Deux tiers des études en psychologie ne sont pas expérimentalement reproductibles

 

  • « Des événements singuliers non reproductibles n’ont pas de signification pour la science. »  (Karl Popper)

En effet, environ les deux-tiers des publications d’études en psychologie ne peuvent pas être reproduites. Même la significativité des résultats est remise en question. C’est flagrant. De quoi douter de la scientificité de la psychologie. C’est une fâcheuse manie qu’on les journalistes de voir des sciences partout, quand certaines n’en sont pas concrètement, selon l’exigence des critères des sciences exactes et les sciences exprimentales.

La psychologie, une science ? Ah, ah ah…

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Les multivers et «l’univers mathématique»

En lisant cette prose, j’ai le sentiment de lire de la métaphysique ou de la science-fiction. L’outil mathématique va jusqu’à se confondre avec l’objet qu’il est sensé étudier. Personne ne semble se poser la question du critère de réfutabilité de cette «théorie» si cela en est une. Et la crédibilité de cette théorie repose sur quelles observations ou quelles expériences ? Est-il même possible de la vérifier par des observations afin de pouvoir invalider la théorie si celle-ci est fausse ?

Comme un internaute l’a bien formulé : «la physique ne considère que le mesurable et le démontrable.»  Je suis aussi de cet avis.

Que valent des spéculations indémontrables, irréfutables, inquantifiables ? C’est de la science-fiction, de la métaphysique, de la philosophie platonicienne ou du mysticisme. Que voulez-vous que ce soit d’autre ? Ce n’est donc plus de la science, parce que c’est en-dehors de la méthode scientifique. Nombre d’entre nous le savent avec bon sens. Pour d’autres, ce n’est pas si clair que ça…

  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. »
  • « Oser savoir en utilisant sa raison critique c’est le fondement de notre modernité, cela reste la condition de son avenir.» (Emmanuel Kant)
  • « Seul a un caractère scientifique ce qui peut être réfuté. Ce qui n’est pas réfutable relève de la magie ou de la mystique. » (Karl Popper)
  • « Une théorie est scientifique si et seulement si elle susceptible d’être réfutée ; elle n’est pas vraie, mais tout au plus admise provisoirement. » (Karl Popper)
  • « Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître. » (Bertrand Russell)
  • « La nausée métaphysique nous fait hoqueter des pourquoi. » (Jean Rostand, biologiste, 1894-1977)

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

Sur l’histoire de Vienne (Autriche)

Aujourd’hui, je vais parler d’un documentaire TV que j’ai regardé hier soir le 30 avril 2014.

Voici le synopsis :

Vienne

Ce documentaire sur l’histoire de Vienne, en Autriche, fut intéressant.

Il évoqua la dynastie des Habsbourg qui régna longtemps sur l’Europe. Mozart, Beethoven et Klimt furent des artistes marquants. Bien sûr, des personnages politiques fameux comme la reine Marie-Antoinette, et l’Aiglon (le fils de Napoléon), et l’impératrice Sissi, sont incontournables.

Le documentaire parla de la chute des Habsbourg et la montée du nazisme, et l’Anschluss, avec l’avènement de l’abominable Hitler, lequel peignit des aquarelles à Vienne mais qui eut échoué pour entrer aux Beaux-Arts.

Ce documentaire intéressant comporte cependant une lacune importante, et c’est un devoir d’en parler, parce qu’il manque des faits qui font pourtant partie de l’histoire de Vienne. Ainsi, le documentaire n’a pas abordé le Cercle de Vienne, qui était un club important réunissant des savants et des philosophes. Le programme du Cercle de Vienne était l’empirisme logique.

La tendance y était à l’empirisme logique (ou « positivisme logique »), et était influencée par Ernst Mach (dont, après Ludwig Boltzmann, Schlick était le successeur à la chaire de philosophie des sciences), Ludwig Wittgenstein, Bertrand Russell, George Edward Moore, David Hilbert, Henri Poincaré, Albert Einstein, Karl Popper (qui fut admis comme « l’opposition officielle » à la Théorie de la connaissance défendue par le Cercle, mais qui n’en fut jamais membre. Dans « La quête inachevée », Popper s’attribue même le meurtre du positivisme logique défendu par le Cercle de Vienne), Gottlob Frege. Il n’y a pas d’unité de pensée dans le Cercle, et celui-ci se caractérise moins par des dogmes que par un programme commun.

Le Cercle développe en effet ce qu’il appelle une « conception scientifique du monde », dont trois éléments majeurs sont à peu près partagés par tous les membres.

  1. Les sciences doivent être unifiées dans le langage de la physique (réductionnisme des sciences empiriques) ou de la logique (logicisme), car toute connaissance est soit empirique soit formelle.
  2. La philosophie est une élucidation des propositions scientifiques par l’analyse logique ; elle se réduit à une théorie de la connaissance.
  3. Cette conception affirme que beaucoup d’énoncés métaphysiques sont dépourvus de sens (Unsinnig): les problèmes philosophiques traditionnels auraient été mal posés, et leurs solutions auraient été exprimées inadéquatement. C’est par exemple la thèse principale de Ludwig Wittgenstein, formulée dans le Tractatus logico-philosophicus: la plupart des énoncés métaphysiques seraient dépourvus de sens ; lorsqu’ils ne le sont pas, ils ne portent pas sur le monde, mais sur le langage (conception partagée par Rudolf Carnap en 1934).

 

Le Cercle de Vienne est marqué par une tragédie qui entraîna la dispersion du club. Moritz Schlick était un philosophe allemand berlinois, physicien de formation (il étudia la physique sous la direction de Max Planck), il est l’un des fondateurs du positivisme logique, qualifié de « maître à penser du Cercle de Vienne», il est l’un des premiers philosophes « analytiques ». Il mourut à Vienne le 22 juin 1936, assassiné par un de ses anciens étudiants, de plusieurs coups de pistolet en pleine poitrine sur les marches de l’Université de Vienne. L’ignoble assassin, Johan Nelböck, fut très vite libéré et devint un membre du parti nazi autrichien après l’Anschluss… Pourtant, Schlick n’était même pas israélite. Mais les intellectuels (communistes, savants ou artistes) étaient eux aussi pris pour cible…

 

J’ai voulu expliquer ici que le documentaire n’avait pas abordé ce sujet majeur, et que cela ne devait pas être oublié, parce que ça fait partie de l’histoire de Vienne. Le physicien viennois Ludwig Boltzmann fait lui aussi partie de l’histoire de Vienne, il est le fondateur de la physique statistique, un domaine passionnant. Les conceptions de Boltzmann ont exercé une influence décisive sur le positivisme logique du Cercle de Vienne, ainsi que sur Ludwig Wittgenstein qui reconnaîtra en Boltzmann l’une de ses influences principales.

La pensée du Cercle de Vienne, avec la nuance apportée par la contribution de Karl Popper, est un héritage qui a influencé la science moderne. C’est cette influence qui m’a orienté dans la philosophie des sciences, l’histoire des sciences, et l’épistémologie. C’est même à l’origine de mon intérêt pour les critères de la scientificité et le concept de réfutabilité, et même à l’origine de l’existence de mon blog, avec mon leitmotiv qui est l’exercice de l’esprit critique.

