Médiumnité et ampoules électriques grillées

Supposons une émission télévisée avec un animateur populaire qui met un scène un « puissant médium » qui se prétend capable de griller par télékinésie les ampoules électriques à distance.

Supposons qu’il y ait un million de téléspectateurs qui regardent l’émission, ou plutôt 1 million de domiciles, et que dans chaque domicile il y ait en moyenne 16 ampoules électriques. L’émission est diffusée lors du début du crépuscule, au soir, pendant une durée de 2 heures.

Le médium se concentre (ou feint de se concentrer) sur sa capacité à agir à distance sur des ampoules électriques, prétendument par télékinésie. Soudain au cours de l’émission, le standard téléphonique explose : des milliers d’appels préviennent sur des phénomènes de grillage d’ampoules chez eux. Le médium a t-il donc un mystérieux pouvoir ?

Non ! Le hasard seul peut expliquer cela. Et le médium profite de ce hasard pour détourner l’attention des crédules.

En fait, le grillage des ampoules électriques c’est juste un problème statistique. Une ampoule électrique a une durée de vie limitée (vie de 1000 heures, donc probabilité de grillage de 1 sur 1000 lors de l’heure qui vient, soit une probabilité de 1 sur 501 environ pour qu’une ampoule qui dans un délai de 2 heures). Toutes les ampoules grillent naturellement, par usure normale. Ce qui fait que lorsqu’un charlatan prétend, lors d’une émission télévisée de grande audience, pouvoir faire griller des ampoules à distance juste en se concentrant pendant quelques instants, les quelques instants en question sont suffisants pour que sur le million de téléspectateurs regardant ladite émission, il y en aura 16 x 1000000 x (1/501) = presque 32000 qui verront en effet au moins une ampoule griller chez eux au moment d’allumer la lumière pendant le crépuscule.

Ensuite, les biais humains en matière d’expérimentation (crédulité, généralisation d’un exemple personnel, égoïsme et importance d’un cas personnel, et le fait qu’on ne retient que les exemples marquants) font le reste. Ainsi, ces 32000 personnes environ téléphonent toutes (ou presque) au même moment au standard téléphonique de l’émission qui est littéralement saturé : le charlatan devient crédible. Avec n’importe quel autre phénomène paranormal revendiqué, on peut réaliser n’importe quel autre trucage similaire. Dans la magie, il y a toujours un truc.

La crédulité n’engage que ceux qui se font fait piéger. Ce sont les pigeons qui entretiennent le charlatanisme et le business des escrocs.

Maintenant, voici un témoignage : http://forum.doctissimo.fr/psychologie/Paranormal/ampoules-grillees-semaine-sujet_15936_1.htm Une personne se dit troublée par ces coïncidences d’ampoules grillées les unes après les autres. Là encore, cela n’est qu’un phénomène statistique. Quand une maison possède 16 ampoules électriques, la probabilité de grillage d’une ampoule parmi les 16 est de 1-(1-(1/1000))^16 = 1 chance sur 63 dans un délai d’une heure. Il y a alors 1 chance sur 2 pour qu’au cours des prochaines 43 heures il y ait une ampoule parmi 16 qui grille. Au-delà de 197 heures d’utilisation des 16 ampoules, le grillage d’une ampoule devient probable à 95%. Et alors, en moyenne, parmi 16 ampoules en fonctionnement, on en remplace une toutes les 66 heures. Le délai n’est compté qu’à partir de l’instant où ces ampoules sont allumées. Quand on ne les allume pas, il n’y a pas d’usure. Bref, le grillage des ampoules électriques est statistique, ce n’est certainement pas une affaire de paranormal ni de psychologie (sauf quand on est aveuglément crédule à fond, ce qui peut être considéré soit comme une maladie mentale préoccupante, ou comme une grave paresse intellectuelle). Où est la liberté des personnes si celles-ci sont aveuglément crédules et croient absolument n’importe quoi ? Je pense que l’éducation et le recul critique doivent impérativement être un devoir. Un devoir qui garantit vraiment les libertés. Il n’y a pas de vraie liberté dans la croyance aveugle. S’informer est nécessaire.

Il faut toujours se méfier quand le hasard est caché, oublié ou nié par un charlatan ou un idéologue, comme dans le cas du créationnisme par exemple.

La science compare souvent un phénomène présumé avec le hasard, on essaie de voir alors si le phénomène se démarque significativement du hasard afin de juger de la crédibilité du phénomène. Mais à partir du moment duquel le hasard est oublié ou rejeté, on ne peut plus faire de comparaisons, et c’est la porte ouvertes aux impostures.

Cessons d’alimenter le business des charlatans, en doutant.

Publicités

Commentaires épistolaires sur l’astrologie

Dans un vieux forum d’astronomie appartenant à un ami, j’ai reçu récemment un message privé d’une femme (l’orthographe est conservée telle quelle), en date du 15/03/2014 :

Sujet du message : [Contact] Merci !

Contenu du message :

J’adore votre article sur l’astrologie c’est pour cela que je vous écrit, ça ne repose sur rien de concret mais ayant grandi dans un milieu où il y en était question, j’ai tendance en cas de déprime, à m’y référer et ensuite je doute et je regrette ! Et puis comment une boule de gaz pourrait influencer notre destinée ?! De plus, le plan de l’écliptique sans cesse en mouvement, comment être sure de son signe ? Je veux bien croire aux phénomènes des marées mais encore faut-il qu’on me les explique. J’ai connu des vierges, des cancers et pourtant ça n’a pas marché en amour alors certes j’ai autour de moi des couples qui ont « des signes compatibles » mais est-ce bien cela qui fait que leur couple fonctionne ?! L’astrologie crée une dépendance, un doute c’est malsain et surtout devant le nombre d’articles, de charlatans, qui croire ? Dès que je rencontre une personne je veux savoir son signe, ça me prend la tête ! Vais-je m’entendre ou pas avec elle !  J’espère m’en défaire au plus vite !

Ma réponse publique :

L’habitude est une seconde nature. Et l’on peut avoir de mauvaises habitudes. La liberté de croyance consiste à avoir le droit de toujours croire, en connaissance des faits ou non. Une prise de conscience de se découvrir dans l’erreur implique une volonté de se corriger de ses propres erreurs. En parallèle à la liberté de croyance, il y a aussi celle de la liberté de douter.

