Philosophie : La science est-elle une idéologie ?

Parlons de philosophie aujourd’hui. Les sujets du Bac de philosophie, récemment révélés, ont réveillé mon vieil intérêt pour la philosophie. La philosophie est un exercice excellent, et on peut se poser des questions intéressantes.

Je vais répondre aussi précisément que possible à cette question : la science est-elle une idéologie ?

Avant d’y répondre, on doit se demander quelle est la définition du mot « idéologie ».Sur Wikipedia, on peut lire ceci : une idéologie est, au sens large, la science d’un système d’idées imaginées. L’idéologie s’accompagne de croyances, de notions, d’opinions, de convictions et est parfois constituée en doctrine.

Une idéologie reflète l’ensemble des idées subjectives issues de la pensée humaine, ces idées réunissent les croyances politiques, religieuses, morales, économiques, sociales ou culturelles. Par exemple, la doctrine du régime nazi est une idéologie fondée sur le racisme et l’antisémitisme. Le New Age, quant à lui, est une mouvance dont l’idéologie est basée sur le syncrétisme de diverses croyances qui peuvent se contredirent entre elles.

Mais la science est-elle une idéologie ? Au cours du Siècle des Lumière, la science pris un essor important. Les sciences sont une voie qui entre en opposition avec les superstitions de l’époque. S’instruire, et connaître de nouvelles découvertes fait (peut-être) reculer les croyances, l’information remplace le faux. Mais on a été jusqu’à placer la science comme un absolu, ce que l’on appelle le scientisme. C’est là que commence l’idéologie.

Qu’est-ce qu’une science ? Toute science repose sur la méthode scientifique dont le but est de découvrir et comprendre les phénomènes naturels (physique, chimie, astrophysique, biologie, etc…). Les sciences sont consacrées à la découverte des lois de la nature, elles échappent donc à toute idéologie. Une idéologie, elle, est déterminée de façon subjective et arbitraire. Penser par exemple que « l’homosexualité est sale, qu’elle est une maladie, et qu’elle est le Mal », c’est une idéologie morale. Il ne faut pas oublier que l’OMS avait classé jusqu’en 1990 l’homosexualité parmi les maladies mentales. En effet, jusqu’à il y a un peu plus de vingt ans, l’homosexualité était encore considérée comme une pathologie psychiatrique. Depuis, les choses ont heureusement évolué. Ce n’est pas la médecine qui avait motivé ce classement discriminatoire, mais une idéologie. De même, jusqu’à tardivement, la masturbation avait été considérée comme déviante. De fait, la psychologie, par ses incertitudes et sa subjectivité, n’est pas une science. Souvenons-nous de l’expérience de Rosenhan (https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Rosenhan). Ou selon un point de vue plus nuancé : la psychologie, sérieuse à la base, est mal interprétée voire manipulée par certains de ses représentants. Les dérives de la psychologie ont conduit au développement de la psychanalyse, dont les fondements pseudoscientifiques font qu’elle n’est pas une science mais une idéologie : la psychanalyse se base sur des anecdotes, de la littérature, des affirmations, mais pas sur des faits objectifs vérifiables.

Autour de la question à propos de la psychologie, de la médecine et de la santé : qu’est-ce qu’une maladie ? Une maladie est une affection qui provoque une souffrance à une personne, ou qui cause une souffrance à son entourage. L’on n’est pas malade si l’on ne souffre pas et si l’on ne fait pas souffrir autrui. Être dépressif, ou être paranoïaque, on souffre de ces troubles, donc on est malade. Un homme qui frappe sa femme et la domine, cet homme cause de la souffrance, il est donc malade.Mais être gay, aimer une personne du même sexe, être heureux et vivre à deux, connaître et vouloir le bonheur c’est être sain. Cependant, les homophobes semblent obsédés par ce que peuvent faire les gays, les homophobes ne pensent qu’à ça, ça les obsède, ça les ronge jusqu’à devenir violents et commettre des agressions. Être homophobe (ou raciste) et être asocial à cause de cela, c’est être malade.

Être en bonne santé, ou être « normal », est ce qui est statistiquement fréquent naturellement, pas ce qui est défini selon des critères moraux ayant dérapé dans l’idéologie.

Il y a un philosophe, Kant, qui évaluait la valeur morale d’un acte selon le désordre que celui-ci provoquerait dans la société. Si tout le monde volait, ou tuait, ce serait terrible, donc voler ou tuer est immoral. Si tout le monde se vengeait dès qu’il en a envie, alors la vie serait impossible. En ce sens, la passion extrême est immorale.

