Une super Lune, encore ?…

Une vidéo YouTube de AstronoGeek :

AstronoGeek a raison.

  • La Lune passe à son périgée une fois par mois.
  • La différence entre une pleine lune de super Lune et une lune moyenne est négligeable et imperceptible à l’œil nu.

  • La super lune du 19 mars 2011 (à droite), comparée à une lune plus moyenne du 20 décembre 2010 (à gauche), vue de la Terre, ci-dessus.
  • Des spéculations ont affirmé que la super Lune aurait une influence sur l’augmentation de l’activité sismique terrestre mais aucune corrélation n’a été prouvée, notamment avec les séismes les plus importants.
  • La super Lune n’est pas vraiment de l’information, elle a seulement une justification médiatique, mais elle n’est pas un terme astronomique et ne recouvre pas de définition précise.
  • En 2012, je doutais déjà de la super Lune dans mon blog : par calcul j’avais pu établir la différence entre la super Lune et une lune ordinaire moyenne. Par rapport à la moyenne, le diamètre angulaire de la lune lors du périhélie n’augmente que de 5,7% à 7,9% environ, c’est relativement faible. Et par conséquent, la luminosité de la pleine lune nocturne lors du périhélie est 11,7% à 16,4% plus forte que lors d’une pleine lune moyenne. Ces différences sont imperceptibles à l’œil nu.

AstronoGeek a raison de pousser un coup de gueule contre les journaleux qui écrivent de la merde. Moi aussi, j’en ai marre. On a de moins en moins d’information de qualité au quotidien, c’est inquiétant. Cela devient de la malbouffe intellectuelle. Par paresse intellectuelle, les journaleux ne prennent plus soin de vérifier leurs sources, de se relire ; et les lecteurs influencés par ce qu’ils lisent ont de moins en moins d’esprit critique. Il faut réagir, on ne peut pas se résigner à cette décadence, sinon on court à la catastrophe…

Publicités

Le phénomène de la lune « bleue »

Je cite : « La  lune « bleue », un événement astronomique exceptionnel doit se produire ce vendredi 31 juillet, vers 23h. De fait, il n’intervient qu’une fois tous les deux ou trois ans. Le satellite naturel de la Terre va-t-il pour autant devenir bleu ? Cet événement extrêmement rare se produit lorsqu’il y a deux pleines lunes dans le même mois. »

 

En effet, il y a bien 2 pleines lunes en juillet 2015. La prochaine fois c’est en janvier 2018.

Exceptionnel ? Extrêmement rare ? Une fois tous les 2 ou 3 ans, ce n’est ni exceptionnel, ni rare. Pourquoi une telle exagération dans les mots du journalisme ? C’est exaspérant !

Un peu de probabilités :

  • 7 mois sur 12 ont 31 jours, et 31 jours c’est le critère nécessaire pour espérer voir 2 pleines lunes dans un mois. Il n’y a jamais deux pleines lunes dans les mois de 28, 29 ou 30 jours.
  • Parmi un mois quelconque de 31 jours, seules deux dates possibles pour une double pleine lune : du premier au 30, et du 2 au 31.
  • La probabilité pour qu’un mois de l’année ait 2 pleines lunes est de (7/12) * (2/31) = 7 / 186 = 0,0376. Soit un cas tous les 26,57 mois, donc un cas tous les 2 ans et 2 mois et demi environ.

John Philip C. Manson

 

Un nouveau système exoplanétaire découvert

Je cite : « D’après les mesures des chercheurs, qui ont pu observer une mini-éclipse de l’exoplanète grâce au télescope spatial américain Spitzer, serait 4,5 fois plus massive que la Terre, avec un diamètre 1,6 plus grand. Sa densité est proche de celle de notre Terre et elle est de composition. Autant d’éléments qui permettent aux scientifiques d’affirmer, dans un communiqué, qu’il s’agit de la terrestre « la planète de composition terrestre la plus proche de la nôtre ». »

 

D’après ces données, j’en déduis que l’exoplanète a un densité de 6,06 par rapport à l’eau. Et lorsque l’on établit une courbe représentant la densité relative à l’eau en fonction du diamètre par rapport à la Terre, les points correspondants à la Lune, la planète Mars et l’exoplanète sont alignés, ce qui témoigne que les roches sont de composition chimique similaire (quartz, feldspaths, olivine, pyroxènes, basaltes…).

http://www.wolframalpha.com/input/?i=linear+fit+0.273%3B3.340.53%3B3.931.6%3B6.06

density

John Philip C. Manson

 

Comment la lune influe t-elle sur le comportement ?

