La science est la croyance en l’ignorance des experts

  • Mon blog touche à sa fin. Je publie ici le dernier article dont le thème est un lien ci-dessous : c’est une traduction par le Dr Goulu d’un texte du professeur Richard P. Feynman. 

Le texte de Feynman est relatif à la faillibilité des savoirs et ce qui fait la science. Ce qui fait la science, ce ne sont pas les mots que l’on met sur les choses, mais l’expérience des choses.

Ce que montre Feynman est formulé différemment par rapport à l’épistémologie de Karl Popper (sur la potentialité de réfutabilité des hypothèses scientifiques), mais c’est sur le même principe. C’est très bien que le Dr Goulu ait publié ce texte.

Feynman explique que l’on est jamais sûrs de rien. En ce sens, comme je l’avais déjà raconté dans mon blog : la science est fondée sur des expériences et des observations, mais pas sur la confiance envers des opinions, ou des experts, ou des idéologues. Cela peut paraître choquant pour certaines personnes qui ont une préférence pour des vérités définitives et immuables, mais c’est la Nature qui fait ce que les choses sont (et on apprend à mieux connaître la Nature si possible, avec des expériences), ce ne sont pas les experts qui décident ce que doit être la Nature. Ce n’est pas le jargon qui fait la science, mais ce que l’on fait sur le terrain. Cela ne signifie pas la relativité des savoirs où toutes les opinions se valent (comme le pensait Feyerabend et le postmodernisme intellectuel et, aujourd’hui, un certain négationnisme antiscientifique), l’expérimentation a prévalence sur les mots eux-mêmes. Des mots sans exploration du problème, sans l’approfondissement d’une idée, sans des observations concrètes, ne veulent rien dire et n’enseignent rien.  «Qu’est-ce qui fait bouger ce jouet ?» «L’énergie». Mettre le mot « énergie » sur une chose n’apporte guère la compréhension du phénomène.

Les mots sont le propre de l’Homme, et l’être humain est faillible.

Selon moi-même, ce qui fait un livre de science ou de vulgarisation scientifique, c’est un livre qui montre comment réaliser des expériences ou qui explique comment des expériences ont été conduites (c’était le cas de Science-et-Vie jusqu’à la fin des années 1990, avec les rubriques «l’informatique amusante» et la «chimie amusante» et la «biologie amusante»). Mais un livre rempli uniquement de mots, sans inciter et encourager à expérimenter par nous-mêmes, n’est pas vraiment un livre de science.

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« Nous ne pouvons pas définir n’importe quoi précisément. Si nous y tentons, nous allons dans cette paralysie de la pensée qui vient des philosophes…  L’un qui dit à l’autre : vous ne savez pas de quoi vous parlez ! Le second dit : que voulez-vous dire par parler ? que voulez-vous dire par « vous » ? que voulez-vous dire par savoir ? »

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« Vous pouvez connaître le nom d’un oiseau dans toutes les langues du monde, mais quand vous avez terminé, vous ne saurez absolument rien du tout de l’oiseau. Alors regardons l’oiseau et observons ce qu’il fait — c’est ce qui compte. J’ai appris très tôt la différence entre connaître le nom de quelque chose et savoir quelque chose. »

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« Ce n’est pas important combien votre théorie est belle, ce n’est pas important combien vous êtes intelligent. Si ce [votre théorie] n’est pas en accord avec l’expérience, elle est fausse. »

Bonnes fêtes de fin d’année à tous. 🙂

© 2013 John Philip C. Manson

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Nelson Mandela

L’humanité perd un grand homme.

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— « Le tombeau des héros est le coeur des vivants. »   (André Malraux)

— « L’humanisme, ce n’est pas dire : « Ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait », c’est dire : « Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase. » »  (André Malraux,  — Les Voix du silence, 1951)

— « Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. »   (Nelson Mandela)

— « L’éducation est votre arme la plus puissante pour changer le monde. »  (Nelson Mandela)

— « Il ne peut y avoir plus vive révélation de l’âme d’une société que la manière dont elle traite ses enfants. »  (Nelson Mandela)

Jésus a inventé le tweet, d’après le Vatican ?