Je prends moi-même l’exemple de la vérité : si tous le monde disait la vérité en toute franchise, les gens découvriraient qu’ils ont de faux amis, des faux-culs, les pensées d’autrui seraient connues, des vérités très dures à entendre, et là aussi la vie sociale serait impossible, ça deviendrait la guerre civile. Donc dire la vérité est-il immoral ?

L’intérêt de la question morale : doit-on fonder la morale dans le cœur ou dans la raison ?

La notion de maladie est relative. Dans l’Union soviétique de Staline, par exemple, les prisonniers politiques étaient parfois internés abusivement comme paranoïaques, afin de s’en débarrasser. De même, il est toujours possible de nos jours de faire interner une personne de force, de la bourrer de médicaments. Il suffit pour cela d’une demande manuscrite et d’un certificat médical. Les internements sont très souvent justifiés, mais le risque zéro n’existe pas : il peut toujours y avoir des erreurs ou des abus.

Pour revenir à la notion de scientisme, où la science est placée comme une autorité absolue, il s’agit aussi d’idéologie. On parle de positivisme quand la science est érigée en vérité. Il y a des années autrefois, je pensais à tort que la science était essentiellement fondée sur la vérité.

Quand j’ai découvert le philosophe Karl Popper, je n’étais pas d’accord tout de suite avec lui. C’était un choc, une nouveauté. Mais j’ai progressivement pris conscience que l’épistémologie de Karl Popper est ce qu’il y a de mieux actuellement pour construire la méthode scientifique, avec discernement et objectivité, où la science est importante, sans nier le fait qu’elle a elle-même des limites. L’épistémologie de Popper repose sur un critère : la réfutabilité. Avec ce critère, la science procède par élimination : si une hypothèse se révèle fausse selon les expériences ou les observations, alors l’hypothèse dite falsifiée (ou réfutée) est rejetée, abandonnée. Mais ce qui confère le caractère scientifique d’une hypothèse, c’est la possibilité de pouvoir la réfuter. L’épistémologie de Popper n’est pas une idéologie, puisqu’il s’agit d’une méthode plutôt qu’une doctrine : on cherche objectivement à invalider des hypothèses scientifiques afin d’éprouver leur solidité, les théories scientifiques se construisent par élimination au lieu d’être érigées péremptoirement comme des vérités immuables comme le font certains…

Cela nous amène à une nouvelle question : est-ce que l’éducation et l’instruction sont une idéologie ? Oui, si celles-ci contiennent une idéologie sous-jacente qui est autre que le principe d’informer. L’école laïque promeut la neutralité et l’égalité. Quand on trouve par exemple des éléments bibliques dans des cours d’Histoire, ce n’est pas de l’Histoire, mais plutôt de la culture religieuse, ce qui n’est pas du tout pareil. Diffuser des mythes en les posant comme des vérités irréfutables, voila une situation d’idéologie.

L’un des principes fondateurs de Wikipedia est la neutralité, afin d’éviter que chaque contributeur vienne y rédiger ses propres doctrines, son idéologie, et ses réflexions personnelles. En ce sens, Wikipedia se régule lui-même afin d’éviter le glissement vers des idéologies. Sans règles, Wikipedia deviendrait rapidement un repaire de publicitaires, une vitrine commerciale, voire un inventaire de diverses pensées sectaires… Essayez de créer un site dans lequel n’importe qui écrit librement n’importe quoi, en disant que l’unique règle est qu’il n’y a pas de règles, imaginez ce que cela donnerait comme bordel : effacements compulsifs, réécriture permanente par différents auteurs, idéologies, apologies, insultes… Un peu comme un mur tagué.

Pour revenir à la science et la notion d’idéologie, il faudrait parler d’un fait : la technologie semble prendre de l’importance face à la science tout court. On assiste à l’émergence d’une technologie débridée propre à notre société de consommation. Nous, les consommateurs, on achète des gadgets, des smartphones et leurs applis, des objets connectés, tout ça, et on ne jure plus que par ça. Dans les rues, je vois des gens dont l’attention est absolument focalisée sur un écran de téléphone mobile, chaque fois que je croise quelqu’un… Cela devient même inquiétant. La technologie est-elle devenue, par certains aspects, une idéologie ?

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La science se laisse bouffer par la technologie. On commence à être survolés par des drones. Jusqu’à être filmés dans les chiottes et la salle de bain ? L’obsession de la sécurité, des caméras de surveillance partout (ça n’empêche pas le terrorisme), le mépris des libertés individuelles, voila une autre idéologie.

On le voit, la philosophie amène diverses réponses, et soulève aussi de nouvelles questions.

