Une nouvelle exoplanète découverte grâce à la théorie d’Einstein

L’article des deux liens ci-dessus semble décrire une méthode souvent utilisée pour la détection des exoplanètes : l’interférométrie, et cela concerne la physique quantique plutôt que la théorie de la relativité. Mais en fait, ce n’est pas l’interférométrie comme l’article de Yahoo le laisse croire. Je confirme finalement l’info de l’article par une source plus précise, je vais dire pourquoi ci-dessous.
Sur le site allemand « Welt der Physik » dans les news de l’astrophysique (http://www.weltderphysik.de/gebiet/astro/news/2013/einsteins-planet/), et désolé c’est écrit en allemand, on en apprend plus : on a mesuré la déformation de la luminosité stellaire par l’attraction gravitationnelle de l’exoplanète proche, et des variations supplémentaires dues au déformations du reflet de la planète. Il s’agit bien d’une méthode authentique basée sur la théorie d’Einstein, mais l’article de Yahoo et de 20minutes.fr n’en donne pas les détails essentiels. Il ne s’agit pas seulement de détecter des luminosités, mais surtout d’en analyser les variations dans un contexte de déformations de l’espace-temps. Et en effet, c’est une méthode très intéressante.

L’article de Yahoo et de 20minutes.fr manquait de précision. Il faut toujours faire l’effort de rechercher d’autres sources pour essayer de mieux comprendre et de vérifier l’authenticité.

Un internaute s’est écrié en ces termes : «Un grand BRAVO à vous, les astrophysiciens et un grand MERCI à notre Cerveau du Siècle, Mr Einstein !!! C’est encore, (jusqu’à preuve du contraire de certains démolisseurs de théories) grâce à vous que nous avançons !!!…»

J’y ai répondu en donnant un rappel essentiel de la scientificité :

L’information sur la théorie d’Einstein à propos de l’exoplanète est authentique, j’ai pu vérifier cela dans le site allemand « Welt der Physik » (« Le monde de la physique ») dans la rubrique des news sur l’astrophysique. Cependant un rappel d’épistémologie est nécessaire. Le critère principal de la méthode scientifique, c’est la réfutabilité des théories. La science ne consiste pas à accumuler des « vérités », mais à invalider des hypothèses quand elles sont fausses. C’est là toute la nuance, et nombreux ceux qui ne connaissent pas ce qui définit la science. On reconnaît une bonne expérience au nombre de théories qu’elle fait tomber. Une théorie peut être très crédible, mais cela ne signifie pas qu’elle est absolument la vérité. Au mieux, on peut invalider des hypothèses en prouvant leur fausseté (à travers la mise en évidence d’une contradiction entre l’hypothèse et les observations), mais on ne peut pas prouver que des hypothèses sont absolument et définitivement vraies, au mieux on dit qu’elles sont crédibles. Corrélation ne signifie pas systématiquement causalité. Les théories sont des représentations faillibles de la nature. La faillibilité implique la prudence, en vérifiant par des expériences quantitatives reproductibles. C’est par le doute que la science avance, en remettant les choses en question, mais pas en instituant des dogmes immuables et irréfutables. Depuis 4 siècles environ, la science évolue, pas les religions. Le but même de toute théorie scientifique est d’essayer d’être démolie afin d’en évaluer sa solidité.

Mais toutefois, je ne donne pas de conclusion définitive à propos de l’exoplanète découverte au moyen de la théorie d’Einstein, mieux vaut rester prudent, je vais rechercher d’autres sources complémentaires à ce sujet afin que l’authenticité de la découverte ne laisse plus de doute.

Entre-temps, un internaute prénommé Éric a affirmé mot pour mot que «La gravité n’a aucune influence sur la luminosité (c’est une onde électromagnétique) et ne peut pas la déformer. La déformation qu’on observe est un effet optique très connu, qui a été rendu célèbre par les « trous de Young ».»

