Analyse partielle de la «nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu»

Un sujet d’étude intéressant : la science dans les œuvres littéraires. Si j’ai plusieurs fois pensé à parler de la crédibilité scientifique dans certains livres (romans, essais philosophiques…), je ne l’avais pas encore fait. Le moment est venu pour le faire.

S’il vous plaît, si vous êtes un grand fan inconditionnel des romans de Bernard Werber, veuillez ne pas lire cet article…

D’après Wikipedia, on peut lire que certains critiques reprochent aux romans de science-fiction de Bernard Werber de présenter certains concepts d’apparence scientifique comme des certitudes alors que ce n’est pas le cas ; et que L’Ultime Secret illustre bien cette tendance, on peut y lire sur la quatrième de couverture la phrase suivante : « Ils vont aller de surprise en surprise jusqu’à l’extraordinaire dénouement basé sur une découverte scientifique peu connue mais réelle ». D’autres critiques assimilent la futurologie à de la pseudo-science.

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’article de Wikipedia. Mais pour se donner une idée claire des ouvrages de Werber, c’est de les lire. L’auteur qualifie parfois ses œuvres comme de la  philosophie-fiction ; je trouve ce terme pertinent et mieux adapté que celui de science tout court. Heureusement. Le style de l’écrivain est celui de la science-fiction et les contes philosophiques, et ne se proclame pas comme scientifique. La démarcation est implicite, mais cependant je me demande si le grand public prend réellement conscience de la distinction entre la fiction littéraire et la science. Les oeuvres de Werber rencontrent un grand succès, c’est de la littérature comme n’importe quels romans, et si j’avais été bien plus jeune je pense que ses livres figureraient dans ma bibliothèque parce qu’autrefois mon esprit tourmenté mélangeait naïvement les diverses influences issues indifféremment de la science ou de la fiction. Lire Werber pour se divertir et se distraire, pourquoi pas ? Toutefois, croire que de tels livres sont de la vulgarisation scientifique (au sens pédagogique) est un égarement. Je vais l’expliquer ici bas. Un égarement provoqué par les lecteurs eux-mêmes si ceux-ci ne font pas la différence entre ce qui relève de la science et ce qui relève de la littérature.

Ce qui va suivre dans mon présent article est une analyse critique. Le but n’est absolument pas de fustiger un écrivain. Tout le monde peut lire Werber à volonté. Il vaut mieux même lire pour analyser que critiquer sans même avoir lu. On peut librement se distraire en lisant des oeuvres de fiction, même moi j’en lis parfois. Par exemple, je vois en Jules Verne un très grand auteur de science-fiction, pour la qualité de son réalisme. Puis côté réalisme dans la littérature, je suis un lecteur inconditionnel de Maupassant.

À la TV, l’émission «Temps X» fut divertissante, animée par deux célèbres jumeaux (les frères Bogdanoff) dont le style à l’époque (1979) était tout à leur honneur, comparé à aujourd’hui…

Ma démarche est explicite à propos du livre : lire pour analyser, éviter de critiquer sans avoir lu, et surtout éviter de prendre de la fiction pour de la vulgarisation scientifique.

Donc pour revenir à l’objet de mon article ici, je prépare l’analyse de quelques paragraphes divers du livre «Nouvelle encyclopédie du savoir», afin de mettre en évidence une différenciation épistémologique transparente entre les faits scientifiques et la fiction littéraire liée au style de l’écrivain.

Il existe une distinction entre la science-fiction, la science fictive et la science tout court.

Ci-dessous, la relecture du livre de Werber, à travers laquelle le texte de fiction est confronté à mes arguments basés sur la vulgarisation scientifique.

ANALYSE de «Nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu»

[aux éditions Albin Michel (2009)]

Premier paragraphe intitulé «Au début» :

  • «L’univers, c’était du rien avec un peu d’hydrogène.»

Ou il n’y a rien, ou il y a tout. Le commencement de l’univers, le Big Bang, était très dense et très chaud, toute la matière était réunie, et partout. Ce n’était pas «rien».

  • «H. Et puis il y a eu le réveil. L’hydrogène détone.»

H, c’est la lettre majuscule qui désigne l’élément chimique hydrogène. L’atome d’hydrogène est constitué d’un proton et d’un électron.

Le réveil ? Le Big Bang n’est pas un état d’attente suivi ensuite par un événement soudain. Le Big Bang est le commencement de l’espace et du temps. Il n’y a pas proprement dit un «réveil» avant même le Big Bang, puisqu’il n’y avait pas d’avant. Le Big Bang existe à partir de l’existence de l’espace-temps à partir duquel on peut décrire, connaître et comprendre les lois naturelles de la physique. Avant l’espace et le temps, il n’y a rien à expliquer, c’est hors de portée de la science.

L’hydrogène détone ? La détonation est le résultat d’une combustion rapide, entre l’hydrogène et l’oxygène, par réaction chimique. Mais cela n’a rien à voir avec le Big Bang.  Le Big Bang est un état très condensé de matière exotique très chaude à partir duquel des particules élémentaires (des quarks) ont rapidement formé des atomes d’hydrogène. Mais lors du Big Bang, l’hydrogène ne s’enflamme pas avec l’oxygène car l’oxygène était absent, et en plus la température était beaucoup trop élevée pour faire des réactions chimiques.

  • «Le Big Bang explose et ses éléments bouillants se métamorphosent en se répandant dans l’espace.»

Le Big Bang n’est pas une explosion. C’est une erreur conceptuelle fréquente. Le Big Bang est une expansion de l’espace, le Big Bang n’est pas une explosion classique de matière très chaude qui remplit un espace froid infini absolument vide. Le Big Bang a eu lieu partout, en tout point de l’espace. Il n’est pas une explosion locale et isolée.

  • «H, l’élément chimique le plus simple, se casse, se mélange, se divise, se noue pour former des choses nouvelles. L’univers est expérience.»

Oui, l’hydrogène est l’élément chimique le plus simple. Plus précisément l’isotope 1 (un proton, un électron, pas de neutron(s)), les autres isotopes de l’hydrogène étant «moins simples» : le deutérium (un neutron en plus) et le tritium (avec deux neutrons) lui-même radioactif.

Mais voila, l’élément le plus simple, et parce que c’est le plus simple, l’hydrogène (constitué d’un seul proton), il ne se casse pas. La fission nucléaire concerne seulement les atomes les plus lourds, comme l’uranium et le plutonium par exemple. Les noyaux les plus légers, comme l’hydrogène, le deutérium, l’hélium et le tritium, peuvent seulement fusionner entre eux (fusion thermonucléaire) pour former des noyaux plus lourds.

Pour former des choses nouvelles, l’hydrogène n’a pas besoin de changer sa nature. Une étoile prend forme par la contraction gravitationnelle de grandes étendues d’hydrogène gazeux. C’est seulement après sa mise en forme (une sphère ou plutôt géoïde) qu’une étoile commence à rayonner sa lumière, lorsque l’hydrogène fusionne pour produire de l’hélium. De très grandes étendues d’hydrogène peuvent former des galaxies, mais quasiment toute la matière de ces vastes ensembles est composé d’hydrogène à ses débuts.

L’univers une expérience ? J’aurais formulé ça autrement. Si c’est une expérience, elle est l’œuvre d’un hasard aveugle et dénué d’intentionnalité. Philosophiquement, la science se fie plutôt au principe anthropique faible. Il n’y a pas d’expérience si l’univers n’a pas d’auteur. Une expérience nécessite des observateurs qui cherchent des résultats. Mais la question métaphysique d’un quelconque démiurge reste à jamais indécidable parce que scientifiquement invérifiable et donc irréfutable. On ne peut donc pas prouver que l’univers est lui-même une «expérience».

  • «L’ensemble de notre univers-espace-temps local, qui était composé à 100% d’hydrogène, est maintenant une soupe remplie d’atomes bizarres selon les proportions suivantes : 90% d’hydrogène, 9% d’hélium, 0,1% d’oxygène […]»

L’idée d’espace-temps local n’a pas de sens, puisque le Big Bang s’est produit partout, cela concerne tout l’espace-temps, et le résultat est le même partout. Le Big Bang n’est pas un événement qui s’est produit dans un endroit privilégié de l’univers.

100% d’hydrogène ? Ce fut le cas très tôt lors du Big Bang, mais très peu de temps (dans les 3 premières minutes). La nucléosynthèse primordiale (vers 1 milliard de degrés Celsius) a rapidement entraîné la fusion thermonucléaire d’une partie de l’hydrogène pour former du deutérium, de l’hélium, du lithium et du béryllium avant même l’apparition des premières étoiles.

Puis concernant la composition chimique de l’univers, le modèle actuel présuppose que la matière visible ordinaire ne représente qu’une petite fraction (0,3%) de ce qui existe dans l’univers, le reste étant a priori majoritairement constitué de matière noire et d’énergie noire.

Concernant la matière chimique ordinaire, ce document sur les preuves du Big Bang indique ces proportions : 75% d’hydrogène et 25% d’hélium, et les autres éléments chimiques à l’état de traces. Mais les proportions indiquées par Bernard Werber sont plutôt proches des proportions chimiques du soleil, et non celles de l’univers plus généralement : «hydrogène à 92,1 % et hélium à 7,8 %», et oxygène à 0,061%. Ma remarque est confirmée par cette phrase dans une page de La Recherche : «Dès les années 1940, les astronomes mesurent la répartition de la composition chimique de l’Univers et trouvent partout 75 % d’hydrogène, 25 % d’hélium et des traces d’éléments plus lourds».

Au lieu de l’expression confuse «espace-temps local», ou même «En ne citant que les éléments chimiques les plus répandues dans notre univers-espace-temps», l’auteur aurait dû dire plutôt «système solaire» afin de distinguer celui-ci de la composition chimique de l’univers.

Deuxième paragraphe, intitulé «Réalité parallèle» :

  • «La réalité dans laquelle nous sommes n’est peut-être pas la seule. Il existerait d’autres réalités parallèles.»

