Méthode de Monte Carlo et évaluation probabiliste du nombre pi

Aujourd’hui, je vais parler de la méthode de Monte Carlo. C’est une technique probabiliste qui utilise des procédés aléatoires.

Le moyen classique de déterminer le nombre pi est de prendre une ficelle avec laquelle on entoure la circonférence d’un cylindre ou d’une sphère dont la valeur est divisée par le diamètre.

Le hasard peut cependant donner une approche du nombre pi. Par exemple, je définis un repère orthonormé où le point origine 0 sera le centre d’un cercle de rayon R, et le rayon vaudra 1. Le cercle est lui-même inscrit dans un carré ayant un côté valant 2R.

Par conséquent, l’aire du disque vaut pi×R² et l’aire du carré vaut 4R².

sqcirc

Supposons ensuite qu’un point apparaisse au hasard tel que ses coordonnées x et y appartiennent à l’intervalle [-1;1], c’est-à-dire que le point reste rigoureusement dans les limites du carré. Le point généré aléatoirement apparaît soit dans le disque, soit dans la zone carrée extérieure au disque lui-même.

La probabilité pour que le point soit dans le cercle est de (4 – pi) / pi = 0,2732395, et la probabilité pour que le point soit extérieur au cercle est de 1 – (4 – pi)/pi = 0,72676.

Avec ces informations, il est possible de déterminer pi à partir des scores obtenus par la génération de points aléatoires.

Algorithme :

  • On génère aléatoirement des coordonnées x et y pour définir un point.
  • On calcule la distance entre ce point aléatoire et le point origine (0;0).
  • La distance OP = racine carrée de ((x – 0)² + (y – 0)²) = racine carrée de (x² + y²).
  • Si la distance est inférieure à R, alors le point appartient au disque.
  • Mais si la distance est supérieure à R, alors le point est extérieur au disque.
  • On comptabilise le nombre de points appartenant au disque et ceux extérieurs au disque.
  • À partir de ces nombres de points aléatoires, on détermine la valeur probabiliste de pi.

 

Voici le code source d’un script Perl que j’ai conçu :

#!/usr/bin/perl
$str = «  »;
for ($try = 1; $try <= 20; $try++)
{
$cercle = 0; $carre = 0;
 for ($n = 1; $n <= 1000000; $n++)
{
$x = rand(1) * (-1) ** int(1 + rand(2));
$y = rand(1) * (-1) ** int(1 + rand(2));
# Calcul de la distance entre le point généré avec x et y dans [-1;1] et l’origine de O;i;j

$segment = sqrt($x ** 2 + $y ** 2);

if ($segment <= 1)
{
$cercle++;
}
if ($segment > 1)
{
$carre++;
}

}  # end for

$quotient = $cercle / $carre;
$valeur = 4 * $quotient / ($quotient + 1);
print « Résultat de l’expérience de Monte Carlo : $valeur \n »;
$str = « $str $valeur »;
}
print « Série : $str \n »;
Pour résumer, une série de 20 valeurs du nombre pi où chaque valeur a nécessité la génération d’un million de points aléatoires a conduit au résultat suivant :

Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.139772
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.140688
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.14104
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.141588
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.141472
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.140552
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.138912
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.142956
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.141696
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.14062
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.14042
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.141084
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.142708
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.142796
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.140104
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.141116
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.14304
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.143192
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.142144
Résultat de l’expérience de Monte Carlo : 3.144828
Série :  3.139772 3.140688 3.14104 3.141588 3.141472 3.140552 3.138912 3.142956 3.141696 3.14062 3.14042 3.141084 3.142708 3.142796 3.140104 3.141116 3.14304 3.143192 3.142144 3.144828

 

  • Statistiquement, le nombre pi vaut 3,142 plus ou moins 0,001408.
  • Et par conséquent, le nombre pi est compris dans l’intervalle [3,140592 ; 3,143408], ce qui est correct.

Les tests probabilistes sont intéressants lorsqu’il arrive que des équations ne peuvent pas être résolues, ou parce qu’on désire gagner du temps. Cette technique probabiliste peut aider à déterminer des surfaces et des volumes qui peuvent être très compliqués à résoudre par calcul direct. Dans la page wikipedia sur la méthode de Monte Carlo, on peut y lire que «le véritable développement des méthodes de Monte-Carlo s’est effectué sous l’impulsion de John von Neumann et Stanislas Ulam notamment, lors de la Seconde Guerre mondiale et des recherches sur la fabrication de la bombe atomique. Notamment, ils ont utilisé ces méthodes probabilistes pour résoudre des équations aux dérivées partielles».

 

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

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Analyse partielle de la «nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu»

Un sujet d’étude intéressant : la science dans les œuvres littéraires. Si j’ai plusieurs fois pensé à parler de la crédibilité scientifique dans certains livres (romans, essais philosophiques…), je ne l’avais pas encore fait. Le moment est venu pour le faire.

S’il vous plaît, si vous êtes un grand fan inconditionnel des romans de Bernard Werber, veuillez ne pas lire cet article…

D’après Wikipedia, on peut lire que certains critiques reprochent aux romans de science-fiction de Bernard Werber de présenter certains concepts d’apparence scientifique comme des certitudes alors que ce n’est pas le cas ; et que L’Ultime Secret illustre bien cette tendance, on peut y lire sur la quatrième de couverture la phrase suivante : « Ils vont aller de surprise en surprise jusqu’à l’extraordinaire dénouement basé sur une découverte scientifique peu connue mais réelle ». D’autres critiques assimilent la futurologie à de la pseudo-science.

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’article de Wikipedia. Mais pour se donner une idée claire des ouvrages de Werber, c’est de les lire. L’auteur qualifie parfois ses œuvres comme de la  philosophie-fiction ; je trouve ce terme pertinent et mieux adapté que celui de science tout court. Heureusement. Le style de l’écrivain est celui de la science-fiction et les contes philosophiques, et ne se proclame pas comme scientifique. La démarcation est implicite, mais cependant je me demande si le grand public prend réellement conscience de la distinction entre la fiction littéraire et la science. Les oeuvres de Werber rencontrent un grand succès, c’est de la littérature comme n’importe quels romans, et si j’avais été bien plus jeune je pense que ses livres figureraient dans ma bibliothèque parce qu’autrefois mon esprit tourmenté mélangeait naïvement les diverses influences issues indifféremment de la science ou de la fiction. Lire Werber pour se divertir et se distraire, pourquoi pas ? Toutefois, croire que de tels livres sont de la vulgarisation scientifique (au sens pédagogique) est un égarement. Je vais l’expliquer ici bas. Un égarement provoqué par les lecteurs eux-mêmes si ceux-ci ne font pas la différence entre ce qui relève de la science et ce qui relève de la littérature.

Ce qui va suivre dans mon présent article est une analyse critique. Le but n’est absolument pas de fustiger un écrivain. Tout le monde peut lire Werber à volonté. Il vaut mieux même lire pour analyser que critiquer sans même avoir lu. On peut librement se distraire en lisant des oeuvres de fiction, même moi j’en lis parfois. Par exemple, je vois en Jules Verne un très grand auteur de science-fiction, pour la qualité de son réalisme. Puis côté réalisme dans la littérature, je suis un lecteur inconditionnel de Maupassant.

À la TV, l’émission «Temps X» fut divertissante, animée par deux célèbres jumeaux (les frères Bogdanoff) dont le style à l’époque (1979) était tout à leur honneur, comparé à aujourd’hui…

Ma démarche est explicite à propos du livre : lire pour analyser, éviter de critiquer sans avoir lu, et surtout éviter de prendre de la fiction pour de la vulgarisation scientifique.

Donc pour revenir à l’objet de mon article ici, je prépare l’analyse de quelques paragraphes divers du livre «Nouvelle encyclopédie du savoir», afin de mettre en évidence une différenciation épistémologique transparente entre les faits scientifiques et la fiction littéraire liée au style de l’écrivain.

Il existe une distinction entre la science-fiction, la science fictive et la science tout court.

Ci-dessous, la relecture du livre de Werber, à travers laquelle le texte de fiction est confronté à mes arguments basés sur la vulgarisation scientifique.

ANALYSE de «Nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu»

[aux éditions Albin Michel (2009)]

Premier paragraphe intitulé «Au début» :

  • «L’univers, c’était du rien avec un peu d’hydrogène.»

Ou il n’y a rien, ou il y a tout. Le commencement de l’univers, le Big Bang, était très dense et très chaud, toute la matière était réunie, et partout. Ce n’était pas «rien».

  • «H. Et puis il y a eu le réveil. L’hydrogène détone.»