 

Comment un bon documentaire télévisé a t-il pu passer à côté de ce mouvement important que fut le Cercle de Vienne ? Qu’est-ce qui justifie cet oubli ?

 

© 2014 John Philip C. Manson

Sur le consensus scientifique (suite, via Facebook)

Ceci est la suite de l’article éponyme précédent.

J’ai reçu le 17 avril 2013 un message d’un de mes contacts Facebook. Je le reproduis ici et j’y réponds ici pour des raisons de lisibilité (le texte est écrit trop petit sur Facebook).

Voici ce que l’on m’a écrit, je cite (en rouge italique) :

«Je suis perturbé par votre dernier article, vous dites : « les théories sont des représentations faillibles de la réalité, les théories sont (au mieux) crédibles mais elles ne sont pas LA réalité. La réfutabilité établit la faillibilité des connaissances. Nous ne savons rien de la réalité, nous n’avons que des modèles scientifiques, donc faillibles et réfutables. »

Oui, j’assume. Il est vrai que le critère de réfutabilité avec l’épistémologie de Popper ne consiste pas à dire que des théories sont fondamentalement vraies, mais à déclarer que des hypothèses sont fausses quand elles le sont, lorsque des expériences ou des observations infirment ces hypothèses.

Pour appuyer cet argument, je présente des citations célèbres pour montrer que je n’ai pas formulé d’interprétation personnelle.

  • Hubert Reeves, dont je cite : «[…] La science n’est pas un domaine de vérité. La science n’est pas figée, elle ne vous dit pas : « c’est cela », « ce n’est pas cela ». Ça n’est pas une révélation, c’est une démarche souple qui se développe depuis plusieurs siècles […]. Sa robustesse lui vient du fait qu’elle n’est pas figée. Elle doit continuellement intégrer les nouvelles observations, et donc continuellement se remettre en question.» http://www.hubertreeves.info/chroniques/20030927.html
  • Je cite : «Pour Hubert Reeves, «la théorie du Big Bang, qui a pour but de raconter le passé de l’univers, est hautement crédible. Il n’y a pas d’astrophysicien sérieux qui ne la prenne au sérieux». Reste qu’il ne s’agit pas d’une vache sacrée, d’une «Vérité» devant laquelle se prosterner. Cette théorie du Big Bang «repose elle-même sur d’autres théories», et c’est à cet «échafaudage» très spécial que le célèbre scientifique aime à faire réfléchir.»  http://www.liberation.fr/sciences/0101294699-hubert-reeves-astrophysicien-remonte-l-echafaudage-des-differentes-theories-sur-lesquelles-repose-l-explication-de-la-naissance-de-l-univers-les-tortues-du-big-bang
  • « Les intellectuels ne savent rien » dira Karl Popper à 83 ans dans sa conférence de Zurich La recherche de la paix (Toute vie est résolution de problème). Plus qu’une provocation, c’est un symbole de la relativité du savoir, et de la stérilité des conflits de doctrines.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper

Je ne me sers pas de ces citations comme des arguments d’autorité, c’est seulement pour illustrer que la science fonctionne comme je l’ai décrite.

Voici même une vidéo sur l’épistémologie : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/06/19/video-lepistemologie-de-karl-popper-demarcation-sciencepseudo-science/

Une théorie en soi n’est pas une «vérité» ni LA vérité, une théorie reste toujours conjecturale, on ne pourra jamais prouver qu’elle EST exactement la copie conforme et complète de la réalité, elle n’en est qu’une approche la plus fidèle possible.

N’est ce pas laisser une porte ouverte à des théories farfelues, une brèche dans laquelle les partisans de l’hypercritique peuvent développer leur élans créationnistes, que ce soit sous forme d’inspirations bibliques ou du nouvel-âge ? De la théorie de l’intelligent design (une forme de théologie) qui tient à décrire les évènements passés ou par le concept de co-création qui lui laisse entrevoir la possibilité d’une influence sur le futur (une forme de voyance), les croyances et superstitions exploitent toujours les marges de la connaissance, le passé (d’où venons nous), le futur (où allons nous), parce qu’elles échappent à notre compréhension intuitives. Le présent étant toujours le point où s’exprime la faute et le péché, c’est-à-dire pour ceux qui sont dans un élan spirituel le moment où s’exerce le libre arbitre pour choisir de sortir d’une erreur originelle (péché, karma, le mal, etc) et allez vers autre chose qui est sensée être meilleur (extase, nirvana, le bien, etc). Si l’ignorance de notre passé et l’inconfort de notre futur devient un pilier de la théorie de la connaissance, comme vous dites « Nous ne savons rien de la réalité », alors le succès des psychothérapeutes spécialistes en développement personnel est assuré, il pourront toujours se couvrir d’une démarche scientifique, épistémologique puisque « les théories sont des représentations faillibles de la réalité » (de faillir : latin fallo, grec ancien φηλόω, phêlóô (« ruser, tricher »), φῆλος, phêlos (« tricheur ») )… c’est-à-dire « tromper », avec ces dérivés comme falsidicus, menteur — falsus, faux. On en reviens facilement à l’idée de faute, d’erreur, et d’un péché qui s’est glissé là par inadvertance. 

  • « Une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. Pour les théories, l’irréfutabilité n’est pas (comme on l’imagine souvent) vertu mais défaut. »  (Conjectures et réfutations, Karl Popper (trad. M.-I. et M. B. de. Launay), éd. Payot, 1985, p. 64)

La relativité de la «vérité» scientifique n’interdit pas qu’il faut toujours rester critique. Une théorie scientifique gagne en crédibilité à travers des faits qui la corroborent, mais ça ne l’établit pas comme vérité. C’est là la nuance. Il suffit d’un seul contre-exemple pour invalider une hypothèse, voire une théorie entière, même quand on ne s’y attend pas. Il y a quelques mois, avec l’expérience OPERA, on a bien failli croire que les neutrinos allaient plus vite que la lumière était une nouvelle vérité. Hé bien non, toute vérité est faillible. Une contre-expertise (ICARUS) a finalement prouvé qu’il existait une erreur expérimentale qui avait biaisé les résultats. Les neutrinos supraluminiques sont une hypothèse qui a été réfutée.

Les théories scientifiques sont réfutables : elles peuvent être soient corrigées, soient réfutées.

En ce qui concerne les théories farfelues, on ne peut pas les mettre à égalité avec les théories scientifiques. Par exemple, je formule l’hypothèse suivante : «Dieu existe». Avec une hypothèse pareille, je ne trouve aucune possibilité de concevoir une expérience permettant de réfuter cette hypothèse si celle-ci est fausse. L’irréfutabilité d’une hypothèse ôte la scientificité de celle-ci, elle ne peut donc pas être considérée comme une hypothèse scientifique.

Pour la science, Dieu est inconnaissable. Dieu n’est pas une hypothèse nécessaire. En revanche, rien n’empêche les croyants de croire en Dieu, c’est leur liberté fondamentale. Cependant, l’amalgame entre science et religion, et c’est là le danger, est une imposture.

