Une planète géante avalée en direct par un trou noir ?

On lit dans l’article en lien que des astronomes ont auraient observé un trou noir qui avale une planète géante.

L’examen de la vidéo montre que c’est une simulation, c’est-à-dire une sorte de dessin animé ou une «vue d’artiste» comme on en voit habituellement dans la presse de vulgarisation scientifique. Je trouve que les vues d’artiste sont des représentations vulgaires et biaisées de la réalité ; je préfère de loin les photographies ou les images du spectre infrarouge qui sont fidèles à la réalité (surtout quand il s’agit des images prises par le télescope spatial Hubble).

Le premier paragraphe de Maxisciences décrit le trou noir comme si c’était un volcan en réveil, c’est ce que cela suggère implicitement. La description ne correspond donc pas à l’astrophysique des trous noirs telle qu’on la connaît dans le cadre de la relativité générale. Un trou noir absorbe la matière à sa portée dès que ce trou noir s’est formé par effondrement gravitationnel sur lui-même, l’assimilation de matière par un trou noir est continuelle, elle n’a aucun phase de repos ni de réveil…

Dans le deuxième paragraphe, cela parle du satellite INTEGRAL. Celui-ci existe bien : c’est le «International Gamma Rays Astrophysics Laboratory», un satellite de 3 tonnes et demie. (http://fr.wikipedia.org/wiki/International_Gamma-Ray_Astrophysics_Laboratory). Il faut préciser que ce satellite ne permet pas des observations dans le spectre visible, il est un détecteur de rayons gamma et X.

Détection de planète avalée par un trou noir, ou alors il s’agit d’un autre événement ?

La chronique récente de l’astrophysique a évoqué l’hypothétique découverte de la matière noire sur la base de détection de positrons (anti-électrons = antimatière). Mais pas de planète géante a priori. L’instrument SPI du satellite  INTEGRAL a permis de réaliser une carte de la distribution des émissions de rayons gamma à 511 keV (kilo-électronvolts) qui sont produits lors de l’annihilation positron/électron. Les scientifiques ont ainsi pu déterminer qu’environ la moitié de l’antimatière produite dans la galaxie l’était par des trous noirs ou étoiles à neutrons arrachant de la matière à un compagnon de masse inférieure ou égale à celle du Soleil. Concernant la matière noire, toujours hypothétique, il faudra des preuves convaincantes. INTEGRAL, à ma connaissance, n’a pas détecté de planète géante. Et j’apprends aussi que la détection récente des positrons concerne le centre de notre propre Galaxie, donc pas NGC 4845. (http://smsc.cnes.fr/INTEGRAL/Fr/lien3_res.htm)

