La théorie de la relativité sera enseignée dès l’école primaire

Apparemment, la théorie de la Relativité sera enseignée dès le CM1 à la rentrée 2015-2016.

Si cela permet de comprendre les bases scientifiques d’une théorie très mal connue du public (tout comme la physique quantique, elle-même aussi très mal comprise), cela peut être utile.

Mais peut-on expliquer la relativité d’Einstein sans enseigner les bases de la relativité galiléenne ? J’en doute.

Lorsque j’étais en Terminale dans une filière scientifique, la relativité d’Einstein a été à peine évoquée en cours… J’ai cependant pu entendre parler de physique quantique, avec quelques références comme Max Planck, Schrödinger, de Broglie, Niels Bohr… Mais j’aurais personnellement préféré que ces sujets aient été plus approfondis, à mon goût. Sinon, à quoi servirait-il d’apprendre les sciences si l’on ne vient pas à l’essentiel ? Ce sont mes lectures extra-scolaires qui m’ont appris tout sur Einstein, parce que le sujet m’intéressait fortement. En dehors des lectures hors scolarité, les élèves ont très vaguement entendu parler de la théorie d’Einstein, mais savent qu’Einstein est connu, mais sans savoir franchement de quoi parle sa théorie…

Je suis d’accord sur ce constat : L’enseignement des bases de la physique moderne a pris un retard considérable en France. Il est vrai que, en regard des progrès de la science au cours du vingtième siècle, la théorie de la  relativité et la physique quantique paraissent comme entourées d’un secret mandarinal. Il est utile de connaître quelques notions précises, sans forcément être un spécialiste ni être un mathématicien chevronné.

Mais là, stupeur, il y a quelque chose que je ne comprends pas très bien. quel intérêt d’enseigner la théorie d’Einstein à l’école primaire, quand d’emblée il est déjà assez difficile de la comprendre et la maîtriser en Terminale ? Au lycée et à l’université, les professeurs de mathématiques et ceux de physique maîtrisent eux-mêmes bien ce thème, mais j’exprime mon scepticisme quant à l’efficacité du nouveau dispositif à l’école primaire, en rappelant au passage que les instituteurs ont souvent suivi un cursus littéraire plutôt qu’un cursus scientifique…Un terrain malheureusement idéal pour risquer de faire de la mauvaise vulgarisation scientifique.

Vers 2005 ou 2006, j’ai pu lire un cours sur l’astronomie pour une classe de CM2, un cours bâclé, j’y ai lu des trucs ahurissants : par exemple, « Le soleil est né grâce à des nuages de poussières d’étoile et des nuages de gaz carbonique. » Voir archive ici : http://www.archivum.info/fr.sci.geosciences/2005-11/00026/Re-Cours-pour–l-ve-de-cm2.html Alors qu’en fait le soleil est composé majoritairement d’hydrogène et d’hélium… Voila ce qui arrive quand on confie un sujet scientifique à un enseignant qui n’a pas été formé via une filière scientifique…

La vulgarisation des sciences est un métier difficile. Il est souvent dur d’expliquer la théorie de la relativité à des élèves de Terminale, et la difficulté est fortement accentuée si la théorie est expliquée à des élèves de CM1, en simplifiant au mieux la théorie tout en prenant le soin rigoureux de ne pas dénaturer ni trahir ce que dit la théorie après avoir élaboré un contenu simplifié. Encore pire si l’instituteur ne maîtrise pas très bien les sciences si l’enseignant a eu une formation littéraire plutôt que scientifique…

Je suis sceptique sur les réformes nouvelles. L’on a constaté avec effarement que le niveau des maths a diminué, quand on a vu la polémique à propos du sujet du Bac de mathématiques en 2014… Il faudrait d’abord consolider la maîtrise des maths et la maîtrise de la langue française. Voir ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2014/06/20/la-session-2014-de-lepreuve-de-maths-du-bac-un-carnage/

Concernant la théorie d’Einstein, il faudrait la présenter de façon attrayante pour susciter une forte curiosité qui incite les élèves à développer leurs raisonnements, et les inciter à faire des recherches et des calculs. Cela vaut pour des élèves de Terminale.

L’école primaire est d’une importance fondamentale : on y apprend les bases de la lecture, de l’écriture et du calcul. Enseigner la théorie d’Einstein en CM1 est sûrement prématuré, mais cela n’empêche pas de résumer la théorie de façon à créer des vocations scientifiques, c’est le point le plus important. Il serait opportun notamment d’expliquer ce qu’est la physique quantique, qui est une théorie scientifique de la physique, appuyée par des faits, dont le fond concerne la dynamique des particules subatomiques, et qui n’a rien à voir avec le mysticisme, ni avec la spiritualité ou la médecine ou la religion ou la science-fiction (la physique quantique est dénaturée et récupérée par la secte New Age, une forme de propagande existe via Internet à travers certaines vidéos pseudoscientifiques). Expliquer ce que sont exactement certaines théories scientifiques auprès d’élèves de CM1 permettrait d’éviter des malentendus conceptuels et d’éviter certaines dérives…

Le risque à éviter concernant le CM1, c’est de parler de théories scientifiques en les présentant maladroitement comme compliquées et insolubles, rebutantes, chiantes… Il ne faut pas prendre le risque de dégoûter les élèves des mathématiques et des sciences pour longtemps, cela ne ferait qu’aggraver la crise des vocations scientifiques… Il faut du temps pour apprendre. Brûler les étapes découragerait les élèves qui ne sont pas préparés à un tel contraste entre leur niveau et celui d’élèves de Terminale…

Cela se discute : les décisions en matière de pédagogie sont-elles déconnectés des réalités et des véritables priorités ?