Si l’idée est séduisante, elle n’est pas (pour l’instant) une hypothèse scientifique crédible. Cette idée métaphysique de réalité parallèle est souvent évoquée dans les débats philosophiques. En physique, à propos des réalités parallèles, comment concevoir une expérience ou une observation permettant de vérifier si l’hypothèse est reliée à des faits ou de réfuter l’hypothèse à travers ces faits ? Je me pose la question depuis longtemps à propos de certaines théories, comme la théorie des cordes et certaines interprétations plus ou moins loufoques de la physique quantique. Comment prouver ou réfuter l’existence de dimensions spatiales  supplémentaires ? Comment prouver ou réfuter l’existence d’univers parallèles ? Les théories scientifiques (même les plus crédibles) sont des représentations faillibles de la nature, elles ne sont pas la vérité en soi ; mais des idées a priori non expérimentables en physique ne représentent rien de concrètement factuel… Des idées exemptes de l’appui des faits, pour moi et pour les scientifiques, sont des fables. La conviction n’est le fruit que de la preuve.

Si le concept de «matière noire» commence à trouver enfin des voies expérimentales (http://www.futura-sciences.com/magazines/matiere/infos/actu/d/physique-detecter-matiere-noire-grace-rmn-48829/#xtor=EPR-17-%5BQUOTIDIENNE%5D-20130911-%5BACTU-Detecter-la-matiere-noire-grace-a-la-RMN–%5D), le concept d’univers parallèles reste invérifiable à ce jour.

  • «Par exemple, alors que vous lisez ce livre dans cette réalité, dans une autre réalité vous êtes en train de vous faire assassiner, dans une troisième réalité vous avez gagné au loto […]»

L’idée des univers parallèles est fortement inspiré de la physique quantique, mais ce qu’on appelle la superposition d’états concerne les très petites échelles d’espace. À notre échelle macroscopique, la décohérence quantique rompt cette superposition. Les univers parallèles, jusqu’à preuve du contraire, appartiennent à la science-fiction. Il convient de se souvenir que les modèles mathématiques sont une représentation faillible de la réalité, ils ne sont pas censés être la réalité elle-même, ni ne sont censés se substituer à la réalité pour dire que les maths elles-mêmes sont la trame et la cause de la réalité. Ce genre d’inversion de cause à effet est similaire au débat stérile comme celui du paradoxe de l’oeuf et de la poule, ainsi que certains détails des thèses créationnistes qui tentent de convaincre que la conscience précède la matière, alors que la conscience ne peut exister sans structure matérielle (les réseaux de neurones et réseaux neuromimétiques : pas de pensée sans cerveau).

  • «Pour un physicien quantique il est acceptable de dire que le chat est à 50% mort et à 50% vivant.»

En physique quantique, on dira plutôt que la superposition d’états indique que le chat de Schrödinger (rappel : c’est une expérience de pensée, et le chat est allégorique et fictif) est à la fois mort et vivant. Il est vrai que c’est une question de probabilités.

  • «[…] il existe une personne qui sait si le chat est mort ou si le chat est vivant même sans ouvrir la boite : c’est le chat lui même.»

À première vue, c’est logique. Mais le chat est fictif, il sert à représenter le comportement des particules à l’échelle subatomique. Les particules élémentaires, elles, n’ont pas de conscience, la matière inerte n’a pas conscience de son propre environnement…

Les êtres vivants les plus simples, les virus, sont composés de quelques centaines ou milliers d’atomes. Un codon d’ADN ou d’ARN se compose lui-même de moins de 100 atomes. Imaginer une forme de vie dont la taille est en-deçà de la taille minimale d’un gène est un non-sens en biochimie et en génétique. À l’échelle subatomique, donc à une dimension inférieure à celle d’une seule molécule, la superposition d’états se produit chez les particules concernées, mais à cette échelle il n’existe aucun observateur…

  • «De toutes les planètes connues, la Terre est la plus complexe.»

Au niveau des phénomènes biochimiques et biologiques, oui c’est vrai, la complexité est à son paroxysme en ce qui concerne la vie sur Terre. Mais au niveau des phénomènes géologiques, la Terre est aussi ordinaire qu’une autre planète. L’une des grosses lunes de Jupiter, Io, se caractérise bien par une activité volcanique et tectonique assez complexe, par exemple.

  • «[…] deux forment de vie qui culminent par leur intelligence. Les hommes et les fourmis.»

Les fourmis sont des insectes sociaux. Cependant, il s’agit d’une forme d’intelligence collective et décentralisée, une forme d’intelligence assez simple en somme, mais qui assure la survie de leurs espèces (il y a de nombreuses espèces de fourmis) depuis au moins 100 millions d’années, ce qui est remarquable. Les abeilles sont moins connes, car moi je mange du miel, ce que les fourmis ne fabriquent même pas… 😉 Les abeilles et les fourmis forment une même famille : les hyménoptères.

Quant à l’intelligence humaine… J’en doute… On ne peut pas mesurer ce qu’on appelle «intelligence», car ce n’est pas vraiment bien défini. Les tests de QI présentent une marge d’incertitude trop importante et qui interdit par conséquent de conclure sur les résultats de façon objectivement fiable ; mes arguments ici :  https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/24/experience-statistique-sur-9-tests-de-qi/

L’intelligence animale est particulièrement le fait des mammifères comme les singes anthropoïdes, de certaines espèces d’oiseaux comme les corvidés, des chiens, des éléphants, des dauphins…

  • «Autour d’un atome, on trouve plusieurs orbites d’électrons. Certains sont tout proches du noyau. D’autres sont éloignés.»

Le mot «orbite» est plutôt utilisé en mécanique céleste et en astronomie. Pour les électrons autour d’un noyau, on parle d’orbitales.

Il peut n’y avoir qu’une seule orbitale : c’est le cas de l’atome d’hydrogène et de l’atome d’hélium. Dans ce cas, il s’agit de l’orbitale 1s². Au-delà de l’hélium, les atomes possèdent plusieurs orbitales.

Puis, un électron proche ou éloigné du noyau, c’est trivial… Éloignement très relatif, car à l’échelle de l’atome, une orbitale a une taille d’environ un dixième de millionième de millimètre.

En physique, les orbitales électroniques ne sont pas des orbites précises, la structure de l’atome est assez floue, entachée d’incertitude quantitative sur la position, la masse et la vitesse des électrons. On parle alors de nuage électronique.

  • «Déplacer un électron d’une couche basse pour l’amener à une couche plus haute, […] : il rayonne, […]. Par contre, si on déplace un électron d’une orbite haute pour l’amener dans une orbite plus basse, c’est le contraire qui se produit.»

À vrai dire, l’écrivain a inversé le phénomène décrit, c’est le contraire qui se produit.

En fait, l’électron passe d’une orbitale basse vers une orbitale haute quant il a absorbé un photon, donc il ne rayonne pas de photon…

En effet, d’après le spectre de l’atome d’hydrogène, lorsque l’électron passe d’un niveau élevé à un niveau plus bas, il émet un photon dont l’énergie vaut la différence entre celles des deux niveaux ; ainsi, la lumière émise ne peut prendre que quelques valeurs discrètes ; c’est ce que l’on appelle son spectre.

D’après le texte de Werber, il faut déplacer un électron, mais justement pour déplacer un électron vers une orbitale plus éloignée du noyau, il faut exercer quelque chose dessus : en envoyant un photon que l’électron absorbe. Dans le cas d’un atome excité, quand un électron passe d’une orbitale haute à une orbitale basse, il gagne de l’énergie qu’il doit donc céder en émettant un photon. Mais lorsque l’atome est à son état fondamental, l’électron qui passe d’une orbitale basse vers une orbitale haute ne peut le faire que s’il absorbe un photon incident dont l’énergie est égale à la différence des deux niveaux des énergies des orbitales.

  • Ensuite, Werber parle d’un «neuropsychologue américain, le professeur Rosenzweig,  de l’université de Berkeley, qui a voulu connaître l’action du milieu sur nos capacités cérébrales». Werber cite aussi une expérience faite sur des hamsters, et raconte que les hamsters ayant été occupés à diverses activités présentaient des différences corticales par rapport aux hamsters qui étaient restés oisifs.

Werber précisa pour les hamsters actifs que leur masse corticale était de 6% de plus que le groupe témoin, et la taille des neurones était 13% de plus que ceux du groupe témoin.

J’en déduis moi-même que la densité des neurones des hamsters actifs aura diminué de 26,5% par rapport à la densité des neurones des hamsters oisifs. Pourquoi n’y a t-il pas conservation de la densité ? Quelles molécules se sont accumulées dans les neurones actifs ?

Rosenzweig est le nom de plusieurs scientifiques homonymes. Comme on ne connaît pas le prénom du professeur, je dois rechercher sur Google afin de savoir de quel savant il s’agit. Je découvre qu’il s’agit probablement de Mark R. Rosenzweig (1922-2009), c’était un authentique chercheur américain spécialisé dans l’étude de la neuroplasticité animale. Rosenzweig a montré que le cerveau animal ne devient pas mature à l’issu de l’enfance mais qu’il continue de se développer et de se remodeler, de s’adapter.

L’expérience de Rosenzweig, narrée par Werber, fut réalisée en 1947, mais avec des rats, pas avec des hamsters.

Puis en réalité, Rosenzweig a montré qu’un environnement enrichi (des jeux pour les rats) augmentait l’activité d’une enzyme : la cholinestérase. Une enzyme c’est une protéine. C’est seulement en 1962 qu’il a découvert que l’activité ludique des rats entraînait une augmentation du volume de leur cortex. En 1987, Rosenzweig publia un livre : «Enriched and Impoverished Environments: Effects on Brain and Behavior» (Environnements enrichis et appauvris : effets sur le cerveau et le comportement).

Vu sur un blog de WordPress, un extrait de l’encyclopédie de Werber :

  • «L’humanité a connu trois vexations.»
  • «La première c’est Nicolas Copernic qui a déduit de ses observations du ciel que la Terre n’était pas au centre de l’univers.»
  • «La deuxième c’est Charles Darwin qui a conclu que l’homme descendait d’un primate et était donc un animal comme les autres.»
  • «La troisième c’est Sigmund Freud qui a signalé que la motivation réelle de la plupart de nos actes politiques ou artistiques était la sexualité.»

Trois vexations ? J’aurais formulé ça autrement. Des (vraies) découvertes scientifiques sont des bienfaits. La science est significatrice de progrès. La science n’est pas un châtiment, elle est un outil qui sert l’humanité.

Nicolas Copernic, mathématicien et astronome, a énormément contribué à la science, un pas de géant. Il a brisé un tabou. À partir de son travail, on a peu à peu compris que les faits ont prévalence sur les dogmes bibliques. C’est un bienfait de s’affranchir des croyances qui font de nous des esclaves de l’absolutisme et de l’obscurantisme.

