Kit de détection de balivernes

Kit de détection de balivernes

Ce kit est inspiré d’un texte de Carl Sagan.  En parallèle, cela colle à peu près aux devoirs déontologiques du journalisme, et plus vraisemblablement avec le journalisme scientifique. En texte noir la méthode scientifique, en texte rouge foncé les caractéristiques du pipeau, en rouge clair un rappel des devoirs déontologiques du journalisme. Entre guillemets, citations de Carl Sagan, utilisées ici à vertu pédagogique.

  • Des faits sont établis s’il existe des confirmations indépendantes entre elles des faits. Ainsi, quand un fait est fondé, on doit argumenter avec l’appui des différentes confirmations indépendantes. Le pipeau brille par l’absence de confirmations indépendantes. Le pipeau se reconnaît pour n’avoir qu’une source unique depuis laquelle la désinformation est recopiée à l’infini par le processus aveugle que sont les rumeurs. Devoir déontologique du journalisme : vérifier les sources.
  • Des gens informés et objectifs doivent être encouragés à discuter rationnellement entre eux de leurs différents points de vue sur des faits allégués. Le pipeau est un vaste réseau de croyances ou d’idées-reçues contradictoires entre elles. Devoir déontologique du journalisme : ne pas rechercher le sensationnalisme.
  • Les arguments d’autorité sont sans valeur objective. L’erreur est humaine : les autorités peuvent se tromper, se sont trompées, et d’autres se tromperont à l’avenir. Il est arrivé à Einstein et Newton de se tromper. Mettre avec force un nom de scientifique renommé sur un argument ne rend pas l’argument plus crédible. Il n’existe aucune autorité en science. Au mieux, seulement des experts. La science est indépendante de la renommée et de la popularité des scientifiques. La science se fiche des honneurs, elle leur est indifférente. La crédibilité scientifique réside dans le critère de réfutabilité. Le pipeau sature sous les figures de rhétorique afin de ne pas parler des faits eux-mêmes. Devoir déontologique du journalisme : respecter la vérité des faits.
  • Il faut envisager plusieurs hypothèses plutôt que de n’en préférer qu’une seule. On ne doit pas se contenter seulement de la première idée venue à l’esprit. En outre, il faut comparer les hypothèses entre elles, et éliminer les hypothèses superflues qui compliquent inutilement une théorie. Le pipeau simplifie à outrance, ou il multiplie une fausse complexité pour mieux déstabiliser.
  • Tout ce qui a un sens objectif est quantifiable. Ce que l’on cherche à expliquer doit pouvoir nécessairement se mesurer. Ainsi, on peut éliminer des hypothèses concurrentes grâce à des comparaisons des données numériques quantitatives entre elles. Ce qui est vague et qualitatif peut s’expliquer de plusieurs manières, tandis que les données numériques permettent de discriminer les hypothèses pour ne retenir que les hypothèses les plus pertinentes. Dans la presse grand public, j’ai constaté beaucoup d’erreurs en ce qui concernent les données quantitatives par rapport à l’aspect littéraire, les erreurs se terrent surtout dans les chiffres. Souvent, le pipeau ne fournit aucune donnée quantitative vérifiable. Devoir déontologique du journalisme : obligation de rectifier toute information qui se révèle inexacte.
  • Dans l’argumentation scientifique, tous les maillons, sans exception, doivent fonctionner : la moindre erreur dans un maillon de raisonnement invalide tout l’argumentaire. Le pipeau s’en fiche des erreurs, le pipeau consiste à croire sans réfléchir, sans même se référer à des faits ni à des raisonnements logico-mathématiques.  Règle : toujours se relire.
  • Le rasoir d’Ockham (ou Occam) est un précepte commode qui consiste à préférer l’hypothèse la plus simple, s’il y a deux hypothèses qui expliquent les données aussi bien l’une que l’autre. Règle : simplicité + concision = optimum de densité d’information. La qualité sémantique par phrase doit être la plus élevée possible : un maximum d’information pertinente et compréhensible en un minimum de mots ; beaucoup de qualité en peu de quantité. J’essaie d’en faire mon image de marque dans mon blog. 😉
  • Il faut toujours se demander si une hypothèse peut être falsifiée (c’est-à-dire réfutée). Toute information est potentiellement faillible. Le pipeau, lui, s’érige en vérité et en dogme. Pour le pipeau, tout existe au mépris des contradictions : les anges, Dieu, les extraterrestres, les fantômes, les lutins, le père Noël, le mouvement perpétuel, etc… Devoir déontologique du journalisme : rester constamment critique.

