Attention aux découvertes scientifiques

Ce 3 mars 2014, en fin d’après midi, je feuillette par pur hasard un magazine sur les potins des «people». J’ai eu la surprise de tomber sur un contenu relatif à la science… Ce que j’ai pu lire m’incite à rédiger ce présent article pour compléter celui que j’ai posté hier car c’est du même acabit.

Comme je l’ai souligné hier, il faut rester très prudents à propos des publications scientifiques, même quand cela se produit dans des publications sérieuses. L’exemption absolue d’erreurs quelque soient leurs causes est un mythe. L’erreur est humaine, et c’est une erreur de considérer des «découvertes» comme vraies. Le doute est un principe essentiel dans la recherche scientifique. Cela peut paraître paradoxal, mais le doute permet de clarifier les choses, de tout remettre à plat, tandis que se complaire dans l’erreur et l’illusion de «vérité» peut mener loin, très loin, en perdant son temps, et pour rien…

Voici une copie d’écran du texte de l’article du magazine de «people» :

lukasz

J’ai enquêté sur Google. Je n’ai trouvé aucun texte en français sur cette affaire. L’auteur a donc traduit depuis la langue anglaise ou polonaise.

En recherchant dans le web multilingue, je découvre une piste :

http://member.societyforscience.org/document.doc?id=296

Dans ce document, à la fin de la page n°14 consacrée à la rubrique de l’INFORMATIQUE, on constate que le jeune Lukasz Wysocki, âgé de 17 ans au moment des faits, dans un lycée de Lublin en Pologne, a participé au développement de programmes informatiques basés sur la modélisation de structures de molécules organiques dans le cadre de l’évolution neurocellulaire, en anglais : Developing Computer Programs Based on Organic Structures and Neuro-Cellular Evolution. C’est indirectement de la chimie, c’est davantage orienté sur la simulation informatique et les mathématiques.

Notons au passage que la Society for Science est une organisation non lucrative dont le but est de promouvoir les sciences à travers des programmes éducatifs et des publications. Sur ce point, on sait que c’est une institution honorable. Mais par la suite on tombe sur des articles qui semblent exagérer le contexte, au-delà du réel, comme on va le voir ci-dessous.

Autre article trouvé : http://puzzlepix.hu/image/show/id/s_10013839

La médiatisation de Lukasz se limite à la Pologne, les textes qui y font référence sont écrits en polonais.

Il existe une différence entre une modélisation informatique et des expériences de biochimie. De plus, le stade «in vitro», s’il a déjà commencé, n’en est qu’à un stade initial de la recherche. L’on peut dire que les effets supposés de la molécule n’est pour le moment qu’une hypothèse. Une hypothèse qui ne reposerait peut-être pour le moment que sur une modélisation de molécules organiques par ordinateur.

Une découverte ne devient sérieuse et crédible qu’en ayant suffisamment testé sur les animaux (au mieux, sur des humains), c’est-à-dire en ayant des résultats expérimentaux significatifs. (Parenthèse personnelle : l’expérimentation animale, bien qu’elle ait contribué à trouver de nouveaux remèdes, est un problème éthique, j’ai moi-même renoncé à suivre une voie de biologiste parce que je place la vie animale au-dessus de la science, l’idée de disséquer des animaux innocents me révulse, j’ai préféré suivre la voie de la chimie générale. La vivisection un mal nécessaire ? Question difficile.).

Annoncer une «découverte» à un moment où l’on n’est qu’au stade «in vitro», ou pire : au moyen d’une simulation informatique, avant même d’avoir commencé des tests «in vivo», c’est vraisemblablement prématuré…

De plus, quand on est lycéen de 17 ou 18 ans, un stage de chimie aide à donner un aperçu de la recherche scientifique ou du monde de l’industrie. J’ai connu l’industrie agro-alimentaire, c’est un environnement intéressant à connaître. J’ai même approché l’industrie cosmétique, mais j’avais été saisi au même moment par une autre opportunité dans un domaine complètement différent. Ce que je veux dire, c’est qu’un stagiaire de niveau Bac n’a pas encore les qualités fondamentales requises pour être chercheur de niveau Bac +8. J’admets que des découvertes sérieuses peuvent survenir par le hasard (c’est le cas de la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming), mais l’annonce d’une découverte doit s’appuyer sur de nombreuses expériences abouties et non sur une observation (ou une supposition) isolée. Le jeune Lukasz dispose des connaissances basiques de la chimie (ou du développement de programmes informatiques, apparemment ?). Mais pour faire un stage dans un institut médical, quel était son rôle, quel poste ? Il était stagiaire, pas docteur-chercheur. Je ne conteste pas ses compétences, j’essaie de cerner le contexte.

Une découverte scientifique est nécessairement et habituellement évaluée par un comité de lecture dans des publications scientifiques spécialisées. Ceux qui se contentent d’emprunter le circuit de la presse «people» laissent une idée amère du degré de crédibilité scientifique des articles publiés occasionnellement… Dans le même numéro du magazine «people» où j’avais lu l’article du jeune Lukasz, on peut aussi y lire les délires trash de Miley Cyrus, cela donne une idée du niveau…

En continuant ma recherche sur Google, je tombe sur cet article : http://www.fakt.pl/lukasz-wysocki-wynalazl-sposob-na-zatrzymanie-choroby-alzheimera,artykuly,440334,1.html  L’on y apprend que des composés de plantes sont le matériel de base dans le laboratoire. On y lit que le jeune Lukasz a découvert une substance. Cette substance existe sans doute. Mais on apprend ensuite qu’elle doit passer une série de tests in vitro sur des cellules, puis tests in vivo sur des animaux, puis finalement sur des humains. Alors comment peut-on affirmer péremptoirement une quelconque efficacité du produit chimique avant même d’avoir commencé l’ensemble de ces tests ?

Découverte authentique ou buzz sur un lycéen en stage ?

http://kwiatekmagnolii.blogspot.fr/2014/02/a-teenager-hero.html  : cela n’est-il pas plutôt de la communication fondée sur le registre émotionnel plutôt qu’à de la recherche ?

J’ai trouvé une photo du lycéen en train d’écrire des formules développées de molécules organiques :

orgachimie

  • La molécule en haut du tableau est à la fois un amide et un acide carboxylique : NH2-CO-CH2-CH2-COOH. Après recherches, cette molécule est l’acide 4-amino-4-oxobutanoïque. http://www.chemspider.com/Chemical-Structure.12005.html C’est une molécule proche de la cétovaline qui est un précurseur de la biosynthèse de la leucine et de la valine, ainsi qu’un intermédiaire du catabolisme de la valine. La leucine et la valine sont des acides aminés.
  • La molécule en bas du tableau est l’acide 2-aminopropanoïque : NH2-(CH-CH3)-COOH. Cette molécule est très connue sous un autre nom : c’est l’alanine, un des 22 acides aminés codés génétiquement. L’alanine (avec son dérivé la glycine) est l’acide aminé le plus simple, les autres acides aminés sont des molécules plus complexes.
  • À droite sur le tableau, j’ai identifié la molécule de la proline, elle aussi un acide aminé.

Le tableau vu sous un autre angle :

Capture-6

On revoit la plupart des molécules identifiées plus haut.

  • Au-dessus de l’avant-bras droit de Lukasz, j’ai identifié un autre acide aminé : l’acide 5-phényl 2-aminopentanoïque, portant aussi le nom de phénylnorvaline.
  • Sous la molécule de la proline à droite du tableau, j’ai identifié la molécule de la lysine, un autre acide aminé.

Visiblement, le jeune homme assimile les connaissances de base sur ce type de molécules, en suivant la lecture de son livre de biochimie qu’il tient dans sa main gauche. C’est en effet dans le cadre du programme de classe de Terminale pour apprendre les bases de la chimie organique et la biochimie. Apprendre, oui certainement. Découvrir, je ne le sais pas, mais pourquoi pas (plus tard… ou pas).