Marek Nikolajuk est authentiquement un physicien polonais. Via le site internet de l’ESA, j’en apprends davantage : la galaxie NGC 4845 (à 47 millions d’années-lumière de nous) a émis des rayonnements à haute énergie. C’est cet événement inhabituel qui suggère l’idée inadaptée d’un «réveil». Les astronomes affectés à l’étude ont conclu à un objet substellaire comme cause du rayonnement, un objet ayant 14 à 30 fois la masse de la planète Jupiter. Ils n’évoquent pas une planète géante, ils décrivent l’objet comme étant plutôt une naine brune (une étoile avortée car peu suffisamment massive). (http://www.esa.int/Our_Activities/Space_Science/Black_hole_wakes_up_and_has_a_light_snack?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+google%2FqkAO+%28Science%29) Mais l’hypothèse d’une super-Jupiter n’est pas écartée.
Il est question ici d’un trou noir galactique de 300 000 masses solaires. Le retard de 2 ou 3 mois entre la brillance et l’atténuation des rayons gamma, selon moi cela pourrait peut-être dû à l’objet orbital qui perd peu à peu sa grosse atmosphère dans le trou noir, ce dernier subirait alors une augmentation de son moment cinétique, et dont la conséquence est un éloignement progressif de l’objet en orbite, augmentant du coup peu à peu sa période orbitale.
En savoir plus avec le spectre visible ? Très peu envisageable, étant donné la distance (47 millions d’années-lumière). On sait que le télescope spatial Hubble a une résolution d’image de 0,1 seconde d’arc. Si Hubble observait la galaxie NGC 4845, un zoom sur une distance de 47 millions d’années-lumière permettrait de pouvoir pixeliser des objets dont l’envergure est supérieure ou égale à 22,8 années-lumière. Une naine brune a un diamètre de plusieurs milliers de km, c’est ponctuel par rapport au pixel critique de 22,8 années-lumière. Il est donc impossible d’observer directement (dans le spectre visible) l’image de l’objet substellaire qui orbiterait autour du trou noir.
Le rayon de Schwarzschild du trou noir de NGC 4845 est d’environ 890 000 km, très inférieur aux 22,8 années-lumière qui forment le côté d’un pixel d’une image que pourrait faire le télescope spatial Hubble.
En revanche, on peut mesurer les rayons gamma. L’énergie d’un seul rayon gamma ou X suffit, à elle seule, d’avoir une information sur un événement en astrophysique qui soit capable d’initier une énergie élevée. Les rayons gamma ne sont pas là pour structurer une image comme une photo d’un objet lointain. L’info essentielle ici c’est l’énergie du rayonnement électromagnétique et celle des positrons mesurés.
Remarque : l’ESA indique que le trou noir aurait une masse de 300 000 masses solaires, tandis que Maxisciences rapporte qu’il serait de 100 000 masses solaires. Il y a une erreur. Pourquoi les rédacteurs ne se relisent-ils pas ? Bon allez, je l’avoue : j’aurais adoré être journaliste scientifique, l’astronomie est un sujet que je connais par cœur depuis 1985, je maîtrise l’astronomie même mieux que mon métier de formation (la chimie). J’estime que la rigueur, la passion des sciences et le sens critique font partie du métier de journaliste scientifique, c’est indispensable. Le mieux serait que les scientifiques eux-mêmes communiquent sur leurs propres découvertes, sans faire relayer les informations par des intermédiaires… Mais les scientifiques sont déjà très occupés.
Tout cela me fait penser à un jeu amusant : le téléphone arabe. (http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9l%C3%A9phone_arabe) Le jeu du téléphone arabe consiste à faire circuler rapidement de bouche à oreille à travers une file de joueurs, une phrase inventée par le premier d’entre eux puis récitée à voix haute par le dernier. L’intérêt du jeu est de comparer la version finale de la phrase à sa version initiale. En effet, avec les éventuelles erreurs d’articulation, de prononciation, les confusions entre des mots et des sons, la phrase finale peut être tout à fait différente de la phrase initiale. (« Nous sommes l’élite de la nation » pouvant devenir « Nous sommes l’hélice de la passion »). L’intérêt du jeu croît avec le nombre de joueurs et la complexité du message à échanger.
J’imagine une variante du téléphone arabe : le téléphone scientifique. Les règles sont les mêmes : on transmet la parole de bouche à oreille, mais en racontant à son voisin un résumé d’article scientifique, en prenant une source officielle (par exemple, l’ESA) comme texte d’origine. L’évolution de l’info retransmise d’une personne à l’autre est peu à peu dénaturée, le sens général du texte scientifique devient confus, évasif, abscons, simpliste, réducteur. Au pire, il devient bourré d’erreurs scientifiques. La perte de qualité de l’info dans le jeu du téléphone scientifique est proportionnelle à la complexité de la source d’origine et inversement proportionnelle au degré de connaissances scientifiques des participants du jeu.  Avec les médias modernes (notamment sur le web) qui s’improvisent dans le journalisme scientifique, la variante scientifique du téléphone arabe c’est ce qui se passe tous les jours. Sans recul critique, les lecteurs (et les rédacteurs aussi) peuvent ne pas déceler des erreurs, et considérer celles-ci comme étant des infos fiables… Pourtant, et j’ai des preuves dans mon blog, l’information est faillible : lire ceci https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/28/une-erreur-dans-un-livre-de-thermodynamique-pour-ingenieurs/ et cela https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/ L’erreur est humaine, persévérer est diabolique.  🙂
L’information scientifique c’est faillible, c’est comme la viande de cheval dans les lasagnes de bœuf. C’est pour cela qu’il faut toujours faire des analyses.
cheval
© 2013 John Philip C. Manson
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Ma position par rapport au mouvement des Brights