 

© 2016 John Philip C. Manson

 

 

 

 

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Deux tiers des études en psychologie ne sont pas expérimentalement reproductibles

 

  • « Des événements singuliers non reproductibles n’ont pas de signification pour la science. »  (Karl Popper)

En effet, environ les deux-tiers des publications d’études en psychologie ne peuvent pas être reproduites. Même la significativité des résultats est remise en question. C’est flagrant. De quoi douter de la scientificité de la psychologie. C’est une fâcheuse manie qu’on les journalistes de voir des sciences partout, quand certaines n’en sont pas concrètement, selon l’exigence des critères des sciences exactes et les sciences exprimentales.

La psychologie, une science ? Ah, ah ah…

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Physique quantique, mysticisme et métaphysique

Bonjour à tous. Ceci n’est présentement pas un article, mais une réponse de dialogue via Facebook, étant donné que mon blog a cessé son activité depuis fin décembre 2013. Au fait, bonne et heureuse année 2014 à tous !

SP
Bonjour. Ayant interrompu mon activité de blogueur, je vous réponds avec un peu de retard. Actuellement en déplacement pour cause de début de projet professionnel, je n’ai pas de ligne internet permanente, je surfe très occasionnellement sur internet via téléphonie mobile qu’environ 5 à 10 minutes par jour (les tarifs de la 3G sont prohibitifs et dissuasifs, oouuuhhh !). Mais j’ai pris exceptionnellement le temps de répondre à votre message.

Tout d’abord, je partage complètement votre point de vue sur l’état actuel de la vulgarisation scientifique, il existe comme un recul, une démission, par rapport à cette démarche importante. La perte d’intérêt des jeunes pour les sciences sont la cause et la conséquence de cet échec. Il faudrait enrayer cet échec. Mais on ne peut pas non plus forcer les jeunes à aimer ce qu’ils n’aimeront pas ni ce qu’ils ne voudront jamais aimer.

La science était autrefois perçue comme le moteur du progrès, de l’émancipation, une victoire contre l’ignorance et les dogmes. De nos jours, la science tend à être soit décrédibilisée (parce qu’elle est parfois instrumentalisée par la politique), soit rejetée parce qu’elle est perçue comme une menace contre les ressources naturelles à cause de l’ère industrielle, voire même dénaturée de son contexte par les charlatans qui se proclament de la « science » pour vendre leurs doctrines fantaisistes. Je pense personnellement qu’il faut un nouveau souffle : un renouveau du siècle des Lumières, le retour à la raison pour contrer les superstitions et l’aliénation de l’esprit humain victime de l’emprise des croyances inégalitaires et liberticides.

Je constate notamment une baisse de qualité de la vulgarisation depuis les années 1980, mais il existe cependant des exceptions, comme le livre de Normand Baillargeon (« Petit cours d’autodéfense intellectuelle») qui présente un contenu assez intéressant. Le tort de l’enseignement est de présenter les mathématiques comme une discipline incontournable pour la sélection tout en laissant penser que c’est une discipline inutile. Or les maths sont loin d’être inutiles : pour ne citer que quelques exemples, elles permettent par exemple la sécurité des systèmes bancaires grâce à la cryptographie, elles permettent de déchiffrer le code Enigma pendant la Seconde Guerre Mondiale contre les nazis grâce aux talents du mathématicien Alan Turing, et aussi les maths permettent de détecter des contre-vérités dans les médias. Il faut rendre les sciences plus attractives sans risquer de dénaturer le sens de leur contenu, ni sans prendre le risque de prendre une quelconque indépendance avec la méthode scientifique (à moins d’avoir innové dans une méthode plus efficace, mais j’en doute).

L’enseignement des sciences doit permettre de créer des vocations scientifiques, cela est impératif à l’heure actuelle où les effectifs dans les facultés des sciences sont en baisse depuis une quinzaine d’années. Créer des vocations sans pour autant dénaturer les critères qui définissent la science. La vulgarisation scientifique comporte parfois des maladresses qui entraînent des erreurs d’interprétation chez le public. Un exemple classique : le Big Bang est souvent présenté à tort comme une explosion de matière qui remplit un espace vide, alors que le Big Bang concerne l’expansion de l’espace.

Vulgariser la science est une mission très difficile. Avoir des connaissances ne suffit pas, il faut avoir un certain talent pour communiquer des savoirs au public, être compris sans trop simplifier ni dénaturer le sens des théories scientifiques.

Le scepticisme scientifique part d’une bonne intention, comme vous le dites, mais ce scepticisme scientifique fait partie de la méthode scientifique, c’est une nécessité, et vous le savez. On formule une hypothèse, puis on réalise une expérience pour évaluer l’hypothèse, l’hypothèse est ensuite confortée par l’expérience ou bien elle est infirmée par l’expérience. Le caractère potentiellement réfutable d’une hypothèse définit son caractère scientifique. C’est un critère épistémologique, défini par Karl Popper, et parmi d’autres épistémologies possibles, mais c’est actuellement la méthode la plus pertinente et la plus efficace, parce que ça marche.

