Comment donner le goût d’apprendre ?

Comment donner le goût d’apprendre ? C’est une question difficile, tant parce que tous les gens sont différents que par les méthodes que l’on ne peut pas généraliser. Je pense qu’il existe autant de méthodes que d’élèves.

Si l’illettrisme des jeunes est un problème préoccupant, il y en a un qui l’est tout aussi : l’illusion de connaître. Croire savoir est aussi périlleux que de ne pas savoir lire et écrire. Croire toutes les infos comme vraies, c’est aller droit dans le mur. Apprendre, voila un mot dont le sens doit être soigneusement approfondi. Apprendre quoi ? Pour qui ? Pourquoi ? Se poser des questions est toujours sain. Mais donner des réponses toutes faites, définitives, c’est risquer de ne pas avancer.

Apprendre à lire et à écrire, c’est une étape très importante de la vie. Mais cela n’est qu’une partie des outils nécessaires à notre vie. Il faut aussi apprendre à différencier les infos, à les disséquer pour évaluer leur pertinence, exiger des faits. L’aptitude au questionnement critique est indissociable de la capacité de lire et d’écrire. Savoir lire et écrire ne suffit pas. On peut être capable de bien lire mais sans avoir de recul critique, sous peine de croire n’importe quoi. Il n’y a qu’à voir par exemple l’inquiétude de certains internautes qui croyaient à l’imminence de la fin du monde du 21 décembre 2012. Je pensais que ces peurs irrationnelles appartenaient à une autre époque (le haut Moyen-Âge), mais cela perdure toujours, malgré que tout le monde aille à l’école…  C’est affligeant…

Le manque d’attitude critique est un vrai problème de société. La crédulité peut faire des ravages et conduire à des dérives, comme les sectes et le business du paranormal.

Nier la nécessité de l’esprit critique, c’est comme empêcher les gens de lire et d’écrire. C’est au même niveau. La négligence de cette priorité se paye par une lente dégradation de la pensée. Ne pas savoir lire ni écrire est un problème (ce n’est pas un crime non plus, il n’y a évidemment pas de coupables mais seulement des victimes), mais l’absence d’esprit critique est aussi un problème sérieux.

De nos jours, avec cette merveille qu’est Internet, beaucoup prennent l’habitude (mauvaise) de copier et de coller du texte pour relayer des informations, sans même y faire la moindre analyse objective. C’est fréquemment le cas des élèves qui recherchent sur Google et qui puisent dans l’encyclopédie Wikipedia le plus souvent. Le patient travail de documentation, ça devient apparemment pénibles pour certains. Certains sont tentés par le plagiat (des élèves, par facilité, pompent des textes pour faire leurs devoirs). D’autres, très nombreux, se satisfont des réponses simples, toutes faites, et ne se posent pas de véritables questions, ni ne remettent rien en question (ils devraient pourtant se botter violemment le Q dès le matin).

Il n’existe pas d’informations infaillibles. La fiabilité des informations n’est jamais garantie d’avance. Ni dans les livres, ni sur Internet. Seul un travail d’analyse permet d’évaluer la solidité des infos.

Il ne faut jamais prendre l’habitude de considérer la lecture, l’écriture et encore moins l’esprit critique comme une corvée que l’on doit s’acquitter le plus rapidement possible… Lire, écrire, analyser, ce sont des outils utiles et indispensables.

Accéder à la connaissance repose sur une méthode assez simple, mais qui demande du travail et de la volonté. Vouloir apprendre, voila la base. Explorer, enquêter, y trouver du plaisir, c’est comme un jeu ou un loisir. Mais prendre des outils essentiels comme une corvée pénible, c’est se destiner à ne rien faire. Lire, écrire, douter, ça ne s’applique pas forcément aux domaines intellectuels comme les sciences, cela peut concerner le bricolage et les inventions, voire l’artisanat. Dans ces activités-là, aussi, on trouve toujours l’occasion de devoir se documenter pour appliquer une méthode, innover ou créer quelque chose en expérimentant, découvrir une connaissance, ou même transmettre un savoir-faire.

Apprendre ? Il faut commencer par le vouloir. Ensuite, il est bon de savoir qu’il faut de la patience. Aller vite ne sert à rien et c’est contre-productif. Une corvée apparente peut se révéler comme un véritable outil utile, parce qu’il existe au moins toujours une situation où un apprentissage s’applique dans un contexte plaisant et ludique. Puis il faut de l’auto-discipline, être responsable face à son devoir. Vraiment, ça n’a pas d’importance en ce qui concerne qui arrivera premier ou dernier, chacun a son rythme, pourvu que l’on y arrive. Apprendre, c’est un défi d’abord lancé à soi-même et pour soi-même ; ce n’est pas une compétition entre des rivaux qui comparent leurs notes de leurs devoirs de classe.

Apprendre, c’est aussi vouloir avancer, et pour cela il faut ignorer ce venin nauséabond que sont les critiques négatives pessimistes dévalorisantes humiliantes (souvent les marchands de conseils qui vous prennent de haut ne connaissent absolument rien du domaine qui vous concerne). Pour avancer, il faut juste se poser les vraies bonnes questions, et admettre aussi les critiques quand celles-ci sont fondées et quand elles sont constructives.

Si apprendre était vraiment une corvée insurmontable dans tous les domaines, la vie serait insupportable… On a pourtant tous appris à marcher ou à faire du vélo, et pourtant ce ne sont pas les chutes accidentelles qui ont arrêté notre détermination et notre motivation. Sinon, nous marcherions tous à 4 pattes.  😉

Je pense qu’il est plus urgent que l’école se réadapte pour remplir ses objectifs, plutôt que de pointer du doigt les mauvaises habitudes critiquées sans que rien ne soit fait pour que ça change. En commençant par exemple à armer les élèves d’esprit critique, et trouver une façon ludique de le faire.

Apprendre n’est pas inné. Et nous disposons autant de temps les uns par rapport aux autres. Tout est affaire de gestion du temps, de ce qu’on en fait. Est-ce que ce que l’on fait est vain (avec le sentiment proche de tout abandonner) ou doit-on continuer à croire (et surtout de connaître) la valeur de notre travail malgré tout ? The show must go on ! Oh yeah !

