Sur l’histoire de Vienne (Autriche)

Aujourd’hui, je vais parler d’un documentaire TV que j’ai regardé hier soir le 30 avril 2014.

Voici le synopsis :

Vienne

Ce documentaire sur l’histoire de Vienne, en Autriche, fut intéressant.

Il évoqua la dynastie des Habsbourg qui régna longtemps sur l’Europe. Mozart, Beethoven et Klimt furent des artistes marquants. Bien sûr, des personnages politiques fameux comme la reine Marie-Antoinette, et l’Aiglon (le fils de Napoléon), et l’impératrice Sissi, sont incontournables.

Le documentaire parla de la chute des Habsbourg et la montée du nazisme, et l’Anschluss, avec l’avènement de l’abominable Hitler, lequel peignit des aquarelles à Vienne mais qui eut échoué pour entrer aux Beaux-Arts.

Ce documentaire intéressant comporte cependant une lacune importante, et c’est un devoir d’en parler, parce qu’il manque des faits qui font pourtant partie de l’histoire de Vienne. Ainsi, le documentaire n’a pas abordé le Cercle de Vienne, qui était un club important réunissant des savants et des philosophes. Le programme du Cercle de Vienne était l’empirisme logique.

La tendance y était à l’empirisme logique (ou « positivisme logique »), et était influencée par Ernst Mach (dont, après Ludwig Boltzmann, Schlick était le successeur à la chaire de philosophie des sciences), Ludwig Wittgenstein, Bertrand Russell, George Edward Moore, David Hilbert, Henri Poincaré, Albert Einstein, Karl Popper (qui fut admis comme « l’opposition officielle » à la Théorie de la connaissance défendue par le Cercle, mais qui n’en fut jamais membre. Dans « La quête inachevée », Popper s’attribue même le meurtre du positivisme logique défendu par le Cercle de Vienne), Gottlob Frege. Il n’y a pas d’unité de pensée dans le Cercle, et celui-ci se caractérise moins par des dogmes que par un programme commun.

Le Cercle développe en effet ce qu’il appelle une « conception scientifique du monde », dont trois éléments majeurs sont à peu près partagés par tous les membres.

  1. Les sciences doivent être unifiées dans le langage de la physique (réductionnisme des sciences empiriques) ou de la logique (logicisme), car toute connaissance est soit empirique soit formelle.
  2. La philosophie est une élucidation des propositions scientifiques par l’analyse logique ; elle se réduit à une théorie de la connaissance.
  3. Cette conception affirme que beaucoup d’énoncés métaphysiques sont dépourvus de sens (Unsinnig): les problèmes philosophiques traditionnels auraient été mal posés, et leurs solutions auraient été exprimées inadéquatement. C’est par exemple la thèse principale de Ludwig Wittgenstein, formulée dans le Tractatus logico-philosophicus: la plupart des énoncés métaphysiques seraient dépourvus de sens ; lorsqu’ils ne le sont pas, ils ne portent pas sur le monde, mais sur le langage (conception partagée par Rudolf Carnap en 1934).

 

Le Cercle de Vienne est marqué par une tragédie qui entraîna la dispersion du club. Moritz Schlick était un philosophe allemand berlinois, physicien de formation (il étudia la physique sous la direction de Max Planck), il est l’un des fondateurs du positivisme logique, qualifié de « maître à penser du Cercle de Vienne», il est l’un des premiers philosophes « analytiques ». Il mourut à Vienne le 22 juin 1936, assassiné par un de ses anciens étudiants, de plusieurs coups de pistolet en pleine poitrine sur les marches de l’Université de Vienne. L’ignoble assassin, Johan Nelböck, fut très vite libéré et devint un membre du parti nazi autrichien après l’Anschluss… Pourtant, Schlick n’était même pas israélite. Mais les intellectuels (communistes, savants ou artistes) étaient eux aussi pris pour cible…

 

J’ai voulu expliquer ici que le documentaire n’avait pas abordé ce sujet majeur, et que cela ne devait pas être oublié, parce que ça fait partie de l’histoire de Vienne. Le physicien viennois Ludwig Boltzmann fait lui aussi partie de l’histoire de Vienne, il est le fondateur de la physique statistique, un domaine passionnant. Les conceptions de Boltzmann ont exercé une influence décisive sur le positivisme logique du Cercle de Vienne, ainsi que sur Ludwig Wittgenstein qui reconnaîtra en Boltzmann l’une de ses influences principales.

