Une découverte majeure sur le Big Bang ?

Je cite : «Une équipe d’astrophysiciens américains affirme avoir détecté les ondes que tous les scientifiques rêvaient de découvrir : celles provoquées par le fameux Big Bang il y a 14 milliards d’années, celles des tout premiers instants de l’Univers… Le phénomène imaginé par Einstein n’avait encore jamais été observé. Le dialogue ci-dessus, seuls quelques physiciens peuvent le comprendre, mais c’est la confirmation de ses théories et l’aboutissement d’une vie.»

En regardant la vidéo on en apprend plus : il s’agit de la découverte d’ondes gravitationnelles vieilles de 13,82 milliards d’années (et non pas 14 milliards) qui confirmeraient la théorie de l’inflation cosmique.

La vidéo date du 18 mars 2014, cela fait déjà 4 mois. C’est inhabituel que je n’ai pas appris la nouvelle plus tôt…

Mais ce n’est pas tout. Voici un coup de théâtre :

 

Une seule expérience scientifique n’est jamais concluante : il faut toujours attendre de voir si d’autres observations corroborent ou contredisent les résultats de celle-ci. L’annonce d’une découverte ne devrait être faite que lorsque l’on aura écarté les autres hypothèses possibles qui étaient susceptibles d’expliquer le phénomène observé.

On constate que, de plus en plus souvent, les scientifiques se mettent en rapport avec la presse pour annoncer leurs résultats, sans attendre la moindre validation de leurs pairs comme c’est normalement et habituellement le cas dans le circuit de la méthode scientifique. C’est le cas notamment de quelques bourdes médiatiques comme les neutrinos (faussement) plus rapides que la lumière, les exoplanètes habitables (mais qui n’existent finalement pas), puis les ondes gravitationnelles de l’inflation cosmique (qui pourraient n’être qu’un artefact causé par des poussières galactiques)…

Dans la presse, publier des controverses scientifiques actuelles est plus intéressant et plus lucide que publier des «découvertes» abusivement enthousiastes qui n’ont pas été évaluées. Se passionner pour une «découverte» avec enthousiasme sans se soucier de sa validation, ce n’est pas de la science mais de la foi. C’est dangereux de confondre «découverte» et coup de pub

 

Comme nous parlons des annonces précipitées de découvertes, de coup de pub, d’enthousiasme et de fanfare, je vais parler aussi d’un truc du même acabit.

Hier, je suis tombé sur des articles bizarres. En voici la liste ci-dessous :

En gros, on nous annonce que la Terre a évité de justesse une éruption solaire qui aurait pu anéantir notre mode de vie basé sur les appareils électriques… Certains médias parlent même d’anéantissement. Une terrible fin du monde «plausible» qui n’a jamais eu lieu… C’était le 23 juillet 2012, et ce jour-là, je n’ai rien vu, rien !

  • Pourquoi nous raconte tout cela seulement deux ans après ?
  • Examinons cette page : http://www.lepoint.fr/astronomie/en-2012-une-tempete-solaire-a-manque-d-aneantir-la-civilisation-contemporaine-25-07-2014-1848986_1925.php    il y est dit que la précédente éruption observée c’était en 1859, mais à l’époque il n’y avait pas de satellite pour surveiller de façon très précise l’activité solaire afin de quantifier l’ampleur du phénomène. À l’époque la technique était la coronographie solaire, euh non, même pas, puisque l’astronome Bernard Lyot inventa le premier coronographe qu’à partir des années 1930 !
  • Puis voici quelque chose d’étrange, une phrase de l’article de Le Point affirme ceci : «il y a 12 % de risques qu’une tempête solaire puissante touche la Terre dans les 10 prochaines années». D’où sort cette estimation ? Comment peut-elle être aussi précise ? Cette affirmation est néanmoins intéressante, elle semble faire référence à la loi de Poisson : elle présume une probabilité de risque dans un intervalle de temps. Alors, en moyenne, une éruption solaire frappe certainement la Terre tous les combien de temps ? Cela est-il déjà arrivé dans un passé proche ? Je vais enquêter sur cette piste. Pour donner une évaluation de la probabilité d’un événement, il faut qu’il existe un échantillon statistique basé sur des éruptions solaires ayant frappé la Terre dans le passé. Cet échantillon statistique existe t-il ? On ne peut pas établir une probabilité sur la base d’un seul ou deux événements connus et validés scientifiquement… Après enquête, j’ai estimé qu’une probabilité de 12% sur une décennie, cela correspond en moyenne à entre 0 et 2 éruptions solaires frappant la Terre par siècle. A t-on des statistiques comparables de ces événements qui ont été a priori observés (et avec quel matériel d’observation selon les époques ?) ?
  • Ce qui est cocasse, c’est qu’ils arrivent à chiffrer les coûts engendrés par les dégâts subis par une éruption solaire que la Terre n’a même pas subi… C’est un peu comme se proclamer témoin d’un crime qui n’a jamais été commis…