H, c’est la lettre majuscule qui désigne l’élément chimique hydrogène. L’atome d’hydrogène est constitué d’un proton et d’un électron.

Le réveil ? Le Big Bang n’est pas un état d’attente suivi ensuite par un événement soudain. Le Big Bang est le commencement de l’espace et du temps. Il n’y a pas proprement dit un «réveil» avant même le Big Bang, puisqu’il n’y avait pas d’avant. Le Big Bang existe à partir de l’existence de l’espace-temps à partir duquel on peut décrire, connaître et comprendre les lois naturelles de la physique. Avant l’espace et le temps, il n’y a rien à expliquer, c’est hors de portée de la science.

L’hydrogène détone ? La détonation est le résultat d’une combustion rapide, entre l’hydrogène et l’oxygène, par réaction chimique. Mais cela n’a rien à voir avec le Big Bang.  Le Big Bang est un état très condensé de matière exotique très chaude à partir duquel des particules élémentaires (des quarks) ont rapidement formé des atomes d’hydrogène. Mais lors du Big Bang, l’hydrogène ne s’enflamme pas avec l’oxygène car l’oxygène était absent, et en plus la température était beaucoup trop élevée pour faire des réactions chimiques.

  • «Le Big Bang explose et ses éléments bouillants se métamorphosent en se répandant dans l’espace.»

Le Big Bang n’est pas une explosion. C’est une erreur conceptuelle fréquente. Le Big Bang est une expansion de l’espace, le Big Bang n’est pas une explosion classique de matière très chaude qui remplit un espace froid infini absolument vide. Le Big Bang a eu lieu partout, en tout point de l’espace. Il n’est pas une explosion locale et isolée.

  • «H, l’élément chimique le plus simple, se casse, se mélange, se divise, se noue pour former des choses nouvelles. L’univers est expérience.»

Oui, l’hydrogène est l’élément chimique le plus simple. Plus précisément l’isotope 1 (un proton, un électron, pas de neutron(s)), les autres isotopes de l’hydrogène étant «moins simples» : le deutérium (un neutron en plus) et le tritium (avec deux neutrons) lui-même radioactif.

Mais voila, l’élément le plus simple, et parce que c’est le plus simple, l’hydrogène (constitué d’un seul proton), il ne se casse pas. La fission nucléaire concerne seulement les atomes les plus lourds, comme l’uranium et le plutonium par exemple. Les noyaux les plus légers, comme l’hydrogène, le deutérium, l’hélium et le tritium, peuvent seulement fusionner entre eux (fusion thermonucléaire) pour former des noyaux plus lourds.

Pour former des choses nouvelles, l’hydrogène n’a pas besoin de changer sa nature. Une étoile prend forme par la contraction gravitationnelle de grandes étendues d’hydrogène gazeux. C’est seulement après sa mise en forme (une sphère ou plutôt géoïde) qu’une étoile commence à rayonner sa lumière, lorsque l’hydrogène fusionne pour produire de l’hélium. De très grandes étendues d’hydrogène peuvent former des galaxies, mais quasiment toute la matière de ces vastes ensembles est composé d’hydrogène à ses débuts.

L’univers une expérience ? J’aurais formulé ça autrement. Si c’est une expérience, elle est l’œuvre d’un hasard aveugle et dénué d’intentionnalité. Philosophiquement, la science se fie plutôt au principe anthropique faible. Il n’y a pas d’expérience si l’univers n’a pas d’auteur. Une expérience nécessite des observateurs qui cherchent des résultats. Mais la question métaphysique d’un quelconque démiurge reste à jamais indécidable parce que scientifiquement invérifiable et donc irréfutable. On ne peut donc pas prouver que l’univers est lui-même une «expérience».

  • «L’ensemble de notre univers-espace-temps local, qui était composé à 100% d’hydrogène, est maintenant une soupe remplie d’atomes bizarres selon les proportions suivantes : 90% d’hydrogène, 9% d’hélium, 0,1% d’oxygène […]»

L’idée d’espace-temps local n’a pas de sens, puisque le Big Bang s’est produit partout, cela concerne tout l’espace-temps, et le résultat est le même partout. Le Big Bang n’est pas un événement qui s’est produit dans un endroit privilégié de l’univers.

100% d’hydrogène ? Ce fut le cas très tôt lors du Big Bang, mais très peu de temps (dans les 3 premières minutes). La nucléosynthèse primordiale (vers 1 milliard de degrés Celsius) a rapidement entraîné la fusion thermonucléaire d’une partie de l’hydrogène pour former du deutérium, de l’hélium, du lithium et du béryllium avant même l’apparition des premières étoiles.

Puis concernant la composition chimique de l’univers, le modèle actuel présuppose que la matière visible ordinaire ne représente qu’une petite fraction (0,3%) de ce qui existe dans l’univers, le reste étant a priori majoritairement constitué de matière noire et d’énergie noire.

Concernant la matière chimique ordinaire, ce document sur les preuves du Big Bang indique ces proportions : 75% d’hydrogène et 25% d’hélium, et les autres éléments chimiques à l’état de traces. Mais les proportions indiquées par Bernard Werber sont plutôt proches des proportions chimiques du soleil, et non celles de l’univers plus généralement : «hydrogène à 92,1 % et hélium à 7,8 %», et oxygène à 0,061%. Ma remarque est confirmée par cette phrase dans une page de La Recherche : «Dès les années 1940, les astronomes mesurent la répartition de la composition chimique de l’Univers et trouvent partout 75 % d’hydrogène, 25 % d’hélium et des traces d’éléments plus lourds».

Au lieu de l’expression confuse «espace-temps local», ou même «En ne citant que les éléments chimiques les plus répandues dans notre univers-espace-temps», l’auteur aurait dû dire plutôt «système solaire» afin de distinguer celui-ci de la composition chimique de l’univers.

Deuxième paragraphe, intitulé «Réalité parallèle» :

  • «La réalité dans laquelle nous sommes n’est peut-être pas la seule. Il existerait d’autres réalités parallèles.»

Si l’idée est séduisante, elle n’est pas (pour l’instant) une hypothèse scientifique crédible. Cette idée métaphysique de réalité parallèle est souvent évoquée dans les débats philosophiques. En physique, à propos des réalités parallèles, comment concevoir une expérience ou une observation permettant de vérifier si l’hypothèse est reliée à des faits ou de réfuter l’hypothèse à travers ces faits ? Je me pose la question depuis longtemps à propos de certaines théories, comme la théorie des cordes et certaines interprétations plus ou moins loufoques de la physique quantique. Comment prouver ou réfuter l’existence de dimensions spatiales  supplémentaires ? Comment prouver ou réfuter l’existence d’univers parallèles ? Les théories scientifiques (même les plus crédibles) sont des représentations faillibles de la nature, elles ne sont pas la vérité en soi ; mais des idées a priori non expérimentables en physique ne représentent rien de concrètement factuel… Des idées exemptes de l’appui des faits, pour moi et pour les scientifiques, sont des fables. La conviction n’est le fruit que de la preuve.

Si le concept de «matière noire» commence à trouver enfin des voies expérimentales (http://www.futura-sciences.com/magazines/matiere/infos/actu/d/physique-detecter-matiere-noire-grace-rmn-48829/#xtor=EPR-17-%5BQUOTIDIENNE%5D-20130911-%5BACTU-Detecter-la-matiere-noire-grace-a-la-RMN–%5D), le concept d’univers parallèles reste invérifiable à ce jour.

  • «Par exemple, alors que vous lisez ce livre dans cette réalité, dans une autre réalité vous êtes en train de vous faire assassiner, dans une troisième réalité vous avez gagné au loto […]»

L’idée des univers parallèles est fortement inspiré de la physique quantique, mais ce qu’on appelle la superposition d’états concerne les très petites échelles d’espace. À notre échelle macroscopique, la décohérence quantique rompt cette superposition. Les univers parallèles, jusqu’à preuve du contraire, appartiennent à la science-fiction. Il convient de se souvenir que les modèles mathématiques sont une représentation faillible de la réalité, ils ne sont pas censés être la réalité elle-même, ni ne sont censés se substituer à la réalité pour dire que les maths elles-mêmes sont la trame et la cause de la réalité. Ce genre d’inversion de cause à effet est similaire au débat stérile comme celui du paradoxe de l’oeuf et de la poule, ainsi que certains détails des thèses créationnistes qui tentent de convaincre que la conscience précède la matière, alors que la conscience ne peut exister sans structure matérielle (les réseaux de neurones et réseaux neuromimétiques : pas de pensée sans cerveau).

  • «Pour un physicien quantique il est acceptable de dire que le chat est à 50% mort et à 50% vivant.»

