Calculatrices et erreur de calcul, une réalité à connaître

Aujourd’hui, je découvre un article intéressant du Dr Goulu :  http://www.drgoulu.com/2014/06/29/trop-plein-de-juin-2/#.U7QfhnZy27I  dont un des paragraphes est intitulé «Pourquoi ne pas faire confiance à une calculatrice».

C’est un fait : des calculatrices et des logiciels peuvent produire des résultats erronés !

Mieux vaut toujours vérifier la fiabilité des résultats. Ce détail peut être particulièrement important lorsque les calculatrices sont autorisées pendant l’épreuve de maths lors du Bac ou du Brevet des collèges. Une erreur peut être gênante voire grave si un ingénieur fait trop confiance à sa calculatrice, et dont l’erreur provoque la construction de wagons de train trop larges par rapport à l’entrée des stations de métro… (L’incident s’est réellement produit, mais je n’en connais pas la cause).

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Voici un calcul effectué avec Wolfram Alpha :

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Il s’agirait ici de la valeur exacte.

  • Cependant, en utilisant la calculatrice de mon PC dans un environnement Linux, le résultat devient −0,864872239. Ce qui est manifestement faux.
  • En utilisant ma calculatrice programmable Casio Graph 25, le résultat affiche «ERROR». En effet, ça ne marche pas en-dessous de 10⁻⁹⁹ ni au-dessus de 10⁹⁹.
  • J’ai conçu un script Perl qui donne ce résultat : Nombre = 1.12794246321782e+77 ; Sinus(nombre) = -0.688782176710222 et ce nombre est différent de celui donné par ma calculette de Linux. Et faux lui aussi.

 

Lorsqu’un nombre X devient de plus en plus petit, en se rapprochant de zéro, alors  sin X tend vers X. Mais le produit pi×(1 + 2)²⁰⁰  est strictement supérieur à 1, et il est même très grand.

Concrètement, ce qu’il faut déclarer, c’est que le résultat dépend de ce que X (qui est un angle) soit exprimé en radians ou en degrés. L’erreur peut venir d’un oubli de conversion de donnée angulaire comme elle peut venir d’un calcul faisant intervenir un très grand nombre.

Nous avons (en radian) : sin 0 = sin pi = sin (2×pi) = 0 ; sin (pi/4) = sin (pi/2) = 1.

Or, quand l’angle est un très grand nombre, avec plusieurs dizaines de chiffres, il arrive que la calculatrice ne tienne pas compte des derniers chiffres, et qu’elle arrondisse le nombre sous sa notation scientifique, sous la forme K×10⁷⁷ où K est un nombre réel avec une quantité réduite de décimales pour simplifier et faciliter l’affichage sur l’écran de la calculatrice. Si les derniers chiffres sont négligés, cela fausse forcément le résultat.

Par exemple, sin (1 000 000 001) ne donnera pas du tout le même résultat que sin (10⁹).

 

À propos d’erreurs mathématiques, j’avais découvert moi-même que les langages Perl et Python engendrent des erreurs quand on cherche des nombres premiers en utilisant l’opérateur modulo. Par exemple, pour un nombre entier K dans un intervalle [2;N – 1], l’opération  N modulo K ($N % $K quand on écrit en langage Perl) engendre un résultat erroné (le reste de la division devient faux) quand N devient grand. Ce bug est corrigé quand j’emploie plutôt la forme N = (K×M) + R où R (le reste) est le résultat à obtenir, et où N et K et M sont des entiers.

Et même si Wolfram Alpha est un outil plaisant, il peut néanmoins engendrer parfois des anomalies dans ses résultats, par exemple à propos des données thermodynamiques sur divers matériaux dont les valeurs peuvent être différentes par rapport à d’autres sources. Wolfram Alpha aussi est à utiliser avec prudence. On n’est jamais sûr de rien, d’où la nécessité de vérifier par divers moyens indépendants.

 

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

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Le bêtisier scientifique de l’été

  • J’ai peu publié dans mon blog ces deux derniers mois mais j’ai préparé ici plusieurs sujets en un seul article pour la rentrée de septembre.

