Wikipedia n’est viable que si la neutralité et l’objectivité s’allient

Dans Google, je recherchais le mot « quantique » et « new age » contenu dans les pages de Wikipedia.

Je suis tombé sur une page intéressante et je me permets d’en reproduire le contenu ici, l’auteur est http://fr.wikipedia.org/wiki/Utilisateur:Ellisllk  :

Le texte est sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Proposition_de_d%C3%A9bat_sur_la_neutralit%C3%A9#Proposition

Le texte en rouge et en vert est de lui.

Ellisllk propose un débat sur la notion de neutralité et sur son importance centrale au sein de Wikipédia. Il s’agit plus précisément de débattre — du moins c’est mon but — pour voir s’il faut la garder telle quelle ou s’il faut la circonscrire à un domaine restreint de Wikipédia.

Proposition

Constat

Actuellement je constate que le principe de base de Wikipédia (la neutralité) est invoqué et appliqué mais de manières différentes selon les articles. Voici quelques exemples un peu exagérés, les cinq qui suivent sont piqués sur ma page d’utilisateur) :

  • A – Un premier contributeur vient écrire dans l’article Paris qu’elle ne contient que 10 000 habitants. Que fait-on ? On corrige tout naturellement parce que ce qu’il écrit est objectivement faux.
  • B – Un deuxième vient écrire dans un article mathématique qu’en changeant la valeur de l’unité on obtient des résultats étonnants. Et pour cause, ils sont faux. Que fait-on ? On corrige.
  • C – Un troisième vient insister pour écrire que la Terre est creuse et percée au pôle et que sa religion le lui dit. Ne riez pas, Fads and Fallacies in the name of science de M. Gardner mentionne tout un paquet de cas similaires. Que fait-on ? On corrige et on se débarrasse péniblement de l’importun.
  • D – Un quatrième contributeur vient écrire que la Terre a quelques milliers d’années et insiste lourdement pour que son point de vue soit mentionné à égalité avec le point de vue scientifique. Que fait-on ? On est bien embêté et on finit par écrire un petit encart mi-chèvre mi-chou où on signale que la Bible n’est quand même pas un livre de science.
  • E – Un cinquième écrit tout un tas d’articles sur l’astrologie et la numérologie où il présente le point de vue mystique, les faits scientifiques ne sont pas mentionnables sauf à égalité avec l’autre point de vue. Que fait-on ? On ne prend pas position et on s’écrase parce qu’on ne peut pas mentionner qui a raison.

Et je pourrais ajouter les articles sur une religion, sur un théorème mathématique, sur la prononciation d’une langue…

Proposition

Je propose donc de ne plus utiliser la neutralité comme principe de base, étant donné qu’elle est intenable — et non pratiquée — pour toute une série d’articles, les articles scientifiques par exemple. La neutralité serait tout de même conservée dans les articles où elle se confond avec l’objectivité.

Bien entendu, la réalité n’est jamais aussi tranchée que ça, il faut patiemment démêler l’objectif du subjectif.

  • Pour les jugements de fait comme ceux de la science, ceux qui se prétendent scientifiques ou même ceux qui prétendent à un discours sur le réel, la neutralité est hors-sujet, du moins elle est à mettre de côté quant il s’agit d’exprimer qui a raison et qui a tort. Nous devons tout de même présenter honnêtement, sans prise de parti insultante, les affirmations non scientifiques mais en signifiant clairement et fermement qu’elles ne sont pas selon les cas, scientifiques ou fausses ou les deux.
  • Pour les jugements de valeur comme les goûts et les couleurs ou la morale, il est nécessaire d’être neutre, c’est-à-dire de présenter les divers points de vue à égalité et en signifiant que ce sont des points de vue.

La synthèse de ces deux cas est selon moi l’objectivité.