S’il est vrai que certaines associations ou lobbies peuvent être motivés par l’appât du gain, la notoriété, la mystification ou la manipulation, il ne faut guère généraliser non plus, et il faudrait donner une argumentation plus claire en citant des exemples concrets. L’erreur est humaine, les êtres humains sont faillibles, même les scientifiques les plus intègres peuvent commettre eux-mêmes des erreurs méthodiques. Nul n’est à l’abri des erreurs et de la tromperie. En ce sens, l’esprit critique peut s’appliquer aussi bien à l’encontre des sceptiques qu’aux cibles des sceptiques, les êtres humains sont égaux.

Si au premier abord, la zététique se présente comme une méthode intéressante, elle reste cependant circonscrite à un domaine d’études trop restreint : le surnaturel et le paranormal. Je suis plutôt favorable à une palette beaucoup plus large de sujets d’études : pas seulement le paranormal, mais aussi d’autres thématiques comme par exemple les fraudes scientifiques, les contre-vérités véhiculées par le journalisme (dont les tentatives de vulgarisation scientifique peuvent être très maladroites).

Bien des publications se limitent à la vulgarisation scientifique de théories connues, en décrivant les grandes lignes. Mais il faut surpasser cela. Il faut présenter des analyses critiques objectives de ces théories. C’est-à-dire que les théories scientifiques sont présentées à tort comme des vérités, alors qu’au sens épistémologique elles ne sont qu’une représentation faillible et provisoire de la réalité physique. De même, il faut réinventer le journalisme : la presse grand public diffuse quotidiennement des « informations » plus ou moins en rapport avec les sciences, et lorsque l’on vérifie les chiffres, les données quantitatives (quand il y en a), l’on constate souvent des erreurs que beaucoup de lecteurs ne daignent pas signaler parce qu’ils auront interprété les textes comme des vérités qu’ils ne pensent pas à les remettre en question.

Le scepticisme scientifique, à travers les évaluations des connaissances par des outils efficaces (comme les mathématiques et les expériences scientifiques), est une démarche légitime et nécessaire.

Mais lorsque ce scepticisme devient hypercritique quand la subjectivité remplace l’objectivité, ce scepticisme devient abusif quand il cherche à tout nier.
Mais le scepticisme scientifique, lorsqu’il est bien conduit, à travers une démarche rigoureuse et objective, vient souvent à réfuter des « théories », celles-ci s’écroulant comme des châteaux de cartes. Et ceux qui ont pris le parti de croire à ces théories (ou plutôt ces croyances) en gardent fréquemment un goût amer et vindicatif. Ainsi, je suis surpris et étonné lorsque vous citez l’AFIS et les Sceptiques du Québec comme faisant partie d’une mouvance caricaturale et pernicieuse. Je lis occasionnellement le magazine de l’AFIS, et en général leurs textes sont de qualité et font souvent un résumé détaillé des problématiques. Cependant, il existe d’autres magazines de vulgarisation scientifique (avec des titres racoleurs) qui sont plus appropriés à recevoir un blâme (j’en ai parlé à plusieurs reprises dans mon blog).

Le scepticisme scientifique ne consiste pas à nier et tout rejeter en bloc. Le scepticisme ne combat pas des idées a priori. Le doute fonctionne selon un principe clair : si une hypothèse ne colle pas avec des observations ou des expériences, l’hypothèse est rejetée et abandonnée ; mais l’hypothèse est retenue comme crédible (sans pour autant passer pour une Vérité) si elle reste cohérente avec les faits (à condition qu’il y ait une causalité). Je comprends bien la situation des croyants qui se sentent lésés par des critiques, parce que leurs croyances auront été mise en échec face à la méthode scientifique. Les connaissances sont accessibles au moyen de la méthode scientifique, tandis que les croyances (souvent bourrées de contradictions) sont une option qui donne le meilleur moyen de se tromper…

En ce qui concerne la physique quantique, j’ai écrit plusieurs articles à ce sujet dans mon blog. En résumé, la physique quantique est une théorie scientifique crédible qui décrit la dynamique des particules à l’échelle subatomique. C’est une théorie qui peut conduire à de nombreux débats philosophiques, c’est vrai. En science, on teste des hypothèses pour construire une théorie, ou pour la modifier, ou même parfois pour l’invalider. La science procède par élimination, par tri, par une constante remise en question, et cela est nécessaire, sinon il n’existerait pas de théories scientifiques, ni même d’évolution des connaissances.

