Des prodiges ont-il découvert un théorème qui rend les ordinateurs plus performants ?

Je cite :

« Ivan Zelich et Xuming Liang viennent tout juste de révolutionner la science.

Ivan Zelich a commencé à parler à l’âge de 2 mois. À 14 ans, ce jeune surdoué australien s’est vu proposer une place à l’université, mais il a refusé, préférant suivre une scolarité normale pour ne pas être déconnecté de la réalité des jeunes de son âge. Il n’empêche que pour tuer le temps pendant ces années trop simples pour lui, Ivan Zelich a travaillé sur des théorèmes mathématiques. En collaboration avec Xuming Liang, un autre élève surdoué rencontré sur un forum de sciences, il vient de mettre au point un théorème possiblement révolutionnaire. »

Une révolution dans les sciences ? Cette accroche est très souvent suspecte car fréquemment sensationnaliste et peu objective.

Zelich aurait commencé à parler dès l’âge de 2 mois ? A un an environ oui d’accord, mais à 2 mois c’est physiologiquement et neurologiquement impossible… Pendant qu’on y est, le foetus récitait des poèmes de Virgile quand il était encore dans le ventre de sa mère ? Concrètement, s’il était possible de parler à 2 mois, avec environ 10 mois d’avance, cette précocité correspondrait à un QI de 600, ce qui est rigoureusement impossible parce que le QI humain ne dépasse jamais 195 environ. Il n’y a donc aucune crédibilité…

 

Je cite :

« Mieux comprendre la structure de l’univers

En toute simplicité, Zelich et Liang viennent d’ouvrir de nouveaux horizons pour tous les scientifiques de la planète. Parmi les nombreuses conséquences que pourrait avoir le travail de ces spécialistes en théorie des cordes, en algèbre et en géométrie, l’une des plus importantes concerne les voyages intergalactiques:

«La théorie des cordes prédit l’existence de raccourcis, ou trous de vers, entre deux régions distinctes de l’espace-temps. Le théorème pourra permettre de mieux comprendre la structure de l’univers.» »

En examinant minutieusement cette affaire, j’ai constaté que le travail de Zelich et Liang n’a absolument aucun rapport avec la théorie des cordes ni avec la théorie de la relativité.

Concrètement Zelich et Liang ont seulement présenté un théorème de géométrie euclidienne et de géométrie projective dont le niveau est inférieur à celui d’un doctorat. Il s’agit d’un théorème qui n’apporte rien de neuf à la science en terme de découverte. Rien de révolutionnaire. Un vacarme médiatique pour un sujet qui reste marginal, un sujet très mal expliqué par les journalistes qui improvisent à leur propre sauce, par une forte exagération journalistique, sans se rendre compte des conneries qu’ils racontent, et c’est d’autant plus incomprhéensible que l’auteur de l’article critiqué serait un prof de maths…

La moindre des choses dans le journalisme, en critère déontologique, est d’informer le public, notamment en désignant le journal dans lequel Zelich et Liang on publié mais ce journal n’est jamais cité par personne (Google Scholar : « International journal of geometry »). Voir ici :  http://ijgeometry.com/wp-content/uploads/2015/10/1.pdf

A noter que l’espace-temps de la théorie de la relativité, basé sur une géométrie à 4 dimensions, non euclidienne, est quelque chose de différent (et plus compliqué) de la géométrie euclidienne. Même remarque concernant la théorie des cordes, liée à la physique quantique qui, elle aussi, est compliquée.

Et aussi, il n’y a aucun élément permettant de faire un lien entre le théorème de géométrie de Zelich/Liang et la performance des ordinateurs. C’est du foutage de gueule !

Le journalisme doit servir à informer, pas à embrumer l’esprit !

John Philip C. Manson

 

 

 

 

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Peut-on quantifier quelles chansons rendent de bonne humeur ?

Les médias anglophones font actuellement circuler un buzz : ils afffirment pompeusement en fanfare qu’un savant a déterminé scientifiquement les chansons qui galvanisent le plus l’auditeur. De plus, un hit musical serait appuyé par une équation.

J’ai pris connaissance du buzz un soir, en regardant le journal télévisé de TF1 : une équation apparut à l’écran mais fut aussitôt retirée, ce qui fait que je n’ai pas pu la lire. Temps d’affichage trop court ! TF1 ne laisse pas le temps aux téléspectateurs de lire les infos. C’est chiant, leur façon de rendre les images subliminales !

 

Pour recadrer les choses dans leur contexte, Jacob Jolij (à l’origine de l’affaire) est un chercheur en neurosciences cognitives à Groningen, aux Pays-Bas.

Le bémol, il y en a plusieurs :

  • Les résultats du chercheur ne sont pas soumis auprès d’une revue scientifique – il s’agissait là d’une recherche commandée par une entreprise…
  • L' »étude » qui fait le buzz se base sur une forte subjectivité, il n’y a pas de modèle mathématique prédictif.
  • L’équation proposée est bizarre : si les battements par minute sont de 150, la fonction tend vers infini, ce qui est un non-sens. Il ne s’agit vraisemblablement pas d’un résultat lié aux statistiques. Il aurait été plus pertinent que l’équation soit une courbe de Gauss, dite de loi normale, dont le maximum de la fonction est une valeur finie, mais pas infinie… L’équation véritable aurait pu être aussi issue d’une équation différentielle, quelque chose qui ressemble à  y + y’ = n*e^(-k.x). Mais l’équation du chercheur ressemble à un bricolage très simpliste, pas nécessairement relié à une quantification empirique.
  • Le chercheur se présente comme très ouvert au sujet des recherches sur les phénomènes paranormaux – tout en reconnaissant qu’en l’état actuel des connaissances scientifiques, aucune preuve de l’existence de mystérieux pouvoirs psychiques n’existe. Mais ce n’est pas dans notre contexte ici.

 

Concernant l’équation de Jacob Jolij :

equationJolij

  • BPM = battements par minute.
  • L = paroles positives.
  • K = gamme majeure, associée à un écart dont rien n’est expliqué…

Si les chansons sélectionnées sont très bonnes, selon ma propre opinion, l’équation n’en demeure pas moins peu scientifique et peu objective.

Des chansons énergisantes, ça varie selon les diverses cultures, ça varie selon la psychologie des individus. Il n’y a qu’à regarder les vidéos musicales sur Youtube : certains donnent un avis positif, d’autres donnent un avis négatif.