Texte par Ellisllk

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Note de JPC Manson :

Voila un wikipédien qui a compris l’essentiel, comme moi. Il a compris qu’une vraie encyclopédie est nécessairement objective, comme l’Encyclopédie de Diderot et ses confrères au siècle des Lumières, pour prétendre être à la hauteur de sa mission du partage des savoirs.

  • « Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie. »   (Jacques Prévert)

Quand Wikipedia manque d’objectivité dans la démarcation science/pseudoscience

  • Ainsi, je suis tombé assez rapidement sur l’article Biophoton. Article instructif en apparence, mais veuillez lire la page de discussion pour comprendre que le doute est la meilleure attitude à adopter : Discussion:Biophoton. Que les wikipediens ne me racontent pas avec mauvaise foi que l’objectivité n’est d’aucune utilité. Wikipedia a vraiment besoin d’objectivité. L’objectivité est une nécessité et un devoir quand on contribue à relayer des informations, et c’est l’un des devoirs de la charte déontologique du journalisme : parmi les devoirs, il y a le respect de la vérité, l’impératif de ne publier que des informations «dont l’origine est connue» ou accompagnées de réserves, et l’obligation de «rectifier toute information qui se révèle inexacte».

Copie d’écran des deux contributeurs sceptiques à l’encontre de l’article Biophoton (cliquez sur l’image pour l’agrandir) :

  • C’est inquiétant : l’article Biophoton fut créé en 2008, il y a eu monsieur Laurent Mignon (merci à lui) qui a exprimé un début d’indignation en 2009, et moi j’apporte les preuve que l’article Biophoton est une imposture. Il s’est passé environ 4 années (juin 2008 – avril 2012), un article à disposition du public, avant ma mise au point. L’absence de réactions chez les contributeurs wikipédiens c’est effarant, et le pire c’est que ce n’est pas du tout la première fois.

Quand je formule une critique, c’est quand il y a des raisons, et je m’efforce d’apporter un point de vue constructif. Je ne dénigre pas l’encyclopédie en ligne, mais il faut améliorer celle-ci avec vigilance.

Wikipedia, c’est bien, c’est pour tout public, c’est facile d’accès, c’est rapide d’accès, mais il faut lire les articles avec certaines précautions, et il ne faut pas hésiter à modifier ce qui ne va pas.

SKEPTICS, WIKIPEDIA NEEDS YOU !

Au lendemain de l’édition de la page de discussion de l’article Biophoton, un nouveau commentaire est apparu. Voir l’image de copie d’écran ci-dessous :

Affaire à suivre…

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Liste d’articles de Wikipedia sur le thème de la physique quantique mais qui présentent des références sur le mysticisme, ou sur la pseudo-science, voire le divertissement (œuvre de fiction), ou les hypothèses trop spéculatives  (ces pages ont été trouvées via Google et via l’outil des pages liées à l’article «Mécanique quantique»):