La pensée du Cercle de Vienne, avec la nuance apportée par la contribution de Karl Popper, est un héritage qui a influencé la science moderne. C’est cette influence qui m’a orienté dans la philosophie des sciences, l’histoire des sciences, et l’épistémologie. C’est même à l’origine de mon intérêt pour les critères de la scientificité et le concept de réfutabilité, et même à l’origine de l’existence de mon blog, avec mon leitmotiv qui est l’exercice de l’esprit critique.

 

Comment un bon documentaire télévisé a t-il pu passer à côté de ce mouvement important que fut le Cercle de Vienne ? Qu’est-ce qui justifie cet oubli ?

 

© 2014 John Philip C. Manson

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Des propriétés avec les décimales du nombre pi ?

J’ai vu quelqu’un qui s’étonne du fait que la somme des 20 premiers chiffres du nombre PI (en base décimale)  soit égale à 100. Cet émerveillement peut paraître naïf, mais il soulève cependant un questionnement scientifique intéressant.

Alors, est-ce que la somme des 20 premiers chiffres du nombre PI a une propriété extraordinaire ? Un chiffre rond comme résultat peut paraître être une étonnante propriété.

Le meilleur témoin dans une comparaison statistique, c’est le hasard. Avec l’informatique, le hasard peut être testé grâce aux algorithmes.

J’ai conçu un programme qui fait des sommes avec 20 chiffres aléatoires.

Voici le code source :

#!/usr/bin/perl
# Proba que somme des 20 premiers chiffres en base decimale soit egale a X

$lim = 10000;
for ($x = 0; $x <= 200; $x++)
{
$proba = 0;
for ($essai = 1; $essai <= $lim; $essai++)
{
$somme = 0;
for ($chiffres = 1; $chiffres <= 20; $chiffres++)
{
$somme = $somme + int(rand(10));
}
if ($somme == $x)
{
$proba++;
}
}
print « Probabilité pour que la somme des 20 premiers chiffres (base 10) \nsoit égale à $x : $proba sur $lim.\n »;
}

La probabilité pour que la somme des 20 premiers chiffres aléatoires (en base décimale) soit égale à 100 est d’environ 2,3%. Avec l’exemple du nombre PI, un tel résultat n’est pas vraiment curieux comme propriété mathématique.

Ce qui est même plus probable, c’est que la somme soit égale à une grandeur comprise entre 80 et 92, valeur de somme légèrement plus probable (de 3% à 5%) que celle de la somme égale à 100 (de 2% à 3%).

Supposons ensuite qu’un mathématicien dispose de 3 nombres transcendants obtenus au hasard : la probabilité pour que chacun de ces 3 nombres transcendants ait une somme des 20 décimales égal à 100 est d’environ 1 sur 82190. Probabilité faible, mais non nulle, donc suffisamment grande pour écarter la rareté extrême prétendue de ladite propriété. Le nombre PI ne fait donc pas exception à cette particularité, d’autres nombres (transcendants ou irrationnels) peuvent avoir leurs 20 premiers chiffres dont la somme vaut 100. Parmi 43 ou 44 nombres irrationnels ou transcendants, on en trouve 1 qui ait cette même propriété que le nombre PI.

 

Cependant, comme il est question ici des 20 premiers chiffres d’un nombre irrationnel ou transcendant, la quantité de nombres qui aient la même propriété que le nombre PI est finie.

J’estime qu’il existerait environ 2,3×10¹⁷ nombres ayant ladite propriété (la somme des 20 premiers chiffres qui est égale à 100). Cette valeur est relativement proche de celle du nombre de permutations possibles des 20 chiffres composants ces nombres (20! = 2,4329×10¹⁸).