 

J’ai une remarque : pourquoi ne pas avoir inclus les oeuvres de la musique classique ? En effet, les oeuvres classiques qui ont autour de 150 BPM, en gamme majeure, il y en a en grand nombre. Comme par exemple, la plupart des sonates pour piano de Beethoven, et le 4e mouvement prestissimo de la neuvième symphonie de Beethoven. On  peut aussi évoquer les symphonies n°36 et 38 de Mozart, pour les mouvements au tempo presto. Ainsi que le concerto en G majeur TWV51:G9 presto 4/4 de Telemann.

 

Même en dehors des critères définis par Jacob Jolij, des mélodies peuvent être magnifiques et divines, comme la sonate n°14 de Beethoven, dite « Clair de lune » dont la mélodie inspire un fort impact émotionnel, une souffrance sourde, ce qui en amplifie la beauté. Et le fameux Aria (« Air », BWV1068) de Bach : un sublime adagio qui fait verser des larmes exquises.

Selon moi, la musique est fortement subjective, les goûts varient selon les individus, cela ne peut pas être mis en équation. Il y a ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas, on n’a jamais vu les gens se comporter unanimement de façon déterministe quand ils écoutent de la musique.

Moi, par exemple, le metal ça donne la pêche, notamment le death metal. Groowwwwwl ! Mais pour d’autres, ils auront plutôt une réaction de rejet. C’est comme pour ceux qui disent aimer le rap, peut-être que ça leur donne la pêche, mais moi je n’aime pas.

Alors une équation ad hoc, ça contredit plutôt les faits, tant les gens ont des goûts opposés entre eux.

Une véritable étude scientifique valide, ça m’aurait mieux intéressé. Car le buzz relaté ici est plus un coup de pub qu’une vraie recherche, c’est dommage.

John Philip C. Manson

 

Un étudiant nigérian a t-il résolu une équation insoluble depuis 30 ans ?

Cela aurait pu être intéressant comme article, s’il y avait eu le détail le plus essentiel : le nom de l’équation, et l’équation elle-même. On ne sait même pas de quoi il s’agit, ni ce que cela implique. C’est vide ! Encore un buzz, un écran de fumée, du bruit pour rien… Décevant ! C’est comme pour l’affaire Shouryya Ray : un vacarme médiatique, l’entretien du mystère autour d’une équation soi-disant résolue, et aucune explication concrète…

La base du journalisme, c’est l’information basée sur des faits réels. Pas faire du buzz en remplissant les pages avec un vide lacunaire, en posant des titres accrocheurs et racoleurs comme appât pour attirer les lecteurs potentiels… Le buzz ce n’est pas du journalisme. Le vrai journalisme consiste à vendre de l’information, pas à vendre du vide en prenant les lecteurs pour des imbéciles.

Aucune explication là non plus : http://www.meltycampus.fr/insolite-un-etudiant-resout-une-equation-insoluble-depuis-30-ans-a420267.html

Ici non plus : http://www.digischool.fr/a-la-une/etudiant-reussit-ressoudre-equation-insoluble-depuis-30-ans-29087.php

Articles similaires, qui se répètent entre eux…

Concernant le jeune étudiant, sa médiatisation date d’il y a 3 mois ou plus, ce n’est pas récent, d’après ma recherche approfondie sur Google. Mais je n’ai rien trouvé à propos de cette mystérieuse équation…

En continuant à creuser, on s’aperçoit que le Twitter anglophone a contribué à diffuser cette affaire, en juin dernier :

student

Je laisse tomber les médias français, et je vais vérifier si les médias anglophones en racontent davantage sur l’équation…

D’après le journal « The Independent », http://www.independent.co.uk/news/world/africa/nigerian-student-ufot-ekong-solves-30yearold-maths-equation-and-breaks-academic-record-at-japanese-university-10303064.html   on constate que c’est un étudiant très brillant. Mais on n’en sait pas plus sur l’équation, ni dans quel contexte (recherche scientifique personnelle ? simple exercice dans un examen réussi ?)…

Ainsi, quelle référence scientifique existe -il sur cette équation ?

Il existe un grand flou autour de cet étudiant.

J’ai cependant remarqué un détail, mais pas celui que je recherchais : l’étudiant ne s’appelle pas Efot Ekong, mais Ufot Ekong. Il apparaît clairement que le Figaro et d’autres médias ait déformé le nom et l’ont relayé tel quel en conservant l’erreur. Une erreur, déjà, ça commence mal niveau crédibilité… Voir ici, avec l’orthographe Ufot Ekong :  http://www.thisdaylive.com/articles/nigerian-student-solves-30-year-old-mathematical-puzzle-in-japan/211789/

Concernant le nom erroné, et celui qui est correct, on relève 790 pages francophones dans Google avec la faute d’orthographe, mais 34 100 pages (en français et en anglais) contiennent le nom correct. Comme si les médias ayant la mauvaise graphie l’ont fait intentionnellement afin qu’on ne remonte pas jusqu’aux sources…

Ce n’est pas parce que je ne retrouve pas cette équation que cela signifie qu’elle n’existe pas. Mais je commence sérieusement à douter de son existence…

Et si l’équation était l’invention imaginaire du journaliste ayant été le premier à médiatiser cette affaire pour lancer le buzz ? Les titres qui parlent de jeunes génies qui résolvent des équations, ça attire les lecteurs.

En l’état, on a affaire à un étudiant brillant qui maîtrise plusieurs langues, et est diplômé en génie électrique (donc ingénieur), et lauréat de nombreux prix, et qui développe des brevets pour la conception de voitures électriques. C’est tout ce que nous avons. Sur l’équation : rien, absolument rien, il se peut que cela soit pure invention. Ce mystère reste un problème ouvert.

Certains font remarquer à raison que s’il n’y a absolument rien à propos de l’équation, la vie de l’étudiant est toutefois bizarrement très détaillée : http://perinet.blogspirit.com/archive/2015/06/15/ufot-ekong.html

 

  • Je m’adresse au docteur Goulu : je suppose que toi non plus tu n’as pas retrouvé cette équation ? Qu’en penses-tu ?