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À propos du titre racoleur

Je n’ai personnellement rien contre les paraboles et le message d’amour de Jésus.

Ce que je dénonce, c’est une propagande basée sur une inexactitude. Vous allez comprendre pourquoi.

Les formules brèves ayant du sens, c’est-à-dire les aphorismes, c’est aussi ancien que l’invention de l’écriture, et la plupart sont même plus anciennes que le christianisme.

Pour exemples : les citations de Bouddha, de Confucius, d’Aristote, de Xénophane, de Héraclite, d’Eschyle, d’Euclide, d’Épicure, de Socrate, de Platon… et la liste est assez longue (il existe une variété d’auteurs antiques). Si l’on reproduisait toutes les citations des personnalités antiques dont je viens de donner la liste, on remplirait une bibliothèque ! Voila la vérité. Prétendre le contraire serait renier l’existence du confucianisme, du bouddhisme, et la philosophie grecque antique.

Un tweet implique l’existence de Twitter (créé en 2006 par l’américain Jack Dorsey, pas avant).

L’Alzheimer est un drame, mais à ce point… Comment peut-on oublier les hommes qui ont précédé Jésus ?

Aristote a été très influent pendant le Moyen-Âge en Europe occidentale, à l’époque où l’Église dominait sur les esprits. Relevons que Aristote est un auteur influent en ce qui concerne la métaphysique (du grec : meta ta phusika = « après la physique ») ainsi que d’autres sujets. Bref, l’Église, prétendant aujourd’hui que Jésus ait inventé les aphorismes ayant des similitudes avec Twitter, aurait-elle oublié l’un de ses auteurs favoris, Aristote ? C’est le comble…

Sur Wikipedia, en lisant l’article sur Aristote, je peux lire ceci : «Au XIIIe siècle, la philosophie aristotélicienne, transformée par Thomas d’Aquin en doctrine officielle de l’Église catholique romaine, […]»

Aristote (un auteur parmi bien d’autres dans l’Antiquité), dont les citations courtes, ayant un sens, a précédé Jésus d’un peu plus de 3 siècles.

Puis en ce qui concerne les tweets lus sur Internet, avouons que parfois, ça ne vole pas bien haut. Comme les tweets banals, mesquins, égoïstes, ou racistes ou homophobes, ou remplis de fautes d’orthographe, par exemple. On ne peut pas dire franchement que les tweets aient toujours un sens…

À propos du contenu de l’article du journal

 

Les propos sont plus nuancés par rapport au titre, mettant l’importance sur la communication et le dialogue.

Mais la communication entre les gens n’a de valeur qu’à travers la sincérité, la transparence et l’objectivité. Partout où règne une forme de pouvoir, il y a volonté de contrôle par divers moyens. La terreur en des époques troublées (Inquisition médiévale, la dernière condamnation au bûcher date de 1781 à Séville), puis la propagande à l’ère d’Internet avec des titres racoleurs…

Mieux vaut lire directement les évangiles que d’applaudir naïvement au moindre titre de presse qui semble avoir oublié l’existence des auteurs de l’Antiquité ayant précédé Jésus…

 

© 2013 John Philip C. Manson

Quelques citations d’Albert Jacquard

 

  • « Est fanatique celui qui est sûr de posséder la vérité. Il est définitivement enfermé dans cette certitude ; il ne peut donc plus participer aux échanges ; il perd l’essentiel de sa personne. Il n’est plus qu’un objet prêt à être manipulé. »   (Albert Jacquard, 1925-2013)

 

Autres citations d’Albert Jacquard :

  • « La liberté n’est pas la possibilité de réaliser tous ses caprices ; elle est la possibilité de participer à la définition des contraintes qui s’imposeront à tous.  »