Mais avec une théorie scientifique crédible comme la théorie du Big Bang, on n’a pas trouvé encore de contre-exemple qui invalide tout l’édifice théorique de la cosmologie moderne, on accumule des preuves directes et indirectes via les observations. C’est le caractère de potentialité de réfutation qui confère à une théorie son caractère scientifique. Avec une hypothèse comme «Dieu existe», non seulement on ne peut rien réfuter si l’hypothèse de Dieu est fausse, mais en plus on ne peut pas non plus en acquérir des preuves expérimentales ou observationnelles par n’importe quel moyen instrumental.

L’esprit critique ne consiste pas à nier tout en bloc. Et la science ne consiste pas à ériger des vérités immuables.

  • «Douter de tout ou tout croire, ce sont les deux solutions également commodes qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir.»  (Henri Poincaré)

Le relativisme de la vérité scientifique ne signifie pas l’absence de démarcation entre les pseudo-sciences et les sciences. Toute hypothèse ou connaissance ayant un caractère scientifique est réfutable si (et seulement si) cette connaissance a la possibilité d’être fausse, au moyen nécessaire d’une expérience permettant une réponse binaire exclusive : crédible OU faux. Évidemment, cela ne veut pas dire que les théories scientifiques sont toutes fausses. On ne peut approcher la «vérité» objective qu’asymptotiquement sans jamais pouvoir l’atteindre. Une théorie scientifique pourrait être vraie, mais nous ne le saurions même pas, nous ne pourrions pas prouver qu’elle est vraie même si elle est vraie dans l’absolu. La science procède par élimination des hypothèses fausses, la science ne construit pas des vérités, c’est ça la nuance que j’ai toujours soutenue depuis que je suis blogueur.

Un modèle théorique est juste un outil mathématique très crédible par rapport aux faits. C’est pour cela que j’évoque que les théories sont des représentations faillibles de la réalité. On peut observer très bien les phénomènes physiques avec nos yeux, mais tout dépend des interprétations que l’on fait des résultats quantitatifs. Et on peut mal interpréter, et se tromper.

Sans le critère de réfutabilité, la science érigerait des dogmes définitifs, et ce ne serait plus vraiment de la science.

Ce sont les théories farfelues des pseudo-sciences et des mysticismes qui se proclament comme des vérités absolues. Et qui ne veulent surtout pas se laisser analyser. Et qui osent nier arbitrairement des moyens comme la datation radio-isotopique (carbone 14 par exemple : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/31/le-suaire-de-turin-serait-il-contemporain-de-lepoque-du-christ/ )

«Blasphème ! Ce sceptique hérétique ose critiquer la sainte théorie ! » 

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Vous vous inquiétez des dérives dans le domaine des psychothérapies. La psychanalyse par exemple, vous pensez qu’elle risquerait d’égaler la science sous prétexte de la relativité de la vérité scientifique ? Le problème n’est pas là. Les thèmes de la psychanalyse ne peuvent pas prétendre au critère de la réfutabilité. Des concepts comme le complexe d’Oedipe a t-il été l’objet d’expériences reproductibles, contrôlées, et en double aveugle ? Non. La psychanalyse est au mieux, une philosophie, une spéculation intellectuelle ou de la masturbation mentale, et, au pire, je n’ose même pas dire ce que j’en pense, ses adeptes pourraient me lyncher… 😉  Et si on y réfléchit, on s’aperçoit aussi que le concept de pervers narcissique n’existe qu’en France, ce terme est issu d’un livre d’un seul auteur, un psychanalyste français. Ce terme n’a d’équivalent que dans la langue de Cervantès et en langue occitane. Si vous parvenez à retrouver une référence académique avec un terme équivalent dans la langue de Shakespeare («Oh… What is a narcissistic perv ?»), je vous remets le prix Nobel. Moi, je n’ai rien trouvé. Peut-être que parce que ce mot est lié à une particularité de la culture française, où la subjectivité des autochtones joue plus que l’objectivité scientifique.  🙂



Sur la page wikipédia consacré à la Théorie de la connaissance, je lis : « La théorie classique repose sur l’idée que la connaissance est une croyance vraie et justifiée, et non seulement une croyance vraie. » ou l’ajout d’une démonstration de la croyance, la « justification », change la portée de la connaissance. Dans mes discussions avec des personnes adeptes de théories farfelues à qui j’essayais de démontrer les erreurs de raisonnement, il m’a simplement été répondu que j’étais moi aussi dans une croyance. Ce qui n’est pas faux, tant que l’on s’extirpe pas du paradoxe du menteur. 
Et c’est là que je suis perturbé.

Prenons l’exemple des mathématiques. Les théorèmes démontrés au bout d’années d’effort, avec des calculs très rigoureux, ces théorèmes mathématiques sont-ils vrais ? Vis à vis de la logique, les théorèmes sont vrais, mais ils dépendent directement des axiomes. Un axiome (du grec ancien αξιωμα/axioma, « considéré comme digne, convenable, évident en soi » lui-même dérivé de αξιος (axios), signifiant « digne ».) désigne une vérité indémontrable qui doit être admise. Si les axiomes sont vrais dans l’absolu, les théorèmes sont vrais. S’il existe un axiome faux mais qu’on ne le sait pas, alors les théorèmes qui en dépendent sont faux eux aussi et on ne le saurait pas. En général, les axiomes sont des concepts très simples, on peut les supposer comme «vrais», comme par exemple les axiomes qui servent de base à la géométrie euclidienne. Mais en mathématiques, la notion de vérité pose moins de problème qu’avec les sciences expérimentales. Bref, un axiome est un choix conventionnel qu’on trouve crédible sans preuve ; en maths ça ne me dérange pas, c’est comme ça.

L’absence du critère de réfutabilité ôte tout caractère scientifique aux théories farfelues, c’est cette faille qu’il faut exploiter. Et ce dont il faut se méfier avec les pseudo-sciences, ce sont les sophismes et les paralogismes. Et la charge de la preuve revient à ceux qui affirment l’existence d’un phénomène (par exemple : la télépathie, la voyance, le débarquement des petits hommes verts…). Le livre de Normand Baillargeon («Petit cours d’autodéfense intellectuelle», éditions LUX) est très intéressant pour désamorcer les paralogismes, dans ce bouquin j’ai même appris des astuces que je ne connaissais pas, je recommande ce bouquin. J’ai écrit un article sur les paralogismes : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/04/15/des-paralogismes-dans-un-document-sceptique-sur-nibiru-et-anunnakis/

Une théorie bancale peut dériver en une croyance. Mais qu’est-ce que le scepticisme ? Le scepticisme n’est pas une théorie scientifique, il est un métalangage pour travailler sur les théories scientifiques, l’esprit critique n’est qu’un outil. La méthode scientifique évalue les théories scientifiques à travers des faits. Mais la méthode scientifique n’a pas la finalité de s’évaluer elle-même. Ce qu’on appelle la théorie de la connaissance et son étude, ça relève de différentes épistémologies.