Avant de dire « comment » la lune influe t-elle sur le comportement, mieux vaut d’abord s’assurer que le phénomène existe.

L’influence de la lune sur le comportement est une croyance ! Le sensationnalisme détruit les efforts de la vulgarisation scientifique, c’est n’importe quoi. Il y a une différence entre connaître des faits et croire des salades.Vérifiez les statistiques, elles contredisent les idées reçues sur la lune !

À lire :

Voici un commentaire d’un internaute sur l’article critiqué. C’est très bien dit :

sexisme

Voici un autre commentaire lucide :

magali

Qu’est-ce qui est plus crédule qu’un mouton ? Deux moutons ! Et plus crédules que deux moutons ? Le troupeau entier ! Et plus crédules encore ? Les moutons qui croient naïvement aux pseudo-sciences et aux superstitions.

beee

Il paraît que l’herbe du Maroc est trop forte à fumer, elle déchire les boyaux de la tête. Il n’y a pas de fumée sans beuh ! 😉

iconlol

© 2013 John Philip C. Manson

Sélénographie : mesure empirique de la hauteur des pitons centraux de cratères lunaires

Je crée ici un article dans lequel je relate ma recherche personnelle en sélénographie.

La lune me passionne depuis bien longtemps. Elle est l’une des raisons qui m’ont fait naître ma vocation scientifique. L’astronomie est la science la plus ancienne, l’astronomie est la première science ayant éveillé mon intérêt.

La lune, ses mers, ses cratères, des reliefs qui excitent l’imaginaire et l’intelligence. Nom de Zeus, j’aurais aimé explorer la lune comme un astronaute. Étant chimiste de base, la minéralogie aussi est une science passionnante comme l’astronomie. Les sciences sont reliées entre elles, interdisciplinaires, elles sont complémentaires.

J’en viens au fait. Quand on observe la lune comme un imbécile heureux, peut-on découvrir de nouvelles connaissances scientifiques vérifiables, observables et reproductibles ? Oui !

na_gif

Par l’observation directe (par télescope) ou par l’intermédiaire de photographies de la lune, on peut découvrir de nouvelles informations quantitatives par l’examen de petits détails.

Dans les encyclopédies et les atlas, les cratères lunaires sont répertoriés avec soin. Mais il faut souligner que les cratères lunaires possèdent souvent un piton rocheux central, vestige de l’impact météoritique ayant créé un cratère. Est-il possible de mesurer scientifiquement la hauteur (ou altitude) d’un piton central de cratère lunaire ? Oui.

Quelles données utiles connaissons-nous ? Le cratère Albategnius attire mon attention.

crateres

Lorsque la lune est à son premier quartier, on aperçoit bien l’ombre projetée par le piton sur la plaine interne de ce cratère. On connaît le diamètre du cratère (114 km), on parvient à mesurer la longueur de l’ombre du piton lors du premier quartier (voir ici-bas), on connaît l’angle des rayons solaires par rapport au sol lunaire (au premier quartier, cet angle est la différence des longitudes entre le centre de la face lunaire et le centre du cratère étudié, soit 4,3°).

Je pose l’équation suivante, simplifiée pour le moment du premier quartier :

h = D × tan C

  • D = longueur au sol de l’ombre du piton central
  • h = altitude (hauteur) du piton par rapport à la plaine interne du cratère
  • C = différence des longitudes
  • Une première mesure a été réalisée : j’ai trouvé une hauteur d’environ 1,2 km pour le piton central du cratère Albategnius.
  • Une deuxième mesure, plus précise au moyen d’une photo numérique à meilleure résolution, indique que le point culminant du piton central d’Albategnius est de l’ordre de 714 à 779 mètres d’altitude. Apparemment, ce piton est moins haut que les remparts du cratère lui-même, ces remparts ont une hauteur de 3 à 4 km d’après certaines données trouvées sur Internet (http://caosphoto.blogspot.fr/2008/03/ballet-des-ombres-dans-l-d-albategnius.html). Mais grâce à ce blog ci-contre, je m’aperçois d’un détail très important : le blog caosphoto indique que Albategnius a un cratère de 136 km de diamètre, tandis que Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Albategnius_%28crat%C3%A8re%29) affirme un diamètre de 114 km. Si ce blog dit vrai, alors une correction dans mon calcul est nécessaire car ça signifie que la longueur de l’ombre (lors du premier quartier) est plus grande qu’estimée, et par conséquent la hauteur du piton central d’Albategnius devient comprise entre 852 à 929 mètres.

