaire à la communauté des mathématiques, et que cela permette à la communauté de remettre à la fois cela dans le contexte et d’apprécier le travail de Shouryya Ray qui planifie de commencer une carrière dans les mathématiques et la physique.»

En conclusion, Shouryya Ray est un jeune étudiant très doué pour son âge, mais son travail n’est pas la résolution d’un problème ouvert posé par Isaac Newton. En bref, Shouryya Ray est un vrai matheux, il a fourni un travail authentique (donc ce n’est pas un canular), mais les journalistes ont voulu faire du sensationnalisme en laissant croire qu’il s’agissait de la résolution d’une énigme ouverte depuis 350 ans.

Bonne chance à Shouryya Ray, je lui souhaite la meilleure réussite, je suis sûr qu’il réussira. Et s’il explorait les nombres premiers de Mersenne ? (simple suggestion)    😉

Maintenant que tout est éclairci, il reste à comprendre comment la rumeur sur Newton est apparue. Avec la recherche chronologique sur Google, les titres apparurent dans le web francophone le 27 mai 2012 dans le site zone-ufo.com et le site fr.wikinoticia.com. Mais la source d’origine est le web anglophone vers le 23 ou 25 mai, et il reste à identifier le premier site qui a lancé la rumeur sur la soi-disante énigme ouverte par Newton. Avec les mots-clés allintitle: solves newton 350 year, je viens de trouver cette page datée du 20 mai 2012 : http://technoaction.com/indian-boy-solves-350-year-old-math-problem/?lang=he mais voici une source plus ancienne (14 avril 212) : http://www.mediahaiwan.com/350-year-newton-math-puzzle/# , trouvé avec les mots-clés allintitle: newton 350 year. C’est la page la plus ancienne que j’ai trouvée.

Dans cette page datée du 29 mai 2012 : http://datelinenews.org/shourryya-ray-solution-to-350-year-old-isaac-newton-puzzle-on-search-by-physicists/99554 , remarquons que le Dr Ralph Chill a laissé un commentaire pour donner les détails, comme il l’a fait aussi dans d’autres médias.

Parmi les pages web les plus anciennes traitant de l’affaire, il y a celle-ci (27/05/2012) : http://www.telugumuchatlu.com/2012/05/27/shouryya-ray-solves-350-year-old-puzzles-posed-by-sir-isaac-newton/ Après examen des sources anglophones, il semble bien que ce soit finalement le site Telugumuchatlu qui soit à l’origine de la médiatisation sur le prétendu problème ouvert de Newton.

Ayant nourri mon présent article sur une période de presque deux semaines, il y a encore du nouveau : je viens de m’apercevoir que la page Wikipedia en anglais sur Shouryya Ray a finalement été effacée le 5 juin… Heureusement que j’en ai repris les lignes essentielles dans mon blog car les infos m’ont été utiles. Si la communauté internationale de Wikipedia n’a pas daigné conserver les pages sur le jeune Ray, c’est que le sensationnalisme journalistique n’est pas un critère déterminant pour en faire un article encyclopédique. Néanmoins, le travail de Ray mérite d’être salué.

Malgré la suppression de l’article Shouryya Ray sur le Wikipedia anglais, des utilisateurs ont maintenu une version personnelle à jour ici : http://en.wikipedia.org/wiki/User:RonaldDuncan/Shouryya_Ray

 

 

© 2012 John Philip C. Manson

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