Le lien qui peut relier logiquement les acides aminés avec la substance prétendument inventée par le jeune homme, ce sont les protéines. Les protéines sont des polymères d’acides aminés. Ainsi, dans le cas d’une hydrolyse de protéines, celles-ci se fragmentent en acides aminés. Il y aura alors diminution de la concentration en protéines et une augmentation de la concentration en acides aminés. Mon hypothèse s’arrête là car on ne connaît strictement rien des détails des recherches du jeune Lukasz…

Plus haut, avant d’évoquer le buzz dans les médias polonais, il est question de programmes éducatifs via une organisation. Mais pas sur une supposée découverte révolutionnaire. L’organisation popularise les sciences auprès des scientifiques amateurs. Créer des vocations scientifiques est une nécessité, une priorité pour l’avenir.

Le monde de la recherche scientifique est difficile, compétitif, et est le résultat de longues études universitaires. Les journalistes ont tendance à faire croire que le contexte est plus facile. La réalité est bien plus dure.

Oui, il faut susciter des vocations scientifiques. Mais sans dénaturer les réalités. Sans tricher, ni mentir, ni omettre. Ce dont le bouche-à-oreille des médias manque de scrupules…

La maladie d’Alzheimer est une priorité à suivre (comme c’est le cas pour le cancer aussi) pour la recherche médicale. C’est une maladie longue, terrible autant pour les proches que pour les personnes atteintes. Ce serait déplacé, cynique et inconvenant que certains journalistes s’amusent à publier de faux espoirs, des canulars ou des fausses découvertes dans le cadre du combat contre cette maladie…

En résumé :

  • D’une part, un lycéen parmi tant d’autres a participé à un programme éducatif intéressant, motivant et didactique, par l’intermédiaire d’une organisation dévouée à la popularisation des sciences. Selon moi, c’est très bien, c’est un bon départ.
  • D’autre part, les médias font monter la mayonnaise, interprètent à leur sauce. L’on entend parler de génie, de découverte révolutionnaire, et caetera… Sans connaître le moindre détail sur les travaux supposés. Sans même savoir si c’est le jeune Lukasz qui s’est exprimé par voie de presse ou si c’est chaque journaliste lui-même… Jusqu’à confondre les statuts de stagiaire bachelier et chercheur post-doctorat… Tiens ? Je vois mieux sans mes lunettes.  ^^

  • Sur le même thème récurrent (un petit génie jeune, voire très jeune, qui fait la découverte scientifique du siècle ou qui suggère avoir des capacités intellectuelles très élevées) : http://www.huffingtonpost.fr/2014/02/28/enfant-devoirs-nasa_n_4875161.html Un enfant de 4 ans sollicite la NASA pour faire ses devoirs en astronomie… Encore un buzz. À 4 ans, en école maternelle, on ne sait pas encore lire ni écrire, on fait des dessins et des coloriages… À cet âge, les concepts comme l’espace et les planètes, c’est encore compliqué et tôt. À moins d’avoir un QI supérieur à 225, ce qui est très rare, voire inexistant. Quel a été le but des journalistes ? Qu’un enfant demande des questions à la NASA est compréhensible. Mais dire qu’un enfant de 4 ans doit faire ses devoirs sur ce sujet qui est plus approprié pour des enfants de 8 ou 9 ans, c’est probablement inexact. J’avais 9 ans quand j’entendis parler du système solaire en classe de primaire (en CM1) pour quelques minutes seulement. Tout ce que j’ai ensuite appris sur l’astronomie, c’est en dehors de la scolarité, via les livres de ma bibliothèque.
  • Je ne comprends pas très bien les stratégies de communication qui consistent à présenter des gamins dans un contexte où les choses leur sont difficiles à appréhender, des choses qui ne sont franchement pas de leur niveau. La communication, je n’en comprends pas la logique.

Mise à jour du 4 mars 2014 :

En poursuivant mon enquête, je découvre cet article qui donnent enfin quelques détails : http://www.dziennikwschodni.pl/apps/pbcs.dll/article?AID=/20140121/LUBLIN/140129951

 

L’ensemble des articles examinés sont écrits en polonais, certes, mais je passe outre la barrière linguistique.

Après lecture, voici des éléments déterminants à connaître dans cette affaire :

  • Des études préliminaires ont montré que la substance a des effets négatifs sur le foie humain. La substance de Lukasz n’est pas prête pour être mise à la consommation. La substance n’a pas encore passé beaucoup de tests expérimentaux, depuis les tests cellulaires in vitro, puis l’expérimentation animale in vivo, et avant de pouvoir effectuer des essais cliniques sur des humains. Si tout est réussi, vous serez en mesure de penser à la production. (Je le dis : ce n’est pas du tout gagné d’avance, et je m’étonne de cette surenchère sur la substance qui semblerait prometteuse).
  • D’après l’article cité en lien ci-dessus, Lukasz a découvert la substance médicamenteuse au cours d’un stage de recherche à l’Institut de médecine expérimentale et sciences cliniques à Varsovie. Étant donnée la durée limitée du stage, la découverte serait soit le fruit du hasard (le lycéen est chanceux), soit le fruit d’un travail planifié sur une substance précise dont on soupçonne des effets plausibles (peut-être avec l’appui d’une théorie crédible). Normalement, découvrir une molécule efficace nécessite des années de recherches : sans « a prioris », on teste une molécule, on observe, on note les résultats puis on recommence avec d’autres molécules, et cela est chronophage…
  • Lukasz est intéressé par la synthèse de produits chimiques. Il a apparemment découvert un moyen de produire plus rapidement et peu cher la substance concernée, à partir d’extraits de plantes. C’est sûr : c’est plus rapide et moins coûteux d’extraire des molécules naturellement produites par les plantes que de synthétiser complètement ces molécules. À ce stade, la découverte concerne plus vraisemblablement une méthode de production plutôt qu’une découverte d’une molécule inédite, car la méthode s’appliquerait à tous les traitements actuels qui ralentissent (sans la guérir) l’évolution de la maladie d’Alzheimer.
  • Des experts en neuroscience, cependant, sont prudents dans l’évaluation de la substance découverte par un lycéen. – « Tout simplement parce que quelqu’un qui a découvert une substance ne signifie pas l’émergence du médicament. Pour apparaître sur le marché pharmaceutique, une molécule doit passer beaucoup de tests qui peuvent apporter des résultats différents » – dit le professeur Konrad Rejdak, Chef du Département de neurologie du  CHU n°4 de Lublin (Pologne).

 

 

 

 

© 2014 John Philip C. Manson

Quand Internet résout les DM à votre place

Quand Internet résout les DM (devoirs maison = homework) à votre place.

Analyse de la situation de ceux qui demandent de l’aide ou à faire faire leurs devoirs par autrui sur Internet :

  • Quand vous êtes étudiants, vous apprenez, donc vous cherchez tout seul.
  • Quand vous avez fini vos études, vous avez un travail et vous touchez un salaire.

Il est donc hors de question de vous donner la solution…

  • Soit vous êtes lycéens ou étudiants et ce n’est pas vous rendre service que de faire vos devoirs à votre place.
  • Soit vous n’êtes pas lycéens ni étudiants, et dans ce cas on veut bien donner une solution moyennant un salaire.

Personne ne m’a aidé (c’est-à-dire : personne n’a fait mes devoirs à ma place) pendant toutes mes études scientifiques, et heureusement, car sinon je n’aurais rien appris et je serais toujours un cancre en maths maintenant.

La réussite dans les études se gagne avec notre propre sueur. C’est comme le sport : si vous êtes sportif, c’est vous qui devez pratiquer votre sport, personne ne fait de compétitions sportives à votre place…

Le dopage dans le sport c’est démodé, maintenant on engage une doublure qui fait le boulot à notre place.

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© 2013 John Philip C. Manson

Des galaxies naines en orbite autour de la galaxie d’Andromède ?

Pour commencer, cet article n’est pas une critique mais une analyse faite dans le but de comprendre le contexte.

