Médiumnité et ampoules électriques grillées

Supposons une émission télévisée avec un animateur populaire qui met un scène un « puissant médium » qui se prétend capable de griller par télékinésie les ampoules électriques à distance.

Supposons qu’il y ait un million de téléspectateurs qui regardent l’émission, ou plutôt 1 million de domiciles, et que dans chaque domicile il y ait en moyenne 16 ampoules électriques. L’émission est diffusée lors du début du crépuscule, au soir, pendant une durée de 2 heures.

Le médium se concentre (ou feint de se concentrer) sur sa capacité à agir à distance sur des ampoules électriques, prétendument par télékinésie. Soudain au cours de l’émission, le standard téléphonique explose : des milliers d’appels préviennent sur des phénomènes de grillage d’ampoules chez eux. Le médium a t-il donc un mystérieux pouvoir ?

Non ! Le hasard seul peut expliquer cela. Et le médium profite de ce hasard pour détourner l’attention des crédules.

En fait, le grillage des ampoules électriques c’est juste un problème statistique. Une ampoule électrique a une durée de vie limitée (vie de 1000 heures, donc probabilité de grillage de 1 sur 1000 lors de l’heure qui vient, soit une probabilité de 1 sur 501 environ pour qu’une ampoule qui dans un délai de 2 heures). Toutes les ampoules grillent naturellement, par usure normale. Ce qui fait que lorsqu’un charlatan prétend, lors d’une émission télévisée de grande audience, pouvoir faire griller des ampoules à distance juste en se concentrant pendant quelques instants, les quelques instants en question sont suffisants pour que sur le million de téléspectateurs regardant ladite émission, il y en aura 16 x 1000000 x (1/501) = presque 32000 qui verront en effet au moins une ampoule griller chez eux au moment d’allumer la lumière pendant le crépuscule.

Ensuite, les biais humains en matière d’expérimentation (crédulité, généralisation d’un exemple personnel, égoïsme et importance d’un cas personnel, et le fait qu’on ne retient que les exemples marquants) font le reste. Ainsi, ces 32000 personnes environ téléphonent toutes (ou presque) au même moment au standard téléphonique de l’émission qui est littéralement saturé : le charlatan devient crédible. Avec n’importe quel autre phénomène paranormal revendiqué, on peut réaliser n’importe quel autre trucage similaire. Dans la magie, il y a toujours un truc.

La crédulité n’engage que ceux qui se font fait piéger. Ce sont les pigeons qui entretiennent le charlatanisme et le business des escrocs.

Maintenant, voici un témoignage : http://forum.doctissimo.fr/psychologie/Paranormal/ampoules-grillees-semaine-sujet_15936_1.htm Une personne se dit troublée par ces coïncidences d’ampoules grillées les unes après les autres. Là encore, cela n’est qu’un phénomène statistique. Quand une maison possède 16 ampoules électriques, la probabilité de grillage d’une ampoule parmi les 16 est de 1-(1-(1/1000))^16 = 1 chance sur 63 dans un délai d’une heure. Il y a alors 1 chance sur 2 pour qu’au cours des prochaines 43 heures il y ait une ampoule parmi 16 qui grille. Au-delà de 197 heures d’utilisation des 16 ampoules, le grillage d’une ampoule devient probable à 95%. Et alors, en moyenne, parmi 16 ampoules en fonctionnement, on en remplace une toutes les 66 heures. Le délai n’est compté qu’à partir de l’instant où ces ampoules sont allumées. Quand on ne les allume pas, il n’y a pas d’usure. Bref, le grillage des ampoules électriques est statistique, ce n’est certainement pas une affaire de paranormal ni de psychologie (sauf quand on est aveuglément crédule à fond, ce qui peut être considéré soit comme une maladie mentale préoccupante, ou comme une grave paresse intellectuelle). Où est la liberté des personnes si celles-ci sont aveuglément crédules et croient absolument n’importe quoi ? Je pense que l’éducation et le recul critique doivent impérativement être un devoir. Un devoir qui garantit vraiment les libertés. Il n’y a pas de vraie liberté dans la croyance aveugle. S’informer est nécessaire.