Je lui ai répondu ainsi :

La gravitation dévie la lumière, comme la célèbre expérience réalisée lors d’une éclipse de soleil en 1919 avec l’observation de la déviation de la lumière d’étoiles en arrière plan, leur lumière étant presque tangente à la surface du soleil. (Lire la page Wikipedia sur les tests expérimentaux de la relativité générale : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tests_exp%C3%A9rimentaux_de_la_relativit%C3%A9_g%C3%A9n%C3%A9rale#Courbure_des_rayons_lumineux). La gravitation peut même diminuer la fréquence des ondes électromagnétiques (cas d’un faisceau laser émis depuis un champ gravitationnel).

J’ai même vu une simulation de la proximité de l’horizon des événements d’un trou noir, avec des explications données par le docteur Alain Riazuelo, astrophysicien : la simulation montrait que la lumière des étoiles était tellement déviée pour se concentrer en un point. Voir la vidéo ayant pour titre «Reportage complet Voyage Au Coeur D Un Trou Noir» sur Youtube.

Bref, la gravitation a des effets sur la lumière.

Tandis que les changements observés dans les franges d’interférences via les fentes de Young est un phénomène quantique qui montre l’existence du mouvement de la source lumineuse par rapport au montage expérimental. Les trous de Young relèvent de la physique quantique, pas de la théorie de la relativité. Non ?

Éric a donné une nouvelle réponse, je la cite mot pour mot : «Désolé John, c’est faux… La gravité n’a AUCUNE influence sur la luminosité ! La déformation qu’on observe dans ces cas est un effet optique très connu, qui s’appelle la DIFFACTION…  Les « trous de Young », eux, mettent en évidence la nature « ondulatoire » de la lumière (c’est bien une « onde » électromagnétique). La théorie quantique de la lumière, quant à elle, est un concept mathématique très pratique pour quantifier l’énergie véhiculée par la lumière, mais elle n’est pas pertinente du point de vue de la physique. La théorie de la relativité, est justement une « théorie » qui cherche à « globaliser » les différentes interactions (éléctrostatique, magnétique, gravitationnelle) qui n’ont forcément pas d’effet l’une sur l’autre. Elle est (donc) très facile à utiliser, mais totalement aberrante pour de nombreux scientifiques. (désolé pour le premier message que j’ai supprimé)»

J’ai donné ma réponse :

La diffraction, tu veux dire, pas la « diffaction »… Avant de dire que j’ai faux, relis toi. Et quel rapport avec la théorie de la relativité ?

Ce que j’ai dit sur la luminosité provient de la traduction du site allemand « Welt der Physik » dans la rubrique astrophysique. Il y est question de variation de luminosité dans le cadre de la théorie de la relativité générale. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le CFA par la médiation de « Welt der Physik ». Ce site allemand dit que la méthode habituelle consiste à l’effet Doppler dans le spectre électromagnétique mais cette méthode est coûteuse et ne permet pas d’analyser simultanément un grand nombre d’étoiles. La nouvelle méthode basée sur la théorie d’Einstein dit que la théorie de la relativité prédit que le mouvement de l’étoile conduit également à des changements de luminosité (je note : rien n’empêche d’observer des phénomènes de la relativité générale au moyen de l’interférométrie). Les étoiles se déplacent vers nous, de sorte que leur rayonnement est concentré, et qu’il sera affaibli si les étoiles s’éloignent de nous. Les chercheurs ont pu montrer que ces fluctuations sont de l’ordre du dix-millième de pourcent de la luminosité pour l’étoile Kepler-76 (similaire au soleil) située à 2000 années-lumière de nous. Pour s’assurer que la planète est à l’origine du phénomène, l’équipe a démontré deux effets : la déformation de l’étoile par l’attraction gravitationnelle d’une planète proche et des variations supplémentaires de la planète par le reflet de la lumière reçue de l’étoile.
Je note que c’est cela, l’effet relativiste. Déformation spatio-temporelle très faible mais mesurable de corps matériels, ce qui a une incidence sur la luminosité. La déformation affecte les distances, pas directement la lumière elle-même (mais cela a néanmoins des conséquences quantitatives comme les variations de la longueur d’onde et d’autres paramètres physiques liés à l’espace et le temps ; seule la vitesse de la lumière dans le vide est constante). Voila ce qui était à préciser.
C’est la gravitation exercée entre la planète et son étoile qui provoque une déformation des surfaces, ce qui fait varier la luminosité. Il s’agit donc bien d’un phénomène de la théorie de la relativité.

