Sur le consensus scientifique

Page intéressante. Elle dresse une liste de découvertes qui contredisent les croyances et les suppositions de leurs époques respectives.

Dans cette page, tout ce qui est décrit sur l’historique de la Terre plate, le géocentrisme, la théorie de l’évolution, la dérive des continents, le Big Bang et l’ère glaciaire est authentique.

Mais petit bémol : dans la terminologie du mot «ère glaciaire», c’est plus adapté pour l’ère glaciaire de Würm il y a 20000 ans, car concernant le vingtième siècle, quelques décennies ne définissent pas un climat planétaire. Un climat global, c’est sur une échelle de millénaires et de millions d’années.

Ensuite, au paragraphe sur E=MC², il est exact de dire que rien ne peut aller plus vite que la lumière, c’est le postulat de la théorie de la relativité, et la vitesse de la lumière a été fixée comme constante fondamentale en 1983 afin de définir le mètre à partir de l’unité du temps (la seconde). Cependant, quand l’auteur dit que certains scientifiques (lesquels ?) pensent avoir trouvé des particules (les tachyons ?) qui briseraient cette limite qu’est la célérité et qu’un autre (Alcubierre) prétend avoir trouvé une façon de voyager plus vite que la lumière. Pour rappel : les tachyons sont hypothétiques, l’espace-temps plissé d’Alcubierre (warp-driving) est hypothétique lui aussi. Les voyages interstellaires à très grande vitesse pourrait être un rêve impossible à réaliser : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/12/de-limpossibilite-des-voyages-interstellaires-a-la-vitesse-de-la-lumiere/ Mais cela ne veut pas dire que les sceptiques affirment que les voyages supraluminiques n’existe pas. Cela veut dire qu’on ne peut pas savoir si c’est valide ou faux tant que des expériences n’auront pas été réalisées. On attend juste des preuves. Chaque découverte scientifique a été imprédictible  jusqu’au moment de ladite découverte. On ne sait pas ce que réservent les découvertes futures, rien ne penche en faveur d’une opinion ni d’une autre. On ne sait pas quand se fera une découverte scientifique, ni ce que sera la découverte scientifique. La méthode scientifique s’est consolidée seulement au vingtième siècle, grâce à Karl Popper qui a contribué à une avancée majeure, par le critère de réfutabilité. Avant Popper, la science était érigée en un système arbitraire de la vérité. On croyait auparavant que la science était la quête et la collection de vérités immuables et irréfutables. Le critère de réfutabilité a révolutionné la science moderne : les théories sont des représentations faillibles de la réalité, les théories sont (au mieux) crédibles mais elles ne sont pas LA réalité. La réfutabilité établit la faillibilité des connaissances. Nous ne savons rien de la réalité, nous n’avons que des modèles scientifiques, donc faillibles et réfutables. La science moderne, depuis Popper, ne construit pas des vérités, mais procède par élimination des hypothèses fausses quand celles-ci ont été réfutées à travers des observations ou des expériences. Une hypothèse est dite réfutable si elle a la potentialité d’être invalidée si ladite hypothèse est fausse, et une expérience scientifique doit donc permettre cette possibilité de pouvoir dire si l’hypothèse colle avec les faits OU si elle contredit les faits. Quand une hypothèse ne peut pas être testée, que l’on ne peut pas répondre par oui (ça colle) ou non (ça contredit), alors l’hypothèse n’est pas scientifique.

Voici une citation qui résume bien ce qu’est la science moderne grâce au critère de réfutabilité :

  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. » (d’après un professeur à Polytechnique et chercheur au CNRS)

Ensuite, à propos du paragraphe sur le multivers, il faut souligner que ce sujet pose un problème épistémologique. Avant Karl Popper, la science était scientiste, elle érigeait des découvertes (ainsi que les suppositions) en vérités définitives. Les grecs antiques, eux, se basaient généralement sur des concepts, pas sur des lois de la physique, à part quelques esprits scientifiques comme Ératosthène et Hipparque et d’autres. Que dit la science moderne ? La science se base sur la réfutabilité : une hypothèse doit pouvoir être testée expérimentalement ou via des observations, afin de l’infirmer si elle est fausse. Peut-on faire une observation ou une expérience pour observer des univers parallèles ? Apparemment, non. L’hypothèse des multivers est-elle scientifique ? La question vaut d’être posée. Je n’affirme pas que le multivers n’existe pas ni qu’il existe. Le multivers semble être une hypothèse qui ne peut pas être testée. On ne peut pas prouver qu’une hypothèse est fausse si on n’a pas la possibilité de faire une observation permettant la réfutation de l’hypothèse si celle-ci est fausse. En dehors du cadre de la science, on entre dans le domaine de la métaphysique. https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/19/les-univers-alternatifs-quest-ce-que-cest/

Ensuite, en ce qui concerne le voyage dans le temps, c’est possible d’après la théorie de la relativité, mais seulement pour aller vers le futur. Les satellites GPS ont un retard de quelques milliardièmes de seconde par rapport à nous : plus on se déplace vite par rapport à un référentiel, plus notre horloge retarde par rapport à celle du référentiel. Le voyage vers le passé pourrait être impossible à cause des paradoxes temporels. Mais on ne peut rien dire de concret tant qu’on n’a pas de réponse via des expériences.

Ensuite, l’auteur dit ceci, je cite : «Un consensus scientifique ça n’existe pas ! Les scientifiques sont constamment en train de mettre à l’épreuve une théorie. Chaque tentative qui n’est pas confirmée sert à renforcer la théorie originale, jusqu’à ce qu’on en trouve une qui arrive à la contredire.»  C’est exact. Je rajouterai cependant ceci : il suffit d’un seul contre-exemple factuel pour invalider complètement une hypothèse, voire une théorie entière.