  1. Biophoton (ça on en a parlé)
  2. Esprit quantique (concept controversé, ne pas confondre la conscience qui est une propriété immatérielle émergente de la matière avec les phénomènes neurochimiques a priori quantiques et la structure neuronale ; n’en déplaise Roger Penrose, la mécanique quantique n’a rien à voir avec la psychologie)
  3. Médecine quantique (escroquerie, voir : http://jpmanson.unblog.fr/2011/03/21/larnaque-de-la-physique-quantique-usurpee/)
  4. Biorésonance (concept fumeux dérivé de la médecine quantique)
  5. Cosmologie quantique (à prendre avec des pincettes ; les phénomènes locaux et à l’échelle subatomique peuvent être décrits comme quantiques, mais pas l’univers dans sa globalité du fait de son inconciliation avec la théorie de la relativité)
  6. Instanton de Hawking-Turok  (hypothèse très spéculative ; il faut se souvenir que la géométrie non euclidienne est un outil de représentation faillible et réfutable de la réalité mais n’est pas censé être la réalité elle-même ; le concept de rayonnement de Hawking appliqué aux trous noirs est plus crédible que le concept d’instanton)
  7. Miroir quantique (thème explicitement apparenté à la science-fiction, en particulier la série télévisée Stargate SG1 ; c’est le seul cas où le mot «quantique» est présenté publiquement comme une fiction, donc à distinguer des pseudo-sciences et du mysticisme qui cachent volontairement le caractère fictif de leurs doctrines dans le seul but de tromper autrui)
  8. Univers parallèles  (hypothèse trop spéculative, c’est de la métaphysique, ce n’est plus une hypothèse scientifique ; voir ici : http://jpmanson.unblog.fr/2010/11/04/univers-paralleles-et-paradoxe/)
  9. Mioara Mugur-Schächter (sans faire une quelconque critique de la personne qui fait l’objet d’une biographie dans l’article éponyme, je dois considérer cependant que l’article qui lui est consacrée est assez flou et confus : par exemple on peut y lire une invalidation de théorème, l’expression est elle-même un oxymore, auquel cas il faudrait dire que ce n’est plus un théorème puisqu’il y a (a priori) une réfutation… ; en effet un théorème est clairement démontré, tandis que ce qui est a priori un possible théorème n’est qu’une conjecture ; dans l’ensemble du texte de l’article, ça mérite une révision profonde de la rédaction car l’on n’y comprend pas grand chose de concret)
  10. Micro trou noir (si la théorie quantique peut s’appliquer aux plus petits trous noirs, l’hypothèse de dimensions supplémentaires d’espace est très spéculative et ne repose sur aucune justification empirique qui pourrait suggérer la crédibilité de l’existence de ces dimensions ; si l’espace-temps à 4 dimensions permet de bien décrire la théorie de la relativité générale en conformité avec les faits, le concept de dimensions supplémentaires d’espace est à considérer avec précaution ; pour comprendre mon scepticisme, voir la page Théorie des cordes au paragraphe «Limitations et controverses concernant les théories des cordes» ; en effet, un ensemble d’hypothèses sans preuves empiriques ne font pas une théorie scientifique, il n’y a de théories scientifiques qu’avec l’appui de preuves empiriques au moyen d’hypothèses ayant la possibilité d’être réfutables).
  11. Seth Lloyd (je cite le paragraphe controversé : «Dans son ouvrage de vulgarisation scientifique, Programming the Universe, Lloyd déclare que l’Univers est lui-même un immense calculateur quantique exécutant un programme cosmique qui produit ce que nous voyons autour de nous ainsi que nous-même. Selon Lloyd, une fois que nous aurons une compréhension complète des lois de la Physique, nous serons capable d’utiliser des calculateurs quantiques de petite échelle afin de comprendre l’univers dans sa totalité.» ; je réponds à cela que nos connaissances des lois de la physique resteront toujours incomplète et les théories scientifiques comporteront toujours des incertitudes, je pourrais développer mes arguments, je l’ai peut-être déjà raconté, mais ce serait trop long de tout détailler ici ; pour faire court, je veux dire que le processus de construction de nos connaissances se base sur l’élimination du superficiel par réfutation des hypothèses, et le nombre d’hypothèses concevables est comparativement beaucoup plus grand que le nombre de lois physiques factuelles, et c’est parce que nous avons une représentation mathématique faillible de la réalité qui fait que cette réalité ne sera jamais directement connaissable dans toute son essence ; une quelconque théorie unique qui explique tout de façon complète et certaine c’est une chimère, une utopie qui se heurte par contradiction contre le critère épistémologique de réfutabilité : la science élimine ce qui est superflu, elle n’a pas vocation à ériger des dogmes fixes ni des vérités définitives ; seul ce qui est complet est a priori définitif, la science en soi ne sera jamais complète, elle ne vise pas un but illusoire de connaissance complète finale… Ensuite, autre paragraphe douteux : «Selon Lloyd, nous pourrions simuler dans un ordinateur l’univers tout entier dans les 600 prochaines années», or là aussi ça ne va pas, car pour simuler l’univers tout entier, il faudrait utiliser chacun des 10 puissance 80 atomes de l’univers observable lui-même pour le simuler complètement, et pour être réaliste on n’aura toujours qu’une possibilité de simuler l’univers qu’en partie, mais jamais dans sa totalité, à moins d’utiliser un ordinateur quantique, mais celui-ci ne pourra pas lui-même simuler les propriétés quantiques à l’échelle subatomique de tout l’univers observable, ce qui maintient le paradoxe).