Ce texte est traduit de l’allemand, ce qui m’est difficile car je ne connais pas cette langue. De plus, impossible de citer un lien hypertexte ici (sur Yahoo) parce que c’est un motif de suppression du commentaire, ça ne facilite rien.

Puis sur un autre sujet, la théorie quantique n’est pas qu’un concept, elle se base sur des phénomènes observés. C’est bizarre que tu dises qu’elle n’est pas pertinente… Pourtant une théorie scientifique se base sur des faits. Non ?

Puis quand tu dis que la relativité englobe l’électrostatique, magnétique, gravitationnelle, c’est faux. Tu confonds avec la «théorie du Tout» (theory of everything) qui essaie de concilier la relativité et la théorie quantique…

Dans un tout autre contexte, je m’inquiète des dérives antisémites dans les commentaires d’article à chaque fois que le sujet fait référence à Albert Einstein… Voir ci-dessous, j’ai exprimé un avis méprisant sur les haineux, et un imbécile est venu s’éprendre avec une voix un peu nazillarde :

rac

Les racistes, les sectes et les homophobes, ils viennent m’emmerder parce que ce que je dis ne leur plaît pas, tout cela commence sérieusement à me casser les couilles, ces crétins n’ont vraiment rien dans la cervelle, à part une moelle épinière pour marcher en rythme comme des moutons avec la mentalité de loups prêts à tout… Ce ne sont pas ces individus-là qui font avancer la science ni la société… Quelle misère !

Info complémentaire du 22 mai 2013 :

L’article de Futura parle bien de déformation de la surface des astres par effet de marée due à la gravitation, mais nulle part on ne trouve de référence à Einstein ni la théorie de la relativité. Soit Futura n’a pas d’info plus précise, soit les sources qui parlent de la relativité exagèrent un peu en faisant un scoop sur Einstein. Comme je l’avais dit plus haut, il faut des infos complémentaires pour connaître le contexte exact de la découverte. Effet classique de marée ou distorsion de l’espace-temps dans un contexte de la théorie de la relativité ?

© 2013 John Philip C. Manson

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Sur le consensus scientifique

Page intéressante. Elle dresse une liste de découvertes qui contredisent les croyances et les suppositions de leurs époques respectives.

Dans cette page, tout ce qui est décrit sur l’historique de la Terre plate, le géocentrisme, la théorie de l’évolution, la dérive des continents, le Big Bang et l’ère glaciaire est authentique.

Mais petit bémol : dans la terminologie du mot «ère glaciaire», c’est plus adapté pour l’ère glaciaire de Würm il y a 20000 ans, car concernant le vingtième siècle, quelques décennies ne définissent pas un climat planétaire. Un climat global, c’est sur une échelle de millénaires et de millions d’années.

