Des prodiges ont-il découvert un théorème qui rend les ordinateurs plus performants ?

Je cite :

« Ivan Zelich et Xuming Liang viennent tout juste de révolutionner la science.

Ivan Zelich a commencé à parler à l’âge de 2 mois. À 14 ans, ce jeune surdoué australien s’est vu proposer une place à l’université, mais il a refusé, préférant suivre une scolarité normale pour ne pas être déconnecté de la réalité des jeunes de son âge. Il n’empêche que pour tuer le temps pendant ces années trop simples pour lui, Ivan Zelich a travaillé sur des théorèmes mathématiques. En collaboration avec Xuming Liang, un autre élève surdoué rencontré sur un forum de sciences, il vient de mettre au point un théorème possiblement révolutionnaire. »

Une révolution dans les sciences ? Cette accroche est très souvent suspecte car fréquemment sensationnaliste et peu objective.

Zelich aurait commencé à parler dès l’âge de 2 mois ? A un an environ oui d’accord, mais à 2 mois c’est physiologiquement et neurologiquement impossible… Pendant qu’on y est, le foetus récitait des poèmes de Virgile quand il était encore dans le ventre de sa mère ? Concrètement, s’il était possible de parler à 2 mois, avec environ 10 mois d’avance, cette précocité correspondrait à un QI de 600, ce qui est rigoureusement impossible parce que le QI humain ne dépasse jamais 195 environ. Il n’y a donc aucune crédibilité…

 

Je cite :

« Mieux comprendre la structure de l’univers

En toute simplicité, Zelich et Liang viennent d’ouvrir de nouveaux horizons pour tous les scientifiques de la planète. Parmi les nombreuses conséquences que pourrait avoir le travail de ces spécialistes en théorie des cordes, en algèbre et en géométrie, l’une des plus importantes concerne les voyages intergalactiques:

«La théorie des cordes prédit l’existence de raccourcis, ou trous de vers, entre deux régions distinctes de l’espace-temps. Le théorème pourra permettre de mieux comprendre la structure de l’univers.» »

En examinant minutieusement cette affaire, j’ai constaté que le travail de Zelich et Liang n’a absolument aucun rapport avec la théorie des cordes ni avec la théorie de la relativité.

Concrètement Zelich et Liang ont seulement présenté un théorème de géométrie euclidienne et de géométrie projective dont le niveau est inférieur à celui d’un doctorat. Il s’agit d’un théorème qui n’apporte rien de neuf à la science en terme de découverte. Rien de révolutionnaire. Un vacarme médiatique pour un sujet qui reste marginal, un sujet très mal expliqué par les journalistes qui improvisent à leur propre sauce, par une forte exagération journalistique, sans se rendre compte des conneries qu’ils racontent, et c’est d’autant plus incomprhéensible que l’auteur de l’article critiqué serait un prof de maths…

La moindre des choses dans le journalisme, en critère déontologique, est d’informer le public, notamment en désignant le journal dans lequel Zelich et Liang on publié mais ce journal n’est jamais cité par personne (Google Scholar : « International journal of geometry »). Voir ici :  http://ijgeometry.com/wp-content/uploads/2015/10/1.pdf

A noter que l’espace-temps de la théorie de la relativité, basé sur une géométrie à 4 dimensions, non euclidienne, est quelque chose de différent (et plus compliqué) de la géométrie euclidienne. Même remarque concernant la théorie des cordes, liée à la physique quantique qui, elle aussi, est compliquée.

Et aussi, il n’y a aucun élément permettant de faire un lien entre le théorème de géométrie de Zelich/Liang et la performance des ordinateurs. C’est du foutage de gueule !

Le journalisme doit servir à informer, pas à embrumer l’esprit !

John Philip C. Manson

 

 

 

 

Un étudiant nigérian a t-il résolu une équation insoluble depuis 30 ans ?

Cela aurait pu être intéressant comme article, s’il y avait eu le détail le plus essentiel : le nom de l’équation, et l’équation elle-même. On ne sait même pas de quoi il s’agit, ni ce que cela implique. C’est vide ! Encore un buzz, un écran de fumée, du bruit pour rien… Décevant ! C’est comme pour l’affaire Shouryya Ray : un vacarme médiatique, l’entretien du mystère autour d’une équation soi-disant résolue, et aucune explication concrète…

La base du journalisme, c’est l’information basée sur des faits réels. Pas faire du buzz en remplissant les pages avec un vide lacunaire, en posant des titres accrocheurs et racoleurs comme appât pour attirer les lecteurs potentiels… Le buzz ce n’est pas du journalisme. Le vrai journalisme consiste à vendre de l’information, pas à vendre du vide en prenant les lecteurs pour des imbéciles.