  12. Jean-Émile Charon (un contributeur lucide fait remarquer avec pertinence que «la mécanique quantique n’admet aucune interprétation en rapport avec la conscience ou la philosophie.»)
  13. Princeton Engineering Anomalies Research (PEAR) (alors là, cet article est plus que douteux, il est même classé parmi la catégorie «Organisation de parapsychologie» et il fait partie du portail du Paranormal… Voila un spécimen classique de pseudo-science).
  14. Institut métapsychique international  (après lecture, l’article est relatif à la parapsychologie « scientifique », mais la page de discussion fait part de l’indignation des sceptiques qui se plaignent de censure et qui déclarent que sur Wikipedia la croyance au paranormal règne en maître, et que toute information critique sur les pages pro-paranormals sont très rapidement supprimées par leurs adeptes ; moi-même je suis d’accord avec ces sceptiques qui ont raison de dénoncer le prosélytisme idéologique de certains contributeurs qui se fichent absolument de l’objectivité et qui voient en Wikipedia un vecteur idéal de propagande parce que c’est un site très fréquenté et rapide à éditer)
  15. Ervin László (c’est un philosophe qui relie la théorie quantique avec le concept d’un espace nommé Akasha, ce dernier étant connu pour être une croyance védique propre à l’hindouisme et la spiritualité en Inde, et cet amalgame semble une tentative de conciliation entre la science et la religion, or ce n’est pas le but de la méthodologie scientifique ni de l’épistémologie ni des théories scientifiques. Pour en dire un peu plus, le concept de mémoire akashique est un concept ésotérique créé par la Théosophie à la fin du dix-neuvième siècle à partir d’éléments de la philosophie indienne, et ce concept est populaire de nos jours chez le New Age ; bref c’est de la philosophie, de la spiritualité, mais cela diverge de l’attitude scientifique, on ne peut pas tout mélanger. Cet auteur a écrit un livre «Science and the Akashic Field: An Integral Theory of Everything», ce qui veut dire «La science et le champ akashique : une théorie intégrale du Tout»).
  16. Holisme (ce concept consiste en une interprétation globale et synthétique de la réalité, et cela s’oppose à la pensée analytique selon laquelle chaque partie est étudiée, en ce sens le holisme est une approche différente du scepticisme scientifique fondé sur l’analyse patiente dont le but est la recherche de failles et d’erreurs ; ainsi le holisme peut-il permettre une approche épistémologique permettant le critère de réfutabilité ? ; et le holisme ne risque t-il pas de céder à l’analogisme et la métaphore plutôt que de se baser sur des relations de causalité ? ; ces questions valent d’être posées car l’article Holisme est liée à l’article Mécanique quantique dans Wikipedia… La page sur le Holisme raconte même que le concept de holisme est très polémique depuis sa création, à travers une utilisation idéologique : le terme « holitisque » est abondamment utilisé par les milieux antisciences, les mouvements ésotériques et les groupes sectaires).
  17. Ontologie (philosophie)   (la métaphysique n’a aucun rapport avec les théories scientifiques comme la physique quantique).
  18. Pierre Teilhard de Chardin (qui fut un philosophe, théologien et paléontologue français ; il avait une conception spiritualiste du cosmos ; il a récupéré des sciences hors de leur contexte comme la théorie de l’évolution pour inventer le concept de point Oméga qui serait le but ultime de l’évolution à travers les concepts de noosphère et de Christ cosmique, mais la théorie de l’évolution n’a aucun déterminisme car chaque étape évolutive des espèces est imprévisible ; il s’agit d’un cas criant d’amalgame idéologique entre la science et la religion).
  19. Paul Feyerabend (philosophe connu pour son déni de la méthode scientifique, sa position était profondément incompatible avec le rationalisme et les critères admis de la scientificité, sa position radicale consistait en l’absence de méthode au profit d’un relativisme philosophique… ; sa proche conception de la science se résume à admettre que «tout est bon» ; si sa philosophie était appliquée uniformément dans le monde, cela ferait pleurer de joie les prophètes des pseudo-sciences…).
  20. Hydrino (particule hypothétique désignant l’atome d’hydrogène dans un nouvel état selon lequel l’électron aurait une orbitale plus proche du proton ; ce concept a voulu servir à expliquer et justifier la fumeuse fusion froide ; l’hypothèse de l’hydrino est en contradiction avec les lois de la physique quantique…)
  21. Théorie de Heim  (pseudo-science très habilement sophistiquée pour mieux tromper les gens ; la théorie de Heim n’a jamais été publiée dans des revues scientifiques à comité de lecture, et sa diffusion en dehors du circuit académique est à prendre avec des pincettes… Dans le Wikipedia anglais, la théorie de Heim est classée dans la catégorie «Fringe physics», terme équivalent à «pseudo-science»).
  22. Pré Big Bang (ce modèle cosmologique peut-il permettre, lorsqu’une hypothèse est en soi fausse, d’invalider cette hypothèse au moyen d’une observation concevable ? ; il n’y a plus qu’à attendre les résultats du satellite Planck… Je suis franchement sceptique, sachant qu’un «pré Big Bang» avant même le commencement de l’espace-temps n’a pas de sens en physique…).