Dans une de mes prochaines questions je reviendrai sur ce que vous disiez là au sujet de la vitesse de lumière : « Mais cela ne veut pas dire que les sceptiques affirment que les voyages supraluminiques n’existe pas. Cela veut dire qu’on ne peut pas savoir si c’est valide ou faux tant que des expériences n’auront pas été réalisées. On attend juste des preuves. ». Car j’avoue être perplexe avec l’utilisation qu’en font certains sectes New Age, là aussi il y a une faille de sécurité mentale.»

Oui, je devrais reformuler ces phrases autrement, je n’ai pas été assez précis.

Pour reformuler plus clairement :

La vitesse de la lumière est un postulat de la théorie de la relativité. C’est à partir de ce postulat que mon raisonnement a été développé pour montrer des incohérences théoriques à propos des voyages spatiaux à une vitesse proche de la célérité de la lumière dans le vide. https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/12/de-limpossibilite-des-voyages-interstellaires-a-la-vitesse-de-la-lumiere/

Dans la théorie de la relativité générale, un observateur en mouvement par rapport à un observateur au repos voit sa masse augmenter lorsque sa vitesse devient relativiste. L’inertie augmente, et donc le voyageur doit vaincre cette inertie pour pouvoir aller plus vite. L’énergie cinétique devient très importante à l’approche de la vitesse de la lumière. Ainsi, le moindre impact de poussière peut causer des dégâts considérables sur la paroi du vaisseau spatial du fait de l’énorme énergie cinétique. L’ampleur des dégâts croît exponentiellement à l’approche de la célérité de la lumière, dans le cadre de la théorie de la relativité : l’énergie cinétique croît selon le carré de la vitesse et en fonction de la transformation de Lorentz (proportionnellement selon le facteur gamma).  http://fr.wikipedia.org/wiki/Transformations_de_Lorentz

Il suffit par exemple que la théorie de la relativité soit invalidée partiellement, par exemple, par une nouvelle découverte qui impliquerait que la célérité de la lumière ne soit plus vraiment la limite, et que les voyages interstellaires puissent trouver un moyen de dépasser la vitesse de la lumière. Dans un pareil contexte, modifier la théorie de la relativité revient à remettre en question tout ce que j’ai dit sur l’impossibilité des voyages interstellaires : l’énergie cinétique des impacts de poussière interstellaire ne croît plus aussi dangereusement que je ne l’avais raconté : en physique classique, l’énergie cinétique augmente selon le carré de la vitesse.

Les raisonnements qui s’inspirent des théories scientifiques n’échappent pas à la réfutabilité. En chimie, on a utilisé le phlogistique jusqu’à ce que nous abandonnions ce concept, avec une théorie plus crédible. En cosmologie, on a utilisé le concept d’éther, jusqu’à ce qu’Einstein a déclaré qu’il fallait abandonner ce concept, parce que la théorie de la relativité était plus crédible.

Bref, il existe des théories plus crédibles que d’autres (à travers le critère nécessaire de réfutabilité), mais ça ne signifie pas en conséquence que la théorie la plus crédible EST la vérité.

« Mais cela ne veut pas dire que les sceptiques affirment que les voyages supraluminiques n’existe pas. »     <<< cette phrase veut dire que les sceptiques ne nient rien, ils mettent juste une hypothèse à l’épreuve. Ce sont les faits qui tranchent, pas les sceptiques. Les sceptiques ne sont que des observateurs objectifs.

  • « La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives. » (Bertrand Russell)

Les sectes utilisent le jargon scientifique, mais ils n’ont de la science que les mots, ce n’est qu’un habit. La faille des sectes, c’est le sens objectif des mots qu’elles utilisent. J’ai un exemple récent dans cette page : http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20130412061329AAB0cOa  Le New Age s’invite dans une rubrique consacrée à la chimie qui est une science, cette mouvance vient distiller sa doctrine dans laquelle on retrouve des thèmes familiers (on commence à les connaître…). Mais examinons de plus près, je relève une phrase bizarre, je cite : «[Le cristal de roche] purifie, amplifie l’aura et facilite le voyage astral». Est-ce que cette affirmation est réfutable ? Non, l’aura est un objet mystique inobservable, inconnaissable, inquantifiable… Par contre, l’aura est très fréquemment confondue avec un phénomène physique bien réel : l’effet corona, présenté abusivement comme une «preuve» de l’effet Kirlian. http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_corona   Là, on voit que la réfutabilité est indispensable, sinon le New Age érigerait sa doctrine en dogme, et la science érigerait elle aussi ses théories en vérité. On imagine les dangers qui peuvent en résulter… La réfutabilité est un garde-fou. Sans Karl Popper, je me demande à quoi la science ressemblerait, et je me demande si les sectes n’y verrait pas un meilleur moyen de créer leur amalgame entre science et mysticisme.

  • « Ce n’est pas le doute qui rend fou, mais la certitude. »   (Friedrich Nietzsche)

Moi aussi, j’ai eu du mal à accepter les idées de Karl Popper au début, en croyant à tort que la science consistait à collectionner des vérités vraies réellement réelles. 😉  À l’école, on n’aborde jamais les définitions de la scientificité, je pense que cette lacune est préjudiciable. Par ma propre expérience personnelle, j’estime que l’épistémologie de Popper est la mieux appropriée pour la méthode scientifique. La démarcation est une priorité et une nécessité. Je considère la science comme laïque. Cela n’empêche pas les scientifiques d’être des croyants, mais la croyance relève de la vie privée, la croyance ne doit pas interférer avec le regard critique objectif de tout observateur ou expérimentateur.

Comme les théories scientifiques, l’épistémologie est un domaine qui ne prétend pas à la vérité. L’épistémologie de Popper est la plus crédible, la plus efficace pragmatiquement, qui donne des résultats exploitables, par rapport à d’autres épistémologie (par exemple celle de Feyerabend). Mais, je dis bien « mais », cela ne veut pas dire que l’épistémologie de Popper est LA vérité. Bien que Popper a une influence «absolue» 😉 dans la philosophie des sciences, Popper n’est pas le pape, la science n’est pas une Église. S’il y avait encore plus efficace que Popper, je suis preneur. Sinon je me contente de Popper.

La science, finalement, c’est comme dans l’ingénierie : peu importe si les modèles sont «vrais», seule leur valeur opératoire importe. Le modèle théorique de l’atome par exemple, il peut comporter des erreurs sans que nous ne le sachions, mais c’est un modèle qui marche, qui donne des résultats : c’est là l’essentiel. Si on peut améliorer les modèles, on augmentera en efficacité. On sait fabriquer de l’aspirine pour soulager les migraines des mathématiciens, et surtout celles de ceux qui souffrent à cause des maths à l’école, on sait faire de l’aspirine c’est l’essentiel, même si on pourrait se tromper dans les concepts théoriques de la chimie.

Mais les doctrines mystiques, contrairement aux sciences, n’ont guère évolué depuis des siècles…

La science a pour moteur les erreurs pour construire les connaissances. Des connaissances faillibles, c’est-à-dire critiquables et perfectibles. D’où l’intérêt des controverses scientifiques : ce sont les erreurs qui font avancer.

Je termine par une image qui résume à la fois humoristiquement et sérieusement la scientificité sous un angle épistémologique :

sciencevscreation

En espérant avoir été suffisamment limpide.