  • « Les maths sont ce qu’il y a de plus facile à comprendre. Sauf pathologie mentale profonde, tout le monde est bon en maths. Mais pour des raisons que les psychologues pourraient sans doute élucider, certains jeunes décident qu’ils ne sont pas bons. Je crois que la principale responsabilité réside dans la façon dont les mathématiques sont enseignées. »  (Petite Philosophie à l’usage des non-philosophes, Albert Jacquard, éd. Québec-Livres, 1997, p. 144)
  • «… le péché fondamental des religions : faire des adeptes qui ne posent plus de questions. L’attitude scientifique est exactement à l’opposé. »
  • « … nous ne voyons pas le monde avec nos yeux, nous le voyons avec nos concepts. »
  • « La vérité ne se possède pas, elle se cherche. »
  • « Utiliser les maths comme outil de sélection est décidément une aberration. Sur quoi sélectionner alors ? direz-vous. La vraie question est : Pourquoi sélectionner ? Et je ne connais pas la réponse. »
  • « La liberté de chacun ne peut s’épanouir que si la société ne possède pas trop d’informations sur lui. «Je suis celui que l’on me croit», dit un personnage de Pirandello. Mieux encore serait : « Laissez-moi devenir celui que je choisis d’être ». »
  • « Nous devons apprendre aux enfants à vivre ensemble, dans un milieu sans compétition. C’est à travers la rencontre de l’autre que nous nous formons. Sinon, nous ne sommes qu’un vulgaire tas de protons et neutrons. »

 

 

 

Nicolas Dupont-Aignan et la science

Le candidat Dupont-Aignan se prononce en faveur de la science et ses arguments ont suscité chez moi un vif intérêt.

En effet, il déclare vouloir revaloriser le métier de chercheur, il dit aussi s’entourer de chercheurs et d’enseignants afin de pouvoir prendre une décision en matière de science (je ne sais pas si les autres candidats le font, eux). Il propose aussi qu’on n’utilise pas les ressources alimentaires pour les transformer en ressources énergétiques au détriment des populations.

Dans le paragraphe «Éducation et culture scientifique», c’est là que c’est intéressant, il dit que c’est important que chacun puisse “accéder au savoir qui rend libre”, il veut revaloriser les métiers scientifiques, en particulier celui de chercheur” qu’il estime “discrédité même au plus haut niveau de l’Etat”.

Et surtout, concernant la diffusion de la culture scientifique, Nicolas Dupont-Aignan pense qu’il est  fondamental d’avoir [dans l’audiovisuel] des journalistes scientifiques formés pour parler de faits et pas de politique, par conséquent en toute objectivité”. Par ailleurs, il veut pousser les chercheurs et les enseignants à faire de la vulgarisation, de la diffusion scientifique auprès de la population.

J’approuve et je souligne bien cet argument pertinent.

Cependant, au hasard de mon surf sur internet, je tombe sur Wikisources dans lequel je trouve un livre du candidat, écrit en 2006/2007, intitulé «Français, reprenez le pouvoir !»

Le chapitre 6 de ce livre intéressant a pour intitulé «La planète asphyxiée», ce chapitre parle des problèmes environnementaux : le tarissement des matières premières, et le changement climatique.

Je cite : «Toutes les études scientifiques prouvent que l’élévation moyenne de la température n’a rien à voir avec les oscillations enregistrées au cours de l’histoire du globe.»