Aucune explication là non plus : http://www.meltycampus.fr/insolite-un-etudiant-resout-une-equation-insoluble-depuis-30-ans-a420267.html

Ici non plus : http://www.digischool.fr/a-la-une/etudiant-reussit-ressoudre-equation-insoluble-depuis-30-ans-29087.php

Articles similaires, qui se répètent entre eux…

Concernant le jeune étudiant, sa médiatisation date d’il y a 3 mois ou plus, ce n’est pas récent, d’après ma recherche approfondie sur Google. Mais je n’ai rien trouvé à propos de cette mystérieuse équation…

En continuant à creuser, on s’aperçoit que le Twitter anglophone a contribué à diffuser cette affaire, en juin dernier :

student

Je laisse tomber les médias français, et je vais vérifier si les médias anglophones en racontent davantage sur l’équation…

D’après le journal « The Independent », http://www.independent.co.uk/news/world/africa/nigerian-student-ufot-ekong-solves-30yearold-maths-equation-and-breaks-academic-record-at-japanese-university-10303064.html   on constate que c’est un étudiant très brillant. Mais on n’en sait pas plus sur l’équation, ni dans quel contexte (recherche scientifique personnelle ? simple exercice dans un examen réussi ?)…

Ainsi, quelle référence scientifique existe -il sur cette équation ?

Il existe un grand flou autour de cet étudiant.

J’ai cependant remarqué un détail, mais pas celui que je recherchais : l’étudiant ne s’appelle pas Efot Ekong, mais Ufot Ekong. Il apparaît clairement que le Figaro et d’autres médias ait déformé le nom et l’ont relayé tel quel en conservant l’erreur. Une erreur, déjà, ça commence mal niveau crédibilité… Voir ici, avec l’orthographe Ufot Ekong :  http://www.thisdaylive.com/articles/nigerian-student-solves-30-year-old-mathematical-puzzle-in-japan/211789/

Concernant le nom erroné, et celui qui est correct, on relève 790 pages francophones dans Google avec la faute d’orthographe, mais 34 100 pages (en français et en anglais) contiennent le nom correct. Comme si les médias ayant la mauvaise graphie l’ont fait intentionnellement afin qu’on ne remonte pas jusqu’aux sources…

Ce n’est pas parce que je ne retrouve pas cette équation que cela signifie qu’elle n’existe pas. Mais je commence sérieusement à douter de son existence…

Et si l’équation était l’invention imaginaire du journaliste ayant été le premier à médiatiser cette affaire pour lancer le buzz ? Les titres qui parlent de jeunes génies qui résolvent des équations, ça attire les lecteurs.

En l’état, on a affaire à un étudiant brillant qui maîtrise plusieurs langues, et est diplômé en génie électrique (donc ingénieur), et lauréat de nombreux prix, et qui développe des brevets pour la conception de voitures électriques. C’est tout ce que nous avons. Sur l’équation : rien, absolument rien, il se peut que cela soit pure invention. Ce mystère reste un problème ouvert.

Certains font remarquer à raison que s’il n’y a absolument rien à propos de l’équation, la vie de l’étudiant est toutefois bizarrement très détaillée : http://perinet.blogspirit.com/archive/2015/06/15/ufot-ekong.html

 

  • Je m’adresse au docteur Goulu : je suppose que toi non plus tu n’as pas retrouvé cette équation ? Qu’en penses-tu ?

 

Info subsidiaire :

  • http://www.parismatch.com/Actu/International/Un-etudiant-nigerian-resout-une-enigme-vielle-de-30-ans-Ufot-Ekong-783054
  • Seul le journal Paris Match affirme que l’équation, impliquant des maths, portait sur le domaine électronique. Mais en cliquant sur le lien en rouge dans ce même article, au sujet d’une équation insoluble, ça dirige vers un problème compliqué de maths dans une classe du Viet Nam :  http://www.parismatch.com/Actu/Insolite/Un-probleme-de-maths-bouscule-le-web-745884 et cela n’a absolument rien à voir avec ce qu’on recherche… Si l’équation existe, je pense que cela aurait un rapport avec les équations différentielles. Mais ces équations-là, les ingénieurs en créent tous les jours, c’est une pratique courante pour eux. Bref, on ne sait toujours rien sur cette équation insoluble depuis 30 ans (soi-disant)…
  • Qu’est-ce qui est insoluble en maths ? Des problèmes ouverts (au nombre de 7) connus sous le nom de « problèmes du millénaire ». Le problème qui concerne les ingénieurs sont les équations de Navier-Stockes en mécanique des fluides. En électronique, je ne sais pas, aucun des 7 problèmes du millénaire n’y correspond. Je pense que l’équation soi-disant insoluble est une invention journalistique…

Réédition du mardi 8 septembre 2015 :

Le docteur Goulu m’a donné réponse via scoop.it :

« J’ai trouvé deux discussions où la nature de la fameuse équation est investiguée:

Certains ont l’air surpris qu’un étudiant nigérian soit bon en maths… »

 

Evidemment, l’aptitude aux mathématiques dépend seulement de l’effort personnel, d’un travail sur le long terme, de l’habitude. Cette aptitude est indépendante de l’origine socio-économique ou ethnique des individus. Il n’y a pas de raison de s’étonner de cela.