Ensuite, Darwin s’est appuyé sur des fossiles et des données géologiques pour étayer sa théorie de l’évolution des espèces, montrant que l’Homme n’est pas une création divine mais un animal ordinaire parmi les autres. C’est un bienfait de mieux connaître notre propre espèce et de comprendre l’organisation de la vie. Là encore, la science prévaut aux dogmes bibliques. La science enseigne des connaissances factuelles, elle apprend à observer et expérimenter. La religion n’enseigne qu’à croire et à obéir. De nos jours encore, certaines mouvances font propagande de doctrines créationnistes (qui se proclament de la science qu’elles rejettent pourtant) selon lesquelles la Terre n’a que 6000 ans et que l’Homme fut créé directement par Dieu (et parfois disent que l’Univers fut créé par une intelligence transcendante (Intelligent Design).

Freud ? Il a institué un dogme tenace (la psychanalyse), sans l’appui de preuves. Il n’y a pas d’observations cliniques comme bases à la psycho-théorie de Freud. L’idéologie de Freud est un dogme entièrement construit sur des interprétations personnelles imaginaires, subjectives et fictives. De plus, la doctrine de Freud est homophobe… La psychanalyse est une pseudo-science.

La véritable vexation, la véritable honte, c’est la survivance tenace de dogmes obscurantistes (dont certains dogmes s’autoproclament scientifiques) à notre époque. Voila le vrai scandale.

Comme on a un bon aperçu des deux paragraphes traitant de science dans le livre de Werber, ainsi qu’une analyse intéressante qui en a résulté, je pense qu’il n’est pas nécessaire de continuer d’analyser le reste du bouquin, je vais m’en arrêter là, l’analyse a été suffisamment concluante…

Je clos l’analyse critique de cette «nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu» par une citation de Bernard Werber lui-même : «Allons jusqu’au bout de nos erreurs sinon nous ne saurons jamais pourquoi il ne fallait pas les commettre».

Quelle ironie.  😀

BIBLIOGRAPHIE ET VULGARISATION SCIENTIFIQUE

  • Comme j’aime (et préfère) les bouquins scientifiques intéressants, et si d’éventuels lecteurs sont en quête désespérée de livres plus rigoureux, je recommande le livre d’un des plus grands mathématiciens actuels, Cédric Villani, «Théorème vivant» (éditions Grasset), dans lequel il expose les étapes de ses recherches en mathématiques sur « l’amortissement de Landau » et l’équation de Boltzmann. Passionnant et instructif. À voir absolument. Contenu compréhensible surtout par ceux qui ont un background scientifique (mais les scientifiques ne comprennent pas toujours leurs collègues, lol).
  • Autre livre que je recommande : « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » par Normand Baillargeon. Très intéressant.
  • Je pense personnellement que les gens désirant s’informer via la vulgarisation scientifique doivent s’appuyer sur des bases scientifiques non ambiguës et adaptées, avec l’aide d’un certain contrôle académique. MM. Villani et Stephen Hawking sont d’excellents exemples de vulgarisateurs.
  • Dans des livres de styles plus littéraires, la science est souvent romancée, parodiée, caricaturée, la science se laisse construire une image faussée, biaisée et/ou lacunaire dans l’esprit du public, et je trouve cela dangereux. Par exemple, je connais un lecteur de vulgarisation scientifique, et qui croit à tort que les connaissances révélées sont absolument définitives et inaliénables, alors que la science a une démarche de remise en question de tout. En effet, la science n’est pas une accumulation de vérités, mais une attitude iconoclaste qui brise des «certitudes», en remettant à plat les données du réel et les interprétations construites sur tout cela. Créer des vocations scientifiques peut passer par des méthodes ludiques, amusantes, divertissantes (comme l’opération «La main à la pâte»), pourvu que le rôle didactique soit rempli, en montrant ce qu’est vraiment la science à travers la méthode scientifique et à travers les critères épistémologiques. Ce que je veux dire, c’est qu’il existe un danger latent : des personnes ont une vocation soudaine pour la science, mais à travers de la mauvaise vulgarisation, ces personnes tombent des nues quand elles entreprennent des études scientifiques, leur déception envers la science peut entraîner un rejet, et pire, une dissuasion par les déçus envers d’éventuels néophytes sur le point d’avoir une vocation scientifique. Présenter ce qu’est vraiment la science, sa définition, ça évite bien de mauvaises surprises. La science, c’est de la logique, de la rigueur, une exigence d’objectivité, la nécessité d’observations et d’expériences. La science n’est pas exactement de la philosophie, la science accepte toutes les hypothèses, seulement si celles-ci ont la possibilité d’être réfutables. La philo est un argumentaire d’idées orientées par la raison des philosophes. La science, elle, repose aussi sur des arguments, mais ceux-ci sont nécessairement appuyés par des faits, au moyen des observations et des expériences. La science n’est pas de la métaphysique. Les fables, elles, n’appartiennent qu’aux conteurs… et aux politiciens… La vulgarisation scientifique, bref, ça peut être aussi un jeu, mais un jeu sérieux avec lequel on ne peut pas se permettre de faire et dire n’importe quoi, surtout s’il y avait une quelconque idéologie sous-jacente. Dans les livres, avec les livres, tout est possible, oui, y compris d’apprendre des erreurs, des préjugés, des concepts eux-mêmes mal compris, y compris le risque de transmettre ces erreurs à notre tour. Non, il n’est jamais trop tard pour réagir. Lire, apprendre à lire, qu’est-ce que c’est, finalement ? Répéter phonétiquement les mots ? Pas seulement. Comprendre le sens des mots ? Pas seulement. Comprendre le sens des concepts ? Oui, mais pas seulement. Apprendre vraiment à lire des livres, en particulier des livres de vulgarisation scientifique, c’est comprendre d’abord le contexte raconté, puis ensuite procéder à une patiente analyse critique avec l’aide de connaissances acquises ou nouvelles qui servent à croiser les informations. Ainsi, c’est par les comparaisons que l’on débusque les contradictions et les erreurs dans les bouquins. C’est la politique même de mon blog ici. Même de bons livres peuvent contenir au moins une erreur. Exemples de preuves ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/28/une-erreur-dans-un-livre-de-thermodynamique-pour-ingenieurs/ et là : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/ et un prof démontre l’existence d’un manque de travail critique : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/03/22/contre-le-plagiat-un-prof-piege-ses-eleves/

Pour ainsi dire, j’aime beaucoup la littérature. Cela dépend des styles. Et cela dépend aussi de la façon dont la science est représentée dans la littérature. Les auteurs eux-mêmes font leur métier par passion, les lecteurs aiment lire. Une façon plus profonde de lire est de réfléchir sur ce qu’on lit, surtout dans l’expression de phrases qui évoquent la vérité, la connaissance, la science. Dès que ces expressions apparaissent, je deviens extrêmement sensible et éveillé qu’un sismographe à l’affût.

Ne jamais signaler des erreurs dans la littérature quand elles concernent plus ou moins directement les sciences, ce serait trahir l’esprit humain, ce serait déshonorer notre mission, ce serait discréditer ce que nous savons ce qu’est la science. C’est un devoir de faire un compte-rendu des erreurs que l’on découvre. Le grand public a le droit d’être informé. Si créer des vocations scientifiques est une nécessité, il faut aussi que de nouvelles générations de vulgarisateurs scientifiques reprennent le flambeau quand les plus anciens ne seront plus là pour ce travail. J’aurais trop peur que cet esprit de résistance s’arrête un jour, que le peuple devienne peu à peu anesthésié par les médias, peur que les fictions l’emportent sur les faits, pour longtemps.  N’attendons pas que nos libertés soient en péril pour réagir. La littérature gentillette comme celle que j’ai analysé ici, ça peut céder la place à de la littérature plus hard dont les auteurs sont de dangereux gourous, avec leur programme de déprogrammation des cerveaux et d’embrigadement des jeunes. La transition de la façon de penser, dans la société, peut être rapide. Basculer dans l’obscurantisme est plus rapide qu’on ne le croit. N’importe quel secteur d’activité est vulnérable aux dérives. La science n’échappe pas à cette éventualité, et c’est pourquoi j’en parle. Le domaine de la vulgarisation scientifique est un terrain vulnérable, il faut agir de façon à ce que le public connaissent d’abord ce qui définit la science avant d’accumuler des connaissances issues de divers médias de toutes sortes. Même au sein de la vulgarisation scientifique, il existe un début de dérives.

Quelques pistes pour prendre conscience que, entre science et journalisme, c’est bancal :

Je vous le dis : jusqu’où ces dérives peuvent-elles conduire si aucune initiative d’analyse critique pour les contrer n’est décidée ?

Pour terminer, qu’est-ce qu’une encyclopédie ? Sa définition ? Comparer entre l’encyclopédie des arts et des sciences à l’époque de Diderot et Voltaire, et l’idée actuelle d’une encyclopédie à l’ère d’Internet ? Je pense que ce mot a vraiment perdu de sa saveur…

Ce présent article n’est pas une critique des qualités littéraires d’un écrivain, ni même une attaque personnelle. L’article dresse ici une analyse lucide sur l’amalgame  entre la création littéraire et la prétention à la vulgarisation scientifique, en montrant utilement l’existence nécessaire d’une démarcation entre fiction littéraire et faits objectifs. Je n’ai personnellement rien contre la littérature, la science-fiction et l’imaginaire, je suis moi-même occasionnellement lecteur de ces ouvrages, je fais seulement remarquer que l’on ne peut pas tout mélanger et prendre le risque d’induire les lecteurs dans des concepts erronés présentés à tort ou à travers comme des concepts scientifiques éprouvés. En effet, on ne peut pas affirmer que la science-fiction est de la science, ni que des romans sont tous basés sur des faits réels. On peut dire science-fiction et philosophie-fiction pour un roman subjectif, mais pas y attribuer l’appellation de vulgarisation scientifique. Sinon, à ce moment-là il faudrait déclarer que les livres de Tolkien («Le seigneur des anneaux») sont aussi des références scientifiques solides, ce qui serait vraiment absurde.  😉

Et pourtant, suite à la publication de ce présent article, au moins un lecteur fan de Werber m’a toisé en me disant aveuglément que c’était moi qui était égaré et que le romancier disait des vérités scientifiques irréfutables… Tsssss. Quelle mauvaise foi…

© 2013 John Philip C. Manson

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Des galaxies naines en orbite autour de la galaxie d’Andromède ?