Vu dans un magazine TV :
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La Voix Lactée se dénombre par plus de 200 milliards d’étoiles, mais pas 200 millions.
Ce n’est pas la première fois que je relève cette même erreur. L’émission est une rediffusion, ainsi le synopsis n’aura pas été relu et corrigé depuis trois ans.

De plus, l’âge de 12 milliards d’années est légèrement inexact. D’après un article de Science et Avenir publié en 2004, notre galaxie est âgée de 13,6 milliards d’années –avec une marge d’erreur de 800 millions d’années- d’après les dernières estimations obtenues par une équipe de l’European Southern Observatory (ESO). Le documentaire, lui, date de 2010.

Dernier détail, la nébuleuse d’Orion est à 1344 années-lumière de nous, mais on ne connaît les grandes distances que de façon assez approximative. Diverses sources indiquent une valeur entre 1300 à 1500 années-lumière.

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Vu dans un magazine TV :

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« 65% des femmes ont un poids idéal, pourtant 50% d’entre elles essaient de perdre des kilos. »

Donc d’après ces statistiques, 32,5% des femmes en général essaient de maigrir malgré qu’elles aient un poids idéal.
Certains cherchent à minimiser le problème grave qu’est l’anorexie, ils cherchent à relativiser son importance par rapport au problème de l’obésité.

Je ne sais pas combien est exactement le taux d’obésité et de surpoids dans la population, il est peut-être d’une personne sur trois dans les pays industrialisés (à vérifier). Mais on voit que d’après le synopsis du documentaire, maigrir malgré un poids déjà normal concerne un tiers des françaises (soit environ 10 millions 600 mille françaises concernées).
Loin d’être négligeable, l’anorexie est un réel problème de santé publique de fréquence analogue à celui de l’obésité.
Évidemment, il existe plusieurs nuances d’anorexie, entre vouloir perdre quelques kilogrammes et perdre un maximum (dans les cas les plus extrêmes) alors que ce n’est pas justifié. L’incitation à l’anorexie à travers l’abondance de publicités et les codes des canons esthétiques c’est presque aussi grave que l’incitation au suicide…

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Vu dans un magazine TV :

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Si le littoral français recule, les barrages peuvent en effet être impliqués. Néanmoins le synopsis du documentaire évoque aussi le changement climatique.
Sous nos latitudes, la dilatation thermique a un impact minime, car le phénomène touche surtout les régions tropicales et équatoriales, là où l’angle d’incidence des rayons du soleil par rapport à la verticale permet une plus grande concentration des rayons, d’où une plus forte chaleur sous les tropiques (en été, le soleil est au zénith à l’un des tropiques).
Si le réchauffement climatique était un des facteurs de recul du littoral français, il aurait dû provoquer l’élévation du niveau de la mer sur l’îlot de Fort Boyard par exemple (qui existe depuis environ 2 siècles), ainsi que toutes les autres îles françaises ayant une faible altitude.
Autre facteur de recul du littoral : l’urbanisation du littoral, et l’exploitation du sable pour les travaux des métiers du bâtiment.
Rappelons que le marnage dû aux marées quotidiennes (plusieurs mètres d’amplitude) est moins négligeable que l’élévation du niveau des mers par
dilatation thermique (3 millimètres par an, en moyenne).
Loin de nier le réchauffement climatique (puisqu’il est un fait), je souligne seulement que les régions tropicales sont surtout concernées par la dilatation thermique par rapport aux régions tempérées et polaires (mais cela n’empêche néanmoins pas les mouvements des masses océaniques chaudes).
Quant à la fonte des glaces, l’élévation du niveau des mers est due à l’eau des glaciers continentaux, tandis que la glace flottante n’élève pas le niveau de la mer en fondant (principe d’Archimède).

Il faut réunir des preuves de l’élévation du niveau de la mer sur le littoral français sur la période des deux derniers siècles. Je n’ai pas de conclusion certaine à ce sujet. Mieux vaut vérifier.