 

© John Philip C. Manson

Ma position par rapport au mouvement des Brights

Le Mouvement des brights regroupe des individus qui portent sur le monde un regard « naturaliste », c’est-à-dire libre de tout élément surnaturel ou mystique ; les brights fondent leur éthique et leur comportement sur une compréhension naturaliste de l’univers. S’inscrivant dans la continuité des Lumières, le réseau international des brights s’est constitué comme mouvement de visibilité de celles et ceux qui portent un regard « naturaliste » sur le monde ; le mode d’existence du réseau est basé sur l’utilisation d’internet.

  • Le naturalisme philosophique est la position selon laquelle rien n’existe en dehors de la nature : il n’y a rien de surnaturel ou, à tout le moins, que le surnaturel est sans influence sur le naturel.
  • Le siècle des Lumières est un mouvement intellectuel initié en Europe du XVIIIe siècle, dont le but était de dépasser l’obscurantisme et de promouvoir les connaissances; des philosophes et des architectes intellectuels, encourageaient la science et l’échange intellectuel, en s’opposant à la superstition, l’intolérance et les abus de l’Église et de l’État.

Voici ma vision des choses ci-dessous (c’est identique à la science actuelle, quand la méthode scientifique est respectée avec intégrité, professionnalisme et transparence) :

En ce qui me concerne, ma philosophie se base sur un naturalisme atomiste, matérialiste, mécaniste et empiriste. Je me base sur la méthode scientifique à travers le critère de la réfutabilité, dans le sens donné par Karl Popper. Le principe de réfutabilité en science a pour conséquence que la science n’établit pas des vérités inébranlables, mais des vérités faillibles fondées sur des représentations faillibles de l’univers et de la nature, à travers la recherche empirique. Ce qu’on appelle vérité est quelque chose de relatif. En revanche, des hypothèses fausses qui sont réfutées par des faits, sont infirmées définitivement. C’est la fausseté réelle des choses fausses qui est une vérité bien tranchée. Ainsi, à la lumière des faits, des connaissances peuvent être soit a priori vraies, soit certainement fausses. Une hypothèse (ou même une théorie scientifique) ne s’érige pas en vérité ; une hypothèse ou théorie est évaluée selon sa solidité par confrontation aux faits.

En physique et dans les autres sciences de la nature, une connaissance est faillible : si elle est fausse en soi, sa fausseté peut être définitivement établie, tandis que si elle est vraie en soi, on ne pourra pas prouver qu’elle est absolument vraie, on pourra juste corroborer la connaissance, on remarquera sa cohérence. Ce qu’on appelle la vérité, en sciences, ne se trouve que dans les mathématiques. Les maths sont indépendantes du monde matériel, elles sont abstraites, leurs lois leur sont propres. C’est étonnant que les maths soient autonomes par rapport au monde matériel, et qu’en même temps les maths peuvent expliquer de nombreux phénomènes matériels. Je suppose que le grand mathématicien Cédric Villani est de mon avis.   😉  Et désolé si je ne dis pas «LA mathématique», au singulier, question de (mauvaise) habitude.  🙂

De plus, les maths ont un avantage : il suffit d’un crayon et d’un papier, ou d’une craie et d’un tableau noir (mais un superordinateur pour les calculs longs c’est bien mieux). Les sciences expérimentales, elles, sont plus contraignantes : il faut un budget pour les instruments scientifiques, il faut faire un montage expérimental rigoureux (c’est facile de foirer une expérience), et parfois ça explose à la figure.

iconlol

  • Question métaphysique : la matière précède t-elle les mathématiques ? L’homme pensant invente ou crée les maths et les utilisent. Les cerveaux préexistent par rapport à l’existence des maths. Les maths existeraient-elles s’il n’existait pas d’hommes pensants ?

Je pense que les maths sont une extension de notre propre conscience. Peut-être que la conscience elle-même est un calcul auto-référent, mais je préfère vous éviter la migraine.