Croire est une liberté, mais c’est aussi trop simpliste et réducteur. Croire dispense de réfléchir. Douter incite à la réflexion et au dialogue, à la remise en question, revoir à partir de bases objectives.

Connaître l’avenir est un très vieux fantasme humain. Vouloir connaître l’avenir est naturel. Vouloir connaître l’avenir est un réflexe normal de survie. Peut-on connaître l’avenir ? Peut-être, ou pas, ça dépend. Mais si on cherche des moyens de connaître le futur, mieux vaut se baser sur des moyens objectifs réellement fiables. L’astrologie est tout, sauf fiable. En astrologie, qui croire ? La question de la confiance, dépendant elle-même de la fiabilité, et qui implique une éventuelle crédibilité objective de l’astrologie, et l’astrologie n’a aucune crédibilité sur le plan scientifique. On ne peut donc croire à aucun astrologue. Il n’y a donc pas ni de bons astrologues ni de mauvais d’un autre côté, car l’astrologie n’est qu’une croyance qui repose sur du vent, l’astrologie ne se base sur aucune réalité.

Les pratiquants de l’astrologie méconnaissent eux-mêmes jusqu’aux connaissances de base de l’astronomie. De nombreux astrologues, par exemple, n’ont jamais entendu de précession des équinoxes, alors que ce phénomène est connu depuis le grec Hipparque il y a plus de 2000 ans… (voir ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/lastrologie-decouvre-la-precession-des-equinoxes-connue-deja-depuis-2000-ans/L’astrologie n’est qu’un moyen facile de se faire de l’argent sur le dos des personnes crédules et influençables. L’astrologie n’apporte aucune connaissance pertinente.

La crédibilité d’un domaine ne se détermine pas par l’abondance de littérature sur ce sujet fortement médiatisé. La crédibilité d’un domaine se base sur la qualité objective des vérifications, de l’analyse par la comparaison avec les faits.

Dans les horoscopes, les profils selon les signes sont fréquemment évasifs et abscons. Si les thèmes étaient distribués au hasard, on trouverait encore des gens qui diront que l’horoscope leur correspond alors qu’il n’existe aucun lien de causalité. En ce qui concerne le hasard, rien ne colle à exactement 100% de corrélation, ni même 100% d’échec, c’est plus nuancé en terme de données. Je me cite moi-même à partir d’un de mes articles de mon blog : « On ne peut donc pas prédire (au hasard ou avec instrumentation scientifique) de façon absolument certaine, et en même temps on ne peut pas tout échouer, ainsi les réussites et les échecs sont nuancés. C’est pour cela que les astrologues et les voyantes ont du succès : parfois ça marche (grâce au hasard), mais rarement l’on réussit totalement comme l’on ne peut pas totalement foirer, car il est rarement probable de tout réussir comme de tout échouer. Le hasard n’implique donc pas 100% d’échec, car des succès moyens, mitigés, nuancés (donc des demi-réussites qui sont rarement totalement absentes) sont fréquemment des biais statistiques qui laisse croire à tort qu’il existe des pouvoirs occultes… » (source : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/12/13/probabilites-et-applications/ )

Le doute se base sur un principe assez simple : découvrir une contradiction implique la preuve de la présence d’une affirmation fausse parmi au moins deux affirmations. Par exemple : «Socrate est mort» est la première affirmation. La seconde dit le contraire : «Socrate est mort». Ainsi, comme une chose ne peut être ni vraie et fausse simultanément (principe du tiers exclus), une contradiction indique qu’au moins une affirmation est fausse parmi au moins deux affirmations. Socrate est soit vivant, soit mort, mais pas les deux en même temps. Le principe de contradiction est la base de la démarche scientifique.

Il y a deux façons de lire un livre. Lire avec une attitude absorbée, en acceptant tout le contenu que l’on lit, sans s’efforcer à réfléchir ni prendre du recul. Ou lire avec une attitude sceptique, en mettant tout ce qui est émotionnel de côté.

Il y a une différence entre connaître et avoir confiance. Connaître implique un esprit critique. Sans le doute, il n’y aurait pas de connaissance, il n’y aurait qu’une croyance à laquelle on croit. La connaissance est le résultat d’observations ainsi que d’une évaluation de la connaissance elle-même. Croire n’est pas connaître.

Derrière les superstitions sur la prédiction de l’avenir se cache un autre problème que celui de la croyance, il y a l’angoisse de l’avenir. Souvent l’avenir échappe à notre contrôle : un accident, une maladie, une nouvelle opportunité de travail, ou un mariage. Mais concrètement, on ne subit pas l’avenir. L’avenir, on le fait. Et ce n’est certainement pas les astrologues qui vont décider le futur à notre place, puisque le futur n’est pas écrit d’avance. Un accident peut être évité par des comportements préventifs (ni drogue ni alcool au volant, respect strict du code de la route, méfiance envers les autres automobilistes qui peuvent se comporter en chauffards…), une maladie peut être évitée (notamment les MST, par le port de préservatifs), on peut éviter les accidents domestiques si on applique des règles de prudence, et les opportunités professionnelles sont majoritairement dues à nous-mêmes car personne ne viendra nous chercher à la maison pour nous proposer un emploi (on se déplace pour obtenir de meilleures chances d’obtenir un emploi, et mieux encore on crée soi-même son propre emploi en devenant entrepreneur et c’est justement mon cas actuellement).

L’avenir ne doit pas être une angoisse mais un défi. L’avenir est le résultat de ce qu’on aura préparé et planifié. Les astrologues, eux, parlent bien d’avenir mais ils ne le font pas venir. Pire encore, les astrologues pensent à votre place. La seule chose que les astrologues réussissent à vous soulager, c’est le poids de votre portefeuille… Les gens sont libres de croire à l’astrologie, mais ils sont libres aussi d’être informés en connaissance de cause : l’astrologie c’est du pipeau.