Vous percevez la physique quantique comme devant prouver un concept métaphysique. Vous évoquez ici du problème de la dualité esprit/matière. Sur le plan philosophique, je suis plutôt en faveur du matérialisme, non pas par choix esthétique, mais par tout ce que je connais actuellement des sciences depuis de longues années. Philosophiquement, d’autres points de vue sont plausibles, mais je ne vois de connaissances objectives qu’à travers des faits observables, au moyen de preuves directes ou indirectes, car la réflexion et la raison seules ne suffisent pas. Philosophiquement, je considère l’esprit (ou plutôt la conscience) comme une conséquence, un effet, de la matière. Certains affirment que l’esprit précède la matière tandis qu’il ne peut a priori exister d’esprit sans matière. Mais un argumentaire a peu de valeur en l’absence de preuves concrètes. Pour parler des faits : plus un cerveau (réseau de neurones) est lésé et endommagé, plus la conscience est gravement altérée, voire détruite, c’est ce que l’on observe. Quant aux phénomènes de dédoublement de la conscience à travers ce qu’on appelle le «voyage astral», cela est expliqué par la chimie : la kétamine et les endorphines peuvent produire des modifications de la conscience. Récemment, j’ai eu connaissance d’une étude publiée par des chercheurs de l’université du Michigan à propos des cas de décorporations lors de «mort imminente» et qui met en évidence un comportement du cerveau qui pourrait générer cette impression paranormale, rapprochée du « paradis » par des milliers de patients « ressuscités » après une mort clinique. Un phénomène chimique fait que le cerveau mélange tout, générant une expérience unifiée et homogène. La réaction cérébrale découlerait du choc physiologique provoqué par l’arrêt cardiaque. En analysant l’activité cérébrale de rats au moment de leur mort, les chercheurs se sont aperçus que l’activité cérébrale, loin de s’arrêter net par manque d’oxygène, s’intensifiait de façon exceptionnelle dans les trente secondes qui suivent l’arrêt du cœur.

En bref, j’ai évoqué la physique quantique selon le plan scientifique, puis son implication avec la conscience sur le plan philosophique. Ce que je peux dire de la théorie quantique, c’est qu’elle est en accord avec les expériences et les observations ; je n’ai pas d’avis tranché sur le plan philosophique sur la question : il existe plusieurs interprétations sérieuses et crédibles de la physique quantique. Laquelle de ces interprétations est la bonne ? Je n’en ai pas la moindre idée. Mais concernant les interprétations mystiques et irrationnelles de la physique quantique, on sort complètement du cadre de la science et cela ne sert à rien.

Mais lorsque vous affirmez que la physique quantique est en accord avec une conception métaphysique, on sort du cadre de la méthode scientifique pour entrer dans celui de la métaphysique. Que vaut la métaphysique ? Quelles connaissances (ou au contraire quelles réfutations) la métaphysique peut-elle apporter ? C’est une question à laquelle je n’ai pas vraiment de réponses.

Quand vous dénoncez des charlatans du mysticisme quantique, vous avez raison sur ce point. J’ai évoqué le thème du mysticisme quantique dans le but de dénoncer les interprétations farfelues de la physique quantique, interprétations qui relèvent du mysticisme, de la pseudo-science ou de la métaphysique. Ce qui fait l’intérêt de la science, sa valeur, c’est le caractère potentiellement réfutable d’une hypothèse pour que celle-ci ait une nature scientifique. En ce sens, je suis en faveur de l’épistémologie de Karl Popper, sans pour autant me ranger dans un dogmatisme illusoire. Sur le thème du mysticisme quantique, j’ai voulu dénoncer les interprétations farfelues qui entraînent des dérives idéologiques. Ces dérives surfent sur la mode actuelle du New Age. Le New Age a l’une des caractéristiques suivantes : tout se vaut, malgré les contradictions ; cette mouvance crée des amalgames inadaptés et inappropriés, en formant des syncrétismes religieux, mystiques, idéologiques. Ainsi, le New Age ne craint pas de mélanger abusivement la science avec les croyances les plus diverses, elle crée des amalgames fantaisistes, elle dénature la science.

Je pensais que vous étiez d’accord avec moi quand vous dénoncez les charlatans du mysticisme quantique. Mais vous-mêmes faites l’amalgame entre la physique quantique et le phénomène de la conscience. Peut-être qu’à l’avenir les ordinateurs quantiques pourront permettre de construire une intelligence artificielle équivalente à l’esprit humain pour que la question soit prise au sérieux, mais pour le moment cela relève de la spéculation et non d’une véritable théorie quantique de la conscience. On ne sait pas ce que le futur réserve.