Retour sur ce qu’est une théorie scientifique :

methodescientifique

Pour faire une métaphore, une théorie est comme la sculpture d’une statue : on n’ajoute pas du matériau à l’ouvrage, mais on procède par élimination, on enlève ce qui est superficiel, comme si on taillait un roc informe, et l’ouvrage qui reste est ce qui est a priori vrai, sinon crédible. Mais c’est un ouvrage crédible qui ne sera jamais achevé définitivement, car il est sans cesse affiné petit à petit. A contrario, les hypothèses et théories douteuses, dans le contexte de la fraude scientifique, ou de la science fringe, ou de la pseudo-science, se caractérisent par des rustines multiples ajoutées ad hoc selon les faits nouveaux, sans même corriger ni remettre en question l’hypothèse ou la théorie érigée en dogme… Plus on rajoute des rustines sur les roues d’une théorie pour sauver celle-ci, moins le vélo roulera bien…

Ma vision naturaliste est caractérisée par des critères précis : un naturalisme scientifique dépourvu autant que possible de toute forme de subjectivité, un naturalisme fondé sur l’expérimentation et la réfutabilité. Une conception fondée sur l’utile et le nécessaire, tout en ayant conscience des incertitudes inévitables.

Jamais il ne faudrait dire qu’une théorie scientifique est vraie. Elle peut être vraie et cohérente mathématiquement, mais la physique comporte des incertitudes quantitatives que les mathématiques strictes ignorent. Par exemple, l’infini existe en maths, mais pas en physique. Une théorie scientifique n’est donc pas une vérité absolue, on dit plutôt que la théorie est crédible, à la fois par rapport aux maths, et à la fois par rapport aux expériences ou observations. Et cette crédibilité se mesure sur la cohérence propre de la théorie (accord entre les maths et l’expérience du réel) mais aussi sur la cohérence par rapport à l’édifice scientifique établi et par rapport aux sciences interdisciplinaires. Par exemple, en électrochimie, par exemple en réalisant une électrolyse : les lois de la physiques (électrostatique, électrodynamique, électromagnétisme) ne doivent pas entrer en contradiction avec les lois de la chimie (théorie de l’atome, modèle atomique, réactions chimiques).

Ensuite, jamais je n’accepte de voir la science associée à la pseudo-science et au mysticisme. Karl Popper avait posé un principe de démarcation épistémologique. Cette démarcation est une nécessité.

Et jamais je n’accepte de voir la science récupérée abusivement par des idéologies politiques ou religieuses dont la finalité est le pouvoir et le profit au mépris de la démocratie et de la liberté des peuples. La science doit rester indépendante de toute influence subjective. Le lyssenkisme sous l’idéologie soviétique par exemple. Le créationnisme par l’intégrisme chrétien ou autre, aussi, par exemple.

La désinformation est inacceptable. Tout citoyen a droit à l’information et à l’éducation. Les journalistes ont des devoirs déontologiques (Charte de déontologie du journalisme) : devoir de vérité, devoir de rectifier ce qui est inexact, devoir de rester critique, refus du sensationnalisme.

De même, le naturalisme non plus ne doit pas dénaturer la science pour servir l’athéisme. Ce que l’on croit ou ce que l’on ne croit pas ne fait pas partie de la science. Si j’avais des croyances, je les aurais mises au vestiaire quand j’entre dans l’arène de la science. En tant qu’athée ou agnostique, cela importe peu sur le suivi de la démarche scientifique. Les émotions aussi, il faut les laisser au vestiaire. Je n’ai besoin que d’un cerveau frais pour faire un raisonnement logico-mathématique, des yeux pour observer et expérimenter, et l’absence de subjectivité afin d’interpréter sans superficialité les données quantitatives des phénomènes observés.

La connaissance est un édifice faillible fondé sur une méthode qui a fait ses preuves. La science, ça marche, mais des conditions sont à respecter.