Très fort quand même. Certains parviennent à calculer une probabilité malgré l’absence de données empiriques (comme la formule de Drake dont on ne connaît la valeur d’aucun des paramètres)… Et certains réussissent à décrire à quoi ressemble la Terre ravagée, dans ses moindres détails, alors que l’événement tant redouté n’a jamais eu lieu… J’affirme que, dans ce contexte, l’imaginaire et les spéculations ont remplacé abusivement la rigueur rationnelle et surtout l’objectivité empirique.

Avec cette histoire d’éruption solaire aux saveurs apocalyptiques, on nous affole pour pas grand-chose… Pourquoi ?

Science pathologique ?  (https://jpcmanson.wordpress.com/2014/07/19/la-croissance-inquietante-de-la-science-pathologique/)

 

J’ai l’impression que l’objectivité fout le camp dans le journalisme contemporain qui s’essaie à la vulgarisation scientifique. Tout paraît jouer dans le registre émotionnel : l’enthousiasme provoqué par une «découverte», la peur et l’angoisse face à un avenir incertain et hostile…

Les faits seuls nous intéressent.

Sur le même sujet, j’avais posté un article sur les protubérances solaires : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/19/une-eruption-solaire/  Curieusement, les journalistes avaient publié des choses à propos du soleil, environ 3 mois même avant l’éruption de juillet 2012. Seraient-ils prophètes ? Ou «fabriquent»-il un peu les infos ?

Pour ce qui concerne l’éruption solaire de juillet 2012, j’ai pris position pour le scepticisme. Mais cela ne veut pas dire que je renie quoi que ce soit. L’éruption solaire exceptionnelle est un événement plausible. Néanmoins je fais remarquer la multiplication de bourdes scientifiques ces derniers temps, on n’est jamais assez prudent. Ainsi, le risque d’éruption solaire (le vent solaire exceptionnellement intense de la couronne solaire) en interaction avec le champ magnétique terrestre, c’est quelque chose de possible. Mais quand il ne s’est rien passé, on ne peut pas extrapoler en l’absence de données matérielles. C’est comme pour le climat global : personne n’est capable de prédire avec précision à quoi ressembleront nos campagnes quand il y aura 2°C ou 6°C de plus. On ne peut se fier que sur des observations, pas sur des spéculations, bien que nous soyons conscient des risques. Lorsque nous parlons d’événements futurs (réels ou hypothétiques), nous nous trompons souvent. On a vu ce que les fantasmes du futurisme ont suggéré autrefois pour l’an 2000…

J’ai pu reconstituer ma journée du 23 juillet 2012 : ce jour-là je faisais de la retouche d’images numériques ; je n’ai remarqué absolument rien d’anormal ce jour-là à propos d’hypothétiques problèmes électriques que le soleil aurait pu provoquer.

Il est possible que certains trouvent que j’ai un ton véhément. Je l’assume, mais j’essaie de garder mon sang-froid. Le contexte est compréhensible : la surenchère de l’alarmisme apocalyptique dont le journalisme est si friand commence à devenir agaçante. Et certains scientifiques prennent leurs propres mirages pour des réalités, au mépris de l’évaluation critique qui doit pourtant être appliquée dans toutes les étapes de la démarche scientifique.