Croire est facile, et la facilité n’est pas vraiment un principe de liberté. Le doute implique un effort, un travail personnel, et parcourir ce chemin est une prise de conscience que l’on est libre. Douter c’est être libre. Et l’effort de douter est un mérite. La facilité, c’est au niveau des moutons qui broutent bêtement ce qu’on leur donne… Nous sommes des humains qui pensent, pas des moutons qui ont une panse, nuance…

Ou l’on s’adonne à des lectures d’idées préconçues que l’on absorbe comme une éponge, ou l’on apprend à lire en comparant les idées entre elles afin d’y déceler des contradictions qui sont l’indice de l’existence d’erreurs. Même des livres de sciences du niveau des écoles d’ingénieurs peuvent contenir des erreurs par accident, la preuve :  https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/28/une-erreur-dans-un-livre-de-thermodynamique-pour-ingenieurs/  L’absence absolue d’erreur dans tout système d’information est un mythe, c’est pourquoi le doute est la seule approche nécessaire quand on veut accéder à des connaissances. Question : pourquoi devrions-nous croire des erreurs, pourquoi accepterions-nous de croire pour vraies des choses fausses ? Où serait la liberté là-dedans ?

beee

Pour terminer, je vais répondre aussi à cette phrase : «J’ai connu des vierges, des cancers et pourtant ça n’a pas marché en amour alors certes j’ai autour de moi des couples qui ont « des signes compatibles » mais est-ce bien cela qui fait que leur couple fonctionne ?! »

L’attribution des signes astrologiques et la réussite des relations amoureuses sont deux choses indépendantes, sans lien de causalité. Quand les couples fonctionnent, c’est parce qu’ils sont des personnalités compatibles, parce qu’ils ont un vrai dialogue à deux, et parce qu’ils se font confiance, et parce qu’ils ont des projets durables communs. Et l’astrologie n’a rien à voir là dedans… Il suffit de comparer l’astrologie comme hypothèse possible avec d’autres hypothèses possibles, et c’est comme cela qu’on s’aperçoit que l’astrologie ne fait pas de scores meilleurs que ceux du hasard. Mieux vaut se concentrer sur les vraies causes des relations amoureuses durables, ça limiterait les déceptions… Mais les relations sentimentales sont-elles faites pour durer ? En général, les gens changent souvent avec le temps.

Autre phrase : «Je veux bien croire aux phénomènes des marées mais encore faut-il qu’on me les explique.»

Les marées sont dues à l’orbite de la lune autour de la Terre. L’école n’enseignerait-elle plus rien au vingt-et-unième siècle à propos de quelques phénomènes naturels élémentaires ? Des lacunes de niveau élémentaire c’est inquiétant. Quand j’étais écolier, nous allions dans les bois pour examiner des feuilles d’arbres afin d’identifier et distinguer les différentes espèces d’arbres. C’était pour l’éveil des enfants, dans une démarche de découverte de la nature. Cela ne se fait-il plus ? Il suffit de lire cet article ci-joint : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/05/23/la-consternation/  pour se rendre compte qu’il existe un problème de culture assez grave actuellement. C’est inquiétant. Ce n’est pas étonnant si l’ignorance et la crédulité des uns attirent l’opportunisme des charlatans… La question qui revient souvent : la faute à qui ? L’indifférence à ce problème.

— « Il faut choisir, se reposer ou être libre » (Thucydide d’Athènes)
— « La bêtise, c’est de la paresse. La bêtise, c’est un mec qui vit et qui se dit, ça me suffit. Je vis, je vais bien, ça suffit. C’est celui qui ne se botte pas le cul tous les matins en se disant, c’est pas assez, tu ne sais pas assez de choses, tu ne vois pas assez de choses. Une espèce de graisse autour du coeur et autour du cerveau » (Jacques Brel)

© 2014 John Philip C. Manson

Apprendre à écrire, une option ?

  • Aux États-Unis,  la question a déjà été tranchée : d’ici 2014, l’écriture manuscrite sera un enseignement optionnel dans 45 États américains. À la place, sera privilégié l’apprentissage de … Word.

option

Apprendre à écrire, une option ? Si ça continue, ce sera l’école qui ne sera plus qu’une option…

À travers le monde, on fabrique des générations de moutons, et on dirait que cela a été voulu… C’est grave.
La lecture, l’écriture, le calcul et l’esprit critique sont les bases nécessaires pour que les individus se construisent.

L’écriture est le prolongement de la pensée. Réduire l’écriture à une option c’est attaquer et mépriser la pensée.

En France, l’illettrisme des jeunes est un fléau :

Un de mes contacts sur Google Plus m’annonce qu’il paraît (source non vérifiée) que les jeunes en classe de troisième en France n’ont que 500 mots de vocabulaire. Ce contact ne m’a pas indiqué quelle était la source. Cependant, une recherche sur Google m’a conduit à cet article : http://www.lien-social.com/spip.php?article3200&id_groupe=4

L’enrichissement du vocabulaire se produit par la lecture régulière des dictionnaires, des encyclopédies, voire des romans. Dans ma jeunesse, mon vocabulaire était moins diversifié, et la lecture de dictionnaires et d’encyclopédies a enrichi mon vocabulaire. Je connais actuellement environ 35 000 mots dans la langue française. Au niveau de l’orthographe et de la grammaire, je suis très rigoureux avec moi-même. Un vocabulaire riche permet de comprendre beaucoup de choses. Un vocabulaire pauvre entraîne la confusion.

Savoir lire et écrire est une base nécessaire et indispensable. Savoir prononcer ce qu’on lit, c’est une aptitude phonétique, mais le danger sous-jacent dans l’apprentissage de la lecture, c’est de ne pas associer un sens, une signification, sur les mots lus. Lors de mes premières années d’acquisition de la lecture, je savais bien lire ce qui était écrit (dès l’âge de 5 ans), mais j’avais des difficultés à me représenter mentalement en fonction des mots lus, des difficultés pour visualiser le contexte représenté par les mots. Surtout, il m’arrivait de ne pas comprendre parfois le sens de ce que je lisais. Avec ça, une demi-surdité n’arrange pas les choses. Tout s’est très nettement amélioré depuis qu’on m’avait recommandé de lire attentivement un dictionnaire, ça sert à quelque chose, les dictionnaires. Mon vocabulaire s’est donc enrichi. Il ne faut guère croire qu’un but sera atteint, ce serait une illusion de croire que l’on sait tous les mots, qu’on les comprend tous. On peut donc atteindre un bon niveau de vocabulaire, sans se sentir obligé d’être du niveau suprême d’un académicien des Lettres. Apprendre c’est sans fin, on en apprend tous les jours, au gré des lectures. Pareil pour apprendre le vocabulaire anglais.