En physique quantique, on dira plutôt que la superposition d’états indique que le chat de Schrödinger (rappel : c’est une expérience de pensée, et le chat est allégorique et fictif) est à la fois mort et vivant. Il est vrai que c’est une question de probabilités.

  • «[…] il existe une personne qui sait si le chat est mort ou si le chat est vivant même sans ouvrir la boite : c’est le chat lui même.»

À première vue, c’est logique. Mais le chat est fictif, il sert à représenter le comportement des particules à l’échelle subatomique. Les particules élémentaires, elles, n’ont pas de conscience, la matière inerte n’a pas conscience de son propre environnement…

Les êtres vivants les plus simples, les virus, sont composés de quelques centaines ou milliers d’atomes. Un codon d’ADN ou d’ARN se compose lui-même de moins de 100 atomes. Imaginer une forme de vie dont la taille est en-deçà de la taille minimale d’un gène est un non-sens en biochimie et en génétique. À l’échelle subatomique, donc à une dimension inférieure à celle d’une seule molécule, la superposition d’états se produit chez les particules concernées, mais à cette échelle il n’existe aucun observateur…

  • «De toutes les planètes connues, la Terre est la plus complexe.»

Au niveau des phénomènes biochimiques et biologiques, oui c’est vrai, la complexité est à son paroxysme en ce qui concerne la vie sur Terre. Mais au niveau des phénomènes géologiques, la Terre est aussi ordinaire qu’une autre planète. L’une des grosses lunes de Jupiter, Io, se caractérise bien par une activité volcanique et tectonique assez complexe, par exemple.

  • «[…] deux forment de vie qui culminent par leur intelligence. Les hommes et les fourmis.»

Les fourmis sont des insectes sociaux. Cependant, il s’agit d’une forme d’intelligence collective et décentralisée, une forme d’intelligence assez simple en somme, mais qui assure la survie de leurs espèces (il y a de nombreuses espèces de fourmis) depuis au moins 100 millions d’années, ce qui est remarquable. Les abeilles sont moins connes, car moi je mange du miel, ce que les fourmis ne fabriquent même pas… 😉 Les abeilles et les fourmis forment une même famille : les hyménoptères.

Quant à l’intelligence humaine… J’en doute… On ne peut pas mesurer ce qu’on appelle «intelligence», car ce n’est pas vraiment bien défini. Les tests de QI présentent une marge d’incertitude trop importante et qui interdit par conséquent de conclure sur les résultats de façon objectivement fiable ; mes arguments ici :  https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/24/experience-statistique-sur-9-tests-de-qi/

L’intelligence animale est particulièrement le fait des mammifères comme les singes anthropoïdes, de certaines espèces d’oiseaux comme les corvidés, des chiens, des éléphants, des dauphins…

  • «Autour d’un atome, on trouve plusieurs orbites d’électrons. Certains sont tout proches du noyau. D’autres sont éloignés.»

Le mot «orbite» est plutôt utilisé en mécanique céleste et en astronomie. Pour les électrons autour d’un noyau, on parle d’orbitales.

Il peut n’y avoir qu’une seule orbitale : c’est le cas de l’atome d’hydrogène et de l’atome d’hélium. Dans ce cas, il s’agit de l’orbitale 1s². Au-delà de l’hélium, les atomes possèdent plusieurs orbitales.

Puis, un électron proche ou éloigné du noyau, c’est trivial… Éloignement très relatif, car à l’échelle de l’atome, une orbitale a une taille d’environ un dixième de millionième de millimètre.

En physique, les orbitales électroniques ne sont pas des orbites précises, la structure de l’atome est assez floue, entachée d’incertitude quantitative sur la position, la masse et la vitesse des électrons. On parle alors de nuage électronique.

  • «Déplacer un électron d’une couche basse pour l’amener à une couche plus haute, […] : il rayonne, […]. Par contre, si on déplace un électron d’une orbite haute pour l’amener dans une orbite plus basse, c’est le contraire qui se produit.»

À vrai dire, l’écrivain a inversé le phénomène décrit, c’est le contraire qui se produit.

En fait, l’électron passe d’une orbitale basse vers une orbitale haute quant il a absorbé un photon, donc il ne rayonne pas de photon…

En effet, d’après le spectre de l’atome d’hydrogène, lorsque l’électron passe d’un niveau élevé à un niveau plus bas, il émet un photon dont l’énergie vaut la différence entre celles des deux niveaux ; ainsi, la lumière émise ne peut prendre que quelques valeurs discrètes ; c’est ce que l’on appelle son spectre.

D’après le texte de Werber, il faut déplacer un électron, mais justement pour déplacer un électron vers une orbitale plus éloignée du noyau, il faut exercer quelque chose dessus : en envoyant un photon que l’électron absorbe. Dans le cas d’un atome excité, quand un électron passe d’une orbitale haute à une orbitale basse, il gagne de l’énergie qu’il doit donc céder en émettant un photon. Mais lorsque l’atome est à son état fondamental, l’électron qui passe d’une orbitale basse vers une orbitale haute ne peut le faire que s’il absorbe un photon incident dont l’énergie est égale à la différence des deux niveaux des énergies des orbitales.

  • Ensuite, Werber parle d’un «neuropsychologue américain, le professeur Rosenzweig,  de l’université de Berkeley, qui a voulu connaître l’action du milieu sur nos capacités cérébrales». Werber cite aussi une expérience faite sur des hamsters, et raconte que les hamsters ayant été occupés à diverses activités présentaient des différences corticales par rapport aux hamsters qui étaient restés oisifs.

Werber précisa pour les hamsters actifs que leur masse corticale était de 6% de plus que le groupe témoin, et la taille des neurones était 13% de plus que ceux du groupe témoin.

J’en déduis moi-même que la densité des neurones des hamsters actifs aura diminué de 26,5% par rapport à la densité des neurones des hamsters oisifs. Pourquoi n’y a t-il pas conservation de la densité ? Quelles molécules se sont accumulées dans les neurones actifs ?

Rosenzweig est le nom de plusieurs scientifiques homonymes. Comme on ne connaît pas le prénom du professeur, je dois rechercher sur Google afin de savoir de quel savant il s’agit. Je découvre qu’il s’agit probablement de Mark R. Rosenzweig (1922-2009), c’était un authentique chercheur américain spécialisé dans l’étude de la neuroplasticité animale. Rosenzweig a montré que le cerveau animal ne devient pas mature à l’issu de l’enfance mais qu’il continue de se développer et de se remodeler, de s’adapter.

L’expérience de Rosenzweig, narrée par Werber, fut réalisée en 1947, mais avec des rats, pas avec des hamsters.

Puis en réalité, Rosenzweig a montré qu’un environnement enrichi (des jeux pour les rats) augmentait l’activité d’une enzyme : la cholinestérase. Une enzyme c’est une protéine. C’est seulement en 1962 qu’il a découvert que l’activité ludique des rats entraînait une augmentation du volume de leur cortex. En 1987, Rosenzweig publia un livre : «Enriched and Impoverished Environments: Effects on Brain and Behavior» (Environnements enrichis et appauvris : effets sur le cerveau et le comportement).

Vu sur un blog de WordPress, un extrait de l’encyclopédie de Werber :

  • «L’humanité a connu trois vexations.»
  • «La première c’est Nicolas Copernic qui a déduit de ses observations du ciel que la Terre n’était pas au centre de l’univers.»
  • «La deuxième c’est Charles Darwin qui a conclu que l’homme descendait d’un primate et était donc un animal comme les autres.»
  • «La troisième c’est Sigmund Freud qui a signalé que la motivation réelle de la plupart de nos actes politiques ou artistiques était la sexualité.»

Trois vexations ? J’aurais formulé ça autrement. Des (vraies) découvertes scientifiques sont des bienfaits. La science est significatrice de progrès. La science n’est pas un châtiment, elle est un outil qui sert l’humanité.

Nicolas Copernic, mathématicien et astronome, a énormément contribué à la science, un pas de géant. Il a brisé un tabou. À partir de son travail, on a peu à peu compris que les faits ont prévalence sur les dogmes bibliques. C’est un bienfait de s’affranchir des croyances qui font de nous des esclaves de l’absolutisme et de l’obscurantisme.

Ensuite, Darwin s’est appuyé sur des fossiles et des données géologiques pour étayer sa théorie de l’évolution des espèces, montrant que l’Homme n’est pas une création divine mais un animal ordinaire parmi les autres. C’est un bienfait de mieux connaître notre propre espèce et de comprendre l’organisation de la vie. Là encore, la science prévaut aux dogmes bibliques. La science enseigne des connaissances factuelles, elle apprend à observer et expérimenter. La religion n’enseigne qu’à croire et à obéir. De nos jours encore, certaines mouvances font propagande de doctrines créationnistes (qui se proclament de la science qu’elles rejettent pourtant) selon lesquelles la Terre n’a que 6000 ans et que l’Homme fut créé directement par Dieu (et parfois disent que l’Univers fut créé par une intelligence transcendante (Intelligent Design).