Sous réserve de dizaines d’autres cas…

  • Test statistique : sur 3250 pages connexes au mot « quantique » dans le Wikipedia francophone, il existerait environ 47 pages maximum a priori suspectes qui concernent des biographies de personnes, et environ 285 pages maximum a priori suspectes concernant des articles impersonnels désignant un concept ou une organisation.
  • Bilan statistique : 8 à 9% maximum des articles du Wikipedia francophone relatifs à la physique quantique seraient en fait une promotion du mysticisme quantique pseudo-scientifique ou une interprétation incorrecte de la physique quantique en reliant celle-ci à tort à des concepts philosophiques éloignés selon des degrés divers de ce qu’on attend d’une théorie scientifique ; et parmi ces articles, 16 à 17% maximum d’entre eux seraient des biographies de personnes contemporaines (ou de précurseurs) mêlées au mysticisme. En résumé, sur 100 articles qui parlent de la physique quantique, 8 à 9 au pire sont potentiellement suspects, et parmi ceux-ci on y trouve 1 à 2 articles biographiques d’un individu ayant une conception hors-sujet de la théorie quantique (un philosophe, un pseudo-scientifique ou un gourou).

© 2012 John Philip C. Manson

Critique de la charte wikipédienne du contributeur en science

Wikipedia : critique de la charte du contributeur en science.

 

  • Article 1 :    * Est considéré comme contributeur en science toute personne intervenant sur un article scientifique, quel qu’en soit le domaine (sciences de la nature, sciences formelles ou sciences humaines), et quel que soit son niveau de connaissances.