Quand j’ai créé mon premier blog en 2007, mes mots dactylographiés de manière assez prolifique ont façonné mon style de rédaction. C’est mon écriture qui a fait de moi le blogueur que je suis actuellement. J’écris vite sur clavier, mais j’écris toujours sur papier aussi, surtout pour des calculs et des équations. Écrire est une nécessité. Écrire, c’est s’exprimer, c’est vivre. Sinon, on n’est rien.

Aristote disait : «La science commence avec l’étonnement.»  Il disait vrai. Moi aussi, la science m’étonne à travers les nouvelles découvertes (actualité récente : les résultats du satellite Planck). J’atteste aussi avoir été étonné en lisant des dictionnaires, car parfois on fait des trouvailles, on en apprend tous les jours.

Il faut savoir écrire pour être un esprit libre et éclairé.

Qui trouve un intérêt à plonger nos générations futures dans l’illettrisme et l’ignorance ? À qui cela profite t-il ?… Bon, on ouvre une enquête, saperlipopette ?

La décision de transformer la nécessité de l’apprentissage de la lecture en une simple option, ça ressemble dangereusement à une forme de centralisation du pouvoir en attaquant un socle fondamental : l’éducation. Ainsi, cela s’apparente à un meilleur contrôle via une nouvelle forme de censure. En effet, maintenant on ne ferme plus les sites web pour censurer les gens, le pouvoir (qui ?) s’en prend à l’éducation elle-même pour bâillonner le peuple dès sa plus tendre enfance !  Qui a intérêt à bêtifier les citoyens ? C’est une dérive dangereuse et absurde, elle nuit à la force économique des pays eux-mêmes ! Un pays qui sacrifie l’éducation de ses enfants, c’est un pays qui se tire une balle dans le pied ! Keep it up, America, and China will eat you… It’s already done. Made in China, everything is made in China everyday. 中國製造   中國製造  …

Un américain sur deux pour la tranche 18-24 ans est incapable de situer New York City sur une carte, peut-être parce que l’Histoire elle aussi est devenue optionnelle…

Il faut sauver le système éducatif, et surtout le réformer en profondeur.

Ce n’est pas la technologie qui écrira/pensera/comptera à notre place. L’invasion de la technologie a réduit les vrais contacts humains. Le virtuel peut être mauvais. Copier/coller le web pour faire ses devoirs, c’est très répandu maintenant, les jeunes ne prennent plus l’effort de réfléchir eux-mêmes, ils postent leur devoir de maths sur Yahoo Questions/Réponses par exemple, et attendent les réponses. La technologie mal utilisée ne rend absolument pas service aux jeunes. Proposer la technologie pour remplacer l’écriture manuelle, ça ne résout pas les problèmes scolaires. Lire, écrire, compter doivent servir (avec l’esprit critique) à penser et à agir.

La technologie ne doit pas remplacer la pensée, mais la suppléer sans pour autant rejeter les méthodes traditionnelles qui fonctionnent. Puis pourquoi choisir Word (payant) plutôt que choisir Open Office (gratuit et de qualité équivalente) ?

  • Voici une lettre de demande de renseignement reçue par un entrepreneur. L’auteur de la lettre est une élève de Terminale littéraire.

TL

Les fautes de français ont été soulignées en rouge. Elle est belle, la section littéraire au lycée…

Citations

  • «La plupart des gens préféreraient mourir que de réfléchir. C’est ce qu’ils font d’ailleurs.»  (Bertrand Russell)
  • Les hommes naissent ignorants et non stupides. C’est l’éducation qui les rend stupides.    (Bertrand Russell)
  • «Qui sait lire et écrire a quatre yeux.»   (proverbe albanais)
  • «L’apprentissage de la logique, de l’analyse, la pratique de la raison, la recherche de documents, l’expression sont-ils favorisés par les nouveaux médias ?»   (Joël de Rosnay, docteur ès sciences)
  • «Peut-on apprendre réellement avec la télévision et Internet ?»    (Joël de Rosnay)
  • «La pratique du zapping procure au téléspectateur l’illusion de la sélection consciente, alors qu’il ne répond souvent qu’à des réflexes immédiats d’ennui passager.»    (Joël de Rosnay)
  • «Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre.»   (Marie Curie)
  • «Qui pense peu, se trompe beaucoup.»     (Léonard de Vinci)
  • «L’oisiveté est comme la rouille ; elle use plus que le travail.»   (Benjamin Franklin)

© 2013 John Philip C. Manson

Une vocation pour les maths et/ou la physique ?

Comment naît (ou faire susciter) une vocation en maths et en physique ?
Une vocation pour les maths et/ou la physique : une volonté, un plaisir, une méthode,… et des dangers à connaître.

  • On devient bon en maths en travaillant régulièrement.
  • On devient cancre par l’habitude de la paresse.

C’est en forgeant qu’on devient forgeron.

C’est aussi simple que cela. Avant de se lancer dans les sciences, il faut maîtriser le langage. La lecture des dictionnaires est essentielle pour comprendre les définitions des mots. Il est important d’élargir le vocabulaire.

Les maths et les sciences, comme tout domaine (comme le sport par exemple), c’est par l’envie d’apprendre et de comprendre. Le talent c’est l’envie de faire quelque chose, en y trouvant plus de plaisir que d’avoir l’impression de devoir accomplir une corvée.

Une motivation, ça arrive soudain, un jour, par un déclic, un détail, quand on recherchait soi-même une réponse à un truc. Puis la curiosité déclenche une réaction en chaîne : une boulimie d’apprendre toujours plus. Savoir qu’on peut trouver tout seul, c’est s’ouvrir à l’indépendance et la liberté. Pourquoi les profs feraient vos devoirs à votre place ? Et pourquoi (dans un tout autre contexte) laisseriez-vous des gourous penser à votre place ?