Freud ? Il a institué un dogme tenace (la psychanalyse), sans l’appui de preuves. Il n’y a pas d’observations cliniques comme bases à la psycho-théorie de Freud. L’idéologie de Freud est un dogme entièrement construit sur des interprétations personnelles imaginaires, subjectives et fictives. De plus, la doctrine de Freud est homophobe… La psychanalyse est une pseudo-science.

La véritable vexation, la véritable honte, c’est la survivance tenace de dogmes obscurantistes (dont certains dogmes s’autoproclament scientifiques) à notre époque. Voila le vrai scandale.

Comme on a un bon aperçu des deux paragraphes traitant de science dans le livre de Werber, ainsi qu’une analyse intéressante qui en a résulté, je pense qu’il n’est pas nécessaire de continuer d’analyser le reste du bouquin, je vais m’en arrêter là, l’analyse a été suffisamment concluante…

Je clos l’analyse critique de cette «nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu» par une citation de Bernard Werber lui-même : «Allons jusqu’au bout de nos erreurs sinon nous ne saurons jamais pourquoi il ne fallait pas les commettre».

Quelle ironie.  😀

BIBLIOGRAPHIE ET VULGARISATION SCIENTIFIQUE

  • Comme j’aime (et préfère) les bouquins scientifiques intéressants, et si d’éventuels lecteurs sont en quête désespérée de livres plus rigoureux, je recommande le livre d’un des plus grands mathématiciens actuels, Cédric Villani, «Théorème vivant» (éditions Grasset), dans lequel il expose les étapes de ses recherches en mathématiques sur « l’amortissement de Landau » et l’équation de Boltzmann. Passionnant et instructif. À voir absolument. Contenu compréhensible surtout par ceux qui ont un background scientifique (mais les scientifiques ne comprennent pas toujours leurs collègues, lol).
  • Autre livre que je recommande : « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » par Normand Baillargeon. Très intéressant.
  • Je pense personnellement que les gens désirant s’informer via la vulgarisation scientifique doivent s’appuyer sur des bases scientifiques non ambiguës et adaptées, avec l’aide d’un certain contrôle académique. MM. Villani et Stephen Hawking sont d’excellents exemples de vulgarisateurs.
  • Dans des livres de styles plus littéraires, la science est souvent romancée, parodiée, caricaturée, la science se laisse construire une image faussée, biaisée et/ou lacunaire dans l’esprit du public, et je trouve cela dangereux. Par exemple, je connais un lecteur de vulgarisation scientifique, et qui croit à tort que les connaissances révélées sont absolument définitives et inaliénables, alors que la science a une démarche de remise en question de tout. En effet, la science n’est pas une accumulation de vérités, mais une attitude iconoclaste qui brise des «certitudes», en remettant à plat les données du réel et les interprétations construites sur tout cela. Créer des vocations scientifiques peut passer par des méthodes ludiques, amusantes, divertissantes (comme l’opération «La main à la pâte»), pourvu que le rôle didactique soit rempli, en montrant ce qu’est vraiment la science à travers la méthode scientifique et à travers les critères épistémologiques. Ce que je veux dire, c’est qu’il existe un danger latent : des personnes ont une vocation soudaine pour la science, mais à travers de la mauvaise vulgarisation, ces personnes tombent des nues quand elles entreprennent des études scientifiques, leur déception envers la science peut entraîner un rejet, et pire, une dissuasion par les déçus envers d’éventuels néophytes sur le point d’avoir une vocation scientifique. Présenter ce qu’est vraiment la science, sa définition, ça évite bien de mauvaises surprises. La science, c’est de la logique, de la rigueur, une exigence d’objectivité, la nécessité d’observations et d’expériences. La science n’est pas exactement de la philosophie, la science accepte toutes les hypothèses, seulement si celles-ci ont la possibilité d’être réfutables. La philo est un argumentaire d’idées orientées par la raison des philosophes. La science, elle, repose aussi sur des arguments, mais ceux-ci sont nécessairement appuyés par des faits, au moyen des observations et des expériences. La science n’est pas de la métaphysique. Les fables, elles, n’appartiennent qu’aux conteurs… et aux politiciens… La vulgarisation scientifique, bref, ça peut être aussi un jeu, mais un jeu sérieux avec lequel on ne peut pas se permettre de faire et dire n’importe quoi, surtout s’il y avait une quelconque idéologie sous-jacente. Dans les livres, avec les livres, tout est possible, oui, y compris d’apprendre des erreurs, des préjugés, des concepts eux-mêmes mal compris, y compris le risque de transmettre ces erreurs à notre tour. Non, il n’est jamais trop tard pour réagir. Lire, apprendre à lire, qu’est-ce que c’est, finalement ? Répéter phonétiquement les mots ? Pas seulement. Comprendre le sens des mots ? Pas seulement. Comprendre le sens des concepts ? Oui, mais pas seulement. Apprendre vraiment à lire des livres, en particulier des livres de vulgarisation scientifique, c’est comprendre d’abord le contexte raconté, puis ensuite procéder à une patiente analyse critique avec l’aide de connaissances acquises ou nouvelles qui servent à croiser les informations. Ainsi, c’est par les comparaisons que l’on débusque les contradictions et les erreurs dans les bouquins. C’est la politique même de mon blog ici. Même de bons livres peuvent contenir au moins une erreur. Exemples de preuves ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/28/une-erreur-dans-un-livre-de-thermodynamique-pour-ingenieurs/ et là : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/ et un prof démontre l’existence d’un manque de travail critique : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/03/22/contre-le-plagiat-un-prof-piege-ses-eleves/

Pour ainsi dire, j’aime beaucoup la littérature. Cela dépend des styles. Et cela dépend aussi de la façon dont la science est représentée dans la littérature. Les auteurs eux-mêmes font leur métier par passion, les lecteurs aiment lire. Une façon plus profonde de lire est de réfléchir sur ce qu’on lit, surtout dans l’expression de phrases qui évoquent la vérité, la connaissance, la science. Dès que ces expressions apparaissent, je deviens extrêmement sensible et éveillé qu’un sismographe à l’affût.

Ne jamais signaler des erreurs dans la littérature quand elles concernent plus ou moins directement les sciences, ce serait trahir l’esprit humain, ce serait déshonorer notre mission, ce serait discréditer ce que nous savons ce qu’est la science. C’est un devoir de faire un compte-rendu des erreurs que l’on découvre. Le grand public a le droit d’être informé. Si créer des vocations scientifiques est une nécessité, il faut aussi que de nouvelles générations de vulgarisateurs scientifiques reprennent le flambeau quand les plus anciens ne seront plus là pour ce travail. J’aurais trop peur que cet esprit de résistance s’arrête un jour, que le peuple devienne peu à peu anesthésié par les médias, peur que les fictions l’emportent sur les faits, pour longtemps.  N’attendons pas que nos libertés soient en péril pour réagir. La littérature gentillette comme celle que j’ai analysé ici, ça peut céder la place à de la littérature plus hard dont les auteurs sont de dangereux gourous, avec leur programme de déprogrammation des cerveaux et d’embrigadement des jeunes. La transition de la façon de penser, dans la société, peut être rapide. Basculer dans l’obscurantisme est plus rapide qu’on ne le croit. N’importe quel secteur d’activité est vulnérable aux dérives. La science n’échappe pas à cette éventualité, et c’est pourquoi j’en parle. Le domaine de la vulgarisation scientifique est un terrain vulnérable, il faut agir de façon à ce que le public connaissent d’abord ce qui définit la science avant d’accumuler des connaissances issues de divers médias de toutes sortes. Même au sein de la vulgarisation scientifique, il existe un début de dérives.

Quelques pistes pour prendre conscience que, entre science et journalisme, c’est bancal :

Je vous le dis : jusqu’où ces dérives peuvent-elles conduire si aucune initiative d’analyse critique pour les contrer n’est décidée ?