Ensuite, les arguments sur la climatologie sont à nuancer. La température moyenne globale s’est bien élevée de 0,6°C sur les 100 dernières années, le réchauffement est une réalité, mais il n’est pas homogène, et il y a des choses à éclaircir. Pour résumer, le réchauffement climatique est une réalité, mais sa médiatisation comporte certaines maladresses et contre-vérités. On veut nous inoculer des certitudes, alors qu’il existe un certain nombre d’incertitudes. Il faut de la transparence, de l’intégrité intellectuelle par rapport aux faits, en totale indépendance de toute influence politique et de celle de groupes de pression comme les ONG. Il faut une démarcation entre ce qui est factuel, et ce qui est faux, en totale objectivité.

Il est difficile d’analyser tout ce qui se dit en climatologie. Mais je peux dire qu’il existe des failles. Celles-ci ne remettent pas en question la réalité du réchauffement climatique, mais la façade est quelque peu maquillée. Le journalisme met des titres racoleurs et alarmistes, la peur fait vendre, c’est une recette qui marche…

Articles internes :

L’objectif n’est pas de nier en bloc le réchauffement climatique parce que l’on n’y croit pas. L’enjeu, c’est de démêler le vrai du faux, il faut un dépoussiérage (au plumeau ou au kärcher ?).

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Suite ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/04/17/sur-le-consensus-scientifique-suite-via-facebook/

 

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Les théories scientifiques c’est comme les lasagnes au «bœuf» : c’est faillible, donc il faut analyser.

© 2013 John Philip C. Manson

Actuellement, quels sont les apports de l’alchimie ?

La théorie de l’atome ayant porté ses fruits, la chimie moderne s’est développée depuis la seconde moitié du dix-huitième siècle.

En revanche, l’alchimie n’est qu’une croyance basée sur des symbolismes et des aprioris, et ne repose pas sur des faits objectifs étayés par des données quantitatives vérifiable à travers des expériences reproductibles. L’alchimie est un mythe, un ensemble poétique et mystique de superstitions.

Je parle en connaissance de cause. Je suis chimiste de formation, et je m’étais jadis intéressé à l’alchimie. Donc je connais très bien les sujets concernés.

 

 

© 2013 John Philip C. Manson

Un résumé sur ce qui distingue la science des pseudo-sciences

Voici un résumé utile pour discerner la science et la non-science :

  • La science procède à l’observation et l’expérimentation de phénomènes réels.
  • La pseudo-science reste indifférente aux faits.
  • La recherche scientifique suit un protocole rigoureux basé sur la méthode scientifique.
  • La «recherche» pseudo-scientifique est systématiquement bâclée.
  • La science débute sur une hypothèse – faisant habituellement appel à la logique et à la raison – et ne cherche ensuite que des éléments observationnels ou expérimentaux pouvant la réfuter.
  • La pseudo-science débute sur une hypothèse – faisant habituellement appel à l’émotion et spectaculairement invraisemblable – et ne cherche ensuite que des éléments ou articles la confirmant, en rejetant arbitrairement tout ce qui pourrait la contredire.
  • La science met l’accent sur des expériences scientifiques, contrôlées et reproductibles.
  • La pseudo-science reste indifférente aux critères de la preuve solide. Pour elle, tout repose sur des témoignages invérifiables, des histoires, des fables et des récits exagérés, des rumeurs et des anecdotes douteuses, et même des fraudes.
  • La science s’efforce d’établir des relations de cause à effet au moyens d’expériences scientifiques rigoureuses.
  • La pseudo-science repose essentiellement et fortement sur la validation subjective.
  • La science est totalement fondée sur les régularités immuables de la nature, et gérée par des experts qui maîtrisent leurs spécialités scientifiques.
  • La pseudo-science fait dogmatiquement confiance aux opinions et aux conventions arbitraires de la culture humaine, à travers un postmodernisme démocratique ou à travers un dogmatisme idéologique.
  • La science est un système interdisciplinaire cohérent dont les hypothèses et les théories sont nécessairement réfutables épistémologiquement.
  • La pseudo-science se termine toujours en absurdité si on l’explore jusqu’au bout. La pseudo-science souvent se contredit, y compris même dans ses propres termes.
  • La science se base toujours sur des phénomènes réels, des faits réels, et exclut tout recours à l’imaginaire et aux croyances.
  • La pseudo-science a délibérément recours aux mystères qu’elle invente, et omet des informations décisives ou des détails importants.
  • La science explique beaucoup de choses, mais elle ne peut pas tout expliquer. En outre, la science évolue en répondant à la question scientifique «COMMENT ?».
  • La pseudo-science n’explique rien. La pseudo-science n’évolue pas, elle invente délibérément des réponses farfelues à la question métaphysique «POURQUOI ?».
  • La science informe plus ou moins bien le grand public en se basant toujours sur des preuves empiriques.
  • La pseudo-science trompe souvent avec succès le grand public en se référant à l’imaginaire et à l’art de la rhétorique. Le succès de la pseudo-science est causé par l’ignorance et le besoin de croire. Les critères de la scientificité reste souvent mal connus du grand public.

Bibliographie recommandée :

Pseudosciences & postmodernisme Alan Sokal
Impostures intellectuelles, de Sokal et Bricmont
L’imposture scientifique en 10 leçons. Michel de Pracontal

Poésie et astronomie ? Les risques d’amalgame entre science et non-science

À une internaute qui poussait la rime en parlant des étoiles comme «des boutons d’or qui dansent dans le ciel», j’ai simplement dit que la rubrique «Astronomie et Espace» sur Yahoo n’était pas la rubrique «Poésie». Mais cette personne s’indigne de ma remarque courte et propose d’être censurée, en croyant aussi à tort que mon commentaire était liberticide. C’est fort mal me connaître. Je ne dis pas que la poésie c’est interdit. Je souligne seulement une différence entre deux domaines, dont chacun doit être soigneusement encadré à sa place.