Ensuite, au paragraphe sur E=MC², il est exact de dire que rien ne peut aller plus vite que la lumière, c’est le postulat de la théorie de la relativité, et la vitesse de la lumière a été fixée comme constante fondamentale en 1983 afin de définir le mètre à partir de l’unité du temps (la seconde). Cependant, quand l’auteur dit que certains scientifiques (lesquels ?) pensent avoir trouvé des particules (les tachyons ?) qui briseraient cette limite qu’est la célérité et qu’un autre (Alcubierre) prétend avoir trouvé une façon de voyager plus vite que la lumière. Pour rappel : les tachyons sont hypothétiques, l’espace-temps plissé d’Alcubierre (warp-driving) est hypothétique lui aussi. Les voyages interstellaires à très grande vitesse pourrait être un rêve impossible à réaliser : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/12/de-limpossibilite-des-voyages-interstellaires-a-la-vitesse-de-la-lumiere/ Mais cela ne veut pas dire que les sceptiques affirment que les voyages supraluminiques n’existe pas. Cela veut dire qu’on ne peut pas savoir si c’est valide ou faux tant que des expériences n’auront pas été réalisées. On attend juste des preuves. Chaque découverte scientifique a été imprédictible  jusqu’au moment de ladite découverte. On ne sait pas ce que réservent les découvertes futures, rien ne penche en faveur d’une opinion ni d’une autre. On ne sait pas quand se fera une découverte scientifique, ni ce que sera la découverte scientifique. La méthode scientifique s’est consolidée seulement au vingtième siècle, grâce à Karl Popper qui a contribué à une avancée majeure, par le critère de réfutabilité. Avant Popper, la science était érigée en un système arbitraire de la vérité. On croyait auparavant que la science était la quête et la collection de vérités immuables et irréfutables. Le critère de réfutabilité a révolutionné la science moderne : les théories sont des représentations faillibles de la réalité, les théories sont (au mieux) crédibles mais elles ne sont pas LA réalité. La réfutabilité établit la faillibilité des connaissances. Nous ne savons rien de la réalité, nous n’avons que des modèles scientifiques, donc faillibles et réfutables. La science moderne, depuis Popper, ne construit pas des vérités, mais procède par élimination des hypothèses fausses quand celles-ci ont été réfutées à travers des observations ou des expériences. Une hypothèse est dite réfutable si elle a la potentialité d’être invalidée si ladite hypothèse est fausse, et une expérience scientifique doit donc permettre cette possibilité de pouvoir dire si l’hypothèse colle avec les faits OU si elle contredit les faits. Quand une hypothèse ne peut pas être testée, que l’on ne peut pas répondre par oui (ça colle) ou non (ça contredit), alors l’hypothèse n’est pas scientifique.

Voici une citation qui résume bien ce qu’est la science moderne grâce au critère de réfutabilité :

  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. » (d’après un professeur à Polytechnique et chercheur au CNRS)

Ensuite, à propos du paragraphe sur le multivers, il faut souligner que ce sujet pose un problème épistémologique. Avant Karl Popper, la science était scientiste, elle érigeait des découvertes (ainsi que les suppositions) en vérités définitives. Les grecs antiques, eux, se basaient généralement sur des concepts, pas sur des lois de la physique, à part quelques esprits scientifiques comme Ératosthène et Hipparque et d’autres. Que dit la science moderne ? La science se base sur la réfutabilité : une hypothèse doit pouvoir être testée expérimentalement ou via des observations, afin de l’infirmer si elle est fausse. Peut-on faire une observation ou une expérience pour observer des univers parallèles ? Apparemment, non. L’hypothèse des multivers est-elle scientifique ? La question vaut d’être posée. Je n’affirme pas que le multivers n’existe pas ni qu’il existe. Le multivers semble être une hypothèse qui ne peut pas être testée. On ne peut pas prouver qu’une hypothèse est fausse si on n’a pas la possibilité de faire une observation permettant la réfutation de l’hypothèse si celle-ci est fausse. En dehors du cadre de la science, on entre dans le domaine de la métaphysique. https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/19/les-univers-alternatifs-quest-ce-que-cest/

Ensuite, en ce qui concerne le voyage dans le temps, c’est possible d’après la théorie de la relativité, mais seulement pour aller vers le futur. Les satellites GPS ont un retard de quelques milliardièmes de seconde par rapport à nous : plus on se déplace vite par rapport à un référentiel, plus notre horloge retarde par rapport à celle du référentiel. Le voyage vers le passé pourrait être impossible à cause des paradoxes temporels. Mais on ne peut rien dire de concret tant qu’on n’a pas de réponse via des expériences.

Ensuite, l’auteur dit ceci, je cite : «Un consensus scientifique ça n’existe pas ! Les scientifiques sont constamment en train de mettre à l’épreuve une théorie. Chaque tentative qui n’est pas confirmée sert à renforcer la théorie originale, jusqu’à ce qu’on en trouve une qui arrive à la contredire.»  C’est exact. Je rajouterai cependant ceci : il suffit d’un seul contre-exemple factuel pour invalider complètement une hypothèse, voire une théorie entière.