Cordialement.

—–

Au lendemain de la publication de mon présent article, mon contact Facebook m’a répondu :

Je cite :

«Merci d’avoir pris du temps pour répondre.
J’ai trouvé ce qui me manquait, on ne cherche pas le coupable (la bonne piste, la vérité), on élimine les mauvaises pistes.
Comme dans une enquête « scientifique ». Ce qui évite la justice arbitraire en place publique. 
Je retiens l’image d’une « traque » en entonnoir, où les théories sont _les suspects_, la scène de crime _la réalité_ et le critère de réfutabilité _les alibis_. Quand on est en défaut de suspects, on ne sait pas, alors on élabore de nouvelles théories, et on reprend ses billes.
La satisfaction est de trouver de nouveaux éléments sur la scène de crime, confirmant une seule théorie. Au pire, on trouvera meilleure explication parmi un des suspects restant en lice. Mais il est « rare » qu’une théorie éliminée revienne en scène.
De plus, on a pas besoin de mobile : Dieu, Magie, pouvoirs occultes…

Au sujet du vaisseau spatial, l’hypothèse d’un voyage supraluminique est évoqué dans cette page wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9trique_d%27Alcubierre
Le modèle mathématique d’Alcubierre décrit une vague déformant l’espace-temps, et sur laquelle un vaisseau pourrait « surfer », celui-ci ne subissant pas (d’après ce que j’ai compris), les effets d’une vitesse supraluminique. C’est la bulle autour de lui qui se déplace, et par rapport à elle le vaisseau est juste immobile sur la vague. C’est du surf quoi… Je connais un secte New Age qui utilise ce concept pour convaincre « scientifiquement » leurs adeptes qu’il sont en contact avec des êtres (immatériels, qui plus est) venant du futur. Ce qui permet de plus de faire de la voyance « expérimentale ».

Au plaisir de vous suivre dans vos articles.»

Le parallèle entre la méthode scientifique et le fonctionnement du système judiciaire est pertinent. Ce sont deux méthodes équivalentes. Ce n’est peut-être pas par hasard que le magistrat Pierre de Fermat (juriste, avocat à Bordeaux, conseiller du roi auprès du Parlement de Toulouse) fréquentait les milieux scientifiques et était lui-même aussi un grand mathématicien (via le fameux théorème de Fermat qui a tenu en haleine des générations de mathématiciens).

Dans le système judiciaire, l’hypothèse de la culpabilité est soumise au critère de réfutabilité. Il y a possibilité de réfutabilité lorsqu’un alibi est vérifiable. Un alibi en béton, solidement vérifié, réfute la culpabilité, et établit donc l’innocence d’un suspect. Ou mieux encore, c’est l’hypothèse de la présomption d’innocence qui est soumise à l’épreuve des faits. Des preuves compromettantes accablent un suspect, donc son innocence présumée est réfutée. C’est l’innocence qui est réfutable à travers la vérification de l’alibi.

Si le système judiciaire n’était pas rationnel ni objectif, des abus se produiraient, ce ne serait plus de la justice mais de la terreur. Par exemple, le suspect est laid ; les jurés s’exclament : « – Délit de sale gueule, il est si laid que l’on devrait rétablir la guillotine ! », « – Messieurs les jurés, calmez-vous ! ».

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Bref, il est pertinent de comparer la rationalité de la justice à celle de la recherche scientifique. Le crime parfait n’existe pas. La théorie scientifique parfaite n’existe pas non plus. Le qualificatif de culpabilité est faillible, on doit pouvoir essayer de réfuter la culpabilité d’autrui. On procède par élimination des suspects innocentés par leur alibi. De même, toute théorie scientifique est faillible, on doit pouvoir essayer de la réfuter, on doit obligatoirement pouvoir la réfuter si elle est fausse. Évidemment, on préfère choisir les hypothèses les plus simples, donc les plus probables (par exemple, la combustion de méthane dans les marécages est plus probable que les feux follets surnaturels).

En ce qui concerne Alcubierre, son modèle est intéressant, il a le mérite de présenter des calculs, mais il n’est encore qu’une hypothèse à tester. Pour produire une vague dans l’espace-temps, je ne vois que les ondes gravitationnelles comme possibilité la plus crédible (les ondes gravitationnelles sont prédites par la théorie de la relativité, elles sont crédibles mais elles peuvent néanmoins être une hypothèse fausse). En supposant que les ondes gravitationnelles existent, la production de celles-ci nécessite une énorme quantité d’énergie, comme par exemple un système binaire de deux étoiles à neutrons en orbite l’une et l’autre. Il faudra surtout réaliser une expérience afin de tester l’hypothèse d’Alcubierre : avec un interféromètre, on compare la vitesse de la lumière dans un espace-temps «plat» avec la vitesse de la lumière qui se propage dans un espace-temps plissé (de type Alcubierre). C’est l’expérience qui déterminera si l’hypothèse d’Alcubierre est factuellement valide ou fausse. Pour l’instant, une telle expérience n’a pas encore été réalisée. Par exemple on pourrait utiliser un système binaire de pulsars, ces corps font éclipse sur une étoile lointaine située en arrière-plan, et on devrait voir par interférométrie une variation de la vitesse de la lumière de cette étoile, enfin c’est à peu près ce genre d’expérience qu’il faudrait tenter.

Mais soyons bien clair que le modèle d’Alcubierre reste une hypothèse quand qu’elle n’aura pas été testée expérimentalement. Un modèle peut paraître séduisant, crédible, véridique, mais ça ne veut pas dire que le modèle ou l’hypothèse EST la réalité.

Ce sont les faits qui sont vrais, pas les représentations logico-mathématiques que l’on en fait, surtout si on théorise avant de faire des expériences.

La science n’est pas fondée sur la confiance envers les théories, mais sur l’exigence de réfutabilité. On doit tenter de démolir une théorie pour évaluer sa solidité. Quand une théorie s’effondre comme un château de carte, on fait avancer la science, contrairement aux apparences.

  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. » (d’après un professeur à Polytechnique et chercheur du CNRS)

© John Philip C. Manson

Sur le consensus scientifique

Page intéressante. Elle dresse une liste de découvertes qui contredisent les croyances et les suppositions de leurs époques respectives.

Dans cette page, tout ce qui est décrit sur l’historique de la Terre plate, le géocentrisme, la théorie de l’évolution, la dérive des continents, le Big Bang et l’ère glaciaire est authentique.

Mais petit bémol : dans la terminologie du mot «ère glaciaire», c’est plus adapté pour l’ère glaciaire de Würm il y a 20000 ans, car concernant le vingtième siècle, quelques décennies ne définissent pas un climat planétaire. Un climat global, c’est sur une échelle de millénaires et de millions d’années.