PLAN DE L’ARTICLE :

  1. Info ou intox ?
  2. L’affaire Jason Padgett et le «syndrome du savant»
  3. La science n’a pas de nationalité
  4. L’affaire Shouryya Ray
  5. Les surdoués et le monde de la recherche scientifique
  6. Sur la nécessité de créer des vocations scientifiques chez la jeunesse
  7. Analyse de l’article dans Nature
  8. Mon témoignage : on peut réussir tout seul
  9. Le journalisme scientifique face au journalisme sensationnaliste
  10. Bilan : l’histoire de Neil Ibata est un remake médiatique de l’affaire Shouryya Ray

Je connaissais l’anecdote depuis plusieurs jours et je n’avais pas l’intention d’écrire un article dans mon blog sur cette histoire. Cependant, comme la nouvelle continue de se répandre à travers les médias, je pense qu’il faut intervenir pour faire le point sur la façon dont l’affaire est présentée.

  • Affaire authentique ou foutaise ? Je réponds immédiatement. Le cas présent est bien authentique, dans le contexte de l’astronomie.
  • Le lycéen qui publie un article sur Nature est en toute vraisemblance un cas bien plus sérieux que l’histoire bizarre de Jason Padgett auquel j’avais consacré un article marqué par mon scepticisme (voir ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/05/scepticisme-a-propos-du-genie-en-mathematiques/). Pour rappel, monsieur Padgett fut frappé de synesthésie à la suite d’un accident qui lui occasionna une commotion cérébrale. La presse s’était inspiré de l’histoire de Padgett pour dresser un portrait sensationnel d’un homme qui aurait développé des capacités intellectuelles étonnantes en sciences. Mais après recherche, on découvre que Padgett a des qualités artistiques qui n’ont pas de corrélation directes avec la rigueur des mathématiques. Les fractales sont des objets géométriques abstraits qui sont liés aux mathématiques, mais Padgett dessine des fractales pour leur beauté et se définit lui-même comme artiste. Les lésions neurologiques provoquant ce que l’on appelle le syndrome du Savant n’est pas un diagnostic médicalement reconnu. De plus, de telles lésions entraînent plutôt des complications et des séquelles, au lieu de dons intellectuels miraculeux qui sont une pure fabrication des médias. On ne devient pas un génie du jour au lendemain. L’aptitude aux connaissances, surtout dans les sciences, n’est possible qu’avec une méthode assidue mais surtout par de longues années de travail, à travers la faculté d’analyse, de rigueur et de mémorisation. Les connaissances ne tombent pas subitement du ciel comme par magie et épargnant des années de travail. Seul l’effort paie, et il faut du temps pour cela. Les lycéens qui vont passer leur bac savent cela…
  • Un autre buzz : celui sur l’histoire d’un autre «petit génie», Jacob Barnett. Concernant Jacob, les médias ont dit de lui qu’il remet en cause la date du Big Bang, et la renvoie à 21 milliards d’années, ce qui est formellement démenti par les observations par WMAP. En effet, les mesures observationnelles avec WMAP ont montré en 2003 que l’âge de l’univers est de 13,7 milliards d’années avec une marge d’erreur de 1%. Affirmer une idée contraire aux observations ou aux expériences n’est pas une démarche scientifique. Les faits ont prévalence sur les idées. Les médias ont aussi prétendu que Jacob Barnett a remis en question Albert Einstein et sa théorie de la relativité. Le buzz apparut sur Youtube (et non à Princeton) et les vidéos montrent Jacob en train de faire des calculs d’intégrales (on apprend ça avant le Bac) et nulle part on n’a trouvé une quelconque réfutation de la théorie de la relativité. Ce qui est décevant, c’est qu’on ne saura jamais si Jacob a su résoudre la somme continue de sin(2n) / (1 + cos⁴ n) d’après ce que j’ai vu écrire sur un tableau noir dans une vidéo…
  • Une étrange épidémie de sensationnalisme infecte le web tous les ans : on entend toujours parler d’une ou plusieurs histoires d’ados qui défient Einstein et/ou Newton. Avec ces buzz, il faut bien amuser le public et aussi que les journalistes mangent à leur faim…

Après ce résumé de l’affaire Padgett et l’affaire Barnett, je reviens au cœur du sujet. Le contexte présenté par Le Figaro est plus sérieux. Examinons le titre du Figaro : «Un Français de 15 ans publie un article dans Nature».

Après renseignement, j’observe que le père du lycéen a la nationalité britannique. Mais le jeune a t-il la nationalité française ? Je ne le sais pas. Le doute subsiste. Entretemps, j’ai pu constater sur le web que le jeune homme était parfaitement francophone. Mais ce détail n’est pas du tout important, la nationalité est un critère insignifiant, puisque la science est universelle. Ainsi, je m’étonne de ce titre qui mentionne la nationalité. Par chauvinisme ? Je ne le sais pas. La science est indifférente envers des critères comme les frontières, la connaissance doit être partagée par tous et pour tous dans un esprit de fraternité.

En ce qui concerne le titre, il y a désaccord sur la forme.

  • «Un Français de 15 ans publie un article dans Nature».

Je pense qu’il aurait mieux valu dire plutôt :

  • «Un lycéen de 15 ans co-publie un article dans Nature».

Bref, le titre modifié conserve néanmoins à peu près la même longueur textuelle, et l’on dispose de meilleures infos. Le mot «lycéen» informe immédiatement que l’adolescent suit des études, ce qui rend le titre plus crédible, et cela évite un chauvinisme inadéquat dans le cadre des sciences. Le mot «Français» me paraît trop chauvin à mon goût.

Être Français ou autre, c’est un critère qui n’apporte pas de crédibilité sur le fond de l’histoire. Ce qui compte, c’est la valeur scientifique des travaux réalisés. Être précoce ou être un jeune prodige, ça peut paraître extraordinaire, mais en science ce sont les travaux dont la valeur constitue un critère déterminant. L’évaluation des travaux par la communauté scientifique est un détail essentiel, en comparaison des critères retenus par la presse pour faire du sensationnalisme. Souvent, quand des prodiges firent les pages de la presse, l’histoire est centrée sur le personnage perçu comme un phénomène étrange/bizarre/fantastique, plutôt que de décrire correctement la nature précise de ses travaux (voir l’affaire Padgett ci-dessus en haut d’article, et surtout l’affaire Shouryya Ray : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/06/01/shouryya-ray-lheure-de-verite/).

Bien souvent, c’est le fond de l’histoire qui présente des lacunes. Le journalisme grand public brassait de l’air avec l’histoire de J. Padgett, le journalisme grand public verse dans l’amateurat en racontant des conneries sur Isaac Newton avec en prime une fort mauvaise compréhension des travaux (authentiques) du jeune Shouryya Ray. En revanche, le journal Figaro présente (enfin) un fait avec suffisamment de précision sur la nature des travaux réalisés.

Et puis, les surdoués font-ils reparler d’eux une fois devenus adultes et intégrés dans la vie professionnelle ? Ça, c’est un autre débat. Je me souviens encore du jeune Arthur, qui eut son bac à 11 ans en 1989. Mais après ?… Après tout, ce qui compte pour eux, c’est leur passion, pas la célébrité. Puis, en y réfléchissant : réussir brillamment des études est un exploit, et percer dans le monde de la recherche scientifique en faisant de grandes découvertes en est un autre. Albert Einstein n’a t-il pas dit lui-même que la science est une belle chose tant qu’il ne faut pas en vivre ?

Revenons à l’article du Figaro. Pourquoi préférer ce titre d’article comme celui-ci : «Un lycéen de 15 ans co-publie un article dans Nature» ? Je l’ai dit : «lycéen» est un mot plus précis sur le niveau scolaire, et plus neutre (la nationalité ne détermine absolument pas la qualité des travaux scientifiques, et la fierté nationale n’a rien à faire non plus dans ce contexte car la science n’est pas un sport olympique). Le mot «co-publie» montre aussi, et c’est le point essentiel, que le lycéen n’a pas publié seul, il était seulement stagiaire, il a participé à ces travaux en apportant sa contribution au moyen d’un programme informatique codé en langage Python. La saisie de données aide à leur mise en forme afin d’orienter des recherches scientifiques, mais ce n’est qu’une étape.