Le Mouvement des brights regroupe des individus qui portent sur le monde un regard « naturaliste », c’est-à-dire libre de tout élément surnaturel ou mystique ; les brights fondent leur éthique et leur comportement sur une compréhension naturaliste de l’univers. S’inscrivant dans la continuité des Lumières, le réseau international des brights s’est constitué comme mouvement de visibilité de celles et ceux qui portent un regard « naturaliste » sur le monde ; le mode d’existence du réseau est basé sur l’utilisation d’internet.

  • Le naturalisme philosophique est la position selon laquelle rien n’existe en dehors de la nature : il n’y a rien de surnaturel ou, à tout le moins, que le surnaturel est sans influence sur le naturel.
  • Le siècle des Lumières est un mouvement intellectuel initié en Europe du XVIIIe siècle, dont le but était de dépasser l’obscurantisme et de promouvoir les connaissances; des philosophes et des architectes intellectuels, encourageaient la science et l’échange intellectuel, en s’opposant à la superstition, l’intolérance et les abus de l’Église et de l’État.

Voici ma vision des choses ci-dessous (c’est identique à la science actuelle, quand la méthode scientifique est respectée avec intégrité, professionnalisme et transparence) :

En ce qui me concerne, ma philosophie se base sur un naturalisme atomiste, matérialiste, mécaniste et empiriste. Je me base sur la méthode scientifique à travers le critère de la réfutabilité, dans le sens donné par Karl Popper. Le principe de réfutabilité en science a pour conséquence que la science n’établit pas des vérités inébranlables, mais des vérités faillibles fondées sur des représentations faillibles de l’univers et de la nature, à travers la recherche empirique. Ce qu’on appelle vérité est quelque chose de relatif. En revanche, des hypothèses fausses qui sont réfutées par des faits, sont infirmées définitivement. C’est la fausseté réelle des choses fausses qui est une vérité bien tranchée. Ainsi, à la lumière des faits, des connaissances peuvent être soit a priori vraies, soit certainement fausses. Une hypothèse (ou même une théorie scientifique) ne s’érige pas en vérité ; une hypothèse ou théorie est évaluée selon sa solidité par confrontation aux faits.

En physique et dans les autres sciences de la nature, une connaissance est faillible : si elle est fausse en soi, sa fausseté peut être définitivement établie, tandis que si elle est vraie en soi, on ne pourra pas prouver qu’elle est absolument vraie, on pourra juste corroborer la connaissance, on remarquera sa cohérence. Ce qu’on appelle la vérité, en sciences, ne se trouve que dans les mathématiques. Les maths sont indépendantes du monde matériel, elles sont abstraites, leurs lois leur sont propres. C’est étonnant que les maths soient autonomes par rapport au monde matériel, et qu’en même temps les maths peuvent expliquer de nombreux phénomènes matériels. Je suppose que le grand mathématicien Cédric Villani est de mon avis.   😉  Et désolé si je ne dis pas «LA mathématique», au singulier, question de (mauvaise) habitude.  🙂

De plus, les maths ont un avantage : il suffit d’un crayon et d’un papier, ou d’une craie et d’un tableau noir (mais un superordinateur pour les calculs longs c’est bien mieux). Les sciences expérimentales, elles, sont plus contraignantes : il faut un budget pour les instruments scientifiques, il faut faire un montage expérimental rigoureux (c’est facile de foirer une expérience), et parfois ça explose à la figure.

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  • Question métaphysique : la matière précède t-elle les mathématiques ? L’homme pensant invente ou crée les maths et les utilisent. Les cerveaux préexistent par rapport à l’existence des maths. Les maths existeraient-elles s’il n’existait pas d’hommes pensants ?