 

Je viens de faire la traduction des pages indiquées par le docteur Goulu :

 

« La headline est inexacte.

1) Il a résolu une équation mathématique irrésolu depuis 30 ans lors de son premier semestre.

Signification, l’équation a été résolu précédemment, mais c’était un problème difficile qu’il a résolu lors de son premier semestre.

2) Il a été «le premier nigérian pour atteindre cet exploit depuis 1965, ce qui signifie, en bref, que si il était pas nigérian, il aurait pas été remarquable. Il est juste que il est le premier nigérian à avoir obtenu un diplôme en haut de la classe à l’Université de Tokai depuis 1965.

Félicitations pour ce jeune homme, mais s’il vous plaît essayez d’être honnête avec la façon dont il est présenté. »

 

Comme pour le cas de Shouryya Ray, les médias ont abusivement présenté une résolution d’une soi-disante équation insoluble depuis des décennies. Depuis 30 ans pour Utof Ekong, et depuis Newton pour Shourrya Ray. Mais dans les deux cas, il s’agit d’une résolution classique et scolaire d’un problème mathématique difficile mais qui est cependant bien connu des spécialistes. Dans les deux cas, il ne s’agissait pas d’un problème inédit et ouvert.

Le scoop bien du fait que le jeune étudiant soit originaire d’un pays peu souvent représenté dans le domaine de la science. S’il avait été américain ou d’un autre pays assez récurrent, l’affaire n’aurait peut-être pas été médiatisée, mais il est clair que le contexte a encore été mal interprété par les journalistes qui ont confondu le fait que l’étudiant soit le premier de son pays à réussir au Japon et la difficulté d’une équation qui a été présentée erronément comme une énigme scientifique irrésolue depuis longtemps…

Tout ce que l’université japonaise (Tokaï, dans laquelle est l’étudiant) nous révèle, c’est une cérémonie pour féliciter les nouveaux étudiants méritants.

De plus, on apprend ici : http://www.quora.com/What-problem-did-Utof-Ekong-solve  que le prénom du nigérian est Utof, et non Ufot. Encore une erreur des journalistes. Le journal Figaro, lui, avait graphié Efot au lieu de Ufot, mais en fait c’est encore erroné puisque le nom est Utof… Moi je suis perdu, je ne sais pas quel est le bon nom parmi cette confusion…

Bref, dans le lien vers quora.com, les internautes spéculent sur ce que peut être la nature de l’équation… Moi, j’avais pensé que cela serait une équation différentielle. Un autre a pensé que ce serait une intégrale de Gauss. Mais un autre affirme que ce serait lié à la conjecture de Tijdeman-Zagier (ou conjecture de Beal). Tandis qu’un autre dit que c’est : Determination  of Instantaneous Frequencies of Low Plasma Waves in the Magnetosheath  Using Empirical Mode Decomposition (EMD) and Hilbert Transform (HT), en français : détermination des fréquences instantanées des ondes lentes d’un plasma dans la magnétogaine en utilisant le mode empirique de décomposition et la transformation de Hilbert. Et ça, bien que c’est compliqué, mais il s’agit d’une méthode empirique, pas d’une démonstration mathématique.

 

John Philip C. Manson

 

 

De l’eau sèche en poudre ?

L’article décrit de l’eau liquide absorbé par de la silice en poudre pour former soi-disant de «l’eau sèche» contenant 95% d’eau…

Pourquoi j’ai du mal à y croire ?

Voici mon argument. L’eau liquide est incompressible. La masse volumique de la silice est de 2,65 g/cm³. On aura donc 95 g d’eau emmagasinée dans 5 g de silice, et donc 95 cm³ d’eau stockée dans un volume silicieux de 1,89 cm³. Or on ne peut pas mettre 95 cm³ d’eau liquide dans un volume silicieux de 1,89 cm³ puisque l’eau liquide est incompressible… Si les ingénieurs connaissent un truc qui m’aura échappé, j’aimerais le connaître…

Il est a priori possible de solubiliser du méthane dans de «l’eau sèche», comme le raconte l’article de Nature : http://www.nature.com/news/2008/080903/full/news.2008.1077.html

Cependant, la proportion de 95% d’eau dans «l’eau sèche» me paraît très incohérente. Mon argument ne vaut que si l’eau est absorbée par la silice (en supposant que la silice est très poreuse). Toutefois, le paradoxe volumique disparaît si l’eau ne s’incorpore pas à la silice, en se limitant aux phénomènes de tension superficielle. Ainsi, le volume d’eau ne devra pas être forcément égal au volume de silice poreuse, l’eau devant a priori remplir les pores de silice. En fait, les volumes s’additionnent, l’eau enroberait la silice sans la pénétrer. J’en déduis que l’eau sèche, si elle existe, a une masse volumique de 1,032 g/cm³.