« Des propositions que l’on ne peut pas tester ou falsifier ne valent pas grand-chose. Prenez par exemple la grande idée que notre univers et tout ce qu’il contient n’est qu’une particule élémentaire — disons un électron — d’un cosmos beaucoup plus grand. Si nous ne pouvons jamais acquérir d’information sur ce qui se passe à l’extérieur de notre univers, cette idée n’est-elle pas impossible à réfuter ? »

La citation dans l’image ci-dessous illustre exactement ce problème épistémologique :

citation-matiere

Source : EVENE

 

« Il faut pouvoir vérifier les assertions. Des sceptiques fervents doivent avoir la possibilité de suivre votre raisonnement, de répéter vos expérimentations et de constater s’ils obtiennent les mêmes résultats. » (Carl Sagan)

  • Texte court de Carl Sagan : « Avoir recours à des expérimentations contrôlées est crucial. Nous n’apprendrons pas grand-chose de la seule contemplation. Par exemple, si un médicament est supposé guérir une maladie 20 fois sur 100, nous devons nous assurer que, dans un groupe de contrôle dont les membres prennent une pilule de sucre sans savoir s’il s’agit ou non du nouveau médicament, on ne retrouve pas également un taux de rémission de la maladie de 20 pour 100. Il faut isoler les variables. Disons que vous souffrez du mal de mer et qu’on vous donne un bracelet d’acupression et 50 mg de méclizine. Votre malaise disparaît. Qu’est-ce qui a marché — le bracelet ou la pilule ? Vous ne le saurez que si vous prenez l’un sans l’autre la prochaine fois que vous aurez le mal de mer.»
  • « Souvent, l’expérimentation doit être faite en double aveugle. En plus de nous apprendre ce qu’il faut faire pour évaluer une proposition qui se donne comme vraie, tout bon détecteur de balivernes doit aussi nous apprendre ce qu’il ne faut pas faire. Il nous aide à reconnaître les paralogismes les plus communs et les plus dangereux pièges de la logique et de la rhétorique. » (Sagan)

D’après C. Sagan, The Demon Haunted World, – Science as a Candle in the Dark, Balantine Books, New York, 1996.

  • Carl Sagan était un scientifique et astronome américain. Il est apprécié pour son rôle dans la vulgarisation scientifique et son scepticisme. Sagan fut l’un des pères fondateurs d’un des groupes sceptiques américains, le Committee for Skeptical Inquiry, qui considère qu’aucune preuve de l’existence du paranormal n’a été apportée à ce jour. Son ouvrage The Demon-Haunted World est considéré comme un classique du scepticisme scientifique.

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J’ai acheté le livre «Petit cours d’autodéfense intellectuelle» , par Normand Baillargeon, aux Éditions Lux, collection Instinct de Liberté, 2005. ISBN : 2-895960-44-5, 344 pages, 12 x 21 cm. J’en ai commencé la lecture. C’est intéressant. Je vous le recommande. On peut commander ce livre sur Amazon.

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J. P. C. Manson

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Une planète géante avalée en direct par un trou noir ?

On lit dans l’article en lien que des astronomes ont auraient observé un trou noir qui avale une planète géante.

L’examen de la vidéo montre que c’est une simulation, c’est-à-dire une sorte de dessin animé ou une «vue d’artiste» comme on en voit habituellement dans la presse de vulgarisation scientifique. Je trouve que les vues d’artiste sont des représentations vulgaires et biaisées de la réalité ; je préfère de loin les photographies ou les images du spectre infrarouge qui sont fidèles à la réalité (surtout quand il s’agit des images prises par le télescope spatial Hubble).

Le premier paragraphe de Maxisciences décrit le trou noir comme si c’était un volcan en réveil, c’est ce que cela suggère implicitement. La description ne correspond donc pas à l’astrophysique des trous noirs telle qu’on la connaît dans le cadre de la relativité générale. Un trou noir absorbe la matière à sa portée dès que ce trou noir s’est formé par effondrement gravitationnel sur lui-même, l’assimilation de matière par un trou noir est continuelle, elle n’a aucun phase de repos ni de réveil…

Dans le deuxième paragraphe, cela parle du satellite INTEGRAL. Celui-ci existe bien : c’est le «International Gamma Rays Astrophysics Laboratory», un satellite de 3 tonnes et demie. (http://fr.wikipedia.org/wiki/International_Gamma-Ray_Astrophysics_Laboratory). Il faut préciser que ce satellite ne permet pas des observations dans le spectre visible, il est un détecteur de rayons gamma et X.

Détection de planète avalée par un trou noir, ou alors il s’agit d’un autre événement ?