 

 

Pour terminer, voici une anecdote de 2008 : http://www.lepostier.fr/le-postier/connaissance/lasteroide-apophis-nico-marquardt-13-ans-et-la-nasa.html

Un ado aurait corrigé une erreur de la NASA à propos de la probabilité de chute de l’astéroïde Apophis sur la Terre. La probabilité estimée par la NASA était de 1 sur 45000, remplacée apparemment par celle du jeune allemand : 1 sur 450. Ce que les journalistes ont omis de dire, c’est qu’en octobre 2009, la NASA a publié un communiqué dans lequel elle affirme qu’après avoir affiné ses calculs, elle n’évalue plus cette probabilité qu’à environ 1 sur 250 000. Ce n’est donc ni 1 sur 45000, ni 1 sur 450… Le 10 janvier 2013, après le passage de Apophis près de la Terre le 9 janvier, les scientifiques de la NASA ont évalué, d’après des observations au radar, que l’astéroïde n’entrera pas en collision avec la Terre en 2036. L’astéroïde n’est plus classé qu’au niveau 0 sur l’échelle de Turin. C’est-à-dire que le risque de collision est nul. Tout le monde s’était trompé auparavant sur l’estimation du risque de collision…

J’ai remarqué que nombre de médias sur internet ne corrigent pas leurs articles après publication, quand des choses ont été entre-temps démenties. Par exemple, on doute maintenant de l’existence des exoplanètes habitables du système Gliese 581, mais hélas il existe des milliers d’articles sur le web qui n’ont pas remis à jour l’information, présentant maintenant à tort une découverte qui n’en est pas une… Je pense qu’un article de plus de 3 mois est périmé, et qu’il vaut mieux rechercher des articles les plus récents.

Exemple de pages non mises à jour : http://fr.vikidia.org/wiki/Gliese_581_c#Habitabilit.C3.A9_de_cette_exoplan.C3.A8te et http://fr.vikidia.org/wiki/Gliese_581

Or, dans la page Vikidia sur Gliese 581c, je découvre cette affirmation : «À cause que l’exoplanète est proche de son étoile, elle subit une force de marée 400 fois plus importante que la Lune exerce sur la Terre.»
Or le titre « Caractéristiques climatiques » est totalement inapproprié. Il s’agit ici d’astronomie et non de climat… Et si l’affirmation sur la force de marée est vraie, alors la condition est que la masse de la planète Gliese 581c devra être supérieure à 391 masses terrestres sachant que l’étoile Gliese 581 est plus légère que le soleil (0,31 masse solaire). Or d’après la page http://fr.wikipedia.org/wiki/Gliese_581_c il y est mentionné que Gliese 581c pèse 5,3 masses terrestres. Donc ce qui est affirmé sur la force de marée sur Vikia est manifestement faux, la grandeur étant trop élevée (c’est moins de 400 fois).

 

  • «Les astrologues parlent bien de l’avenir, Mais ils ne le font pas venir. »»  (proverbe français)

© 2014 John Philip C. Manson

 

 

 

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De l’eau sèche en poudre ?

L’article décrit de l’eau liquide absorbé par de la silice en poudre pour former soi-disant de «l’eau sèche» contenant 95% d’eau…

Pourquoi j’ai du mal à y croire ?

Voici mon argument. L’eau liquide est incompressible. La masse volumique de la silice est de 2,65 g/cm³. On aura donc 95 g d’eau emmagasinée dans 5 g de silice, et donc 95 cm³ d’eau stockée dans un volume silicieux de 1,89 cm³. Or on ne peut pas mettre 95 cm³ d’eau liquide dans un volume silicieux de 1,89 cm³ puisque l’eau liquide est incompressible… Si les ingénieurs connaissent un truc qui m’aura échappé, j’aimerais le connaître…

Il est a priori possible de solubiliser du méthane dans de «l’eau sèche», comme le raconte l’article de Nature : http://www.nature.com/news/2008/080903/full/news.2008.1077.html

Cependant, la proportion de 95% d’eau dans «l’eau sèche» me paraît très incohérente. Mon argument ne vaut que si l’eau est absorbée par la silice (en supposant que la silice est très poreuse). Toutefois, le paradoxe volumique disparaît si l’eau ne s’incorpore pas à la silice, en se limitant aux phénomènes de tension superficielle. Ainsi, le volume d’eau ne devra pas être forcément égal au volume de silice poreuse, l’eau devant a priori remplir les pores de silice. En fait, les volumes s’additionnent, l’eau enroberait la silice sans la pénétrer. J’en déduis que l’eau sèche, si elle existe, a une masse volumique de 1,032 g/cm³.