  • À voir : http://fannypissoort.wordpress.com/2012/04/24/quest-ce-que-lesprit-critique/ (ce blog remarquablement bien écrit était prometteur mais il semble abandonné depuis mai 2012, avec seulement quelques articles en tout, mais le but n’est-il pas que les internautes développent et utilisent l’esprit critique par eux-mêmes et pour eux-mêmes à partir d’une base simple ?). 

© 2013 John Philip C. Manson

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Quand Wikipedia manque d’objectivité dans la démarcation science/pseudoscience

  • Ainsi, je suis tombé assez rapidement sur l’article Biophoton. Article instructif en apparence, mais veuillez lire la page de discussion pour comprendre que le doute est la meilleure attitude à adopter : Discussion:Biophoton. Que les wikipediens ne me racontent pas avec mauvaise foi que l’objectivité n’est d’aucune utilité. Wikipedia a vraiment besoin d’objectivité. L’objectivité est une nécessité et un devoir quand on contribue à relayer des informations, et c’est l’un des devoirs de la charte déontologique du journalisme : parmi les devoirs, il y a le respect de la vérité, l’impératif de ne publier que des informations «dont l’origine est connue» ou accompagnées de réserves, et l’obligation de «rectifier toute information qui se révèle inexacte».

Copie d’écran des deux contributeurs sceptiques à l’encontre de l’article Biophoton (cliquez sur l’image pour l’agrandir) :

  • C’est inquiétant : l’article Biophoton fut créé en 2008, il y a eu monsieur Laurent Mignon (merci à lui) qui a exprimé un début d’indignation en 2009, et moi j’apporte les preuve que l’article Biophoton est une imposture. Il s’est passé environ 4 années (juin 2008 – avril 2012), un article à disposition du public, avant ma mise au point. L’absence de réactions chez les contributeurs wikipédiens c’est effarant, et le pire c’est que ce n’est pas du tout la première fois.

Quand je formule une critique, c’est quand il y a des raisons, et je m’efforce d’apporter un point de vue constructif. Je ne dénigre pas l’encyclopédie en ligne, mais il faut améliorer celle-ci avec vigilance.

Wikipedia, c’est bien, c’est pour tout public, c’est facile d’accès, c’est rapide d’accès, mais il faut lire les articles avec certaines précautions, et il ne faut pas hésiter à modifier ce qui ne va pas.

SKEPTICS, WIKIPEDIA NEEDS YOU !

Au lendemain de l’édition de la page de discussion de l’article Biophoton, un nouveau commentaire est apparu. Voir l’image de copie d’écran ci-dessous :

Affaire à suivre…

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Liste d’articles de Wikipedia sur le thème de la physique quantique mais qui présentent des références sur le mysticisme, ou sur la pseudo-science, voire le divertissement (œuvre de fiction), ou les hypothèses trop spéculatives  (ces pages ont été trouvées via Google et via l’outil des pages liées à l’article «Mécanique quantique»):