Concernant la solubilité des gaz dans l’eau sèche, je ne peux guère me prononcer.

Même si l’histoire de l’eau sèche semble accréditée par la revue Nature, il vaut mieux rester critique. Si je me montre sceptique, c’est parce que j’ai entendu parler il y a quelques années de l’histoire fumeuse de l’eau lyophilisée qui s’est révélée être un canular scientifique

Un canular ? Oui, comme le montre certains sites web :

L’anecdote actuelle de l’eau sèche est cependant vérifiable scientifiquement. L’eau sèche, si elle existe, peut être produite assez facilement en dispersant des nanoparticules de silice hydrophobe dans de l’eau à l’aide d’une tige d’agitation à 19 000 tours par minute pendant 90 secondes, ce qui enrobe complètement les gouttelettes. En gros, c’est une émulsion entre l’eau, l’air et la silice. Voila un protocole expérimental précis. Mais je ne peux rien conclure tant que je n’ai rien encore expérimenté.

Toute cette histoire amène à se poser une question scientifique intéressante dans le domaine de la chimie : quel est le lien entre la solubilité d’un gaz dissout dans l’eau et la tension superficielle de l’eau en émulsion avec de la silice ?

Je reste prudent en ce qui concerne l’eau sèche. Nul n’est à l’abri d’un canular scientifique bien ficelé. L’affaire Sokal est un bon exemple qui montre que cela peut arriver, et plus facilement qu’on croit…

On n’adhère pas à une découverte sur son apparente crédibilité, on l’accepte seulement si on en a évalué la solidité à travers des expériences reproduites indépendamment. Je ne crois qu’en ce que j’observe et ce que je mesure.

La tension superficielle de l’eau reste t-elle cohérente par rapport à la quantité d’eau par rapport à la silice (95 sur 5) ? C’est une piste à vérifier.

Un bon canular peut être utile, si on y réfléchit. Cela permet de tester l’esprit critique des ingénieurs et des chimistes. Une façon de voir jusqu’où va la crédulité. Parce que des scientifiques crédules, ça existe, et parfois ça va loin…

En recherchant le terme anglais « dry water » dans les publications scientifiques, je trouve 89 références dans le site nature.com, mais aucune référence trouvée dans les sites de New Scientist et Science Magazine… Cependant, à travers une recherche sur scholar.google.com, je trouve maintes références via nature.com et pubs.acs.org (American Chemical Society), ainsi que sciencedirect.com. Ainsi il est possible que l’eau sèche soit distincte de l’eau lyophilisée. La confusion est compréhensible.

Des sources officielles semblent attester que l’eau sèche serait une réalité. Cependant, soyons prudent en ce qui concerne les médias intermédiaires. Mieux vaut consulter les sources d’origine. Mais le meilleur conseiller pour tous, en matière de science, c’est l’expérimentation scientifique. Pas la littérature. En effet, la méthode scientifique ne consiste pas à consulter des livres, des pages web, des magazines ou des encyclopédies, mais à mesurer et observer par des expériences.

Complément du 18 mars 2014 :

Je présente un nouvel argument en faveur du scepticisme. Je vais évoquer la compacité cristalline du mélange silice/eau.

Les nanoparticules de silice peuvent être représentées comme des structures sphériques entre lesquelles l’eau fait interstition (apparemment je ferais un néologisme là : interstition signifiant «remplir les espaces vides entre les parties d’un tout»).

Les microbilles de silice se touchent entre elles, avec en leur sein de l’eau interstitielle. En partant du principe où l’on aura un système cubique à faces centrées, dans lequel la compacité volumique de la silice est maximale, alors on aura 0,74 volume de silice par volume de maille de système cubique à faces centrées. Mon calcul montre que la proportion massique d’eau par rapport au mélange silice/eau sera de 11,7%. Mais pas 95%. Mais  si «l’eau sèche» existe, alors il ne s’agit pas d’un mélange compact, et donc les nanoparticules de silice ne se touchent pas, elles sont mobiles dans l’émulsion aqueuse. Dans ce cas, ce n’est pas sec, c’est plutôt comme un fluide. À moins que la tension superficielle de l’eau maintient l’eau à la surface de chaque particule de silice. Cela reste à vérifier.