Ensuite, les arguments sur la climatologie sont à nuancer. La température moyenne globale s’est bien élevée de 0,6°C sur les 100 dernières années, le réchauffement est une réalité, mais il n’est pas homogène, et il y a des choses à éclaircir. Pour résumer, le réchauffement climatique est une réalité, mais sa médiatisation comporte certaines maladresses et contre-vérités. On veut nous inoculer des certitudes, alors qu’il existe un certain nombre d’incertitudes. Il faut de la transparence, de l’intégrité intellectuelle par rapport aux faits, en totale indépendance de toute influence politique et de celle de groupes de pression comme les ONG. Il faut une démarcation entre ce qui est factuel, et ce qui est faux, en totale objectivité.

Il est difficile d’analyser tout ce qui se dit en climatologie. Mais je peux dire qu’il existe des failles. Celles-ci ne remettent pas en question la réalité du réchauffement climatique, mais la façade est quelque peu maquillée. Le journalisme met des titres racoleurs et alarmistes, la peur fait vendre, c’est une recette qui marche…

Articles internes :

L’objectif n’est pas de nier en bloc le réchauffement climatique parce que l’on n’y croit pas. L’enjeu, c’est de démêler le vrai du faux, il faut un dépoussiérage (au plumeau ou au kärcher ?).

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Suite ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/04/17/sur-le-consensus-scientifique-suite-via-facebook/

 

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Les théories scientifiques c’est comme les lasagnes au «bœuf» : c’est faillible, donc il faut analyser.

© 2013 John Philip C. Manson

Stephen Hawking, science et philosophie

Ayant vu récemment le synopsis d’un livre de Stephen Hawking via un site marchand, je vais mettre au clair certains détails.

Voici ce synopsis :

“Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?”, le premier ouvrage important de Stephen Hawking depuis 10 ans. Pourquoi et comment l’Univers a-t-il commencé ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature de la réalité ? Longtemps réservées aux philosophes et aux théologiens, ces interrogations relèvent désormais aussi de la science. Stephen Hawking et Leonard Mlodinow apportent de nouvelles réponses à ces questions élémentaires. Un livre lumineux et provocateur !

Stephen Hawking est connu pour être un brillant physicien théorique, l’équivalent de Sir Isaac Newton à notre époque. Il est aussi un vulgarisateur de génie avec son livre “Une brève histoire du temps” dont je possède un exemplaire. Être un homme de science et faire de la vulgarisation scientifique, voila une initiative louable.

Mais lorsque le débat dérape dans la métaphysique, il ne fait que s’éloigner des critères de la scientificité. En effet, les grandes questions existentielles se distinguent de ce que l’on appelle la théorie de la connaissance sur la base de l’empirisme et du réfutationnisme. “Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?”, par exemple, est une hypothèse dépourvue de scientificité : on ne peut ni prouver l’existence de cet architecte, ni démontrer son inexistence. En science, la question n’a donc pas lieu d’être, ce n’est pas sa spécificité.

Quel est le lien intime entre la philosophie et la science : l’épistémologie. Il serait tellement plus intéressant de débattre à propos de la définition de ce qu’est la science.
La connaissance des phénomènes dépend de leur caractère réfutable. L’architecte de l’univers, peu importe son nom, n’est pas observable, ni quantifiable, on ne peut même pas le définir sur la base d’hypothèses réfutables au moyen d’expériences reproductibles ni au moyen d’une théorie prédictible. Cet architecte est ainsi inconnaissable, on ne peut guère le définir ni le décrire. On ne peut donc rien dire concernant les choses métaphysiques, on ne peut pas les évaluer objectivement.

Ainsi, on ne peut pas prétendre faire de la science avec des discours métaphysiques, parce que sinon ça serait faux.
Personne, ni aucun moyen, ne peut prétendre apporter des réponses objectives aux interrogations métaphysiques, pas même la science, et parce que ce n’est pas le rôle de la science. La prétention d’apporter de telles réponses métaphysiques, spirituelles ou religieuses en arguant la science comme moyen de recherche est une imposture intellectuelle. La vulgarisation scientifique n’a que la science et le partage du savoir comme but, elle n’est pas un produit marketing. Partager le savoir sur la base des faits vaut mieux que se faire du blé avec les facilités sensationnalistes du marketing.