  1. Biophoton (ça on en a parlé)
  2. Esprit quantique (concept controversé, ne pas confondre la conscience qui est une propriété immatérielle émergente de la matière avec les phénomènes neurochimiques a priori quantiques et la structure neuronale ; n’en déplaise Roger Penrose, la mécanique quantique n’a rien à voir avec la psychologie)
  3. Médecine quantique (escroquerie, voir : http://jpmanson.unblog.fr/2011/03/21/larnaque-de-la-physique-quantique-usurpee/)
  4. Biorésonance (concept fumeux dérivé de la médecine quantique)
  5. Cosmologie quantique (à prendre avec des pincettes ; les phénomènes locaux et à l’échelle subatomique peuvent être décrits comme quantiques, mais pas l’univers dans sa globalité du fait de son inconciliation avec la théorie de la relativité)
  6. Instanton de Hawking-Turok  (hypothèse très spéculative ; il faut se souvenir que la géométrie non euclidienne est un outil de représentation faillible et réfutable de la réalité mais n’est pas censé être la réalité elle-même ; le concept de rayonnement de Hawking appliqué aux trous noirs est plus crédible que le concept d’instanton)
  7. Miroir quantique (thème explicitement apparenté à la science-fiction, en particulier la série télévisée Stargate SG1 ; c’est le seul cas où le mot «quantique» est présenté publiquement comme une fiction, donc à distinguer des pseudo-sciences et du mysticisme qui cachent volontairement le caractère fictif de leurs doctrines dans le seul but de tromper autrui)
  8. Univers parallèles  (hypothèse trop spéculative, c’est de la métaphysique, ce n’est plus une hypothèse scientifique ; voir ici : http://jpmanson.unblog.fr/2010/11/04/univers-paralleles-et-paradoxe/)
  9. Mioara Mugur-Schächter (sans faire une quelconque critique de la personne qui fait l’objet d’une biographie dans l’article éponyme, je dois considérer cependant que l’article qui lui est consacrée est assez flou et confus : par exemple on peut y lire une invalidation de théorème, l’expression est elle-même un oxymore, auquel cas il faudrait dire que ce n’est plus un théorème puisqu’il y a (a priori) une réfutation… ; en effet un théorème est clairement démontré, tandis que ce qui est a priori un possible théorème n’est qu’une conjecture ; dans l’ensemble du texte de l’article, ça mérite une révision profonde de la rédaction car l’on n’y comprend pas grand chose de concret)
  10. Micro trou noir (si la théorie quantique peut s’appliquer aux plus petits trous noirs, l’hypothèse de dimensions supplémentaires d’espace est très spéculative et ne repose sur aucune justification empirique qui pourrait suggérer la crédibilité de l’existence de ces dimensions ; si l’espace-temps à 4 dimensions permet de bien décrire la théorie de la relativité générale en conformité avec les faits, le concept de dimensions supplémentaires d’espace est à considérer avec précaution ; pour comprendre mon scepticisme, voir la page Théorie des cordes au paragraphe «Limitations et controverses concernant les théories des cordes» ; en effet, un ensemble d’hypothèses sans preuves empiriques ne font pas une théorie scientifique, il n’y a de théories scientifiques qu’avec l’appui de preuves empiriques au moyen d’hypothèses ayant la possibilité d’être réfutables).
  11. Seth Lloyd (je cite le paragraphe controversé : «Dans son ouvrage de vulgarisation scientifique, Programming the Universe, Lloyd déclare que l’Univers est lui-même un immense calculateur quantique exécutant un programme cosmique qui produit ce que nous voyons autour de nous ainsi que nous-même. Selon Lloyd, une fois que nous aurons une compréhension complète des lois de la Physique, nous serons capable d’utiliser des calculateurs quantiques de petite échelle afin de comprendre l’univers dans sa totalité.» ; je réponds à cela que nos connaissances des lois de la physique resteront toujours incomplète et les théories scientifiques comporteront toujours des incertitudes, je pourrais développer mes arguments, je l’ai peut-être déjà raconté, mais ce serait trop long de tout détailler ici ; pour faire court, je veux dire que le processus de construction de nos connaissances se base sur l’élimination du superficiel par réfutation des hypothèses, et le nombre d’hypothèses concevables est comparativement beaucoup plus grand que le nombre de lois physiques factuelles, et c’est parce que nous avons une représentation mathématique faillible de la réalité qui fait que cette réalité ne sera jamais directement connaissable dans toute son essence ; une quelconque théorie unique qui explique tout de façon complète et certaine c’est une chimère, une utopie qui se heurte par contradiction contre le critère épistémologique de réfutabilité : la science élimine ce qui est superflu, elle n’a pas vocation à ériger des dogmes fixes ni des vérités définitives ; seul ce qui est complet est a priori définitif, la science en soi ne sera jamais complète, elle ne vise pas un but illusoire de connaissance complète finale… Ensuite, autre paragraphe douteux : «Selon Lloyd, nous pourrions simuler dans un ordinateur l’univers tout entier dans les 600 prochaines années», or là aussi ça ne va pas, car pour simuler l’univers tout entier, il faudrait utiliser chacun des 10 puissance 80 atomes de l’univers observable lui-même pour le simuler complètement, et pour être réaliste on n’aura toujours qu’une possibilité de simuler l’univers qu’en partie, mais jamais dans sa totalité, à moins d’utiliser un ordinateur quantique, mais celui-ci ne pourra pas lui-même simuler les propriétés quantiques à l’échelle subatomique de tout l’univers observable, ce qui maintient le paradoxe).
  12. Jean-Émile Charon (un contributeur lucide fait remarquer avec pertinence que «la mécanique quantique n’admet aucune interprétation en rapport avec la conscience ou la philosophie.»)
  13. Princeton Engineering Anomalies Research (PEAR) (alors là, cet article est plus que douteux, il est même classé parmi la catégorie «Organisation de parapsychologie» et il fait partie du portail du Paranormal… Voila un spécimen classique de pseudo-science).
  14. Institut métapsychique international  (après lecture, l’article est relatif à la parapsychologie « scientifique », mais la page de discussion fait part de l’indignation des sceptiques qui se plaignent de censure et qui déclarent que sur Wikipedia la croyance au paranormal règne en maître, et que toute information critique sur les pages pro-paranormals sont très rapidement supprimées par leurs adeptes ; moi-même je suis d’accord avec ces sceptiques qui ont raison de dénoncer le prosélytisme idéologique de certains contributeurs qui se fichent absolument de l’objectivité et qui voient en Wikipedia un vecteur idéal de propagande parce que c’est un site très fréquenté et rapide à éditer)
  15. Ervin László (c’est un philosophe qui relie la théorie quantique avec le concept d’un espace nommé Akasha, ce dernier étant connu pour être une croyance védique propre à l’hindouisme et la spiritualité en Inde, et cet amalgame semble une tentative de conciliation entre la science et la religion, or ce n’est pas le but de la méthodologie scientifique ni de l’épistémologie ni des théories scientifiques. Pour en dire un peu plus, le concept de mémoire akashique est un concept ésotérique créé par la Théosophie à la fin du dix-neuvième siècle à partir d’éléments de la philosophie indienne, et ce concept est populaire de nos jours chez le New Age ; bref c’est de la philosophie, de la spiritualité, mais cela diverge de l’attitude scientifique, on ne peut pas tout mélanger. Cet auteur a écrit un livre «Science and the Akashic Field: An Integral Theory of Everything», ce qui veut dire «La science et le champ akashique : une théorie intégrale du Tout»).
  16. Holisme (ce concept consiste en une interprétation globale et synthétique de la réalité, et cela s’oppose à la pensée analytique selon laquelle chaque partie est étudiée, en ce sens le holisme est une approche différente du scepticisme scientifique fondé sur l’analyse patiente dont le but est la recherche de failles et d’erreurs ; ainsi le holisme peut-il permettre une approche épistémologique permettant le critère de réfutabilité ? ; et le holisme ne risque t-il pas de céder à l’analogisme et la métaphore plutôt que de se baser sur des relations de causalité ? ; ces questions valent d’être posées car l’article Holisme est liée à l’article Mécanique quantique dans Wikipedia… La page sur le Holisme raconte même que le concept de holisme est très polémique depuis sa création, à travers une utilisation idéologique : le terme « holitisque » est abondamment utilisé par les milieux antisciences, les mouvements ésotériques et les groupes sectaires).
  17. Ontologie (philosophie)   (la métaphysique n’a aucun rapport avec les théories scientifiques comme la physique quantique).
  18. Pierre Teilhard de Chardin (qui fut un philosophe, théologien et paléontologue français ; il avait une conception spiritualiste du cosmos ; il a récupéré des sciences hors de leur contexte comme la théorie de l’évolution pour inventer le concept de point Oméga qui serait le but ultime de l’évolution à travers les concepts de noosphère et de Christ cosmique, mais la théorie de l’évolution n’a aucun déterminisme car chaque étape évolutive des espèces est imprévisible ; il s’agit d’un cas criant d’amalgame idéologique entre la science et la religion).
  19. Paul Feyerabend (philosophe connu pour son déni de la méthode scientifique, sa position était profondément incompatible avec le rationalisme et les critères admis de la scientificité, sa position radicale consistait en l’absence de méthode au profit d’un relativisme philosophique… ; sa proche conception de la science se résume à admettre que «tout est bon» ; si sa philosophie était appliquée uniformément dans le monde, cela ferait pleurer de joie les prophètes des pseudo-sciences…).
  20. Hydrino (particule hypothétique désignant l’atome d’hydrogène dans un nouvel état selon lequel l’électron aurait une orbitale plus proche du proton ; ce concept a voulu servir à expliquer et justifier la fumeuse fusion froide ; l’hypothèse de l’hydrino est en contradiction avec les lois de la physique quantique…)
  21. Théorie de Heim  (pseudo-science très habilement sophistiquée pour mieux tromper les gens ; la théorie de Heim n’a jamais été publiée dans des revues scientifiques à comité de lecture, et sa diffusion en dehors du circuit académique est à prendre avec des pincettes… Dans le Wikipedia anglais, la théorie de Heim est classée dans la catégorie «Fringe physics», terme équivalent à «pseudo-science»).
  22. Pré Big Bang (ce modèle cosmologique peut-il permettre, lorsqu’une hypothèse est en soi fausse, d’invalider cette hypothèse au moyen d’une observation concevable ? ; il n’y a plus qu’à attendre les résultats du satellite Planck… Je suis franchement sceptique, sachant qu’un «pré Big Bang» avant même le commencement de l’espace-temps n’a pas de sens en physique…).