Si dépasser l’obscurantisme et promouvoir les connaissances sont l’objectif des Brights, je vais plus loin que ça. Comment ça ? La connaissance pourrait être vue comme une vérité qui abolit les mensonges de l’obscurantisme. Dans mon blog, j’ai montré que même des connaissances à l’apparence scientifique, à travers les médias de tous les jours, sont matière à tromperies, erreurs, lacunes et croyances… Le scepticisme scientifique, selon moi, doit s’appliquer aussi sur la (mauvaise) vulgarisation scientifique via le journalisme grand public. Depuis une dizaine d’années, et avec l’influence d’Internet, la vulgarisation perd en qualité (certains magazines, mais surtout dans le web), ça devient comme la malbouffe… On remplit le cerveau vite, mais mal, et inutilement. Mieux vaut former le cerveau au doute. L’émergence de magazines pseudo-scientifiques aggrave les choses.

J’ai ouvert une porte, d’autres devraient me suivre. Il n’existe pas d’information infaillible, le taux d’erreurs quantitatives dans le mauvais journalisme des sciences est plus grand qu’on ne l’avait pensé. La méthode scientifique et le raisonnement logico-mathématique c’est plus important que le concept de naturalisme, bien que les sciences tendent à montrer que l’univers est naturel et que l’hypothèse d’un Dieu est inutile. La science n’a pas à s’embarrasser de mysticisme. La rigueur dans la méthode scientifique, à travers la réfutabilité des hypothèses et des théories, c’est plus important que la crédibilité des théories elles-mêmes. En gros, peu importe la laideur de la destination, pourvu que le voyage ait été bon, Voila.

Tout doit être autopsié (tout doit-il disparaître ?). De quoi être indécis entre l’autopsie et la boucherie… Toubib or not toubib, that is the question.

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© 2013 John Philip C. Manson

Stephen Hawking, science et philosophie

Ayant vu récemment le synopsis d’un livre de Stephen Hawking via un site marchand, je vais mettre au clair certains détails.

Voici ce synopsis :

“Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?”, le premier ouvrage important de Stephen Hawking depuis 10 ans. Pourquoi et comment l’Univers a-t-il commencé ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature de la réalité ? Longtemps réservées aux philosophes et aux théologiens, ces interrogations relèvent désormais aussi de la science. Stephen Hawking et Leonard Mlodinow apportent de nouvelles réponses à ces questions élémentaires. Un livre lumineux et provocateur !

Stephen Hawking est connu pour être un brillant physicien théorique, l’équivalent de Sir Isaac Newton à notre époque. Il est aussi un vulgarisateur de génie avec son livre “Une brève histoire du temps” dont je possède un exemplaire. Être un homme de science et faire de la vulgarisation scientifique, voila une initiative louable.

Mais lorsque le débat dérape dans la métaphysique, il ne fait que s’éloigner des critères de la scientificité. En effet, les grandes questions existentielles se distinguent de ce que l’on appelle la théorie de la connaissance sur la base de l’empirisme et du réfutationnisme. “Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?”, par exemple, est une hypothèse dépourvue de scientificité : on ne peut ni prouver l’existence de cet architecte, ni démontrer son inexistence. En science, la question n’a donc pas lieu d’être, ce n’est pas sa spécificité.

Quel est le lien intime entre la philosophie et la science : l’épistémologie. Il serait tellement plus intéressant de débattre à propos de la définition de ce qu’est la science.
La connaissance des phénomènes dépend de leur caractère réfutable. L’architecte de l’univers, peu importe son nom, n’est pas observable, ni quantifiable, on ne peut même pas le définir sur la base d’hypothèses réfutables au moyen d’expériences reproductibles ni au moyen d’une théorie prédictible. Cet architecte est ainsi inconnaissable, on ne peut guère le définir ni le décrire. On ne peut donc rien dire concernant les choses métaphysiques, on ne peut pas les évaluer objectivement.

Ainsi, on ne peut pas prétendre faire de la science avec des discours métaphysiques, parce que sinon ça serait faux.
Personne, ni aucun moyen, ne peut prétendre apporter des réponses objectives aux interrogations métaphysiques, pas même la science, et parce que ce n’est pas le rôle de la science. La prétention d’apporter de telles réponses métaphysiques, spirituelles ou religieuses en arguant la science comme moyen de recherche est une imposture intellectuelle. La vulgarisation scientifique n’a que la science et le partage du savoir comme but, elle n’est pas un produit marketing. Partager le savoir sur la base des faits vaut mieux que se faire du blé avec les facilités sensationnalistes du marketing.