À ceux qui cherchent des réponses métaphysiques, ils doivent poser la possibilité que ces réponses n’existent pas. L’idée de l’inexistence de Dieu, par exemple, a pour conséquence l’inexistence de péché originel, l’inexistence du bien et du mal proprement dit. La quête de réponses métaphysiques traduit en fait le besoin de certitudes, alors que la nature est remplie d’incertitudes profondes. Il faut admettre la nécessité d’un courage : l’acceptation de l’incertitude, l’acceptation du risque qu’il n’existe pas de réponses. Que ces réponses existent ou n’existent pas, nous sommes tous confrontés à une loi naturelle : ces réponses demeurent inconnaissables par n’importe quel moyen.

Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques, et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître.” (Bertrand Russell)

 

Néanmoins, on apprendra maintes précisions sur cette page : http://www.marianne2.fr/philippepetit/La-science-plutot-que-Dieu-pour-percer-les-mysteres-de-l-Univers_a154.html

Dans cette page, on remarquera quelques commentaires du grand physicien qui se perd dans des conjectures dont la pertinence épistémologique est discutable.
« La philosophie est morte, faute d’avoir su suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir », affirme Hawking.

À vrai dire, Hawking exagère, la philosophie ne prétend pas à la vérité ni à la connaissance absolue, elle est l’art du raisonnement dans lequel la réflexion et les questions donnent une liberté et une diversité aux idées. Quant à la science, c’est elle-même une branche de la philosophie, encadrée par l’épistémologie, dont l’objet est la recherche de connaissances faillibles sur la base de l’objectivisme (concept philosophique) dont le moyen est l’empirisme (concept philosophique) à travers le critère de réfutabilité (concept philosophique). Si la science est une philosophie qui a réussi, c’est parce qu’elle marche, les résultats l’en attestent.
Il récidive en disant : « Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu’une illusion »

Une affirmation sous-entendant le déterminisme est en contradiction de ce que l’on connaît dans les mécanismes de la matière à l’échelle atomique : la mécanique quantique est une théorie probabiliste dans laquelle le hasard est le chef d’orchestre.

On peut faire de la bonne philosophie par exemple comme Erwin Schrödinger et Karl Popper lorsqu’on a des connaissances scientifiques, mais visiblement pour Hawking la philo ce n’est pas son truc.

 

Ayant acheté le livre du célèbre professeur Hawking, voici la suite de l’analyse ci-dessous

Analyse du livre de Hawking :

Page 14 : Si deux théories ou modèles physiques prédisent avec précision les mêmes événements, il est impossible de déterminer lequel des deux est plus réel que l’autre ; on est alors libre d’utiliser celui qui convient le mieux.

Pour être précis, la convenance n’est établie qu’en choisissant le modèle le plus simple, c’est le principe du rasoir d’Occam.Il ne s’agit pas de choisir librement un modèle selon un point de vue subjectif, mais selon le critère de parcimonie, c’est-à-dire qu’on élimine toute explication superflue afin de ne retenir que l’essentiel.

Page 15 : La M-théorie est le seul modèle à posséder toutes les propriétés requises pour être une théorie ultime et c’est sur elle que reposera l’essentiel de notre réflexion.

D’une part, on ne peut prétendre à l’existence d’une théorie ultime, car les mathématiques sont inépuisables, et toute théorie scientifique est une représentation faillible et perfectible de la réalité. La science est un chemin, pas un but. Parler de théorie ultime revient à dire que l’on pose des dogmes, des vérités définitives qui sont donc irréfutables, ce qui n’est pas du ressort de la méthode scientifique. La M-théorie est peut-être une théorie, mais il est inexact de lui conférer l’adjectif ultime.

 

Page 15 : La M-théorie n’est pas une théorie au sens courant du terme.

Voila une phrase qui s’auto-contredit…

Page 17 : Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi existons-nous ? Pourquoi ces lois particulières et pas d’autres ?