Sous réserve de dizaines d’autres cas…

  • Test statistique : sur 3250 pages connexes au mot « quantique » dans le Wikipedia francophone, il existerait environ 47 pages maximum a priori suspectes qui concernent des biographies de personnes, et environ 285 pages maximum a priori suspectes concernant des articles impersonnels désignant un concept ou une organisation.
  • Bilan statistique : 8 à 9% maximum des articles du Wikipedia francophone relatifs à la physique quantique seraient en fait une promotion du mysticisme quantique pseudo-scientifique ou une interprétation incorrecte de la physique quantique en reliant celle-ci à tort à des concepts philosophiques éloignés selon des degrés divers de ce qu’on attend d’une théorie scientifique ; et parmi ces articles, 16 à 17% maximum d’entre eux seraient des biographies de personnes contemporaines (ou de précurseurs) mêlées au mysticisme. En résumé, sur 100 articles qui parlent de la physique quantique, 8 à 9 au pire sont potentiellement suspects, et parmi ceux-ci on y trouve 1 à 2 articles biographiques d’un individu ayant une conception hors-sujet de la théorie quantique (un philosophe, un pseudo-scientifique ou un gourou).

© 2012 John Philip C. Manson

La déontologie de la vulgarisation scientifique

Voici un sujet intéressant et important qui vaut d’être traité : la déontologie de la vulgarisation scientifique.

J’en résume les enjeux :

  • Si l’information n’est pas correctement transmise – complète, honnête, compréhensible par un profane – le mot information perd tout son sens.
  • La qualité de l’information que les scientifiques se doivent de transmettre à la société doit constamment être améliorée.
  • Il est important que le public ait la garantie que l’information qui lui parvient via différents médias soit validée. Or personne n’est mieux placé que le chercheur lui-même pour valider une information scientifique (référence à des sources provenant de publications scientifiques à comité de lecture).
  • Il y a la responsabilité de devoir adapter le langage scientifique au niveau de compréhension des interlocuteurs, en évitant cependant le jargon scientifique ou technique, sans pour autant galvauder ni rendre approximative l’information ; c’est un équilibre souvent difficile à trouver. 
  • Il est extrêmement souhaitable que l’information transmise, en général par un journaliste, ait été, chaque fois que possible, validée par le chercheur lui-même quant à sa signification et quant à l’importance qu’elle revêt pour le public.
  • La vulgarisation scientifique ne doit pas dériver vers le publireportage ni vers le sensationnalisme pour propager un contenu faux ou caricaturé par rapport à ce qu’on attend de l’information scientifique. Dans le feu de l’action et du direct on peut comprendre quelques dérives, mais dans la presse, elles paraissent plus suspectes. Ce phénomène peut être renforcé par le fait que nombre de bons scientifiques, échaudés par des communications mal faites, mal comprises ou mal rapportées par les médias venus les interroger peuvent ensuite éviter de réitérer l’exercice.
  • La vulgarisation scientifique présentant des enjeux éthiques particulièrement forts dans certains domaines sensibles comme la médecine, la santé, la climatologie, les secteurs de l’énergie, etc, avec d’une part le poids de certains lobbies et d’autre part des risques de dérive liées à l’amateurisme ou à la non mise-à-jour de certains sites et autres supports d’information, cela peut conduire à des abus, et c’est à éviter.

 Texte susceptible de compléments

© 2011 John Philip C. Manson

L’échec de la communication scientifique

Liens connexes :

La science actuelle souffre d’un gros problème de communication à travers la vulgarisation. Tout le problème, ou la majeure partie, prend sa source dans la médiatisation. J’observe un fossé entre les professionnels de la science et les vulgarisateurs amateurs avec le grand public. Néanmoins il existe des émissions de vulgarisation intéressantes, comme «C’est pas sorcier» sur France 3, ainsi que l’émission «Prouve-le» sur la chaîne Gulli. Ces exceptions montrent l’insuffisance d’émissions de vulgarisation scientifiques.

D’un côté, il y a ceux qui savent chercher et trouver, c’est le travail ou la passion de ceux qui s’adonnent à la science. Mais qui ne savent pas forcément communiquer.

D’un autre côté, il y a les orateurs habiles, ceux qui savent capter l’attention des foules, qui savent utiliser les médias à leur profit. Mais un grand charisme journalistique ou télévisuel ne signifie pas forcément des compétences en sciences… À mon avis, il manque trop de journalistes scientifiques pour les sujets scientifiques traités, tout me paraît confié à des personnes plus littéraires de formation plutôt qu’étant de formation scientifique.

Réunir ces deux facettes (la maîtrise des sciences + la communication) est un atout imparable. Savoir communiquer la science, partager une passion et des connaissances, et faire naître des vocations, voila une qualité rare. Qui a ce talent parmi nos contemporains ? Je me souviens de Michel Chevalet comme d’un journaliste scientifique brillant, avec sa fameuse phrase qui a marqué durablement les mémoires : «Comment ça marche ?». Sans oublier Richard Feynman, professeur et prix Nobel de physique, il a publié des livres qui font de lui un grand vulgarisateur scientifique. Ils ont mon éternelle reconnaissance.

À l’opposé de la démarche honnête et louable des vulgarisateurs scientifiques, il existe une autre facette, le côté obscur de la science. Bien souvent, la véritable information scientifique donnée par les travaux de vulgarisation est noyée dans une grande masse de désinformation et de déformation de la «vérité» scientifique. Cette noyade a pour cause l’utilisation outrancière et efficace des médias par des individus qui ne montrent pas ce qu’ils sont vraiment : des imposteurs.