Concernant la solubilité des gaz dans l’eau sèche, je ne peux guère me prononcer.

Même si l’histoire de l’eau sèche semble accréditée par la revue Nature, il vaut mieux rester critique. Si je me montre sceptique, c’est parce que j’ai entendu parler il y a quelques années de l’histoire fumeuse de l’eau lyophilisée qui s’est révélée être un canular scientifique

Un canular ? Oui, comme le montre certains sites web :

L’anecdote actuelle de l’eau sèche est cependant vérifiable scientifiquement. L’eau sèche, si elle existe, peut être produite assez facilement en dispersant des nanoparticules de silice hydrophobe dans de l’eau à l’aide d’une tige d’agitation à 19 000 tours par minute pendant 90 secondes, ce qui enrobe complètement les gouttelettes. En gros, c’est une émulsion entre l’eau, l’air et la silice. Voila un protocole expérimental précis. Mais je ne peux rien conclure tant que je n’ai rien encore expérimenté.

Toute cette histoire amène à se poser une question scientifique intéressante dans le domaine de la chimie : quel est le lien entre la solubilité d’un gaz dissout dans l’eau et la tension superficielle de l’eau en émulsion avec de la silice ?

Je reste prudent en ce qui concerne l’eau sèche. Nul n’est à l’abri d’un canular scientifique bien ficelé. L’affaire Sokal est un bon exemple qui montre que cela peut arriver, et plus facilement qu’on croit…

On n’adhère pas à une découverte sur son apparente crédibilité, on l’accepte seulement si on en a évalué la solidité à travers des expériences reproduites indépendamment. Je ne crois qu’en ce que j’observe et ce que je mesure.

La tension superficielle de l’eau reste t-elle cohérente par rapport à la quantité d’eau par rapport à la silice (95 sur 5) ? C’est une piste à vérifier.

Un bon canular peut être utile, si on y réfléchit. Cela permet de tester l’esprit critique des ingénieurs et des chimistes. Une façon de voir jusqu’où va la crédulité. Parce que des scientifiques crédules, ça existe, et parfois ça va loin…

En recherchant le terme anglais « dry water » dans les publications scientifiques, je trouve 89 références dans le site nature.com, mais aucune référence trouvée dans les sites de New Scientist et Science Magazine… Cependant, à travers une recherche sur scholar.google.com, je trouve maintes références via nature.com et pubs.acs.org (American Chemical Society), ainsi que sciencedirect.com. Ainsi il est possible que l’eau sèche soit distincte de l’eau lyophilisée. La confusion est compréhensible.

Des sources officielles semblent attester que l’eau sèche serait une réalité. Cependant, soyons prudent en ce qui concerne les médias intermédiaires. Mieux vaut consulter les sources d’origine. Mais le meilleur conseiller pour tous, en matière de science, c’est l’expérimentation scientifique. Pas la littérature. En effet, la méthode scientifique ne consiste pas à consulter des livres, des pages web, des magazines ou des encyclopédies, mais à mesurer et observer par des expériences.

Complément du 18 mars 2014 :

Je présente un nouvel argument en faveur du scepticisme. Je vais évoquer la compacité cristalline du mélange silice/eau.

Les nanoparticules de silice peuvent être représentées comme des structures sphériques entre lesquelles l’eau fait interstition (apparemment je ferais un néologisme là : interstition signifiant «remplir les espaces vides entre les parties d’un tout»).

Les microbilles de silice se touchent entre elles, avec en leur sein de l’eau interstitielle. En partant du principe où l’on aura un système cubique à faces centrées, dans lequel la compacité volumique de la silice est maximale, alors on aura 0,74 volume de silice par volume de maille de système cubique à faces centrées. Mon calcul montre que la proportion massique d’eau par rapport au mélange silice/eau sera de 11,7%. Mais pas 95%. Mais  si «l’eau sèche» existe, alors il ne s’agit pas d’un mélange compact, et donc les nanoparticules de silice ne se touchent pas, elles sont mobiles dans l’émulsion aqueuse. Dans ce cas, ce n’est pas sec, c’est plutôt comme un fluide. À moins que la tension superficielle de l’eau maintient l’eau à la surface de chaque particule de silice. Cela reste à vérifier.