Plus efficace que ls gousses d’ail, l’eau bénite, le crucifix et le soleil levant ? Une page remplie de mathématiques ! Redoutable contre les vampires et les gens normaux… Effet de recul immédiat.

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Copyright 2015 John Philip C. Manson

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Albert Einstein tourné en dérision par un « documentaire » TV

N’importe quoi…

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Certains « documentaires » racontent des âneries. Ici, Einstein est considéré comme un extraterrestre, comme si les auteurs du « documentaire » rejetaient le fait que le cerveau humain est suffisant pour apprendre les mathématiques…

Les maths et les sciences, ce n’est pas insurmontable : il faut être motivé, intéressé par cela, et se mettre au travail. Il n’existe pas d’aptitude aux maths sans efforts.

Croire que les extraterrestres sont à l’origine des connaissances les plus complexes, c’est faire le déni de l’intelligence humaine, c’est insulter l’espèce humaine. Mais quand je vois le niveau polémique du synopsis de ce « documentaire », je crois plutôt à la connerie humaine, là…

La TV c’est de pire en pire…

(c) 2014 John Philip C. Manson

Scientifiques croyants… ou non

 

Alors, à partir de cette page, je me renseigne sur la foi présumée de ces savants.

  • Thomas Edison était-il croyant ? Non, il était ouvertement agnostique, comme le montrent ces citations en anglais : http://atheism.about.com/library/quotes/bl_q_TAEdison.htm dont je cite «My mind is incapable of conceiving such a thing as a soul. I may be in error, and man may have a soul; but I simply do not believe it. [Thomas Edison, Do We Live Again?]» («Mon esprit est incapable de concevoir une chose comme une âme. Je peux être dans l’erreur, et l’homme pourrait avoir une âme ; mais je n’y crois simplement pas.») [Source : interview d’Edison, The Illustrated London News (3 May 1924)]. Voir aussi la note 16 de la page http://fr.wikipedia.org/wiki/Agnosticisme
  • Charles Darwin a en fait renié la religion depuis la mort de sa fille, morte d’une maladie. J’ai lu cela il y a environ 10 ans dans un magazine hors série de Pour la Science qui, à l’époque, avait sorti aussi d’intéressantes biographies sur Feynman et Gödel. Voir aussi les notes 20, 21 et 22 de la page http://fr.wikipedia.org/wiki/Agnosticisme La biographie de Darwin indique que sa fille Annie mourut en 1851 de longue maladie, et Darwin perd alors toute foi en un Dieu bienveillant. Ainsi, Charles Darwin fut athée pendant les 31 dernières années de sa vie. De plus, voici une citation authentique de Darwin : «Quand je pense à mes adorables orchidées, avec leurs cinq commencements d’anthères, avec leur unique pistil transformé en rostellum, avec toute la cohésion de leurs parties, il me semble incroyablement monstrueux de regarder une orchidée comme si elle avait été créée telle que nous la voyons aujourd’hui.» (Charles Darwin / 1809-1882 / Lettre à Asa Gray / octobre 1861). Et celle-ci aussi : «En fait, je ne parviens guère à voir comment quelqu’un pourrait souhaiter que le christianisme fût vrai; car s’il en est ainsi, le langage pur et simple du texte semble indiquer que les hommes qui ne croient pas, et cela inclurait mon père, seront éternellement punis. Et c’est là une doctrine condamnable.» (Charles Darwin / Autographie / 1876, publiée en 1888 / Cette phrase fut retirée de sa biographie par sa veuve pour ne pas nuire à la religion). Et surtout celle-là : «La science et le Christ n’ont rien à voir l’un avec l’autre, sinon dans la mesure où l’habitude de la recherche scientifique enseigne la prudence au moment d’accepter une preuve quelle qu’elle soit. En ce qui me concerne, je ne crois pas qu’une révélation ait été faite. Face à la question de l’au-delà, il appartient à chacun de tirer ses propres conclusions, à partir de probabilités vagues et contradictoires. » (Charles Darwin, juin 1879)
  • Albert Einstein n’évoquait Dieu que comme une métaphore, comme un concept (au sens du concept de Dieu par le philosophe Spinoza, mais non comme une croyance). Einstein écrivit une lettre à M. Berkowitz dans une lettre datée du 25 octobre 1950, dans laquelle il exprime sa pensée à propos de la religion : «Ma position concernant Dieu est celle d’un agnostique.» Voir ici : http://www.stephenjaygould.org/ctrl/quotes_einstein.html où on peut lire ceci : «My position concerning God is that of an agnostic. I am convinced that a vivid consciousness of the primary importance of moral principles for the betterment and ennoblement of life does not need the idea of a law-giver, especially a law-giver who works on the basis of reward and punishment.» («Ma position concernant Dieu est celle d’un agnostique. Je suis convaincu que la conscience de l’importance primordiale des principes moraux pour l’amélioration et l’ennoblissement de la vie n’a pas besoin de l’idée d’un législateur, en particulier un législateur qui fonctionne sur la base de récompense et de punition.») J’ajoute même que les livres écrits par Einstein résument bien ce qu’il croit… ou ne croit pas :  «Je ne peux pas imaginer un Dieu qui récompense et punit l’objet de sa création. Je ne peux pas me figurer un Dieu qui réglerait sa volonté sur l’expérience de la mienne. Je ne veux pas et je ne peux pas concevoir un être qui survivrait à la mort de son corps. Si de pareilles idées se développent en un esprit, je le juge faible, craintif et stupidement égoïste.» (Albert Einstein / 1879-1955 / Comment je vois le monde / 1934). À la fin de sa vie, Einstein se fâche : «Ce que vous avez lu sur mes convictions religieuses était un mensonge, bien sûr, un mensonge qui est répété systématiquement. Je ne crois pas en un Dieu personnel et je n’ai jamais dit le contraire de cela, je l’ai plutôt exprimé clairement. S’il y a quelque chose en moi que l’on puisse appeler « religieux » ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler.»  (Albert Einstein / 1879-1955 / « Albert Einstein : le côté humain » édité par Helen Dukas et Banesh Hoffman, lettre du 24 mars 1954). Cela a le mérite d’être très clair.