La physique quantique ne prétend pas décrire un univers mystique, ni métaphysique, ni même spiritualiste, et n’est pas non plus en rapport avec la psychologie et la place de l’Homme dans l’univers. Je fais franchement la distinction entre le contentement des connaissances actuelles que nous avons (sans nier de nouvelles hypothèses réfutables, ni sans nier qu’un jour il existera une véritable théorie quantique scientifique de la conscience car on n’est sûr de rien) et l’espoir de voir d’éventuelles croyances validées par la science un jour (croire n’est pas nécessaire, mais (pour citer Henri Poincaré) j’admets que c’est par l’intuition que nous trouvons MAIS (et surtout) c’est par la logique et les expériences que nous prouvons). Pour résumer, je prend au sérieux le critère épistémologique de démarcation (entre la science et la non-science), parce qu’à travers mon parcours personnel il m’a démontré son utilité et sa nécessité. Il y a rupture entre science et croyance.

Évidemment, je ne mets pas au même niveau les métaphysiciens (qui sont des philosophes) et les gourous qui récupèrent et dénaturent la science dans le but de tromper. Les métaphysiciens ne sont pas des gourous ni des charlatans. Ce sont des penseurs. L’attitude scientifique, c’est vouloir tester une idée et la comparer avec des phénomènes physiques. Je ne fais que rappeler la nécessité d’une démarcation, parce que la spéculation métaphysique, la science et l’imposture du New Age ne se basent pas du tout sur la même méthode ni la même approche. Il existe une différence entre CONCEPT et OBSERVATION. J’oriente mes concepts philosophiques selon les connaissances actuelles données par la science. J’aurais beaucoup de mal à me satisfaire de concepts (esthétiques ou élégants) qui n’auront pas été comparés avec des connaissances scientifiques, car sinon ces concepts s’apparenteraient à des croyances. Un concept abstrait comme les nombres premiers par exemple, est indépendant des phénomènes de la physique, cela ne pose pas de problème. Mais lorsque qu’un concept a un lien avec la physique ou les sciences de la nature, par exemple la sourcellerie et la radiesthésie, on se doit de comparer ces concepts avec la réalité présentée par le terrain. J’avais personnellement expérimenté la radiesthésie il y a plus de 20 ans, d’abord avec enthousiasme, puis le scepticisme a pris le dessus, parce que l’expérimentation m’a appris une bonne leçon : la radiesthésie est la conséquence de l’effet idéomoteur, et des tests comparatifs avec le hasard m’ont montré que la radiesthésie ne fait pas de meilleur score que le hasard. On ne naît pas sceptique, on le devient. Il devient plus dur ensuite de redevenir un croyant, voire même que c’est devenu impossible. Le doute n’est pas un choix arbitraire, ni dogmatique, ni sectaire ; le doute est la conséquence d’observations. Apprendre à observer, et avoir le courage de remettre des concepts en question. C’est un travail difficile, mais cela en vaut la peine. Le doute m’a permis d’en apprendre plus,  plutôt qu’à travers l’espoir que suscitent les concepts s’ils avaient été (désirés comme) vrais a posteriori.

Comme le disait Philip K. Dick : la réalité c’est ce qui reste et subsiste quand on cesse d’y croire. J’ai personnellement appris à me méfier des concepts. La vraie valeur de la construction des connaissances n’existe qu’à travers la méthode expérimentale. Isaac Newton disait que la conviction n’est le fruit que de la preuve… malgré le fait que Newton eut toutefois pratiqué l’alchimie… (mais au moins il a essayé). Il faut pouvoir évaluer des concepts, tester leur solidité par rapports aux faits. Les mathématiques peuvent n’avoir qu’elles-mêmes comme objet d’étude, indépendamment des phénomènes physiques, elles sont une pure abstraction non dénuée d’intérêt. Mais des théories scientifiques, en physique, en chimie, ou en biologie, cela repose essentiellement sur des observations et des expériences, c’est une contrainte à laquelle l’on ne peut pas s’en affranchir. Il faut nécessairement du concret dans les sciences de la nature. Si la métaphysique et la physique quantique sont cohérentes entre elles, il faut pouvoir le prouver avec des liens de causalité. La conscience est-elle quantique ? C’est une question à caractère scientifique car il est possible de concevoir des expériences pouvant conduire à des tests d’hypothèses réfutables (via les ordinateurs quantiques, avec des simulations informatiques). Mais c’est un domaine qui émerge à peine, c’est encore trop tôt, il va falloir patienter peut-être quelques décennies. L’avenir nous le dira (peut-être).