Oui, tout le monde peut contribuer à la science. Nul besoin de connaissances universitaires pour avoir un jugement scientifique objectif, l’esprit critique est la base de l’objectivité par excellence et tout repose sur celui-ci. Principe : ne jamais adhérer à une idée, une hypothèse ou une théorie mais essayer de l’évaluer en y recherchant ses défauts, ses failles, ses contradictions. Et des incohérences ont en trouve toujours, partout. Savoir ou croire importe peu, ce qui compte c’est la réfutabilité, pas la crédibilité. »

 

  • Article 2 :    * La neutralité de point de vue doit toujours être respectée : les réflexions ou opinions strictement personnelles sont bannies, et tout ce qui apparaît dans un article de science doit être issu des canaux habituels de publications scientifiques dans le domaine considéré, et les sources dûment citées (voir l’article 5).

Quel sens faut-il donner à la neutralité de point de vue ? Ici, dans la charte, je comprendrai juste que les opinions sont évitées, c’est-à-dire la suspension des jugements subjectifs. L’article 2, ici, devrait plutôt évoquer la nécessité de l’objectivité comme critère scientifique, au même titre que le critère de réfutabilité. Parler de neutralité de point de vue est inadapté en science, c’est confus : évoquer la neutralité de points de vue ça fait penser tout de suite (et à tort) à la confrontation de tous les points de vue des individus, en les mettant dans une posture d’égalité des opinions entre elles. La méthode scientifique ne se base par sur des points de vue, mais sur des observations et des expériences toujours indépendantes de la pensée, mais dépendantes des sens (comme la vue et l’ouïe). L’article 2, ici, devrait se définir non pas comme le respect de la neutralité des points de vue, mais par le respect de l’objectivité, terme plus approprié. Concernant les canaux habituels de publications scientifiques, pourquoi ne pas être plus précis en parlant des publications scientifiques à comité de lecture, comme Science Mag, Nature, Pour la Science, et La Recherche ?

 

 

  • Article 3 :    * Une encyclopédie a pour objectif essentiel de présenter la science en l’état où elle est (tant de par son histoire, son évolution, que de ses positions et niveaux de connaissances actuels). Peu importe que l’on considère qu’elle ait tort ou raison, sur un point ou un autre. Une remise en cause, de la part d’un contributeur, des idées ou théories les plus largement admises par la communauté scientifique n’a pas sa place sur une encyclopédie. Celle-ci doit se faire au sein des revues scientifiques, qui sont là pour ça.

La science, en effet, ne prétend pas à la vérité. La science procède par étapes, entre la corroboration d’hypothèses, ou leur réfutation. Les revues scientifiques à comité de lecture sont les plus adaptées pour présenter la science sous ses meilleurs atouts, dans un esprit de pertinence et de rigueur. En dehors des publications à comité de lecture, on peut trouver des articles de bonne vulgarisation scientifique, mais aussi du moins bon, je ne polémiquerai pas dessus. Certaines revues s’autoproclament scientifiques sans l’être, il arrive de trouver parfois de la littérature douteuse portée sur le paranormal et les pseudosciences. L’article 3 devrait se redéfinir ainsi : présenter la science sur l’appui des publications à comité de lecture, avec la condition que le thème scientifique abordé satisfasse au critère de réfutabilité.

En outre, l’article 3 dit qu’une remise en cause des idées ou théories admises par la science n’a pas sa place dans l’encyclopédie, c’est juste, mais l’article 3 omet de dire que les critiques contre les idées qui sont dépourvues de scientificité (hors circuit des referees) dans les articles scientifiques de Wikipedia sont pleinement justifiées, en regard de l’exigence de l’article 5 de la présente charte.

 

  • Article 4 :   * En revanche, toute idée ou théorie alternative, dès lors qu’elle rencontre un écho important dans l’opinion, peut être présentée, mais en suivant les règles suivantes : 
  • de façon toujours proportionnelle par rapport aux idées ou théories majoritairement acceptées. La proportionnalité du taux d’acceptation des idées ou théories par la communauté scientifique et par la société, quand elle est clairement établie, doit être respectée. Si une théorie alternative ne remporte que 1 % des opinions, alors son exposé au sein de l’article correspondant ne pourra pas s’étendre sur la moitié, ou même le quart, de cet article. Il devra être, grosso modo, proportionnel au taux d’adhésion de l’opinion, sauf si l’article lui-même porte sur cette théorie alternative.
  • sans perturber excessivement l’article principal concernant la théorie généralement acceptée. Une « théorie alternative » se doit, comme tout autre article, d’être traitée de façon neutre mais ne peut déborder sur l’article correspondant en introduisant de la confusion sur son statut.