Donc bref, apprendre, être curieux, multiplier les situations à résoudre, mais disposer d’un outil précieux à ne pas négliger : l’esprit critique. Pour rester objectif. Et se souvenir des critères épistémologiques de la science, à travers le problème de la démarcation entre la science et ce qui ne relève pas de la science. Pour éviter l’amalgame entre science et mysticisme. Et se souvenir que les théories sont des représentations faillibles du réel (à travers l’observation ou l’expérimentation). Voici un exemple épistémologique très simple qui résume la scientificité : la carte n’est pas le territoire. Ces critères s’appliquent aux sciences de la nature dont la physique, les maths étant l’édifice de toutes ces sciences. J’ai dit que la carte n’est pas le territoire : en effet, les maths servent à décrire et expliquer des opérations et des expériences de physique, mais pas le contraire. C’est-à-dire que la vérité scientifique ne se construit pas d’abord sur des concepts mathématiques ou géométriques pour tenter d’inventer la réalité physique. Ainsi, le chercheur indépendant Antony Garrett Lisi (http://fr.wikiquote.org/wiki/Antony_Garrett_Lisi) avait présenté une «théorie» douteuse dans laquelle il affirme que «les équations algébriques qui décrivent le comportement de toutes les particules sont la conséquence de la géométrie d’un seul objet (Le groupe de Lie E8). Tout le contenu de l’Univers n’est donc que pure géométrie !» (source : Science et vie, nº 1084, janvier 2008, p. 51).

La physique n’a jamais été la conséquence des mathématiques. Les maths ne sont pas ladite réalité physique ni sa trame. Les maths ne sont qu’un outil pour construire une théorie abstraite à partir des faits de la physique, une théorie scientifique axiomatisée c’est elle qui est la conséquence des données quantitatives issues des observations et des expériences de physique. Les phénomènes précèdent leur théorisation, pas le contraire. On observe d’abord, afin de recueillir des données quantitatives (à travers des mesures), ensuite ces données sont comparées entre elles afin d’établir des lois physiques, puis l’on construit une théorie. Par exemple, le résultat de l’expérience de Michelson-Morley en 1887, qui contredisait l’hypothèse de départ, a eu pour conséquence la théorie de la relativité restreinte (d’Einstein) en 1905. Il est évident que l’on ne construit pas de théorie sans données physiques. Autrement, c’est brasser de l’air, c’est faire de la spéculation au risque de diverger de la méthode scientifique. Bref, une page remplie d’équations n’est pas l’univers ni la cause de l’univers, au même sens qu’une carte n’est pas le territoire, ni qu’une carte n’est la cause du territoire. Le territoire existe d’abord (il préexiste), ensuite on dessine une carte pour représenter ce territoire que l’on observe et explore (directement sur le terrain ou par vue aérienne, voire par photo satellite). On observe, puis on tire des conclusions. Mais émettre des concepts avant même d’observer ou d’expérimenter, ce n’est pas vraiment de la science.
En plus, A. Garrett Lisi annonce que «en outre, [la théorie] prédit pour l’instant une constante cosmologique gigantesque, alors que les observations la donnent très petite.»    En voila un qui décide comment doivent être les faits, en dépit des observations, plutôt que reconnaître l’invalidité de la prédiction, celle-ci étant réfutée par les faits eux-même. Depuis quand une théorie est-elle dogmatiquement vraie et que les faits sont faux ? Une théorie scientifique a pour définition selon laquelle la théorie doit pouvoir être réfutée si celle-ci est fausse, donc une théorie peut être fausse. Par contre, les faits, c’est-à-dire l’observation et l’expérimentation rigoureuses des phénomènes physiques, contrairement aux interprétations qu’on en fait, ne peuvent mentir.
Dans Wikiquotes.org, la catégorie des «auteurs scientifiques» incite à s’y interroger. C’est dans ce site que j’avais pu trouver les citations de A. Garrett Lisi. Maintenant, je me penche sur le cas du chercheur japonais Masaru Emoto. Selon Wikiquote, ce chercheur étudierait les effets de la pensée sur l’eau.
À première vue, cela paraît déjà bizarre. Mais pour en avoir le cœur net, examinons les citations de M. Emoto.
Je cite Emoto : «Les 70% environ de notre planète sont recouverts d’eau, et 70% environ du corps humain ne sont qu’eau» (Le miracle de l’eau (2007), Masaru Emoto (trad. Gérard Leconte), éd. Guy Trédaniel, 2008 (ISBN 978-2-84445-866-7.), p. 7 et 8)
Il est vrai que l’eau recouvre 70% de la SURFACE terrestre. Il est vrai aussi que le corps humain contient (en MASSE ou en VOLUME) environ 70% d’eau. D’une part, relier ces deux vérités n’est faire qu’une ANALOGIE, mais pas une relation de CAUSALITÉ. D’autre part, deux pourcentages similaires ne signifie rien quand les mesures concernent deux grandeurs physiques différentes : une surface n’est pas une masse ni un volume. Utiliser une telle analogie, c’est de la numérologie, non ? En effet. Quelle heure est-il ? Deux kilomètres !
Je cite encore Emoto : «D’après les cristaux, l’eau qui est en nous contient l’énergie des mots.» (du même ouvrage).
Quels cristaux ? Le chlorure de sodium de l’eau de mer ? Les sels de la composition minérale du sang humain ? L’énergie, ah ! ce terme abstrait désignant une réalité bien abstraite et quantifiable en science n’a pas d’équivalent sérieux avec l’énergie chez le domaine de la spiritualité. L’énergie des mots ? L’aptitude au langage provient d’une zone spécifique du cerveau, à peu près au sommet du crâne. Les neurosciences montrent que ce sont les neurotransmetteurs (dopamine, mélatonine, et autres) qui sont le siège de l’activité neuronale. Mais de l’énergie des mots dans l’eau, ça veut dire quoi ? C’est une métaphore ratée ? Ou une extase mystique ? Je ne trouve pas ça très rassurant… D’ailleurs, le titre «Le miracle de l’eau» ressemble à de la science-spectacle. Je pressens d’autres textes construits selon une interprétation personnelle et subjective.
Dans le jargon scientifique, chaque mot, chaque phrase, a un sens bien précis. Mais quand un texte est flou, abscons, évasif, avec un sens indéfini, des mots qui ressemblent au jargon scientifique mais selon une structure inhabituelle, alors il y a quelque chose d’anormal.
Par curiosité, je visite la biographie de Emoto (http://fr.wikipedia.org/wiki/Masaru_Emoto) sur Wikipedia, dont je cite : «Des scientifiques critiquent les procédures expérimentales pour leur insuffisance2 et estiment qu’il existe de nombreux biais cognitifs dans les expériences d’Emoto».  Je ne suis pas étonné. On voit ensuite que Emoto a pour spécialité la «médecine alternative». Ses écrits surfent sur un thème très proche de la fameuse (fumeuse) mémoire de l’eau (http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9moire_de_l%27eau) qui servit à servir d’alibi bidon à la pseudo-science homéopathique. De plus, la référence aux cristaux (quand cela ne concerne pas la minéralogie ni la cristallographie), c’est un thème irrationnel très prisé par la mouvance New Age… La page d’Emoto sur Wikipedia est classée dans la catégorie « pseudo-science ».
Ce que font les chercheurs indépendants et controversés est critiquable, certes. Mais la question essentielle est la suivante : pourquoi Wikiquote réunit-il dans sa catégorie «Scientifiques» des auteurs discutables et ayant peu publié dans des referres (Garrett Lisi, Emoto…) par rapport à des scientifiques notables par leurs travaux majeurs (Albert Einstein, Schrödinger, Max Planck, Henri Poincaré…) qui ne sont même pas recensés dans ladite catégorie ? De plus, dans la catégorie, on trouve d’autres scientifiques discutables (exemple : M. Fleischmann, co-«découvreur» de la FUSION FROIDE, «théorie» du type « fringe science », à la frontière de la pseudo-science ou de la science fictive). Il va falloir penser sérieusement à rééditer la catégorie des scientifiques chez Wikiquotes.
James Randi, le fondateur de la James Randi Educational Foundation, a publiquement proposé d’offrir à Emoto la somme d’un million de dollars s’il pouvait reproduire les résultats de ses expériences selon la procédure en double aveugle. Les travaux d’Emoto n’ont jamais été publiés dans une revue scientifique à comité de lecture.
Pour se proclamer scientifique, il faut respecter les critères de la méthode scientifique, que l’on fasse une découverte ou pas.
Sans esprit critique, les lecteurs gobent n’importe quoi. Jusqu’où peut-on croire ?
Il faut veiller et rester vigilant sur le risque de dénaturation de la méthode scientifique. Des épistémologies alternatives peuvent conduire à des dérives idéologiques. Les matheux platoniciens peuvent par exemple réécrire la physique en choisissant esthétiquement et subjectivement des polyèdres comme base de toute doctrine… Pire encore, les créationnistes pourraient réécrire la science pour légitimer leurs doctrines et tenter de lancer un renouveau religieux face à la montée de l’athéisme depuis le XXe siècle. La secte New Age, elle, peut s’immiscer et se glisser dans les institutions scientifiques pour semer la confusion et l’amalgame, en professant une doctrine qui mêle la physique quantique et le mysticisme syncrétiste. (voir ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/01/28/le-vrai-visage-du-new-age-ou-nouvel-age/ et là aussi : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/04/larnaque-de-lusurpation-de-la-physique-quantique/ puis là : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/la-physique-quantique-usurpee/ et surtout ça : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/01/08/retour-sur-le-mysticisme-quantique/)

