Auto-entrepreneurs en 2013

Je m’appuie sur quelques rares données auxquelles j’applique mes calculs que personne ne fait, c’est pourtant intéressant à faire.

Le chiffre d’affaire fait à partir des auto-entrepreneurs n’est pas extraordinaire : en février 2013, les 894681 auto-entrepreneurs comptabilisés en France ont généré 1,43 milliards d’euros.

  • Remarque n°1 : 51,2% des auto-entrepreneurs ne font pas d’argent du tout, zéro euro. Au terme de 2 ans sans CA, ils seront radiés.
  • Remarque n°2 : les 48,8% restants, supposés faire un chiffre d’affaire (CA) non nul, c’est-à-dire 409760 auto-entrepreneurs, font une moyenne de 3500 euros par trimestre.
  • 51220 AE gagnent plus de 7500 € par trimestre, dont 26030 AE qui touchent plus de 10000 € par trimestre.
  • Donc 25190 AE gagnent entre 7500 et 10000 € par trimestre.
  • Et 358540 AE gagnent moins de 7500 € par trimestre.

En me basant avec la loi exponentielle sur un CA moyen de 3606,74 € par trimestre pour les AE actifs, on retrouve sensiblement assez bien le nombre d’AE correspondant à un intervalle de CA donné, avec une bonne approximation, à partir des données précédentes un peu plus haut.

  • N = 839672 * 0,488 * intégrale de x=0 à 7500 de (1/3606,74)*e^(-x/3606,74) dx = 358540.
  • Il y aurait entre 39000 et 42000 AE seulement qui dépasseraient le seuil plafonné de 32900 € de CA, impliquant un changement de statut entrepreneurial. Sur plus de 800000 AE, ce n’est pas beaucoup.
  • Environ un tiers des AE actifs gagneraient environ 3900 € par trimestre au moins (donc un bénéfice net de 1000 € par mois après déduction de 23% de cotisations si on est une profession libérale), donc les deux tiers des AE actifs sont en-dessous du seuil du gain de 1000 € nets par mois. Une auto-entreprise est une activité majoritairement précaire.

Les médias présentent trop souvent une image idéaliste et irréaliste de l’activité auto-entrepreneuriale, en vantant la liberté et l’esprit d’entreprendre et la « facilité » de rebondir professionnellement. La réalité montre un visage plus cruel, avec des difficultés à surmonter au quotidien.

 

Les auto-entrepreneurs et les statistiques

Voici les extraits les plus déterminants :

  • « Le chiffre d’affaire fait à partir des auto-entrepreneurs n’est pas extraordinaire : en février 2013, les 894.681 auto-entrepreneurs comptabilisés in France ont généré 1.460 milliards d’euros. »
  • « Premier élément de réponse : 51,2% des auto-entrepreneurs ne font pas d’argent du tout, zéro euro. »
  • « Deuxième élément de réponse : les 48,8% restant supposés faire un chiffre d’affaire,  c’est-à-dire 409.764 auto-entrepreneurs, font une moyenne de 3500 euros par trimestre. »

Remarque : 409764 / 0,488 = 839680 auto-entrepreneurs au total. En réalité : 839 672. Je retiendrai ce nombre pour les calculs.

  • « Troisième élément de réponse : seuls 6.1%, soit 51.164 auto-entrepreneurs, se sont fait plus de 7.500 euros de chiffre d’affaire au 4ème trimestre 2012. Cette statistique inclut les 26.311 auto-entrepreneurs, soit 3.1% du total, qui gagnent plus de 10.000 euros au trimestre. »
  • « Le faux chiffre : 839 672 auto-entrepreneurs. C’est le chiffre affiché par le gouvernement lorsqu’il veut présenter sa vitrine pro-business. Mais ce qui nous intéresse c’est de savoir combien d’auto-entrepreneurs vivent réellement du fruit de leur auto-entreprise. »
  • « Le vrai chiffre : 51 164 auto-entrepreneurs. C’est 94% de moins que le chiffre du gouvernement, mais c’est bien le nombre réel de ceux qui en vivent ou du moins qui arrivent à gagner le niveau du smic après taxes, ou un peu plus. En moyenne, cela fait 12.800 auto-entrepreneurs par an qui font un business viable. »

Pour résumer le contexte : parmi les auto-entrepreneurs actifs (409764), et donc en excluant tout ceux qui réalisent un chiffre d’affaire nul (429908), voici mes conclusions ci-dessous :

  • La moyenne des AE actifs ont réalisé un CA trimestriel de 3500 euros.
  • 12,49% des AE actifs ont réalisé un CA trimestriel supérieur à 7500 euros.
  • 6,4% des AE actifs ont réalisé un CA trimestriel supérieur à 10 000 euros.

Fonction de Gauss, selon l’hypothèse d’une distribution normale :

  • normal distribution, mean=3500, sd=3475, p=0.1249
  • normal distribution, mean=3500, sd=4271, p=0.064

Je constate que l’on n’a pas le même écart-type (3475 et 4271) selon les chiffres d’affaire attribués à certains pourcentages. Cela ne suit donc pas une distribution normale.

 

En utilisant un autre modèle d’analyse que les distributions de Gauss :

* Polynôme de degré 2 :  y = 0,000000009232 x² – 0,00018592 + 1      mais inadapté

* Courbe exponentielle :   y = 0,999977 × e^(-0,000276592 x)         qui est plus intéressant

 

Avec la courbe exponentielle, on peut extrapoler en déclarant que ceux qui auraient dépassé le seuil de 32900 euros en chiffre d’affaire annuel (soit 10967 euros trimestriels) sont 4,8% des auto-entrepreneurs actifs, soient 19669 auto-entrepreneurs seulement. Ainsi, les auto-entrepreneurs qui risquent de dépasser le seuil plafonné de 32900 euros annuels constituent une minorité !

 

55 % des auto-entrepreneurs ont plus de 50 ans (http://www.gautier-girard.com/actualites/55-des-auto-entrepreneurs-ont-plus-de-50-ans/), et ont majoritairement des revenus insuffisants (donc des seniors précaires), cette réalité contredit ceux qui vantent des entrepreneurs majoritairement jeunes, dynamiques, prospères…

 

Autre remarque : si l’on définit le seuil de pauvreté à 800 euros nets perçus par auto-entrepreneur (obtenus à partir d’un chiffre d’affaire trimestriel de 3183 euros auquel on déduit 24,6% de charges et cotisations par exemple), alors à partir de la fonction exponentielle, on s’aperçoit que la pauvreté concerne 41,5% environ des auto-entrepreneurs qui génèrent un chiffre d’affaire trimestriel non nul, et que cela concerne par conséquent 71,4% de l’ensemble de tous les auto-entrepreneurs (ceux qui ont zéro euro de CA + ceux qui génèrent moins de 3183 euros trimestriels).

 

Pour conclure : ceux qui prétendent que les auto-entrepreneurs constituent une menace concurrentielle envers les entreprises classiques (SARL) sont donc mal renseignés ou de mauvaise foi… Les auto-entreprises sont sensiblement moins prospères qu’on ne le croyait, ce qui fait un net contraste avec tout ce que l’on a pu entendre dire depuis 2009 quand le statut auto-entrepreneur a été créé. Il y a d’autres réalités derrière l’enthousiasme apparent des médias.

 

— © 2014 John Philip C. Manson