Il faut toujours se méfier quand le hasard est caché, oublié ou nié par un charlatan ou un idéologue, comme dans le cas du créationnisme par exemple.

La science compare souvent un phénomène présumé avec le hasard, on essaie de voir alors si le phénomène se démarque significativement du hasard afin de juger de la crédibilité du phénomène. Mais à partir du moment duquel le hasard est oublié ou rejeté, on ne peut plus faire de comparaisons, et c’est la porte ouvertes aux impostures.

Cessons d’alimenter le business des charlatans, en doutant.

Comment donner le goût d’apprendre ?

Comment donner le goût d’apprendre ? C’est une question difficile, tant parce que tous les gens sont différents que par les méthodes que l’on ne peut pas généraliser. Je pense qu’il existe autant de méthodes que d’élèves.

Si l’illettrisme des jeunes est un problème préoccupant, il y en a un qui l’est tout aussi : l’illusion de connaître. Croire savoir est aussi périlleux que de ne pas savoir lire et écrire. Croire toutes les infos comme vraies, c’est aller droit dans le mur. Apprendre, voila un mot dont le sens doit être soigneusement approfondi. Apprendre quoi ? Pour qui ? Pourquoi ? Se poser des questions est toujours sain. Mais donner des réponses toutes faites, définitives, c’est risquer de ne pas avancer.

Apprendre à lire et à écrire, c’est une étape très importante de la vie. Mais cela n’est qu’une partie des outils nécessaires à notre vie. Il faut aussi apprendre à différencier les infos, à les disséquer pour évaluer leur pertinence, exiger des faits. L’aptitude au questionnement critique est indissociable de la capacité de lire et d’écrire. Savoir lire et écrire ne suffit pas. On peut être capable de bien lire mais sans avoir de recul critique, sous peine de croire n’importe quoi. Il n’y a qu’à voir par exemple l’inquiétude de certains internautes qui croyaient à l’imminence de la fin du monde du 21 décembre 2012. Je pensais que ces peurs irrationnelles appartenaient à une autre époque (le haut Moyen-Âge), mais cela perdure toujours, malgré que tout le monde aille à l’école…  C’est affligeant…

Le manque d’attitude critique est un vrai problème de société. La crédulité peut faire des ravages et conduire à des dérives, comme les sectes et le business du paranormal.

Nier la nécessité de l’esprit critique, c’est comme empêcher les gens de lire et d’écrire. C’est au même niveau. La négligence de cette priorité se paye par une lente dégradation de la pensée. Ne pas savoir lire ni écrire est un problème (ce n’est pas un crime non plus, il n’y a évidemment pas de coupables mais seulement des victimes), mais l’absence d’esprit critique est aussi un problème sérieux.

De nos jours, avec cette merveille qu’est Internet, beaucoup prennent l’habitude (mauvaise) de copier et de coller du texte pour relayer des informations, sans même y faire la moindre analyse objective. C’est fréquemment le cas des élèves qui recherchent sur Google et qui puisent dans l’encyclopédie Wikipedia le plus souvent. Le patient travail de documentation, ça devient apparemment pénibles pour certains. Certains sont tentés par le plagiat (des élèves, par facilité, pompent des textes pour faire leurs devoirs). D’autres, très nombreux, se satisfont des réponses simples, toutes faites, et ne se posent pas de véritables questions, ni ne remettent rien en question (ils devraient pourtant se botter violemment le Q dès le matin).

Il n’existe pas d’informations infaillibles. La fiabilité des informations n’est jamais garantie d’avance. Ni dans les livres, ni sur Internet. Seul un travail d’analyse permet d’évaluer la solidité des infos.

Il ne faut jamais prendre l’habitude de considérer la lecture, l’écriture et encore moins l’esprit critique comme une corvée que l’on doit s’acquitter le plus rapidement possible… Lire, écrire, analyser, ce sont des outils utiles et indispensables.