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Je cite : « La Grande Barrière de corail est le seul site visible depuis l’espace avec la Grande Muraille de Chine. »

La muraille de Chine a une largeur de 5 à 7 mètres, est-elle visible depuis l’espace (à plus de 300 km d’altitude) ?
Le pouvoir séparatoire de l’œil humain (sans instrument d’optique comme les jumelles et la lunette astronomique et le téléscope) est de 1 minute d’arc, soit un soixantième de degré, ou 0,000290888 radian. Ainsi, à 300 km d’altitude, il est possible de voir à l’œil nu des structures au sol qui sont larges d’environ 87,3 mètres. Donc on ne peut pas voir à l’œil nu depuis l’espace des murs larges de 5 à 7 mètres situés au sol. La muraille de Chine peut être vue à l’œil nu jusqu’à 17 à 24 km d’altitude maximum.
De plus, le calcul n’est vrai que pour une épaisseur atmosphérique parfaitement limpide, or dans la réalité l’épaisseur de l’atmosphère terrestre altère la lumière et donc l’image des objets situés au sol.

Mais le minimum séparable concerne l’acuité visuelle (sans correction optique, comme des lunettes, des jumelles ou un téléscope) de deux points séparés d’un angle de 1 minute d’arc. Tandis que le minimum visible (le contraste d’une ligne par rapport au paysage) désigne un angle de 0,5 seconde d’arc, ce qui remet en question le calcul précédent.

Avec un angle de 0,5 seconde d’arc, un objet peut être vu 120 fois plus loin qu’un objet vu sous un angle de 1 minute d’arc. Ainsi, la muraille de Chine peut être vue jusqu’à une altitude de 2040 km à 2880 km, ce qui correspond à une orbite relativement basse, et la muraille peut donc vraiment être vue depuis une zone limitée de l’espace à proximité de la Terre. Au-delà de cette altitude, la muraille n’est absolument plus visible, et certainement encore moins depuis la lune.

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Retour du paranormal sur une chaîne de TV. On sent que la rentrée approche…

Image DSC_0030 : des phénomènes étranges et mystérieux qui n’en sont pas. Ce folklore est basé sur des témoignages seuls, sans preuves objectives donc sans méthodologie scientifique. On ne peut donc pas parler ici d’avancées scientifiques.
Ici les forces ou énergies telluriques sont une croyance qui est fait passée pour une réalité qui n’existe pas.
La géobiologie (dont le nom est abusivement construit à partir de deux mots savants : géologie et biologie) est une fumisterie n’ayant aucun
rapport avec les sciences et leur méthode.

Image DSC_0007 intitulée « Ils ont vu des OVNIs » : très peu de preuves matérielles (ou plutôt pas du tout) concernant l’existence de la vie extraterrestre
sur Terre, mais beaucoup de masturbation intellectuelle sur le thème récurrent des visiteurs extraterrestres depuis l’après-guerre et la guerre froide.

« Contacts avec des extraterrestres » : témoignages de CROYANCES, mais pas d’apport de preuves objectives vérifiables.

« Prémonition, télépathie, voyance » : un déni et un mépris total des lois des probabilités et des statistiques…
Ainsi, supposons que 15% des français regarde une émission sur les médiums, l’émission ayant une durée d’une heure par exemple. Ensuite,
supposons qu’un «médium» annonce pouvoir griller des ampoules électriques à distance et que durant l’heure dont dure l’émission TV il y ait
effectivement des gens qui appellent au standard téléphonique pour confirmer le phénomène. Or une ampoule électrique à incandescence a une
durée de vie moyenne de 1000 heures, et d’après les lois de probabilités, sur un laps de 1 heure il y aurait environ 9750 ampoules qui grilleront
effectivement parce qu’elles auront atteint leur fin de vie, mais cela n’est dû qu’au seul hasard. Pour qu’il y ait preuve d’un quelconque pouvoir
par télékinésie, il faudrait qu’un médium réalise un score significativement supérieur à celui du hasard. Un effet dû au hasard et abusivement associé
à un pouvoir paranormal fictif, ça s’appelle une fausse causalité, et c’est aussi une escroquerie intellectuelle.