  • Oui, le climat a connu une élévation moyenne d’environ 0,6°C en un siècle. Mais dans le passé paléoclimatique, les ères glaciaires ont alterné avec les ères chaudes. En voici les preuves : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/19/paleoclimatologie/  La Terre a connu des périodes tropicales globales (comme le Mésozoïque) au cours desquels la température moyenne était environ 7°C supérieure à la température moyenne actuelle. En outre, la vitesse de changement de température peut paraître importante à notre époque, mais ce n’est pas une exception : il y a 14700 ans sur Terre, il y eut un réchauffement de 10 degrés en peu d’années par exemple, comme le montrent les travaux du CNRS du 19 juin 2008. (voir la copie d’écran ci-dessous)
  • Je viens de trouver un autre article du CNRS qui appuie cette découverte : http://www.insu.cnrs.fr/environnement/climat-changement-climatique/il-y-a-14-600-ans-la-mer-est-montee-tres-rapidement-lors-
  • Ce qui est vraiment exceptionnel, c’est l’élévation du taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère terrestre, ça n’a pas été aussi élevé depuis longtemps, mais il ne faut pas confondre taux de CO2 et température, bien qu’il y ait effet de serre. Ce dernier n’est qu’une des causes du réchauffement observé, il faut prendre en compte aussi les autres causes probables, notamment l’effet d’îlot thermique urbain (surtout en hémisphère nord) à cause duquel l’urbanisation croissante occasionne une absorption accrue du rayonnement solaire via le béton et l’asphalte, et à cela il faut ajouter l’effet Joule dû à la consommation mondiale d’électricité (rien que les ampoules électriques le soir chez moi en intérieur, ça correspond à un effet Joule moyen d’environ 3 W/m², ce qui correspond à un excès thermique atmosphérique de 0,5°C par rapport à l’absence d’éclairage dans l’habitat).

Ensuite, je cite encore le chapitre du livre : «On constate en effet, aujourd’hui, l’accélération du phénomène» […] « la multiplication des ouragans et des canicules»

Je ne nie rien en aucune manière, mais pour pouvoir affirmer quelque chose sur un sujet aussi difficile et incertain comme le climat, il faut l’appui nécessaire de preuves scientifiques. Peut-être qu’a priori les catastrophes vont s’amplifier (ou pas), on ne le sait pas actuellement, mais il faut des preuves avant d’affirmer, et ce sont les preuves empiriques qui doivent orienter les décisions. Décider sans l’appui de preuves, c’est prendre un risque face aux incertitudes. C’est utile de le rappeler : les simulations informatiques ne sont pas des preuves, les preuves sont les observations de la Nature (d’après la méthode scientifique). Il faut agir pour l’environnement sur des bases saines, pas sur un alarmisme émotionnel, ou idéologique, ou fondé sur un socle d’incertitudes, ou par la force des convictions. Mais les convictions ne doivent être le fruit que de preuves. En bref, le niveau de la mer peut augmenter relativement rapidement (en 3 siècles) de quelques mètres lors de la fonte des glaciers terrestres (voir le rapport du CNRS ci-dessus) mais en ce qui concerne les ouragans et les canicules, des incertitudes demeurent.

En règle générale, mieux vaut consulter les sources universitaires et académiques plutôt que croire les blogs écologistes orientés politiquement ou idéologiquement, et qui déforment plus ou moins les faits scientifiques. Mais même quand une source est crédible et réputée, elle ne doit pas déroger à subir une analyse critique quand il est possible de vérifier. Le doute est la base essentielle de la science, et la science n’a jamais consisté à établir des certitudes acceptées unanimement.

En revanche, lorsque le candidat souverainiste et gaulliste déclare cet argument actuel : «il est  fondamental d’avoir [dans l’audiovisuel] des journalistes scientifiques formés pour parler de faits et pas de politique, par conséquent en toute objectivité», j’y suis profondément favorable, et cela joue un rôle déterminant et soudain dans ma décision lors du vote prochain.

Enfin un candidat lucide sur la place de la science, car le journalisme scientifique actuel est en crise, en perte de crédibilité dans la plupart des médias, l’écologie est trop politisée, et de plus en plus de gens ont l’impression d’être pris dans un étau idéologique.