Accéder à la connaissance repose sur une méthode assez simple, mais qui demande du travail et de la volonté. Vouloir apprendre, voila la base. Explorer, enquêter, y trouver du plaisir, c’est comme un jeu ou un loisir. Mais prendre des outils essentiels comme une corvée pénible, c’est se destiner à ne rien faire. Lire, écrire, douter, ça ne s’applique pas forcément aux domaines intellectuels comme les sciences, cela peut concerner le bricolage et les inventions, voire l’artisanat. Dans ces activités-là, aussi, on trouve toujours l’occasion de devoir se documenter pour appliquer une méthode, innover ou créer quelque chose en expérimentant, découvrir une connaissance, ou même transmettre un savoir-faire.

Apprendre ? Il faut commencer par le vouloir. Ensuite, il est bon de savoir qu’il faut de la patience. Aller vite ne sert à rien et c’est contre-productif. Une corvée apparente peut se révéler comme un véritable outil utile, parce qu’il existe au moins toujours une situation où un apprentissage s’applique dans un contexte plaisant et ludique. Puis il faut de l’auto-discipline, être responsable face à son devoir. Vraiment, ça n’a pas d’importance en ce qui concerne qui arrivera premier ou dernier, chacun a son rythme, pourvu que l’on y arrive. Apprendre, c’est un défi d’abord lancé à soi-même et pour soi-même ; ce n’est pas une compétition entre des rivaux qui comparent leurs notes de leurs devoirs de classe.

Apprendre, c’est aussi vouloir avancer, et pour cela il faut ignorer ce venin nauséabond que sont les critiques négatives pessimistes dévalorisantes humiliantes (souvent les marchands de conseils qui vous prennent de haut ne connaissent absolument rien du domaine qui vous concerne). Pour avancer, il faut juste se poser les vraies bonnes questions, et admettre aussi les critiques quand celles-ci sont fondées et quand elles sont constructives.

Si apprendre était vraiment une corvée insurmontable dans tous les domaines, la vie serait insupportable… On a pourtant tous appris à marcher ou à faire du vélo, et pourtant ce ne sont pas les chutes accidentelles qui ont arrêté notre détermination et notre motivation. Sinon, nous marcherions tous à 4 pattes.  😉

Je pense qu’il est plus urgent que l’école se réadapte pour remplir ses objectifs, plutôt que de pointer du doigt les mauvaises habitudes critiquées sans que rien ne soit fait pour que ça change. En commençant par exemple à armer les élèves d’esprit critique, et trouver une façon ludique de le faire.

Apprendre n’est pas inné. Et nous disposons autant de temps les uns par rapport aux autres. Tout est affaire de gestion du temps, de ce qu’on en fait. Est-ce que ce que l’on fait est vain (avec le sentiment proche de tout abandonner) ou doit-on continuer à croire (et surtout de connaître) la valeur de notre travail malgré tout ? The show must go on ! Oh yeah !

  • À voir : http://fannypissoort.wordpress.com/2012/04/24/quest-ce-que-lesprit-critique/ (ce blog remarquablement bien écrit était prometteur mais il semble abandonné depuis mai 2012, avec seulement quelques articles en tout, mais le but n’est-il pas que les internautes développent et utilisent l’esprit critique par eux-mêmes et pour eux-mêmes à partir d’une base simple ?). 

© 2013 John Philip C. Manson

Tout grand progrès scientifique est-il né d’une nouvelle audace de l’imagination ?

Tout grand progrès scientifique est né d’une nouvelle audace de l’imagination. (citation de John Dewey)

Cette citation dit vrai quand il s’agit d’imaginer des hypothèses ayant la possibilité d’être réfutables au moyen des faits, ce qui conserve le principe de scientificité.
La science n’est ni de la métaphore, ni de la métaphysique. La méthode scientifique suit des règles précises.
Les progrès de la science sont souvent aidés par des idées, oui, mais toujours dans le cadre d’une rigueur objective et selon les critères épistémologiques.