 

Info subsidiaire :

  • http://www.parismatch.com/Actu/International/Un-etudiant-nigerian-resout-une-enigme-vielle-de-30-ans-Ufot-Ekong-783054
  • Seul le journal Paris Match affirme que l’équation, impliquant des maths, portait sur le domaine électronique. Mais en cliquant sur le lien en rouge dans ce même article, au sujet d’une équation insoluble, ça dirige vers un problème compliqué de maths dans une classe du Viet Nam :  http://www.parismatch.com/Actu/Insolite/Un-probleme-de-maths-bouscule-le-web-745884 et cela n’a absolument rien à voir avec ce qu’on recherche… Si l’équation existe, je pense que cela aurait un rapport avec les équations différentielles. Mais ces équations-là, les ingénieurs en créent tous les jours, c’est une pratique courante pour eux. Bref, on ne sait toujours rien sur cette équation insoluble depuis 30 ans (soi-disant)…
  • Qu’est-ce qui est insoluble en maths ? Des problèmes ouverts (au nombre de 7) connus sous le nom de « problèmes du millénaire ». Le problème qui concerne les ingénieurs sont les équations de Navier-Stockes en mécanique des fluides. En électronique, je ne sais pas, aucun des 7 problèmes du millénaire n’y correspond. Je pense que l’équation soi-disant insoluble est une invention journalistique…

Réédition du mardi 8 septembre 2015 :

Le docteur Goulu m’a donné réponse via scoop.it :

« J’ai trouvé deux discussions où la nature de la fameuse équation est investiguée:

Certains ont l’air surpris qu’un étudiant nigérian soit bon en maths… »

 

Evidemment, l’aptitude aux mathématiques dépend seulement de l’effort personnel, d’un travail sur le long terme, de l’habitude. Cette aptitude est indépendante de l’origine socio-économique ou ethnique des individus. Il n’y a pas de raison de s’étonner de cela.

 

Je viens de faire la traduction des pages indiquées par le docteur Goulu :

 

« La headline est inexacte.

1) Il a résolu une équation mathématique irrésolu depuis 30 ans lors de son premier semestre.

Signification, l’équation a été résolu précédemment, mais c’était un problème difficile qu’il a résolu lors de son premier semestre.

2) Il a été «le premier nigérian pour atteindre cet exploit depuis 1965, ce qui signifie, en bref, que si il était pas nigérian, il aurait pas été remarquable. Il est juste que il est le premier nigérian à avoir obtenu un diplôme en haut de la classe à l’Université de Tokai depuis 1965.

Félicitations pour ce jeune homme, mais s’il vous plaît essayez d’être honnête avec la façon dont il est présenté. »

 

Comme pour le cas de Shouryya Ray, les médias ont abusivement présenté une résolution d’une soi-disante équation insoluble depuis des décennies. Depuis 30 ans pour Utof Ekong, et depuis Newton pour Shourrya Ray. Mais dans les deux cas, il s’agit d’une résolution classique et scolaire d’un problème mathématique difficile mais qui est cependant bien connu des spécialistes. Dans les deux cas, il ne s’agissait pas d’un problème inédit et ouvert.

Le scoop bien du fait que le jeune étudiant soit originaire d’un pays peu souvent représenté dans le domaine de la science. S’il avait été américain ou d’un autre pays assez récurrent, l’affaire n’aurait peut-être pas été médiatisée, mais il est clair que le contexte a encore été mal interprété par les journalistes qui ont confondu le fait que l’étudiant soit le premier de son pays à réussir au Japon et la difficulté d’une équation qui a été présentée erronément comme une énigme scientifique irrésolue depuis longtemps…

Tout ce que l’université japonaise (Tokaï, dans laquelle est l’étudiant) nous révèle, c’est une cérémonie pour féliciter les nouveaux étudiants méritants.

De plus, on apprend ici : http://www.quora.com/What-problem-did-Utof-Ekong-solve  que le prénom du nigérian est Utof, et non Ufot. Encore une erreur des journalistes. Le journal Figaro, lui, avait graphié Efot au lieu de Ufot, mais en fait c’est encore erroné puisque le nom est Utof… Moi je suis perdu, je ne sais pas quel est le bon nom parmi cette confusion…

Bref, dans le lien vers quora.com, les internautes spéculent sur ce que peut être la nature de l’équation… Moi, j’avais pensé que cela serait une équation différentielle. Un autre a pensé que ce serait une intégrale de Gauss. Mais un autre affirme que ce serait lié à la conjecture de Tijdeman-Zagier (ou conjecture de Beal). Tandis qu’un autre dit que c’est : Determination  of Instantaneous Frequencies of Low Plasma Waves in the Magnetosheath  Using Empirical Mode Decomposition (EMD) and Hilbert Transform (HT), en français : détermination des fréquences instantanées des ondes lentes d’un plasma dans la magnétogaine en utilisant le mode empirique de décomposition et la transformation de Hilbert. Et ça, bien que c’est compliqué, mais il s’agit d’une méthode empirique, pas d’une démonstration mathématique.

 

John Philip C. Manson

 

 

Attention aux découvertes scientifiques

Ce 3 mars 2014, en fin d’après midi, je feuillette par pur hasard un magazine sur les potins des «people». J’ai eu la surprise de tomber sur un contenu relatif à la science… Ce que j’ai pu lire m’incite à rédiger ce présent article pour compléter celui que j’ai posté hier car c’est du même acabit.

Comme je l’ai souligné hier, il faut rester très prudents à propos des publications scientifiques, même quand cela se produit dans des publications sérieuses. L’exemption absolue d’erreurs quelque soient leurs causes est un mythe. L’erreur est humaine, et c’est une erreur de considérer des «découvertes» comme vraies. Le doute est un principe essentiel dans la recherche scientifique. Cela peut paraître paradoxal, mais le doute permet de clarifier les choses, de tout remettre à plat, tandis que se complaire dans l’erreur et l’illusion de «vérité» peut mener loin, très loin, en perdant son temps, et pour rien…

Voici une copie d’écran du texte de l’article du magazine de «people» :

lukasz

J’ai enquêté sur Google. Je n’ai trouvé aucun texte en français sur cette affaire. L’auteur a donc traduit depuis la langue anglaise ou polonaise.

En recherchant dans le web multilingue, je découvre une piste :

http://member.societyforscience.org/document.doc?id=296

Dans ce document, à la fin de la page n°14 consacrée à la rubrique de l’INFORMATIQUE, on constate que le jeune Lukasz Wysocki, âgé de 17 ans au moment des faits, dans un lycée de Lublin en Pologne, a participé au développement de programmes informatiques basés sur la modélisation de structures de molécules organiques dans le cadre de l’évolution neurocellulaire, en anglais : Developing Computer Programs Based on Organic Structures and Neuro-Cellular Evolution. C’est indirectement de la chimie, c’est davantage orienté sur la simulation informatique et les mathématiques.