L’imposture en science se reconnaît aisément : un imposteur publie des croyances, ou des thèses philosophiques ou métaphysiques, ou des considérations pseudo-scientifiques et fait abusivement passer celles-ci pour de la vraie science en utilisant le plus souvent possible les médias (TV, radio, internet, presse…) comme s’il recherchait la reconnaissance, l’admiration et l’amour du public et sans jamais passer par une publication scientifique à comité de lecture comme arxiv.org, sciencemag.org, pourlascience.fr, cnrs.fr, cern.ch…

Bref, en dehors du circuit scientifique, les théories sont sans garantie. Les comités de lecture par des pairs sont un garde-fou afin de préserver la science de divers abus. Cela réduit ainsi de beaucoup le risque d’erreurs, mais l’absence absolue d’erreurs est un mythe. Comme l’argument d’autorité n’est pas un critère de scientificité, cela veut dire qu’une référence ayant un statut scientifique crédible ne signifie pas qu’elle soit exempte d’erreur, ni qu’elle soit dispensée de toute critique et de réfutabilité. Ne jamais oublier ça… Même le système de régulation dans la communauté scientifique a ses failles, notamment via l’attribution controversée de thèses (cf. Mme Tessier, astrologue, à la Sorbonne ; et l’affaire des célèbres frères B.)

L’imposture scientifique se reconnaît dans son impossibilité ou son refus de se soumettre à la réfutabilité des affirmations que l’imposture prétend. L’imposture se reconnaît aussi à son langage flou, abscons, à l’utilisation d’anecdote et de témoignages, ainsi que par l’absence de référence directe à des faits.

La confusion du public entre la vraie science et l’imposture vient de ce que le grand public ne comprend pas ce que les scientifiques racontent, tout simplement parce que souvent le grand public n’a pas les bases requises pour comprendre les sujets scientifiques abordés. Quand la chimie ou la physique ne passionnent pas forcément les jeunes, les sciences sont rapidement oubliées avec le temps qui passe, abandonnées comme de vagues souvenirs. L’école ne sait pas susciter l’éveil ou la curiosité, ni des vocations scientifiques. L’école ne sait, encore moins, éveiller à un recul critique et analytique, et ça ne fait qu’accroître l’abîme.

Pour exemple, quand le web fait une propagande médiatique sur le moteur Pantone, l’attitude du public est souvent l’absorption passive et crédule de l’info, sans la moindre attitude sceptique, en prenant même (à tort) l’info pour vraie, comme ça. D’une part, le niveau scientifique requis pour comprendre pourquoi le moteur Pantone ne peut pas marcher est celui du lycée (niveau 1ère ou Terminale S), mais pourtant, de nos jours, beaucoup de gens passent leur Bac (et avec statistiquement plus de 85% de succès)…

Ou le grand public est crédule, ou il n’a aucune envie de comprendre comment ça marche parce que ça ne l’intéresse pas. Quand une chose intéresse quelqu’un, la personne cherche à comprendre tous les mécanismes, à essayer et à explorer. Un bidouilleur en informatique qui s’intéresse aux ordinateurs et à la programmation finit par cumuler de grandes connaissances à travers son expérience du domaine. Pour un passionné de mobylettes ou de motos, c’est pareil, il devient souvent un bon mécanicien car il aura tout appris à démonter et monter et réparer par lui-même ces mécaniques. Pareil pour un maître verrier qui apprend à sculpter dans le cristal.
Mais lorsqu’un thème excite les passions et provoque l’émerveillement chez autrui, mais sans que ces personnes ne s’y intéressent pour en savoir plus, de façon concrète, ce n’est pas de la curiosité ni de l’éveil actif, c’est de la crédulité passive.

Pour le grand public, la science se résume à devoir faire rêver avec des mots. Et moins le public comprend, à travers des mots compliqués, mieux le mystère capte leur émotion pour leur procurer une sorte de bien-être quasi-spirituel. Et dans cet état d’esprit troublé, le public trouve ça génial, mais sans vraiment avoir saisi le sens correct et adapté des mots scientifiques.
Il faut rester prudent en se souvenant que la science n’a pas à s’adapter au grand public pour faire connaître ses travaux, c’est au public qui doit s’efforcer de s’adapter à la science pour la comprendre. Si le grand public veut comprendre, il lui faudra d’abord s’instruire en apprenant à connaître les bases élémentaires nécessaires qui concernent les différentes sciences. J’ai longtemps connu les bases des théories scientifiques avant même de connaître les critères épistémologiques de la scientificité, c’est un peu comme mettre la charrue avant les bœufs (qui peut conduire à des absurdités si l’on n’y fait pas gaffe), mais l’essentiel c’est de connaître autant les critères de la science que les bases des théories scientifiques.

Interpréter soi-même des théories scientifiques avec son propre vocabulaire, mais sans connaître les définitions précises des mots du jargon scientifique, voila ce qui est à l’origine des délires mystiques et/ou pseudo-scientifiques des adeptes de la mouvance New Age, cette secte qui mélange abusivement les sciences avec les courants spirituels pour mieux tromper. La rigueur dans le respect des critères épistémologiques qui définissent la science est ce qui conduit à une attitude scientifique saine, ouverte et objective, sans intrusion idéologique de l’irrationnel, de l’imaginaire, de la politique et du spirituel, et des comportements émotionnels en général.

La vulgarisation scientifique ne consiste pas à simplifier ni à introduire des raccourcis, ni à faire du sensationnalisme. S’engager dans la voie de la simplification par des raccourcis réducteurs c’est conduire à un non-sens, une dénaturation dangereuse de la science, et le public croira comprendre, il croira s’instruire, et le cumul des simplifications et des raccourcis fait que les métaphores et les analogies ne correspondent pas au sens du thème scientifique qu’elles étaient sensées expliquer et décrire. Et plus cette simplification est importante avec le temps, devenue une habitude et un standard, plus les connaissances apparentes et vagues constitueront un désastre intellectuel et un échec didactique… Sans recul critique, tout type d’instruction est un gâchis. Mais c’est heureusement réversible, parfois, quand les gens trouvent le courage de TOUT remettre leurs acquis en question, en devant tout réapprendre par eux-mêmes avec un nouvel outil d’analyse : l’esprit critique.