Par exemple, l’hypothèse de Hawking sur le rayonnement des trous noirs (rayonnement de Hawking) est très intéressante, il fallait y penser, mais elle respecte les critères de la scientificité : elle peut être évaluée par les maths sur la base de théories scientifiques reconnues, et elle a la possibilité d’être réfutable, conduisant alors à la corroboration ou la réfutation de l’hypothèse lorsqu’on fait des observations avec un téléscope spatial à infrarouges.

Nicolas Copernic, le fameux astronome polonais qui a révolutionné l’astronomie, il a eu une idée absolument géniale et audacieuse, mais il a rigoureusement respecté la démarche scientifique : observations à la lunette astronomique, tables de calculs, mathématiques.

Avoir de l’imagination pour pondre des spéculations invérifiables, irréfutables, métaphysiques ou pseudo-scientifiques, ce n’est pas du tout un progrès scientifique, soyons-en conscients…
Par exemple, si Madame E. Tessier essaie de prédire la date de la fin du monde en imaginant des alignements planétaires selon une figure géométrique ressemblant à un tétraèdre mystique, voila un exemple où l’imagination ne sert pas à la science…

 

 

Voici un schéma sur la méthode scientifique :

Voici un schéma plus détaillé :

Si pour vous l’audace de l’imagination est la liberté de croire avec une certaine indépendance par rapport à la connaissance scientifique, ça se passe comme le dessin ci-dessous : s’éloigner de la méthode scientifique au profit de pensées alternatives subjectives douteuses…

Ainsi, avant de faire le plaidoyer de la liberté de l’imagination (voire de l’imaginaire, peut-être, si certains l’insinuent), mieux vaut d’abord connaître la méthode scientifique… La science, ça marche depuis près de 4 siècles, la méthode scientifique est efficace.

Il faut avoir assez d’imagination pour trouver des hypothèses scientifiques intéressantes tout en ayant assez de prudence pour ne pas déraper dans des croyances irréfutables.

De l’imagination, oui il en faut, mais en science, il faut de l’imagination conduisant à des hypothèses respectant les critères de la scientificité.

Aucun progrès scientifique est né d’une hypothèse irréfutable, ni du déni des faits.

En conclusion : l’imagination et la science sont compatibles si la méthode scientifique est rigoureusement suivie, sinon l’imagination trahirait l’esprit scientifique.

 

Certaines découvertes scientifiques, c’est avéré, sont produites par accident, ou par hasard. C’est le cas de la découverte de la pénicilline et celle de la vaccination.

Occasionnellement, n’importe quel procédé, par exemple du bricolage de plomberie, de la soudure à l’arc électrique ou un ordinateur qui calcule des numéros aléatoires pour remplir des grilles de Loto, je le dis bien : n’importe quel moyen anodin peut conduire soudainement à une découverte dont l’origine est fortuite. Découverte qui n’a bien sûr aucun rapport avec le truc utilisé.

Ne pas confondre le hasard menant à une découverte (phénomène de sérendipité) et une fausse causalité entre une méthode pseudo-scientifique menant (en réalité fortuitement) à ladite découverte.

C’est comme avec l’homéopathie. Avec le médicament il faut une semaine pour guérir d’un rhûme, et sans le médicament il faut 7 jours pour guérir du rhûme…

Jamais une méthode pseudo-scientifique ni de science fictive n’a conduit par causalité à une découverte scientifique. Ne pas confondre fausse causalité et ce qui relève du hasard.

La conviction n’est le fruit que de la preuve. (Isaac Newton)

 

Ne pas confondre imagination et raisonnement.
À la base, la science fonctionne par le raisonnement et la logique dont le rôle est d’établir des liens de causalité. L’imagination et l’intuition peuvent aider la science, pourvu que cela reste dans le cadre de la scientificité.

La logique rationnelle est une nécessité, c’est le fondement de la science. L’imagination est un bonus a priori utile, mais elle n’est pas un critère scientifique. L’imagination n’est pas un fondement de la science, elle n’est qu’un moyen possible qui peut épauler le raisonnement logique. Mais soyons conscient que rien ne serait possible en science sans raisonnement logique.