Notons au passage que la Society for Science est une organisation non lucrative dont le but est de promouvoir les sciences à travers des programmes éducatifs et des publications. Sur ce point, on sait que c’est une institution honorable. Mais par la suite on tombe sur des articles qui semblent exagérer le contexte, au-delà du réel, comme on va le voir ci-dessous.

Autre article trouvé : http://puzzlepix.hu/image/show/id/s_10013839

La médiatisation de Lukasz se limite à la Pologne, les textes qui y font référence sont écrits en polonais.

Il existe une différence entre une modélisation informatique et des expériences de biochimie. De plus, le stade «in vitro», s’il a déjà commencé, n’en est qu’à un stade initial de la recherche. L’on peut dire que les effets supposés de la molécule n’est pour le moment qu’une hypothèse. Une hypothèse qui ne reposerait peut-être pour le moment que sur une modélisation de molécules organiques par ordinateur.

Une découverte ne devient sérieuse et crédible qu’en ayant suffisamment testé sur les animaux (au mieux, sur des humains), c’est-à-dire en ayant des résultats expérimentaux significatifs. (Parenthèse personnelle : l’expérimentation animale, bien qu’elle ait contribué à trouver de nouveaux remèdes, est un problème éthique, j’ai moi-même renoncé à suivre une voie de biologiste parce que je place la vie animale au-dessus de la science, l’idée de disséquer des animaux innocents me révulse, j’ai préféré suivre la voie de la chimie générale. La vivisection un mal nécessaire ? Question difficile.).

Annoncer une «découverte» à un moment où l’on n’est qu’au stade «in vitro», ou pire : au moyen d’une simulation informatique, avant même d’avoir commencé des tests «in vivo», c’est vraisemblablement prématuré…

De plus, quand on est lycéen de 17 ou 18 ans, un stage de chimie aide à donner un aperçu de la recherche scientifique ou du monde de l’industrie. J’ai connu l’industrie agro-alimentaire, c’est un environnement intéressant à connaître. J’ai même approché l’industrie cosmétique, mais j’avais été saisi au même moment par une autre opportunité dans un domaine complètement différent. Ce que je veux dire, c’est qu’un stagiaire de niveau Bac n’a pas encore les qualités fondamentales requises pour être chercheur de niveau Bac +8. J’admets que des découvertes sérieuses peuvent survenir par le hasard (c’est le cas de la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming), mais l’annonce d’une découverte doit s’appuyer sur de nombreuses expériences abouties et non sur une observation (ou une supposition) isolée. Le jeune Lukasz dispose des connaissances basiques de la chimie (ou du développement de programmes informatiques, apparemment ?). Mais pour faire un stage dans un institut médical, quel était son rôle, quel poste ? Il était stagiaire, pas docteur-chercheur. Je ne conteste pas ses compétences, j’essaie de cerner le contexte.

Une découverte scientifique est nécessairement et habituellement évaluée par un comité de lecture dans des publications scientifiques spécialisées. Ceux qui se contentent d’emprunter le circuit de la presse «people» laissent une idée amère du degré de crédibilité scientifique des articles publiés occasionnellement… Dans le même numéro du magazine «people» où j’avais lu l’article du jeune Lukasz, on peut aussi y lire les délires trash de Miley Cyrus, cela donne une idée du niveau…

En continuant ma recherche sur Google, je tombe sur cet article : http://www.fakt.pl/lukasz-wysocki-wynalazl-sposob-na-zatrzymanie-choroby-alzheimera,artykuly,440334,1.html  L’on y apprend que des composés de plantes sont le matériel de base dans le laboratoire. On y lit que le jeune Lukasz a découvert une substance. Cette substance existe sans doute. Mais on apprend ensuite qu’elle doit passer une série de tests in vitro sur des cellules, puis tests in vivo sur des animaux, puis finalement sur des humains. Alors comment peut-on affirmer péremptoirement une quelconque efficacité du produit chimique avant même d’avoir commencé l’ensemble de ces tests ?

Découverte authentique ou buzz sur un lycéen en stage ?

http://kwiatekmagnolii.blogspot.fr/2014/02/a-teenager-hero.html  : cela n’est-il pas plutôt de la communication fondée sur le registre émotionnel plutôt qu’à de la recherche ?

J’ai trouvé une photo du lycéen en train d’écrire des formules développées de molécules organiques :

orgachimie

  • La molécule en haut du tableau est à la fois un amide et un acide carboxylique : NH2-CO-CH2-CH2-COOH. Après recherches, cette molécule est l’acide 4-amino-4-oxobutanoïque. http://www.chemspider.com/Chemical-Structure.12005.html C’est une molécule proche de la cétovaline qui est un précurseur de la biosynthèse de la leucine et de la valine, ainsi qu’un intermédiaire du catabolisme de la valine. La leucine et la valine sont des acides aminés.
  • La molécule en bas du tableau est l’acide 2-aminopropanoïque : NH2-(CH-CH3)-COOH. Cette molécule est très connue sous un autre nom : c’est l’alanine, un des 22 acides aminés codés génétiquement. L’alanine (avec son dérivé la glycine) est l’acide aminé le plus simple, les autres acides aminés sont des molécules plus complexes.
  • À droite sur le tableau, j’ai identifié la molécule de la proline, elle aussi un acide aminé.

Le tableau vu sous un autre angle :

Capture-6

On revoit la plupart des molécules identifiées plus haut.

  • Au-dessus de l’avant-bras droit de Lukasz, j’ai identifié un autre acide aminé : l’acide 5-phényl 2-aminopentanoïque, portant aussi le nom de phénylnorvaline.
  • Sous la molécule de la proline à droite du tableau, j’ai identifié la molécule de la lysine, un autre acide aminé.

Visiblement, le jeune homme assimile les connaissances de base sur ce type de molécules, en suivant la lecture de son livre de biochimie qu’il tient dans sa main gauche. C’est en effet dans le cadre du programme de classe de Terminale pour apprendre les bases de la chimie organique et la biochimie. Apprendre, oui certainement. Découvrir, je ne le sais pas, mais pourquoi pas (plus tard… ou pas).

Le lien qui peut relier logiquement les acides aminés avec la substance prétendument inventée par le jeune homme, ce sont les protéines. Les protéines sont des polymères d’acides aminés. Ainsi, dans le cas d’une hydrolyse de protéines, celles-ci se fragmentent en acides aminés. Il y aura alors diminution de la concentration en protéines et une augmentation de la concentration en acides aminés. Mon hypothèse s’arrête là car on ne connaît strictement rien des détails des recherches du jeune Lukasz…

Plus haut, avant d’évoquer le buzz dans les médias polonais, il est question de programmes éducatifs via une organisation. Mais pas sur une supposée découverte révolutionnaire. L’organisation popularise les sciences auprès des scientifiques amateurs. Créer des vocations scientifiques est une nécessité, une priorité pour l’avenir.