Quelques citations intéressantes :

  • «Ce qui fait l’homme de science, ce n’est pas la possession de connaissances, d’irréfutables vérités, mais la quête obstinée et audacieusement critique de la vérité.»  (Karl Popper)
  • « Le critère déterminant qui définit la science, ce n’est pas la crédibilité d’une connaissance scientifique, mais la réfutabilité de cette connaissance. »  (John Ph. C. Manson)
  • « Une théorie est scientifique si et seulement si elle est susceptible d’être réfutée ; elle n’est pas vraie, mais tout au plus admise provisoirement. » (Karl Popper)
  • « Le doute est le premier pas vers la science ou la vérité ; celui qui ne discute rien ne s’assure de rien; celui qui ne doute de rien ne découvre rien. » (Denis Diderot)
  • « La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives. » (Bertrand Russell)
  • « Ce que les hommes veulent, en fait, ce n’est pas la connaissance, c’est la certitude. » (Bertrand Russell)


© 2012 John Philip C. Manson

Nul n’est censé ignorer la loi…

À un quidam qui faisait la promotion du mouvement spirite, de la réincarnation et du karma, je me suis exprimé avec les arguments suivants.

Je remets en question la notion de loi spirituelle.
Devant la progression toujours plus forte de l’obscurantisme, je ne connais qu’une loi : le devoir de recul critique.

Le karma est-il une hypothèse ayant la possibilité d’être réfutable ? On ne peut pas construire des connaissances sur la base de croyances invérifiables et irréfutables.

Le progrès est le renoncement à la crédulité et l’apprentissage du doute. Et ce nouveau point de vue donne des résultats, tandis que l’ancien point de vue n’explique rien puisqu’il ne se base sur aucune preuve vérifiable, matérielle ni quantitative.

Les connaissances fondées sur le critère épistémologique de réfutabilité ne consistent pas en un cumul des savoirs, mais à une élimination du superficiel. Mais des croyances irréfutables et invérifiables ne sont que des croyances, pas des connaissances.

Le recul critique et l’objectivité sont nécessaires. C’est un devoir qui permet un droit fondamental : la liberté. Sans le doute, les hommes seraient des moutons crédules, manipulés et dociles, et ils ne seraient pas libres.

  • «Oser savoir en utilisant sa raison critique c’est le fondement de notre modernité, cela reste la condition de son avenir.» (Emmanuel Kant)
  • «La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives.»  (Bertrand Russell / 1872-1970 / ABC de la relativité / 1925)
  • «Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître.»   (Bertrand Russell / 1872-1970 / Religion et Science / 1957)

© 2012 John Philip C. Manson

Analyse des citations de Bouddha

  • “Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres, c’est ainsi qu’on ne fait de tort à personne. Il y a même des circonstances où l’on doit honorer en autrui la croyance qu’on ne partage pas.” Bouddha

Bouddha a voulu laisser un message de tolérance. La liberté de croyance est un droit reconnu mais encadré par la loi. La liberté de croyance possède ses limites.
Selon la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

Dans l’article 1 de la Constitution française de 1958, il est stipulé que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Notons le terme de « croyance » et non de « religion ».

S’il existe, selon Bouddha, des circonstances où l’on doit honorer en autrui la croyance qu’on ne partage pas, il existe aussi la situation contraire : des circonstances où la loi doit intervenir pour préserver les libertés d’autrui. Le racisme, par exemple, est une croyance, il est la croyance en l’inégalité des races. La croyance qu’est le racisme est contredite par la science qui prouve qu’il n’existe qu’une seule espèce humaine, le concept de races étant superflu. La croyance qu’est le racisme est également contredite par la loi : le racisme constitue une menace contre les libertés individuelles. Le racisme était un exemple, on pourrait également évoquer d’autres croyances hostiles comme le sexisme, la discrimination des personnes malades, et même les pratiques irrationnelles et pseudo-scientifiques (astrologie, graphologie, PNL…) qui n’ont aucune valeur pertinente pour embaucher des candidats ou évaluer des employés…

Dans un autre contexte, Noam Chomsky explique que trop de tolérance peut conduire à la négation de la tolérance même. Tout tolérer implique une conséquence négative : la tolérance de l’intolérance, et cette intolérance ne tolère pas, du coup, la tolérance absolue. Ainsi, pour éviter l’intolérance engendrée par le “tout tolérer”, on ne peut donc pas absolument tout tolérer.