À ceux qui cherchent des réponses métaphysiques, ils doivent poser la possibilité que ces réponses n’existent pas. L’idée de l’inexistence de Dieu, par exemple, a pour conséquence l’inexistence de péché originel, l’inexistence du bien et du mal proprement dit. La quête de réponses métaphysiques traduit en fait le besoin de certitudes, alors que la nature est remplie d’incertitudes profondes. Il faut admettre la nécessité d’un courage : l’acceptation de l’incertitude, l’acceptation du risque qu’il n’existe pas de réponses. Que ces réponses existent ou n’existent pas, nous sommes tous confrontés à une loi naturelle : ces réponses demeurent inconnaissables par n’importe quel moyen.

Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques, et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître.” (Bertrand Russell)

 

Néanmoins, on apprendra maintes précisions sur cette page : http://www.marianne2.fr/philippepetit/La-science-plutot-que-Dieu-pour-percer-les-mysteres-de-l-Univers_a154.html

Dans cette page, on remarquera quelques commentaires du grand physicien qui se perd dans des conjectures dont la pertinence épistémologique est discutable.
« La philosophie est morte, faute d’avoir su suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir », affirme Hawking.

À vrai dire, Hawking exagère, la philosophie ne prétend pas à la vérité ni à la connaissance absolue, elle est l’art du raisonnement dans lequel la réflexion et les questions donnent une liberté et une diversité aux idées. Quant à la science, c’est elle-même une branche de la philosophie, encadrée par l’épistémologie, dont l’objet est la recherche de connaissances faillibles sur la base de l’objectivisme (concept philosophique) dont le moyen est l’empirisme (concept philosophique) à travers le critère de réfutabilité (concept philosophique). Si la science est une philosophie qui a réussi, c’est parce qu’elle marche, les résultats l’en attestent.
Il récidive en disant : « Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu’une illusion »

Une affirmation sous-entendant le déterminisme est en contradiction de ce que l’on connaît dans les mécanismes de la matière à l’échelle atomique : la mécanique quantique est une théorie probabiliste dans laquelle le hasard est le chef d’orchestre.

On peut faire de la bonne philosophie par exemple comme Erwin Schrödinger et Karl Popper lorsqu’on a des connaissances scientifiques, mais visiblement pour Hawking la philo ce n’est pas son truc.

 

Ayant acheté le livre du célèbre professeur Hawking, voici la suite de l’analyse ci-dessous

Analyse du livre de Hawking :

Page 14 : Si deux théories ou modèles physiques prédisent avec précision les mêmes événements, il est impossible de déterminer lequel des deux est plus réel que l’autre ; on est alors libre d’utiliser celui qui convient le mieux.

Pour être précis, la convenance n’est établie qu’en choisissant le modèle le plus simple, c’est le principe du rasoir d’Occam.Il ne s’agit pas de choisir librement un modèle selon un point de vue subjectif, mais selon le critère de parcimonie, c’est-à-dire qu’on élimine toute explication superflue afin de ne retenir que l’essentiel.

Page 15 : La M-théorie est le seul modèle à posséder toutes les propriétés requises pour être une théorie ultime et c’est sur elle que reposera l’essentiel de notre réflexion.

D’une part, on ne peut prétendre à l’existence d’une théorie ultime, car les mathématiques sont inépuisables, et toute théorie scientifique est une représentation faillible et perfectible de la réalité. La science est un chemin, pas un but. Parler de théorie ultime revient à dire que l’on pose des dogmes, des vérités définitives qui sont donc irréfutables, ce qui n’est pas du ressort de la méthode scientifique. La M-théorie est peut-être une théorie, mais il est inexact de lui conférer l’adjectif ultime.

 

Page 15 : La M-théorie n’est pas une théorie au sens courant du terme.

Voila une phrase qui s’auto-contredit…

Page 17 : Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi existons-nous ? Pourquoi ces lois particulières et pas d’autres ?