Quantité ne fait pas qualité. Un écho important dans la société ne signifie pas qu’une idée, une théorie ou une croyance est vraie. Acceptation par la communauté scientifique, la plus compétente pour évaluer les théories, c’est évident. Mais la société ? Le grand public, je l’ai constaté à de nombreuses reprises, comprend mal ou a une conceptualisation erronée de certaines théories scientifiques comme la théorie de la relativité générale et la mécanique quantique. À ce niveau, seuls les scientifiques et ceux ayant reçu une formation scientifique sont aptes à parler de ce domaine sans trop commettre d’étourderies. Pour exemple, ce n’est pas parce qu’une théorie alternative est acceptée par le grand public que cela signifie que cette théorie est scientifique. Ce qui établie la scientificité c’est l’objectivité à travers des observations, des expériences, au moyen d’hypothèses réfutables. Une théorie qui n’est pas a priori réfutable est dépourvue de caractère scientifique et doit être classée à sa place, parmi la catégorie Pseudo-science, mais absolument pas parmi les sciences. Ici, l’article 4 de la charte ne satisfait pas l’exigence d’objectivité propre à la science. Pourquoi déroger à la méthode scientifique ? C’est l’objectivité elle-même qui est un principe neutre de jugement, pas la neutralité des opinions puisqu’il est clairement indiqué dans l’article 1 que les opinions personnelles sont bannies, il y a donc contradiction puisque les théories dites alternatives, directement liées à des formes de croyances ou d’idéologies, sont elles-mêmes des opinions et non pas une démarche neutre fondée sur l’observation objective des faits. Dans ce contexte, Wikipedia n’a pas fait de progrès. Mais restons optimistes, j’espère qu’un jour on verra naître une  »’charte épistémologique des contributeurs en sciences »’, c’est cette charte que j’attends, je lance un appel pour la conception de cette nouvelle charte basée sur les critères de réfutabilité et d’objectivité, et quand elle viendra, on pourra vraiment enfin parler de neutralité qui est celle de l’objectivité. En l’état actuel des lieux, j’exprime ma déception. Les théories dites alternatives n’ont pas à cohabiter avec les théories scientifiques, la distinction des domaines est une nécessité sinon ce serait contribuer à la malhonnêteté intellectuelle.

  • Article 5 :  * Chaque fait important ou original énoncé se doit d’être correctement sourcé. La possibilité offerte à tous de vérifier les informations et leurs origines est le principe même du fonctionnement de la science. Par sources, s’entendent des ouvrages spécialisés, des publications scientifiques de revues à comité de lecture, des magazines scientifiques, des sites internet de référence faisant état d’informations connues et reconnues de manière plus générale. Les informations isolées, les sites personnels de spécialistes non reconnus, les blogs, les articles de magazines non scientifiques ou non spécialisés, ou les articles de quotidiens ne sont pas admissibles.

Un fait scientifique est défini comme une observation ou une expérience. Je suppose que l’article 5 a cette définition, je l’espère. Voila, l’article 5 évoque les publications à comité de lecture. Ce qui est en contradiction avec les théories dites alternatives évoquées dans l’article 4. Alternatives dans le sens de théories scientifiques concurrentes (comme l’univers stationnaire en cosmologie) ? Ou bien alternatives dans le sens de parasciences et pseudosciences ? L’article 4 est flou, mais l’article 5 semble indiquer la première option. L’article 4 manque de précision.