Pour commencer, cet article n’est pas une critique mais une analyse faite dans le but de comprendre le contexte.

PLAN DE L’ARTICLE :

  1. Info ou intox ?
  2. L’affaire Jason Padgett et le «syndrome du savant»
  3. La science n’a pas de nationalité
  4. L’affaire Shouryya Ray
  5. Les surdoués et le monde de la recherche scientifique
  6. Sur la nécessité de créer des vocations scientifiques chez la jeunesse
  7. Analyse de l’article dans Nature
  8. Mon témoignage : on peut réussir tout seul
  9. Le journalisme scientifique face au journalisme sensationnaliste
  10. Bilan : l’histoire de Neil Ibata est un remake médiatique de l’affaire Shouryya Ray

Je connaissais l’anecdote depuis plusieurs jours et je n’avais pas l’intention d’écrire un article dans mon blog sur cette histoire. Cependant, comme la nouvelle continue de se répandre à travers les médias, je pense qu’il faut intervenir pour faire le point sur la façon dont l’affaire est présentée.

  • Affaire authentique ou foutaise ? Je réponds immédiatement. Le cas présent est bien authentique, dans le contexte de l’astronomie.
  • Le lycéen qui publie un article sur Nature est en toute vraisemblance un cas bien plus sérieux que l’histoire bizarre de Jason Padgett auquel j’avais consacré un article marqué par mon scepticisme (voir ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/05/scepticisme-a-propos-du-genie-en-mathematiques/). Pour rappel, monsieur Padgett fut frappé de synesthésie à la suite d’un accident qui lui occasionna une commotion cérébrale. La presse s’était inspiré de l’histoire de Padgett pour dresser un portrait sensationnel d’un homme qui aurait développé des capacités intellectuelles étonnantes en sciences. Mais après recherche, on découvre que Padgett a des qualités artistiques qui n’ont pas de corrélation directes avec la rigueur des mathématiques. Les fractales sont des objets géométriques abstraits qui sont liés aux mathématiques, mais Padgett dessine des fractales pour leur beauté et se définit lui-même comme artiste. Les lésions neurologiques provoquant ce que l’on appelle le syndrome du Savant n’est pas un diagnostic médicalement reconnu. De plus, de telles lésions entraînent plutôt des complications et des séquelles, au lieu de dons intellectuels miraculeux qui sont une pure fabrication des médias. On ne devient pas un génie du jour au lendemain. L’aptitude aux connaissances, surtout dans les sciences, n’est possible qu’avec une méthode assidue mais surtout par de longues années de travail, à travers la faculté d’analyse, de rigueur et de mémorisation. Les connaissances ne tombent pas subitement du ciel comme par magie et épargnant des années de travail. Seul l’effort paie, et il faut du temps pour cela. Les lycéens qui vont passer leur bac savent cela…
  • Un autre buzz : celui sur l’histoire d’un autre «petit génie», Jacob Barnett. Concernant Jacob, les médias ont dit de lui qu’il remet en cause la date du Big Bang, et la renvoie à 21 milliards d’années, ce qui est formellement démenti par les observations par WMAP. En effet, les mesures observationnelles avec WMAP ont montré en 2003 que l’âge de l’univers est de 13,7 milliards d’années avec une marge d’erreur de 1%. Affirmer une idée contraire aux observations ou aux expériences n’est pas une démarche scientifique. Les faits ont prévalence sur les idées. Les médias ont aussi prétendu que Jacob Barnett a remis en question Albert Einstein et sa théorie de la relativité. Le buzz apparut sur Youtube (et non à Princeton) et les vidéos montrent Jacob en train de faire des calculs d’intégrales (on apprend ça avant le Bac) et nulle part on n’a trouvé une quelconque réfutation de la théorie de la relativité. Ce qui est décevant, c’est qu’on ne saura jamais si Jacob a su résoudre la somme continue de sin(2n) / (1 + cos⁴ n) d’après ce que j’ai vu écrire sur un tableau noir dans une vidéo…
  • Une étrange épidémie de sensationnalisme infecte le web tous les ans : on entend toujours parler d’une ou plusieurs histoires d’ados qui défient Einstein et/ou Newton. Avec ces buzz, il faut bien amuser le public et aussi que les journalistes mangent à leur faim…

Après ce résumé de l’affaire Padgett et l’affaire Barnett, je reviens au cœur du sujet. Le contexte présenté par Le Figaro est plus sérieux. Examinons le titre du Figaro : «Un Français de 15 ans publie un article dans Nature».

Après renseignement, j’observe que le père du lycéen a la nationalité britannique. Mais le jeune a t-il la nationalité française ? Je ne le sais pas. Le doute subsiste. Entretemps, j’ai pu constater sur le web que le jeune homme était parfaitement francophone. Mais ce détail n’est pas du tout important, la nationalité est un critère insignifiant, puisque la science est universelle. Ainsi, je m’étonne de ce titre qui mentionne la nationalité. Par chauvinisme ? Je ne le sais pas. La science est indifférente envers des critères comme les frontières, la connaissance doit être partagée par tous et pour tous dans un esprit de fraternité.

En ce qui concerne le titre, il y a désaccord sur la forme.

  • «Un Français de 15 ans publie un article dans Nature».

Je pense qu’il aurait mieux valu dire plutôt :

  • «Un lycéen de 15 ans co-publie un article dans Nature».

Bref, le titre modifié conserve néanmoins à peu près la même longueur textuelle, et l’on dispose de meilleures infos. Le mot «lycéen» informe immédiatement que l’adolescent suit des études, ce qui rend le titre plus crédible, et cela évite un chauvinisme inadéquat dans le cadre des sciences. Le mot «Français» me paraît trop chauvin à mon goût.

Être Français ou autre, c’est un critère qui n’apporte pas de crédibilité sur le fond de l’histoire. Ce qui compte, c’est la valeur scientifique des travaux réalisés. Être précoce ou être un jeune prodige, ça peut paraître extraordinaire, mais en science ce sont les travaux dont la valeur constitue un critère déterminant. L’évaluation des travaux par la communauté scientifique est un détail essentiel, en comparaison des critères retenus par la presse pour faire du sensationnalisme. Souvent, quand des prodiges firent les pages de la presse, l’histoire est centrée sur le personnage perçu comme un phénomène étrange/bizarre/fantastique, plutôt que de décrire correctement la nature précise de ses travaux (voir l’affaire Padgett ci-dessus en haut d’article, et surtout l’affaire Shouryya Ray : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/06/01/shouryya-ray-lheure-de-verite/).

Bien souvent, c’est le fond de l’histoire qui présente des lacunes. Le journalisme grand public brassait de l’air avec l’histoire de J. Padgett, le journalisme grand public verse dans l’amateurat en racontant des conneries sur Isaac Newton avec en prime une fort mauvaise compréhension des travaux (authentiques) du jeune Shouryya Ray. En revanche, le journal Figaro présente (enfin) un fait avec suffisamment de précision sur la nature des travaux réalisés.

Et puis, les surdoués font-ils reparler d’eux une fois devenus adultes et intégrés dans la vie professionnelle ? Ça, c’est un autre débat. Je me souviens encore du jeune Arthur, qui eut son bac à 11 ans en 1989. Mais après ?… Après tout, ce qui compte pour eux, c’est leur passion, pas la célébrité. Puis, en y réfléchissant : réussir brillamment des études est un exploit, et percer dans le monde de la recherche scientifique en faisant de grandes découvertes en est un autre. Albert Einstein n’a t-il pas dit lui-même que la science est une belle chose tant qu’il ne faut pas en vivre ?

Revenons à l’article du Figaro. Pourquoi préférer ce titre d’article comme celui-ci : «Un lycéen de 15 ans co-publie un article dans Nature» ? Je l’ai dit : «lycéen» est un mot plus précis sur le niveau scolaire, et plus neutre (la nationalité ne détermine absolument pas la qualité des travaux scientifiques, et la fierté nationale n’a rien à faire non plus dans ce contexte car la science n’est pas un sport olympique). Le mot «co-publie» montre aussi, et c’est le point essentiel, que le lycéen n’a pas publié seul, il était seulement stagiaire, il a participé à ces travaux en apportant sa contribution au moyen d’un programme informatique codé en langage Python. La saisie de données aide à leur mise en forme afin d’orienter des recherches scientifiques, mais ce n’est qu’une étape.

Le lycéen est en 1ère S, c’est une filière très intéressante, mais le niveau des maths en 1ère S est fort loin de celui des maths après le Bac, a fortiori le niveau du doctorat d’astrophysique… Franchement, les maths après le bac ressemblent à un cauchemar. 🙂 Si les publications scientifiques filtraient systématiquement de façon stricte les signataires des travaux, en ne retenant que les noms de ceux qui ont participé activement en tant que chercheurs, on n’aurait pas entendu parler du jeune lycéen. De ma part, ce n’est pas de l’ironie, ni aucune quelconque forme de critique désobligeante. Je cherche à comprendre les raisons de cette co-publication. On se rend compte maintenant que presque n’importe qui (par exemple un lycéen qui n’est pas encore docteur chercheur) peut co-signer un article d’une revue scientifique prestigieuse, c’est l’impression que ça laisse. Donc à première vue, ça peut paraître propice à décrédibiliser Nature, mais pas forcément. Mais comme pour l’affaire Shouryya Ray, je pense que la participation du jeune lycéen est authentique. Il faut conserver un avis positif sur ce lycéen co-signataire de l’article dans Nature. Cette histoire doit montrer que les sciences sont souvent une passion, qu’il faut s’intéresser aux sciences, et de faire naître des vocations auprès des plus jeunes. C’est peut-être dans ce sens là que cette histoire s’est retrouvée dans les médias, et la démarche choisie est légitime. La science a besoin de chercheurs, et peu importe leur nationalité.  La situation actuelle est préoccupante : il y a de moins en moins de vocations dans les sciences, et il faut des solutions pour résoudre cette crise. Revaloriser les sciences, redonner de l’espoir à la jeunesse, voila quelque chose à favoriser. Je pense qu’il faut enseigner les maths autrement, en leur donnant des applications plus concrètes, faire des maths et de la physique dans un esprit ludique, et inciter à donner l’envie de découvrir des mystères et s’efforcer de les résoudre avec les outils de la science.