Dans le cas d’un système cubique centré, qui est deux fois moins compact (en volume) en nanoparticules de silice qu’un système cubique à faces centrées, la proportion massique d’eau atteint 39,13%. De toute façon, une émulsion n’est pas une structure matérielle compacte.

On a donc une micro-émulsion d’eau et de silice, et je pense que cela serve à former un composé tensioactif, un composé qui modifie la tension superficielle entre deux surfaces.

S’il existe un lien entre la tension superficielle et la solubilité des gaz, on peut faire des expériences, comme par exemple l’ajout de particules de silice dans un soda, en comparant avec un soda sans silice, histoire de voir lequel des deux sodas devient éventé le premier au cours du temps.

 

© 2014 John Philip C. Manson

Une planète géante avalée en direct par un trou noir ?

On lit dans l’article en lien que des astronomes ont auraient observé un trou noir qui avale une planète géante.

L’examen de la vidéo montre que c’est une simulation, c’est-à-dire une sorte de dessin animé ou une «vue d’artiste» comme on en voit habituellement dans la presse de vulgarisation scientifique. Je trouve que les vues d’artiste sont des représentations vulgaires et biaisées de la réalité ; je préfère de loin les photographies ou les images du spectre infrarouge qui sont fidèles à la réalité (surtout quand il s’agit des images prises par le télescope spatial Hubble).

Le premier paragraphe de Maxisciences décrit le trou noir comme si c’était un volcan en réveil, c’est ce que cela suggère implicitement. La description ne correspond donc pas à l’astrophysique des trous noirs telle qu’on la connaît dans le cadre de la relativité générale. Un trou noir absorbe la matière à sa portée dès que ce trou noir s’est formé par effondrement gravitationnel sur lui-même, l’assimilation de matière par un trou noir est continuelle, elle n’a aucun phase de repos ni de réveil…

Dans le deuxième paragraphe, cela parle du satellite INTEGRAL. Celui-ci existe bien : c’est le «International Gamma Rays Astrophysics Laboratory», un satellite de 3 tonnes et demie. (http://fr.wikipedia.org/wiki/International_Gamma-Ray_Astrophysics_Laboratory). Il faut préciser que ce satellite ne permet pas des observations dans le spectre visible, il est un détecteur de rayons gamma et X.

Détection de planète avalée par un trou noir, ou alors il s’agit d’un autre événement ?

La chronique récente de l’astrophysique a évoqué l’hypothétique découverte de la matière noire sur la base de détection de positrons (anti-électrons = antimatière). Mais pas de planète géante a priori. L’instrument SPI du satellite  INTEGRAL a permis de réaliser une carte de la distribution des émissions de rayons gamma à 511 keV (kilo-électronvolts) qui sont produits lors de l’annihilation positron/électron. Les scientifiques ont ainsi pu déterminer qu’environ la moitié de l’antimatière produite dans la galaxie l’était par des trous noirs ou étoiles à neutrons arrachant de la matière à un compagnon de masse inférieure ou égale à celle du Soleil. Concernant la matière noire, toujours hypothétique, il faudra des preuves convaincantes. INTEGRAL, à ma connaissance, n’a pas détecté de planète géante. Et j’apprends aussi que la détection récente des positrons concerne le centre de notre propre Galaxie, donc pas NGC 4845. (http://smsc.cnes.fr/INTEGRAL/Fr/lien3_res.htm)