Pour terminer, qu’est-ce qu’une encyclopédie ? Sa définition ? Comparer entre l’encyclopédie des arts et des sciences à l’époque de Diderot et Voltaire, et l’idée actuelle d’une encyclopédie à l’ère d’Internet ? Je pense que ce mot a vraiment perdu de sa saveur…

Ce présent article n’est pas une critique des qualités littéraires d’un écrivain, ni même une attaque personnelle. L’article dresse ici une analyse lucide sur l’amalgame  entre la création littéraire et la prétention à la vulgarisation scientifique, en montrant utilement l’existence nécessaire d’une démarcation entre fiction littéraire et faits objectifs. Je n’ai personnellement rien contre la littérature, la science-fiction et l’imaginaire, je suis moi-même occasionnellement lecteur de ces ouvrages, je fais seulement remarquer que l’on ne peut pas tout mélanger et prendre le risque d’induire les lecteurs dans des concepts erronés présentés à tort ou à travers comme des concepts scientifiques éprouvés. En effet, on ne peut pas affirmer que la science-fiction est de la science, ni que des romans sont tous basés sur des faits réels. On peut dire science-fiction et philosophie-fiction pour un roman subjectif, mais pas y attribuer l’appellation de vulgarisation scientifique. Sinon, à ce moment-là il faudrait déclarer que les livres de Tolkien («Le seigneur des anneaux») sont aussi des références scientifiques solides, ce qui serait vraiment absurde.  😉

Et pourtant, suite à la publication de ce présent article, au moins un lecteur fan de Werber m’a toisé en me disant aveuglément que c’était moi qui était égaré et que le romancier disait des vérités scientifiques irréfutables… Tsssss. Quelle mauvaise foi…

© 2013 John Philip C. Manson

Comment donner le goût d’apprendre ?

Comment donner le goût d’apprendre ? C’est une question difficile, tant parce que tous les gens sont différents que par les méthodes que l’on ne peut pas généraliser. Je pense qu’il existe autant de méthodes que d’élèves.

Si l’illettrisme des jeunes est un problème préoccupant, il y en a un qui l’est tout aussi : l’illusion de connaître. Croire savoir est aussi périlleux que de ne pas savoir lire et écrire. Croire toutes les infos comme vraies, c’est aller droit dans le mur. Apprendre, voila un mot dont le sens doit être soigneusement approfondi. Apprendre quoi ? Pour qui ? Pourquoi ? Se poser des questions est toujours sain. Mais donner des réponses toutes faites, définitives, c’est risquer de ne pas avancer.

Apprendre à lire et à écrire, c’est une étape très importante de la vie. Mais cela n’est qu’une partie des outils nécessaires à notre vie. Il faut aussi apprendre à différencier les infos, à les disséquer pour évaluer leur pertinence, exiger des faits. L’aptitude au questionnement critique est indissociable de la capacité de lire et d’écrire. Savoir lire et écrire ne suffit pas. On peut être capable de bien lire mais sans avoir de recul critique, sous peine de croire n’importe quoi. Il n’y a qu’à voir par exemple l’inquiétude de certains internautes qui croyaient à l’imminence de la fin du monde du 21 décembre 2012. Je pensais que ces peurs irrationnelles appartenaient à une autre époque (le haut Moyen-Âge), mais cela perdure toujours, malgré que tout le monde aille à l’école…  C’est affligeant…

Le manque d’attitude critique est un vrai problème de société. La crédulité peut faire des ravages et conduire à des dérives, comme les sectes et le business du paranormal.

Nier la nécessité de l’esprit critique, c’est comme empêcher les gens de lire et d’écrire. C’est au même niveau. La négligence de cette priorité se paye par une lente dégradation de la pensée. Ne pas savoir lire ni écrire est un problème (ce n’est pas un crime non plus, il n’y a évidemment pas de coupables mais seulement des victimes), mais l’absence d’esprit critique est aussi un problème sérieux.

De nos jours, avec cette merveille qu’est Internet, beaucoup prennent l’habitude (mauvaise) de copier et de coller du texte pour relayer des informations, sans même y faire la moindre analyse objective. C’est fréquemment le cas des élèves qui recherchent sur Google et qui puisent dans l’encyclopédie Wikipedia le plus souvent. Le patient travail de documentation, ça devient apparemment pénibles pour certains. Certains sont tentés par le plagiat (des élèves, par facilité, pompent des textes pour faire leurs devoirs). D’autres, très nombreux, se satisfont des réponses simples, toutes faites, et ne se posent pas de véritables questions, ni ne remettent rien en question (ils devraient pourtant se botter violemment le Q dès le matin).

Il n’existe pas d’informations infaillibles. La fiabilité des informations n’est jamais garantie d’avance. Ni dans les livres, ni sur Internet. Seul un travail d’analyse permet d’évaluer la solidité des infos.

Il ne faut jamais prendre l’habitude de considérer la lecture, l’écriture et encore moins l’esprit critique comme une corvée que l’on doit s’acquitter le plus rapidement possible… Lire, écrire, analyser, ce sont des outils utiles et indispensables.

Accéder à la connaissance repose sur une méthode assez simple, mais qui demande du travail et de la volonté. Vouloir apprendre, voila la base. Explorer, enquêter, y trouver du plaisir, c’est comme un jeu ou un loisir. Mais prendre des outils essentiels comme une corvée pénible, c’est se destiner à ne rien faire. Lire, écrire, douter, ça ne s’applique pas forcément aux domaines intellectuels comme les sciences, cela peut concerner le bricolage et les inventions, voire l’artisanat. Dans ces activités-là, aussi, on trouve toujours l’occasion de devoir se documenter pour appliquer une méthode, innover ou créer quelque chose en expérimentant, découvrir une connaissance, ou même transmettre un savoir-faire.

Apprendre ? Il faut commencer par le vouloir. Ensuite, il est bon de savoir qu’il faut de la patience. Aller vite ne sert à rien et c’est contre-productif. Une corvée apparente peut se révéler comme un véritable outil utile, parce qu’il existe au moins toujours une situation où un apprentissage s’applique dans un contexte plaisant et ludique. Puis il faut de l’auto-discipline, être responsable face à son devoir. Vraiment, ça n’a pas d’importance en ce qui concerne qui arrivera premier ou dernier, chacun a son rythme, pourvu que l’on y arrive. Apprendre, c’est un défi d’abord lancé à soi-même et pour soi-même ; ce n’est pas une compétition entre des rivaux qui comparent leurs notes de leurs devoirs de classe.

Apprendre, c’est aussi vouloir avancer, et pour cela il faut ignorer ce venin nauséabond que sont les critiques négatives pessimistes dévalorisantes humiliantes (souvent les marchands de conseils qui vous prennent de haut ne connaissent absolument rien du domaine qui vous concerne). Pour avancer, il faut juste se poser les vraies bonnes questions, et admettre aussi les critiques quand celles-ci sont fondées et quand elles sont constructives.

Si apprendre était vraiment une corvée insurmontable dans tous les domaines, la vie serait insupportable… On a pourtant tous appris à marcher ou à faire du vélo, et pourtant ce ne sont pas les chutes accidentelles qui ont arrêté notre détermination et notre motivation. Sinon, nous marcherions tous à 4 pattes.  😉

Je pense qu’il est plus urgent que l’école se réadapte pour remplir ses objectifs, plutôt que de pointer du doigt les mauvaises habitudes critiquées sans que rien ne soit fait pour que ça change. En commençant par exemple à armer les élèves d’esprit critique, et trouver une façon ludique de le faire.

Apprendre n’est pas inné. Et nous disposons autant de temps les uns par rapport aux autres. Tout est affaire de gestion du temps, de ce qu’on en fait. Est-ce que ce que l’on fait est vain (avec le sentiment proche de tout abandonner) ou doit-on continuer à croire (et surtout de connaître) la valeur de notre travail malgré tout ? The show must go on ! Oh yeah !

  • À voir : http://fannypissoort.wordpress.com/2012/04/24/quest-ce-que-lesprit-critique/ (ce blog remarquablement bien écrit était prometteur mais il semble abandonné depuis mai 2012, avec seulement quelques articles en tout, mais le but n’est-il pas que les internautes développent et utilisent l’esprit critique par eux-mêmes et pour eux-mêmes à partir d’une base simple ?). 

© 2013 John Philip C. Manson

L’échec de la communication scientifique

Liens connexes :

La science actuelle souffre d’un gros problème de communication à travers la vulgarisation. Tout le problème, ou la majeure partie, prend sa source dans la médiatisation. J’observe un fossé entre les professionnels de la science et les vulgarisateurs amateurs avec le grand public. Néanmoins il existe des émissions de vulgarisation intéressantes, comme «C’est pas sorcier» sur France 3, ainsi que l’émission «Prouve-le» sur la chaîne Gulli. Ces exceptions montrent l’insuffisance d’émissions de vulgarisation scientifiques.

D’un côté, il y a ceux qui savent chercher et trouver, c’est le travail ou la passion de ceux qui s’adonnent à la science. Mais qui ne savent pas forcément communiquer.