Après avoir évoqué la jeunesse et la précocité, il faut également analyser un autre point. La nature-même des travaux effectués. C’était par ça que le journalisme doit commencer, parce que tout le reste, finalement, est franchement secondaire. La plupart des médias auraient dû donner plus de détails sur les travaux plutôt que se concentrer sur le jeune âge du protagoniste. Le Figaro, lui, reste cependant plus précis et nous fournit le lien vers l’article de Nature. On apprend les détails recherchés dans la revue Nature dans l’article concerné. Examinons le titre (je l’ai traduit en français) : «Un vaste plan mince de galaxies naines corotatives orbitent autour de la galaxie d’Andromède». Il s’agit en effet d’un sujet intéressant. On remarque que le principal co-signataire de l’article dans Nature est le père du lycéen.

Selon Nature, des galaxies naines sont en orbite autour de la galaxie d’Andromède, comme des satellites voguant ensemble sur le même plan. Il me semble que de telles galaxies en orbite était suspectée depuis longtemps.

Désirerais-je désespérément publier moi-même un article dans Nature ? Pas du tout. Je vais dire pourquoi. Analyser un article scientifique et évaluer sa solidité, c’est beaucoup plus intéressant. Et parfois même, très très intéressant, comme le cas d’un livre de thermodynamique destiné aux ingénieurs dans lequel j’ai quand même détecté au moins une erreur. Être en quête de la Vérité conduit souvent à des chimères, à des déceptions, à des dogmes, voire au fanatisme. Dans une optique contraire, la recherche attentive d’erreurs, même dans des domaines très sérieux, ça donne toujours des résultats, et c’est souvent intéressant. C’est la politique même de mon blog. Un travail fondé sur le doute, à travers des analyses patientes, c’est cela qui définit une véritable démarche scientifique. Si d’autres blogs reprenaient ma démarche critique, je pense qu’ils feraient de grosses trouvailles, avec des scandales mis à nu, des vérités qui s’écroulent, des illusions qui s’évanouissent. Le critère déterminant qui définit des théories scientifiques, ce n’est pas leurs propres véracités, non, le vrai critère des théories ce sont leurs solidités. Et un seul, rien qu’un seul contre-exemple, peut invalider toute une théorie.

L’article de Nature, ici, présente des informations réfutables. Il y a possibilité de réfuter a priori si on peut mesurer le mouvement des galaxies satellites d’Andromède.

Concernant ces galaxies naines autour d’Andromède, je relève dans Nature des données essentielles pour mes calculs. On apprend que la structure a un diamètre d’environ 400 kiloparsecs. On apprend aussi (via Le Figaro) que les observations ont duré 4 ans (de 2008 à 2011). On apprend également que c’est la vitesse radiale des galaxies naines qui a été étudiée.

Vitesse radiale ? Ça laisse supposer que les mesures se sont basées sur l’effet Doppler. En effet, c’est bien plus précis que des observations directes dans lesquelles le mouvement des galaxies est directement imperceptible.

Mais quelle est la sensibilité de la mesure par effet Doppler ? Quelle marge d’incertitude sur la mesure ? Voila des questions à se poser. Je voudrais en savoir plus.

Ensuite, en connaissant les lois de la gravitation, comme on sait d’après les données qu’une galaxie naine quelconque est à environ 200 kiloparsecs du centre de la galaxie d’Andromède, et que les mesures ont duré 4 ans, on peut se représenter une estimation de la vitesse radiale théorique maximum. Déjà, la détection d’exoplanètes est fort difficile, alors la variation de vitesse des corps lointains est a priori dans la même difficulté de détection.

200 kiloparsecs, c’est équivalent à 652400 années-lumière.

Une orbite stable c’est un équilibre entre la force centrifuge et l’attraction gravitationnelle. Pour connaître la vitesse orbitale d’une galaxie naine, il faut connaître la masse de la galaxie d’Andromède. Celle-ci est de 1230 milliards de masses solaires.

Après un calcul rapide, je constate que la vitesse orbitale théorique d’une galaxie naine est de l’ordre de 163 km/s par rapport à la galaxie d’Andromède. Comme on sait que la vitesse radiale de la galaxie d’Andromède est de -301 km/s par rapport à nous, cela prouve que la vitesse radiale maximale d’une galaxie naine en orbite autour de la galaxie d’Andromède est très vraisemblablement mesurable. Si la conclusion avait été contraire (c’est-à-dire une vitesse trop faible pour être mesurée), ça aurait signifié une invalidation des travaux concernés. Mais ce n’est heureusement pas le cas.

La vitesse radiale de la galaxie d’Andromède par rapport à nous est de -301 ± 7km/s. La marge d’erreur pour Andromède est donc d’environ 2%. Donc, oui, la vitesse radiale des galaxies satellites est mesurable, car c’est à peu près dans le même ordre de grandeur.

Et c’est là que j’arrive à poser un autre constat. D’après Wikipedia, on remarque que la majorité des galaxies naines est connue depuis longtemps : http://fr.wikipedia.org/wiki/Galaxie_d%27Androm%C3%A8de (voir le paragraphe sur les galaxies satellites). Sur les 23 galaxies recensées, il y en a 6 qui sont connues avant le XXe siècle, il y en a 6 autres qui sont connues avant 1980, et 11 autres qui furent découverte depuis 1998. Peut-être que les instruments d’observation actuels sont plus sensibles qu’autrefois, d’où la possibilité actuelle des mesures. Mais mesurer par effet Doppler la vitesse radiale des galaxies qui gravitent autour d’Andromède pourrait être possible depuis au moins 40 ans. L’effet Doppler, lui, est connu depuis 1842. Ainsi, cela m’incite à rechercher des articles d’astronomie qui parlent de mesures effectuées sur les galaxies satellites d’Andromède, car cela pourrait vraisemblablement avoir été tenté dans le passé (les moyens techniques existaient pour cela, mais il est possible qu’autrefois les instruments n’étaient pas assez sensibles pour collecter les données livrées par le spectre électromagnétique des astres).

En clair, l’orbite des galaxies naines sont l’objet de travaux très intéressants qui vaillent d’être étudiés, qui vaillent qu’on en parle. Mais ce n’est pas le scoop du siècle non plus. Et la jeunesse de l’un des co-signataires de l’article dans Nature ne doit pas finir en thème principal qui occulte les détails des travaux eux-mêmes. C’est ça que je veux dire. Car ce qui nous intéresse, au fond, ce sont les résultats.

Je termine ce présent article par une remarque plus personnelle :

  • En ce qui me concerne, j’ai grandi dans une grande solitude dans les livres de sciences, j’ai fini par obtenir un bac technologique et j’ai suivi quelques années universitaires intéressantes et difficiles. Je suis le seul matheux de ma famille qui ne comprend rien de ce que je dis et de ce que je fais. Personne ne m’a aidé à réussir dans mes études. Aucun coup de pouce de quiconque. Personne pour me guider dans mes choix, pour m’orienter. Je m’intéressais aux sciences depuis longtemps, dès l’âge de 13 ans ou moins, sans assistance, sans même prendre de cours à domicile (j’aurais dû). Sans même les conseils de mes parents (ils étaient dépassés), sans même leur soutien psychologique. Je me suis fait tout seul, même quand ça n’allait pas fort, comme beaucoup d’autres, ces autres qui ont peut-être souvent vu leur vocation scientifique s’éteindre faute de persévérance, faute de soutien, à cause d’une maladie, ou pour tout autre raison. J’ai avancé en zigzag, mais j’ai avancé. Avoir découvert Internet en 2000 m’a beaucoup aidé à surmonter ma surdité. Si tout était visuel au quotidien, dans toutes les situations, surtout socialement, tout deviendrait tellement plus simple. La vie est un combat qui en vaut la peine.
  • Si l’avenir était déjà tout tracé, déjà préparé, tout prêt, comme un train qui avance tout seul sur ses rails, et que les moindres difficultés sont aussitôt levées parce qu’on aura été aidé par le meilleur spécialiste pour suivre la meilleure direction, il n’y aurait aucun mérite (à part le propre travail de l’étudiant dans ses études). Peut-on appeler cela de la chance d’être aidé ? Le mérite se trouve dans l’autonomie, dans le système D, quand on doit construire tout pour effacer les incertitudes, les doutes, le manque de confiance en soi, surtout quand on est atteint de demi-surdité bilatérale, et cela m’a souvent mis en difficulté. Surmonter des épreuves, tout seul, savoir qu’on s’en est sorti tout seul malgré le blues et le ras-le-bol, c’est cela qui est important. Savoir qu’on peut avancer tout seul. On peut avancer tout seul. On peut commettre des erreurs, parfois de grosses erreurs à la con, c’est normal, mais on apprend beaucoup de nos erreurs. Ça prépare ainsi mieux à affronter les difficultés. Les erreurs enseignent à mieux avancer.
  • Si j’ai conçu mon blog, ce n’est pas pour passer à la TV ou dans la presse. Mon blog ne transmet qu’un seul message : partager (au premier degré) ma passion pour les sciences et surtout partager la nécessité de l’esprit critique, à travers l’épluchement des actualités scientifiques de toutes sortes afin d’en déceler les défauts. On ne devrait jamais lire des magazines comme si leur contenu était vrai ad hoc. On devrait toujours se dire que les infos ressemblent à un grand jardin recouvert d’œufs et que l’on doit traverser sans casser les œufs. Ou si vous préférez, un terrain miné. Bref, avec les infos, surtout sur le Net, on n’est jamais assez prudents. On n’est jamais assez armés contre la désinformation.
  • La célébrité ne m’intéresse pas, c’est pour ça que je porte des lunettes noires et un chapeau sur ma photo. Peu importe le personnage, seul le fond des écrits est à voir. Un peu comme ce mystérieux Lazarus avec sa cagoule d’Anonymous, peu importe qui il est, seul son message importe : que la raison vous serve de guide. Vouloir faire naître des vocations scientifiques est une démarche légitime, j’encourage celle-ci. Mais il faut que les moyens employés soient compris sans ambiguïté par le public en ce sens : faire naître des vocations en incitant les jeunes à s’intéresser aux sciences et à réussir leurs études, mais pas prendre le risque de faire comprendre à tort que le journalisme ne cherche qu’à faire du sensationnalisme. Certains auraient pu interpréter l’article du Figaro comme un exemple flagrant de piston d’un fiston, mais si c’était le cas, ça serait plutôt préjudiciable comme image. Mais d’autres explications sont possibles : faire naître des vocations scientifiques chez les jeunes, mais je pense que ça n’a pas passé en ce sens chez la plupart des lecteurs. Une autre explication : le père a voulu faire un cadeau à son fils passionné de sciences, et je pense que c’est un beau geste (néanmoins on ne doit pas trop mélanger famille et travail). La meilleure attitude est de présenter plusieurs explications plausibles, on ne peut pas se contenter d’un seul point de vue, et mieux vaut être constructif. Tout ce que j’ai dit ici n’est pas faire une critique juste pour le but de critiquer, mon seul but est de réunir les éléments afin de comprendre ce genre d’histoire relayée dans les médias. Les médias en font souvent trop, il faut tout le temps vérifier.