Le lycéen est en 1ère S, c’est une filière très intéressante, mais le niveau des maths en 1ère S est fort loin de celui des maths après le Bac, a fortiori le niveau du doctorat d’astrophysique… Franchement, les maths après le bac ressemblent à un cauchemar. 🙂 Si les publications scientifiques filtraient systématiquement de façon stricte les signataires des travaux, en ne retenant que les noms de ceux qui ont participé activement en tant que chercheurs, on n’aurait pas entendu parler du jeune lycéen. De ma part, ce n’est pas de l’ironie, ni aucune quelconque forme de critique désobligeante. Je cherche à comprendre les raisons de cette co-publication. On se rend compte maintenant que presque n’importe qui (par exemple un lycéen qui n’est pas encore docteur chercheur) peut co-signer un article d’une revue scientifique prestigieuse, c’est l’impression que ça laisse. Donc à première vue, ça peut paraître propice à décrédibiliser Nature, mais pas forcément. Mais comme pour l’affaire Shouryya Ray, je pense que la participation du jeune lycéen est authentique. Il faut conserver un avis positif sur ce lycéen co-signataire de l’article dans Nature. Cette histoire doit montrer que les sciences sont souvent une passion, qu’il faut s’intéresser aux sciences, et de faire naître des vocations auprès des plus jeunes. C’est peut-être dans ce sens là que cette histoire s’est retrouvée dans les médias, et la démarche choisie est légitime. La science a besoin de chercheurs, et peu importe leur nationalité.  La situation actuelle est préoccupante : il y a de moins en moins de vocations dans les sciences, et il faut des solutions pour résoudre cette crise. Revaloriser les sciences, redonner de l’espoir à la jeunesse, voila quelque chose à favoriser. Je pense qu’il faut enseigner les maths autrement, en leur donnant des applications plus concrètes, faire des maths et de la physique dans un esprit ludique, et inciter à donner l’envie de découvrir des mystères et s’efforcer de les résoudre avec les outils de la science.

Après avoir évoqué la jeunesse et la précocité, il faut également analyser un autre point. La nature-même des travaux effectués. C’était par ça que le journalisme doit commencer, parce que tout le reste, finalement, est franchement secondaire. La plupart des médias auraient dû donner plus de détails sur les travaux plutôt que se concentrer sur le jeune âge du protagoniste. Le Figaro, lui, reste cependant plus précis et nous fournit le lien vers l’article de Nature. On apprend les détails recherchés dans la revue Nature dans l’article concerné. Examinons le titre (je l’ai traduit en français) : «Un vaste plan mince de galaxies naines corotatives orbitent autour de la galaxie d’Andromède». Il s’agit en effet d’un sujet intéressant. On remarque que le principal co-signataire de l’article dans Nature est le père du lycéen.

Selon Nature, des galaxies naines sont en orbite autour de la galaxie d’Andromède, comme des satellites voguant ensemble sur le même plan. Il me semble que de telles galaxies en orbite était suspectée depuis longtemps.

Désirerais-je désespérément publier moi-même un article dans Nature ? Pas du tout. Je vais dire pourquoi. Analyser un article scientifique et évaluer sa solidité, c’est beaucoup plus intéressant. Et parfois même, très très intéressant, comme le cas d’un livre de thermodynamique destiné aux ingénieurs dans lequel j’ai quand même détecté au moins une erreur. Être en quête de la Vérité conduit souvent à des chimères, à des déceptions, à des dogmes, voire au fanatisme. Dans une optique contraire, la recherche attentive d’erreurs, même dans des domaines très sérieux, ça donne toujours des résultats, et c’est souvent intéressant. C’est la politique même de mon blog. Un travail fondé sur le doute, à travers des analyses patientes, c’est cela qui définit une véritable démarche scientifique. Si d’autres blogs reprenaient ma démarche critique, je pense qu’ils feraient de grosses trouvailles, avec des scandales mis à nu, des vérités qui s’écroulent, des illusions qui s’évanouissent. Le critère déterminant qui définit des théories scientifiques, ce n’est pas leurs propres véracités, non, le vrai critère des théories ce sont leurs solidités. Et un seul, rien qu’un seul contre-exemple, peut invalider toute une théorie.

L’article de Nature, ici, présente des informations réfutables. Il y a possibilité de réfuter a priori si on peut mesurer le mouvement des galaxies satellites d’Andromède.

Concernant ces galaxies naines autour d’Andromède, je relève dans Nature des données essentielles pour mes calculs. On apprend que la structure a un diamètre d’environ 400 kiloparsecs. On apprend aussi (via Le Figaro) que les observations ont duré 4 ans (de 2008 à 2011). On apprend également que c’est la vitesse radiale des galaxies naines qui a été étudiée.

Vitesse radiale ? Ça laisse supposer que les mesures se sont basées sur l’effet Doppler. En effet, c’est bien plus précis que des observations directes dans lesquelles le mouvement des galaxies est directement imperceptible.

Mais quelle est la sensibilité de la mesure par effet Doppler ? Quelle marge d’incertitude sur la mesure ? Voila des questions à se poser. Je voudrais en savoir plus.

Ensuite, en connaissant les lois de la gravitation, comme on sait d’après les données qu’une galaxie naine quelconque est à environ 200 kiloparsecs du centre de la galaxie d’Andromède, et que les mesures ont duré 4 ans, on peut se représenter une estimation de la vitesse radiale théorique maximum. Déjà, la détection d’exoplanètes est fort difficile, alors la variation de vitesse des corps lointains est a priori dans la même difficulté de détection.

200 kiloparsecs, c’est équivalent à 652400 années-lumière.

Une orbite stable c’est un équilibre entre la force centrifuge et l’attraction gravitationnelle. Pour connaître la vitesse orbitale d’une galaxie naine, il faut connaître la masse de la galaxie d’Andromède. Celle-ci est de 1230 milliards de masses solaires.

Après un calcul rapide, je constate que la vitesse orbitale théorique d’une galaxie naine est de l’ordre de 163 km/s par rapport à la galaxie d’Andromède. Comme on sait que la vitesse radiale de la galaxie d’Andromède est de -301 km/s par rapport à nous, cela prouve que la vitesse radiale maximale d’une galaxie naine en orbite autour de la galaxie d’Andromède est très vraisemblablement mesurable. Si la conclusion avait été contraire (c’est-à-dire une vitesse trop faible pour être mesurée), ça aurait signifié une invalidation des travaux concernés. Mais ce n’est heureusement pas le cas.

La vitesse radiale de la galaxie d’Andromède par rapport à nous est de -301 ± 7km/s. La marge d’erreur pour Andromède est donc d’environ 2%. Donc, oui, la vitesse radiale des galaxies satellites est mesurable, car c’est à peu près dans le même ordre de grandeur.

Et c’est là que j’arrive à poser un autre constat. D’après Wikipedia, on remarque que la majorité des galaxies naines est connue depuis longtemps : http://fr.wikipedia.org/wiki/Galaxie_d%27Androm%C3%A8de (voir le paragraphe sur les galaxies satellites). Sur les 23 galaxies recensées, il y en a 6 qui sont connues avant le XXe siècle, il y en a 6 autres qui sont connues avant 1980, et 11 autres qui furent découverte depuis 1998. Peut-être que les instruments d’observation actuels sont plus sensibles qu’autrefois, d’où la possibilité actuelle des mesures. Mais mesurer par effet Doppler la vitesse radiale des galaxies qui gravitent autour d’Andromède pourrait être possible depuis au moins 40 ans. L’effet Doppler, lui, est connu depuis 1842. Ainsi, cela m’incite à rechercher des articles d’astronomie qui parlent de mesures effectuées sur les galaxies satellites d’Andromède, car cela pourrait vraisemblablement avoir été tenté dans le passé (les moyens techniques existaient pour cela, mais il est possible qu’autrefois les instruments n’étaient pas assez sensibles pour collecter les données livrées par le spectre électromagnétique des astres).

En clair, l’orbite des galaxies naines sont l’objet de travaux très intéressants qui vaillent d’être étudiés, qui vaillent qu’on en parle. Mais ce n’est pas le scoop du siècle non plus. Et la jeunesse de l’un des co-signataires de l’article dans Nature ne doit pas finir en thème principal qui occulte les détails des travaux eux-mêmes. C’est ça que je veux dire. Car ce qui nous intéresse, au fond, ce sont les résultats.