Le monde de la recherche scientifique est difficile, compétitif, et est le résultat de longues études universitaires. Les journalistes ont tendance à faire croire que le contexte est plus facile. La réalité est bien plus dure.

Oui, il faut susciter des vocations scientifiques. Mais sans dénaturer les réalités. Sans tricher, ni mentir, ni omettre. Ce dont le bouche-à-oreille des médias manque de scrupules…

La maladie d’Alzheimer est une priorité à suivre (comme c’est le cas pour le cancer aussi) pour la recherche médicale. C’est une maladie longue, terrible autant pour les proches que pour les personnes atteintes. Ce serait déplacé, cynique et inconvenant que certains journalistes s’amusent à publier de faux espoirs, des canulars ou des fausses découvertes dans le cadre du combat contre cette maladie…

En résumé :

  • D’une part, un lycéen parmi tant d’autres a participé à un programme éducatif intéressant, motivant et didactique, par l’intermédiaire d’une organisation dévouée à la popularisation des sciences. Selon moi, c’est très bien, c’est un bon départ.
  • D’autre part, les médias font monter la mayonnaise, interprètent à leur sauce. L’on entend parler de génie, de découverte révolutionnaire, et caetera… Sans connaître le moindre détail sur les travaux supposés. Sans même savoir si c’est le jeune Lukasz qui s’est exprimé par voie de presse ou si c’est chaque journaliste lui-même… Jusqu’à confondre les statuts de stagiaire bachelier et chercheur post-doctorat… Tiens ? Je vois mieux sans mes lunettes.  ^^

  • Sur le même thème récurrent (un petit génie jeune, voire très jeune, qui fait la découverte scientifique du siècle ou qui suggère avoir des capacités intellectuelles très élevées) : http://www.huffingtonpost.fr/2014/02/28/enfant-devoirs-nasa_n_4875161.html Un enfant de 4 ans sollicite la NASA pour faire ses devoirs en astronomie… Encore un buzz. À 4 ans, en école maternelle, on ne sait pas encore lire ni écrire, on fait des dessins et des coloriages… À cet âge, les concepts comme l’espace et les planètes, c’est encore compliqué et tôt. À moins d’avoir un QI supérieur à 225, ce qui est très rare, voire inexistant. Quel a été le but des journalistes ? Qu’un enfant demande des questions à la NASA est compréhensible. Mais dire qu’un enfant de 4 ans doit faire ses devoirs sur ce sujet qui est plus approprié pour des enfants de 8 ou 9 ans, c’est probablement inexact. J’avais 9 ans quand j’entendis parler du système solaire en classe de primaire (en CM1) pour quelques minutes seulement. Tout ce que j’ai ensuite appris sur l’astronomie, c’est en dehors de la scolarité, via les livres de ma bibliothèque.
  • Je ne comprends pas très bien les stratégies de communication qui consistent à présenter des gamins dans un contexte où les choses leur sont difficiles à appréhender, des choses qui ne sont franchement pas de leur niveau. La communication, je n’en comprends pas la logique.

Mise à jour du 4 mars 2014 :

En poursuivant mon enquête, je découvre cet article qui donnent enfin quelques détails : http://www.dziennikwschodni.pl/apps/pbcs.dll/article?AID=/20140121/LUBLIN/140129951

 

L’ensemble des articles examinés sont écrits en polonais, certes, mais je passe outre la barrière linguistique.

Après lecture, voici des éléments déterminants à connaître dans cette affaire :

  • Des études préliminaires ont montré que la substance a des effets négatifs sur le foie humain. La substance de Lukasz n’est pas prête pour être mise à la consommation. La substance n’a pas encore passé beaucoup de tests expérimentaux, depuis les tests cellulaires in vitro, puis l’expérimentation animale in vivo, et avant de pouvoir effectuer des essais cliniques sur des humains. Si tout est réussi, vous serez en mesure de penser à la production. (Je le dis : ce n’est pas du tout gagné d’avance, et je m’étonne de cette surenchère sur la substance qui semblerait prometteuse).
  • D’après l’article cité en lien ci-dessus, Lukasz a découvert la substance médicamenteuse au cours d’un stage de recherche à l’Institut de médecine expérimentale et sciences cliniques à Varsovie. Étant donnée la durée limitée du stage, la découverte serait soit le fruit du hasard (le lycéen est chanceux), soit le fruit d’un travail planifié sur une substance précise dont on soupçonne des effets plausibles (peut-être avec l’appui d’une théorie crédible). Normalement, découvrir une molécule efficace nécessite des années de recherches : sans « a prioris », on teste une molécule, on observe, on note les résultats puis on recommence avec d’autres molécules, et cela est chronophage…
  • Lukasz est intéressé par la synthèse de produits chimiques. Il a apparemment découvert un moyen de produire plus rapidement et peu cher la substance concernée, à partir d’extraits de plantes. C’est sûr : c’est plus rapide et moins coûteux d’extraire des molécules naturellement produites par les plantes que de synthétiser complètement ces molécules. À ce stade, la découverte concerne plus vraisemblablement une méthode de production plutôt qu’une découverte d’une molécule inédite, car la méthode s’appliquerait à tous les traitements actuels qui ralentissent (sans la guérir) l’évolution de la maladie d’Alzheimer.
  • Des experts en neuroscience, cependant, sont prudents dans l’évaluation de la substance découverte par un lycéen. – « Tout simplement parce que quelqu’un qui a découvert une substance ne signifie pas l’émergence du médicament. Pour apparaître sur le marché pharmaceutique, une molécule doit passer beaucoup de tests qui peuvent apporter des résultats différents » – dit le professeur Konrad Rejdak, Chef du Département de neurologie du  CHU n°4 de Lublin (Pologne).

 

 

 

 

© 2014 John Philip C. Manson

Un phénomène paranormal en Lozère ?

24/03/2013

Un phénomène paranormal de poltergeist en Lozère ?

J’aimerais avoir connaissance des conclusions du Dr Goulu sur cette affaire qui m’a tout l’air d’un canular. Merci à lui s’il accepte de se pencher sur cette affaire bizarre.

Mais d’abord, je présente ma propre analyse :

J’ai entendu un résumé de l’affaire hier sur la chaîne française de télévision M6.