Pour conclure mon présent article, je présente deux façons de faire du journalisme avec les sciences, avec deux pages convaincantes.

  • http://www.cieletespace.fr/node/9977 : article très complet et intéressant, voila du journalisme pro et sérieux, réalisé par David Fossé. Les renseignements fournis par Pierre-Alain Duc sont très intéressants, on apprend des détails importants sur la formation et la structuration des galaxies, ainsi que les implications avec la théorie Mond. Concernant la jeunesse du lycéen ayant participé à l’article de Nature, Ciel et Espace affirme, je cite, ceci : « Cette curiosité a été remarquée dans la presse et Internet, parfois avec un enthousiasme excessif. S’il faut certainement saluer la participation d’un lycéen à une recherche scientifique (Neil Ibata a contribué au développement d’un code informatique pour l’analyse des vitesses des galaxies), il faut répéter que, non, un ado ne vient pas de remettre en cause les théories d’Einstein ». Bref donc un apport authentique, mais exagéré par les médias, exactement comme dans le cas du jeune Shouryya Ray. On peut lire également un autre bon article ici : http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-un-disque-de-galaxies-naines-autour-de-la-galaxie-d-andromede-30895.php dans lequel le jeune lycéen est mentionné mais dans une seule phrase (et en 7 mots seulement), le reste de l’article étant consacré aux travaux réalisés, car c’est justement ça qui est le plus important.
  • http://www.maxisciences.com/galaxie/a-15-ans-il-fait-la-une-de-nature-et-bouleverse-les-theories_art28195.html : voila un exemple de journalisme qui fait du sensationnalisme ostentatoire, en ne parlant principalement que du jeune génie. Bouleverser des théories soi-disant, voila quelque chose de prétentieux. On a vu ce que ça a donné avec l’histoire des neutrinos qui vont plus vite que la lumière et que ça démolissait la théorie d’Einstein… Mais l’existence de ces neutrinos supraluminiques a été invalidée par une nouvelle expérience. Hélas, le journalisme sensationnaliste s’égare dans ses fantasmes, et n’explique finalement pas très bien les faits. Prenez exemple sur Ciel et Espace et Pour La Science !

Ensuite, pour finir mon présent article et le rendre plus complet, je me suis connecté sur Twitter pour choper d’autres infos sur l’affaire.

  • On peut voir une vidéo ici : http://www.rfi.fr/france/20130106-france-lyceen-neil-ibata-15-andromede-decouverte-cnrs-galaxie-nature Des galaxies en orbite autour d’Andromède, ce n’est pas vraiment une surprise : quand des corps sont à proximité d’une grande galaxie (Andromède, plus de 6 fois plus massive que la Voie Lactée), ils ne forment pas un amas indépendant, ils forment forcément un système en orbite.
  • http://www.lepoint.fr/science/formation-des-galaxies-ce-qu-a-vraiment-decouvert-le-jeune-neil-ibata-11-01-2013-1612335_25.php Le jeune Neil Ibata a modélisé des données au moyen d’un logiciel. Le résultat est la conséquence d’un modèle déjà pressenti par d’autres scientifiques il y a quelques années. Le résultat des observations contribue à alimenter le débat sur la théorie Mond, mais il reste cependant incomplet pour permettre de trancher entre la théorie Mond et la théorie de la matière noire. Mais quand les titres affirment qu’un jeune défie Newton et Einstein, ce n’est qu’un coup de buzz, les buzz font vivre les journalistes… Entre le niveau de 1ère S et le niveau doctorat, il y a 7 à 8 ans d’études à accomplir, et des outils mathématiques compliqués à acquérir et maîtriser…

Il y a une nette différence entre faire le buzz et faire valider des travaux par la communauté scientifique.

Un commentaire pertinent fait par une blogueuse ingénieur informaticienne recentre les faits dans leur contexte :

commentairechloe

Je n’aurais pas mieux dit.

 

© 2013 John Philip C. Manson

Article co-écrit par John Philip Charles Manson (blogueur), Barbie Thürick (sa secrétaire blonde à poitrine généreuse), Dolly Prahnn (secrétaire suppléante, et rousse à forte poitrine), et WiFi (mon chien rédacteur en chef, il a validé mon article).  🙂

Le calendrier maya, l’obscurantisme New Age, et l’imposture de la fin du monde de décembre 2012

  • AVERTISSEMENT : les citations extraites de cet article ne doivent pas servir à cautionner n’importe quel autre croyance rivale (comme le christianisme par exemple) ; ce n’est pas parce que le New Age est une secte inepte que cela signifie que d’autres croyances soient la vérité ou le Bien, je récuse explicitement la réutilisation de mes propos susceptibles de servir contre mon gré à des argumentaires fallacieux et malhonnêtes. Pour comprendre le piège des sophismes et des paralogismes, lire ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/04/15/des-paralogismes-dans-un-document-sceptique-sur-nibiru-et-anunnakis/

 

« La culture de la peur a toujours constitué l’instrument favori des dictatures : les démocraties ne peuvent qu’en faire un usage limité sous peine de se détruire. »  (Pascal Bruckner, in « Le fanatisme de l’Apocalypse », p. 47)

  • En 2012, rien de cosmique ni de surnaturel ne se produira sur Terre.
  • Le présent article présente tous les arguments qui rangent le 21/12/2012 parmi les mythes et les impostures.
  • Décembre 2012, une propagande sectaire qui sert les desseins des charlatans.

Introduction

Cet article a été conçu pour informer et donner des réponses pertinentes, rationnelles et factuelles à ceux qui se posent des questions relatives au 21 décembre 2012.

Il ne faut pas confondre l’Histoire des civilisations précolombiennes avec le mouvement mystique du New Age qui déforme, réinvente et réécrit la réalité historique.

Le mayanisme, quand le New Age recycle de vieilles légendes de civilisations éteintes

Certains parlent des mayas (leur calendrier en particulier), d’autres parlent de légendes babylonniennes ou assyriennes, et d’autres évoquent le nom de Nibiru, tandis que d’autres esprits dérangés parlent du trou noir du LHC chez le CERN… Les réponses précises sur 2012, dans Yahoo Questions/Réponses, sont très nombreuses tout autant que les questions qui abondent. La plupart des internautes posent ainsi leur question sans prendre la peine de vérifier si les réponses existent déjà, au lieu de proposer au public une question récurrente et pénible qui revient chaque semaine…

L’ignorance en astronomie fait croire n’importe quoi quand on est confronté à des croyances d’origine sectaire.

Je fais cet article afin de clarifier les faits objectifs et de couper court aux rumeurs irrationnelles.

Les événements prédits pour 21/12/2012 sont fictifs, c’est un mythe pondu par des gens qui ne connaissent rien de l’astronomie. C’est une légende urbaine dont la diffusion quasi-mondiale est largement facilitée par l’internet.

La date du 21/12/2012 est contestée par les historiens et les archéologues

Des sources montrent même que la date du 21/12/2012 est fantaisiste et que la date de fin de cycle long du calendrier maya est en fait incertaine. Les frères Böhm, l’un mathématicien, l’autre historien, ont découvert que la “fin du monde” n’est pas pour 2012 mais pour 2116. Mais cela ne changera rien : il n’existe pas de causalité entre un calendrier et l’apparition d’événements. Un calendrier sert à noter et consigner des événements, mais on ne fait pas le contraire, puisqu’un calendrier n’est ni un oracle, ni un objet divinatoire.  S’il est possible de déterminer le nombre de jours entre le commencement du cycle long du calendrier maya et la fin du cycle, personne ne connaît en réalité le lien permettant la conversion du calendrier maya vers une date du calendrier grégorien !

Le calendrier maya, disent les prophètes du New Age. Où est la marque du pluriel ? En effet il existe plusieurs calendriers mayas spécifiques à cette civilisation.

  • un calendrier religieux de 260 jours (calendrier Tzolk’in)
  • un calendrier agricole de 365 jours (calendrier Haab)
  • un calendrier Tun de 360 jours, associé au calendrier Tzolk’in
  • un calendrier de neuf jours (équivalent à notre semaine)
  • un cycle long de 1.872.000 jours  (c’est celui-ci qui est récupéré par le New Age,mais aucun des précédents)

La date 0.0.0.0.0 du compte long maya correspondrait au 11 août 3113 av JC de notre calendrier, mais personne ne connaît de façon certaine la conversion entre le calendrier maya et le calendrier julien. La correspondance, dite de GMT, entre le calendrier maya et notre calendrier a été établie d’après Eric Thompson, archéologue et épigraphiste britannique.  La date du 11/08 de l’an -3314 est celle qui est la plus communément utilisée par les archéologues spécialisés de la civilisation maya. Néanmoins, personne ne peut s’assurer de l’exactitude certaine de cette corrélation. (cf. les frères Böhm dans le paragraphe plus haut)

La bonne question à se poser : pourquoi ce calendrier-là plutôt que tout autre ? Selon moi, c’est seulement à cause de la proximité de la date future de 2012. Parce que si la “fin du monde” était fixée à une date future lointaine, qui n’est pas de notre vivant, tout le monde s’en foutrait… Ce que veulent les gourous, c’est inspirer la peur, d’où le choix de ce calendrier. Quand 2012, ou 2116, seront passés, et que rien d’extraordinaire ne sera arrivé, les charlatans se rabattront sur un nouveau calendrier. Je vous laisse deviner lequel.