Albategnius

© 2013 John Philip C. Manson

Scepticisme scientifique : peut-on voir la Grande Muraille de Chine depuis l’espace voire depuis la lune ?

 

  • IMPORTANT : le présent article présente un nouveau développement dans un des paragraphes de l’article suivant : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/09/03/le-betisier-scientifique-de-lete/ dont je cite la conclusion définitive : «la muraille de Chine peut être vue jusqu’à une altitude de 2040 km à 2880 km, ce qui correspond à une orbite relativement basse, et la muraille peut donc vraiment être vue depuis une zone limitée de l’espace à proximité de la Terre. Au-delà de cette altitude, la muraille n’est absolument plus visible, et certainement encore moins depuis la lune.»

 

Pour en finir avec une légende urbaine : peut-on voir la Grande Muraille de Chine depuis l’espace voire depuis la lune ?

La question a été abordée sur Wikipedia mais elle laisse planer une incertitude. De plus, l’une des règles de Wikipedia interdit tout travail inédit pour enrichir objectivement l’encyclopédie.

Pour répondre à la question qui nous intéresse : «peut-on voir la Grande Muraille de Chine depuis l’espace voire depuis la lune ?», il faut se baser sur le concept d’angle et celui d’acuité visuelle.

  • Le minimum visible désigne tout point ou toute ligne au moins visible tel que l’angle minimum est de 0,5 seconde d’arc.
  • Le minimum séparable désigne l’écart angulaire minimum visible à l’œil nu qui sépare deux points ou deux lignes d’un angle minimum de 1 minute d’arc.

L’un des angles minimum qui est à utiliser est le minimum visible, car la Grande Muraille de Chine se présente comme une ligne ténue à grande distance.

La largeur de la Grande Muraille de Chine varie entre 5 et 7 mètres en moyenne et sa hauteur entre 5 et 17 mètres. Ce qui nous sera utile pour le calcul est la largeur, vue depuis l’espace, et l’on arrondit cette largeur à 6 mètres pour simplifier le calcul.

L’angle ‘a’, exprimé en radian, définit l’angle apparent de la largeur ‘d’ de la Grande Muraille de Chine observée à une distance L.

a = d / L

Soit A° le même angle que ‘a’, mais exprimé en degrés.

A° = a × 180 / pi              avec pi = 3,1415927…

Pour avoir un angle en secondes d’arc :  A » = 3600 × A°

Maintenant, je définis les données puis je calcule :

  • Distance moyenne entre la Terre et la lune : L = 384400 km.
  • Largeur moyenne de la Grande Muraille de Chine : d = 0,006 km.
  • a = d / L = 0,005 / 384400 = 0,000000016 radian.
  • A° = a×180/pi = 0,000000894°.
  • A » = 3600×A° = 0,003219534 seconde d’arc. Ce qui est un angle environ 155 fois plus petit que le minimum visible. Conclusion : la Grande Muraille de Chine n’est absolument pas du tout visible à l’œil nu depuis la lune. C’est une certitude. Celui qui prétendrait le contraire, je le place sur orbite et il n’aura pas fini de tourner…

Quelle est la distance minimum pour que la Grande Muraille de Chine puisse être visible à l’œil nu depuis l’espace ?

L’angle minimum de visibilité (acuité humaine normale) est de 0,5 seconde d’arc, cela correspond à un angle de 0,000138889°, soit 0,000002424 radian.

a = d / L  donc L = d / a = 0,006 / 0,000002424 = 2 475,2 km.