Je lui ai répondu ceci :

J’ai dit cela mais pas parce que ça m’indispose. Loin de moi l’idée de censurer, je suis fermement opposé à la censure. Je veux juste dire que c’est libre d’exprimer des choses mais que l’on ne doit pas mélanger les domaines entre eux pour conduire à des amalgames qui tendent vers le mysticisme. Il existe des critères de démarcation entre la science et la non-science, et le public ignore souvent l’existence de cette définition essentielle.

L’astronomie consiste à des observations concrètes, elle ne consiste pas à réciter des poèmes. Il y a une place pour chaque chose, mais séparément. Je veux juste préciser que les risques d’amalgame peuvent conduire à des impostures intellectuelles à travers lesquelles la science est mêlée de mysticisme, de spirituel, de religion et de mythologie, et c’est ce que la secte New Age accomplit…

Depuis le début des années 2000 je constate une progression de l’obscurantisme même à travers la vulgarisation scientifique qui devient de plus en plus galvaudée. La liberté, d’accord, mais elle ne consiste pas à faire n’importe quoi, comme mystifier le public délibérément ou involontairement… Alors mon inquiétude est légitime à propos de tout cela. Merci de votre compréhension…

  • La poésie consiste à rêver, et à jouer sur la musicalité des mots.
  • L’astronomie consiste (comme les autres sciences) à observer le ciel, pas à rêver.

Je ne dénis pas le droit au rêve, je souligne juste la différence entre des domaines qui n’ont rien à voir ensemble. Il m’arrive bien de rêver, mais pas dans des contextes liés aux sciences.

Je ne suis pas étranger à l’univers de la poésie, j’ai composé des centaines de poèmes il y a quelques années. Mais c’est un devoir de ne pas mélanger les sciences avec des domaines qui n’ont rien à voir, sous peine d’introduire du mysticisme inutile dans les sciences. La science a des règles épistémologiques, c’est un devoir de les respecter. S’il n’y avait absolument aucune limite, aucune règle, une liberté absolue finirait par tuer la liberté elle-même. La liberté est une affaire de responsabilité, pas une affaire de droit illimité.

Voici un distique d’Antoine-Marin Lemierre :

«Croire tout découvert est une erreur profonde :
C’est prendre l’horizon pour les bornes du monde.»

C’est de la poésie, certes, mais son auteur a pris soin de dire (de façon relativement neutre) quelque chose d’exact par rapport aux faits.

Ce qui peut conduire à des erreurs de discernement, ce sont les métaphores inadaptées pour décrire analytiquement et objectivement le réel. C’est pourquoi en science il existe un jargon scientifique spécifique. Si tout mon blog devait devenir un long poème avec des alexandrins comme ceux de Victor Hugo, la conséquence est que j’y passerais beaucoup plus de temps et j’expliquerais forcément nettement moins bien les choses que d’habitude. Introduire trop de métaphores, se risquer à la poésie, cela ne fait que remplir et compliquer inutilement ce qui doit rester le plus simple possible (et objectivement), ce serait alors contredire le principe du rasoir d’Occam : on ne multiplie pas les difficultés superflues.

Dans le monde politique, les objectifs sont différents : ça consiste à endormir le peuple ou à faire plaisir aux moutons crédules. La politique est un ensemble d’astuces, comme la rhétorique, tout en gesticulant les mains, pour faire des promesses ou pour donner des espoirs illusoires. La politique permet de faire des jeux de mots, comme la «bravitude» par exemple. Mais dans le monde des sciences, tout est transparent à travers un devoir d’honnêteté intellectuelle par rapport aux faits.

© 2012 John Philip C. Manson

Qu’est-ce qu’un débat ?

Qu’est-ce qu’un débat ?

Un débat est un dialogue où plusieurs personnes présentent des arguments contradictoires afin de faire avancer une idée sur un thème quelconque.

Mais quel est le degré de validité d’un débat ? Il existe différents types de débats.

  • Le débat politique : les protagonistes présentent leurs idées, leur «vérité», à travers une stratégie médiatique et un certain calcul politique ; peu importe que ce qui y est raconté soit vrai, seul leur ascension politique compte.
  • Le débat philosophique : les protagonistes parlent de thèmes philosophiques en raisonnant entre eux, mais sans donner de réponses définitives, la conclusion restant un problème ouvert. Lorsque le relativisme est plus poussé, cela s’appelle du postmodernisme, selon lequel toutes les idées se valent (et non les faits seuls).
  • Le débat scientifique : les protagonistes se basent tous sur l’objectivité, ils présentent leurs hypothèses et les ont confrontées aux faits seuls, les arguments reposent toujours sur des faits vérifiables, et les hypothèses sont réfutables. En science, les théories et les hypothèses sont une problématique qui reste ouverte, le critère de réfutabilité est la base de la scientificité, le débat scientifique est toujours ouvert, mais à condition de se baser sur la méthode scientifique sinon ce ne serait plus un débat scientifique.

Dans ce blog-là : http://seilenos.canalblog.com/archives/2010/05/04/17785440.html le blogueur a raison de parler de la nécessité d’un dialogue contradictoire entre protagonistes, mais cependant c’est basé sur un relativisme épistémologique qui s’éloigne du scepticisme scientifique. Le scepticisme scientifique ne se base pas sur le dogmatisme du scientisme ni sur le déni des faits, mais sur le seul critère de réfutabilité sur la base des faits. L’égalité des idées est basée sur la démocratie, mais ce qui tranche dans un débat scientifique ce sont les faits objectifs mais pas les opinions ni les croyances personnelles. L’intrusion de ce qui n’est pas scientifique dans un débat scientifique ne fait pas avancer le débat scientifique, car ce qui arbitre un vrai débat scientifique ce n’est pas les opinions humaines mais les données objectives de la science, issues des observations et des expériences, dans lesquelles tout subjectivisme est exclu.

Les connaissances scientifiques sont basées sur des faits seuls, pas sur des croyances. Il y a démarcation entre le sensoriel et un ensemble mobilisant l’émotionnel et l’imaginaire.