La TV n’informe pas, elle ne fait que vendre du rêve…

Liens internes :

https://jpcmanson.wordpress.com/?s=feng+shui&submit=Recherche
https://jpcmanson.wordpress.com/?s=géobiologie&submit=Recherche
https://jpcmanson.wordpress.com/?s=tellurique&submit=Recherche
https://jpcmanson.wordpress.com/?s=extraterrestre&submit=Recherche

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L’accident, ou plutôt un tsunami qui est la catastrophe naturelle qui a entraîné la tragédie de Fukushima à travers laquelle le nucléaire n’est pas la cause mais la conséquence. Néanmoins, le nucléaire n’est jamais sans risques, il faudrait sortir du nucléaire mais pas sans courir à la faillite économique à travers le développement des énergies renouvelables.

L’avantage du nucléaire c’est sa capacité de production énergétique : pour produire 1 kWh, il ne faut que 3,3 milligrammes d’uranium, tandis qu’il faudra entre 65 et 110 grammes d’hydrocarbures pour produire autant d’énergie.
Malgré ce grand avantage, le nucléaire présente un grand inconvénient en cas de désastre. La sécurité absolue n’existe pas.

Mais peut-on remplacer complètement le nucléaire ?

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Information vraie sur ce nombre d’années mais cela concerne un cas particulier (une reine fourmi en captivité, de l’espèce « Lasius Niger »), et concernant un record de longévité plutôt que l’apparente durée de fécondité de « toutes » les reines fourmis. Renseignements ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fourmi#Long.C3.A9vit.C3.A9 et voici la référence : Les fourmis: comportement, organisation sociale et évolution. Par Luc Passera, Serge Aron. NRC Research Press, 2005. ISBN 0-660-97021-X, 9780660970219, 480 pages

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D’ici à 2050 les turbulences en avion plus nombreuses ? Sur la base de quels indices et quels faits ?…

Entre 40% et 170% c’est un taux qui laisse une grande marge pour affirmer une prédiction ou son contraire…

© 2013 John Philip C. Manson

Mycologie – Une erreur dans une émission de France 3

Dans l’émission «Météo à la carte» sur France 3 le lundi 27 mai 2013, j’ai relevé une erreur. Et je me demande comment une telle erreur a pu se glisser dans un magazine télévisé…

À partir de la vidéo, après 3 minutes et 51 secondes exactement, la voix-off affirme que le pénicillium dans le roquefort (un fromage de brebis) est une bactérie. C’est faux. Le pénicillium n’est pas une bactérie, c’est un champignon et plus particulièrement une moisissure. Biologiquement, les champignons ne sont pas des bactéries. La mycologie est aux champignons ce que la bactériologie est aux bactéries.

Microphotographie du Pénicillium :

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On voit bien que la structure filamenteuse du pénicillium n’a rien de commun avec celles des bactéries qui ont une forme de coques, de spirales, de grappes ou de bâtonnets (bacilles).

Le journaliste en voix-off a affirmé que «l’ancienneté des caves et le micro-climat de la ville favorisent le développement de la bactérie o_O qui caractérise l’identité de ce fromage : le penicillium roqueforti». Veuillez écouter la vidéo entre 3:42 et 3:56.

Le Penicillium roqueforti est un champignon saprophyte, très répandu dans la nature. Ce n’est pas une bactérie !

 

© 2013 John Philip C. Manson

Courte analyse d’un article sur les traces de pesticides et médicaments dans les bouteilles

Ce lien dirige vers un article sur les traces de pesticides et médicaments dans les bouteilles, au moyen d’une analyse chimique sur 47 bouteilles d’eau, trois bonbonnes d’eau, et une dizaine d’échantillons d’eau du robinet prélevés dans trois départements.

Si les traces de substances douteuses dans l’eau «potable» sont fondées, il existe souvent un problème de crédibilité au niveau des données quantitatives, comme s’il n’était pas possible de relayer l’information scientifique correctement…

En effet, dans un article relatif aux sciences (ici, la chimie), la première chose que j’examine, ce sont les données quantitatives.

Ainsi, je m’étonne du fait que l’article affirme ceci : «Les teneurs sont infimes, de lors du micron, c’est presque rien.»

Le problème, c’est l’unité de mesure. Le micron, équivalent au micromètre (soit un millionième de mètre, ou un millième de millimètre) est une unité de longueur.

Pourquoi utiliser une unité de longueur, alors que l’on devrait s’attendre plutôt à une unité exprimée en microgrammes par litre, c’est-à-dire une concentration massique volumétrique ?