Ainsi je ne parle pas des idées selon un mode général, je distingue les différentes façons de penser : la définition de imaginer n’est pas la exactement même que celle de raisonner.

Des découvertes fortuites peuvent survenir par accident sans que l’on y ai imaginé quoi que ce soit pour parvenir au résultat.

Copernic, lui, a imaginé un monde héliocentrique à contre-courant du dogme géocentrique, il a prouvé que son idée était valide selon les faits. C’est un exemple qui corrobore l’idée selon laquelle l’imagination conduit aux grandes découvertes.

Les découvertes scientifiques peuvent être le fait de l’imagination, comme le cas de Copernic, mais pas toujours. Je veux dire, à des degrés variables. S’il y a une constante pour toutes les découvertes scientifiques, c’est que celles-ci ne s’affranchissent jamais de la logique ni des faits.

Néanmoins, pour trouver de bonnes hypothèses scientifiques inédites, il faut quand même plus ou moins de l’imagination. Certaines exigent un certain effort, d’autres peuvent surgir par hasard, au cours d’une promenade ou pendant un rêve (l’hypothèse de la structure circulaire de la molécule de benzène serait apparue lors d’un rêve qu’aurait fait le chimiste allemand Friedrich August Kekulé von Stradonitz en 1865 mais cela pourrait être une légende urbaine).

 

 

Conclusion :
En science il y a toujours de la logique, des hypothèses réfutables, et des faits. Comme option utile, il y a soit l’imagination (importante pour trouver de bonnes hypothèses, c’est ce que je fais dernièrement avec les nombres premiers), soit le hasard (découvertes fortuites survenue sans que l’on ait pensé à quoi que ce soit, par exemple en trébuchant sur un os de dinosaure à demi-déterré).

Ainsi, le hasard joue un rôle aussi important que l’imagination pour contribuer à la science. Mais le raisonnement logique, lui, restera toujours nécessaire.

 

Mais soyons clairs sur une chose : jamais un pseudo-scientifique ne fera de découverte scientifique à partir de l’imagination, parce que d’une part il n’imaginera pas d’hypothèse scientifique (donc réfutable) et d’autre part il n’utilise jamais la méthode scientifique, ni même de raisonnement selon des relations de causalité. Un pseudo-scientifique, lui, fonctionne par analogies, pas par causalités, et agit le plus souvent par malhonnêteté intellectuelle et/ou pécuniaire, ou par naïveté, par crédulité, ou par ignorance.
 

© 2011 John Philip C. Manson

Les mathématiques, la théorie des nombres et le mysticisme

Je viens de lire sur le web un article bref écrit par un mathématicien. De toute évidence, même un esprit rationnel, logique, compétent et rigoureux peut se laisser séduire par des émotions mystiques dont le degré de pertinence n’a rien à voir avec la science concernée. Pour montrer le contexte, je reproduis ici un extrait explicite du texte, les mots significatifs sont surlignés en gras :