Dans le cas d’un système cubique centré, qui est deux fois moins compact (en volume) en nanoparticules de silice qu’un système cubique à faces centrées, la proportion massique d’eau atteint 39,13%. De toute façon, une émulsion n’est pas une structure matérielle compacte.

On a donc une micro-émulsion d’eau et de silice, et je pense que cela serve à former un composé tensioactif, un composé qui modifie la tension superficielle entre deux surfaces.

S’il existe un lien entre la tension superficielle et la solubilité des gaz, on peut faire des expériences, comme par exemple l’ajout de particules de silice dans un soda, en comparant avec un soda sans silice, histoire de voir lequel des deux sodas devient éventé le premier au cours du temps.

 

© 2014 John Philip C. Manson

La dangerosité des ondes wifi prouvée par des lycéennes ?

 

Soyons prudents. L’intérêt d’une expérience n’est pas ce qu’elle prétend prouver, l’intérêt de la méthodologie est d’évaluer où il peut y avoir des erreurs dans le protocole suivi. Et il y en a. Des expériences sont habituellement validées via un comité de lecture par publication des travaux sur arxiv.org ou nature.com. Ce n’est pas le cas là. Même si la découverte pourrait être authentique, elle ne peut être jugée satisfaisante par la voie de la presse dans laquelle il existe un risque récurrent de canular ou d’imposture scientifique. Le meilleur moyen de vérifier la validité des travaux est de reproduire plusieurs fois l’expérience, en prenant en compte d’autres paramètres qui peuvent biaiser les résultats : l’éclairage, l’humidité, la chaleur du routeur wifi, la température des locaux utilisés (la température doit rester la même entre la chambre du cresson exposé au wifi et la chambre du cresson témoin isolé du wifi). Il faut aussi choisir une quantité constante de cresson dans chaque échantillon.

Pour mettre le wifi en accusation, il faut être certain qu’il n’y ait pas d’autres paramètres physiques qui soient la cause eux-mêmes d’un phénomène d’altération de la germination (chaleur, humidité, etc…).
Mais à part ça, le problème est autre : on ne dispose pas ici de données quantitatives comparatives, on n’a pas non plus d’étude avec répartition aléatoire (donc absence d’outil statistique), et les résultats non probants sont absents. Bref, la méthode scientifique ici est bâclée et foirée.

 

Mais cette mascarade implique d’autres questions. Pourquoi des lycéennes dont les aptitudes ne sont pas équivalentes à celles de chercheuses post-doctorat auraient-elles réussi là où des expériences sérieuses menées par des spécialistes ont échoué ? Les lycéennes n’auraient-elles pas été instrumentalisées pour diaboliser la technologie au moyen d’une science fictive ?

 

 

À lire :

Danish School Experiment with WiFi Routers and Garden Cress, Good Example of Bad Science.
http://www.pepijnvanerp.nl/2013/05/danish-school-experiment-with-wifi-routers-and-garden-cress-good-example-of-bad-science/

Traduction du titre :

« L’expérience de l’école danoise avec les routeurs wifi et du cresson, un bon exemple de mauvaise science. »

Page traduite en français : http://translate.google.com/translate?sl=en&tl=fr&js=n&prev=_t&hl=fr&ie=UTF-8&eotf=1&u=http%3A%2F%2Fwww.pepijnvanerp.nl%2F2013%2F05%2Fdanish-school-experiment-with-wifi-routers-and-garden-cress-good-example-of-bad-science%2F

 

On s’aperçoit que l’expérience, mauvaise, a été biaisée par la non prise en compte de la circulation de l’air et de la chaleur…

Mais le public, susceptible d’être crédule, peut croire à tort que l’expérience est une découverte authentique. Sans esprit critique, la pseudo-science a de l’avenir…

© 2013 John Philip C. Manson

Un message extraterrestre dans l’ADN humain ?

Pour résumer, l’article en lien raconte que des astrophysiciens pensent qu’un message d’une civilisation extraterrestre est caché dans l’ADN humain…

Quelles conneries, franchement… Vraiment là on touche le fond avec les médias… C’est comme l’histoire de la maison hantée en Lozère.

En cherchant des renseignements sur le « Astrophysical Fesenkov Institut », je ne trouve aucune trace sous ce nom-là, mais des références existent avec l’appellation « Fesenkov Astrophysical Institute ». Cependant aucun site scientifique authentique ne fait mention de la «découverte», je n’ai rien trouvé auprès du CNRS, ni des magazines « Pour la Science » et « La Recherche ».