Dans le lien cité ci-dessus, il y en a un qui a cité soi-disant Einstein dont la phrase commence par : «Un être humain est une partie d’un tout que nous appelons: Univers… Une partie limitée dans le Temps et dans l’Espace.».

Des citations apocryphes d’Einstein pullulent dans le web afin que certains propagandistes utilisent Einstein comme argument d’autorité pour tenter de légitimer leurs propres doctrines, que ce soit à propos de la religion ou à propos des pseudo-sciences comme l’astrologie. Une fois j’avais aperçu une fausse citation d’Einstein selon laquelle le physicien soutenait l’astrologie alors qu’Einstein n’a jamais publiquement affirmé cela. Inventer une fausse citation d’un scientifique célèbre, c’est de la malhonnêteté intellectuelle, c’est ignoble, une honte.

Les citations d’Einstein sont apocryphes lorsque celles-ci n’apparaissent dans aucun de ses livres. Veuillez vérifier…

Dans le web, il est connu qu’Einstein est l’une des personnalités desquels circulent le plus de fausses citations. 

Lorsqu’une citation est authentique, on peut en indiquer la source.

Par exemple, la citation authentique d’Einstein suivante provient de la lettre d’Einstein au philosophe Eric Gutkind :

  • «Le mot Dieu n’est pour moi rien de plus que l’expression et le produit des faiblesses humaines, la Bible une collection de légendes certes honorables, mais primitives et qui sont néanmoins assez puériles. Aucune interprétation, aussi subtile soit-elle peut (pour moi) changer cela.»

Néanmoins, des apocryphes ont aussi une source, mais cette source n’est pas Einstein lui-même.

Voici une fausse citation d’Einstein :

  • « L’astrologie est une science en soi, illuminatrice. J’ai beaucoup appris grâce à elle et je lui dois beaucoup. Les connaissances géophysiques mettent en relief le pouvoir des étoiles et des planètes sur le destin terrestre. À son tour, en un certain sens, l’astrologie le renforce. C’est pourquoi c’est une espèce d’élixir de vie pour l’humanité. »

Ce faux a pour origine le Huters astrologischer Kalender de 1960, publié en 1959. La phrase a donc été forgée environ cinq ans après la mort d’Einstein. Lire ce document intéressant : http://www.sceptiques.qc.ca/assets/docs/qs57p31.pdf

L’opinion négative d’Einstein sur l’astrologie est exprimée dans une introduction écrite en 1951 pour l’ouvrage de Carola Baumgardt(Johannes Kepler : Life and Letters (édition 1952, Londres, Victor Gollancz LTD)).

Einstein rappelle que Kepler avait su accepter l’idée que l’expérience seule pouvait décider de la validité d’une théorie mathématique, aussi belle soit-elle. Il cite alors l’astrologie comme illustration, dans la pensée keplerienne, d’un reste de manière de penser animiste et théologiquement orientée omniprésente dans les recherches « scientifiques » de l’époque.

Le commentateur nommé “Besa” a raison d’évoquer une vidéo de propagande sectaire New Age, parce que c’est le cas, et il ne s’agit en aucun cas d’une vidéo de vulgarisation scientifique. Même dans un débat philosophique, ce n’est guère valable non plus, car c’est une vidéo qui a fait polémique, elle est construite sur une lamentable mystification délibérée. D’après Fred Kuttner et Bruce Rosenblum, la vidéo fait la promotion des pseudo-sciences.

John Gorenfeld rapporte que les trois co-réalisateurs du film sont des membres actifs de l’École de Sagesse de Ramtha (Ramtha’s School of Enlightenment), un culte fondé autour des révélations que Judy Zebra Knight prétend recevoir d’une entité lémurienne nommée Ramtha.

Le Guardian Unlimited a également publié les réactions de certains membres de la communauté scientifique britannique dont Richard Dawkins, Clive Greated, Simon Singh et Joao Migueijo. D’ailleurs, d’après ce dernier, membre du Imperial College, le film déforme délibérément la science.

Le physicien David Albert qui apparait dans le « documentaire » s’est dit « outrageusement choqué » du produit final du film. Dans une entrevue accordée au magazine Popular Science, M. Albert raconte qu’il a passé plus de quatre heures avec les réalisateurs du film leur expliquant que la mécanique quantique n’avait rien à voir avec la spiritualité et le domaine de la conscience. Après avoir soigneusement déformé les propos du physicien lors du montage, les réalisateurs auraient présenté M. Albert comme étant en parfait accord avec le discours tenu par le « Guerrier Lémurien ». « J’ai été extrêmement crédule mais j’ai eu ma leçon », a-t-il déclaré au magazine.

Moi-même, j’ai évoqué le détournement abusif de la physique quantique vers des usages spirituels et psychologiques douteux alors que ça n’a absolument rien à voir. Les histoires d’univers parallèles font partie de la métaphysique, ce ne sont même pas des hypothèses scientifiques. La mécanique quantique décrit les particules à l’échelle atomique et subatomique, c’est une branche proche de la physique nucléaire et ça n’a rien à voir avec les sciences humaines ni les religions ou les sectes ! La physique quantique est une description de la matière et de la lumière où celle-ci est décrite sous forme de paquets indivisibles et irréductibles physiquement : les quanta (au singulier : quantum), désignant une quantité minimale de matière et d’énergie.  Énergie dans le sens d’une quantité physique, comme le kilowatt-heure, le joule, la calorie ou l’électron-volt, mais pas «énergie» dans le sens d’esprit humain ni de conscience, ni d’aucune considération spirituelle ou psychique.