D’un autre côté, il y a les orateurs habiles, ceux qui savent capter l’attention des foules, qui savent utiliser les médias à leur profit. Mais un grand charisme journalistique ou télévisuel ne signifie pas forcément des compétences en sciences… À mon avis, il manque trop de journalistes scientifiques pour les sujets scientifiques traités, tout me paraît confié à des personnes plus littéraires de formation plutôt qu’étant de formation scientifique.

Réunir ces deux facettes (la maîtrise des sciences + la communication) est un atout imparable. Savoir communiquer la science, partager une passion et des connaissances, et faire naître des vocations, voila une qualité rare. Qui a ce talent parmi nos contemporains ? Je me souviens de Michel Chevalet comme d’un journaliste scientifique brillant, avec sa fameuse phrase qui a marqué durablement les mémoires : «Comment ça marche ?». Sans oublier Richard Feynman, professeur et prix Nobel de physique, il a publié des livres qui font de lui un grand vulgarisateur scientifique. Ils ont mon éternelle reconnaissance.

À l’opposé de la démarche honnête et louable des vulgarisateurs scientifiques, il existe une autre facette, le côté obscur de la science. Bien souvent, la véritable information scientifique donnée par les travaux de vulgarisation est noyée dans une grande masse de désinformation et de déformation de la «vérité» scientifique. Cette noyade a pour cause l’utilisation outrancière et efficace des médias par des individus qui ne montrent pas ce qu’ils sont vraiment : des imposteurs.

L’imposture en science se reconnaît aisément : un imposteur publie des croyances, ou des thèses philosophiques ou métaphysiques, ou des considérations pseudo-scientifiques et fait abusivement passer celles-ci pour de la vraie science en utilisant le plus souvent possible les médias (TV, radio, internet, presse…) comme s’il recherchait la reconnaissance, l’admiration et l’amour du public et sans jamais passer par une publication scientifique à comité de lecture comme arxiv.org, sciencemag.org, pourlascience.fr, cnrs.fr, cern.ch…

Bref, en dehors du circuit scientifique, les théories sont sans garantie. Les comités de lecture par des pairs sont un garde-fou afin de préserver la science de divers abus. Cela réduit ainsi de beaucoup le risque d’erreurs, mais l’absence absolue d’erreurs est un mythe. Comme l’argument d’autorité n’est pas un critère de scientificité, cela veut dire qu’une référence ayant un statut scientifique crédible ne signifie pas qu’elle soit exempte d’erreur, ni qu’elle soit dispensée de toute critique et de réfutabilité. Ne jamais oublier ça… Même le système de régulation dans la communauté scientifique a ses failles, notamment via l’attribution controversée de thèses (cf. Mme Tessier, astrologue, à la Sorbonne ; et l’affaire des célèbres frères B.)

L’imposture scientifique se reconnaît dans son impossibilité ou son refus de se soumettre à la réfutabilité des affirmations que l’imposture prétend. L’imposture se reconnaît aussi à son langage flou, abscons, à l’utilisation d’anecdote et de témoignages, ainsi que par l’absence de référence directe à des faits.

La confusion du public entre la vraie science et l’imposture vient de ce que le grand public ne comprend pas ce que les scientifiques racontent, tout simplement parce que souvent le grand public n’a pas les bases requises pour comprendre les sujets scientifiques abordés. Quand la chimie ou la physique ne passionnent pas forcément les jeunes, les sciences sont rapidement oubliées avec le temps qui passe, abandonnées comme de vagues souvenirs. L’école ne sait pas susciter l’éveil ou la curiosité, ni des vocations scientifiques. L’école ne sait, encore moins, éveiller à un recul critique et analytique, et ça ne fait qu’accroître l’abîme.

Pour exemple, quand le web fait une propagande médiatique sur le moteur Pantone, l’attitude du public est souvent l’absorption passive et crédule de l’info, sans la moindre attitude sceptique, en prenant même (à tort) l’info pour vraie, comme ça. D’une part, le niveau scientifique requis pour comprendre pourquoi le moteur Pantone ne peut pas marcher est celui du lycée (niveau 1ère ou Terminale S), mais pourtant, de nos jours, beaucoup de gens passent leur Bac (et avec statistiquement plus de 85% de succès)…

Ou le grand public est crédule, ou il n’a aucune envie de comprendre comment ça marche parce que ça ne l’intéresse pas. Quand une chose intéresse quelqu’un, la personne cherche à comprendre tous les mécanismes, à essayer et à explorer. Un bidouilleur en informatique qui s’intéresse aux ordinateurs et à la programmation finit par cumuler de grandes connaissances à travers son expérience du domaine. Pour un passionné de mobylettes ou de motos, c’est pareil, il devient souvent un bon mécanicien car il aura tout appris à démonter et monter et réparer par lui-même ces mécaniques. Pareil pour un maître verrier qui apprend à sculpter dans le cristal.
Mais lorsqu’un thème excite les passions et provoque l’émerveillement chez autrui, mais sans que ces personnes ne s’y intéressent pour en savoir plus, de façon concrète, ce n’est pas de la curiosité ni de l’éveil actif, c’est de la crédulité passive.

Pour le grand public, la science se résume à devoir faire rêver avec des mots. Et moins le public comprend, à travers des mots compliqués, mieux le mystère capte leur émotion pour leur procurer une sorte de bien-être quasi-spirituel. Et dans cet état d’esprit troublé, le public trouve ça génial, mais sans vraiment avoir saisi le sens correct et adapté des mots scientifiques.
Il faut rester prudent en se souvenant que la science n’a pas à s’adapter au grand public pour faire connaître ses travaux, c’est au public qui doit s’efforcer de s’adapter à la science pour la comprendre. Si le grand public veut comprendre, il lui faudra d’abord s’instruire en apprenant à connaître les bases élémentaires nécessaires qui concernent les différentes sciences. J’ai longtemps connu les bases des théories scientifiques avant même de connaître les critères épistémologiques de la scientificité, c’est un peu comme mettre la charrue avant les bœufs (qui peut conduire à des absurdités si l’on n’y fait pas gaffe), mais l’essentiel c’est de connaître autant les critères de la science que les bases des théories scientifiques.

Interpréter soi-même des théories scientifiques avec son propre vocabulaire, mais sans connaître les définitions précises des mots du jargon scientifique, voila ce qui est à l’origine des délires mystiques et/ou pseudo-scientifiques des adeptes de la mouvance New Age, cette secte qui mélange abusivement les sciences avec les courants spirituels pour mieux tromper. La rigueur dans le respect des critères épistémologiques qui définissent la science est ce qui conduit à une attitude scientifique saine, ouverte et objective, sans intrusion idéologique de l’irrationnel, de l’imaginaire, de la politique et du spirituel, et des comportements émotionnels en général.

La vulgarisation scientifique ne consiste pas à simplifier ni à introduire des raccourcis, ni à faire du sensationnalisme. S’engager dans la voie de la simplification par des raccourcis réducteurs c’est conduire à un non-sens, une dénaturation dangereuse de la science, et le public croira comprendre, il croira s’instruire, et le cumul des simplifications et des raccourcis fait que les métaphores et les analogies ne correspondent pas au sens du thème scientifique qu’elles étaient sensées expliquer et décrire. Et plus cette simplification est importante avec le temps, devenue une habitude et un standard, plus les connaissances apparentes et vagues constitueront un désastre intellectuel et un échec didactique… Sans recul critique, tout type d’instruction est un gâchis. Mais c’est heureusement réversible, parfois, quand les gens trouvent le courage de TOUT remettre leurs acquis en question, en devant tout réapprendre par eux-mêmes avec un nouvel outil d’analyse : l’esprit critique.

 Le public se distingue par 3 types d’attitudes :

  1. Les indifférents et les désinvoltes (du style : «bof, j’m’en fous de tout»). C’est leur droit. L’ignorance n’est pas un mal quand il n’y a pas d’idéologie ni de croyances derrière.
  2. Les avaleurs de couleuvres (du style : «hey, c’est passé à la TV donc c’est vrai : la marmotte elle met le chocolat dans le papier alu»). Eux doivent faire un très gros effort d’adaptation au réel…
  3. Les sceptiques (du style : «je gratte le vernis, je creuse, je pioche, je vérifie la marchandise, mouarfff iconsceptique.gif je m’en doutais t’es un escroc !»). But de l’évolution intellectuelle.

L’idéal est que le droit à l’ignorance et à la croyance doit s’équilibrer avec le devoir de s’informer objectivement.