 

Les citations solennelles de personnalités (finalement agnostiques) qui exprimeraient leur foi (tout en étant d’éminents scientifiques (en fait, un argument d’autorité)) semblent donc n’être que des citations apocryphes… C’est même certain. This is not fair-play… Il est vrai que certains scientifiques ont été des croyants, c’est un fait, mais lorsqu’on met en exergue des scientifiques que l’on désigne comme croyants, il faut que cela soit authentique. Certains savants furent des croyants, d’autres pas.

Comment distinguer entre des citations apocryphes et des citations authentiques ? Les citations authentiques sont sourcées : lettres manuscrites de l’homme concerné, ou livres publiés par l’auteur concerné, ou sources biographiques vérifiables. Les citations apocryphes ne se citent qu’elles-mêmes.

  • En ce qui concerne Johannes Kepler, célèbre astronome allemand, je trouve seulement 5 pages dans Google à propos de sa présumée citation citée dans le premier lien ici. Parmi ces résultats, 4 pages citent elles-mêmes (en reprenant le même titre : « quand 25 savants/scientifiques illustres confessent leur foi ») la 5e page (en premier lien ici) qui est la source originelle. À ce jour, je n’ai pas trouvé de sources qui attestent l’authenticité de la citation attribuée à Kepler. https://www.google.fr/#filter=0&q=%22Qui+n%E2%80%99adorerait+pas+l%27architecte+de+toutes+choses+%3F%22 Il est cependant fort probable que Kepler était croyant : il est né dans une famille protestante luthérienne, il a fait des études de théologie à l’université de Tübingen (il voulait devenir ministre luthérien) avant d’enseigner ensuite les mathématiques dans l’école protestante de Graz. Mais rien n’atteste pour autant l’authenticité de sa présumée citation ici.
  • Même remarque que Kepler pour le cas de Nicolas Copernic, avec 6 résultats sur Google. Toujours ayant pour référence le thème des «25 savants». https://www.google.fr/#filter=0&q=%22plans+d%E2%80%99un+Etre+%C3%A9ternel+dou%C3%A9+de+sagesse+et+de+puissance.%22 Copernic était croyant, il était chanoine. Il fut un croyant authentique, certes, mais lui attribuer une citation à tort c’est maquiller la réalité historique.
  • Et aussi 5 résultats sur Google pour le cas de Linné : https://www.google.fr/#filter=0&q=%22J%E2%80%99ai+vu+passer+dans+la+cr%C3%A9ation,+tout+pr%C3%A8s,+le+Dieu+%C3%A9ternel,+infini+et+je+suis+tomb%C3%A9+%C3%A0+genoux+en+adoration.%22  On retrouve les mêmes sites qui se citent. Si, si !
  •   4 résultats pour Volta, même remarque que précédemment… https://www.google.fr/#filter=0&q=%22Je+confesse+la+foi+sainte,+apostolique,+catholique+et+romaine.+Je+remercie+Dieu+de+m%E2%80%99avoir+accord%C3%A9+cette+foi,+dans+laquelle+j%E2%80%99ai+la+ferme+intention+de+vivre+et+de+mourir%22
  • Cependant, avec la citation «Que Dieu est grand et que notre savoir n’est rien» (attribuée à Ampère), on trouve environ 2500 résultats sur Google. Peut-être que dans le cas d’Ampère, la citation serait authentique, ça reste à vérifier. Toutefois, lorsqu’on filtre les résultats en excluant les noms de domaines comme les adresses d’ISP, les blogs, les organisations, les domaines en dotCOM et ceux en dotNET, de façon à laisser apparaître des sites universitaires français (où l’on pourrait éventuellement trouver des références sur Ampère), Google ne montre plus que 6 maigres résultats.
  • 4 résultats sur Google pour Cauchy (mathématicien) : https://www.google.fr/#filter=0&q=%22divinit%C3%A9+du+Christ,+comme+tous+les+grands+astronomes,+tous+les+grands+math%C3%A9maticiens+du+pass%C3%A9%22
  • Dans le cas de Liebig, nombre de résultats comme pour Ampère, mais le filtrage sur Google afin de faire afficher des sources universitaires ne donne qu’une vingtaine de résultats. Je suis même tombé sur une page de créationnisme qui conteste la réalité de la datation radioactive par le carbone 14… Le fondamentalisme se contredit quand d’une part il rejette la science qui contredit elle-même (par l’appui des faits objectifs) ce que les croyants croient, et d’autre part quand il cautionne la science pour affirmer que des savants renommés cautionneraient la religion… En fait, la science et la foi existent indépendamment, elles font partie de l’esprit humain, mais elles sont distinctes et l’on ne peut faire aucun amalgame de part et d’autre, sous peine de s’égarer.
  • Pour terminer, à propos de l’anecdote sur Louis Pasteur, lequel aurait utilisé un chapelet (il était catholique pratiquant), je ne retrouve aucune trace bibliographique de cet éventuel fait historique d’après le dialogue mentionné dans le premier lien ici… En revanche, je connais une citation de Pasteur : «Quand j’entre dans mon laboratoire, je laisse mes convictions au vestiaire.» qui, je précise, fait l’objet de 1800 résultats sur Google, et qui est mentionnée même dans les sites spécialisés sur les citations : http://www.citations-francaises.fr, citations.ca. De plus, j’apprends via http://evene.lefigaro.fr/citations/louis-pasteur que Pasteur a dit ceci : «Ayez le culte de l’esprit critique». Et celui-ci aussi : «Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue : le mot  » enthousiasme » – du grec “en théo”, un Dieu intérieur». Et aussi cette excellente citation : «Ce n’est pas la profession qui honore l’homme mais c’est l’homme qui honore la profession.». En effet, ce n’est pas le statut qui honore l’homme, c’est à l’homme d’honorer sa profession, ainsi un bon scientifique est intègre s’il respecte les critères de la scientificité. Rien n’empêche un croyant d’être un bon scientifique, comme Pasteur, Copernic et l’abbé Lemaître. En raccrochant les convictions au vestiaire.