L’important n’est pas les réponses de la science, mais de se poser de bonnes questions.

Des questions fondamentales.
Par exemple :
  • Peut-on prouver si un test de QI est faux ? Si la question se pose pour la première fois, alors le QI n’a jamais suivi les critères de la méthode scientifique.
  • Peut-on prouver si les interprétations des psychanalystes sont fausses ? S’il n’est pas du tout possible de concevoir une expérience pouvant invalider une théorie si celle-ci est fausse, alors ladite théorie est une pseudo-science.
Le talent pour les maths et les sciences, c’est autant dans la sueur que le plaisir. Rien ne tombe tout seul du ciel. Rien n’est acquis si on ne fait rien.
Le professionnalisme dans les sciences, c’est dans la rigueur par rapport à la méthode scientifique, par le devoir de rester objectif et critique. L’imposture du mysticisme et des pseudo-sciences, tout comme les fraudes scientifiques, ça n’a pas sa place dans les sciences. Le plus incompréhensible n’est pas le comportement scandaleux des fautifs, mais l’indifférence des scientifiques qui sont intègres et qui sont trop occupés pour constater une certaine montée d’obscurantisme.
J’ai vu des choses atterrantes, affligeantes, sur la progression de la secte New Age dont les meneurs ont parfois jadis été scientifiques ou qui dénaturent eux-même la science… Par exemple, une médecin russe diplômée en Suisse est devenue bionutritionniste (grâce à «l’infini quantique»), un conférencier complice est prof des universités (spécialité cancérologie), puis un autre docteur russe spécialisé en «biophysique» a participé au magazine douteux « Science et Inexpliqué », ensuite un philosophe hongrois influent est un adepte du concept New Age des annales akashiques… Alors, pour être bref, le New Age envahit les milieux médicaux, universitaires et gagne même aussi les ingénieurs. C’est alarmant. Irions-nous jusqu’à voir, impuissants ou lâches, au remplacement progressif de la méthode scientifique par des idéologies mystiques ? Des croyances personnelles doivent rester privées et ne pas interférer avec les métiers scientifiques. De plus, je ne connais aucun scientifique assez crédule pour croire lui-même avec sincérité au mysticisme, enfin je ne suis pas sûr là-dessus… Pourquoi rester indifférents face à ces dérives ? Le problème est très sous-estimé, à mon avis. C’est grave.
À travers la vulgarisation scientifique et la naissance des vocations scientifiques, la première chose à enseigner est la définition de la science (qu’est-ce que la science ?), les critères épistémologiques de scientificité, et les détails de la méthode scientifique. Pour anecdote, au collège et au lycée, on m’a appris les sciences avant même les définitions fondamentales. Ce n’est qu’avec la documentation hors scolarité que je me suis aperçu qu’il existait une grave lacune dans l’enseignement des sciences. C’est cette lacune qui m’a incité à créer mon blog en 2007, parce qu’il faut réparer ce problème.   https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/definition-de-la-science/
© 2013 John Philip C. Manson

Nul n’est censé ignorer la loi…

À un quidam qui faisait la promotion du mouvement spirite, de la réincarnation et du karma, je me suis exprimé avec les arguments suivants.