La chronique récente de l’astrophysique a évoqué l’hypothétique découverte de la matière noire sur la base de détection de positrons (anti-électrons = antimatière). Mais pas de planète géante a priori. L’instrument SPI du satellite  INTEGRAL a permis de réaliser une carte de la distribution des émissions de rayons gamma à 511 keV (kilo-électronvolts) qui sont produits lors de l’annihilation positron/électron. Les scientifiques ont ainsi pu déterminer qu’environ la moitié de l’antimatière produite dans la galaxie l’était par des trous noirs ou étoiles à neutrons arrachant de la matière à un compagnon de masse inférieure ou égale à celle du Soleil. Concernant la matière noire, toujours hypothétique, il faudra des preuves convaincantes. INTEGRAL, à ma connaissance, n’a pas détecté de planète géante. Et j’apprends aussi que la détection récente des positrons concerne le centre de notre propre Galaxie, donc pas NGC 4845. (http://smsc.cnes.fr/INTEGRAL/Fr/lien3_res.htm)

Marek Nikolajuk est authentiquement un physicien polonais. Via le site internet de l’ESA, j’en apprends davantage : la galaxie NGC 4845 (à 47 millions d’années-lumière de nous) a émis des rayonnements à haute énergie. C’est cet événement inhabituel qui suggère l’idée inadaptée d’un «réveil». Les astronomes affectés à l’étude ont conclu à un objet substellaire comme cause du rayonnement, un objet ayant 14 à 30 fois la masse de la planète Jupiter. Ils n’évoquent pas une planète géante, ils décrivent l’objet comme étant plutôt une naine brune (une étoile avortée car peu suffisamment massive). (http://www.esa.int/Our_Activities/Space_Science/Black_hole_wakes_up_and_has_a_light_snack?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+google%2FqkAO+%28Science%29) Mais l’hypothèse d’une super-Jupiter n’est pas écartée.
Il est question ici d’un trou noir galactique de 300 000 masses solaires. Le retard de 2 ou 3 mois entre la brillance et l’atténuation des rayons gamma, selon moi cela pourrait peut-être dû à l’objet orbital qui perd peu à peu sa grosse atmosphère dans le trou noir, ce dernier subirait alors une augmentation de son moment cinétique, et dont la conséquence est un éloignement progressif de l’objet en orbite, augmentant du coup peu à peu sa période orbitale.
En savoir plus avec le spectre visible ? Très peu envisageable, étant donné la distance (47 millions d’années-lumière). On sait que le télescope spatial Hubble a une résolution d’image de 0,1 seconde d’arc. Si Hubble observait la galaxie NGC 4845, un zoom sur une distance de 47 millions d’années-lumière permettrait de pouvoir pixeliser des objets dont l’envergure est supérieure ou égale à 22,8 années-lumière. Une naine brune a un diamètre de plusieurs milliers de km, c’est ponctuel par rapport au pixel critique de 22,8 années-lumière. Il est donc impossible d’observer directement (dans le spectre visible) l’image de l’objet substellaire qui orbiterait autour du trou noir.
Le rayon de Schwarzschild du trou noir de NGC 4845 est d’environ 890 000 km, très inférieur aux 22,8 années-lumière qui forment le côté d’un pixel d’une image que pourrait faire le télescope spatial Hubble.
En revanche, on peut mesurer les rayons gamma. L’énergie d’un seul rayon gamma ou X suffit, à elle seule, d’avoir une information sur un événement en astrophysique qui soit capable d’initier une énergie élevée. Les rayons gamma ne sont pas là pour structurer une image comme une photo d’un objet lointain. L’info essentielle ici c’est l’énergie du rayonnement électromagnétique et celle des positrons mesurés.
Remarque : l’ESA indique que le trou noir aurait une masse de 300 000 masses solaires, tandis que Maxisciences rapporte qu’il serait de 100 000 masses solaires. Il y a une erreur. Pourquoi les rédacteurs ne se relisent-ils pas ? Bon allez, je l’avoue : j’aurais adoré être journaliste scientifique, l’astronomie est un sujet que je connais par cœur depuis 1985, je maîtrise l’astronomie même mieux que mon métier de formation (la chimie). J’estime que la rigueur, la passion des sciences et le sens critique font partie du métier de journaliste scientifique, c’est indispensable. Le mieux serait que les scientifiques eux-mêmes communiquent sur leurs propres découvertes, sans faire relayer les informations par des intermédiaires… Mais les scientifiques sont déjà très occupés.
Tout cela me fait penser à un jeu amusant : le téléphone arabe. (http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9l%C3%A9phone_arabe) Le jeu du téléphone arabe consiste à faire circuler rapidement de bouche à oreille à travers une file de joueurs, une phrase inventée par le premier d’entre eux puis récitée à voix haute par le dernier. L’intérêt du jeu est de comparer la version finale de la phrase à sa version initiale. En effet, avec les éventuelles erreurs d’articulation, de prononciation, les confusions entre des mots et des sons, la phrase finale peut être tout à fait différente de la phrase initiale. (« Nous sommes l’élite de la nation » pouvant devenir « Nous sommes l’hélice de la passion »). L’intérêt du jeu croît avec le nombre de joueurs et la complexité du message à échanger.
J’imagine une variante du téléphone arabe : le téléphone scientifique. Les règles sont les mêmes : on transmet la parole de bouche à oreille, mais en racontant à son voisin un résumé d’article scientifique, en prenant une source officielle (par exemple, l’ESA) comme texte d’origine. L’évolution de l’info retransmise d’une personne à l’autre est peu à peu dénaturée, le sens général du texte scientifique devient confus, évasif, abscons, simpliste, réducteur. Au pire, il devient bourré d’erreurs scientifiques. La perte de qualité de l’info dans le jeu du téléphone scientifique est proportionnelle à la complexité de la source d’origine et inversement proportionnelle au degré de connaissances scientifiques des participants du jeu.  Avec les médias modernes (notamment sur le web) qui s’improvisent dans le journalisme scientifique, la variante scientifique du téléphone arabe c’est ce qui se passe tous les jours. Sans recul critique, les lecteurs (et les rédacteurs aussi) peuvent ne pas déceler des erreurs, et considérer celles-ci comme étant des infos fiables… Pourtant, et j’ai des preuves dans mon blog, l’information est faillible : lire ceci https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/28/une-erreur-dans-un-livre-de-thermodynamique-pour-ingenieurs/ et cela https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/ L’erreur est humaine, persévérer est diabolique.  🙂
L’information scientifique c’est faillible, c’est comme la viande de cheval dans les lasagnes de bœuf. C’est pour cela qu’il faut toujours faire des analyses.
cheval
© 2013 John Philip C. Manson