Ainsi, l’existence avérée d’une erreur incite au doute pour le reste de l’article.

Lorsqu’on épluche les journaux, il existe souvent une erreur au niveau de l’ordre de grandeur ou au niveau de l’unité de mesure. Dans l’actualité récente, on a rencontré une telle erreur avec le canular (poisson d’avril précoce ?) de la maison hantée en Lozère : un soi-disant expert, probablement pas un électricien, a mesuré des ohms (résistance électrique) pour tenter de mesurer un champ électrique (unité : volt par mètre)…  Voir ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/24/un-phenomene-paranormal-en-lozere/

Quantitativement, ce qu’on appelle traces, c’est une quantité infime de substance dans un milieu.

Il est possible de calculer par exemple la quantité minimale possible d’atrazine (http://fr.wikipedia.org/wiki/Atrazine) dans une bouteille de 1,5 litre d’eau. Supposons qu’il y ait par exemple une seule molécule d’atrazine dans la bouteille de 1,5 L, et que cela a pu être détecté par un spectromètre de masse.

La concentration d’atrazine devient donc égale à 215,683 / (6,02×10²³) grammes pour 1,5 L d’eau. Cela correspond donc à une concentration d’atrazine de 2,39×10⁻²² g/L, c’est la teneur minimale chimiquement possible en atrazine, soit 2,39×10⁻¹⁶ microgramme par litre, donc 23,9 millionième de milliardième de microgramme par litre. Donc quand une teneur est de l’ordre du microgramme par litre, la quantité de molécules d’atrazine dans 1 L d’eau est bien plus élevée, mais ce sont toujours des traces, par rapport à la teneur naturelle en sels minéraux.

Alors, j’ai cherché des données quantitatives concrètes pour avoir une idée, mais je tombe sur cet autre article : http://www.metrofrance.com/info/des-pesticides-et-des-medicaments-dans-les-bouteilles-d-eau/mmcy!7Gvx2y8sxec/

Dans cet article, le problème subsiste. En effet, je cite : «On est dans l’ordre de l’ultra-trace, du millième de micron, c’est vraiment minuscule».

En chimie, l’ultra-trace désigne des teneurs extrêmement faibles, à la limite du zéro. Dans ce cas, le seuil de toxicité est vraiment infime, aucun risque pour la santé. Mais celui qui affirme cette phrase emploie le terme de «millième de micron». Ce terme aurait été adapté pour l’évaluation de la taille de grains de sables solides et insolubles en suspension dans l’eau, mais cela n’est pas adapté pour d’autres molécules. Si c’était plutôt l’unité millième de microgramme par litre, c’est-à-dire un nanogramme par litre, cela aurait été plus pertinent et cohérent. Mon désaccord est de type métrologique. Autrement, je suis d’accord sur la conclusion que l’ultra-trace est exempte de danger sanitaire.

Mais si on y réfléchit, l’ultra-trace est inévitable. Un produit quelconque ne peut jamais être absolument pur. La pureté absolue est une illusion. C’est comme la radioactivité naturelle : il n’existe pas d’absence absolue de radioactivité. Parler d’ultra-trace, et incriminer les produits chimiques, c’est un peu faire du bruit pour rien. Il paraît que les billets de banque sont imprégnés de cocaïne, par exemple, peut-être en quantités plus importantes que le seuil d’ultra-traces. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20090818.OBS7935/des-traces-de-cocaine-sur-90-des-billets-de-banque.html Dans ce lien ci-contre, l’unité microgramme est utilisée, pas le micron.

Avec le terme de micron, les journalistes se recopient les uns et les autres. Si les pesticides et médicaments existent à l’état d’ultra-traces, je trouve étonnant que les nitrates ne soient pas évoqués alors que ceux-ci ont une concentration extrêmement plus élevée que ce que l’on appelle ultra-traces, concentration en nitrates du même ordre de grandeur que les sels minéraux présents dans l’eau (~ milligrammes par litre).