Je pense que les maths sont une extension de notre propre conscience. Peut-être que la conscience elle-même est un calcul auto-référent, mais je préfère vous éviter la migraine.

Retour sur ce qu’est une théorie scientifique :

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Pour faire une métaphore, une théorie est comme la sculpture d’une statue : on n’ajoute pas du matériau à l’ouvrage, mais on procède par élimination, on enlève ce qui est superficiel, comme si on taillait un roc informe, et l’ouvrage qui reste est ce qui est a priori vrai, sinon crédible. Mais c’est un ouvrage crédible qui ne sera jamais achevé définitivement, car il est sans cesse affiné petit à petit. A contrario, les hypothèses et théories douteuses, dans le contexte de la fraude scientifique, ou de la science fringe, ou de la pseudo-science, se caractérisent par des rustines multiples ajoutées ad hoc selon les faits nouveaux, sans même corriger ni remettre en question l’hypothèse ou la théorie érigée en dogme… Plus on rajoute des rustines sur les roues d’une théorie pour sauver celle-ci, moins le vélo roulera bien…

Ma vision naturaliste est caractérisée par des critères précis : un naturalisme scientifique dépourvu autant que possible de toute forme de subjectivité, un naturalisme fondé sur l’expérimentation et la réfutabilité. Une conception fondée sur l’utile et le nécessaire, tout en ayant conscience des incertitudes inévitables.

Jamais il ne faudrait dire qu’une théorie scientifique est vraie. Elle peut être vraie et cohérente mathématiquement, mais la physique comporte des incertitudes quantitatives que les mathématiques strictes ignorent. Par exemple, l’infini existe en maths, mais pas en physique. Une théorie scientifique n’est donc pas une vérité absolue, on dit plutôt que la théorie est crédible, à la fois par rapport aux maths, et à la fois par rapport aux expériences ou observations. Et cette crédibilité se mesure sur la cohérence propre de la théorie (accord entre les maths et l’expérience du réel) mais aussi sur la cohérence par rapport à l’édifice scientifique établi et par rapport aux sciences interdisciplinaires. Par exemple, en électrochimie, par exemple en réalisant une électrolyse : les lois de la physiques (électrostatique, électrodynamique, électromagnétisme) ne doivent pas entrer en contradiction avec les lois de la chimie (théorie de l’atome, modèle atomique, réactions chimiques).

Ensuite, jamais je n’accepte de voir la science associée à la pseudo-science et au mysticisme. Karl Popper avait posé un principe de démarcation épistémologique. Cette démarcation est une nécessité.

Et jamais je n’accepte de voir la science récupérée abusivement par des idéologies politiques ou religieuses dont la finalité est le pouvoir et le profit au mépris de la démocratie et de la liberté des peuples. La science doit rester indépendante de toute influence subjective. Le lyssenkisme sous l’idéologie soviétique par exemple. Le créationnisme par l’intégrisme chrétien ou autre, aussi, par exemple.

La désinformation est inacceptable. Tout citoyen a droit à l’information et à l’éducation. Les journalistes ont des devoirs déontologiques (Charte de déontologie du journalisme) : devoir de vérité, devoir de rectifier ce qui est inexact, devoir de rester critique, refus du sensationnalisme.

De même, le naturalisme non plus ne doit pas dénaturer la science pour servir l’athéisme. Ce que l’on croit ou ce que l’on ne croit pas ne fait pas partie de la science. Si j’avais des croyances, je les aurais mises au vestiaire quand j’entre dans l’arène de la science. En tant qu’athée ou agnostique, cela importe peu sur le suivi de la démarche scientifique. Les émotions aussi, il faut les laisser au vestiaire. Je n’ai besoin que d’un cerveau frais pour faire un raisonnement logico-mathématique, des yeux pour observer et expérimenter, et l’absence de subjectivité afin d’interpréter sans superficialité les données quantitatives des phénomènes observés.

La connaissance est un édifice faillible fondé sur une méthode qui a fait ses preuves. La science, ça marche, mais des conditions sont à respecter.