Nicolas Dupont-Aignan et la science

Le candidat Dupont-Aignan se prononce en faveur de la science et ses arguments ont suscité chez moi un vif intérêt.

En effet, il déclare vouloir revaloriser le métier de chercheur, il dit aussi s’entourer de chercheurs et d’enseignants afin de pouvoir prendre une décision en matière de science (je ne sais pas si les autres candidats le font, eux). Il propose aussi qu’on n’utilise pas les ressources alimentaires pour les transformer en ressources énergétiques au détriment des populations.

Dans le paragraphe «Éducation et culture scientifique», c’est là que c’est intéressant, il dit que c’est important que chacun puisse “accéder au savoir qui rend libre”, il veut revaloriser les métiers scientifiques, en particulier celui de chercheur” qu’il estime “discrédité même au plus haut niveau de l’Etat”.

Et surtout, concernant la diffusion de la culture scientifique, Nicolas Dupont-Aignan pense qu’il est  fondamental d’avoir [dans l’audiovisuel] des journalistes scientifiques formés pour parler de faits et pas de politique, par conséquent en toute objectivité”. Par ailleurs, il veut pousser les chercheurs et les enseignants à faire de la vulgarisation, de la diffusion scientifique auprès de la population.

J’approuve et je souligne bien cet argument pertinent.

Cependant, au hasard de mon surf sur internet, je tombe sur Wikisources dans lequel je trouve un livre du candidat, écrit en 2006/2007, intitulé «Français, reprenez le pouvoir !»

Le chapitre 6 de ce livre intéressant a pour intitulé «La planète asphyxiée», ce chapitre parle des problèmes environnementaux : le tarissement des matières premières, et le changement climatique.

Je cite : «Toutes les études scientifiques prouvent que l’élévation moyenne de la température n’a rien à voir avec les oscillations enregistrées au cours de l’histoire du globe.»