  • Conclusion : la Grande Muraille de Chine n’est pas visible à l’œil nu depuis l’espace à une altitude de plus de 2475 kilomètres, et resterait a priori visible en-deçà de cette distance.

Cependant, l’atmosphère terrestre est épaisse de quelques dizaines de km et peut altérer considérablement les conditions de visibilité : aberration de la lumière, réfraction optique… Ces paramètres sont une contrainte qui font que la distance minimum de visibilité soit nettement inférieure à la distance critique de 2475 km, laquelle serait valable si la Terre n’avait pas d’atmosphère…

© 2012 John Philip C. Manson

Superlune : un terme médiatique sensationnaliste

Je prépare ce nouvel article sur la superlune, en complément de celui-ci : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/08/la-superlune-et-la-trigonometrie-astronomique/

J’en cite un seul paragraphe qui contient des données quantitatives : «Dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 mai 2012, la Lune est apparue sous son meilleur angle. Ce phénomène, appelé « Supermoon », se produit une fois par an en moyenne, quand le satellite naturel de la Terre atteint son périgée, son point le plus proche avec notre planète. Cette fois-ci, la lune s’est dessinée 30% plus scintillante et 16% plus imposante qu’à l’ordinaire selon la Nasa.»

Le terme de superlune laisse croire qu’il s’agit d’un phénomène spectaculaire. Mais il n’en est rien. Dans mon précédent article sur la superlune, j’avais conclu par ceci : Par rapport à la moyenne, le diamètre angulaire de la lune lors du périhélie n’augmente que de 5,7% à 7,9% environ, c’est relativement faible. Et par conséquent, la luminosité de la pleine lune nocturne lors du périhélie est 11,7% à 16,4% plus forte que lors d’une pleine lune moyenne.

Une pleine lune ordinaire, c’est quand il s’agit des phases moyennes, entre ces deux étapes que sont le périgée et l’apogée. Non, la lune n’est pas plus large de 16% de plus, mais entre 5,7% à 7,9% de plus, par rapport à la moyenne. Et la lune au périgée est plus large d’environ 11% à 16% par rapport à l’angle lunaire apparent lors de l’apogée (ce qu’omet de dire le journaliste de NouvelObs).

La luminosité relative, c’est le carré du rapport entre les deux angles apparents (angle de superlune par rapport à l’angle lunaire moyen). Une lune 16% plus large est donc 1,16 fois plus large que la moyenne, et sa luminosité devient 1,16² fois (donc 1,346 fois) plus lumineuse que la moyenne (soit +34,6% de luminosité, et non 30%). Mais on a vu que ces chiffres sont erronés quand ils sont déclarés se référer à l’ordinaire (la moyenne), tandis qu’ils sont plus cohérents si l’on parlait par rapport à l’apogée.

Il est également nécessaire de faire un rappel. Les journalistes utilisent le terme de superlune (parfois utilisé avec une majuscule pour marquer les esprits crédules et apeurés) alors que ce terme n’est pas largement accepté ou utilisé dans la communauté des astronomes, qui lui préfère le terme de «périgée-syzygie».

  • L’article du NouvelObs affirme aussi que «Il faut croire que l’île d’Hawaï était l’endroit rêvé pour observer ce phénomène rare et unique»

Rare et unique ? Ah !!! Pas rare, puisque ça se produit plusieurs fois par an : http://www.astropro.com/features/articles/supermoon/

Le prochain périgée lunaire qui suit la « superlune » du début de mai 2012 aura lieu le 4 juin 2012 à 1h12 (heure de Paris), avec une distance Terre-lune de 356532,7 km ; et le suivant aura lieu le 1er juillet 2012 à 23h58, avec une distance de 360314,6 km. On dirait bien que la lune passe au périgée tous les mois, à peu près tous les 27 jours, ce qui est normal puisque le périgée est un point de l’orbite elliptique lunaire.

Le périgée, d’une syzygie à l’autre, est plus ou moins proche de la Terre. Les périgées-syzygies les plus extrêmes sont moins fréquentes, elles surviennent tous les 1 à 5 ans en moyenne : un calcul statistique montre qu’entre l’année 2000 et l’année 2036, il se produit environ une périgée-syzygie extrême tous les 4 ans. Ce n’est pas rare en soi.

© 2012 John Philip C. Manson