L’origine archéologique de la croyance au 21 décembre 2012

Je cite Jean-Michel Hoppan, du centre d’études des langues indigènes d’Amérique :

“Cette date, toutefois (le 21 décembre 2012), n’apparaît que dans une seule et incomplète inscription maya datant de la seconde moitié du VIIe siècle, sur le monument 6 du site archéologique de Totuguero, dans l’état de Tabasco, au Mexique. Le long texte de cette stèle s’achève par une référence à la date du ‘4 Ahau 3 Kankin’ mais juste pour signaler ‘qu’interviendra alors une divinité appelée Bolonyocte’. Rien d’autre. Surtout, la fin d’un cycle, dans l’esprit des mayas, ne signifiait nullement la fin DU monde, mais la fin D’UN monde, le début d’une nouvelle ère dédiée, comme les précédentes à des entités mythiques. Cela leur permettait en quelque sorte de remettre les compteurs zéro.” 

En d’autre termes, tout ce qui a été rajouté sur le 21 décembre 2012 n’est que pure affabulation. Car il n’existe aucune prophétie maya prétendant que la fin du monde arrivera à cette date. D’ailleurs il serait intéressant de demander à ceux qui disent le contraire, de nous la montrer cette fameuse prophétie.

  • Le 21/12/2012 est une légende urbaine d’internet et de la littérature, née de l’interprétation douteuse d’une inscription incomplète d’un site archéologique mexicain. La crédulité a fait le reste.

Le calendrier maya a été conçu par les Mayas sur la base de multiples de nombres, un système de numération, bref un calendrier fondé sur du symbolisme et des analogies, mais pas sur la base d’événements astronomiques qui, eux, ne dépendent absolument pas de conventions humaines de numération.

Le mayanisme, fruit d’une secte : quand l’archéologie est détournée de son contexte pour légitimer une doctrine New Age

Je maintiens mes propos comme je l’ai toujours répété ici et ailleurs : le mayanisme est une propagande sectaire qui essaie de vous vendre votre survie par la peur et la crédulité. Il n’y a aucun fondement scientifique, ni historique, ni archéologique derrière cette pure mystification. Le mayanisme est une des nombreuses et nouvelles croyances propagées par la mouvance New Age. À savoir : le mouvement hippie est plus ou moins à l’origine du mouvement New Age (dans les années 60/70) et de l’écologisme idéologique en politique, avec son lot de croyances qui font la synthèse de plusieurs religions diverses, dans un contexte de contre-culture et de banalisation du postmodernisme. D’autres, comme certains écrivains, profitent de cette spiritualité moderne qu’est le New Age pour mystifier le public en lui faisant croire que c’est de la science, sans que ces individus peu scrupuleux aient forcément la même origine culturelle propre au New Age. Il ne s’agit pas là de science ni même de spiritualité, mais d’obscurantisme et d’imposture intellectuelle via la propagation d’un thème irrationnel fortement médiatisé dans les forums d’internet.

Si vous devez vous poser de bonnes questions, ne dites pas “comment cela se passera t-il à telle date”, mais plutôt “en quoi l’hypothèse de la fin du monde à telle date est-elle absurde ?”. Avant de formuler une hypothèse s’inspirant d’un phénomène, assurez vous d’abord que le phénomène existe.

Ce n’est pas parce qu’un calendrier affiche des chiffres ronds que cela signifie l’implication d’un événement historique qui n’a aucun rapport avec la convention utilisée dans un calendrier. Si le pape décide par exemple de décaler notre calendrier grégorien en lui ajoutant 990 ans par exemple, et nous annonçant qu’on est en l’an 3000 (fixé par décret), ce chiffre rond (3000) ne signifie pas que ça déclenchera, en conséquence, des événements, ni que cela nous vieillira réellement de 990, nous transformant en dépouilles réduites en poussière comme par magie, comme si le temps s’était écoulé subitement comme une fuite d’huile de vidange !

Le problème que je montre, c’est que la pensée magique remplace l’attitude critique dans la tête des crédules. Ce sort est indigne pour un être humain.

  • La NASA a expliqué que l’affabulation de la fin du monde selon le calendrier maya a commencé avec l’affirmation que Nibiru, une supposée planète découverte par les Sumériens, se dirigeait vers la Terre. Cette catastrophe a été initialement prédite pour mai 2003, mais comme rien n’est arrivé le jour du jugement dernier, la date a été repoussée à décembre 2012.

Doctrine et déni du hasard

La causalité, c’est une cause suivie d’un effet. Mais les croyances reposent sur des analogies dépourvues de causalité, avec le déni de la curiosité, le déni de l’observation des faits, le déni du hasard et des probabilités, le déni de réfuter des idées, le déni même de la réflexion. Les impressions et l’inspiration ne sont pas équivalents à la réflexion rationnelle, ce sont deux modes différents de la pensée.

Il faudrait arrêter toutes ces contre-vérités racontées sur les mayas. En plus, l’industrie du cinéma en a même fait un film. Pitoyable… La désinformation propre au mayanisme mystique déforme complètement les faits de l’Histoire et les détournent abusivement de leur contexte. Le mythe de la fin du monde en 2012 est une légende urbaine propagée par un écrivain russe et récupérée par la fondatrice d’une communauté d’ufologie. Le mysticisme mayaniste est un courant du New Age et il n’a aucun rapport sérieux avec l’Histoire, l’archéologie et l’astronomie et les sciences en général.

Le thème du mayanisme  millénariste est né de la littérature en 1976 : nulle trace auparavant en Histoire

Le sujet sur les mayas a abondamment été débattu sur le web, et les personnes sceptiques ont écrit comme moi des précisions depuis ces dernières années pour dénoncer l’obscurantisme contemporain malsain et débilitant. Le web n’a pas été conçu pour s’en servir comme moyen de propagande sectaire. Le délire contemporain au sujet de Nibiru a été initié en 1976 (à partir d’un écrivain russe), ça a commencé à en faire parler en 1991 quand cet écrivain a voulu montrer ses idées aux astronomes, puis ensuite la doctrine connue sous sa forme actuelle a pris son essor en 2003 sur internet comme phénomène de légende urbaine (sous différentes variantes depuis) à travers le bouche-à-oreille dans les nombreux forums mystiques.Ce phénomène de société ressemble étonnamment à un processus de propagation d’un virus informatique capable de muter et d’infecter un maximum de machines. Ici, ce sont les personnes crédules et vulnérables qui se font berner…

Nous distinguons donc plusieurs champs d’exploration de la Réalité: les faits eux-mêmes, la connaissance de ces faits (au moyen de la science), les rajouts abusifs sur ces faits et les interprétations délirantes sur ces rajouts (au moyen de l’imaginaire). Chaque fois que le mythe apocalyptique mayaniste réapparaît dans le web, je suis tenté d’encourager ses détracteurs à poser la question suivante : “À qui profitent les rumeurs de fin du monde ?” Voila une question intéressante à poser.

  • Il ne faut pas confondre l’archéologie et l’Histoire avec la mythologie.
    Il ne faut pas confondre plus généralement la science authentique avec la science fictive (les théories farfelues d’amateurs) et la science-fiction (qui est un art).
    Il ne faut pas confondre l’astronomie (science) avec l’astrologie (pseudo-science), l’archéo-astronomie (pseudo-Histoire) et les autres délires appartenant à la grande famille de l’intelligent design, du New Age et du néo-évhémérisme.

Le mythe de Nibiru

En astronomie, Nibiru n’existe pas, c’est un mythe. Cet astre est absent des catalogues d’astronomie.

Nibiru est un mythe d’origine babylonienne et a été l’objet d’un récit d’un roman de l’écrivain russe Z. Sitchin (qui se dit aussi historien), en 1976, et cela est devenu un fantasme sur internet depuis 2003 à travers le développement de plusieurs versions de légendes New Age par le biais de la propagande d’une secte ufologique américaine influente. Les écrits de Sitchin s’apparentent à des romans de science-fiction mais dont la forme est construite comme un essai abusivement présenté comme scientifique, historique et véridique alors que ça ne l’est absolument pas.

Nibiru est parfois associé au mythe du calendrier maya qui annonce des événements divers pour la fin de l’an 2012, alors que ce sont deux mythes d’origines distinctes.

Combien de temps faut-il répéter comme un perroquet que ce sont des idioties ?

Comment ai-je pu retrouver autant d’informations ? Il suffit de se poser les questions élémentaires : qui a fondé l’arnaque sur 2012, qui l’a propagé, à qui cela profite t-il, et dans quel but ? La situation ne consiste pas à attendre avec angoisse le mois de décembre 2012 (c’est peut-être le but recherché par les charlatans), mais à rechercher les sources de toute cette arnaque intellectuelle. Google est l’outil idéal pour effectuer des recherches poussées.

Google est notre ami

Recherche chronologique : http://www.google.fr/trends
Google est un outil très intéressant pour rechercher l’évolution des infos dans le temps.

Exemple :
http://www.google.fr/trends?q=%22d%C3%A9cembre+2012%22&ctab=0&geo=all&date=all&sort=0

Coïncidence : la polémique sur décembre 2012 dans le web a atteint un pic d’activité en novembre 2009, peu avant le sommet de Copenhague. J’ai dit coïncidence, pas causalité. Même remarque avec le mot Nibiru.

http://www.google.fr/trends?q=nibiru&ctab=0&geo=all&date=all&sort=0

Le mayanisme est un mythe récent. Nibiru a émergé début 2004. L’expression “décembre 2012″ apparut en francophonie lors du dernier trimestre 2007 environ 8 mois après son émergence sur le web anglophone.
Lorsque l’on a pu retrouver l’origine chronologique d’un phénomène médiatique, on en trouve la source. A qui profite cette mystification ?

Internet est un puissant vecteur de désinformation et de propagande sectaire. Et ça tout le monde le sait, surtout les gourous.

Devant les échecs successifs des prédictions des gourous sur les dates de fin du monde, n’avez-vous pas l’impression que les crédules passent pour des cons à leurs yeux ? Les gourous savent très bien ce qu’ils font et ils ne croient pas un seul instant eux-mêmes en ce qu’ils font croire. Les gourous doivent bien rigoler devant tant de crédulité. La faute à l’obscurantisme ? Plutôt la faute à l’ignorance des crédules et à l’absence d’esprit critique. Les crédules devraient se botter le derrière eux-mêmes, on n’a pas toujours le temps de le faire pour eux, tellement il y a de nécessiteux… Pensez-vous que les gogos traineront les gouroux en justice en 2013 pour abus de confiance et pub mensongère ? Je ne le pense pas : les gogos préféreront continuer à croire en une nouvelle date de fin du monde, celle de l’astéroïde Apophis en 2036, celle du bug Unix de 2038, ou l’an 3000 (parce que c’est rond et que ça paraît joli…). Alors stop ou encore avec toutes ces inepties ?