  • Oui, le climat a connu une élévation moyenne d’environ 0,6°C en un siècle. Mais dans le passé paléoclimatique, les ères glaciaires ont alterné avec les ères chaudes. En voici les preuves : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/19/paleoclimatologie/  La Terre a connu des périodes tropicales globales (comme le Mésozoïque) au cours desquels la température moyenne était environ 7°C supérieure à la température moyenne actuelle. En outre, la vitesse de changement de température peut paraître importante à notre époque, mais ce n’est pas une exception : il y a 14700 ans sur Terre, il y eut un réchauffement de 10 degrés en peu d’années par exemple, comme le montrent les travaux du CNRS du 19 juin 2008. (voir la copie d’écran ci-dessous)
  • Je viens de trouver un autre article du CNRS qui appuie cette découverte : http://www.insu.cnrs.fr/environnement/climat-changement-climatique/il-y-a-14-600-ans-la-mer-est-montee-tres-rapidement-lors-
  • Ce qui est vraiment exceptionnel, c’est l’élévation du taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère terrestre, ça n’a pas été aussi élevé depuis longtemps, mais il ne faut pas confondre taux de CO2 et température, bien qu’il y ait effet de serre. Ce dernier n’est qu’une des causes du réchauffement observé, il faut prendre en compte aussi les autres causes probables, notamment l’effet d’îlot thermique urbain (surtout en hémisphère nord) à cause duquel l’urbanisation croissante occasionne une absorption accrue du rayonnement solaire via le béton et l’asphalte, et à cela il faut ajouter l’effet Joule dû à la consommation mondiale d’électricité (rien que les ampoules électriques le soir chez moi en intérieur, ça correspond à un effet Joule moyen d’environ 3 W/m², ce qui correspond à un excès thermique atmosphérique de 0,5°C par rapport à l’absence d’éclairage dans l’habitat).

Ensuite, je cite encore le chapitre du livre : «On constate en effet, aujourd’hui, l’accélération du phénomène» […] « la multiplication des ouragans et des canicules»

Je ne nie rien en aucune manière, mais pour pouvoir affirmer quelque chose sur un sujet aussi difficile et incertain comme le climat, il faut l’appui nécessaire de preuves scientifiques. Peut-être qu’a priori les catastrophes vont s’amplifier (ou pas), on ne le sait pas actuellement, mais il faut des preuves avant d’affirmer, et ce sont les preuves empiriques qui doivent orienter les décisions. Décider sans l’appui de preuves, c’est prendre un risque face aux incertitudes. C’est utile de le rappeler : les simulations informatiques ne sont pas des preuves, les preuves sont les observations de la Nature (d’après la méthode scientifique). Il faut agir pour l’environnement sur des bases saines, pas sur un alarmisme émotionnel, ou idéologique, ou fondé sur un socle d’incertitudes, ou par la force des convictions. Mais les convictions ne doivent être le fruit que de preuves. En bref, le niveau de la mer peut augmenter relativement rapidement (en 3 siècles) de quelques mètres lors de la fonte des glaciers terrestres (voir le rapport du CNRS ci-dessus) mais en ce qui concerne les ouragans et les canicules, des incertitudes demeurent.

En règle générale, mieux vaut consulter les sources universitaires et académiques plutôt que croire les blogs écologistes orientés politiquement ou idéologiquement, et qui déforment plus ou moins les faits scientifiques. Mais même quand une source est crédible et réputée, elle ne doit pas déroger à subir une analyse critique quand il est possible de vérifier. Le doute est la base essentielle de la science, et la science n’a jamais consisté à établir des certitudes acceptées unanimement.

En revanche, lorsque le candidat souverainiste et gaulliste déclare cet argument actuel : «il est  fondamental d’avoir [dans l’audiovisuel] des journalistes scientifiques formés pour parler de faits et pas de politique, par conséquent en toute objectivité», j’y suis profondément favorable, et cela joue un rôle déterminant et soudain dans ma décision lors du vote prochain.

Enfin un candidat lucide sur la place de la science, car le journalisme scientifique actuel est en crise, en perte de crédibilité dans la plupart des médias, l’écologie est trop politisée, et de plus en plus de gens ont l’impression d’être pris dans un étau idéologique.

Quelques citations intéressantes :

  • «Ce qui fait l’homme de science, ce n’est pas la possession de connaissances, d’irréfutables vérités, mais la quête obstinée et audacieusement critique de la vérité.»  (Karl Popper)
  • « Le critère déterminant qui définit la science, ce n’est pas la crédibilité d’une connaissance scientifique, mais la réfutabilité de cette connaissance. »  (John Ph. C. Manson)
  • « Une théorie est scientifique si et seulement si elle est susceptible d’être réfutée ; elle n’est pas vraie, mais tout au plus admise provisoirement. » (Karl Popper)
  • « Le doute est le premier pas vers la science ou la vérité ; celui qui ne discute rien ne s’assure de rien; celui qui ne doute de rien ne découvre rien. » (Denis Diderot)
  • « La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives. » (Bertrand Russell)
  • « Ce que les hommes veulent, en fait, ce n’est pas la connaissance, c’est la certitude. » (Bertrand Russell)


© 2012 John Philip C. Manson