Si dépasser l’obscurantisme et promouvoir les connaissances sont l’objectif des Brights, je vais plus loin que ça. Comment ça ? La connaissance pourrait être vue comme une vérité qui abolit les mensonges de l’obscurantisme. Dans mon blog, j’ai montré que même des connaissances à l’apparence scientifique, à travers les médias de tous les jours, sont matière à tromperies, erreurs, lacunes et croyances… Le scepticisme scientifique, selon moi, doit s’appliquer aussi sur la (mauvaise) vulgarisation scientifique via le journalisme grand public. Depuis une dizaine d’années, et avec l’influence d’Internet, la vulgarisation perd en qualité (certains magazines, mais surtout dans le web), ça devient comme la malbouffe… On remplit le cerveau vite, mais mal, et inutilement. Mieux vaut former le cerveau au doute. L’émergence de magazines pseudo-scientifiques aggrave les choses.

J’ai ouvert une porte, d’autres devraient me suivre. Il n’existe pas d’information infaillible, le taux d’erreurs quantitatives dans le mauvais journalisme des sciences est plus grand qu’on ne l’avait pensé. La méthode scientifique et le raisonnement logico-mathématique c’est plus important que le concept de naturalisme, bien que les sciences tendent à montrer que l’univers est naturel et que l’hypothèse d’un Dieu est inutile. La science n’a pas à s’embarrasser de mysticisme. La rigueur dans la méthode scientifique, à travers la réfutabilité des hypothèses et des théories, c’est plus important que la crédibilité des théories elles-mêmes. En gros, peu importe la laideur de la destination, pourvu que le voyage ait été bon, Voila.

Tout doit être autopsié (tout doit-il disparaître ?). De quoi être indécis entre l’autopsie et la boucherie… Toubib or not toubib, that is the question.

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© 2013 John Philip C. Manson

Quand Wikipedia manque d’objectivité dans la démarcation science/pseudoscience

  • Ainsi, je suis tombé assez rapidement sur l’article Biophoton. Article instructif en apparence, mais veuillez lire la page de discussion pour comprendre que le doute est la meilleure attitude à adopter : Discussion:Biophoton. Que les wikipediens ne me racontent pas avec mauvaise foi que l’objectivité n’est d’aucune utilité. Wikipedia a vraiment besoin d’objectivité. L’objectivité est une nécessité et un devoir quand on contribue à relayer des informations, et c’est l’un des devoirs de la charte déontologique du journalisme : parmi les devoirs, il y a le respect de la vérité, l’impératif de ne publier que des informations «dont l’origine est connue» ou accompagnées de réserves, et l’obligation de «rectifier toute information qui se révèle inexacte».

Copie d’écran des deux contributeurs sceptiques à l’encontre de l’article Biophoton (cliquez sur l’image pour l’agrandir) :

  • C’est inquiétant : l’article Biophoton fut créé en 2008, il y a eu monsieur Laurent Mignon (merci à lui) qui a exprimé un début d’indignation en 2009, et moi j’apporte les preuve que l’article Biophoton est une imposture. Il s’est passé environ 4 années (juin 2008 – avril 2012), un article à disposition du public, avant ma mise au point. L’absence de réactions chez les contributeurs wikipédiens c’est effarant, et le pire c’est que ce n’est pas du tout la première fois.

Quand je formule une critique, c’est quand il y a des raisons, et je m’efforce d’apporter un point de vue constructif. Je ne dénigre pas l’encyclopédie en ligne, mais il faut améliorer celle-ci avec vigilance.

Wikipedia, c’est bien, c’est pour tout public, c’est facile d’accès, c’est rapide d’accès, mais il faut lire les articles avec certaines précautions, et il ne faut pas hésiter à modifier ce qui ne va pas.

SKEPTICS, WIKIPEDIA NEEDS YOU !