Je remets en question la notion de loi spirituelle.
Devant la progression toujours plus forte de l’obscurantisme, je ne connais qu’une loi : le devoir de recul critique.

Le karma est-il une hypothèse ayant la possibilité d’être réfutable ? On ne peut pas construire des connaissances sur la base de croyances invérifiables et irréfutables.

Le progrès est le renoncement à la crédulité et l’apprentissage du doute. Et ce nouveau point de vue donne des résultats, tandis que l’ancien point de vue n’explique rien puisqu’il ne se base sur aucune preuve vérifiable, matérielle ni quantitative.

Les connaissances fondées sur le critère épistémologique de réfutabilité ne consistent pas en un cumul des savoirs, mais à une élimination du superficiel. Mais des croyances irréfutables et invérifiables ne sont que des croyances, pas des connaissances.

Le recul critique et l’objectivité sont nécessaires. C’est un devoir qui permet un droit fondamental : la liberté. Sans le doute, les hommes seraient des moutons crédules, manipulés et dociles, et ils ne seraient pas libres.

  • «Oser savoir en utilisant sa raison critique c’est le fondement de notre modernité, cela reste la condition de son avenir.» (Emmanuel Kant)
  • «La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives.»  (Bertrand Russell / 1872-1970 / ABC de la relativité / 1925)
  • «Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître.»   (Bertrand Russell / 1872-1970 / Religion et Science / 1957)

© 2012 John Philip C. Manson

Deux articles de l’AFIS

Dans le second article de l’AFIS, je cite quelques phrases qui ont leur importance :

  • On s’éloigne en tout cas de l’humanisme des Lumières, qui vise l’autonomie de la pensée justement, qui compte sur l’émancipation par le savoir et la rationalité et qui croit dans le principe de l’égalité des chances pour tous.  
  • « Ne rien affirmer sans preuves, chercher à distinguer le vrai du faux et la vraie cause de l’apparence, sont des conduites à toute personne pour vivre sa vie. L’une des contributions les plus significatives de l’apprentissage des sciences pour l’individu est l’esprit critique, inhérent à la science ».
  • « Priver les jeunes d’outils de pensée rigoureux, c’est laisser s’effondrer un rempart contre les charlatans ».

Analyse des citations de Bouddha

  • “Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres, c’est ainsi qu’on ne fait de tort à personne. Il y a même des circonstances où l’on doit honorer en autrui la croyance qu’on ne partage pas.” Bouddha

Bouddha a voulu laisser un message de tolérance. La liberté de croyance est un droit reconnu mais encadré par la loi. La liberté de croyance possède ses limites.
Selon la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

Dans l’article 1 de la Constitution française de 1958, il est stipulé que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Notons le terme de « croyance » et non de « religion ».

S’il existe, selon Bouddha, des circonstances où l’on doit honorer en autrui la croyance qu’on ne partage pas, il existe aussi la situation contraire : des circonstances où la loi doit intervenir pour préserver les libertés d’autrui. Le racisme, par exemple, est une croyance, il est la croyance en l’inégalité des races. La croyance qu’est le racisme est contredite par la science qui prouve qu’il n’existe qu’une seule espèce humaine, le concept de races étant superflu. La croyance qu’est le racisme est également contredite par la loi : le racisme constitue une menace contre les libertés individuelles. Le racisme était un exemple, on pourrait également évoquer d’autres croyances hostiles comme le sexisme, la discrimination des personnes malades, et même les pratiques irrationnelles et pseudo-scientifiques (astrologie, graphologie, PNL…) qui n’ont aucune valeur pertinente pour embaucher des candidats ou évaluer des employés…

Dans un autre contexte, Noam Chomsky explique que trop de tolérance peut conduire à la négation de la tolérance même. Tout tolérer implique une conséquence négative : la tolérance de l’intolérance, et cette intolérance ne tolère pas, du coup, la tolérance absolue. Ainsi, pour éviter l’intolérance engendrée par le “tout tolérer”, on ne peut donc pas absolument tout tolérer.

En bref, je suis pour la liberté de croyance, pourvu que cela n’ait pas pour but de mystifier les citoyens, ni de leur mentir. Une foi sincère, et partagée, de l’amour, voila une croyance légitime. Mais faire croire que les extraterrestres sont parmi nous en endommageant des champs de céréales pour y dessiner des cercles géométriques (nommés crop-circles), ou en photoshopant des images de Mars pour faire croire qu’il y a des pyramides construites par les martiens, ou encore propager des théories du complot afin d’attiser la haine contre les américains, voila des exemples d’imposture qui justifie une critique légitime. Le droit au doute et à l’indignation, c’est rendre service aux citoyens, c’est agir dans l’intérêt public. Le droit de croire, d’accord, mais il existe aussi le droit de savoir, pourquoi favoriserions-nous l’obscurantisme et l’ignorance ? Le droit de savoir devrait être inscrit parmi les droits fondamentaux au même titre que la liberté de croyance.

Je cite l’Unesco qui affirme : Le droit à l’éducation est un droit fondamental de l’homme, indispensable à l’exercice de tous les autres droits de l’homme. Il promeut la liberté individuelle et l’autonomisation.

Liberté de l’individu et autonomie, voila quelque chose qui contredit la dépendance et la soumission envers une croyance.

La liberté de croyance doit avoir pour équilibre la liberté de critiquer cette croyance. La notion de liberté ne doit pas nier celle de démocratie. Il n’existe pas d’idées qui ne peuvent être l’objet d’un débat contradictoire, cela est un principe de la liberté d’expression, et même de la liberté d’objectivité. La liberté de croyance n’a pas pour but de nier le droit à l’éducation.