Ensuite, au paragraphe sur E=MC², il est exact de dire que rien ne peut aller plus vite que la lumière, c’est le postulat de la théorie de la relativité, et la vitesse de la lumière a été fixée comme constante fondamentale en 1983 afin de définir le mètre à partir de l’unité du temps (la seconde). Cependant, quand l’auteur dit que certains scientifiques (lesquels ?) pensent avoir trouvé des particules (les tachyons ?) qui briseraient cette limite qu’est la célérité et qu’un autre (Alcubierre) prétend avoir trouvé une façon de voyager plus vite que la lumière. Pour rappel : les tachyons sont hypothétiques, l’espace-temps plissé d’Alcubierre (warp-driving) est hypothétique lui aussi. Les voyages interstellaires à très grande vitesse pourrait être un rêve impossible à réaliser : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/12/de-limpossibilite-des-voyages-interstellaires-a-la-vitesse-de-la-lumiere/ Mais cela ne veut pas dire que les sceptiques affirment que les voyages supraluminiques n’existe pas. Cela veut dire qu’on ne peut pas savoir si c’est valide ou faux tant que des expériences n’auront pas été réalisées. On attend juste des preuves. Chaque découverte scientifique a été imprédictible  jusqu’au moment de ladite découverte. On ne sait pas ce que réservent les découvertes futures, rien ne penche en faveur d’une opinion ni d’une autre. On ne sait pas quand se fera une découverte scientifique, ni ce que sera la découverte scientifique. La méthode scientifique s’est consolidée seulement au vingtième siècle, grâce à Karl Popper qui a contribué à une avancée majeure, par le critère de réfutabilité. Avant Popper, la science était érigée en un système arbitraire de la vérité. On croyait auparavant que la science était la quête et la collection de vérités immuables et irréfutables. Le critère de réfutabilité a révolutionné la science moderne : les théories sont des représentations faillibles de la réalité, les théories sont (au mieux) crédibles mais elles ne sont pas LA réalité. La réfutabilité établit la faillibilité des connaissances. Nous ne savons rien de la réalité, nous n’avons que des modèles scientifiques, donc faillibles et réfutables. La science moderne, depuis Popper, ne construit pas des vérités, mais procède par élimination des hypothèses fausses quand celles-ci ont été réfutées à travers des observations ou des expériences. Une hypothèse est dite réfutable si elle a la potentialité d’être invalidée si ladite hypothèse est fausse, et une expérience scientifique doit donc permettre cette possibilité de pouvoir dire si l’hypothèse colle avec les faits OU si elle contredit les faits. Quand une hypothèse ne peut pas être testée, que l’on ne peut pas répondre par oui (ça colle) ou non (ça contredit), alors l’hypothèse n’est pas scientifique.

Voici une citation qui résume bien ce qu’est la science moderne grâce au critère de réfutabilité :

  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. » (d’après un professeur à Polytechnique et chercheur au CNRS)

Ensuite, à propos du paragraphe sur le multivers, il faut souligner que ce sujet pose un problème épistémologique. Avant Karl Popper, la science était scientiste, elle érigeait des découvertes (ainsi que les suppositions) en vérités définitives. Les grecs antiques, eux, se basaient généralement sur des concepts, pas sur des lois de la physique, à part quelques esprits scientifiques comme Ératosthène et Hipparque et d’autres. Que dit la science moderne ? La science se base sur la réfutabilité : une hypothèse doit pouvoir être testée expérimentalement ou via des observations, afin de l’infirmer si elle est fausse. Peut-on faire une observation ou une expérience pour observer des univers parallèles ? Apparemment, non. L’hypothèse des multivers est-elle scientifique ? La question vaut d’être posée. Je n’affirme pas que le multivers n’existe pas ni qu’il existe. Le multivers semble être une hypothèse qui ne peut pas être testée. On ne peut pas prouver qu’une hypothèse est fausse si on n’a pas la possibilité de faire une observation permettant la réfutation de l’hypothèse si celle-ci est fausse. En dehors du cadre de la science, on entre dans le domaine de la métaphysique. https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/19/les-univers-alternatifs-quest-ce-que-cest/

Ensuite, en ce qui concerne le voyage dans le temps, c’est possible d’après la théorie de la relativité, mais seulement pour aller vers le futur. Les satellites GPS ont un retard de quelques milliardièmes de seconde par rapport à nous : plus on se déplace vite par rapport à un référentiel, plus notre horloge retarde par rapport à celle du référentiel. Le voyage vers le passé pourrait être impossible à cause des paradoxes temporels. Mais on ne peut rien dire de concret tant qu’on n’a pas de réponse via des expériences.

Ensuite, l’auteur dit ceci, je cite : «Un consensus scientifique ça n’existe pas ! Les scientifiques sont constamment en train de mettre à l’épreuve une théorie. Chaque tentative qui n’est pas confirmée sert à renforcer la théorie originale, jusqu’à ce qu’on en trouve une qui arrive à la contredire.»  C’est exact. Je rajouterai cependant ceci : il suffit d’un seul contre-exemple factuel pour invalider complètement une hypothèse, voire une théorie entière.

Ensuite, les arguments sur la climatologie sont à nuancer. La température moyenne globale s’est bien élevée de 0,6°C sur les 100 dernières années, le réchauffement est une réalité, mais il n’est pas homogène, et il y a des choses à éclaircir. Pour résumer, le réchauffement climatique est une réalité, mais sa médiatisation comporte certaines maladresses et contre-vérités. On veut nous inoculer des certitudes, alors qu’il existe un certain nombre d’incertitudes. Il faut de la transparence, de l’intégrité intellectuelle par rapport aux faits, en totale indépendance de toute influence politique et de celle de groupes de pression comme les ONG. Il faut une démarcation entre ce qui est factuel, et ce qui est faux, en totale objectivité.

Il est difficile d’analyser tout ce qui se dit en climatologie. Mais je peux dire qu’il existe des failles. Celles-ci ne remettent pas en question la réalité du réchauffement climatique, mais la façade est quelque peu maquillée. Le journalisme met des titres racoleurs et alarmistes, la peur fait vendre, c’est une recette qui marche…

Articles internes :

L’objectif n’est pas de nier en bloc le réchauffement climatique parce que l’on n’y croit pas. L’enjeu, c’est de démêler le vrai du faux, il faut un dépoussiérage (au plumeau ou au kärcher ?).

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Suite ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/04/17/sur-le-consensus-scientifique-suite-via-facebook/

 

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Les théories scientifiques c’est comme les lasagnes au «bœuf» : c’est faillible, donc il faut analyser.

© 2013 John Philip C. Manson

Ma position par rapport au mouvement des Brights

Le Mouvement des brights regroupe des individus qui portent sur le monde un regard « naturaliste », c’est-à-dire libre de tout élément surnaturel ou mystique ; les brights fondent leur éthique et leur comportement sur une compréhension naturaliste de l’univers. S’inscrivant dans la continuité des Lumières, le réseau international des brights s’est constitué comme mouvement de visibilité de celles et ceux qui portent un regard « naturaliste » sur le monde ; le mode d’existence du réseau est basé sur l’utilisation d’internet.

  • Le naturalisme philosophique est la position selon laquelle rien n’existe en dehors de la nature : il n’y a rien de surnaturel ou, à tout le moins, que le surnaturel est sans influence sur le naturel.
  • Le siècle des Lumières est un mouvement intellectuel initié en Europe du XVIIIe siècle, dont le but était de dépasser l’obscurantisme et de promouvoir les connaissances; des philosophes et des architectes intellectuels, encourageaient la science et l’échange intellectuel, en s’opposant à la superstition, l’intolérance et les abus de l’Église et de l’État.