Marek Nikolajuk est authentiquement un physicien polonais. Via le site internet de l’ESA, j’en apprends davantage : la galaxie NGC 4845 (à 47 millions d’années-lumière de nous) a émis des rayonnements à haute énergie. C’est cet événement inhabituel qui suggère l’idée inadaptée d’un «réveil». Les astronomes affectés à l’étude ont conclu à un objet substellaire comme cause du rayonnement, un objet ayant 14 à 30 fois la masse de la planète Jupiter. Ils n’évoquent pas une planète géante, ils décrivent l’objet comme étant plutôt une naine brune (une étoile avortée car peu suffisamment massive). (http://www.esa.int/Our_Activities/Space_Science/Black_hole_wakes_up_and_has_a_light_snack?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+google%2FqkAO+%28Science%29) Mais l’hypothèse d’une super-Jupiter n’est pas écartée.
Il est question ici d’un trou noir galactique de 300 000 masses solaires. Le retard de 2 ou 3 mois entre la brillance et l’atténuation des rayons gamma, selon moi cela pourrait peut-être dû à l’objet orbital qui perd peu à peu sa grosse atmosphère dans le trou noir, ce dernier subirait alors une augmentation de son moment cinétique, et dont la conséquence est un éloignement progressif de l’objet en orbite, augmentant du coup peu à peu sa période orbitale.
En savoir plus avec le spectre visible ? Très peu envisageable, étant donné la distance (47 millions d’années-lumière). On sait que le télescope spatial Hubble a une résolution d’image de 0,1 seconde d’arc. Si Hubble observait la galaxie NGC 4845, un zoom sur une distance de 47 millions d’années-lumière permettrait de pouvoir pixeliser des objets dont l’envergure est supérieure ou égale à 22,8 années-lumière. Une naine brune a un diamètre de plusieurs milliers de km, c’est ponctuel par rapport au pixel critique de 22,8 années-lumière. Il est donc impossible d’observer directement (dans le spectre visible) l’image de l’objet substellaire qui orbiterait autour du trou noir.
Le rayon de Schwarzschild du trou noir de NGC 4845 est d’environ 890 000 km, très inférieur aux 22,8 années-lumière qui forment le côté d’un pixel d’une image que pourrait faire le télescope spatial Hubble.
En revanche, on peut mesurer les rayons gamma. L’énergie d’un seul rayon gamma ou X suffit, à elle seule, d’avoir une information sur un événement en astrophysique qui soit capable d’initier une énergie élevée. Les rayons gamma ne sont pas là pour structurer une image comme une photo d’un objet lointain. L’info essentielle ici c’est l’énergie du rayonnement électromagnétique et celle des positrons mesurés.
Remarque : l’ESA indique que le trou noir aurait une masse de 300 000 masses solaires, tandis que Maxisciences rapporte qu’il serait de 100 000 masses solaires. Il y a une erreur. Pourquoi les rédacteurs ne se relisent-ils pas ? Bon allez, je l’avoue : j’aurais adoré être journaliste scientifique, l’astronomie est un sujet que je connais par cœur depuis 1985, je maîtrise l’astronomie même mieux que mon métier de formation (la chimie). J’estime que la rigueur, la passion des sciences et le sens critique font partie du métier de journaliste scientifique, c’est indispensable. Le mieux serait que les scientifiques eux-mêmes communiquent sur leurs propres découvertes, sans faire relayer les informations par des intermédiaires… Mais les scientifiques sont déjà très occupés.
Tout cela me fait penser à un jeu amusant : le téléphone arabe. (http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9l%C3%A9phone_arabe) Le jeu du téléphone arabe consiste à faire circuler rapidement de bouche à oreille à travers une file de joueurs, une phrase inventée par le premier d’entre eux puis récitée à voix haute par le dernier. L’intérêt du jeu est de comparer la version finale de la phrase à sa version initiale. En effet, avec les éventuelles erreurs d’articulation, de prononciation, les confusions entre des mots et des sons, la phrase finale peut être tout à fait différente de la phrase initiale. (« Nous sommes l’élite de la nation » pouvant devenir « Nous sommes l’hélice de la passion »). L’intérêt du jeu croît avec le nombre de joueurs et la complexité du message à échanger.
J’imagine une variante du téléphone arabe : le téléphone scientifique. Les règles sont les mêmes : on transmet la parole de bouche à oreille, mais en racontant à son voisin un résumé d’article scientifique, en prenant une source officielle (par exemple, l’ESA) comme texte d’origine. L’évolution de l’info retransmise d’une personne à l’autre est peu à peu dénaturée, le sens général du texte scientifique devient confus, évasif, abscons, simpliste, réducteur. Au pire, il devient bourré d’erreurs scientifiques. La perte de qualité de l’info dans le jeu du téléphone scientifique est proportionnelle à la complexité de la source d’origine et inversement proportionnelle au degré de connaissances scientifiques des participants du jeu.  Avec les médias modernes (notamment sur le web) qui s’improvisent dans le journalisme scientifique, la variante scientifique du téléphone arabe c’est ce qui se passe tous les jours. Sans recul critique, les lecteurs (et les rédacteurs aussi) peuvent ne pas déceler des erreurs, et considérer celles-ci comme étant des infos fiables… Pourtant, et j’ai des preuves dans mon blog, l’information est faillible : lire ceci https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/28/une-erreur-dans-un-livre-de-thermodynamique-pour-ingenieurs/ et cela https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/ L’erreur est humaine, persévérer est diabolique.  🙂
L’information scientifique c’est faillible, c’est comme la viande de cheval dans les lasagnes de bœuf. C’est pour cela qu’il faut toujours faire des analyses.
cheval
© 2013 John Philip C. Manson