 

En résumé, pour Edison, Darwin et Einstein, ce sont des citations apocryphes. Pour Copernic et Pasteur, je ne le sais pas, absence de preuve de l’authenticité de leur citation présumée, bien qu’ils étaient croyants. Pour les autres, aucune preuve non plus, il n’existe à ce jour aucune source pertinente pour étayer l’authenticité des citations.

Pourquoi ne retrouve t-on pas ces «confessions» de savants dans leurs propres écrits ? Le web n’aurait pas manqué de contenir des documents académiques de ce type, voire même dans les archives de la Bibliothèque Nationale. Peut-être parce que ces savants n’ont jamais proclamé eux-mêmes ces citations. Non ?

Les citations apocryphes se transmettent de bouche à oreille, comme une rumeur, sans que chaque vecteur qui relaie la citation ne daigne vérifier son authenticité… Étonnamment, tous les sites qui citent les citations religieuses attribuées à des scientifiques sont eux-mêmes unanimement des sites religieux. Allez, encore une allitération, pour le fun : je siffle, sidéré s’ils ne citent ni ne ciblent sciemment pas de sites scientifiques, silence systématique.

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Quelques citations (authentiques) de scientifiques athées ou agnostiques :

  • «Un scientifique qui croit en Dieu est un schizophrène.» (Jacques Monod, dans « L’Evénement du jeudi » le 24-12-1987)
  • «Jamais les dogmes religieux n’ont apporté aux hommes la découverte d’aucune vérité utile, ni concourus en rien à améliorer leur condition. Ce ne sont pas davantage les dogmes religieux qui ont institué le sentiment de la patrie et celui de l’honneur, aboli l’esclavage et la torture, proclamé le respect de la vie humaine, la tolérance et la liberté universelle, l’égalité et la solidarité des peuples.»  (Marcellin Berthelot, chimiste français)
  • «Je ne crois en aucun Dieu créateur, en aucun Dieu personnel s’intéressant ou non au sort des hommes.»  (Francis Perrin, 1901-1992, physicien français)
  • «On peut dire que, de toutes les œuvres de fiction, le Dieu de la Bible est le personnage le plus déplaisant : jaloux et fier de l’être, il est impitoyable, injuste et tracassier dans son obsession de tout régenter; adepte du nettoyage ethnique, c’est un revanchard assoifé de sang; tyran lunatique et malveillant, ce misogyne homophobe, raciste, pestilentiel, mégalomane et sadomasochiste pratique l’infanticide, le génocide et le « filicide ».» (Pour en finir avec Dieu (2006), Richard Dawkins, éd. Robert Laffont, 2008, p. 38)
  • «La religion est une insulte à la dignité humaine. Que ce soit avec ou sans elle, il y aura toujours des gens bien qui font de bonnes choses, et des mauvais qui font de mauvaises choses. Mais pour que des gens bien agissent mal, il faut la religion.» (Steven Weinberg, 1993, Dream of a final theory, dans Pour en finir avec Dieu, paru chez Robert Laffont, 2006, p.259, Richard Dawkins.)
  • «N’est-ce pas toujours une forme de maltraitance des enfants que de leur accoler des étiquettes de croyance auxquelles ils n’ont pas réfléchi parce qu’ils sont trop jeunes ? Pourtant, cette habitude persiste encore à ce jour, et elle n’est pratiquement jamais remise en question. […] Notre société, y compris le secteur non religieux, a admis l’idée grotesque qu’il est bien normal d’endoctriner les tout petits enfants dans la religion de leurs parents et de leur coller des étiquettes religieuse – « enfant catholique », « enfant protestant », « enfant juif », « enfant musulman », etc. – mais pas des étiquettes d’un autre ordre, pourtant comparables : pas d’enfants conservateurs, libéraux, républicains ou démocrates. […] Un enfant n’est pas un enfant chrétien, ce n’est pas un enfant musulman, mais un enfant de parents chrétiens ou un enfant de parents musulmans.»  (Pour en finir avec Dieu (2006), Richard Dawkins, éd. Robert Laffont, 2008, p. 327,353)