Voici ma vision des choses ci-dessous (c’est identique à la science actuelle, quand la méthode scientifique est respectée avec intégrité, professionnalisme et transparence) :

En ce qui me concerne, ma philosophie se base sur un naturalisme atomiste, matérialiste, mécaniste et empiriste. Je me base sur la méthode scientifique à travers le critère de la réfutabilité, dans le sens donné par Karl Popper. Le principe de réfutabilité en science a pour conséquence que la science n’établit pas des vérités inébranlables, mais des vérités faillibles fondées sur des représentations faillibles de l’univers et de la nature, à travers la recherche empirique. Ce qu’on appelle vérité est quelque chose de relatif. En revanche, des hypothèses fausses qui sont réfutées par des faits, sont infirmées définitivement. C’est la fausseté réelle des choses fausses qui est une vérité bien tranchée. Ainsi, à la lumière des faits, des connaissances peuvent être soit a priori vraies, soit certainement fausses. Une hypothèse (ou même une théorie scientifique) ne s’érige pas en vérité ; une hypothèse ou théorie est évaluée selon sa solidité par confrontation aux faits.

En physique et dans les autres sciences de la nature, une connaissance est faillible : si elle est fausse en soi, sa fausseté peut être définitivement établie, tandis que si elle est vraie en soi, on ne pourra pas prouver qu’elle est absolument vraie, on pourra juste corroborer la connaissance, on remarquera sa cohérence. Ce qu’on appelle la vérité, en sciences, ne se trouve que dans les mathématiques. Les maths sont indépendantes du monde matériel, elles sont abstraites, leurs lois leur sont propres. C’est étonnant que les maths soient autonomes par rapport au monde matériel, et qu’en même temps les maths peuvent expliquer de nombreux phénomènes matériels. Je suppose que le grand mathématicien Cédric Villani est de mon avis.   😉  Et désolé si je ne dis pas «LA mathématique», au singulier, question de (mauvaise) habitude.  🙂

De plus, les maths ont un avantage : il suffit d’un crayon et d’un papier, ou d’une craie et d’un tableau noir (mais un superordinateur pour les calculs longs c’est bien mieux). Les sciences expérimentales, elles, sont plus contraignantes : il faut un budget pour les instruments scientifiques, il faut faire un montage expérimental rigoureux (c’est facile de foirer une expérience), et parfois ça explose à la figure.

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  • Question métaphysique : la matière précède t-elle les mathématiques ? L’homme pensant invente ou crée les maths et les utilisent. Les cerveaux préexistent par rapport à l’existence des maths. Les maths existeraient-elles s’il n’existait pas d’hommes pensants ?

Je pense que les maths sont une extension de notre propre conscience. Peut-être que la conscience elle-même est un calcul auto-référent, mais je préfère vous éviter la migraine.

Retour sur ce qu’est une théorie scientifique :

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Pour faire une métaphore, une théorie est comme la sculpture d’une statue : on n’ajoute pas du matériau à l’ouvrage, mais on procède par élimination, on enlève ce qui est superficiel, comme si on taillait un roc informe, et l’ouvrage qui reste est ce qui est a priori vrai, sinon crédible. Mais c’est un ouvrage crédible qui ne sera jamais achevé définitivement, car il est sans cesse affiné petit à petit. A contrario, les hypothèses et théories douteuses, dans le contexte de la fraude scientifique, ou de la science fringe, ou de la pseudo-science, se caractérisent par des rustines multiples ajoutées ad hoc selon les faits nouveaux, sans même corriger ni remettre en question l’hypothèse ou la théorie érigée en dogme… Plus on rajoute des rustines sur les roues d’une théorie pour sauver celle-ci, moins le vélo roulera bien…

Ma vision naturaliste est caractérisée par des critères précis : un naturalisme scientifique dépourvu autant que possible de toute forme de subjectivité, un naturalisme fondé sur l’expérimentation et la réfutabilité. Une conception fondée sur l’utile et le nécessaire, tout en ayant conscience des incertitudes inévitables.

Jamais il ne faudrait dire qu’une théorie scientifique est vraie. Elle peut être vraie et cohérente mathématiquement, mais la physique comporte des incertitudes quantitatives que les mathématiques strictes ignorent. Par exemple, l’infini existe en maths, mais pas en physique. Une théorie scientifique n’est donc pas une vérité absolue, on dit plutôt que la théorie est crédible, à la fois par rapport aux maths, et à la fois par rapport aux expériences ou observations. Et cette crédibilité se mesure sur la cohérence propre de la théorie (accord entre les maths et l’expérience du réel) mais aussi sur la cohérence par rapport à l’édifice scientifique établi et par rapport aux sciences interdisciplinaires. Par exemple, en électrochimie, par exemple en réalisant une électrolyse : les lois de la physiques (électrostatique, électrodynamique, électromagnétisme) ne doivent pas entrer en contradiction avec les lois de la chimie (théorie de l’atome, modèle atomique, réactions chimiques).

Ensuite, jamais je n’accepte de voir la science associée à la pseudo-science et au mysticisme. Karl Popper avait posé un principe de démarcation épistémologique. Cette démarcation est une nécessité.

Et jamais je n’accepte de voir la science récupérée abusivement par des idéologies politiques ou religieuses dont la finalité est le pouvoir et le profit au mépris de la démocratie et de la liberté des peuples. La science doit rester indépendante de toute influence subjective. Le lyssenkisme sous l’idéologie soviétique par exemple. Le créationnisme par l’intégrisme chrétien ou autre, aussi, par exemple.

La désinformation est inacceptable. Tout citoyen a droit à l’information et à l’éducation. Les journalistes ont des devoirs déontologiques (Charte de déontologie du journalisme) : devoir de vérité, devoir de rectifier ce qui est inexact, devoir de rester critique, refus du sensationnalisme.

De même, le naturalisme non plus ne doit pas dénaturer la science pour servir l’athéisme. Ce que l’on croit ou ce que l’on ne croit pas ne fait pas partie de la science. Si j’avais des croyances, je les aurais mises au vestiaire quand j’entre dans l’arène de la science. En tant qu’athée ou agnostique, cela importe peu sur le suivi de la démarche scientifique. Les émotions aussi, il faut les laisser au vestiaire. Je n’ai besoin que d’un cerveau frais pour faire un raisonnement logico-mathématique, des yeux pour observer et expérimenter, et l’absence de subjectivité afin d’interpréter sans superficialité les données quantitatives des phénomènes observés.

La connaissance est un édifice faillible fondé sur une méthode qui a fait ses preuves. La science, ça marche, mais des conditions sont à respecter.