Des forums et des blogs sur le paranormal, l’ufologie et la spiritualité New Age sont tout sauf des références scientifiques, personne ne semble trouver utile de faire le tri entre réalité et canular…

La «découverte» ressemble en quelque sorte à la recherche de messages codés dans la Bible (thème popularisé par un livre de Michael Drosnin). C’est le genre de thèse qui s’efforce de trouver des justifications de l’Intelligent Design (créationnisme), voire du néo-évhémérisme. Les mathématiciens ludiques peuvent s’amuser aussi par exemple à chercher des poèmes de Victor Hugo sous forme de texte codé dans les décimales du nombre π. Cela fait le buzz, mais ce n’est plus de la science…

Un poisson d’avril retardataire, ça ne prend plus… La vulgarisation scientifique est déjà assez galvaudée dans le web. Que fait-on du devoir de la recherche critique de la vérité ?

Nulle trace d’un lien sur la «découverte» avec comme sources fiables le CNRS, la NASA, le magazine Nature. Pour le moment, tout laisse penser que c’est une rumeur sans fondement.

En faisant une recherche sur Google avec les mot-clés suivants : « ADN humain » message extraterrestre shcherbak makukov, on ne trouve que 13 résultats qui montrent que les scientifiques ne sont pas à l’origine de l’info.
Une autre recherche sur Google avec les mots-clés : « Fesenkov Astrophysical Institute » DNA human alien|extraterrestrial donne un certain nombre de résultats, mais l’institut d’astrophysique ne parle pas lui-même de la «découverte». Pourquoi ?
Qui donc a lancé le buzz ? L’info ressemble étrangement au scénario du film « Prometheus », un film de science-fiction réalisé par Ridley Scott et sorti en 2012. De là à prendre la science-fiction pour la réalité…

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J’ajoute un complément :

Devant le doute que soulève la polémique, il vaut mieux lire directement la source d’origine : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0019103513000791

L’hypothèse peut être testée : ou bien l’ADN est codé aléatoirement, ou bien il obéit à un ordre structurel. La synthèse des protéines n’est pas due au hasard, parce que la sélection naturelle au fil de l’évolution des espèces a construit un ordre dans l’ADN. À la base, les mutations génétiques se font toujours au hasard : ensuite quand les organismes ne survivent pas et n’ont pas de descendance, ils sont éliminés. La sélection génétique est naturelle, ce qui n’est pas viable est éliminé et ce qui peut survivre a une descendance, l’ordre génétique se construit ainsi, parce que les organismes survivants sont fonctionnels. La sélection naturelle peut à elle seule expliquer cet ordre dans l’ADN.

 

Mais si l’ordre était dû à autre chose, comment pourrions-nous vérifier si cet ordre est d’origine extraterrestre ? Un message caché est une hypothèse parmi de nombreuses autres quand on observe un code ordonné dans une structure naturelle. On peut conforter ou réfuter l’hypothèse d’un ADN totalement aléatoire ou ordonné, mais en dehors de la sélection naturelle, il est impossible de savoir quelle est la cause d’un code génétique ordonné, car c’est invérifiable. À moins que les extraterrestres nous laissent gentiment leur adresse postale dans leur message codé, seul moyen d’aller vérifier sur place…

 
Bref, l’analyse de l’ADN pour découvrir si celui-ci obéit à une structure ordonnée ou aléatoire, c’est possible. Un ordre peut être vraisemblablement causé par la sélection naturelle, c’est l’hypothèse la plus sérieuse. On peut mettre au point des simulations informatiques qui imitent la sélection naturelle selon une règle simple et avec des mutations des lettres A,T, C, G au hasard, afin de comparer cette simulation avec la fréquence statistique des bases de l’ADN. Mais a priori, rien ne justifie directement l’hypothèse des extraterrestres, ni même celle d’un démiurge, c’est invérifiable. À croire que ce genre d’hypothèses est motivé par des croyances.
En appliquant le rasoir d’Occam, on ne multiplie pas les hypothèses superflues, l’hypothèse la plus simple (la sélection naturelle) est la plus vraisemblable… Pour envisager d’autres hypothèses que la sélection naturelle, il faut d’abord commencer par réfuter la sélection naturelle…

 
Puis attention, quand le journalisme s’inspire d’articles scientifiques, c’est souvent réinterprété puis exagéré. En effet, l’autre jour par exemple, j’ai vu un article sur Yahoo selon lequel il pleut de l’eau sur Saturne depuis ses anneaux, à travers des mots comme « gigantesques fontaines », et « arrosage », mais si on y réfléchit, pour que l’eau soit liquide comme la pluie, il faut une pression atmosphérique comme sur Terre, alors qu’entre les anneaux et Saturne, c’est le vide spatial, dans lequel l’eau se présente sous forme de glace ou de gaz…

 

© 2013 John Philip C. Manson

Un phénomène paranormal en Lozère ?

24/03/2013

Un phénomène paranormal de poltergeist en Lozère ?