 Le public se distingue par 3 types d’attitudes :

  1. Les indifférents et les désinvoltes (du style : «bof, j’m’en fous de tout»). C’est leur droit. L’ignorance n’est pas un mal quand il n’y a pas d’idéologie ni de croyances derrière.
  2. Les avaleurs de couleuvres (du style : «hey, c’est passé à la TV donc c’est vrai : la marmotte elle met le chocolat dans le papier alu»). Eux doivent faire un très gros effort d’adaptation au réel…
  3. Les sceptiques (du style : «je gratte le vernis, je creuse, je pioche, je vérifie la marchandise, mouarfff iconsceptique.gif je m’en doutais t’es un escroc !»). But de l’évolution intellectuelle.

L’idéal est que le droit à l’ignorance et à la croyance doit s’équilibrer avec le devoir de s’informer objectivement.

À ces trois types d’attitudes, il faut y adjoindre divers comportements opposés :

  1. Ceux qui vendent des couleuvres (du style : «voici mon livre qui contient la Vérité hypercosmique sur le secret de la Création, bon ça fait 25 € merci ô pigeon…»)
  2. Ceux qui vulgarisent la science, avec conscience professionnelle et déontologie (du style : «Comment ça marche ? Voila je vous explique des trucs concrets avec l’appui d’expériences et des données quantitatives expérimentales, et en formulant des hypothèses réfutables donc testables par l’expérimentation ou l’observation»)
  3. Ceux qui rendent la science vulgaire, en la dénaturant, et en lui ôtant tout son sens (du style : «je ne comprends rien en science mais je vous expliquerai tous les secrets du pré-Univers qui a existé avant l’apparition de l’espace-temps, et dans l’univers rien n’est impossiiiiible»)
  4. Le cas n°1 peut coïncider parfois avec le cas n°3…
  5. Le cas n°2 est strictement distinct des autres cas. On ne peut pas être à la fois un honnête vulgarisateur et un odieux imposteur, ou alors il faut vraiment être sournois pour mélanger le vrai et le faux…

Pour conclure :

  • Les meilleurs vulgarisateurs scientifiques sont ceux qui enseignent les bases des théories scientifiques et qui enseignent les définitions des mots du jargon scientifique, et qui donnent des définitions précises de ce qu’est la scientificité et la méthode scientifique.
  • Quiconque veut comprendre des travaux scientifiques, de chimie par exemple, doit nécessairement connaître les bases de la chimie. C’est le strict minimum. La compréhension est impossible sans un minimum de notions élémentaires. Sans ces notions, toute interprétation du jargon scientifique lu conduit toujours à des inepties.
  • La science n’est pas de la culture, c’est-à-dire qu’elle ne consiste pas à mémoriser des lectures diverses ni à les utiliser comme étant des vérités fixes et définitives, voire comme un roman. La culture scientifique a un socle qui est la connaissance des bases théoriques ainsi que la connaissance des critères de la scientificité (la définition de la science). Mais pour le reste, c’est-à-dire les travaux scientifiques, la publication de recherches, ce qui est le critère le plus important c’est la démarche critique et le raisonnement (appuyés par les notions de base)
  • Au lieu de vulgariser la science, il faudrait s’efforcer de faire faire des sciences quand cela est possible, afin de donner aux gens le goût du raisonnement et de la recherche par eux-mêmes à travers des expériences et des observations. Aujourd’hui, il existe un mépris honteux envers le grand public parce que le message scientifique est souvent dénaturé et déformé. Parfois même à la limite de la malhonnêteté, surtout par le journalisme peu déontologique sur certains portails du web quand ceux-ci prétendent être un relais pour faire connaître des sciences qui, pour ces médias, se résument douteusement et abusivement à la climatologie et les secteurs de l’énergie, voire le paranormal quand l’occasion se présente… Et il existe aussi un mépris du public pour les sciences qu’ils connaissent finalement mal (il n’y a qu’à examiner un forum classique du web pour en évaluer le niveau scientifique général). Par exemple, je me souviens des gros délires qui ont été proférés à la fois par les journalistes et par les internautes à propos du LHC du CERN, répandant ainsi des rumeurs ineptes de fin du monde (par ignorance, crédulité ou par hostilité idéologique au projet). De plus, un bon nombre d’articles écolos du web présentent une quantification de l’impact en CO2 selon divers comportements consuméristes, mais une vérification par calculs montrent que ces articles sont souvent faux (http://jpmanson.unblog.fr/2011/09/21/megaoctet-et-co2/ https://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/27/analyse-de-sv-n1136-de-mai-2012/).
  • La folie irrationnelle du web, et dans la vie courante en général (souvent à cause de la presse), c’est un fait qui incite à tirer la sonnette d’alarme. Il faut contrer l’obscurantisme avant qu’il ne fasse reculer l’esprit scientifique et critique.
  • Le mépris du public à l’égard de la science peut s’expliquer par certaines dérives de la science (OGM, armes nucléaires, molécules toxiques…) et par l’apparente «froideur inhumaine» de la méthode scientifique. Les émotions n’ont rien à voir avec une attitude objective : pour observer, les yeux seuls comptent, mais pas ce que l’on ressent émotionnellement. Et en ce qui concerne l’apparente immoralité de la science, mieux vaut définir la science comme un outil neutre et amoral, car les responsables de méfaits ce sont les hommes, pas la science : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/10/les-derapages-de-la-science-et-le-principe-de-lethique/

 

Promouvoir le scepticisme est un acte politique, une lutte pour la liberté de tous contre la montée en puissance de l’obscurantisme, des superstitions, du développement des pseudo-sciences, etc. Ces aberrations intellectuelles sont clairement des instruments idéologiques réactionnaires dont le but est le pouvoir et l’argent par le maintien du public dans l’ignorance, la crédulité et la peur. La science est un atout que le peuple doit se réapproprier !

Semez le doute. Que la raison vous serve de guide.

© 2011-2012 John Philip C. Manson

Une momie extraterrestre ?