Ce sont des questions métaphysiques qui ne relèvent pas de la science. La science explique comment fonctionnent les choses, la façon dont notre corps fonctionne, les réactions biochimiques. La science permet de mesurer des grandeurs physiques, elle quantifie les phénomènes. Mais la question du pourquoi n’est pas à caractère scientifique. Si la science peut parfois trouver des réponses crédibles pour expliquer le comment des phénomènes, la philosophie peut-elle prétendre trouver des réponses fiables sur le pourquoi des choses existentielles sur la seule foi de la pensée, sans parfois même faire appel aux faits ?

 

À partir des environs de la page 20, le livre d’Hawking devient plus cohérent, retraçant l’histoire des sciences et des différents paradigmes. Il serait trop hâtif de critiquer péjorativement tout le contenu du livre, car arrivé à la page 83 depuis la page 20, il n’y a pas de contradictions du type de celles que j’ai énumérées ci-dessus. Néanmoins, l’histoire des sciences présentée par Hawking est intéressante, et je dois parler ici de certains passages qui méritent l’attention.

 

Page 56 :  George Berkeley est même allé jusqu’à prétendre que rien n’existe hormis l’esprit et les idées.

Il est dit dans le livre de Hawking dans la même page un exemple de réfutation : le docteur Samuel Johnson, pensant que Berkeley était irréfutable, se dirigea vers une grosse pierre et shoota dedans en déclarant : “Je la réfute donc !”. La douleur au pied qui s’ensuivit est une illustration de la position du philosophe Hume : bien que rien ne nous force à croire en une réalité objective, nous devons en fait agir comme si elle existait.

 

Page 65 : […] une théorie se doit d’être aussi simple que possible, mais pas trop. […] même si une complexité accrue implique une meilleure précision, les scientifiques n’apprécient que peu de devoir complexifier à outrance un modèle afin de coller à un ensemble spécifique d’observations car celui-ci apparaît alors plus à un catalogue de données que comme une théorie procédant d’un principe général et puissant.

Tout à fait. Ce résumé est lié au principe du rasoir d’Occam. On ne multiplie pas inutilement les explications théoriques superflues.

 

 

Page 83 :  Aussi étrange que cela puisse paraître, il arrive très souvent en science qu’un assemblage important se comporte très différemment de ses composants individuels. Ainsi, les réponses d’un neurone unique ne ressemble en rien à celles du cerveau humain ; de même, connaître le comportement d’une molécule d’eau ne vous dira pas grand-chose sur celui d’un lac entier.

Très juste. Moi-même je complète le texte de Hawking avec l’argument suivant : le principe d’absorption de l’infrarouge par la molécule de CO2 ou de méthane, définissant le concept d’effet de serre, ne peut pas exactement s’extrapoler pour de grandes masses atmosphériques hétérogènes (gradients de densité, de température, d’humidité, et proportions des différents gaz selon l’altitude). En résumé, les expériences d’Arrhénius sur l’effet de serre ne concernent qu’un volume aussi petit que celui des molécules, et au mieux le volume d’un laboratoire. Pour une plus grande échelle, on ne peut pas dire que nous connaissons le phénomène d’effet de serre avec certitude, il se peut qu’il y ait des différences avec ce que nous connaissons en laboratoire.

 

Page 87 :  En faite, traduite dans ces unités de mesure, sa valeur est de 6/10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000.

Hawking omet d’indiquer l’unité de mesure de la valeur numérique de la constante de Planck : J×s   (joule × seconde)

Page 87 :  […] l’électron a une masse de 0,000000000000000000000000000001, […]

Ici encore, Hawking oublie d’adjoindre l’unité kg à la valeur, laquelle est un arrondi de la valeur réelle de la masse de l’électron au repos, qui vaut 0,00000000000000000000000000000091093826 kg. La valeur donnée par Hawking, arrondie, est très proche de la valeur fondamentale.