Ce sont des questions métaphysiques qui ne relèvent pas de la science. La science explique comment fonctionnent les choses, la façon dont notre corps fonctionne, les réactions biochimiques. La science permet de mesurer des grandeurs physiques, elle quantifie les phénomènes. Mais la question du pourquoi n’est pas à caractère scientifique. Si la science peut parfois trouver des réponses crédibles pour expliquer le comment des phénomènes, la philosophie peut-elle prétendre trouver des réponses fiables sur le pourquoi des choses existentielles sur la seule foi de la pensée, sans parfois même faire appel aux faits ?

 

À partir des environs de la page 20, le livre d’Hawking devient plus cohérent, retraçant l’histoire des sciences et des différents paradigmes. Il serait trop hâtif de critiquer péjorativement tout le contenu du livre, car arrivé à la page 83 depuis la page 20, il n’y a pas de contradictions du type de celles que j’ai énumérées ci-dessus. Néanmoins, l’histoire des sciences présentée par Hawking est intéressante, et je dois parler ici de certains passages qui méritent l’attention.

 

Page 56 :  George Berkeley est même allé jusqu’à prétendre que rien n’existe hormis l’esprit et les idées.

Il est dit dans le livre de Hawking dans la même page un exemple de réfutation : le docteur Samuel Johnson, pensant que Berkeley était irréfutable, se dirigea vers une grosse pierre et shoota dedans en déclarant : “Je la réfute donc !”. La douleur au pied qui s’ensuivit est une illustration de la position du philosophe Hume : bien que rien ne nous force à croire en une réalité objective, nous devons en fait agir comme si elle existait.

 

Page 65 : […] une théorie se doit d’être aussi simple que possible, mais pas trop. […] même si une complexité accrue implique une meilleure précision, les scientifiques n’apprécient que peu de devoir complexifier à outrance un modèle afin de coller à un ensemble spécifique d’observations car celui-ci apparaît alors plus à un catalogue de données que comme une théorie procédant d’un principe général et puissant.

Tout à fait. Ce résumé est lié au principe du rasoir d’Occam. On ne multiplie pas inutilement les explications théoriques superflues.

 

 

Page 83 :  Aussi étrange que cela puisse paraître, il arrive très souvent en science qu’un assemblage important se comporte très différemment de ses composants individuels. Ainsi, les réponses d’un neurone unique ne ressemble en rien à celles du cerveau humain ; de même, connaître le comportement d’une molécule d’eau ne vous dira pas grand-chose sur celui d’un lac entier.

Très juste. Moi-même je complète le texte de Hawking avec l’argument suivant : le principe d’absorption de l’infrarouge par la molécule de CO2 ou de méthane, définissant le concept d’effet de serre, ne peut pas exactement s’extrapoler pour de grandes masses atmosphériques hétérogènes (gradients de densité, de température, d’humidité, et proportions des différents gaz selon l’altitude). En résumé, les expériences d’Arrhénius sur l’effet de serre ne concernent qu’un volume aussi petit que celui des molécules, et au mieux le volume d’un laboratoire. Pour une plus grande échelle, on ne peut pas dire que nous connaissons le phénomène d’effet de serre avec certitude, il se peut qu’il y ait des différences avec ce que nous connaissons en laboratoire.

 

Page 87 :  En faite, traduite dans ces unités de mesure, sa valeur est de 6/10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000.

Hawking omet d’indiquer l’unité de mesure de la valeur numérique de la constante de Planck : J×s   (joule × seconde)

Page 87 :  […] l’électron a une masse de 0,000000000000000000000000000001, […]

Ici encore, Hawking oublie d’adjoindre l’unité kg à la valeur, laquelle est un arrondi de la valeur réelle de la masse de l’électron au repos, qui vaut 0,00000000000000000000000000000091093826 kg. La valeur donnée par Hawking, arrondie, est très proche de la valeur fondamentale.