Il semble que les experts consultés soient des radiesthésistes ou des géobiologistes. (voir Radiesthésie et Géobiologie_(radiesthésie) sur Wikipedia). Mais pas des scientifiques a priori.

Pour un sismologue, une faille sismique est un phénomène géophysique bien réel, mais quand on parle de faille tellurique dans le contexte de la radiesthésie et de la magie, ça concerne plutôt les ondes de forme, c’est-à-dire des ondes dont l’existence reste encore à prouver…

«Esprits frappeurs et autres revenants» : cela s’appelle poltergeist, mais à classer parmi le paranormal, les pseudo-sciences et les délires irrationnels.

L’histoire des géoglyphes «extraterrestres» dans les champs de blé en Angleterre, il y a quelques années, ça a servi de coup de pub marketing pour relancer le tourisme et le commerce dans des régions peu attractives.

La question à se poser en cas de buzz : à qui cela profite t-il ?

Faire appel à la science ? Là encore, il y a méprise. Les ohms désignent la résistance électrique, or pour mesurer des champs électriques, l’unité de mesure est en fait le volt par mètre. Ce n’est pas pareil ! À mon avis, ils n’ont fait appel à aucun physicien authentique…

600 ohms, c’est ce qu’on a avec un secteur à tension de 220 V et d’intensité 0,36 A. Or, plus la résistance est élevée, plus l’ampérage est faible (pour une tension constante). Mais à ampérage constant, il y a surtension. Par exemple, mon PC fonctionne à 3,15 A et 220 V, la résistance vaut 69,8 ohms (si courant continu), donc si la résistance est décuplée, et avec ampérage constant, on décuple aussi la tension. Puis aussi, en cas de courant électrique alternatif sinusoïdal, on ne dit pas résistance, on dit impédance.

Y avait-il un orage et la foudre dans la ville au moment des faits, simultanément avec un séisme de magnitude de 4 à 5 sur l’échelle de Richter ?

Les fusibles ont-ils sauté ? Les fils électriques ont-ils eu leur gaine brûlée ?

On a donc affaire à des témoignages, mais des éléments matériels demeurent assez évasifs, et des explications assez lacunaires incitent au doute.

Un champ électrique peut déplacer des masses chargées électriquement, comme des électrons ou des ions (c’est-à-dire des particules élémentaires), ou des objets légers ayant reçu une charge électrostatique importante.

Pour soulever un meuble de 50 kg à une hauteur de 1 mètre, par exemple, il faut 490,5 joules d’énergie. Mais il faudrait pouvoir transformer l’énergie électrostatique en énergie mécanique sous l’influence d’un champ électrique… Et il faudrait que le meuble soit chargé électriquement (comme quand on frotte une règle en verre ou en plastique, mais avec une charge proportionnellement bien plus élevée).

Mais les meubles et les objets déplacés doivent donc être très chargés électriquement, au point d’électriser ou électrocuter les gens. D’ailleurs, les gens aussi devraient avoir été chargés électriquement en même temps que les meubles. Si on ne déplore aucune victime, alors aucune charge électrostatique n’a intervenu dans l’affaire.

Comment charger électrostatiquement des meubles en bois, sachant que le bois est un matériau isolant ?… Et le problème majeur n’est pas l’action du champ électrique hypothétique sur des masses chargées électriquement, mais sur la question du comment des objets massifs aient pu se charger électrostatiquement avant leur mouvement.

La permittivité, plus précisément permittivité diélectrique, est une propriété physique qui décrit la réponse d‘un milieu donné à un champ électrique appliqué. Un examen prouve que le bois, le papier, l’air et le vide sont les milieux auxquels la permittivité (constante diélectrique) est la plus faible universellement. Un champ électrique aura un effet beaucoup plus significatif et crédible sur des matériaux comme la porcelaine, le sel de cuisine, le sélénium, le PVC (chlorure de polyvinyle), l’ardoise, mais surtout le dioxyde de titane et le titanate de baryum.

Autre chose : le principe de conservation de l’énergie. En effet, si l’on suppose que la résistance soit décuplée sans variation de la tension et de l’ampérage, la puissance électrique délivrée P = U×I = R×I² aura décuplé, ce qui signifiera une augmentation de l’énergie électrique de 900%. Ce qui oblige à se poser cette question : d’où provient l’énergie en excès si cela ne provient pas d’un séisme ni d’un emballement technique du réseau électrique ? L’énergie ne peut pas être créée ni détruite. En regard des lois de la physique, il y aurait dû y avoir un incendie, y en a t-il eu un ?

Histoire très peu crédible. Tout laisse suggérer un canular. Des plaisantins auront intentionnellement déplacé les meubles et autres bricoles (peut-être même à l’insu des propriétaires).
Ce qui est grave, c’est que certains confondent physique et radiesthésie… Ça c’est alarmant. La radiesthésie n’est pas une science.

Un expert qui mesure des ohms pour évaluer un champ électrique qui se mesure habituellement en V/m, n’est pas expert, ni électricien ou physicien…

En revanche, il pourrait y avoir des origines sismiques naturelles (mais absence d’origine électrique) car la ville est située aux alentours du Massif Central, mais cette région montagneuse est une chaîne de volcans éteints depuis longtemps…

Croire aux fantômes est une facilité qui dispense d’apprendre, de connaître et de comprendre les sciences. C’est atterrant.

Le sensationnalisme n’est pas faire de l’information. C’est journalistiquement antidéontologique.

Monter un canular et tromper les journalistes, c’est facile. Un canular est d’autant plus facile et durable tant que des scientifiques n’auront pas été consultés. Quand les scientifiques auront débunké (démystifié) le canular, les médias présenteront-ils leurs excuses pour le manque de recul critique ? Informer n’est pas seulement relayer l’information, mais surtout évaluer objectivement celle-ci.

Si des «experts» prétendent avoir trouvé des explications scientifiques pour légitimer le paranormal et le présenter comme une réalité, alors je les incite à présenter leurs conclusions à James Randi (http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Randi).    🙂

Deux messages postés sur le site :

lozere

Informer, selon moi, c’est diffuser des connaissances objectives.

Informer, ce n’est pas vendre des salades, et ça ne sert à rien puisque c’est déjà fait par les astrologues et les gourous…

L’un des commentaires fait par un internaute sur le site 20minutes.fr est intéressant :

mazal

Un autre commentaire (entre guillemets) est, lui aussi, intéressant :

«Une résistance de terre élevée (c’est-à-dire 600 ohms au lieu de 50 ou 60) est une aberration en terme de sécurité car vous risquez l’électrisation ou l’électrocution au cas ou un appareil électrique est défectueux.»