Pour revenir aux pesticides, voici une donnée intéressante (d’après un rapport parlementaire français de 2010 ou 2011) : «La France est le troisième consommateur mondial de pesticides (100.000 tonnes par an, dont 90 % utilisés en agriculture)». Cette donnée peut être comparée avec la pluviométrie annuelle en France (remplissage naturel des nappes phréatiques) : en moyenne 1200 mm par an. Comme 1 mm de précipitations équivaut à 1 L par m², alors, 1200 mm sont équivalents à 1200 L d’eau par m². La superficie de la France métropolitaine est de 552 000 km² environ, soit 552 000 000 000 m². Donc sur une année, la pluviométrie française est de l’ordre de  6,624×10¹⁴ L d’eau sur le territoire, soit 6,624×10¹⁴ kg, ou 662,4 milliards de tonnes.

Maintenant, on peut estimer l’ordre de grandeur de la teneur maximum en pesticides : 100 000 tonnes de pesticides pour 662,4 milliards de tonnes d’eau de pluie. Soit 1,5×10⁻⁷ tonne de pesticides par tonne d’eau, cela revient à dire 1,5×10⁻⁷ kg de pesticides par litre d’eau, soit 0,15 mg de pesticides par L.

Les pesticides me répugnent : ces poisons tuent les insectes pollinisateurs, dont les abeilles. Même à faibles doses.

Quant aux nitrates, il faut aussi en parler.

Deux jours plus tard, Futura-Sciences aborde le sujet : http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/medecine/d/eaux-minerales-des-pesticides-oui-mais-des-medicaments-aussi_45466/#xtor=EPR-17-%5BQUOTIDIENNE%5D-20130327-%5BACTU-eaux_minerales_:_des_pesticides_oui__mais_des_medicaments_aussi__%5D mais ici encore, je n’aperçois aucune donnée quantitative.

 

 

© 2013 John Philip C. Manson

À propos de l’exoplanète plus petite que Mercure

J’ai lu un intéressant article sur une exoplanète plus petite que la planète Mercure : http://www.directmatin.fr/technologie/2013-02-26/decouverte-dune-exoplanete-plus-petite-que-mercure-403137 Mais j’ai aussi examiné une des sources principales : http://www.nasa.gov/mission_pages/kepler/multimedia/images/kepler-37-lineup.html     Bilan : je constate une erreur quantitative qu’on ne peut pas négliger.

Chez Directmatin, il y est fait mention que la distance de l’exoplanète par rapport à nous est de 210 000 années-lumière. Mais le site de la NASA mentionne une grandeur mille fois plus faible : 210 années-lumière. Je ne comprends pas pourquoi une pareille erreur puisse se produire. Le site a été informé récemment de cette erreur. Puis aussi les commentaires des autres internautes sur l’article sont intéressants.

Dans la presse quotidienne, faire des erreurs quantitatives ne sont pas des exceptions. Je le rappelle encore : les médias sont faillibles et on a le devoir de tout vérifier.

Découvrir l’erreur n’était pas le but de mon présent article, j’avais en fait consulté la page de la NASA afin de trouver des infos complémentaires pour l’orbite de l’exoplanète Kepler-37b. On apprend alors que Kepler-37b orbite autour de son étoile hôte en 13 jours à une distance de moins d’un tiers de la distance qui sépare Mercure du soleil. J’avais besoin de ces données afin de calculer la masse de l’étoile hôte.

m = (0,387 × 0,3333)³ / (13/365,25)² = 1,69

Ainsi, l’étoile hôte de Kepler-37b a une masse d’environ 1,69 masse solaire au maximum. Mon calcul se base sur la troisième loi de Kepler.

 

 

© 2013 John Philip C. Manson

Une petite erreur de calcul sur un article de Yahoo

Une erreur journalistique concernant un calcul s’est glissée dans un article de Yahoo : http://fr.news.yahoo.com/plan%C3%A8tes-s-urs-terre-rep%C3%A9r%C3%A9es-%C3%A0-seulement-13-170741210.html

  • Je cite : «Mieux, la plus proche se trouverait à «seulement» 13 années-lumière de notre planète, soit quelque 9.460 milliards de km.»

En réalité, l’année-lumière vaut 9460,7 milliards de kilomètres. Donc 13 années-lumière c’est 13 fois cette valeur : soit 122 990,4 milliards de kilomètres.