 

Intéressant non ?

Si un jour je découvrais sur le web une citation apocryphe de Richard Dawkins qui se vanterait de sa foi en Dieu, cela me ferait pleurer de rire.  :’-)

 

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

Nombre pi, géométrie dans le plan et expériences aléatoires

La polémique à propos de l’apparente difficulté de l’épreuve de maths pendant le Bac S 2014 a des conséquences positives. Lorsqu’on plonge dans les maths, et quand on a des idées et beaucoup d’imagination, on peut suivre certaines pistes intéressantes dans le domaine des mathématiques. En explorant la géométrie suite à la réflexion portée sur l’exercice 4 de l’épreuve de maths du Bac S, et qui a aiguisé mon inspiration, et puis en associant la géométrie avec des expériences de simulation du hasard, on peut tomber sur des trucs intéressants.

 

Premier exemple :

J’imagine un repère orthonormé 0;i;j. Soit un carré EFGH de côté 1 dont les coordonnées des côtés sont (0;0) et (0;1) et (1;0) et (1;1). Ensuite, on considère que dans l’aire du carré EFGH (aire qui vaut 1), on génère aléatoirement 3 points A et B et C dont les réels x et y (coordonnées respectives de A,B,C) appartiennent à l’intervalle [0;1].

ABC, par ses 3 points, forme un triangle quelconque ABC. La formule de Héron permet d’en calculer l’aire.

L’enjeu est de déterminer l’aire moyenne de ABC par rapport au carré EFGH. Pour cela, j’ai généré des millions de triangles pour évaluer cette aire moyenne rapportée à celle du carré.

Le rapport moyen vaut environ 0,076. Je m’attendais à découvrir un nombre réel où le nombre pi intervenait. En gros, le quotient moyen semble compris entre 1/(4×pi) et 3/(4×pi²). Je n’ai pas d’autre information là-dessus, c’est à explorer…

Souvent, le nombre pi intervient dans des phénomènes aléatoires. C’est le cas pour l’expérience de probabilité de l’aiguille de Buffon. Pareillement pour la loi normale (avec les courbes de Gauss : voir ici http://upload.wikimedia.org/math/8/f/1/8f1da4cf31d40e7b18f29c22a78c7abd.png).

 

 

Deuxième exemple :

Certains d’entre nous ont entendu dire que le rapport entre la longueur réelle d’un fleuve ou d’une rivière et la distance à vol d’oiseau entre la source et l’estuaire serait égal au nombre pi.

Cela en parle dans cette page : http://villemin.gerard.free.fr/Wwwgvmm/Geometri/PiCurios.htm

Je cite :

  • « 3,14 =rapport entre la longueur réelle d’un fleuve, et sa longueur à vol d’oiseau. Loi postulée par Einstein et constatée par Hans-Hendrick Stolum, spécialiste des sciences de la Terre. »

J’ai vérifié avec le cas de la Loire, un célèbre fleuve français. Selon les géographes, la Loire mesure 1006 km de long, lorsque l’on suit les sinuosités. Ayant moi-même localisé la position géographique de la source (dans l’Ardèche) et celle de l’estuaire (à St Nazaire), et grâce à un calcul que j’ai mis au point il y a quelques mois pour calculer la distance à vol d’oiseau (en suivant la rotondité terrestre) entre deux points de la surface du globe (grâce aux coordonnées GPS), j’ai établi que le rapport vaut 1006 / 562,56 = 1,7883, donc proche de 1,8, ce qui est franchement loin du nombre pi.

Remarque à propos de Wikipedia : l’article sur la Loire (fleuve) raconte que la longueur du fleuve est de 1006 km, mais d’autres articles dans Wikipedia (liste des fleuves français) racontent que la Loire est longue de 1012 km… Je me suis aperçu de ça sur Google, avec les mots clés : longueur Loire. Cela ne change pas grand chose dans mes présents calculs, heureusement, mais les contradictions rencontrées dans Wikipedia ne font pas de celle-ci une référence fiable… La validité d’une information ne se mesure pas à la rapidité de son accès sur le web, mais à son exactitude.