Je termine ce présent article par une remarque plus personnelle :

  • En ce qui me concerne, j’ai grandi dans une grande solitude dans les livres de sciences, j’ai fini par obtenir un bac technologique et j’ai suivi quelques années universitaires intéressantes et difficiles. Je suis le seul matheux de ma famille qui ne comprend rien de ce que je dis et de ce que je fais. Personne ne m’a aidé à réussir dans mes études. Aucun coup de pouce de quiconque. Personne pour me guider dans mes choix, pour m’orienter. Je m’intéressais aux sciences depuis longtemps, dès l’âge de 13 ans ou moins, sans assistance, sans même prendre de cours à domicile (j’aurais dû). Sans même les conseils de mes parents (ils étaient dépassés), sans même leur soutien psychologique. Je me suis fait tout seul, même quand ça n’allait pas fort, comme beaucoup d’autres, ces autres qui ont peut-être souvent vu leur vocation scientifique s’éteindre faute de persévérance, faute de soutien, à cause d’une maladie, ou pour tout autre raison. J’ai avancé en zigzag, mais j’ai avancé. Avoir découvert Internet en 2000 m’a beaucoup aidé à surmonter ma surdité. Si tout était visuel au quotidien, dans toutes les situations, surtout socialement, tout deviendrait tellement plus simple. La vie est un combat qui en vaut la peine.
  • Si l’avenir était déjà tout tracé, déjà préparé, tout prêt, comme un train qui avance tout seul sur ses rails, et que les moindres difficultés sont aussitôt levées parce qu’on aura été aidé par le meilleur spécialiste pour suivre la meilleure direction, il n’y aurait aucun mérite (à part le propre travail de l’étudiant dans ses études). Peut-on appeler cela de la chance d’être aidé ? Le mérite se trouve dans l’autonomie, dans le système D, quand on doit construire tout pour effacer les incertitudes, les doutes, le manque de confiance en soi, surtout quand on est atteint de demi-surdité bilatérale, et cela m’a souvent mis en difficulté. Surmonter des épreuves, tout seul, savoir qu’on s’en est sorti tout seul malgré le blues et le ras-le-bol, c’est cela qui est important. Savoir qu’on peut avancer tout seul. On peut avancer tout seul. On peut commettre des erreurs, parfois de grosses erreurs à la con, c’est normal, mais on apprend beaucoup de nos erreurs. Ça prépare ainsi mieux à affronter les difficultés. Les erreurs enseignent à mieux avancer.
  • Si j’ai conçu mon blog, ce n’est pas pour passer à la TV ou dans la presse. Mon blog ne transmet qu’un seul message : partager (au premier degré) ma passion pour les sciences et surtout partager la nécessité de l’esprit critique, à travers l’épluchement des actualités scientifiques de toutes sortes afin d’en déceler les défauts. On ne devrait jamais lire des magazines comme si leur contenu était vrai ad hoc. On devrait toujours se dire que les infos ressemblent à un grand jardin recouvert d’œufs et que l’on doit traverser sans casser les œufs. Ou si vous préférez, un terrain miné. Bref, avec les infos, surtout sur le Net, on n’est jamais assez prudents. On n’est jamais assez armés contre la désinformation.
  • La célébrité ne m’intéresse pas, c’est pour ça que je porte des lunettes noires et un chapeau sur ma photo. Peu importe le personnage, seul le fond des écrits est à voir. Un peu comme ce mystérieux Lazarus avec sa cagoule d’Anonymous, peu importe qui il est, seul son message importe : que la raison vous serve de guide. Vouloir faire naître des vocations scientifiques est une démarche légitime, j’encourage celle-ci. Mais il faut que les moyens employés soient compris sans ambiguïté par le public en ce sens : faire naître des vocations en incitant les jeunes à s’intéresser aux sciences et à réussir leurs études, mais pas prendre le risque de faire comprendre à tort que le journalisme ne cherche qu’à faire du sensationnalisme. Certains auraient pu interpréter l’article du Figaro comme un exemple flagrant de piston d’un fiston, mais si c’était le cas, ça serait plutôt préjudiciable comme image. Mais d’autres explications sont possibles : faire naître des vocations scientifiques chez les jeunes, mais je pense que ça n’a pas passé en ce sens chez la plupart des lecteurs. Une autre explication : le père a voulu faire un cadeau à son fils passionné de sciences, et je pense que c’est un beau geste (néanmoins on ne doit pas trop mélanger famille et travail). La meilleure attitude est de présenter plusieurs explications plausibles, on ne peut pas se contenter d’un seul point de vue, et mieux vaut être constructif. Tout ce que j’ai dit ici n’est pas faire une critique juste pour le but de critiquer, mon seul but est de réunir les éléments afin de comprendre ce genre d’histoire relayée dans les médias. Les médias en font souvent trop, il faut tout le temps vérifier.

Pour conclure mon présent article, je présente deux façons de faire du journalisme avec les sciences, avec deux pages convaincantes.

  • http://www.cieletespace.fr/node/9977 : article très complet et intéressant, voila du journalisme pro et sérieux, réalisé par David Fossé. Les renseignements fournis par Pierre-Alain Duc sont très intéressants, on apprend des détails importants sur la formation et la structuration des galaxies, ainsi que les implications avec la théorie Mond. Concernant la jeunesse du lycéen ayant participé à l’article de Nature, Ciel et Espace affirme, je cite, ceci : « Cette curiosité a été remarquée dans la presse et Internet, parfois avec un enthousiasme excessif. S’il faut certainement saluer la participation d’un lycéen à une recherche scientifique (Neil Ibata a contribué au développement d’un code informatique pour l’analyse des vitesses des galaxies), il faut répéter que, non, un ado ne vient pas de remettre en cause les théories d’Einstein ». Bref donc un apport authentique, mais exagéré par les médias, exactement comme dans le cas du jeune Shouryya Ray. On peut lire également un autre bon article ici : http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-un-disque-de-galaxies-naines-autour-de-la-galaxie-d-andromede-30895.php dans lequel le jeune lycéen est mentionné mais dans une seule phrase (et en 7 mots seulement), le reste de l’article étant consacré aux travaux réalisés, car c’est justement ça qui est le plus important.
  • http://www.maxisciences.com/galaxie/a-15-ans-il-fait-la-une-de-nature-et-bouleverse-les-theories_art28195.html : voila un exemple de journalisme qui fait du sensationnalisme ostentatoire, en ne parlant principalement que du jeune génie. Bouleverser des théories soi-disant, voila quelque chose de prétentieux. On a vu ce que ça a donné avec l’histoire des neutrinos qui vont plus vite que la lumière et que ça démolissait la théorie d’Einstein… Mais l’existence de ces neutrinos supraluminiques a été invalidée par une nouvelle expérience. Hélas, le journalisme sensationnaliste s’égare dans ses fantasmes, et n’explique finalement pas très bien les faits. Prenez exemple sur Ciel et Espace et Pour La Science !

Ensuite, pour finir mon présent article et le rendre plus complet, je me suis connecté sur Twitter pour choper d’autres infos sur l’affaire.

  • On peut voir une vidéo ici : http://www.rfi.fr/france/20130106-france-lyceen-neil-ibata-15-andromede-decouverte-cnrs-galaxie-nature Des galaxies en orbite autour d’Andromède, ce n’est pas vraiment une surprise : quand des corps sont à proximité d’une grande galaxie (Andromède, plus de 6 fois plus massive que la Voie Lactée), ils ne forment pas un amas indépendant, ils forment forcément un système en orbite.
  • http://www.lepoint.fr/science/formation-des-galaxies-ce-qu-a-vraiment-decouvert-le-jeune-neil-ibata-11-01-2013-1612335_25.php Le jeune Neil Ibata a modélisé des données au moyen d’un logiciel. Le résultat est la conséquence d’un modèle déjà pressenti par d’autres scientifiques il y a quelques années. Le résultat des observations contribue à alimenter le débat sur la théorie Mond, mais il reste cependant incomplet pour permettre de trancher entre la théorie Mond et la théorie de la matière noire. Mais quand les titres affirment qu’un jeune défie Newton et Einstein, ce n’est qu’un coup de buzz, les buzz font vivre les journalistes… Entre le niveau de 1ère S et le niveau doctorat, il y a 7 à 8 ans d’études à accomplir, et des outils mathématiques compliqués à acquérir et maîtriser…

Il y a une nette différence entre faire le buzz et faire valider des travaux par la communauté scientifique.