  • À lire : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/la-physique-quantique-usurpee/

Pour reparler d’Einstein, je me suis demandé (au moment où j’écris ici) s’il était possible de vérifier si une citation quelconque d’Einstein est bien authentique ou si elle est probablement un apocryphe. Oui, il est possible, avec un moyen rapide et fiable, de le faire. J’ai ma petite idée et prochainement (si j’ai le temps) je pourrai dresser la liste des citations d’Einstein en dénonçant les apocryphes, afin de rétablir les faits. En attendant, j’ai découvert un moyen intéressant : je n’ai pas retrouvé la citation (que j’ai retraduite en anglais) «Un être humain est une partie d’un tout que nous appelons: Univers… Une partie limitée dans le Temps et dans l’Espace.» dans la base de données des archives d’Einstein en ligne (en anglais) : http://alberteinstein.info

Comme Einstein écrivait surtout en allemand et en anglais, les citations que nous connaissons d’Einstein sont nécessairement du français retraduit depuis l’anglais ou l’allemand.

Avec la citation «Un être humain est une partie d’un tout que nous appelons: Univers… Une partie limitée dans le Temps et dans l’Espace.» ça doit donner ça en anglais : « A human being is a part of a whole that we call : Universe… A part limited in time and space », et ça en allemand : « Ein Mensch ist ein Teil eines Ganzen, das nennen wir: Univers … Ein Teil in zeitlich und räumlich begrenzt. » 

On lance ensuite une recherche sur Google afin de voir s’il existe bien la citation d’Einstein dans la langue d’origine.

  • Ensuite, avec une meilleure retraduction en allemand, avec le texte “Ein Mensch ist ein räumlich und zeitlich beschränkter Teil des Ganzen”, je tombe sur une seule source, une sorte de Wikipedia allemand centré sur la spiritualité : http://de.spiritualwiki.org/Wiki/AlbertEinstein

Ma conclusion : la citation d’Einstein sur l’Univers et le Tout est un faux.

Vous voulez un autre exemple de fausse citation ? Hé bien je vais vous le dire.

Vu dans un site de citations :

  • «Nul ne peut réussir sans avoir de la chance. Vous pouvez posséder le cerveau d’Einstein, la finesse de Kissinger et la sagesse de Socrate, mais sans Dame Fortune dans votre camp vous avez intérêt à rester dans votre chambre et à ouvrir le gaz.»  (Arthur Schopenhauer)

Cette citation attribuée à Schopenhauer n’est pas authentique, c’est un faux. Pourquoi donc ?

Einstein cité par Schopenhauer ? Einstein est né en 1879 et Schopenhauer est mort en 1860. Ce dernier n’a pas pu connaître Einstein puisque le physicien n’était pas encore né quand le philosophe est mort… Pareil pour Kissinger, né en 1923 et toujours vivant à l’heure où j’écris (décembre 2011)…  Alors que le philosophe Schopenhauer est mort au milieu du XIXe siècle.

Après ces remarques, s’il y en a encore qui pensent toujours que le scepticisme scientifique ne sert à rien, je les plains…

© 2011 John Philip C. Manson

L’échec de la communication scientifique

Liens connexes :

La science actuelle souffre d’un gros problème de communication à travers la vulgarisation. Tout le problème, ou la majeure partie, prend sa source dans la médiatisation. J’observe un fossé entre les professionnels de la science et les vulgarisateurs amateurs avec le grand public. Néanmoins il existe des émissions de vulgarisation intéressantes, comme «C’est pas sorcier» sur France 3, ainsi que l’émission «Prouve-le» sur la chaîne Gulli. Ces exceptions montrent l’insuffisance d’émissions de vulgarisation scientifiques.

D’un côté, il y a ceux qui savent chercher et trouver, c’est le travail ou la passion de ceux qui s’adonnent à la science. Mais qui ne savent pas forcément communiquer.

D’un autre côté, il y a les orateurs habiles, ceux qui savent capter l’attention des foules, qui savent utiliser les médias à leur profit. Mais un grand charisme journalistique ou télévisuel ne signifie pas forcément des compétences en sciences… À mon avis, il manque trop de journalistes scientifiques pour les sujets scientifiques traités, tout me paraît confié à des personnes plus littéraires de formation plutôt qu’étant de formation scientifique.

Réunir ces deux facettes (la maîtrise des sciences + la communication) est un atout imparable. Savoir communiquer la science, partager une passion et des connaissances, et faire naître des vocations, voila une qualité rare. Qui a ce talent parmi nos contemporains ? Je me souviens de Michel Chevalet comme d’un journaliste scientifique brillant, avec sa fameuse phrase qui a marqué durablement les mémoires : «Comment ça marche ?». Sans oublier Richard Feynman, professeur et prix Nobel de physique, il a publié des livres qui font de lui un grand vulgarisateur scientifique. Ils ont mon éternelle reconnaissance.

À l’opposé de la démarche honnête et louable des vulgarisateurs scientifiques, il existe une autre facette, le côté obscur de la science. Bien souvent, la véritable information scientifique donnée par les travaux de vulgarisation est noyée dans une grande masse de désinformation et de déformation de la «vérité» scientifique. Cette noyade a pour cause l’utilisation outrancière et efficace des médias par des individus qui ne montrent pas ce qu’ils sont vraiment : des imposteurs.

L’imposture en science se reconnaît aisément : un imposteur publie des croyances, ou des thèses philosophiques ou métaphysiques, ou des considérations pseudo-scientifiques et fait abusivement passer celles-ci pour de la vraie science en utilisant le plus souvent possible les médias (TV, radio, internet, presse…) comme s’il recherchait la reconnaissance, l’admiration et l’amour du public et sans jamais passer par une publication scientifique à comité de lecture comme arxiv.org, sciencemag.org, pourlascience.fr, cnrs.fr, cern.ch…

Bref, en dehors du circuit scientifique, les théories sont sans garantie. Les comités de lecture par des pairs sont un garde-fou afin de préserver la science de divers abus. Cela réduit ainsi de beaucoup le risque d’erreurs, mais l’absence absolue d’erreurs est un mythe. Comme l’argument d’autorité n’est pas un critère de scientificité, cela veut dire qu’une référence ayant un statut scientifique crédible ne signifie pas qu’elle soit exempte d’erreur, ni qu’elle soit dispensée de toute critique et de réfutabilité. Ne jamais oublier ça… Même le système de régulation dans la communauté scientifique a ses failles, notamment via l’attribution controversée de thèses (cf. Mme Tessier, astrologue, à la Sorbonne ; et l’affaire des célèbres frères B.)