À ces trois types d’attitudes, il faut y adjoindre divers comportements opposés :

  1. Ceux qui vendent des couleuvres (du style : «voici mon livre qui contient la Vérité hypercosmique sur le secret de la Création, bon ça fait 25 € merci ô pigeon…»)
  2. Ceux qui vulgarisent la science, avec conscience professionnelle et déontologie (du style : «Comment ça marche ? Voila je vous explique des trucs concrets avec l’appui d’expériences et des données quantitatives expérimentales, et en formulant des hypothèses réfutables donc testables par l’expérimentation ou l’observation»)
  3. Ceux qui rendent la science vulgaire, en la dénaturant, et en lui ôtant tout son sens (du style : «je ne comprends rien en science mais je vous expliquerai tous les secrets du pré-Univers qui a existé avant l’apparition de l’espace-temps, et dans l’univers rien n’est impossiiiiible»)
  4. Le cas n°1 peut coïncider parfois avec le cas n°3…
  5. Le cas n°2 est strictement distinct des autres cas. On ne peut pas être à la fois un honnête vulgarisateur et un odieux imposteur, ou alors il faut vraiment être sournois pour mélanger le vrai et le faux…

Pour conclure :

  • Les meilleurs vulgarisateurs scientifiques sont ceux qui enseignent les bases des théories scientifiques et qui enseignent les définitions des mots du jargon scientifique, et qui donnent des définitions précises de ce qu’est la scientificité et la méthode scientifique.
  • Quiconque veut comprendre des travaux scientifiques, de chimie par exemple, doit nécessairement connaître les bases de la chimie. C’est le strict minimum. La compréhension est impossible sans un minimum de notions élémentaires. Sans ces notions, toute interprétation du jargon scientifique lu conduit toujours à des inepties.
  • La science n’est pas de la culture, c’est-à-dire qu’elle ne consiste pas à mémoriser des lectures diverses ni à les utiliser comme étant des vérités fixes et définitives, voire comme un roman. La culture scientifique a un socle qui est la connaissance des bases théoriques ainsi que la connaissance des critères de la scientificité (la définition de la science). Mais pour le reste, c’est-à-dire les travaux scientifiques, la publication de recherches, ce qui est le critère le plus important c’est la démarche critique et le raisonnement (appuyés par les notions de base)
  • Au lieu de vulgariser la science, il faudrait s’efforcer de faire faire des sciences quand cela est possible, afin de donner aux gens le goût du raisonnement et de la recherche par eux-mêmes à travers des expériences et des observations. Aujourd’hui, il existe un mépris honteux envers le grand public parce que le message scientifique est souvent dénaturé et déformé. Parfois même à la limite de la malhonnêteté, surtout par le journalisme peu déontologique sur certains portails du web quand ceux-ci prétendent être un relais pour faire connaître des sciences qui, pour ces médias, se résument douteusement et abusivement à la climatologie et les secteurs de l’énergie, voire le paranormal quand l’occasion se présente… Et il existe aussi un mépris du public pour les sciences qu’ils connaissent finalement mal (il n’y a qu’à examiner un forum classique du web pour en évaluer le niveau scientifique général). Par exemple, je me souviens des gros délires qui ont été proférés à la fois par les journalistes et par les internautes à propos du LHC du CERN, répandant ainsi des rumeurs ineptes de fin du monde (par ignorance, crédulité ou par hostilité idéologique au projet). De plus, un bon nombre d’articles écolos du web présentent une quantification de l’impact en CO2 selon divers comportements consuméristes, mais une vérification par calculs montrent que ces articles sont souvent faux (http://jpmanson.unblog.fr/2011/09/21/megaoctet-et-co2/ https://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/27/analyse-de-sv-n1136-de-mai-2012/).
  • La folie irrationnelle du web, et dans la vie courante en général (souvent à cause de la presse), c’est un fait qui incite à tirer la sonnette d’alarme. Il faut contrer l’obscurantisme avant qu’il ne fasse reculer l’esprit scientifique et critique.
  • Le mépris du public à l’égard de la science peut s’expliquer par certaines dérives de la science (OGM, armes nucléaires, molécules toxiques…) et par l’apparente «froideur inhumaine» de la méthode scientifique. Les émotions n’ont rien à voir avec une attitude objective : pour observer, les yeux seuls comptent, mais pas ce que l’on ressent émotionnellement. Et en ce qui concerne l’apparente immoralité de la science, mieux vaut définir la science comme un outil neutre et amoral, car les responsables de méfaits ce sont les hommes, pas la science : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/10/les-derapages-de-la-science-et-le-principe-de-lethique/

 

Promouvoir le scepticisme est un acte politique, une lutte pour la liberté de tous contre la montée en puissance de l’obscurantisme, des superstitions, du développement des pseudo-sciences, etc. Ces aberrations intellectuelles sont clairement des instruments idéologiques réactionnaires dont le but est le pouvoir et l’argent par le maintien du public dans l’ignorance, la crédulité et la peur. La science est un atout que le peuple doit se réapproprier !

Semez le doute. Que la raison vous serve de guide.

© 2011-2012 John Philip C. Manson

Critique de la recherche parapsychologique


Critique de la recherche parapsychologique

Traduit de l’anglais depuis l’article Wikipedia “Parapsychology

Ceci est une liste des éléments qui montre le manque de crédibilité et de réfutabilité de la parapsychologie (note de JPM)

  • * L’évidence anecdotique est en soi incertaine. Les anecdotes peuvent avoir des explications normales et non-anormales telles que la coïncidence aléatoire, la fraude, l’imagination, ou l’auto-suggestion. Par conséquent n’importe quelle recherche en matière de parapsychologie se fondant purement sur l’évidence anecdotique est sans valeur. (Note de JPM : anecdotisme dans le sens de témoignages, et un témoignage n’a pas la valeur d’une preuve matérielle.)

 

  • * Si une expérience n’est pas commandée pour empêcher la fraude, alors les résultats ne peuvent pas être garantis de confiance. Ceci est particulièrement ainsi le fait qu’un certain nombre de personnes qui ont prétendu posséder des facultés psi étaient plus tard avéré être des fraudes.  (Note de JPM : une expérience scientifique exige une très grande rigueur pour éliminer toute fraude afin de conduire l’expérience dans des conditions les plus objectives possible)

 

  • * Les sceptiques déclarent que des expériences de parapsychologie sont mal conçues et ont un manque de contrôles appropriés, permettant des voies de fuite intentionnelle ou involontaire de l’information par des moyens normaux, etc…   (Note de JPM : le manque de rigueur, un montage expérimental insuffisant (ou inutilement complexe), les biais expérimentaux, l’absence de tests en double aveugle, ainsi que les fuites d’information conduisant à la manipulation des résultats, voila des exemples de défauts principaux à éviter dans l’expérimentation scientifique)

 

  • * Les expériences de parapsychologie exigent la reproductibilité avec des résultats positifs dans plus de laboratoires indépendants que celui en l’occurrence.   (Note de JPM : une expérience est scientifique si elle est reproductible, au moyen d’hypothèses réfutables, avec l’appui de résultats quantitatifs qui permettent des comparaisons, et en acceptant tous les résultats obtenus (on ne rejette pas les résultats qui ne plaisent pas quand ils choquent les croyances par exemple))

 

  • * Les résultats positifs dans des expériences psi sont tellement statistiquement insignifiants quant à soient négligeables, c’est-à-dire indistincts du hasard. Par exemple, la parapsychologie peut avoir un problème “de classeur” (NDRL : schéma ?) où un grand pourcentage des résultats négatifs ne sont jamais édités, faisant des résultats positifs plus significative qu’ils le sont réellement.  (Note de JPM : la science consiste à garder tous les résultats, même ceux qui ne plaisent pas, l’existence de résultats positifs et négatifs prend tout son sens scientifique à travers la comparaison quantitative de tous les résultats différents entre eux, ce qui permet d’évaluer la marge observée par rapport au hasard. Le déni du hasard est un des symptômes principaux de l’imposture pseudo-scientifique et de l’intégrisme religieux.)