Un commentaire pertinent fait par une blogueuse ingénieur informaticienne recentre les faits dans leur contexte :

commentairechloe

Je n’aurais pas mieux dit.

 

© 2013 John Philip C. Manson

Article co-écrit par John Philip Charles Manson (blogueur), Barbie Thürick (sa secrétaire blonde à poitrine généreuse), Dolly Prahnn (secrétaire suppléante, et rousse à forte poitrine), et WiFi (mon chien rédacteur en chef, il a validé mon article).  🙂

Une équation de Newton restée une énigme depuis 350 ans ?

Il n’y a pas d’énigme non résolue de Newton. Il y avait le théorème de Fermat et la conjecture de Poincaré, c’est-à-dire des énigmes authentiques, mais ils ont été démontrés. Il existe bien encore et toujours des énigmes en mathématiques, mais pas dans le cas de Newton…

  • La chute libre s’exprime comme comme une accélération uniforme connue : z = z0 – (1/2)*g*t²
  • La résistance de l’air est décrite par une équation elle aussi clairement connue (voir « Chute avec résistance de l’air » sur Wikipedia), et le rebond dépend de l’élasticité de l’objet ainsi que de sa vitesse finale, les rebonds successifs ça s’appelle l’amortissement (voir l’article « Amortissement physique » sur Wikipedia, équations à l’appui), et c’est très connu des lycéens, des physiciens et des ingénieurs, il n’y a pas de mystère là dedans.

Une énigme ? Quelle énigme ? C’est un peu trop gros à avaler… On ne la fait pas aux élèves de Terminale S non plus.

Puis le jeune de 12 ans qui soi-disant remettait en question Einstein, la vidéo montre qu’il ne faisait que calculer des intégrales (ce sont des maths, pas dans un contexte de la physique) et il ne montrait à aucun moment une remise en question d’Einstein. Remettre en question la théorie de la relativité ça se fait avec des observations et des expériences, pas avec des calculs, encore moins le cas échéant avec des calculs qu’on apprend avant le Bac.
Cette fascination des journalistes me fait penser à des articles qui s’étonnaient de la découverte de la précession des équinoxes qui invalident l’astrologie, une nouveauté pour eux, alors que les journalistes scientifiques, mieux informés, eux, clamaient que ce phénomène est connu depuis très longtemps, découvert par l’astronome Hipparque il y a environ 2000 ans.
Puis concernant la petite Heidi, on ne peut pas comparer son QI à celui d’Einstein puisque le QI de ce dernier est inconnu, il n’a jamais passé de tests de QI…
Les articles sur les petits génies c’est la même trame : c’est fait pour distraire, mais l’on n’y apprend rien. C’est vraiment triste… Les lecteurs ont un regard critique, ils ne gobent pas, ils ne sont pas des idiots.
Bon, après, ce sera quoi comme gag ? Un chien savant qui joue du piano et plus doué que Mozart ou Chopin ?… Ou alors le chien du lieutenant Columbo sait parler ? Il fume même le cigare de son maître.  🙂   «Ça alors, quand je raconterai ça à ma femme…»  😉

Je préférerais plutôt de belles photos de trucs réels comme l’astéroïde Vesta par exemple (une mission de sonde spatiale, Dawn, est actuellement là-bas). Ça c’est de l’information scientifique.
Et tout ce qui concerne les travaux scientifiques publiés c’est toujours évalué par des pairs (via comité de lecture), tandis que les pages de journaux grand public, elles, ne sont pas solidement vérifiées. Par exemple, si j’achète un gros poisson congelé de 2 mètres et que je le dégèle, et que je fais croire que je l’ai péché à Paris dans la Seine, ainsi quel journaliste sera doté d’esprit critique ? Je pense que beaucoup de gens peuvent berner les médias, et même les illusionnistes habiles peuvent berner les scientifiques. D’où la nécessité de douter et de vérifier les informations.
Au fait, on n’a plus de nouvelles de l’ancien vendeur (Jason Padgett) qui était devenu subitement un génie à la suite d’un accident ?… Des troubles soudains comme la synesthésie et le Syndrôme du Savant ne remplaceront pas des années nécessaires de travail de réflexion et de maturation des connaissances scientifiques

  • À un internaute qui m’a dit qu’«il était juste un peu sceptique sur son approche empirique de la science et que les grandes théories sont souvent infirmées ou confirmées par du raisonnement (et non de l’expérimentation). Pour ce qui est de la résolution d’équations, de deux choses l’une : où cet élève a développé une nouvelle technique/théorie ce dont je doute ou bien il a utilisé des moyens calculatoires connus et là, je suis bien persuadé qu’on pouvait résoudre cette dernière grâce à un logiciel de calcul symbolique (logiciels qui sont désormais devenus d’une puissance redoutable). Quoiqu’il en soit, je ne crois pas du tout à la génération spontanée de solutions sorties de la tête géniale d’un enfant de 13 ans… et la réponse à cette question sera vite tranchée car si, en effet, cette équation était non résolue depuis 350 ans malgré une recherche approfondie sur le sujet, alors il sera le prochain médaillé Fields ou Abel.», alors je lui ai répondu ceci :

Dans la méthode scientifique, le raisonnement est essentiel, mais le raisonnement seul ne suffit pas, car ce sont les faits eux-mêmes qui permettent au final le discernement entre le vrai et le faux, le critère de réfutabilité étant empirique et pas seulement fondé sur la raison pure. La raison pure sans faire des expériences on ne voit ça que dans les maths, mais dans la physique et la chimie et la biologie, ce sont les faits qui tranchent. Ce n’est pas le raisonnement qui établit la vérité ou la fausseté des hypothèses, le raisonnement est un support, c’est en fait la Nature depuis laquelle dépend toutes nos connaissances. Faire des maths sur la gravitation ce n’est que des mathématiques, la gravitation ça s’expérimente, ça se mesure (comme les billes qui roulent sur un plan incliné comme le faisait Galilée, en mesurant le temps du trajet et la distance parcourue). Les sciences ce n’est pas que de l’abstraction mathématique c’est aussi une recherche sur le terrain. C’est comme quand vous voulez connaître la température dehors, elle ne se calcule pas, elle se mesure. Et le critère de réfutabilité est déterminé par les données expérimentales ou observationnelles : supposons que mon hypothèse est «il fait 20°C dehors», la mesure indique 25°C en réalité, ce qui réfute mon hypothèse, ainsi c’est l’expérience qui est déterminante, pas le raisonnement seul, et dans l’exemple que je cite, le calcul en soi n’est d’aucune utilité (c’est très prétentieux et même antiscientifique de calculer sans effectuer des expériences…). En climatologie, la modélisation numérique a même tendance à rendre abstrait le climat, alors que ce sont les mesures quantitatives directes qui constituent une référence essentielle. L’abstraction à outrance finit par déroger à la nécessité du critère de réfutabilité dans les domaines d’essence empirique…
Il y a une différence entre le monde des mathématiques où seuls les calculs existent, et le monde de la physique qui englobe à la fois les maths et l’expérience du réel. D’ailleurs, dans le web, il existe des blagues intellectuelles assez drôles qui jouent sur les différences entre les mathématiciens, les physiciens et les ingénieurs, et ces blagues contiennent une bonne part de vérité quotidienne. L’internaute a bien confondu la médaille Fields (mathématiques) avec la loi de gravitation de Newton (physique, science expérimentale), et bien que les deux domaines aient en commun les maths, ils ont quand même des différences : un théorème se démontre par calcul, tandis qu’un phénomène physique se prouve par des expériences ou des observations.