Poursuivre la vérification avec d’autres fleuves est long. J’ai donc développé un programme de simulation qui génère aléatoirement les « courbures » des méandres d’un fleuve. Si l’écoulement est isotrope, c’est-à-dire sans direction d’écoulement privilégiée, le rapport tend vers 10,36 à 10,37 (auquel cas le fleuve peut croiser ses propres méandres, ce qui ne correspond pas à ce qui se passe dans la nature). Cependant, si l’écoulement se dirige dans la direction du vecteur OP (1;1) qui passe par le point O (0;0), alors le rapport devient nettement plus faible (le fleuve dans son parcours ne fait pas intersection avec lui-même). Tout dépend des reliefs rencontrés par le fleuve dans une direction d’écoulement due aux pentes locales.

Sur l’appui des maths, je n’ai pas encore, pour le moment, des preuves que le rapport entre la longueur sinueuse d’un fleuve et de sa longueur à vol d’oiseau tendrait vers le nombre pi. L’anecdote sur Einstein qui aurait lui-même évoqué un tel rapport qui serait égal au nombre pi serait-elle une légende urbaine ?

Je n’ai actuellement aucune conclusion définitive. Néanmoins, le cas de la Loire montre concrètement que le rapport tend vers 2 plutôt que vers 3,1415927… C’est ce qu’affirme aussi ce site : http://www.pi314.net/fr/anecdotespi.php dont je cite : «Skolum (1996) vérifia que le rapport entre la longueur réelle et la longueur à vol d’oiseau (distance entre la source et l’embouchure) d’une rivière égalait en moyenne Pi . Ce rapport se retrouve davantage au Brésil ou dans la toundra sibérienne, mais cela reste à vérifier… Pour ma part, en France, je trouve que le rapport est à chaque fois plutôt proche de 2 (coïncidence, d’ailleurs ?). »   Le doute est donc légitime.

Affaire à suivre.

Élément nouveau : j’ai vérifié pour la Seine, sa longueur courbée vaut 776 à 777 km, et mon calcul indique que la distance à vol d’oiseau entre la source et l’estuaire vaut 400,26 km. La division indique que 777 / 400,26 = 1,94, ce qui est proche de 2. Mais pas du nombre pi.

© 2014 John Philip C. Manson

 

Sur l’histoire de Vienne (Autriche)

Aujourd’hui, je vais parler d’un documentaire TV que j’ai regardé hier soir le 30 avril 2014.

Voici le synopsis :

Vienne

Ce documentaire sur l’histoire de Vienne, en Autriche, fut intéressant.

Il évoqua la dynastie des Habsbourg qui régna longtemps sur l’Europe. Mozart, Beethoven et Klimt furent des artistes marquants. Bien sûr, des personnages politiques fameux comme la reine Marie-Antoinette, et l’Aiglon (le fils de Napoléon), et l’impératrice Sissi, sont incontournables.

Le documentaire parla de la chute des Habsbourg et la montée du nazisme, et l’Anschluss, avec l’avènement de l’abominable Hitler, lequel peignit des aquarelles à Vienne mais qui eut échoué pour entrer aux Beaux-Arts.

Ce documentaire intéressant comporte cependant une lacune importante, et c’est un devoir d’en parler, parce qu’il manque des faits qui font pourtant partie de l’histoire de Vienne. Ainsi, le documentaire n’a pas abordé le Cercle de Vienne, qui était un club important réunissant des savants et des philosophes. Le programme du Cercle de Vienne était l’empirisme logique.

La tendance y était à l’empirisme logique (ou « positivisme logique »), et était influencée par Ernst Mach (dont, après Ludwig Boltzmann, Schlick était le successeur à la chaire de philosophie des sciences), Ludwig Wittgenstein, Bertrand Russell, George Edward Moore, David Hilbert, Henri Poincaré, Albert Einstein, Karl Popper (qui fut admis comme « l’opposition officielle » à la Théorie de la connaissance défendue par le Cercle, mais qui n’en fut jamais membre. Dans « La quête inachevée », Popper s’attribue même le meurtre du positivisme logique défendu par le Cercle de Vienne), Gottlob Frege. Il n’y a pas d’unité de pensée dans le Cercle, et celui-ci se caractérise moins par des dogmes que par un programme commun.

Le Cercle développe en effet ce qu’il appelle une « conception scientifique du monde », dont trois éléments majeurs sont à peu près partagés par tous les membres.

  1. Les sciences doivent être unifiées dans le langage de la physique (réductionnisme des sciences empiriques) ou de la logique (logicisme), car toute connaissance est soit empirique soit formelle.
  2. La philosophie est une élucidation des propositions scientifiques par l’analyse logique ; elle se réduit à une théorie de la connaissance.
  3. Cette conception affirme que beaucoup d’énoncés métaphysiques sont dépourvus de sens (Unsinnig): les problèmes philosophiques traditionnels auraient été mal posés, et leurs solutions auraient été exprimées inadéquatement. C’est par exemple la thèse principale de Ludwig Wittgenstein, formulée dans le Tractatus logico-philosophicus: la plupart des énoncés métaphysiques seraient dépourvus de sens ; lorsqu’ils ne le sont pas, ils ne portent pas sur le monde, mais sur le langage (conception partagée par Rudolf Carnap en 1934).