 

Ayant parcouru maintenant plus de 100 pages du livre de Hawking, l’ouvrage n’est pas si mauvais que je l’avais imaginé. Après tout, Hawking a choisi un titre racoleur et sensationnaliste pour attirer les crédules, peut-être dans le but de les éduquer. En ce sens, je ne peux qu’approuver cette démarche.

 

Page 108 :  La Bible rapporte l’histoire de Josué qui a prié Dieu d’arrêter pendant un jour la course du soleil et de la lune afin qu’il puisse finir de combattre les Amorites en Canaan.
Hawking raconte cette anecdote célèbre et fumeuse extraite de ce livre de mythologie qu’est la Bible. Mythologie ? Tout-à-fait. Prétendre arrêter le mouvement apparent du soleil (et de la lune, et des étoiles) revient à dire que l’on arrête le mouvement de rotation de la Terre sur elle-même. En supposant que l’événement se soit réellement produit, tout objet non solidement fixé au sol aurait été éjecté en direction de l’Est à une vitesse de 1667 km/h environ. En bloquant la rotation terrestre, mais sans toucher au mouvement de l’atmosphère, il y aurait eu un vent violent soudain, dirigé vers l’Est à cause de l’inertie, à la même vitesse d’environ 1667 km/h (soit 1,36 fois la vitesse du son). Avec une telle conséquence, Josué n’aurait jamais pu terminer ce qu’il avait à faire… Voila pourquoi l’histoire de Josué, littéralement, ne peut n’être qu’un mythe.

 

Page 136 :   Par conséquent, si vous observez un réservoir contenant 1032 protons pendant quelques années, vous devriez pouvoir observer quelques désintégrations de protons. Construire un tel réservoir n’est pas si difficile puisque quelques milliers de tonnes d’eau contiennent environ 1032 protons.

 

Je confirme cette affirmation. En multipliant le nombre 1032 par la masse molaire de l’eau (en kg/mol) et en divisant par le nombre d’Avogadro, on trouve une masse de 2990,03 tonnes d’eau.

 

Page 142 :   Hawking parle des expériences du LHC de Genève, l’accélérateur de particules. Il explique que les expériences du LHC ont pour objectif l’observation de particules supersymétriques prédites par la théorie. Ainsi, il n’est nul question de la fabrication d’un trou noir comme on peut l’entendre parfois dans certains milieux sectaires millénaristes, ou de la part de gens ignorant tout de la physique, ou de la part de concurrents jaloux du succès du CERN.

 

Page 147 :  Si la M-théorie autorise 10100 ensembles de lois apparentes, comment se fait-il que nous ayons hérité de cet Univers-là et des lois apparentes que nous connaissons ? Et qu’en est-il des autres mondes possibles ?

 

Mais si la M-théorie ne l’autorisait pas, et si la M-théorie se révélait fausse ? Dans ce cas, la question ne se poserait pas…

 

Page 173 : L’une des questions fondamentales encore ouvertes en M-théorie est donc : pourquoi n’y a t-il pas, dans notre univers, plus de dimensions visibles et pourquoi certaines dimensions sont-elles repliées ?

 

Hawking présente les dimensions spatiales comme une réalité physique, ce qui est faux, car les mathématiques ne sont qu’une représentation faillible du monde, elles servent à décrire la réalité mais elles ne sont pas la réalité elle-même. Il y a confusion entre la réalité décrite par les maths et la présentation des maths comme étant une structure directe de la réalité physique.Les maths ne sont pas le monde, elles ne sont qu’un outil pour le décrire et l’expliquer. Il y a ainsi un curieux amalgame entre le monde matériel et l’abstraction mathématique alors que ce sont deux choses distinctes.

 

La fin du livre aborde les automates cellulaires (le jeu de la vie, de John H. Conway). C’est un sujet intéressant. La Nature, à partir de lois très simples, peut engendrer la complexité avec des mécanismes aléatoires. Ainsi en science, Dieu n’est pas une hypothèse nécessaire.

 

Bilan : le livre est intéressant, la lecture est aisée, bon style, bref c’est aux antipodes de certains ouvrages ineptes de précosmologie pseudo-scientifique…

 

© 2011 John Philip C. Manson