La science se base sur une méthode rigoureuse et exigeante, mais cela n’empêche pas de voir apparaître de nouvelles théories crédibles et intéressantes à travers une diversité d’hypothèses, pourvu que ces hypothèses-là aient la possibilité d’être réfutables (il faut pouvoir les réfuter, donc permettre qu’elles puissent être a priori fausses). De plus, il ne faut jamais nier l’existence d’incertitudes.

En ce qui concerne Jacques Lavau, je l’ai cité à travers sa citation suivante : «La science se distingue de tous les autres modes de transmission des connaissances, par une croyance de base : nous croyons que les experts sont faillibles, que les connaissances transmises peuvent contenir toutes sortes de fables et d’erreurs, et qu’il faut prendre la peine de vérifier, par des expériences.»   Sa citation est pertinente, elle résume la méthode scientifique à travers une attitude prudente et un certain recul. Mais si monsieur Lavau faisait polémique, je n’en ai pas eu connaissance, et je ne le connais pas personnellement. Là aussi, comme votre avis pour l’AFIS, je suis un peu étonné de votre point de vue. Cela m’aurait été plus clair si je savais ce que vous reprochez à monsieur Lavau, aux zététiciens et à l’AFIS.

Éprouveriez-vous un rejet du scepticisme scientifique parce que vos idées n’auraient pas été prises au sérieux ? Il peut arriver que des sceptiques commettent des maladresses. C’est humain. On ne peut pas toujours rester constamment objectif. Les sceptiques ne sont pas vraiment supérieurs aux crédules, ils essaient juste d’être plus prudents mais certains sceptiques peuvent basculer dans la paranoïa aussi bien que les gourous qui, eux aussi, se sentent persécutés. 😉  Je ne serai pas étonné que des scientifiques pratiquent une activité artistique parallèlement. Les êtres humains ne sont pas formés que de raison (il m’arrive de prendre du recul même par rapport à la science, et c’est ce que j’ai fini par faire récemment). Mais la raison manque cependant à beaucoup d’humains…

Comme le disait Blaise Pascal : « Deux folies : exclure la raison, et n’admettre que la raison ».

Cordialement.

John Philip C. Manson, le 12 janvier 2014.

La science est la croyance en l’ignorance des experts

  • Mon blog touche à sa fin. Je publie ici le dernier article dont le thème est un lien ci-dessous : c’est une traduction par le Dr Goulu d’un texte du professeur Richard P. Feynman. 

Le texte de Feynman est relatif à la faillibilité des savoirs et ce qui fait la science. Ce qui fait la science, ce ne sont pas les mots que l’on met sur les choses, mais l’expérience des choses.

Ce que montre Feynman est formulé différemment par rapport à l’épistémologie de Karl Popper (sur la potentialité de réfutabilité des hypothèses scientifiques), mais c’est sur le même principe. C’est très bien que le Dr Goulu ait publié ce texte.

Feynman explique que l’on est jamais sûrs de rien. En ce sens, comme je l’avais déjà raconté dans mon blog : la science est fondée sur des expériences et des observations, mais pas sur la confiance envers des opinions, ou des experts, ou des idéologues. Cela peut paraître choquant pour certaines personnes qui ont une préférence pour des vérités définitives et immuables, mais c’est la Nature qui fait ce que les choses sont (et on apprend à mieux connaître la Nature si possible, avec des expériences), ce ne sont pas les experts qui décident ce que doit être la Nature. Ce n’est pas le jargon qui fait la science, mais ce que l’on fait sur le terrain. Cela ne signifie pas la relativité des savoirs où toutes les opinions se valent (comme le pensait Feyerabend et le postmodernisme intellectuel et, aujourd’hui, un certain négationnisme antiscientifique), l’expérimentation a prévalence sur les mots eux-mêmes. Des mots sans exploration du problème, sans l’approfondissement d’une idée, sans des observations concrètes, ne veulent rien dire et n’enseignent rien.  «Qu’est-ce qui fait bouger ce jouet ?» «L’énergie». Mettre le mot « énergie » sur une chose n’apporte guère la compréhension du phénomène.

Les mots sont le propre de l’Homme, et l’être humain est faillible.

Selon moi-même, ce qui fait un livre de science ou de vulgarisation scientifique, c’est un livre qui montre comment réaliser des expériences ou qui explique comment des expériences ont été conduites (c’était le cas de Science-et-Vie jusqu’à la fin des années 1990, avec les rubriques «l’informatique amusante» et la «chimie amusante» et la «biologie amusante»). Mais un livre rempli uniquement de mots, sans inciter et encourager à expérimenter par nous-mêmes, n’est pas vraiment un livre de science.