Précisions sur le calendrier maya
Si des guignols nous prédisent la fin du monde pour le compte long du calendrier maya correspondant à 13.0.0.0.0 (21/12/2012), alors pourquoi ne s’est-il rien passé le 12.0.0.0.0 (18/09/1618) ni le 11.0.0.0.0 (15/06/1224) ? Pourquoi donc préférer un “chiffre” rond plutôt qu’un autre ? Et pourquoi préférer le calendrier maya à un autre ? Et pourquoi choisir ce calendrier maya-là alors qu’il en existe plusieurs chez la civilisation maya ?

C’est sûr que ça risque d’être la fin du monde, un jour, quand on voit l’ampleur de la crédulité pathologique humaine qui est la seule responsable de sa déchéance mentale.

L’avenir n’est écrit nulle part.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9dictions_de_fin_du_monde

Il suffit de regarder dans ce lien cette liste de prédictions de fin du monde, qui se comptent par dizaines, et aucune d’entre elles n’a eu lieu, et sont toutes motivées par des mouvements sectaires.

À l’heure où je parle de tout ça, suite à l’actualité sur le Japon, certaines mouvances sectaires se réveillent pour annoncer la fin du monde prochaine http://www.rue89.com/2011/03/15/usa-le-seisme-au-japon-reveille-les-dingos-de-lapocalypse-195004   J’apprends même que 41% des Américains croient à un retour du Christ avant 2050. Décidément, la pathologie sectaire n’a pas de limite. Maintenant, les sectes n’arrêtent plus de changer la date de l’Apocalypse, c’est le 21 mai 2011 et non plus le 21/12/2012 (le billet d’avion pour l’Enfer infernal est annulé ?).

Croire ne crée pas de réalités, même en se mettant à plusieurs millions à croire en quelque chose. Tant qu’il n’y a rien à observer, il n’y a rien à raconter.

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Arguments contre certains points  plus ou moins relatifs au calendrier maya :

Un alignement planétaire ou cosmique ?

Certains affirment que le 21/12/2012 sera le théâtre d’un alignement planétaire ou cosmique particulier. Mais cela aussi c’est une mystification.Je pense même que la mythologie maya n’en parle même pas, c’est la mouvance New Age qui a inventé cet alignement cosmique.

Le 21/12/2012 il n’y aura aucun alignement planétaire ! Les logiciels de planétarium et la NASA le démontrent. Ceux qui annoncent l’an 2012 sont très mal renseignés et se basent sur une légende urbaine (le calendrier maya) véhiculée par de la propagande sectaire New Age pro-apocalyptique. Il ne faut accorder aucun crédit à ces inepties, ce ne sont que des croyances obscurantistes.

Le 12 Janvier de l’an 10353 avant JC, toutes les planètes du système solaire étaient groupées dans un octant (secteur de 45°), ce qui est déjà assez bien !!
Le 9 Novembre 1881, la plupart des planètes (ce qui veut dire : Soleil, Mercure, Terre, Mars, Jupiter, Uranus, Neptune et Pluton ), sauf Vénus et Saturne, étaient “presque” alignées.

Un alignement parfait de toutes les planètes du système solaire est extrêmement rare, si rare que cela n’est peut-être même pas encore arrivé ! Et même si un tel alignement se produisait, ça n’aurait absolument aucune influence néfaste pour la Terre (tout comme une éclipse de soleil).

Le centre galactique est dans la constellation du Sagittaire. Mais pour avoir l’alignement exact Terre-Soleil-Centre, il faudrait que le soleil et le centre galactique soient sur le même point sur le plan de l’écliptique. Mais est-ce que le centre galactique est sur l’écliptique ? Après une rapide vérification, l’angle minimal entre la Terre, le soleil et le centre galactique est supérieur à 6° (au plus, il atteint 52°), il ne peut donc y avoir d’alignement parfait. Avec une marge de 4% comme celle-ci, on ne peut même pas parler de l’existence d’un quelconque alignement.

À vrai dire, il n’y a jamais d’alignement Terre-Soleil-centre galactique.

Quand on évoque le cycle de 26000 ans, on confond l’histoire du centre galactique avec le phénomène de précession des équinoxes (qui n’a absolument rien à voir !). La précession des équinoxes est un phénomène gyroscopique dû à la rotation de la Terre.

Et les alignements astronomiques comme les éclipses solaires ou lunaires, ou l’alignement dont on vient de parler, ou les alignements planétaires, ça n’a aucun rapport avec le calendrier maya. Mais pourtant certains croient qu’il existe un tel lien.

Un alignement, quand il y en a un, n’est qu’un alignement, il n’y a aucun lien entre un alignement quelconque et les événements historiques sur Terre. La civilisation humaine n’est pas le centre de l’univers, pourquoi les phénomènes astronomiques feraient-ils des prophéties ? Il est temps d’observer la réalité en face sans avoir de croyances déconnectées du réel.

Un alignement cosmique ? Un alignement comique plutôt !

Confusion des genres, ignorance crasse, délires…
Du n’importe quoi. Les légendes relatives aux alignements planétaires, aux calendriers prophétiques précolombiens et à une certaine forme de l’ufologie sont des croyances New Age et du néo-évhémérisme, ces légendes bidons sont de la propagande en provenance d’une secte américaine. Si je le sais c’est parce que j’ai fait des recherches là-dessus, et ceux qui veulent en savoir plus peuvent le découvrir par eux-mêmes, Google est là pour ça.

L’inversion des pôles ?

Certains annoncent l’inversion des pôles magnétiques terrestres… Concernant les pôles magnétiques, il y a eu 24 inversions de ces pôles au cours des 5 derniers millions d’années, et des centaines de fois en 160 millions d’années, et la vie existe toujours sur Terre. Certains parlent de variation de l’intensité du champ magnétique terrestre, mais en fait ça fluctue tout le temps, ce n’est jamais stable. Une inversion prochaine est une rumeur controversée, parce que le phénomène est très lent et imprévisible. Il est utile de rappeler que l’inversion des pôles est un thème New Age de la fin du monde, au même titre que l’arrivée de Nibiru, ainsi que des alignements cosmiques bizarres, mais tout cela est une mystification propre aux sectes millénaristes.

L’inversion ne concerne que les pôles magnétiques du globe, pas les pôles géographiques. C’est un processus qui s’étend sur une longue période, ce n’est pas un phénomène instantané. Ce n’est pas non plus fatal pour la survie d’une espèce, bien que les radiations sur une Terre sans protection magnétique présentent des risques réels comme les cancers cutanés et les pannes des satellites de télécommunication. L’inversion des pôles magnétiques c’est arrivé déjà quelques dizaines de fois depuis l’apparition de l’humanité, et nous sommes toujours là.

Le champ magnétique terrestre a deux polarités : un nord magnétique et un sud magnétique, et son axe est incliné un peu par rapport à l’axe de rotation terrestre.

Le champ magnétique terrestre maintient la vie sur Terre en nous protégeant du rayonnement cosmique, mais il n’est pas lui-même la cause de la vie. En l’absence de ce champ, la vie serait quand même apparue mais seulement dans les océans à une certaine profondeur. Certaines espèces vivantes peuvent résister aux rayonnements : les tardigrades et certains insectes. Bref, la vie sur les continents n’est pas nécessairement impossible même en l’absence de champ magnétique terrestre, mais la vie serait certainement moins diversifiée et plus raréfiée.

Une inversion de polarité magnétique terrestre est déjà arrivée plusieurs fois dans l’histoire géologique, et n’a pas été mortel pour la vie, mais la transition dure plusieurs millénaires, ce n’est donc pas instantané. Et une diminution du champ à cause d’une très lente inversion serait même imperceptible par des mesures au magnétomètre. Il existe des oscillations stables du champ magnétique terrestre en fonction du temps, et le champ diffère sensiblement selon les endroits. Donc s’il existait une variation globale progressive avérée du champ, elle devrait être significativement et statistiquement supérieure aux fluctuations moyennes du champ, mais on n’a rien observé de tel à l’échelle globale. Le champ magnétique est induit par la rotation terrestre qui agit donc comme une dynamo.

Le thème de l’inversion des pôles est fréquemment relié au mythe mayaniste de la fin du monde de décembre 2012 et au mythe de la planète Nibiru, c’est une sorte de syncrétisme mystique très populaire (hélas) sur Internet. Les personnes bien renseignées savent que ce sont des conneries.

Les inversions des pôles magnétiques sont survenues environ une vingtaine de fois depuis l’apparition des premiers hominidés. Si elles avaient été mortelles, nous ne serions pas là pour en parler.

 Le web, vecteur des rumeurs :

Dans un site que je ne citerai pas, j’ai pu lire cette phrase obscurantiste : “Au lever du Soleil du 21 décembre 2012 et pour la première fois depuis 26.000 ans, le Soleil se lèvera pour se joindre à l’intersection de la Voie lactée et du plan écliptique.”

Le 21 décembre est effectivement le solstice d’hiver, c’était le cas il y a environ 25920 ans. Mais si l’on prend pour référence une année quelconque X, n’importe laquelle, on peut dire également que le solstice a lieu le même jour de l’année à la date X auquel on soustrait 25920. Ainsi, on peut définir n’importe quelle date comme étant une date particulière, selon le goût des croyances de chacun… En effet, si j’affirme que la fin du monde est le 30 avril 3797 de notre ère, il est vrai que 25920 ans plus tôt, le point de l’équinoxe du printemps avait la même position dans le ciel que le 30 avril 22123 avant notre ère.

D’autre part, l’écliptique et le “plan galactique” ne sont jamais alignés, je l’avais expliqué plus haut. Je suis d’autant plus choqué que le texte en italique que je cite ci-dessus a été vu dans une page perso d’un étudiant sur un site universitaire français avec certaines références New Age que je n’évoquerai pas. C’est atterrant de voir ça.

Opposons nous à l’obscurantisme avant qu’il n’infiltre les pouvoirs publics !

 

© 2007-2013 John Philip C. Manson