En outre, en vertu de l’article ArXiv: 0810.0095 de Shi Huang, il semble que «certains mathématiciens suspectent un lien entre les nombres premiers et le secret de la création ». Une remarque qui m’a conduit à admirer ce qui nous entoure et la vie quotidienne à qui nous accordons rarement attention. Dans le monde des abeilles, les sciences naturelles nous ont appris que quand une abeille veut informer ses congénères qu’elle a trouvé un champ de fleurs, elle se met à danser « la danse en huit (8) »,d’un autre côté l’être humain a besoin de huit (8) heures pour le repos. N’est ce pas un message codé ? La distribution des nombres premiers est une preuve tangible.
Le mysticisme fonctionne selon des analogies, pas selon des causalités. Dans le cas de la danse des abeilles, je connais très bien l’apiculture, la danse frétillante de l’abeille est un fait véridique de la biologie animale, mais la danse en 8, c’est-à-dire le mouvement dessinant un 8, c’est une danse qui reproduit la forme du huit, mais la forme du signe 8 est symbolique, la forme de représente pas le nombre 8 lui-même. En effet, il ne faut pas confondre le nombre 8 avec le signe symbolique représentant ce nombre. La preuve c’est que selon le pays dans le monde, avec les différents alphabets (indien, arabe, latin…) il existe différentes représentations symboliques pour écrire des nombres, tandis que les nombres auront la même signification dans le monde entier, seul leur façon d’être écrite change. Ainsi dans le cas de l’abeille, elle danse en forme de 8 mais ce n’est pas le nombre 8. Les abeilles sont une espèce aussi vieille que 50 millions d’années, elles sont une espèce bien plus ancienne que les premiers hominidés, et la représentation écrite des nombres date d’il y a environ 6000 à 8000 ans, sinon tout au plus 10 ou 20000 ans… Ainsi, parler du nombre 8 pour la danse de l’abeille n’a pas de sens. Ne pas confondre la forme et le sens. Ensuite, l’auteur du texte ci-dessus fait l’analogie du 8 de l’abeille avec les 8 heures du sommeil humain. Huit heures de sommeil ? Moi je ne dors que 7 heures… Napoléon ne dormait que 3 ou 4 heures par nuit… Donc la comparaison n’est pas valable. C’est de la numérologie, du mysticisme, ce n’est plus de la rigueur scientifique.Ensuite, quel rapport entre les nombres et le secret de la création ? Les nombres entre eux présentent des propriétés intelligibles, vérifiables, quantifiables et même réfutables, c’est la base de la science mathématique, mais le concept de création est relié directement au concept d’un démiurge ou d’un Dieu, concept inconnaissable et indécidable par nature. Bref un tel lien entre maths et création ne peut pas être établi ni même avoir la possibilité d’être réfutable.

L’introduction du mysticisme dans les sciences peut faire dire des bêtises inutiles qui peuvent altérer le sens des mots, ce serait parler pour ne rien dire, ou pire ce serait mystifier ceux qui y croient et ce serait trahir l’esprit de la science. La généralisation à partir d’une impression (et non pas à partir d’une propriété démontrée) peut conduire à des interprétations mystiques qui cachent en réalité une croyance à un déterminisme sous-jacent. Soyons parcimonieux et prudents. La science ne s’encombre pas de généralisations superflues. C’est d’autant plus incompréhensible que l’auteur du texte critiqué ci-dessus en italiques est pourtant un professeur d’université…

 

© 2011 John Philip C. Manson

Pourquoi le hasard dérange t-il ?

Ceci est un article de psychologie, dans lequel je cherche à comprendre les motivations des croyants par rapport au concept scientifique du hasard.

Présenter les connaissances scientifiques pour convaincre n’est pas efficace. Le problème est ailleurs, et ce n’est qu’en identifiant la racine du problème que l’on peut contribuer à faire reculer l’irrationnel.

Et ce problème est centré sur le négationnisme contre le hasard, ce déni du hasard étant la faille commune de tous les courants irrationnels.

L’explication que nous donnons à notre existence et celle de l’univers, en dehors de la pensée scientifique, peut nier le rôle du hasard. S’en remettre au hasard est une idée qui heurte les esprits qui ont besoin de réponses toutes faites, dans lesquelle le déterminisme prend une place rassurante. Pour ces gens, l’ordre ne peut être dû au hasard. Car l’ordre est une notion sécurisante. L’idée d’un monde ordonné rassure, mais l’univers est régi au chaos, à l’entropie croissante ; cet ordre est plus un concept conformiste qu’un fait.

Les données de la science montre de plus en plus que l’existence des choses doit tout au hasard. Démontrer avec l’appui de preuves que le hasard gouverne l’univers nécessitera un autre article. Ici on parlera du hasard comme portée psychologique dont l’impact est la progression des pseudo-sciences et des nouvelles spiritualités, lesquelles nient le hasard dans les moindres détails.