Une découverte hors de notre portée technique est-elle une preuve indirecte d’une civilisation extraterrestre technique ?

Une chose qui est hors de notre portée ne peut pas être découverte…
Une preuve matérielle (atomes, molécules, champs, forces, spectre électromagnétique…) est ce qui est nécessairement à la portée de nos yeux ou de nos instruments de mesure (observations + expériences).«Une découverte hors de notre portée», dans le sens d’impossibilité de l’observer ou de l’expérimenter, est une contradiction.

Vivre dans la contradiction sans éprouver la moindre gêne, c’est une bizarrerie. Les contradictions incitent au doute.

Une chose qui existe doit nécessairement pouvoir être prouvée. On peut disposer des moyens d’observation pour cela, ou savoir comment faire mais ne pas pouvoir le faire, tout est question de temps et d’argent et de moyens parfois difficiles à mettre en œuvre.
Mais l’inexistence d’une chose ne peut pas être prouvée, c’est un non-sens. Mais quiconque affirme l’existence de X doit prouver lui-même que X existe. Ce n’est pas aux sceptiques de prouver que X n’existe pas, parce que c’est un non-sens logique.

L’exemple de l’étoile à neutrons a de particulier que celui-ci est un concept a priori crédible, mais techniquement on n’a aucune observation ni aucune expérimentation en ce qui concerne une masse compacte de neutrons à l’échelle macroscopique (techniquement on ne connaît que les neutrons individuels et très rapides, comme ceux émis par certains corps radioactifs). L’étoile à neutrons est un objet théorique mais on n’a aucune preuve de ce que c’est concrètement et de ce qui s’y passe. Donc je maintiens mes propos : une découverte repose nécessairement sur des preuves observationnelles ou expérimentales. Un concept crédible peut précéder une découverte, mais il n’y a de découverte que si le modèle est validé par des preuves. Autrement, ça ne reste qu’une hypothèse. Tout ce que nous avons actuellement au sujet des étoiles à neutrons, ce sont les «vues d’artiste», et l’on a d’observation que les rayons X que ces étoiles émettent… (exemple ici : http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=4434 ) L’imaginaire ne doit pas remplacer la méthode scientifique.

Dans tout ce que je dis, je ne nie rien. Je ne nie pas par exemple l’existence des étoiles à neutrons. En science, les preuves se révèlent nécessaires, c’est tout. À propos de l’invisibilité, si ce phénomène paraissait impossible autrefois, et qu’il commence à devenir crédible techniquement, on commence alors à disposer de preuves que cela commence à devenir une réalité. Mais tant que les travaux sur l’invisibilité n’étaient pas encore développés, nous ne pouvions pas savoir d’avance si cela était possible ou pas. Une découverte ne se devine pas d’avance par télépathie ni par la voyance… Exiger des preuves et nier quelque chose, ce sont deux choses différentes. On ne peut pas deviner ce que sont les choses tant qu’on ne les aura pas encore observées ou expérimentées. Ce serait périlleux de croire que des modèles théoriques sont des faits.

  • «Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître.»    (Bertrand Russell / 1872-1970 / Religion et Science / 1957)