Pour reprendre la citation de Bouddha : Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres. J’exprime mon désaccord sur le mot jamais. Ainsi, si on suit à la lettre le conseil de Bouddha “Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres“, je rétorque ceci : la croyance au racisme non plus, peut-être ? On ne peut pas accepter la croyance en l’inégalité des races car elle porte en elle les plus vils sentiments liberticides et inégalitaires. Reformulée plus correctement, la phrase de Bouddha devrait être : il ne faut pas blâmer toutes les croyances, mais il faut néanmoins critiquer celles qui sont une menace liberticide et inégalitaire.

Paragraphe supplémentaire :

Néanmoins, il existe des paroles plus sensées de Bouddha :

  • « Si la haine répond à la haine, comment la haine finira-t-elle ? »

Par rapport au contexte que j’ai évoqué, combattre des croyances comme le racisme n’est pas une haine contre une haine, c’est un bien contre un mal, une solidarité fraternelle contre les inégalités. Mais même en étant le plus gentil des hommes dans le meilleur des mondes, la haine comme l’amour fait partie de la nature humaine, il est vain de chasser sa propre nature. L’illusion des hommes c’est de vouloir devenir des dieux qu’ils ne sont pas. Ne plus désirer la nature humaine dont la haine fait partie c’est en quelque sorte désirer être autre chose, or un désir est déconseillé par Bouddha (voir les citations suivantes ci-dessous).
Autre citation de Bouddha :

  • « Ne croyez pas les individus, fiez-vous aux enseignements ; ne croyez pas les mots, fiez-vous au sens ultime, ne croyez pas l’intellect, fiez-vous à la Sagesse. »

Bouddha lui-même l’annonce : il recommande le doute et la réflexion par l’expérience personnelle.

Citation moralisatrice de Bouddha :

  • «L’homme qui s’attache à cueillir les plaisirs comme des fleurs, est saisi par la mort qui l’emportera comme un torrent débordé emporte un village endormi. »

L’homme qui renonce aux plaisirs, lui non plus, n’échappera pas à la mort. Nous sommes tous égaux devant la mort, quelques soient nos actions, la Nature ne juge personne.

Autre citation de Bouddha :

  • « Par soi-même, en vérité, est fait le mal. »

Dans une large mesure, oui, comme les guerres par exemple. Mais pas toujours. Les catastrophes naturelles comme les séismes et les tsunamis ont toujours existé et ne sont pas de la faute des hommes qui, eux, n’ont pas toujours existé.

Si le mal est fait par soi-même, en vérité, ça veut dire que le mal n’est pas fait pas les autres dont le maître ? Or les autres, ce qu’ils font eux-mêmes, c’est le mal. Le maître est un homme comme un autre, comme vous et moi…

Une autre citation de Bouddha :

  • « Avec nos pensées, nous créons le monde. »

Nous dirions plutôt : le monde a engendré la pensée comme fruit de l’évolution, mais avec nos pensées nous construisons une représentation faillible du monde.

Autre citation de Bouddha :

  • « Doutez de tout et surtout de ce que je vais vous dire. »

Chiche ! C’est ce que je faisais justement.

Autre citation de Bouddha :

  • « Un sot a beau demeurer des années en contact avec la science, il ne connaîtra pas plus le goût de la science que la cuiller plongée dans la sauce ne connaît le goût de la sauce. »

Le mot “science” au sens duquel nous le comprenons, existait-il à l’époque de Bouddha ? Le mot “connaissance” ou “enseignement” est peut-être le mot véritable utilisé par les contemporains de Bouddha, dans l’Inde du cinquième siècle avant l’ère chrétienne. Concernant la cuillère, il me semble que le nom de cet ustensile de cuisine apparut au cours du onzième siècle de notre ère, bien que l’usage de la cuillère soit ancien. Cela montre que les mots d’origine de la citation de Bouddha ne sont pas les mêmes que ceux qui sont utilisés présentement.
Néanmoins, la citation est pertinente : un homme pourra avoir été imprégné de science pendant des années mais en méconnaissant les critères qui définissent la scientificité. Les scientifiques professionnels, normalement, connaissent la définition de la science (le critère épistémologique de réfutabilité des hypothèses scientifiques). Mais le grand public, lui, peut croire connaître la science mais souvent ne connaîtra pas ce qu’est la définition de la science. Nul n’est scientifique s’il n’est d’abord épistémologue.

Deux autres citations de Bouddha :

  • « Deux choses participent de la connaissance : le silence tranquille et l’intériorité. »
  • « Faire de grand discours éloquents n’est pas une preuve de sagesse. »

Dans ce cas, puisqu’être sage c’est se taire, donc pourquoi Bouddha enseigne t-il ?

Autre citation de Bouddha :

  • « Celui qui interroge se trompe, celui qui répond se trompe. »
  • Tout est faux et vrai à la fois : tel est le vrai caractère de la Loi.

Cela concerne t-il aussi l’enseignement de Bouddha ? Auquel cas celui-ci se trompe lui-même et a faux lui-même.

Autre citation de Bouddha :

  • C’est une perle rare en ce monde que d’avoir un coeur sans désir.

Renier ses désirs, c’est renier sa propre nature humaine, c’est chasser en vain le naturel. Mieux vaut accepter ce que l’on est plutôt que renier ce que l’on ne peut changer. La souffrance, le mal, c’est la conséquence du fait de ce qu’on ne s’accepte pas soi-même ni ne s’aime pas soi-même. La paix et le bonheur c’est assumer ce qu’on est. On ne peut à la fois être heureux et renoncer à sa nature humaine.

Autre citation de Bouddha :

  • C’est par la foi que l’on peut traverser les courants. Et c’est par la sagesse que l’on obtient la pureté.

La foi ? Croire fait partie des désirs, auxquels le maître demande d’y renoncer… La pureté ? Ou le bonheur ? La citation est en contradiction avec « Doutez de tout et surtout de ce que je vais vous dire. »

C’est être sot qu’adhérer aux citations sur parole et à la lettre, et c’est être prudent (je n’emploierai pas le mot “sage”) que chercher à réfuter des citations.

Recevoir un enseignement sans y réfléchir c’est être sot.
© 2011 John Philip C. Manson