 

Ayant parcouru maintenant plus de 100 pages du livre de Hawking, l’ouvrage n’est pas si mauvais que je l’avais imaginé. Après tout, Hawking a choisi un titre racoleur et sensationnaliste pour attirer les crédules, peut-être dans le but de les éduquer. En ce sens, je ne peux qu’approuver cette démarche.

 

Page 108 :  La Bible rapporte l’histoire de Josué qui a prié Dieu d’arrêter pendant un jour la course du soleil et de la lune afin qu’il puisse finir de combattre les Amorites en Canaan.
Hawking raconte cette anecdote célèbre et fumeuse extraite de ce livre de mythologie qu’est la Bible. Mythologie ? Tout-à-fait. Prétendre arrêter le mouvement apparent du soleil (et de la lune, et des étoiles) revient à dire que l’on arrête le mouvement de rotation de la Terre sur elle-même. En supposant que l’événement se soit réellement produit, tout objet non solidement fixé au sol aurait été éjecté en direction de l’Est à une vitesse de 1667 km/h environ. En bloquant la rotation terrestre, mais sans toucher au mouvement de l’atmosphère, il y aurait eu un vent violent soudain, dirigé vers l’Est à cause de l’inertie, à la même vitesse d’environ 1667 km/h (soit 1,36 fois la vitesse du son). Avec une telle conséquence, Josué n’aurait jamais pu terminer ce qu’il avait à faire… Voila pourquoi l’histoire de Josué, littéralement, ne peut n’être qu’un mythe.

 

Page 136 :   Par conséquent, si vous observez un réservoir contenant 1032 protons pendant quelques années, vous devriez pouvoir observer quelques désintégrations de protons. Construire un tel réservoir n’est pas si difficile puisque quelques milliers de tonnes d’eau contiennent environ 1032 protons.

 

Je confirme cette affirmation. En multipliant le nombre 1032 par la masse molaire de l’eau (en kg/mol) et en divisant par le nombre d’Avogadro, on trouve une masse de 2990,03 tonnes d’eau.

 

Page 142 :   Hawking parle des expériences du LHC de Genève, l’accélérateur de particules. Il explique que les expériences du LHC ont pour objectif l’observation de particules supersymétriques prédites par la théorie. Ainsi, il n’est nul question de la fabrication d’un trou noir comme on peut l’entendre parfois dans certains milieux sectaires millénaristes, ou de la part de gens ignorant tout de la physique, ou de la part de concurrents jaloux du succès du CERN.

 

Page 147 :  Si la M-théorie autorise 10100 ensembles de lois apparentes, comment se fait-il que nous ayons hérité de cet Univers-là et des lois apparentes que nous connaissons ? Et qu’en est-il des autres mondes possibles ?

 

Mais si la M-théorie ne l’autorisait pas, et si la M-théorie se révélait fausse ? Dans ce cas, la question ne se poserait pas…

 

Page 173 : L’une des questions fondamentales encore ouvertes en M-théorie est donc : pourquoi n’y a t-il pas, dans notre univers, plus de dimensions visibles et pourquoi certaines dimensions sont-elles repliées ?

 

Hawking présente les dimensions spatiales comme une réalité physique, ce qui est faux, car les mathématiques ne sont qu’une représentation faillible du monde, elles servent à décrire la réalité mais elles ne sont pas la réalité elle-même. Il y a confusion entre la réalité décrite par les maths et la présentation des maths comme étant une structure directe de la réalité physique.Les maths ne sont pas le monde, elles ne sont qu’un outil pour le décrire et l’expliquer. Il y a ainsi un curieux amalgame entre le monde matériel et l’abstraction mathématique alors que ce sont deux choses distinctes.

 

La fin du livre aborde les automates cellulaires (le jeu de la vie, de John H. Conway). C’est un sujet intéressant. La Nature, à partir de lois très simples, peut engendrer la complexité avec des mécanismes aléatoires. Ainsi en science, Dieu n’est pas une hypothèse nécessaire.

 

Bilan : le livre est intéressant, la lecture est aisée, bon style, bref c’est aux antipodes de certains ouvrages ineptes de précosmologie pseudo-scientifique…

 

© 2011 John Philip C. Manson