L’imposture scientifique se reconnaît dans son impossibilité ou son refus de se soumettre à la réfutabilité des affirmations que l’imposture prétend. L’imposture se reconnaît aussi à son langage flou, abscons, à l’utilisation d’anecdote et de témoignages, ainsi que par l’absence de référence directe à des faits.

La confusion du public entre la vraie science et l’imposture vient de ce que le grand public ne comprend pas ce que les scientifiques racontent, tout simplement parce que souvent le grand public n’a pas les bases requises pour comprendre les sujets scientifiques abordés. Quand la chimie ou la physique ne passionnent pas forcément les jeunes, les sciences sont rapidement oubliées avec le temps qui passe, abandonnées comme de vagues souvenirs. L’école ne sait pas susciter l’éveil ou la curiosité, ni des vocations scientifiques. L’école ne sait, encore moins, éveiller à un recul critique et analytique, et ça ne fait qu’accroître l’abîme.

Pour exemple, quand le web fait une propagande médiatique sur le moteur Pantone, l’attitude du public est souvent l’absorption passive et crédule de l’info, sans la moindre attitude sceptique, en prenant même (à tort) l’info pour vraie, comme ça. D’une part, le niveau scientifique requis pour comprendre pourquoi le moteur Pantone ne peut pas marcher est celui du lycée (niveau 1ère ou Terminale S), mais pourtant, de nos jours, beaucoup de gens passent leur Bac (et avec statistiquement plus de 85% de succès)…

Ou le grand public est crédule, ou il n’a aucune envie de comprendre comment ça marche parce que ça ne l’intéresse pas. Quand une chose intéresse quelqu’un, la personne cherche à comprendre tous les mécanismes, à essayer et à explorer. Un bidouilleur en informatique qui s’intéresse aux ordinateurs et à la programmation finit par cumuler de grandes connaissances à travers son expérience du domaine. Pour un passionné de mobylettes ou de motos, c’est pareil, il devient souvent un bon mécanicien car il aura tout appris à démonter et monter et réparer par lui-même ces mécaniques. Pareil pour un maître verrier qui apprend à sculpter dans le cristal.
Mais lorsqu’un thème excite les passions et provoque l’émerveillement chez autrui, mais sans que ces personnes ne s’y intéressent pour en savoir plus, de façon concrète, ce n’est pas de la curiosité ni de l’éveil actif, c’est de la crédulité passive.

Pour le grand public, la science se résume à devoir faire rêver avec des mots. Et moins le public comprend, à travers des mots compliqués, mieux le mystère capte leur émotion pour leur procurer une sorte de bien-être quasi-spirituel. Et dans cet état d’esprit troublé, le public trouve ça génial, mais sans vraiment avoir saisi le sens correct et adapté des mots scientifiques.
Il faut rester prudent en se souvenant que la science n’a pas à s’adapter au grand public pour faire connaître ses travaux, c’est au public qui doit s’efforcer de s’adapter à la science pour la comprendre. Si le grand public veut comprendre, il lui faudra d’abord s’instruire en apprenant à connaître les bases élémentaires nécessaires qui concernent les différentes sciences. J’ai longtemps connu les bases des théories scientifiques avant même de connaître les critères épistémologiques de la scientificité, c’est un peu comme mettre la charrue avant les bœufs (qui peut conduire à des absurdités si l’on n’y fait pas gaffe), mais l’essentiel c’est de connaître autant les critères de la science que les bases des théories scientifiques.

Interpréter soi-même des théories scientifiques avec son propre vocabulaire, mais sans connaître les définitions précises des mots du jargon scientifique, voila ce qui est à l’origine des délires mystiques et/ou pseudo-scientifiques des adeptes de la mouvance New Age, cette secte qui mélange abusivement les sciences avec les courants spirituels pour mieux tromper. La rigueur dans le respect des critères épistémologiques qui définissent la science est ce qui conduit à une attitude scientifique saine, ouverte et objective, sans intrusion idéologique de l’irrationnel, de l’imaginaire, de la politique et du spirituel, et des comportements émotionnels en général.

La vulgarisation scientifique ne consiste pas à simplifier ni à introduire des raccourcis, ni à faire du sensationnalisme. S’engager dans la voie de la simplification par des raccourcis réducteurs c’est conduire à un non-sens, une dénaturation dangereuse de la science, et le public croira comprendre, il croira s’instruire, et le cumul des simplifications et des raccourcis fait que les métaphores et les analogies ne correspondent pas au sens du thème scientifique qu’elles étaient sensées expliquer et décrire. Et plus cette simplification est importante avec le temps, devenue une habitude et un standard, plus les connaissances apparentes et vagues constitueront un désastre intellectuel et un échec didactique… Sans recul critique, tout type d’instruction est un gâchis. Mais c’est heureusement réversible, parfois, quand les gens trouvent le courage de TOUT remettre leurs acquis en question, en devant tout réapprendre par eux-mêmes avec un nouvel outil d’analyse : l’esprit critique.

 Le public se distingue par 3 types d’attitudes :

  1. Les indifférents et les désinvoltes (du style : «bof, j’m’en fous de tout»). C’est leur droit. L’ignorance n’est pas un mal quand il n’y a pas d’idéologie ni de croyances derrière.
  2. Les avaleurs de couleuvres (du style : «hey, c’est passé à la TV donc c’est vrai : la marmotte elle met le chocolat dans le papier alu»). Eux doivent faire un très gros effort d’adaptation au réel…
  3. Les sceptiques (du style : «je gratte le vernis, je creuse, je pioche, je vérifie la marchandise, mouarfff iconsceptique.gif je m’en doutais t’es un escroc !»). But de l’évolution intellectuelle.