J’ai réalisé une expérience : avec un ohm-mètre, j’ai mesuré la résistance électrique moyenne entre mes deux mains. Comme j’ai les mains sèches, j’ai mesuré une résistance de 5 mégaohms (5 millions de ohms). C’est bien plus élevé que les 600 ohms de la maison «hantée»… Cela veut-il dire que je suis un puissant médium, les puissances du Mal, l’Oeil maudit de Sauron, Belphégor ou Voldemort ? Non, pas du tout. Une résistance de 5 mégaohms signifie seulement que mon corps est un très mauvais conducteur de l’électricité. Comme la tension électrique moyenne entre mes mains est de 0,08 V, on en déduit d’après la résistance que l’intensité électrique moyenne entre mes mains est de 0,016 microampère (ce qui est très faible).

  • À mon avis, les plaisantins n’ont pas voulu attendre le 1er avril prochain (dans une semaine), peut-être pour rendre les internautes moins méfiants, pour lancer ce canular. Tsss…

  • Le matin du 30 mars 2013, je constate la disparition de l’article de Yahoo News sur la maison hantée en Lozère…

© 2013 John Philip C. Manson

Des buzz rediffusés tous les ans ?

Je me souviens d’un article publié quelques jours plus tôt dans la presse.

Cela concerne un problème d’hygiène alimentaire. L’histoire d’une souris morte retrouvée dans une boîte de haricots verts.

Mais voila, il y a un problème. J’ai le souvenir encore frais d’un buzz identique plusieurs mois plus tôt, et un autre buzz plus ancien.

Voici ces deux autres articles sur exactement le même thème : une souris dans des haricots verts.

Est-ce que des entreprises prendraient un tel risque ? Je trouve que 3 fois, ça fait beaucoup. Cela ressemble à de la malveillance dont l’auteur reste inconnu…

Je fais un pari, on ne sait jamais : on va peut-être entendre parler d’une petite souris dans une boîte de haricots verts en mars 2014… Je n’en suis pas sûr, mais on ne sait jamais. On verra bien. Il n’y a plus qu’à attendre une dizaine de mois.

Mais quand ce genre d’histoire se produit, il faudrait vérifier : en interviewant les victimes, en demandant aux services d’hygiène s’ils ont vraiment été appelés pour s’occuper de ces cas, et si les entreprises concernées sont au courant de ça. Qui peut confirmer la véracité de ces anecdotes ? Avec ces buzz peu ragoûtants, il est légitime de vouloir voir des preuves. Cependant, c’est peut-être néanmoins crédible à cause de la mode de la nourriture « bio », je me souviens encore des cultures de soja en Allemagne qui sont à l’origine de la contamination par la bactérie E. Coli, alors que les concombres espagnols avaient été injustement incriminés. (http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/06/06/2515428_le-concombre-tueur-serait-du-soja-allemand-le-pic-epidemique-est-derriere-nous.html)

Mais bon, je suis un grand consommateur de haricots verts en boîte, je n’ai jamais vu de trucs bizarres dans le contenu. Pas même de viande de cheval dedans. 

Mise à jour du 27 mars 2013 :

Une famille aurait trouvé une souris au milieu d’un paquet de farfalles Panzani.

mouse

Si on examine bien la photo de la souris sur le paquet de Farfalle, on voit que la souris a saigné sur ce paquet. L’épanchement de sang indique que ce sang liquide est une preuve d’une mort récente, sinon le sang aurait été déjà coagulé dans la souris. Ou alors cette souris est morte à cause d’un poison anticoagulant, mais cette hypothèse n’explique pas pourquoi la souris saigne maintenant sur le paquet. Cette souris ratatinée ressemble à une souris dont la mort a été causée par une tapette à souris (ce qui expliquerait le saignement récent).

Hypothèses possibles : un canular à l’approche du premier avril, ou l’envie d’être célèbre grâce à un canular (« youpi on cause de moi dans le journal »), ou de la malveillance (vengeance ?) contre les entreprises visées… Ce ne sont que des hypothèses, je n’accuse personne. Mais si la découverte désagréable d’une souris est vraie, alors pourquoi la souris saigne t-elle (signe d’une mort récente), alors que le paquet est hermétiquement fermé depuis des semaines ou des mois (le sang d’une souris morte depuis longtemps est coagulé depuis longtemps) ?

Je pense que dans ce genre d’affaires, la première chose à faire n’est pas d’alerter immédiatement les médias pour provoquer un buzz qui peut nuire aux entreprises. Mieux vaut laisser des laboratoires faire des analyses, et attendre le rapport d’expertise. L’information doit nécessairement s’appuyer sur des preuves. C’est ensuite sur la base de preuves que l’information est constituée et publiée. On a vu ce que ça a donné avec l’histoire des concombres espagnols injustement accusés lors de l’épidémie bactérienne, alors que du soja d’Allemagne était en cause. Des espagnols ont probablement perdu leur travail à cause de rumeurs infondées… http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/06/06/2515428_le-concombre-tueur-serait-du-soja-allemand-le-pic-epidemique-est-derriere-nous.html

Tromper les journalistes est plutôt facile. Exemple de canular : on achète une baleine congelée à des pêcheurs japonais, on se fait livrer et on laisse décongeler discrètement la nuit, puis un beau matin aux bords de la Seine à Paris on appelle la presse en déclarant qu’on a pêché une baleine à Paris ! Cela fera un énorme buzz, mais personne ne trouvera nécessaire d’essayer de démystifier la supercherie.

Imaginez un autre scénario de canular. Un éleveur de poissons découvre un poisson à deux têtes (un cas de gémellité siamoise) dans son bassin. Ce qu’on appelle frères siamois est un cas de formation de deux frères jumeaux homozygotes qui ne se sont pas séparés complètement. Cela arrive chez d’autres espèces animales sexuées. C’est absolument naturel, la gémellité, et sans lien avec la radioactivité. Mais il suffit qu’un militant écolo, imprégné d’idéologie, peut s’amuser à se procurer un tel poisson vivant à deux têtes (ou à 3 yeux), et le placer à proximité d’une centrale nucléaire pour mettre ainsi en scène des dangers fictifs pour susciter la crédulité et choquer l’opinion publique afin de créer des hostilités contre le nucléaire. Évidemment, loin de moi de raconter que le nucléaire est inoffensif. Le nucléaire a des dangers réels. Mais on n’a pas le droit de tricher avec les réalités et d’en rajouter trop… Je pense qu’un pareil canular est possible et peut marcher. Mais ce serait vraiment très malhonnête de faire ça. La vraie culpabilité dans tout ça, ce n’est pas l’auteur d’un tel canular, c’est la faute des médias qui diffusent n’importe quoi sans rien vérifier ni rien authentifier, ni expertiser, c’est aussi de la faute de la crédulité du public… Les mythes font vendre.