 

Le Cercle de Vienne est marqué par une tragédie qui entraîna la dispersion du club. Moritz Schlick était un philosophe allemand berlinois, physicien de formation (il étudia la physique sous la direction de Max Planck), il est l’un des fondateurs du positivisme logique, qualifié de « maître à penser du Cercle de Vienne», il est l’un des premiers philosophes « analytiques ». Il mourut à Vienne le 22 juin 1936, assassiné par un de ses anciens étudiants, de plusieurs coups de pistolet en pleine poitrine sur les marches de l’Université de Vienne. L’ignoble assassin, Johan Nelböck, fut très vite libéré et devint un membre du parti nazi autrichien après l’Anschluss… Pourtant, Schlick n’était même pas israélite. Mais les intellectuels (communistes, savants ou artistes) étaient eux aussi pris pour cible…

 

J’ai voulu expliquer ici que le documentaire n’avait pas abordé ce sujet majeur, et que cela ne devait pas être oublié, parce que ça fait partie de l’histoire de Vienne. Le physicien viennois Ludwig Boltzmann fait lui aussi partie de l’histoire de Vienne, il est le fondateur de la physique statistique, un domaine passionnant. Les conceptions de Boltzmann ont exercé une influence décisive sur le positivisme logique du Cercle de Vienne, ainsi que sur Ludwig Wittgenstein qui reconnaîtra en Boltzmann l’une de ses influences principales.

La pensée du Cercle de Vienne, avec la nuance apportée par la contribution de Karl Popper, est un héritage qui a influencé la science moderne. C’est cette influence qui m’a orienté dans la philosophie des sciences, l’histoire des sciences, et l’épistémologie. C’est même à l’origine de mon intérêt pour les critères de la scientificité et le concept de réfutabilité, et même à l’origine de l’existence de mon blog, avec mon leitmotiv qui est l’exercice de l’esprit critique.

 

Comment un bon documentaire télévisé a t-il pu passer à côté de ce mouvement important que fut le Cercle de Vienne ? Qu’est-ce qui justifie cet oubli ?

 

© 2014 John Philip C. Manson

Le QI d’une américaine de 3 ans ?

  • 28 février 2014 : Ayant eu récemment une pause forcée suite à des états grippaux qui ont interrompu pour quelques jours mon projet professionnel actuel, mon blog dispose d’un court sursis avant son arrêt réellement définitif. Cependant, j’hésite à arrêter complètement mon blog ; je pourrai éventuellement poster de temps en temps quelques nouveaux articles, à un rythme faible (un article par mois ou tous les 3 mois), en fonction de ma disponibilité. Je souligne toutefois que mon projet professionnel reste et restera prioritaire. Dès fin mars 2014 et pour les mois suivants, je serai complètement absent de ce blog, c’est certain. Après, on verra si j’aurai un tout petit peu de temps à y consacrer…
  • J’aurai ici juste le temps de commenter brièvement ce qu’on pourrait appeler un « phénomène de foire », qu’il faudrait dénoncer. Il faudrait démystifier le fantasme de la surdouance et en critiquer la médiatisation.
  1. Définir une personne sur la base de son QI est simpliste et réducteur. L’intellect et la personnalité des personnes comportent des nuances, des  subtilités qu’aucun psy ne pourra connaître en totalité. Il n’existe pas d’intelligence mais des intelligences : http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_intelligences_multiples  L’intelligence n’est donc pas uniquement construite sur le seul raisonnement logico-mathématique. En effet, que dire de l’intelligence des artistes ? Léonard de Vinci et Michel-Ange étaient des artistes suprêmes, ils étaient très loin d’être des idiots. Les tests de QI ne mesurent absolument pas la créativité ni l’habilité, ni même l’aptitude à l’esprit critique !
  2. Un QI de 160 équivalent à celui d’Albert Einstein ? C’est un anachronisme. Le fameux physicien n’a jamais passé de tests de QI de son vivant car les tests de QI pour adultes n’étaient pas encore inventés. De plus, enfant, Einstein ne passa jamais de tests de QI. Ainsi, Einstein ayant un QI de 160 est une affirmation qui ne provient pas de sources objectives vérifiables. Einstein était vraisemblablement intelligent mais son QI est inconnu. En outre, il est important de préciser qu’un QI de 160 pour une fillette de 3 ans signifie exactement ceci : la fillette de 3 ans a un âge mental scolaire de 3×160/100 = 4,8 ans (soit 4 ans et 10 mois environ). La fillette de 3 ans a donc presque 2 ans d’avance intellectuellement par rapport à la moyenne des autres enfants de son âge physique. On est donc très loin du fantasme selon lequel on tendrait à croire que la fillette aurait pu avoir par exemple un niveau de doctorat… Honnêtement, pendant toute ma scolarité j’ai déjà observé plusieurs cas d’élèves qui sautait une ou deux classes d’avance ; c’est peu fréquent mais cela arrive au moins une fois. Doit-on alerter les journalistes chaque fois que ce phénomène se produit ?…
  3. Quel est le but de l’article ? Faire de la publicité pour l’association Mensa ? Ou proposer une version idéale ou romantique de l’intelligence infantile ?
  4. L’apprentissage précoce des langues étrangères s’explique par l’extraordinaire plasticité du cerveau humain. Le cerveau est capable de s’adapter très tôt à de nouveaux stimuli. On apprend plus vite et mieux quand on considère l’apprentissage comme un jeu. Cela ne se limite pas aux enfants précoces ni aux surdoués. Les enfants issus de mariages mixtes sont fréquemment bilingues, qu’ils soient surdoués ou pas. Le talent apparaît avec beaucoup de pratique, le plus tôt possible. Un gamin qui a des parents qui sont profs de maths aura alors une plus forte probabilité de développer des aptitudes pour les maths, mais pourra cependant aussi faire autre chose selon ses goûts.
  5. Existe t-il une déontologie en psychologie où les tests psychométriques devraient rester discrets et confidentiels car relevant de la vie privée ? Pourquoi alerter les journalistes et faire un article ? Quel en est l’intérêt ? Le voyeurisme n’a jamais servi les intérêts des enfants. La surexposition, la surmédiatisation des enfants surdoués ou précoces est préjudiciable et déstabilisant pour les concernés.
  6. Le pire dans cette médiatisation est de présenter des informations fantaisistes : http://expresse.excite.fr/a-11-ans-elle-a-un-qi-N15914.html et http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/10/11/21368-surdoues-pour-vie  Il existe une faille en ce qui concerne Napoléon Bonaparte (mort en 1821), Einstein (mort en 1955), Sigmund Freud (mort en 1939), Blaise Pascal (mort en 1662), Goethe (mort en 1832) cités dans ces liens hypertextes… Pour info, les tests de QI pour adultes existent dès la fin des années 1950 aux États-Unis, et les tous premiers tests psychométriques pour les enfants datent de 1912 (voire vers 1905 pour les tests précurseurs). Il est donc flagrant que prétendre connaître le QI des personnes (célèbres ou non) ayant vécu avant le vingtième siècle (et avant la fin des fifties dans le cas des adultes) est mensonger ! Parler du QI de Steve Jobs, de Stephen Hawking ou de Bill Gates qui sont nos contemporains, c’est nettement plus crédible.
  7. La mesure du QI des adultes est connue publiquement depuis février 1955, grâce au « Wechsler Adult Intelligence Scale (WAIS) » d’après un livre publié en février 1955 par David Wechsler, psychologue américain. Albert Einstein, lui, est décédé en avril 1955. Je doute qu’Einstein ait eu le temps d’avoir passé en urgence un test de QI pour adultes au cours des 2 derniers mois de sa vie, et qu’il ait eu surtout le temps de lire le livre de David Wechsler… Quant à Bonaparte, Freud, Pascal et Goethe, leur QI est pure invention fantaisiste et arbitraire. Où est passé le devoir déontologique de vérité et d’objectivité ?