L’idéal est que le droit à l’ignorance et à la croyance doit s’équilibrer avec le devoir de s’informer objectivement.

À ces trois types d’attitudes, il faut y adjoindre divers comportements opposés :

  1. Ceux qui vendent des couleuvres (du style : «voici mon livre qui contient la Vérité hypercosmique sur le secret de la Création, bon ça fait 25 € merci ô pigeon…»)
  2. Ceux qui vulgarisent la science, avec conscience professionnelle et déontologie (du style : «Comment ça marche ? Voila je vous explique des trucs concrets avec l’appui d’expériences et des données quantitatives expérimentales, et en formulant des hypothèses réfutables donc testables par l’expérimentation ou l’observation»)
  3. Ceux qui rendent la science vulgaire, en la dénaturant, et en lui ôtant tout son sens (du style : «je ne comprends rien en science mais je vous expliquerai tous les secrets du pré-Univers qui a existé avant l’apparition de l’espace-temps, et dans l’univers rien n’est impossiiiiible»)
  4. Le cas n°1 peut coïncider parfois avec le cas n°3…
  5. Le cas n°2 est strictement distinct des autres cas. On ne peut pas être à la fois un honnête vulgarisateur et un odieux imposteur, ou alors il faut vraiment être sournois pour mélanger le vrai et le faux…

Pour conclure :

  • Les meilleurs vulgarisateurs scientifiques sont ceux qui enseignent les bases des théories scientifiques et qui enseignent les définitions des mots du jargon scientifique, et qui donnent des définitions précises de ce qu’est la scientificité et la méthode scientifique.
  • Quiconque veut comprendre des travaux scientifiques, de chimie par exemple, doit nécessairement connaître les bases de la chimie. C’est le strict minimum. La compréhension est impossible sans un minimum de notions élémentaires. Sans ces notions, toute interprétation du jargon scientifique lu conduit toujours à des inepties.
  • La science n’est pas de la culture, c’est-à-dire qu’elle ne consiste pas à mémoriser des lectures diverses ni à les utiliser comme étant des vérités fixes et définitives, voire comme un roman. La culture scientifique a un socle qui est la connaissance des bases théoriques ainsi que la connaissance des critères de la scientificité (la définition de la science). Mais pour le reste, c’est-à-dire les travaux scientifiques, la publication de recherches, ce qui est le critère le plus important c’est la démarche critique et le raisonnement (appuyés par les notions de base)
  • Au lieu de vulgariser la science, il faudrait s’efforcer de faire faire des sciences quand cela est possible, afin de donner aux gens le goût du raisonnement et de la recherche par eux-mêmes à travers des expériences et des observations. Aujourd’hui, il existe un mépris honteux envers le grand public parce que le message scientifique est souvent dénaturé et déformé. Parfois même à la limite de la malhonnêteté, surtout par le journalisme peu déontologique sur certains portails du web quand ceux-ci prétendent être un relais pour faire connaître des sciences qui, pour ces médias, se résument douteusement et abusivement à la climatologie et les secteurs de l’énergie, voire le paranormal quand l’occasion se présente… Et il existe aussi un mépris du public pour les sciences qu’ils connaissent finalement mal (il n’y a qu’à examiner un forum classique du web pour en évaluer le niveau scientifique général). Par exemple, je me souviens des gros délires qui ont été proférés à la fois par les journalistes et par les internautes à propos du LHC du CERN, répandant ainsi des rumeurs ineptes de fin du monde (par ignorance, crédulité ou par hostilité idéologique au projet). De plus, un bon nombre d’articles écolos du web présentent une quantification de l’impact en CO2 selon divers comportements consuméristes, mais une vérification par calculs montrent que ces articles sont souvent faux (http://jpmanson.unblog.fr/2011/09/21/megaoctet-et-co2/ https://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/27/analyse-de-sv-n1136-de-mai-2012/).
  • La folie irrationnelle du web, et dans la vie courante en général (souvent à cause de la presse), c’est un fait qui incite à tirer la sonnette d’alarme. Il faut contrer l’obscurantisme avant qu’il ne fasse reculer l’esprit scientifique et critique.
  • Le mépris du public à l’égard de la science peut s’expliquer par certaines dérives de la science (OGM, armes nucléaires, molécules toxiques…) et par l’apparente «froideur inhumaine» de la méthode scientifique. Les émotions n’ont rien à voir avec une attitude objective : pour observer, les yeux seuls comptent, mais pas ce que l’on ressent émotionnellement. Et en ce qui concerne l’apparente immoralité de la science, mieux vaut définir la science comme un outil neutre et amoral, car les responsables de méfaits ce sont les hommes, pas la science : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/10/les-derapages-de-la-science-et-le-principe-de-lethique/

 

Promouvoir le scepticisme est un acte politique, une lutte pour la liberté de tous contre la montée en puissance de l’obscurantisme, des superstitions, du développement des pseudo-sciences, etc. Ces aberrations intellectuelles sont clairement des instruments idéologiques réactionnaires dont le but est le pouvoir et l’argent par le maintien du public dans l’ignorance, la crédulité et la peur. La science est un atout que le peuple doit se réapproprier !

Semez le doute. Que la raison vous serve de guide.

© 2011-2012 John Philip C. Manson

Herméneutique de la science et de la spiritualité

L’herméneutique (du grec hermeneutikè, ερμηνευτική [τέχνη]) est la «théorie» de la lecture, de l’explication et de l’interprétation des textes.