J’aimerais avoir connaissance des conclusions du Dr Goulu sur cette affaire qui m’a tout l’air d’un canular. Merci à lui s’il accepte de se pencher sur cette affaire bizarre.

Mais d’abord, je présente ma propre analyse :

J’ai entendu un résumé de l’affaire hier sur la chaîne française de télévision M6.

Il semble que les experts consultés soient des radiesthésistes ou des géobiologistes. (voir Radiesthésie et Géobiologie_(radiesthésie) sur Wikipedia). Mais pas des scientifiques a priori.

Pour un sismologue, une faille sismique est un phénomène géophysique bien réel, mais quand on parle de faille tellurique dans le contexte de la radiesthésie et de la magie, ça concerne plutôt les ondes de forme, c’est-à-dire des ondes dont l’existence reste encore à prouver…

«Esprits frappeurs et autres revenants» : cela s’appelle poltergeist, mais à classer parmi le paranormal, les pseudo-sciences et les délires irrationnels.

L’histoire des géoglyphes «extraterrestres» dans les champs de blé en Angleterre, il y a quelques années, ça a servi de coup de pub marketing pour relancer le tourisme et le commerce dans des régions peu attractives.

La question à se poser en cas de buzz : à qui cela profite t-il ?

Faire appel à la science ? Là encore, il y a méprise. Les ohms désignent la résistance électrique, or pour mesurer des champs électriques, l’unité de mesure est en fait le volt par mètre. Ce n’est pas pareil ! À mon avis, ils n’ont fait appel à aucun physicien authentique…

600 ohms, c’est ce qu’on a avec un secteur à tension de 220 V et d’intensité 0,36 A. Or, plus la résistance est élevée, plus l’ampérage est faible (pour une tension constante). Mais à ampérage constant, il y a surtension. Par exemple, mon PC fonctionne à 3,15 A et 220 V, la résistance vaut 69,8 ohms (si courant continu), donc si la résistance est décuplée, et avec ampérage constant, on décuple aussi la tension. Puis aussi, en cas de courant électrique alternatif sinusoïdal, on ne dit pas résistance, on dit impédance.

Y avait-il un orage et la foudre dans la ville au moment des faits, simultanément avec un séisme de magnitude de 4 à 5 sur l’échelle de Richter ?

Les fusibles ont-ils sauté ? Les fils électriques ont-ils eu leur gaine brûlée ?

On a donc affaire à des témoignages, mais des éléments matériels demeurent assez évasifs, et des explications assez lacunaires incitent au doute.

Un champ électrique peut déplacer des masses chargées électriquement, comme des électrons ou des ions (c’est-à-dire des particules élémentaires), ou des objets légers ayant reçu une charge électrostatique importante.

Pour soulever un meuble de 50 kg à une hauteur de 1 mètre, par exemple, il faut 490,5 joules d’énergie. Mais il faudrait pouvoir transformer l’énergie électrostatique en énergie mécanique sous l’influence d’un champ électrique… Et il faudrait que le meuble soit chargé électriquement (comme quand on frotte une règle en verre ou en plastique, mais avec une charge proportionnellement bien plus élevée).

Mais les meubles et les objets déplacés doivent donc être très chargés électriquement, au point d’électriser ou électrocuter les gens. D’ailleurs, les gens aussi devraient avoir été chargés électriquement en même temps que les meubles. Si on ne déplore aucune victime, alors aucune charge électrostatique n’a intervenu dans l’affaire.

Comment charger électrostatiquement des meubles en bois, sachant que le bois est un matériau isolant ?… Et le problème majeur n’est pas l’action du champ électrique hypothétique sur des masses chargées électriquement, mais sur la question du comment des objets massifs aient pu se charger électrostatiquement avant leur mouvement.

La permittivité, plus précisément permittivité diélectrique, est une propriété physique qui décrit la réponse d‘un milieu donné à un champ électrique appliqué. Un examen prouve que le bois, le papier, l’air et le vide sont les milieux auxquels la permittivité (constante diélectrique) est la plus faible universellement. Un champ électrique aura un effet beaucoup plus significatif et crédible sur des matériaux comme la porcelaine, le sel de cuisine, le sélénium, le PVC (chlorure de polyvinyle), l’ardoise, mais surtout le dioxyde de titane et le titanate de baryum.

Autre chose : le principe de conservation de l’énergie. En effet, si l’on suppose que la résistance soit décuplée sans variation de la tension et de l’ampérage, la puissance électrique délivrée P = U×I = R×I² aura décuplé, ce qui signifiera une augmentation de l’énergie électrique de 900%. Ce qui oblige à se poser cette question : d’où provient l’énergie en excès si cela ne provient pas d’un séisme ni d’un emballement technique du réseau électrique ? L’énergie ne peut pas être créée ni détruite. En regard des lois de la physique, il y aurait dû y avoir un incendie, y en a t-il eu un ?