Au lendemain de l’édition de la page de discussion de l’article Biophoton, un nouveau commentaire est apparu. Voir l’image de copie d’écran ci-dessous :

Affaire à suivre…

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Liste d’articles de Wikipedia sur le thème de la physique quantique mais qui présentent des références sur le mysticisme, ou sur la pseudo-science, voire le divertissement (œuvre de fiction), ou les hypothèses trop spéculatives  (ces pages ont été trouvées via Google et via l’outil des pages liées à l’article «Mécanique quantique»):

  1. Biophoton (ça on en a parlé)
  2. Esprit quantique (concept controversé, ne pas confondre la conscience qui est une propriété immatérielle émergente de la matière avec les phénomènes neurochimiques a priori quantiques et la structure neuronale ; n’en déplaise Roger Penrose, la mécanique quantique n’a rien à voir avec la psychologie)
  3. Médecine quantique (escroquerie, voir : http://jpmanson.unblog.fr/2011/03/21/larnaque-de-la-physique-quantique-usurpee/)
  4. Biorésonance (concept fumeux dérivé de la médecine quantique)
  5. Cosmologie quantique (à prendre avec des pincettes ; les phénomènes locaux et à l’échelle subatomique peuvent être décrits comme quantiques, mais pas l’univers dans sa globalité du fait de son inconciliation avec la théorie de la relativité)
  6. Instanton de Hawking-Turok  (hypothèse très spéculative ; il faut se souvenir que la géométrie non euclidienne est un outil de représentation faillible et réfutable de la réalité mais n’est pas censé être la réalité elle-même ; le concept de rayonnement de Hawking appliqué aux trous noirs est plus crédible que le concept d’instanton)
  7. Miroir quantique (thème explicitement apparenté à la science-fiction, en particulier la série télévisée Stargate SG1 ; c’est le seul cas où le mot «quantique» est présenté publiquement comme une fiction, donc à distinguer des pseudo-sciences et du mysticisme qui cachent volontairement le caractère fictif de leurs doctrines dans le seul but de tromper autrui)
  8. Univers parallèles  (hypothèse trop spéculative, c’est de la métaphysique, ce n’est plus une hypothèse scientifique ; voir ici : http://jpmanson.unblog.fr/2010/11/04/univers-paralleles-et-paradoxe/)
  9. Mioara Mugur-Schächter (sans faire une quelconque critique de la personne qui fait l’objet d’une biographie dans l’article éponyme, je dois considérer cependant que l’article qui lui est consacrée est assez flou et confus : par exemple on peut y lire une invalidation de théorème, l’expression est elle-même un oxymore, auquel cas il faudrait dire que ce n’est plus un théorème puisqu’il y a (a priori) une réfutation… ; en effet un théorème est clairement démontré, tandis que ce qui est a priori un possible théorème n’est qu’une conjecture ; dans l’ensemble du texte de l’article, ça mérite une révision profonde de la rédaction car l’on n’y comprend pas grand chose de concret)
  10. Micro trou noir (si la théorie quantique peut s’appliquer aux plus petits trous noirs, l’hypothèse de dimensions supplémentaires d’espace est très spéculative et ne repose sur aucune justification empirique qui pourrait suggérer la crédibilité de l’existence de ces dimensions ; si l’espace-temps à 4 dimensions permet de bien décrire la théorie de la relativité générale en conformité avec les faits, le concept de dimensions supplémentaires d’espace est à considérer avec précaution ; pour comprendre mon scepticisme, voir la page Théorie des cordes au paragraphe «Limitations et controverses concernant les théories des cordes» ; en effet, un ensemble d’hypothèses sans preuves empiriques ne font pas une théorie scientifique, il n’y a de théories scientifiques qu’avec l’appui de preuves empiriques au moyen d’hypothèses ayant la possibilité d’être réfutables).