Les preuves scientifiques s’accumulent et montrent que le hasard gouverne la vie et même il la crée. (voir S&V n°1079, août 2007, pp. 48 et 54)

En chimie, la première manifestation connue du hasard est le fameux mouvement brownien. Ensuite, Charles Darwin dit qu’il ne semble pas y avoir d’intentionnalité dans la variabilité des organismes vivants à travers l’action de la sélection naturelle. Et socialement et humainement, si le hasard n’existait pas, la vie ne serait jamais faite de surprises, il n’y aurait non plus de libre arbitre. Les religions monothéistes, par exemple, ne voient pas la contradiction flagrante entre une création déterministe et le principe de libre arbitre des “créatures”.

La peur de la mort et des incertitudes de la vie sont la cause du déni du hasard.
Les personnes blessées par la vie estiment avoir de la chance parce qu’elles sont toujours en vie alors qu’elles ont perdu toute leur famille, tandis que les individus surprotégés ont le sentiment de ne pas avoir de chance.

Plus généralement, les hommes depuis qu’ils existent cherchent à se rassurer en essayant de contrôler la nature qui leur est plus ou moins hostile. L’idée de l’existence du hasard compromet cet ordre apparent, le hasard ébranle leurs certitudes qui sont leur base de sécurité.

L’évolutionnisme scientifique le montre : l’Homme n’a pas été créé pour régenter la nature, l’Homme n’est qu’un élément parmi d’autres de la nature.

Ainsi, l’angoisse inquièterait ceux qui nient le hasard s’ils l’accueillait comme concept possible : l’existence du hasard entraine la perte du sentiment de sécurité par la perte d’un contrôle apparent de l’Homme sur la nature. Les adeptes du déterminisme propre aux croyances actuelles ne font que combattre l’angoisse de la banalité qu’est l’espèce humaine. On s’accroche à une religion comme à un nounours pour se rassurer, c’est comme une bouée de sauvetage… Alors, leur présenter l’évidence du hasard les fait souvent réagir agressivement lors de polémiques liées au créationnisme et à l’Intelligent Design.

 

L’angoisse contre le hasard, c’est peut-être en fait la liberté qui est angoissante. La peur de la liberté est un caractère psychologique propre à certains individus. C’est comme si la liberté ne procurait aucun plaisir, c’est pourquoi ces individus se construisent eux-mêmes les conditions qui font ressembler leur vie à une prison.

Toutes les religions ou presque font appel à la soumission et aux interdits : “ainsi soit-il”, “si dieu le veut” sont des exemples criants. La soumission et l’interdit ont un effet structurant de la personnalité, par la conjuration superstitieuse du chaos, la création psychologique d’un ordre illusoire qui rassure.

Le dialogue rationnel est impossible avec des individus angoissés qui n’ont pas conscience de leur problème de besoin de sécurité par des idéaux palliatifs illusoires. Il est ainsi vain de tenter de convaincre les créationnistes les plus fanatiques, sauf si ces derniers font leur auto-critique et comprennent la nature de leur problème, parce que dans l’irrationnel les paradigmes sont profondément reliés à la notion de bien-être. Le bien-être, souche de la souffrance des âmes tourmentées par l’idée même de méthode scientifique, apeurées par la froideur apparente de la science, la peur de ne pas trouver d’émotions ni de sentiments quand l’on est revêtu d’une blouse blanche dans un laboratoire. Voila le fond du problème chez les croyants qui ont préféré trouver refuge dans l’irrationnel. La science leur fait peur, mais les croyants ne craignent pas la contradiction en présentant (par exemple) les dogmes créationnistes comme relevant de la science, pendant que ces mêmes croyants diabolisent la science “officielle” qui ose les critiquer.

 

Je pense que l’on peut arriver à un progrès de vulgarisation scientifique si la plupart des gens prennent conscience de leurs mécanismes psychologiques d’auto-défense qui les emprisonnent et ne les ouvrent pas à la rationalité. Le problème ne provient pas des connaissances fournies par la science mais du bien-être apparent et illusoire que procure les croyances pseudo-scientifiques. Et il faut comprendre que la liberté est un plaisir car les croyances en font une angoisse.

 

© 2011 John Philip C. Manson