En examinant le portail Wikipedia orienté sur la spiritualité, je découvre ce texte suivant (j’y surligne en gras les mots-clés) :

  • Ken Wilber décrit les sciences dures comme des sciences étroites qui ne permettent des révélations qu’aux niveaux les plus grossiers de la conscience (les cinq sens et leurs extensions). Ce qu’il appelle les sciences larges inclurait les démonstrations combinées de la logique, des mathématiques, de la symbolique et de l’herméneutique ainsi que d’autres approches de la conscience. Une telle science devrait, à terme, inclure les témoignages des personnes pratiquant la méditation et autres pratiques spirituelles. Selon lui, cette « science large » fournirait une approche plus complète de la réalité que les traditions religieuses. Mais Wilber déclare également qu’une approche intégrale qui évaluerait les affirmations religieuses et scientifiques combinées serait préférable à la science étroite pratiquée actuellement.

Ce que j’en pense :

  • L’intrusion de la spiritualité dans le contexte de la science, afin d’usurper la science, est un exemple typique du New Age, à travers la spiritualisation abusive de la science, à travers l’amalgame de domaines n’ayant aucun rapport entre eux.
  • Être insatisfait des «sciences étroites» c’est émotionnel, c’est une attitude qui n’a déjà plus aucun lien avec ce qu’on connaît des sciences ni avec ce qu’on attend d’elles. Se détourner des «sciences étroites», autrement dit de la science officielle, c’est révélateur d’une quête de bien-être à travers un réenchantement du monde plutôt qu’une réelle soif de connaissances à travers un esprit plein d’abnégation.
  • Notre connaissance du monde, via la science, dépend de représentation faillible et évolutible de la réalité. Nos cinq sens (et leurs extensions que sont les instruments de mesure) sont le seul moyen objectif d’exploration des faits. Le critère élémentaire de la science n’est pas la conceptualisation ni une abstraction à outrance, mais la réfutabilité. La spiritualité New Age, contrairement à ce qu’elle prétend, ne peut pas permettre un approfondissement du réel car elle se fonde sur une herméneutique basée sur l’imaginaire et des croyances préconçues qui échappe au critère de réfutabilité.
  • Si les maths sont caractérisées par le formalisme et la logique, elles sont néanmoins réfutables (exemple : démonstration par l’absurde). La logique, le dénombrement, l’observation et l’expérimentation, axés sur le principe de CAUSALITÉ, ne doivent pas être confondus abusivement avec des approches symboliques ou psychiques qui sont orientées sur des ANALOGIES et des MÉTAPHORES. La causalité s’oppose à l’analogisme : de ce constat, la spiritualité n’est pas scientifique, et la science n’a pas vocation à être une spiritualité, ce sont deux domaines sans lien entre eux, comme la mythologie et la météorologie par exemple.
  • La «science large» de Wilber est une utopie dans laquelle l’écrivain croit que les témoignages et les méditations des gens font office de preuves scientifiques. Ni les témoignages, ni les livres, ne sont des faits. Les faits, c’est ce qui est observé et expérimenté, l’expérience sensorielle du réel, et non pas la conception émotionnelle d’une réalité qui n’est finalement (à travers la spiritualisation) qu’un concept irréfutable au sens poppérien. Si les cours d’Assises remplaçaient absolument les tests ADN au profit de témoignages invérifiables (exemple : «Dieu dans son omniscience m’a dit personnellement que l’accusé est innocent (ou coupable)»), la justice n’aurait plus aucun sens. La science c’est pareil. Ce qui établit les faits, en science, ce sont les preuves matérielles seules, pourquoi remettre en question ce principe de scientificité si ce n’est le but que de remplacer la méthode scientifique par une doctrine douteuse ?
  • Une «science large» au sens de Wilber ne peut pas mieux décrire la réalité que la science officielle. Les outils épistémologiques de la science sont suffisamment simples pour rendre la science efficace. L’énergie nucléaire civile est un grand succès de la science, sans le nucléaire notre industrie serait en grand péril. Les croyances et les superstitions, elles, n’évoluent pas malgré les siècles, et elles n’expliquent rien ni ne découvrent rien.
  • Le but de la spiritualité concerne la conscience humaine en dehors du contexte de la science, la spiritualité est souvent motivée par la recherche du bien-être, ou d’un mieux-être, ou en cherchant à combler une peur ou un vide affectif. Les connaissances scientifiques ne sont pas le but de la spiritualité, c’est l’affaire de la science, et les critères de la scientificité selon Karl Popper sont le meilleur outil que nous ayons pour explorer le réel. Prétendre que la science est étroite, c’est mal la connaître ; de nombreuses choses ont été découverte grâce à la méthode scientifique : l’électricité, la chimie, l’énergie nucléaire, l’astronomie. Les livres de science décrivent des faits qui peuvent être vérifiés et expérimentés. La spiritualité devenue une science fictive, elle, n’est qu’un instrument de mystification, à cause de ses doctrines invérifiables et irréfutables, et cette confusion peut conduire à des dérives et des dangers.

Wikipedia sert malheureusement de tribune au profit des courants irrationnels contemporains qui trouvent un moyen de large diffusion mondiale de leurs doctrines.

  • NOTE : Je n’ai habituellement rien contre les spiritualités comme le bouddhisme traditionnel et le soufisme par exemple, mais lorsque des courants mystiques modernes ont des prétentions scientifiques qu’elles n’ont pas, et quand elles ne respectent pas le critère épistémologique de réfutabilité, c’est un devoir de dénoncer l’oxymore abusif qui lie erronément et dogmatiquement la science au spirituel. La spiritualité est un ensemble de croyances ayant pour but de se rapprocher de Dieu, du Nirvânâ, ou de l’Homme lui-même, à travers des considérations purement abstraites avec l’aide de concepts distincts de la réalité matérielle objective ; mais la spiritualité n’a jamais consisté à être une nouvelle science, ni même à remplacer la science. Croire que la spiritualité et la science forme un ensemble cohérent, valable et complémentaire est une profonde erreur et un manque de discernement objectif.
  • Mysticisme quantique, New Age et écologisme : http://imposteurs.over-blog.com/article-millancay-haut-lieu-de-l-illuminisme-vert-57958897.html

© 2011 John Philip C. Manson