L’internaute (que je cite sous les initiales R.C. car son pseudo fait référence à une marque dont il est interdit de citer le nom) a répondu en arguant que «vous devez savoir qu’une preuve ne peut se fonder sur une observation car la première question serait de montrer la fiabilité de l’observateur… c’est justement par le raisonnement (non contradictoire) qu’on montre la consistance d’une théorie…»

J’ai répondu par ceci :

Je me demande bien ce que le jeune aurait résolu à propos d’exemples classiques de la physique à propos de la chute libre avec rebond. En physique il existe le problème des trois corps (voir « Problème à N corps » dans Wikipedia), mais c’est un truc différent de ce que l’article raconte. Il y a la théorie MOND qui propose aussi l’hypothèse de lois inconnues de la gravitation mais là aussi ça n’a aucun rapport. La physique utilise des outils mathématiques qui requièrent des années de travail et d’habitude.
En science, ce qui est la base, ce n’est pas le cumul de «vérités», mais l’élimination des hypothèses superficielles qui ont été invalidées par les faits.
Pour donner un sens plus précis dans ce que je dis : la qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. Une théorie scientifique n’est qu’un outil faillible qui dépend d’expériences reproductibles, elle n’est pas «vraie» en soi. En physique, il n’y a pas de raisonnement sans les faits. La physique n’est pas une collection de concepts comme cela se faisait à l’époque de la Grèce antique, la physique moderne (depuis Galilée) est un ensemble cohérent de lois que les calculs et les raisonnements coordonnent. À vous lire, vous semblez du côté constructiviste. Moi-même je penche plutôt vers l’épistémologie de Popper, et c’est d’après celle-ci que j’ai compris ce qui est essentiel.

  • À Claude, qui fait remarquer une éventuelle erreur quand j’ai dit le mot «astrologie» dans mon texte :

Non ce n’est pas une erreur. Oui, j’ai dit astrologie, pas astronomie, car la pseudo-science qu’est l’astrologie ne tient absolument pas compte de la précession des équinoxes pour faire ses «prédictions». En effet, ceux qui sont du signe des Gémeaux sont en fait du signe zodiacal du Taureau (position du soleil dans le ciel au moment de leur naissance), vous pouvez vérifier cela avec un logiciel de planétarium comme Stellarium ou Winstars2. L’astronomie, elle, prend toujours en compte la précession des équinoxes dans ses observations et dans les calculs d’astrométrie. L’astrologie est une croyance qui se moque éperdument des faits astronomiques, tandis que l’astronomie est la plus ancienne science qui est essentiellement fondée sur de patientes observations.

  • R. C. a ensuite argué que «Vous n’êtes pas sans savoir qu’en climatologie, les équations de Navier-Stokes sont d’une importance absolument considérable et savoir les résoudre ferait faire des bonds considérables à la météorologie… que pour pallier cela, il faut des maillages très fins (donc beaucoup d’expérimentations) pour essayer de calibrer les modèles numériques qui servent à la prédiction : voilà un apport fondamental des mathématiques à la physique. De plus, si vous êtes scientifique, vous devez savoir qu’une preuve ne peut se fonder sur une observation car la première question serait de montrer la fiabilité de l’observateur… c’est justement par le raisonnement (non contradictoire) qu’on montre la consistance d’une théorie…»

J’ai répondu ceci :

Les équations de Navier-Stockes concernent les fluides visqueux et incompressibles, mais l’atmosphère terrestre a une pression variable (entre dépressions et anticyclones). Pour les fluides non visqueux et compressibles ou incompressibles, on utilise les équations d’Euler qui conduisent à l’équation de Bernoulli. Mais concernant la mécanique des fluides, les mouvements de l’atmosphère à grande échelle ont une nature probabiliste avec une très grande difficulté de prédire la météo et le climat à moyen terme et à long terme. Vous avez raison de dire que les équations sont résolues au moyen de raisonnements logiques, à condition évidemment que les équations se basent sur des lois physiques éprouvées (ce qui est heureusement le cas pour la mécanique des fluides). Ce que je cherche à expliquer depuis hier soir, c’est la nécessité d’une base empirique pour les équations connues ou les équations à résoudre. En physique, cela aurait été un non-sens si des équations étaient inventée indépendamment des observations ou d’expériences, c’est-à-dire bricolées de toutes pièces sans recours à des faits. En physique, les équations découlent de lois physiques découvertes (par exemple la formule F = G.m.m’/R² de Newton, d’après le fait que les corps célestes s’attirent entre eux proportionnellement à leur masse et inversement proportionnellement au carré de la distance qui les sépare). Bref, en physique, on n’invente pas les formules par choix esthétique ou inspiration personnelle, on les découvre sur la base d’observations objectives. Dans le cas du jeune qui aurait résolu une équation de Newton, on ne sait toujours pas de quelle équation dont il est question. Le doute est alors légitime. Les équations de Navier-Stokes datent de la première moitié du dix-neuvième siècle (grosso modo il y a deux siècles), tandis que Newton a vécu au dix-septième siècle, la loi de gravitation datant des années 1660 à peu près (il y a environ 3 siècles et demi). En ce sens, Newton n’est pas l’auteur d’équations insolubles de la dynamique des fluides. Donc, le mystère reste entier : de quelle équation de Newton l’article ici parle t-il ? Nous aimerions examiner les détails…

Dans Google, en cherchant à me renseigner sur le jeune Shouryya Ray, je viens de voir qu’un article wikipedia français lui a été consacré mais l’article a été supprimé il y a 3 jours car cela ne correspond pas aux critères encyclopédiques d’admissibilité. Néanmoins, l’article wikipedia anglais existe. On y apprend que l’équation concerne la mécanique newtonienne classique (la dynamique classique des particules). Le concours que le jeune a passé est dans la catégorie « Maths et informatique ». Le wikipedia anglais donne ensuite une information intéressante et je vous la transmets : le jeune a fourni des solutions analytiques pour trouver la trajectoire d’une particule incluant la traînée, et la réflexion d’une particule sur une surface. Le résultat a été relayé dans plusieurs journaux et des médias numériques qui ont rapporté l’affaire comme une percée, mais ces articles ont été caractérisés comme un battage (sensationnalisme) par les scientifiques. Le mouvement d’une particule soumise à des forces de gravité et la traînée peut avoir été publié dès 1860…

Réponse par R. C. : «je ne suis pas du tout étonné par ce que tu viens de dire concernant ce jeune homme… le contraire aurait été plus qu’étonnant ! Concernant les équations de Navier-Stokes, jette un œil sur l’adresse suivante: images.math.cnrs.fr/L-effet-papillon.html ^^ . Tu verras que le côté probabiliste que tu soutiens n’est pas tout à fait exact… En vérité, il est plus dû aux aspects incertitudes sur tes données (d’où la problématique du maillage): c’est sans doute une des « faiblesses » de toutes modélisations…. Pour éclairer la différence entre incertitude et probabilité, il suffit de se mettre dans la position du directeur de grande surface face à ses clients: il peut modéliser le comportement d’achat de ses clients par des probabilités (en utilisant des modèles statistiques) mais le client lui, ne fait pas ses courses au hasard… (enfin moi non!) donc l’incertitude provient sur le manque de connaissances qu’à le directeur du magasin sur l’environnement du client: aussi utiliser une approche probabiliste est un biais de raisonnement! C’est pour cela qu’on a inventé la logique flou, la théorie de possibilités ou les intégrales de Choquet etc. Comme tu vois, ce n’est pas le modèle qui pose problème mais ces données d’entrée (concernant la météo).»