 

  • * Actuellement les résultats positifs inexplicables des expériences en apparence saines ne prouvent pas l’existence des phénomènes psi, c’est-à-dire que des explications normales peuvent encore être trouvées.  (Note de JPM : en effet, si par exemple 95% des phénomènes expliqués sont banals, rien ne justifie de croire que les 5% des phénomènes inexpliqués soient paranormaux, ils peuvent être statistiquement banals eux aussi)

 

  • * Des phénomènes psi ne peuvent pas être acceptés comme explication des résultats positifs jusqu’à ce qu’il y ait une théorie largement acceptable de la façon dont ils fonctionnent.    (Note de JPM : l’application du rasoir d’Occam consiste à ne pas multiplier les hypothèses superflues et inutiles quand ça n’est pas justifié par les faits)

 

  • * Les parapsychologues peuvent préférer et écrire l’histoire sélective. L’histoire entière peut être évitée.    (Note de JPM : la vraie science consiste à analyser tous les résultats, tout tri sélectif des résultats est de la manipulation motivée par des a prioris subjectifs qui trahissent abusivement la méthode scientifique)

 

  • * La parapsychologie passe trop de temps en essayant simplement de prouver que certains phénomènes se produisent, et trop peu de temps en essayant de les expliquer – pourtant c’est une explication qui constitue le coeur de l’enquête scientifique, et une acceptation plus large et scientifique des phénomènes parapsychologiques viendrait seulement avec l’apport d’explication.  (Note de JPM : par exemple, vouloir prouver la vie après la mort ne donne aucune explication théorique du phénomène, comme par exemple comment la conscience peut-elle survivre à l’extérieur d’un système neuromimétique (cerveau), ainsi une preuve n’est pas seulement observationnelle ou expérimentale mais elle doit permettre une théorisation mathématique et quantitative du phénomène supposé ou observé et rester en cohérence avec les théories scientifiques admises)

 

  • * Les gens qui sont considérés comme des clairvoyants remarquables pourraient faire beaucoup d’argent en prévoyant ou même en commandant (par l’intermédiaire de la psychokinèse (PK)) les résultats des matches de boxe, des jeux du football, des rotations de roue de roulette, de différents changements de cours des actions d’actions, et ainsi de suite, mais d’aucun d’eux semblent faire ainsi. Pourquoi pas ?   (Note de JPM : si le paranormal était une réalité, essayez d’imaginer ce qui se ferait réellement dans le monde avec de tels pouvoirs, et ces choses-là ça se sauraient déjà)

 

Méthode de questionnement critique

Qu’est-ce que l’esprit critique ? Comment l’exercer ? Voici une méthode de questionnement critique :

Voici quelques principes de criticisme scientifique qu’il est bon d’appliquer quand on est confronté à un phénomène “mystérieux” ou méconnu afin de ne pas se faire manipuler ou de se manipuler soi-même.

I. Le droit au rêve a pour équilibre le devoir de vigilance.

Nos croyances sont essentiellement une quête de bien-être mais le bien-être ne signifie pas forcément connaissance. Cela peut parfois se révéler néfaste contre les libertés (exemple : adhérer à une secte, se ruiner pour consulter un voyant) et contre les faits. La vigilance consiste à se dire qu’il vaut mieux avoir des doutes, rechercher et découvrir des failles et des incohérences dans la croyance, plutôt qu’adhérer à la croyance. La connaissance ce n’est pas la confiance mais le questionnement.

II. Inexpliqué n’est pas inexplicable.

Tout comme un Ovni (non identifié) n’est pas un objet volant non identifiable, de nombreux phénomènes qui nous semblent étranges ne sont pas aussi rares ni aussi incompréhensibles que nous voudrions bien le croire. Une absence d’explication pour un phénomène n’est jamais la preuve de son caractère surnaturel mais seulement de notre incompétence à le comprendre et le connaître. Ainsi on peut ignorer l’existence des siphons souterrains et pour autant se garder de croire à la présence d’esprits frappeurs dans une maison riche en bruits.

III. La charge de la preuve revient à celui qui l’affirme.

Il est logiquement impossible de démontrer l’inexistence d’un phénomène. Aussi c’est naturellement à celui qui affirme l’existence d’un phénomène inconnu d’en apporter la preuve. À la question « Pourquoi ne croyez-vous pas aux fantômes ? », il faut donc d’abord demander : « Et vous, pourquoi y croyez-vous? »

IV. Une allégation extraordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire.

En effet, plus des affirmations sortent du cadre connu, plus elles doivent s’appuyer sur des informations solides et des vérifications poussées pour être crédibles. Pour prouver l’existence d’un « Yeti », par exemple, on ne peut donc se satisfaire d’une photo approximative ou floue et d’une trace dans la neige…

V. L’origine de l’information est fondamentale.

Qui ne s’est jamais retrouvé à défendre une information qui s’est révélée fausse ? Le doute sur la validité d’une information est essentiel tant que la source et le contenu originel de celle ci ne sont pas connus. « D’où vient l’information ? » et « Qui la rapporte ? » sont deux questions à se poser si l’on veut éviter de spéculer sur du vent.

VI. Quantité de preuves n’est pas qualité de la preuve.

Ainsi, une phrase répétée 1000 fois n’en devient pas vraie pour autant. Et plusieurs milliers de personnes peuvent confondre un ballon sonde avec une soucoupe volante sans que, pour autant, des extraterrestres ne soient venus nous visiter. Une expérimentation concluante (une corroboration et mieux encore une réfutation) est toujours bien plus valable que des milliers d’indices non vérifiés.


VII. La cohérence n’est pas une preuve.

Une théorie qui ne se contredit pas elle-même ne gagne pas pour autant en validité. Pour cohérentes qu’elles soient, la théorie du complot (JFK, X-Files, 9/11…) ou les thèmes de science-fiction (Matrix, les chevaliers Jedi,…) n’en deviennent pas plus scientifiques ni plus vraies. Même une théorie scientifique comme le Big Bang, c’est une théorie crédible, mais ça ne veut pas forcément dire que c’est exactement la vérité. Ce qui détermine la scientificité c’est le critère de réfutabilité.

VIII. Les croyances créent des illusions.

Notre culture, nos envies, nos émotions, en un mot notre subjectivité, modifient grandement notre perception des événements. On se souvient souvent de ce qu’on a bien voulu voir et non de ce qu’il y avait objectivement à voir ou pas.

De la difficulté de la vulgarisation scientifique

Enseigner les sciences est une activité difficile qui nécessite beaucoup de sociabilité, du savoir-faire dans le faire-savoir. Lorsqu’on est tenté de diffuser la connaissance scientifique tout en suivant l’actualité des découvertes scientifiques, on désire alors contribuer à vulgariser la science et la rendre accessible à tous dans un langage abordable et compréhensible. Cependant, l’enseignement de la science implique non seulement une maîtrise des domaines scientifiques, mais aussi un sens critique toujours en éveil, tout en prenant le plus grand soin dans le choix des mots. Il suffirait qu’une information possède un mot inadapté, erroné ou flou pour que le sens de l’information s’en trouve altéré, et que cette information soit ensuite mal comprise ou mal interprétée.

Je pense que l’usage de la métaphore pour vulgariser des concepts scientifiques est la plus sûre façon d’être mal compris. Exemple : le concept du Big Bang est représenté par le public comme une explosion locale de matière qui remplit un espace vide préexistant. Le Big Bang n’est pas analogue ni comparable à une explosion, c’est l’espace qui se dilate partout et il n’y a aucun centre dans l’univers.

La “poétisation” et la métaphorisation de l’Univers court-circuite le rapport qui pourrait exister entre le public et le réel. C’est une source de lourdes confusions. La vulgarisation scientifique, pour être efficace, doit être compréhensible, concise et éviter la langue de bois. La métaphore rencontre beaucoup de succès chez le public, mais la compréhension des concepts scientifiques lui échappe souvent.

L’objectif de la vulgarisation scientifique est de favoriser l’assimilation de connaissances scientifiques évolutibles. Ce dernier adjectif montre l’importance que les connaissances peuvent changer selon de nouveaux faits découverts, il ne faut pas assimiler des connaissances comme étant des vérités définitives, ce serait une profonde erreur et une mauvaise habitude. La métaphore en vulgarisation a des effets contraires au but recherché : elle agit comme un opium propre à endormir les défenses critiques des lecteurs. De plus, le mot “vulgarisation” a une connotation péjorative. La métaphore et l’analogie rendent la science vulgaire auprès du public. Rendons la science accessible à tous, passionnante et qui prête à matière de réflexion. Nous devrions réduire le décalage entre le public et les spécialistes.

Les concepts scientifiques ont tous un sens, et celui-ci devrait être idéalement le même dans l’esprit du public que dans celui des spécialistes, avec l’emploi de mots différents (simplification du jargon scientifique avec conservation du sens, mais sans utilisation de métaphores) et avec les mêmes définitions de base.

Le public connaît mal la science, ou la comprend mal, parce qu’il ignore souvent les définitions élémentaires, comme les concepts d’énergie et de force. Qu’est-ce que la science, la connaissance, la réalité ? Ce sont ces questions fondamentales qui mènent les esprits curieux à la science.

La vulgarisation des connaissances scientifiques ne doit pas exister sans la vulgarisation de l’esprit critique ainsi que la vulgarisation de la méthode scientifique et des critères épistémologiques de scientificité. Cela forme un tout indissociable.

 

© 2011 John Philip C. Manson