Histoire très peu crédible. Tout laisse suggérer un canular. Des plaisantins auront intentionnellement déplacé les meubles et autres bricoles (peut-être même à l’insu des propriétaires).
Ce qui est grave, c’est que certains confondent physique et radiesthésie… Ça c’est alarmant. La radiesthésie n’est pas une science.

Un expert qui mesure des ohms pour évaluer un champ électrique qui se mesure habituellement en V/m, n’est pas expert, ni électricien ou physicien…

En revanche, il pourrait y avoir des origines sismiques naturelles (mais absence d’origine électrique) car la ville est située aux alentours du Massif Central, mais cette région montagneuse est une chaîne de volcans éteints depuis longtemps…

Croire aux fantômes est une facilité qui dispense d’apprendre, de connaître et de comprendre les sciences. C’est atterrant.

Le sensationnalisme n’est pas faire de l’information. C’est journalistiquement antidéontologique.

Monter un canular et tromper les journalistes, c’est facile. Un canular est d’autant plus facile et durable tant que des scientifiques n’auront pas été consultés. Quand les scientifiques auront débunké (démystifié) le canular, les médias présenteront-ils leurs excuses pour le manque de recul critique ? Informer n’est pas seulement relayer l’information, mais surtout évaluer objectivement celle-ci.

Si des «experts» prétendent avoir trouvé des explications scientifiques pour légitimer le paranormal et le présenter comme une réalité, alors je les incite à présenter leurs conclusions à James Randi (http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Randi).    🙂

Deux messages postés sur le site :

lozere

Informer, selon moi, c’est diffuser des connaissances objectives.

Informer, ce n’est pas vendre des salades, et ça ne sert à rien puisque c’est déjà fait par les astrologues et les gourous…

L’un des commentaires fait par un internaute sur le site 20minutes.fr est intéressant :

mazal

Un autre commentaire (entre guillemets) est, lui aussi, intéressant :

«Une résistance de terre élevée (c’est-à-dire 600 ohms au lieu de 50 ou 60) est une aberration en terme de sécurité car vous risquez l’électrisation ou l’électrocution au cas ou un appareil électrique est défectueux.»

J’ai réalisé une expérience : avec un ohm-mètre, j’ai mesuré la résistance électrique moyenne entre mes deux mains. Comme j’ai les mains sèches, j’ai mesuré une résistance de 5 mégaohms (5 millions de ohms). C’est bien plus élevé que les 600 ohms de la maison «hantée»… Cela veut-il dire que je suis un puissant médium, les puissances du Mal, l’Oeil maudit de Sauron, Belphégor ou Voldemort ? Non, pas du tout. Une résistance de 5 mégaohms signifie seulement que mon corps est un très mauvais conducteur de l’électricité. Comme la tension électrique moyenne entre mes mains est de 0,08 V, on en déduit d’après la résistance que l’intensité électrique moyenne entre mes mains est de 0,016 microampère (ce qui est très faible).

  • À mon avis, les plaisantins n’ont pas voulu attendre le 1er avril prochain (dans une semaine), peut-être pour rendre les internautes moins méfiants, pour lancer ce canular. Tsss…

  • Le matin du 30 mars 2013, je constate la disparition de l’article de Yahoo News sur la maison hantée en Lozère…

© 2013 John Philip C. Manson

Un OVNI aperçu près de la planète Mercure ?

Critique de l’article : http://fr.news.yahoo.com/un-ovni-aper%C3%A7u-pr%C3%A8s-de-mercure.html
Le sensationnalisme n’a pas sa place dans les sciences.
L’hypothèse la plus probable, c’est un grain de poussière qui glisse sur le miroir du télescope. Mais si le point que l’on voit était vraiment dans l’espace près de Mercure, ce serait un objet bien trop gros pour être crédible, et ses mouvements saccadés correspondent à des accélérations incompatibles avec la survie des pilotes si l’objet était un vaisseau spatial extraterrestre. Des mouvements saccadés vus de loin, ça correspond à des accélérations brutales et à des freinages brutaux, ce qui est extrêmement consommateur en énergie… C’est un grain de poussière, volontaire ou accidentel, sur le télescope lui-même, je maintiens cette hypothèse. En science, on ne multiplie pas les hypothèses superflues, on garde l’hypothèse la plus probable et la plus simple (principe du rasoir d’Occam).
Franchement, Yahoo est tombé bien bas, avec des canulars grossiers comme l’OVNI de Mercure, la momie extraterrestre au crâne soi-disant non humain, et les astéroïdes annoncés comme devant tous s’écraser systématiquement sur Terre… Où est passée la déontologie du journalisme ?

 

 

© 2011 John Philip C. Manson