En bref, je suis pour la liberté de croyance, pourvu que cela n’ait pas pour but de mystifier les citoyens, ni de leur mentir. Une foi sincère, et partagée, de l’amour, voila une croyance légitime. Mais faire croire que les extraterrestres sont parmi nous en endommageant des champs de céréales pour y dessiner des cercles géométriques (nommés crop-circles), ou en photoshopant des images de Mars pour faire croire qu’il y a des pyramides construites par les martiens, ou encore propager des théories du complot afin d’attiser la haine contre les américains, voila des exemples d’imposture qui justifie une critique légitime. Le droit au doute et à l’indignation, c’est rendre service aux citoyens, c’est agir dans l’intérêt public. Le droit de croire, d’accord, mais il existe aussi le droit de savoir, pourquoi favoriserions-nous l’obscurantisme et l’ignorance ? Le droit de savoir devrait être inscrit parmi les droits fondamentaux au même titre que la liberté de croyance.

Je cite l’Unesco qui affirme : Le droit à l’éducation est un droit fondamental de l’homme, indispensable à l’exercice de tous les autres droits de l’homme. Il promeut la liberté individuelle et l’autonomisation.

Liberté de l’individu et autonomie, voila quelque chose qui contredit la dépendance et la soumission envers une croyance.

La liberté de croyance doit avoir pour équilibre la liberté de critiquer cette croyance. La notion de liberté ne doit pas nier celle de démocratie. Il n’existe pas d’idées qui ne peuvent être l’objet d’un débat contradictoire, cela est un principe de la liberté d’expression, et même de la liberté d’objectivité. La liberté de croyance n’a pas pour but de nier le droit à l’éducation.

Pour reprendre la citation de Bouddha : Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres. J’exprime mon désaccord sur le mot jamais. Ainsi, si on suit à la lettre le conseil de Bouddha “Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres“, je rétorque ceci : la croyance au racisme non plus, peut-être ? On ne peut pas accepter la croyance en l’inégalité des races car elle porte en elle les plus vils sentiments liberticides et inégalitaires. Reformulée plus correctement, la phrase de Bouddha devrait être : il ne faut pas blâmer toutes les croyances, mais il faut néanmoins critiquer celles qui sont une menace liberticide et inégalitaire.

Paragraphe supplémentaire :

Néanmoins, il existe des paroles plus sensées de Bouddha :

  • « Si la haine répond à la haine, comment la haine finira-t-elle ? »

Par rapport au contexte que j’ai évoqué, combattre des croyances comme le racisme n’est pas une haine contre une haine, c’est un bien contre un mal, une solidarité fraternelle contre les inégalités. Mais même en étant le plus gentil des hommes dans le meilleur des mondes, la haine comme l’amour fait partie de la nature humaine, il est vain de chasser sa propre nature. L’illusion des hommes c’est de vouloir devenir des dieux qu’ils ne sont pas. Ne plus désirer la nature humaine dont la haine fait partie c’est en quelque sorte désirer être autre chose, or un désir est déconseillé par Bouddha (voir les citations suivantes ci-dessous).
Autre citation de Bouddha :

  • « Ne croyez pas les individus, fiez-vous aux enseignements ; ne croyez pas les mots, fiez-vous au sens ultime, ne croyez pas l’intellect, fiez-vous à la Sagesse. »

Bouddha lui-même l’annonce : il recommande le doute et la réflexion par l’expérience personnelle.

Citation moralisatrice de Bouddha :

  • «L’homme qui s’attache à cueillir les plaisirs comme des fleurs, est saisi par la mort qui l’emportera comme un torrent débordé emporte un village endormi. »

L’homme qui renonce aux plaisirs, lui non plus, n’échappera pas à la mort. Nous sommes tous égaux devant la mort, quelques soient nos actions, la Nature ne juge personne.