Si dépasser l’obscurantisme et promouvoir les connaissances sont l’objectif des Brights, je vais plus loin que ça. Comment ça ? La connaissance pourrait être vue comme une vérité qui abolit les mensonges de l’obscurantisme. Dans mon blog, j’ai montré que même des connaissances à l’apparence scientifique, à travers les médias de tous les jours, sont matière à tromperies, erreurs, lacunes et croyances… Le scepticisme scientifique, selon moi, doit s’appliquer aussi sur la (mauvaise) vulgarisation scientifique via le journalisme grand public. Depuis une dizaine d’années, et avec l’influence d’Internet, la vulgarisation perd en qualité (certains magazines, mais surtout dans le web), ça devient comme la malbouffe… On remplit le cerveau vite, mais mal, et inutilement. Mieux vaut former le cerveau au doute. L’émergence de magazines pseudo-scientifiques aggrave les choses.

J’ai ouvert une porte, d’autres devraient me suivre. Il n’existe pas d’information infaillible, le taux d’erreurs quantitatives dans le mauvais journalisme des sciences est plus grand qu’on ne l’avait pensé. La méthode scientifique et le raisonnement logico-mathématique c’est plus important que le concept de naturalisme, bien que les sciences tendent à montrer que l’univers est naturel et que l’hypothèse d’un Dieu est inutile. La science n’a pas à s’embarrasser de mysticisme. La rigueur dans la méthode scientifique, à travers la réfutabilité des hypothèses et des théories, c’est plus important que la crédibilité des théories elles-mêmes. En gros, peu importe la laideur de la destination, pourvu que le voyage ait été bon, Voila.

Tout doit être autopsié (tout doit-il disparaître ?). De quoi être indécis entre l’autopsie et la boucherie… Toubib or not toubib, that is the question.

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© 2013 John Philip C. Manson

Le concept de «pensée de Dieu» est-il scientifique ?

PHILOSOPHIE ET ÉPISTÉMOLOGIE

Le concept de «pensée de Dieu» est-il scientifique ? Voila un sujet qui aurait été intéressant à poser aux épreuves du Bac de Philosophie.

  • D’où vient l’énergie du Big Bang ? Déjà, cette question n’est a priori pas scientifique mais plutôt métaphysique, elle est invérifiable et irréfutable, il n’est pas possible de concevoir une expérience scientifique permettant de réfuter a priori nos hypothèses si ces hypothèses étaient fausses.
  • De plus, la question de provenance de l’énergie par rapport à une époque antérieure au Big Bang pose un paradoxe temporel (l’énergie est une grandeur physique qui existe dans l’espace-temps, c’est un non-sens de parler d’énergie avant l’origine de l’espace-temps). La création de l’énergie contredit le principe de conservation de l’énergie selon la thermodynamique (l’énergie n’est jamais créée ni détruite). Voir ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_principe_de_la_thermodynamique
  • Ensuite, à propos de la «pensée de dieu», c’est une contre-vérité de croire qu’Einstein avait eu l’intuition de la naissance de l’univers avant 1929, alors qu’à l’époque les physiciens pensaient que l’univers était statique. L’univers d’Einstein est le nom qui a été donné au premier modèle cosmologique basé sur la théorie de la relativité générale découverte par Albert Einstein en 1915. Le modèle d’univers statique et immuable a été proposé par Einstein lui-même en 1917, mais a été abandonné suite à la découverte de l’expansion de l’univers par Edwin Hubble en 1929. Voir ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Univers_d%27Einstein

Je ne pense pas qu’Einstein ait évoqué Dieu pendant des cours de physique, en tant qu’étudiant ou en tant que professeur. Voici une citation authentique d’Einstein : «Le mot Dieu n’est pour moi rien de plus que l’expression et le produit des faiblesses humaines, la Bible une collection de légendes certes honorables, mais primitives et qui sont néanmoins assez puériles. Aucune interprétation, aussi subtile soit-elle peut (pour moi) changer cela.»  (voir le lien ci-dessus pour les références). Ainsi, citer Einstein pour appuyer l’idée d’une «pensée de Dieu» est une erreur de discernement.

Einstein était agnostique ou panthéiste (au sens de Spinoza), mais il n’était pas pratiquant ni «croyant», il se servait de Dieu dans ses livres comme une métaphore, une image, pas comme un fait.

Au fait, l’expression «connaître la pensée de Dieu» est de Stephen Hawking, pas d’Einstein. Mais Hawking aussi, comme Einstein, est finalement agnostique ou athée. Voir ici : http://www.lexpress.fr/actualites/2/l-univers-n-est-pas-une-creation-divine-dit-stephen-hawking_916731.html

En science, on ne s’appuie pas sur l’intuition, sauf peut-être pour émettre des hypothèses. Mais les hypothèses et les données observationnelles font surtout travailler la raison, la réflexion, la logique. En science, on n’a pas l’intuition de la naissance de l’univers. Au mieux, l’intuition produit l’hypothèse de la naissance de l’univers, une hypothèse qui doit par la suite être évaluée à travers des observations objectives. Jamais l’intuition n’établit directement la réalité. Au mieux, l’intuition est un outil secondaire de production d’hypothèses, mais les hypothèses à caractère scientifique s’appuie le plus souvent sur la raison et la logique. L’intuition peut venir aider la raison mais ne doit pas s’y substituer. La logique et l’empirisme sont le socle de la méthode scientifique, pas l’intuition.

Le mot «intuition» est étranger à la méthode scientifique qui, elle, est fondée sur des observations et des expériences quantitatives reproductibles. C’est le mot «hypothèse» qui joue un rôle déterminant dans la méthode scientifique, pourvu que l’hypothèse aie la possibilité d’être réfutable : on doit pouvoir réfuter l’hypothèse si cette hypothèse est fausse. C’est un critère nécessaire, il définit même la scientificité.

L’amalgame intuition/raison crée la confusion. La finalité de la science n’est pas de créer des concepts pseudo-scientifiques intuitifs ni des concepts métaphysiques invérifiables, mais de découvrir des lois scientifiques par l’appui des faits eux-mêmes, et eux seuls.

L’amalgame entre la science et la métaphysique est injustifié, et il est un égarement de l’esprit humain en quête de besoins mystiques qui s’opposent à la volonté de connaître des lois scientifiques.

L’ordre régnait-il dans l’univers naissant, au moment du Big Bang ? À haute température (10 puissance 32 kelvins), il n’y a pas d’ordre, l’agitation des particules élémentaires à haute énergies (10 puissance 19 GeV) est extrême, l’ordre n’est apparu qu’ensuite, quand la matière a commencé à se structurer, quand l’univers s’est refroidi suffisamment. Par analogie, quand on fait bouillir de la chair dans de la vapeur d’eau à plus de 100°C, les protéines n’ont plus de structures, les molécules sont lésées, c’est chaotique. En physique, quand l’énergie cinétique due à l’agitation thermique est supérieure à la force de gravitation et supérieure aux énergies de liaisons chimiques, il n’y a aucune structure, donc aucun ordre.

La métaphysique et la religion sont absolument distinctes de la science. Autrement, il ne s’agirait plus de problématique rationnelle. Le mélange du vrai et du faux est pire que le faux.

La métaphysique est la quête d’un sens, d’une harmonie universelle, c’est un système de pensée (ou même de croyance) qui rassure, qui donne l’impression d’un déterminisme, d’un dessein caché, une sécurité. Un concept sédatif où le hasard est nié, ignoré, malgré les faits rapportés par la science…

© 2012 John Philip C. Manson