Une momie extraterrestre ? Ou comment ne plus respecter les devoirs déontologiques du journalisme…

Critique de l’article http://fr.news.yahoo.com/momie-prouve-lexistence-extraterrestres-091000002.html

Honteux que cette mystification soit classée parmi les News…

Le squelette (et non la momie) est celui d’un jeune humain atteint d’hydrocéphalie ou de macrocéphalie. C’est honteux de faire un buzz pour légitimer la désinformation ufologique, c’est contraire à l’anthropologie, c’est trahir la science. Demandez vous pourquoi seule la presse en parle, de même que les forums et blogs de partisans du paranormal, mais pas les références scientifiques… Concernant Riquelme, je ne trouve pas de sources sur scholar.google.com ni sur nature.com, ni sur sciencemag.org, ni sur arxiv.org. Les médias c’est n’importe quoi, on dirait que c’est de pire en pire. « La sphère scientifique en ébullition » ? Pas du tout, la science ne cautionne pas les canulars, et la mystification n’a pas été publiée dans un site scientifique à comité de lecture, ce qui laisse des doutes sur son authenticité. Le crâne de l’hydrocéphale ou du macrocéphale existe peut-être, mais l’interprétation qui en est faite est complètement fantaisiste. Concernant l’anthropologie, les médias feraient mieux de demander par exemple l’avis de l’anthropologue Yves Coppens à propos de la momie, et lui demander aussi si Riquelme est bien un chercheur…

La science se base d’abord sur des hypothèses réfutables soigneusement vérifiées. L’article partisan se base sur une idée préconçue, comme si l’objet de recherche était les extraterrestres exclusivement, mais ça n’a rien à voir avec la méthode scientifique, c’est malhonnête. Ces conneries sont une perte de temps. Pourquoi ne pas parler de VRAIES infos ?

De vraies infos comme celle-ci par exemple :

http://www.dinosoria.com/cranes_mystere.htm   (des crânes affreusement déformés, mais 100% humains)

Maladie rare ? Non. L’hydrocéphalie touche environ 1 à 4 enfants sur 1000.

La réponse brillante de Djamel s’oriente dans le sens de mes propos : «Encore des bobards qui, bien entendu, ne reposent sur aucune preuve scientifique, d’abord ce n’est pas un crâne momifié, on ne momifie pas les os, mais les chairs ! De plus, la présence de fontanelles indique bien que c’est le crâne d’un bébé, qui était probablement atteint d’hydrocéphalie à sa naissance et en est mort. D’où la taille de la tête, par rapport au corps ! Rien d’extraordinaire, il n’y a qu’à se référer aux annales de médecine, ce n’est pas les cas bizarres qui manquent !»

Le dénommé Luz a affirmé : «Il y a tant de choses que nous ignorons s’agissant de l’univers, de nous-mêmes aussi. Ne soyons pas bornés. Un esprit ouvert est un esprit qui avance. Qu’est-ce qui nous interdit de nous poser toutes ces questions qui dérangent de toute évidence les cerveaux cartésiens ? La réponse est rien. Soyons curieux et tant pis si on se trompe. N’oublions pas que si des “farfelus” aux yeux des scientifiques de leur époque n’avaient pas émis des hypothèses qui les faisaient passer pour fous (toujours à leur époque), notre science n’aurait jamais évolué. Comment croyez-vous que des hommes ont découvert : l’électricité, la téléphonie, la radiologie, etc. ? Ils ont ouvert leur esprit ce qui a permis de faire germer des idées nouvelles. Ils ont eu foi en leurs idées. Et ils ont eu l’audace de les présenter à des gens moins inspirés, moins doués, qui les prenaient pour des illuminés. Vouloir voir au-delà de ce qu’on nous présente comme vrai et immuable, est indispensable pour faire avancer le monde (et pour avancer soi-même)»

Le texte de Luz est un exemple typique de l’argument du syndrome de Galilée… Le syndrome de Galilée c’est l’attitude réactionnaire selon laquelle toute personne crédule qui adhère à une pseudo-théorie la considère presque toujours comme révolutionnaire, et en outre s’estime persécutée par la “science officielle”. La science est ouverte mais elle exige des preuves. Pour envisager l’hypothèse extraterrestre, il faut s’assurer d’abord que l’ADN n’est pas humain, que le crâne déformé ne soit pas dû à une malformation de type macrocéphalie ou hydrocéphalie. On commence d’abord par les hypothèses réfutables les plus simples et les plus plausibles. La science ne collecte pas des certitudes, elle procède (sur l’appui des faits) par élimination méthodique des hypothèses fausses. Un esprit qui avance est un esprit scientifique, dont la démarche repose sur le critère de réfutabilité, pas sur la seule crédibilité. Ce qui est borné c’est de soutenir aveuglément l’hypothèse extraterrestre en niant les hypothèses plus simples, comme les maladies humaines congénitales par exemple. Vérifions d’abord si ce sont des malformations pathologiques avant de déclarer voir des aliens partout…

De plus, en Amérique précolombienne certaines castes nobles déformaient volontairement les crânes pour des raisons rituelles et sociales. Il faut se renseigner d’abord auprès de la médecine et de l’Histoire avant de faire le jeu de la propagande ufologique.
Quelqu’un a dit qu’il était absurde de ne pas envisager l’existence des extraterrestres. Ce qui est absurde c’est de répondre à la question «Sommes-nous seuls dans l’univers» alors que personne n’en sait rien. Il est donc aussi stupide de croire aux extraterrestres que d’affirmer qu’ils n’existent pas. La connaissance ne dépend pas des opinions mais des faits, et on ne connaît pas ces faits, et ça peut durer longtemps, très longtemps… Dans le doute, il n’y a pas grand chose à raconter, puisqu’on ne sait rien. Affirmer sans l’appui des faits, c’est croire. Et croire n’a rien de scientifique.

Il n’y aurait pas de vacarme médiatique si les gens n’étaient pas crédules. La malhonnêteté intellectuelle des uns profite de la misère intellectuelle des autres. Existe t-il encore une once de déontologie dans le journalisme ?