Fort heureusement, on peut compter sur la perspicacité des internautes. Un internaute a fait remarquer l’erreur en commentant l’article, comme ce qui arriva aussi à propos de l’article intitulé «Pourquoi dort-on mal en février».

En fait, l’erreur provient de 20Minutes : http://www.20minutes.fr/sciences/1096391-planetes-soeurs-terre-reperees-a-seulement-13-annees-lumiere

Yahoo n’a fait que relayer l’info sans corriger l’erreur.

Je suis convaincu que les journalistes ont besoin de l’aide des scientifiques. L’on devrait toujours considérer les infos comme potentiellement erronées ou inexactes et d’apporter une correction si nécessaire avant d’être suffisamment sûr de relayer l’info. C’est parce que l’erreur est humaine que l’esprit critique est nécessaire.

J’ai moi-même pris l’habitude de relire attentivement mes articles dans le blog.

1 année-lumière = 9 460 730 472 580 800 mètres. C’est la distance parcourue par la lumière dans le vide pendant une année.

© 2013 John Philip C. Manson

Une erreur de calcul sur l’électricité via M6-Actualités

Le 31 janvier 2013 vers midi, en France, sur la chaîne TV M6 lors du journal présenté par la très jolie Kareen Guiock, l’écran affiche des données quantitatives à propos de la décision du gouvernement afin de réaliser des économies d’électricité.

Combattre la pollution lumineuse, réduire les gaspillages électriques, je suis satisfait de cette décision. Mais cette mesure ne sera toujours pas vraiment appliquée contre les éclairages urbains nocturnes ni même contre les décorations de Noël très voraces en énergie électrique…

Mais le problème que je vais évoquer est tout autre. Ce qui s’est affiché sur l’écran de la chaîne M6 affirmait doctement que les économies réalisées seront de 2000 milliards de watts. Oui, deux mille milliards de watts ! Comme je connais très bien le dossier de l’énergie électrique du réseau français, j’avais immédiatement détecté l’énorme bourde ! En effet, en 2010, la puissance électrique moyenne du réseau français était de 61,5 GW, soit 539 TWh sur une année. Ces 61,5 milliards de watts sont très inférieurs aux 2000 milliards de watts annoncés par M6. Le rapport est de 2000/61,5 = 32,52.

Comme je n’ai pas enregistré ce que j’avais vu à l’écran de M6, alors le 1er février 2013 (donc le lendemain), j’ai recherché des preuves de ce plan énergétique.

Voici le paragraphe litigieux :

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  • 2 térawatts/heure n’a pas de sens en physique. On parle plutôt de térawatt-heure, c’est une multiplication, pas une division. Le kilowatt-heure équivaut à une énergie électrique de 3,6 mégajoules. Mais un watt par heure n’a pas de sens, parce que le watt tout court est déjà lui-même un débit énergétique par unité de temps !
  • 2000 milliards de watts sont équivalents à 2 milliards de kW et égaux à 2 TW, mais pas à 2 TW/h ni même à 2 TWh !
  • 2 TWh par année, c’est vraisemblablement la grandeur physique qui aurait due être utilisée par le journaliste qui a publié l’annonce.
  • 2 TWh/an = 2 milliards de kWh par an = 228 154 kWh par heure, soit 228 154 kW en puissance électrique (équivalent à 228,154 MJ/s).
  • 228,154 MW pour 750 000 foyers est équivalent à 304 W par foyer, donc 2666,67 kWh par foyer et par an (je trouve que c’est peu par rapport à la réalité).
  • Est-ce que M6 dit vrai en parlant des 250 000 tonnes de CO2 ? Sachant que, d’après l’ADEME, que 1 kWh électrique équivaut à 900 g de CO2, alors cela fait 2,4 tonnes de CO2 par foyer et par an pour 304 W par foyer, soit donc 1,8 million de tonnes de CO2 par an pour 2 TWh/an. Ce qui est assez différent des 250 000 tonnes annuelles annoncées…

Petites erreurs ou négligence ? Je ne juge personne. Mais quand on revérifie les chiffres, ça fait peur.

Les journalistes devraient être aidés par des scientifiques, des physiciens et des électriciens. C’est même nécessaire.

© 2013 John Philip C. Manson