  11. Seth Lloyd (je cite le paragraphe controversé : «Dans son ouvrage de vulgarisation scientifique, Programming the Universe, Lloyd déclare que l’Univers est lui-même un immense calculateur quantique exécutant un programme cosmique qui produit ce que nous voyons autour de nous ainsi que nous-même. Selon Lloyd, une fois que nous aurons une compréhension complète des lois de la Physique, nous serons capable d’utiliser des calculateurs quantiques de petite échelle afin de comprendre l’univers dans sa totalité.» ; je réponds à cela que nos connaissances des lois de la physique resteront toujours incomplète et les théories scientifiques comporteront toujours des incertitudes, je pourrais développer mes arguments, je l’ai peut-être déjà raconté, mais ce serait trop long de tout détailler ici ; pour faire court, je veux dire que le processus de construction de nos connaissances se base sur l’élimination du superficiel par réfutation des hypothèses, et le nombre d’hypothèses concevables est comparativement beaucoup plus grand que le nombre de lois physiques factuelles, et c’est parce que nous avons une représentation mathématique faillible de la réalité qui fait que cette réalité ne sera jamais directement connaissable dans toute son essence ; une quelconque théorie unique qui explique tout de façon complète et certaine c’est une chimère, une utopie qui se heurte par contradiction contre le critère épistémologique de réfutabilité : la science élimine ce qui est superflu, elle n’a pas vocation à ériger des dogmes fixes ni des vérités définitives ; seul ce qui est complet est a priori définitif, la science en soi ne sera jamais complète, elle ne vise pas un but illusoire de connaissance complète finale… Ensuite, autre paragraphe douteux : «Selon Lloyd, nous pourrions simuler dans un ordinateur l’univers tout entier dans les 600 prochaines années», or là aussi ça ne va pas, car pour simuler l’univers tout entier, il faudrait utiliser chacun des 10 puissance 80 atomes de l’univers observable lui-même pour le simuler complètement, et pour être réaliste on n’aura toujours qu’une possibilité de simuler l’univers qu’en partie, mais jamais dans sa totalité, à moins d’utiliser un ordinateur quantique, mais celui-ci ne pourra pas lui-même simuler les propriétés quantiques à l’échelle subatomique de tout l’univers observable, ce qui maintient le paradoxe).
  12. Jean-Émile Charon (un contributeur lucide fait remarquer avec pertinence que «la mécanique quantique n’admet aucune interprétation en rapport avec la conscience ou la philosophie.»)
  13. Princeton Engineering Anomalies Research (PEAR) (alors là, cet article est plus que douteux, il est même classé parmi la catégorie «Organisation de parapsychologie» et il fait partie du portail du Paranormal… Voila un spécimen classique de pseudo-science).
  14. Institut métapsychique international  (après lecture, l’article est relatif à la parapsychologie « scientifique », mais la page de discussion fait part de l’indignation des sceptiques qui se plaignent de censure et qui déclarent que sur Wikipedia la croyance au paranormal règne en maître, et que toute information critique sur les pages pro-paranormals sont très rapidement supprimées par leurs adeptes ; moi-même je suis d’accord avec ces sceptiques qui ont raison de dénoncer le prosélytisme idéologique de certains contributeurs qui se fichent absolument de l’objectivité et qui voient en Wikipedia un vecteur idéal de propagande parce que c’est un site très fréquenté et rapide à éditer)
  15. Ervin László (c’est un philosophe qui relie la théorie quantique avec le concept d’un espace nommé Akasha, ce dernier étant connu pour être une croyance védique propre à l’hindouisme et la spiritualité en Inde, et cet amalgame semble une tentative de conciliation entre la science et la religion, or ce n’est pas le but de la méthodologie scientifique ni de l’épistémologie ni des théories scientifiques. Pour en dire un peu plus, le concept de mémoire akashique est un concept ésotérique créé par la Théosophie à la fin du dix-neuvième siècle à partir d’éléments de la philosophie indienne, et ce concept est populaire de nos jours chez le New Age ; bref c’est de la philosophie, de la spiritualité, mais cela diverge de l’attitude scientifique, on ne peut pas tout mélanger. Cet auteur a écrit un livre «Science and the Akashic Field: An Integral Theory of Everything», ce qui veut dire «La science et le champ akashique : une théorie intégrale du Tout»).