© 2014 John Philip C. Manson

Le QI vendu comme un produit sur Facebook

einstein160

Einstein n’a jamais passé de tests de QI car ils n’existaient pas encore avant sa mort sous leur forme moderne telle qu’on les connaît… En 1926, la psychologue Catherine Morris Cox a publié une étude sur les hommes et femmes, ayant vécu avant le 20e siècle, réputés être les plus intelligents. Par exemple, l’écrivain Goethe fut «évalué» avec un QI de 210, sans qu’aucune preuve ne soit avancée, cette valeur de 210 n’est même pas apte à être comparée avec d’autres éléments objectifs pour confirmer ou réfuter cette hypothèse. Pareil pour Einstein avec son présumé QI de 160. Idem pour Descartes (17e siècle), Blaise Pascal (17e siècle), Galilée (17e siècle), Nietzsche (19e siècle), Mozart (18e siècle). Leur QI a été estimé d’après les écrits et travaux qu’ils ont laissés, mais ce n’est pas fiable car il s’agit d’une évaluation subjective, fondée sur une appréciation personnelle de la psychologue. Dans des tests classiques actuels, la marge d’erreur est de l’ordre de 35%… Et au début du 20e siècle, les premières évaluations de QI servaient à dépister les écoliers en retard scolaire par rapport à la moyenne (c’était le but légitime du Dr Binet qui inventa ce procédé psychotechnique au début du 20e siècle).

Les médias ont rapidement dénaturé ce concept pour en faire un produit vendeur qui flatte les égos…

On ne peut pas réduire les gens à des chiffres, et surtout des chiffres inventés.

À travers le web, on s’aperçoit bien que les journalistes se sont emparés du thème fumeux de QI. Par exemple, sur le moteur Google, on tape ce terme de recherche : « QI supérieur à einstein ». On tombe sur presque 15000 titres racoleurs de personnes dotées d’un QI supérieur à Einstein, des personnes qui sont systématiquement des enfants… Vendre du rêve c’est classique…

Un beau jour, un œuf dur, baignant dans de l’eau en ébullition dans une casserole, s’est posé cette question : « Euh, c’est quoi un test de « cuit » ? »    😉

einstein195

Dix jours après cette publicité du QI d’Einstein sur Facebook, une nouvelle publicité est apparue. Cette fois, Einstein présente un QI (toujours fictif) de 195 au lieu de 160 (comparaison avec l’image d’en haut). La supercherie est explicite.

Ça alors (ton ironique), le QI d’Einstein a augmenté de 35 points en 10 jours, même après sa mort…

 

Le QI ne mesure pas l’intelligence mais la crédulité des internautes.

 

© 2013 John Philip C. Manson