 

  • Article 6 :   * Corollaire de l’article 5, seules des informations déjà publiées par les canaux cités précédemment sont admissibles. Les travaux inédits ne sont pas acceptables. Wikipédia n’est pas une revue scientifique.

Wikipedia n’est pas une revue scientifique. Le contraire m’aurait étonné. En ce sens, Wikipedia n’est pas non plus l’officine des idéologies du paranormal, de l’écologisme (qui s’oppose à l’écologie scientifique), des pseudosciences venues faire leur publicité et leur propagande. J’ai fini par comprendre que la science a un caractère minoritaire dans l’encyclopédie, tout comme les thèses irrationnelles devraient, elles aussi, rester minoritaires et ne pas déborder de leur catégorie spécialement adaptée pour elles. Tout est dit. Mais pourquoi minimiser le rôle essentiel de la science quand on sait, pour ne citer que cet exemple, que jusqu’au début de l’après-midi du 4 juillet 2011 dans l’article Venise on a pu lire des contre-vérités sur le climat dans le paragraphe “Le futur de Venise” que personne n’avait corrigé ? (voir la page de discussion de Venise). Ainsi, pourquoi tolérer des contre-vérités tout en tentant de laisser la science soigneusement enfermée dans un tiroir, oui, pourquoi ? Cette complaisance est douteuse.

 

  • Article 7 :  * Avant toute intervention autre que de maintenance sur un article de science, il est important d’avoir pris connaissance des différentes prises de décision élaborées au sein de l’éventuel projet associé.

En science, ce sont les faits qui confirment ou invalident des hypothèses dans le processus de construction, d’affinement ou d’abandon d’une théorie scientifique. En science, ce ne sont pas les consensus qui établissent la “vérité”, les faits seuls font qualité de preuves. La décision ne doit être guidée que par les faits seuls, voila un principe de neutralité : l’objectivité ! C’est pourtant simple à comprendre.

 

  • Article 8 :   * En tant que contributeur reconnaissant et adoptant cette charte, le contributeur en science s’engage à respecter et à encourager, par l’information et la maintenance des articles, le respect de l’ensemble des points qui y sont énoncés.

Ayant reçu une formation scientifique, je témoigne ma fidélité à la méthode scientifique, la plus pertinente pour juger de la valeur objective des choses. Je n’adopte pas cette charte wikipédienne, l’article 4 n’est pas conforme, il y subsiste une imprécision. Mieux vaudrait même supprimer l’article 4 de la charte, ou alors l’accepter avec la seule condition que d’une part, que les publications à comité de lecture parlent des théories alternatives, et que d’autre part ces dernières puissent a priori être réfutables. La neutralité de point de vue définie par la charte, selon moi, semble exclure l’objectivité et la réfutabilité propres aux critères de scientificité. En ce sens, Wikipedia ne prétend pas être une revue scientifique et a l’honnêteté de le dire elle-même. C’est tout de même regrettable pour la qualité de la vulgarisation scientifique, il existe des risques réels de dérives comme celui que j’ai vu dans l’article de Venise : une apparence respectable de scientificité mais l’analyse critique montre qu’il y a un problème, et ce n’est malheureusement pas un cas isolé, j’ai même vu pire. La vigilance doit se conjuguer avec la volonté de connaissance !

 

L’analyse critique ici n’a pas pour but de ternir l’image de Wikipedia, mais de montrer la nécessité de vigilance contre des dérives évitables. Wikipedia, comme elle le dit elle-même, n’est pas une revue scientifique. Je la définirais plutôt comme étant un travail collaboratif de journalisme qui rapporte tout ce qui est connu, je ne dis pas que c’est mauvais, l’initiative de base est plutôt bonne, mais vigilance en ce qui concerne les thèmes plus ou moins scientifiques et en ce qui concerne surtout la définition de la scientificité. La scientificité selon Wikipedia n’est pas la scientificité des institutions scientifiques.

 

 

© 2011 John Philip C. Manson