  16. Holisme (ce concept consiste en une interprétation globale et synthétique de la réalité, et cela s’oppose à la pensée analytique selon laquelle chaque partie est étudiée, en ce sens le holisme est une approche différente du scepticisme scientifique fondé sur l’analyse patiente dont le but est la recherche de failles et d’erreurs ; ainsi le holisme peut-il permettre une approche épistémologique permettant le critère de réfutabilité ? ; et le holisme ne risque t-il pas de céder à l’analogisme et la métaphore plutôt que de se baser sur des relations de causalité ? ; ces questions valent d’être posées car l’article Holisme est liée à l’article Mécanique quantique dans Wikipedia… La page sur le Holisme raconte même que le concept de holisme est très polémique depuis sa création, à travers une utilisation idéologique : le terme « holitisque » est abondamment utilisé par les milieux antisciences, les mouvements ésotériques et les groupes sectaires).
  17. Ontologie (philosophie)   (la métaphysique n’a aucun rapport avec les théories scientifiques comme la physique quantique).
  18. Pierre Teilhard de Chardin (qui fut un philosophe, théologien et paléontologue français ; il avait une conception spiritualiste du cosmos ; il a récupéré des sciences hors de leur contexte comme la théorie de l’évolution pour inventer le concept de point Oméga qui serait le but ultime de l’évolution à travers les concepts de noosphère et de Christ cosmique, mais la théorie de l’évolution n’a aucun déterminisme car chaque étape évolutive des espèces est imprévisible ; il s’agit d’un cas criant d’amalgame idéologique entre la science et la religion).
  19. Paul Feyerabend (philosophe connu pour son déni de la méthode scientifique, sa position était profondément incompatible avec le rationalisme et les critères admis de la scientificité, sa position radicale consistait en l’absence de méthode au profit d’un relativisme philosophique… ; sa proche conception de la science se résume à admettre que «tout est bon» ; si sa philosophie était appliquée uniformément dans le monde, cela ferait pleurer de joie les prophètes des pseudo-sciences…).
  20. Hydrino (particule hypothétique désignant l’atome d’hydrogène dans un nouvel état selon lequel l’électron aurait une orbitale plus proche du proton ; ce concept a voulu servir à expliquer et justifier la fumeuse fusion froide ; l’hypothèse de l’hydrino est en contradiction avec les lois de la physique quantique…)
  21. Théorie de Heim  (pseudo-science très habilement sophistiquée pour mieux tromper les gens ; la théorie de Heim n’a jamais été publiée dans des revues scientifiques à comité de lecture, et sa diffusion en dehors du circuit académique est à prendre avec des pincettes… Dans le Wikipedia anglais, la théorie de Heim est classée dans la catégorie «Fringe physics», terme équivalent à «pseudo-science»).
  22. Pré Big Bang (ce modèle cosmologique peut-il permettre, lorsqu’une hypothèse est en soi fausse, d’invalider cette hypothèse au moyen d’une observation concevable ? ; il n’y a plus qu’à attendre les résultats du satellite Planck… Je suis franchement sceptique, sachant qu’un «pré Big Bang» avant même le commencement de l’espace-temps n’a pas de sens en physique…).

Sous réserve de dizaines d’autres cas…

  • Test statistique : sur 3250 pages connexes au mot « quantique » dans le Wikipedia francophone, il existerait environ 47 pages maximum a priori suspectes qui concernent des biographies de personnes, et environ 285 pages maximum a priori suspectes concernant des articles impersonnels désignant un concept ou une organisation.
  • Bilan statistique : 8 à 9% maximum des articles du Wikipedia francophone relatifs à la physique quantique seraient en fait une promotion du mysticisme quantique pseudo-scientifique ou une interprétation incorrecte de la physique quantique en reliant celle-ci à tort à des concepts philosophiques éloignés selon des degrés divers de ce qu’on attend d’une théorie scientifique ; et parmi ces articles, 16 à 17% maximum d’entre eux seraient des biographies de personnes contemporaines (ou de précurseurs) mêlées au mysticisme. En résumé, sur 100 articles qui parlent de la physique quantique, 8 à 9 au pire sont potentiellement suspects, et parmi ceux-ci on y trouve 1 à 2 articles biographiques d’un individu ayant une conception hors-sujet de la théorie quantique (un philosophe, un pseudo-scientifique ou un gourou).

© 2012 John Philip C. Manson