Réponse à R. C.:

Oui, en fait je voulais parler des incertitudes à propos de la modélisation, plutôt que de probabilisme et de hasard, vous avez raison de le faire remarquer. En présence d’incertitudes, que peut-on prédire ou évaluer ? On est donc confronté à une difficulté parce que la science a ses propres limites. Il y a d’une part l’insuffisance des données empiriques : comment peut-on prétendre prédire le climat mondial à long terme alors que le nombre de stations à travers le monde est ridiculement faible (encore heureux qu’on ait des satellites pour l’observation plus fine de la Terre). D’autre part, il existe des équations insolubles, par exemple : Galois a démontré l’impossibilité de résoudre de façon générale les équations de degré supérieur ou égal à 5. Pour de telles équations, on peut toujours recourir à des techniques de résolution approchées (graphique, dichotomie, etc…). Mais il n’y a pas de formules comme il en existe pour les équations du second degré par exemple. Ainsi il existe des cas où l’on reste impuissant parce que l’on ne peut pas mieux faire. Les incertitudes sont une réalité quotidienne dans les sciences expérimentales. Il n’existe pas de déterminisme absolu.
En ce qui concerne le jeune allemand, il a indéniablement du talent dans ce qu’il a fait, la critique n’a pas été construite sur lui. mais sur les médias qui ont déformé la réalité en parlant de Newton lui-même puisque la nature des solutions analytiques de dynamique classique des particules (sur le mouvement brownien ?) concerne des aspects théoriques connus et postérieurs à Newton. Sur ce point, les journalistes auraient dû mieux se renseigner, en demandant aux scientifiques du CNRS par exemple. En effet, le journalisme a pour devoir d’informer, mais pas d’écrire pour vendre sans se soucier si cela est vrai ou faux. Et dire que j’écris avec un débit de roman-fleuve et que je ne suis même pas payé pour ça, c’est le comble, non ?  😉

Une internaute est ensuite intervenue dans le débat pour donner le point de vue suivant : «C’est intéressant de soulever le problème du discernement des informations dans les médias.Il faut toujours se méfier, un journaliste peut se tromper ou avoir reçu une fausse information sans le savoir. Si dans certaines revues scientifiques les infos sont vérifiées, c’est bien, mais ça reste du journalisme. Certaines infos sont tellement importantes pour le publique parce qu’elles pourraient changer l’histoire de l’humanité qu’elles sont censurées. Les gens ne sont pas prêt psychologiquement à recevoir ces informations ou on veut protéger les industries. Je pense aux scandales qui ont éclatés comme l’amiante par exemple ou le médiator. Les scientifiques peuvent calculer la température de la matière objectivement et dire que dehors il fait 20°C. C’est vrai, les choses ne sont que ce qu’elles sont, c’est tout. Mais ils s’adressent à des êtres humains, nous avons tous un corps constitué de matière et un esprit invisible. Si pour le corps il fait 20°C, selon son état d’esprit il peut faire plus chaud ou plus froid, on ne ressentira pas la même chose. Je pense que nous pouvons rajouter la science des mathématiques de l’état d’esprit. Quand on fait la queue à la caisse d’un supermarché, si on attend 2 minutes et qu’on est pressé, c’est trop long ça ressemble à une heure, et si on a tout le temps c’est court.Le temps linéaire n’existe que dans le monde de matière, mais il n’existe pas de la même façon dans notre monde intérieur,on a le pouvoir de l’accélérer, le stopper ou l’agrandir sans s’en rendre compte, comme à la caisse du supermarché. Tous les calculs les plus scientifiques du monde ne feront pas de nous des objets, nous restons des êtres humains avec nos sentiments, nos émotions et nos illusions que nous projetons sur le monde physique de la matière dans lequel nous évoluons.»

J’y réponds cela :

Ne pas confondre le journalisme ordinaire avec la vulgarisation scientifique et le journalisme scientifique. Et même quand les infos sont vérifiées, il peut arriver qu’il y ait de petites erreurs. Mais quand n’est rien vérifié, on est effaré par le contenu des articles. Ensuite, en ce qui concerne la censure et la liberté de la presse, c’est un autre débat. Je suis pour la liberté de la presse, c’est un droit fondamental dans une démocratie. Mais relayer l’information ne consiste pas à prendre des libertés en déformant la vérité, volontairement ou non, par rapport aux faits eux-mêmes. La science doit être transparente, et des scandales comme l’amiante et le médiator la décrédibilisent. Il y a une différence entre le rôle de la science (dont le but est de construire des connaissances et de les diffuser), le monde industriel (secteur économique ayant ses propres intérêts) et le monde militaire (où la vérité se résume à la raison d’État). Bref, il y a la science d’un côté, et ceux qui l’utilisent plus ou moins bien de l’autre.
Nous avons un corps constitué de matière, certes, mais vous parlez aussi d’esprit invisible, ça c’est votre opinion personnelle. L’âme est un concept superflu dépassé par les neurosciences…
Puis l’expérience de sociologie qui concerne l’impression d’une file d’attente voisine a priori moins longue que la file où l’on est ça ne s’explique pas par une quelconque présupposée distorsion temporelle, le temps reste le même et s’écoule de la même façon dans un contexte de physique classique. Puis aussi, à notre époque, les gens sont toujours trop pressés et stressés, ils ne prennent plus le temps de se concentrer et de réfléchir, et ont l’impression que leur temps psychologique passe de plus en plus vite. Mais à propos de la file d’attente, c’est l’un des nombreux exemples de la loi de Murphy, une sorte de parodie humoristique d’études sociologiques (voir « Loi de Murphy » sur Wikipedia).
Ensuite vous affirmez votre impression selon laquelle la science feraient de nous des objets, il n’a jamais été question de cela. La science construit des connaissances à partir des observations et selon des raisonnements objectifs, car la science se base entièrement sur des causalités, des relations de cause à effet. Mais avec 4 siècles de science, les sentiments et les émotions sont complètement inadaptés pour construire des connaissances objectives et rationnelles. Cela ne signifie pas pour autant que les scientifiques aient renoncé aux émotions et aux sentiments, ils ont leur vie eux aussi comme tout le monde. Essayez d’imaginer comment cela se passerait dans une cour d’assises si le juge, le procureur général et les jurés devaient remplacer l’objectivité par l’émotion, il n’y aurait alors plus d’esprit critique ni rationalité, et tous ces gens seraient alors tentés de faire justice eux-mêmes, en réclamant l’abominable peine de mort, sans même établir la culpabilité formelle de l’accusé sur l’appui des preuves… Il faut comprendre que certains métiers, la science, la justice, etc, impliquent un recul nécessaire où il faut laisser les émotions de côté…

Les émotions ne font pas partie de la méthode scientifique, tout comme les émotions sont à éviter dans le système judiciaire afin que la justice reste impartiale. Le public se méfie de la science qu’il connaît finalement assez peu. Les émotions, comme la croyance, ça n’a jamais créé des réalités. La science évolue depuis quelques siècles, mais croire est une facilité qui n’a fait qu’apporter l’obscurantisme, l’ignorance, les abus liberticides et inégalitaires. Le réenchantement du monde par les sectes, par exemple, a pour but de prendre les gens pour des moutons mais les hommes et les femmes sont fait pour être libres et de connaître les choses par eux-mêmes et de partager leurs connaissances à travers une attitude objective et laïque. Ce que je veux dire avec les émotions dans un contexte propre aux sciences, c’est qu’elles anesthésient l’esprit critique, et l’on prendrait alors le risque de céder au dogmatisme et à l’idéologie.

Vous avez affirmé que «Les scientifiques peuvent calculer la température de la matière objectivement et dire que dehors il fait 20°C». Plutôt, les scientifiques MESURENT la température. On peut a priori calculer la température en se basant sur le flux de l’ensoleillement (en watts par mètre carré), mais un calcul est d’abord une hypothèse qui doit nécessairement être comparée avec des mesures instrumentales.

C’est surprenant qu’il n’y ait pas de démarcation entre la subjectivité et l’objectivité dans l’esprit de certains alors que la différence est fondamentale… Avoir l’impression de voir une soucoupe volante furtive avec un certain espoir préconçu, en comparaison à disposer de preuves matérielles convaincantes de l’existence d’une soucoupe volante, ce sont quand même clairement deux aspects différents, les preuves étant largement plus significatives que la simple croyance. Entre les émotions et les faits, ce sont les faits qui ont une valeur ayant un sens réel. Croire et connaître c’est deux choses différentes.

Remerciements à :

  • Iskander Christian-Alexandre
  • R. C.
  • Claude
  • LOIC
  • Lionceau ambitieux

pour leur participation.

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© 2012 John Philip C. Manson

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