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« Nous ne pouvons pas définir n’importe quoi précisément. Si nous y tentons, nous allons dans cette paralysie de la pensée qui vient des philosophes…  L’un qui dit à l’autre : vous ne savez pas de quoi vous parlez ! Le second dit : que voulez-vous dire par parler ? que voulez-vous dire par « vous » ? que voulez-vous dire par savoir ? »

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« Vous pouvez connaître le nom d’un oiseau dans toutes les langues du monde, mais quand vous avez terminé, vous ne saurez absolument rien du tout de l’oiseau. Alors regardons l’oiseau et observons ce qu’il fait — c’est ce qui compte. J’ai appris très tôt la différence entre connaître le nom de quelque chose et savoir quelque chose. »

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« Ce n’est pas important combien votre théorie est belle, ce n’est pas important combien vous êtes intelligent. Si ce [votre théorie] n’est pas en accord avec l’expérience, elle est fausse. »

Bonnes fêtes de fin d’année à tous. 🙂

© 2013 John Philip C. Manson

L’expérimentation scientifique, un échec

Je découvre quelque chose sur Yahoo qui confirme ce que je pensais au sujet de l’enseignement des sciences.

Voici une copie d’écran :

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Autre copie d’écran :

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Les lycéens savent résoudre des exercices vus dans des livres, après avoir suivi un cours sur des connaissances de base. Les livres scolaires sont alors assimilables à des vérités immuables prédigérées. Mais les livres ne sont qu’un moyen indirect d’accès aux connaissances scientifiques. On ne devrait connaître que ce que on a expérimenté soi-même. La démarche scientifique est l’expérimentation : on observe des phénomènes et on réalise des mesures quantitatives, on teste des hypothèses. La science c’est cela. Mais réduire la science à des cours dirigés par des livres, c’est dénaturer ce qu’est vraiment la science. On ôte aux lycéens l’accès aux définitions de base de ce qu’est la science. Ainsi je ne suis pas étonné dans un pareil contexte que les lycéens soient si démunis quand leur professeur leur demande de réaliser un devoir basé sur des exemples de démarche scientifique. Parce que les élèves, bien qu’ils sachent faire des exercices classiques, ne savent pas ce qu’est la science par définition, à travers les critères épistémologiques. C’est une lacune que l’Éducation Nationale devrait s’efforcer de combler… Avant même d’enseigner certaines théories scientifiques, l’école devrait d’abord décrire en quoi consiste la méthode scientifique et inciter les élèves à expérimenter eux-mêmes !

© 2013 John Philip C. Manson

Crédibilité scientifique, personnage scientifique populaire et argument d’autorité

Parmi les termes de recherche utilisés pour trouver des articles dans mon blog, il y en a un qui a attiré mon attention.

  • «Hypothèse désapprouvée par Einstein»

 

Ce qui fait la science et la méthode scientifique, ce n’est pas l’avis d’un physicien célèbre. Considérer un scientifique comme un arbitre pour déterminer le vrai et le faux, ça s’appelle un argument d’autorité, ce qui n’est pas du tout un critère de scientificité.

Une hypothèse scientifique est évaluée à travers des observations et des expériences, lesquelles donnent pour résultat une réfutation qui invalide l’hypothèse ou bien un résultat cohérent qui crédibilise l’hypothèse. Les opinions humaines ne font pas partie de la méthode scientifique. Croire ou ne pas croire n’est pas scientifique, une opinion non plus. Ce sont les faits qui tranchent et qui déterminent les résultats, les faits établissent des connaissances ou ils rejettent des hypothèses fausses. Dans cette démarche, l’attitude des scientifiques est neutre, ils laissent « parler » les faits.

Une hypothèse est donc désapprouvée, c’est-à-dire invalidée, par des résultats observationnels ou expérimentaux, et eux seuls, et non pas par une opinion, jamais par une opinion.

Il est arrivé que des astrologues attribuent à Einstein une fausse citation (une citation apocryphe) en faveur de l’astrologie, et cela est une imposture. D’un autre côté, Einstein a lui-même réellement exprimé (de son vivant) une opinion très défavorable à propos de l’astrologie, il existe une lettre manuscrite à ce sujet.

Pour les détails sur cette anecdote, c’est ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/15/quest-ce-quun-debat/

Mais ni l’une ni l’autre des deux situations (pro-astro et anti-astro) n’a de valeur, parce que ce sont des expériences statistiques en double aveugle qui permettent de valider ou d’invalider la crédibilité des prédictions astrologiques, des thèmes astraux et des horoscopes. À ce jour, les faits ont montré que l’astrologie présente des scores qui ne dépassent pas significativement le pur hasard. Ce sont les faits qui font la science, pas ce que pensent ou croient les scientifiques ni les astrologues.

© 2013 John Philip C. Manson