Autre citation de Bouddha :

  • « Par soi-même, en vérité, est fait le mal. »

Dans une large mesure, oui, comme les guerres par exemple. Mais pas toujours. Les catastrophes naturelles comme les séismes et les tsunamis ont toujours existé et ne sont pas de la faute des hommes qui, eux, n’ont pas toujours existé.

Si le mal est fait par soi-même, en vérité, ça veut dire que le mal n’est pas fait pas les autres dont le maître ? Or les autres, ce qu’ils font eux-mêmes, c’est le mal. Le maître est un homme comme un autre, comme vous et moi…

Une autre citation de Bouddha :

  • « Avec nos pensées, nous créons le monde. »

Nous dirions plutôt : le monde a engendré la pensée comme fruit de l’évolution, mais avec nos pensées nous construisons une représentation faillible du monde.

Autre citation de Bouddha :

  • « Doutez de tout et surtout de ce que je vais vous dire. »

Chiche ! C’est ce que je faisais justement.

Autre citation de Bouddha :

  • « Un sot a beau demeurer des années en contact avec la science, il ne connaîtra pas plus le goût de la science que la cuiller plongée dans la sauce ne connaît le goût de la sauce. »

Le mot “science” au sens duquel nous le comprenons, existait-il à l’époque de Bouddha ? Le mot “connaissance” ou “enseignement” est peut-être le mot véritable utilisé par les contemporains de Bouddha, dans l’Inde du cinquième siècle avant l’ère chrétienne. Concernant la cuillère, il me semble que le nom de cet ustensile de cuisine apparut au cours du onzième siècle de notre ère, bien que l’usage de la cuillère soit ancien. Cela montre que les mots d’origine de la citation de Bouddha ne sont pas les mêmes que ceux qui sont utilisés présentement.
Néanmoins, la citation est pertinente : un homme pourra avoir été imprégné de science pendant des années mais en méconnaissant les critères qui définissent la scientificité. Les scientifiques professionnels, normalement, connaissent la définition de la science (le critère épistémologique de réfutabilité des hypothèses scientifiques). Mais le grand public, lui, peut croire connaître la science mais souvent ne connaîtra pas ce qu’est la définition de la science. Nul n’est scientifique s’il n’est d’abord épistémologue.

Deux autres citations de Bouddha :

  • « Deux choses participent de la connaissance : le silence tranquille et l’intériorité. »
  • « Faire de grand discours éloquents n’est pas une preuve de sagesse. »

Dans ce cas, puisqu’être sage c’est se taire, donc pourquoi Bouddha enseigne t-il ?

Autre citation de Bouddha :

  • « Celui qui interroge se trompe, celui qui répond se trompe. »
  • Tout est faux et vrai à la fois : tel est le vrai caractère de la Loi.

Cela concerne t-il aussi l’enseignement de Bouddha ? Auquel cas celui-ci se trompe lui-même et a faux lui-même.

Autre citation de Bouddha :

  • C’est une perle rare en ce monde que d’avoir un coeur sans désir.

Renier ses désirs, c’est renier sa propre nature humaine, c’est chasser en vain le naturel. Mieux vaut accepter ce que l’on est plutôt que renier ce que l’on ne peut changer. La souffrance, le mal, c’est la conséquence du fait de ce qu’on ne s’accepte pas soi-même ni ne s’aime pas soi-même. La paix et le bonheur c’est assumer ce qu’on est. On ne peut à la fois être heureux et renoncer à sa nature humaine.

Autre citation de Bouddha :

  • C’est par la foi que l’on peut traverser les courants. Et c’est par la sagesse que l’on obtient la pureté.

La foi ? Croire fait partie des désirs, auxquels le maître demande d’y renoncer… La pureté ? Ou le bonheur ? La citation est en contradiction avec « Doutez de tout et surtout de ce que je vais vous dire. »

C’est être sot qu’adhérer aux citations sur parole et à la lettre, et c’est être prudent (je n’emploierai pas le mot “sage”) que chercher à réfuter des citations.

Recevoir un enseignement sans y réfléchir c’est être sot.
© 2011 John Philip C. Manson