Avec une base d’esprit critique, on peut constater que les ingrédients de l’imposture sont réunis dans l’article critiqué :

  • L’argument d’autorité : Riquelme présenté comme un anthropologue donc comme un scientifique, gage de crédibilité. Est-ce le cas ?
  • L’effet boule de neige (ou effet Popeye) : le bouche à oreille répand la croyance et la rumeur que le crâne péruvien est extraterrestre.
  • L’effet petits ruisseaux (les petits oublis et les erreurs fines donnent les grandioses théories) : Riquelme (ou le journaliste qui déforme ses propos) admet l’hypothèse extraterrestre sans évoquer d’autres hypothèses plus simples et plus probables, comme la macrocéphalie et l’hydrocéphalie.
  • L’effet cerceau (cercle vicieux consistant à admettre ou faire admettre au départ ce que l’on entend prouver) : à l’inverse de la méthode scientifique, l’article critiqué admet une conclusion et décrit des faits à partir de celle-ci. L’article critiqué préconçoit ad hoc la thèse extraterrestre comme une vérité et recherche des faits qui y ressemblent, au lieu d’examiner d’abord des faits puis d’en tirer des conclusions objectives impartiales.

L’ufologie et le créationnisme, même méthode. Mais pas celle de la science.

Je complète mon article par une remarque sur les devoirs du journalisme.

À ma connaissance, le journalisme est encadré par une charte de déontologie : la déclaration des devoirs et des droits des journalistes (Munich, 1971).

Je donne la liste des devoirs qui ont été enfreints dans l’article que j’ai critiqué :

  1. Le premier devoir des journalistes est de respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public à de connaître.
  2. Le troisième devoir stipule qu’il faille publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents.
  3. Le neuvième devoir est ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs.

Au moment où je rédige, je découvre un code déontologique de la société des journalistes professionnels. J’en souligne ci-dessous les points essentiels :

  1. Un journaliste doit tester l’exactitude de l’information et de ses sources et être prudent afin d’éviter toute erreur d’inattention. Il n’est jamais permis de délibérément déformer les faits.
  2. Un journaliste doit identifier ses sources, lorsque c’est possible. Le public à droit à toute l’information possible afin de juger de la crédibilité des sources.
  3. Un journaliste doit s’assurer que les titres, les flashs et les promotions, les photos, les images, le son, les graphiques et les extraits d’entrevue ne sont pas présentés sous un faux jour. Les journalistes ne devraient pas simplifier outre mesure ou souligner certains événements hors de leur contexte.
  4. Un journaliste ne doit jamais fausser le contenu des photos ou des images. Améliorer la qualité technique des images est toujours permis. Un journaliste doit identifier les montages et les illustrations.
  5. Un journaliste doit examiner ses propres valeurs culturelles et éviter de les imposer au public.
  6. Un journaliste doit éviter de stéréotyper par race, genre, âge, religion, ethnie, géographie, orientation sexuelle, infirmité, apparence physique ou rang social.  (l’article critiqué a présenté un squelette d’enfant péruvien comme étant un vestige extraterrestre, c’est avoir commis un stéréotype)

On le constate, il y a eu une inversion générale des devoirs déontologiques.

La désinformation est un comportement qui porte atteinte à la profession, une telle dérive n’est plus du journalisme.

Le sujet de la « momie extraterrestre », ou plutôt le squelette humain hydrocéphale, est débattu chez les Sceptiques du Québec : http://www.sceptiques.qc.ca/forum/un-crane-extraterrestre-t9562.html   L’un des sceptiques a fait une marque autant humoristique que perspicace : «les propos journalistiques qui entourent les photos de la “momie” sont très certainement plus déformés que le crâne…»   iconlol.gif

CONCLUSION :

  • Je pense que la plupart des internautes se seront doutés que la presse grand public est dépourvue de fiabilité scientifique. Néanmoins, si je persiste à écrire de temps en temps des articles qui forment à l’esprit critique, c’est parce que certains lecteurs se retrouvent démunis et vulnérables face à l’irrationnel. Le recul critique est un effort constant de lucidité, ce n’est pas spontané ni automatique, et parfois on ne peut pas toujours garder la tête froide. N’empêche que beaucoup de crédules ont foi dans le paranormal et le surnaturel à notre époque, et les médias comme la TV et la presse grand public qui répandent l’obscurantisme tendent à ne plus respecter la moindre déontologie à notre époque. Il fallait dénoncer cela. 
  • Un dénommé Buckwild pense que je me révolte pour pas grand chose. Je respecte son point de vue. Mais s’il explorait toutes les facettes de l’obscurantisme contemporain, il serait outré et verrait comme un devoir la dénonciation des pseudo-journalistes qui font honte à la profession de journalisme, parce que l’obscurantisme va beaucoup trop loin et il devient nécessaire de réagir.

Mise à jour du 15/12/2011 : n’ayant pu rééditer le présent article chez unblog.fr dans mon premier blog (à cause de leur putain de maintenance), la mise à jour de l’article se fera seulement ici dans mon nouveau blog.

Voici une image plus précise du squelette (et non pas une momie) :

Ma description :

  • Le squelette est celui d’un vertébré (c’est évident).
  • L’implantation des yeux montre que c’est un primate (tous les singes dont les hommes modernes en font partie).
  • Le maxillaire inférieur est en forme de V et non en forme de U : les singes anthropoïdes ont une implantation dentaire en forme de U, et le genre Homo c’est en forme de V, de toute évidence c’est un squelette humain.
  • Ce squelette est d’origine strictement terrestre : l’évolution des espèces est aléatoire et n’a pas de but, et si les extraterrestres existent ils ne peuvent pas avoir suivi exactement le même parcours évolutif que l’humanité.
  • Les fontanelles sont caractéristiques d’un sujet très jeune, c’est un enfant. De même, le crâne est proportionnellement grand par rapport au corps, quand il s’agit d’un enfant. Je pense me souvenir que le rapport crâne/corps est de 1/4 à la naissance, et de 1/8 à 1/9 à l’âge adulte.
  • Les molaires d’un enfant sont assez grosses et larges, par rapport aux molaires plus fines d’un adulte. Détail bizarre : les incisives sont absentes du squelette de l’enfant, comme pour cacher que c’est explicitement un enfant humain.
  • Le crâne d’un enfant (avec fontanelles creuses) est plus facile à déformer volontairement qu’un crâne adulte dont les os sont soudés.
  • La déformation crânienne est trop régulière pour être due à une maladie. La déformation est d’origine culturelle, et c’était le cas en Amérique précolombienne.
  • Le reste du squelette est absent. Le bassin et les jambes sont manquants : comment peut-on donc prétendre que le crâne est proportionnellement aussi grand que le reste du corps alors qu’il en manque une partie ?
  • Pour finir, se souvenir de la fraude scientifique concernant l’affaire de l’Homme de Piltdown

© 2011 John Philip C. Manson