Je ne crois pas à cette histoire de souris dans les nouilles ou dans les haricots verts. Les règles d’hygiène sont déjà très strictes. Des entreprises ne prendraient pas ce risque dont les conséquences économiques peuvent mettre les entreprises, les patrons et les employés en péril…

© 2013 John Philip C. Manson

Un surdoué de 12 ans remet en cause la théorie de la relativité d’Einstein ?

  • L’article publié ici le 28 janvier 2013 est le duplicata de l’article du 6 avril 2011 publié autrefois dans mon premier blog aujourd’hui disparu.
  • La réédition du texte a entraîné quelques petites modifications, surtout sur les liens web (afin de corriger des liens morts), et sur une réactualisation.

Concernant la théorie de la relativité, je viens de découvrir cette vidéo sur maxisciences.com :
http://www.maxisciences.com/surdou%e9/il-defie-einstein-a-12-ans_art13733.html

Avec pour titre d’article : 06/04/2011 : Un surdoué de 12 ans remet en cause la théorie de la relativité d’Einstein.

Info ou intox ? Dans la vidéo, ça parle de dérivation et d’intégration, ce sont les bases de l’analyse en maths, mais cela ne parle pas de la théorie de la relativité. Je pense que c’est un coup de pub. J’en ai parlé à un ami qui a conclu comme moi que le jeune fait seulement un cours de maths sur les intégrales mais il ne cherche pas à démontrer sa théorie sur la relativité…

Pour faire une théorie scientifique, il faut des faits qui étayent une théorie fondée sur des hypothèses réfutables, peu importe l’âge ou l’origine du chercheur. Un cours classique de maths de Terminale sur les dérivées et les intégrales ne font pas une théorie cosmologique de niveau doctorat…

La précocité n’est pas synonyme de crédibilité ni de réfutabilité.

Addendum du 29 septembre 2011 :

J’ai pris la peine d’évaluer le contenu de l’affaire. Le gamin prétendrait réfuter la théorie d’Einstein et arguerait que l’univers serait plus vieux qu’il ne l’est.

Cependant, les affirmations du jeune sont contredites (et réfutées) par les mesures observationnelles avec WMAP qui ont montré en 2003 que l’âge de l’univers est de 13,7 milliards d’années avec une marge d’erreur de 1% (c’est-à-dire plus ou moins 130 millions d’années sur une valeur moyenne de 13, 7 milliards d’années).

http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosbig/decouv/xcroire/rayFoss/niv1_1.htm

Pour remettre en cause le Big Bang (ainsi que n’importe quelle autre théorie), il faut des contre-exemples solides sur la base d’observations.

Seuls ceux qui ne lisent pas les équations ni ne les comprennent croient à ce buzz. Le gamin sait a priori résoudre des intégrales (niveau Terminale), c’est tout ce qu’on voit dans les vidéos sur son sujet, mais rien de convaincant sur la théorie de la relativité, rien. Faire un cours de maths de niveau Terminale, ce n’est pas équivalent à l’éventualité d’établir (avec un niveau Doctorat) une preuve de réfutation de la théorie d’Einstein.

Concernant le concept de QI :

Pour finir, si E = mc² était faux, ça aurait voulu dire l’énergie nucléaire (et même aussi l’énergie chimique) serait un mythe, or pourtant ça marche. C’est la réfutation de E = mc² qui est fausse, parce que l’équation est valide empiriquement et vérifiée à de très nombreuses reprises grâce à des expériences. D’autre part, les GPS fonctionnent sur des calculs basés sur la théorie de la relativité : ça marche, c’est fondé sur des lois scientifiques vérifiées qui fonctionnent, ainsi toute réfutation d’un truc qui marche est hautement périlleux et ridicule. Il reste tout-à-fait possible d’améliorer la théorie de la relativité sur la base de nouveaux FAITS, mais affirmer péremptoirement sans preuves que la relativité n’est plus valide c’est se foutre prétentieusement du monde. Cette médiatisation ne méritait pas tant d’échos.

Enfin, la physique ne se fait pas par des démonstrations de maths, mais surtout par des observations quantitatives à travers des faits.

Les coups de pub journalistiques c’est stupide, c’est fait pour vendre du rêve. En matière de sciences, les journalistes répandent des âneries.

Le buzz fait impliquer l’université de Princeton. Seuls les médias parlent du gamin. Mais je ne trouve nulle trace de ses équations à Princeton. Est-ce qu’au moins Princeton confirme que le gamin a validé les papiers du gamin ? En général, les journalistes citent leurs sources, mais je ne trouve pas de liens web qui concernent directement Princeton.

Comme c’est un buzz relativement récent, je sais comment remonter la chronologie médiatique grâce à Google Trends, je peux retrouver la première source qui a déclenché le buzz. Je viens de découvrir que le buzz est apparu début mars 2011, et il a atteint son paroxysme pendant tout le mois de mars, pour dégringoler durant le mois d’avril. Ce repère chronologique est suffisant afin d’identifier le premier article des médias ayant paru sur ce buzz.

Ce buzz est apparu en Suisse francophone le 1er avril 2011. Le premier avril, comme par hasard…
La source d’origine n’est pas Princeton, mais Youtube, entre le 16 et le 28 mars 2011. Ensuite, le premier journal à avoir relayé le « scoop » est l’Indianapolis Star. Sacrée référence scientifique, tsss…

Ce lien http://www.tdg.ch/qi-170-genie-12-ans-contredit-einstein-2011-04-01 raconte qu’il va à l’université de l’Indiana pour le poste de chercheur, je vais vérifier cette affirmation. Il est fort possible que le jeune soit doué pour les maths, mais il est certain et trivial qu’il se trompe sur la théorie d’Einstein, ou alors les journalistes ont complètement déformé ses propos.

Chaque fois que j’ai vu Jacob écrire au tableau, c’est pour y écrire des maths mais pas dans un contexte qui parle de la physique. Sur la photo de la page http://www.7sur7.be/7s7/fr/1504/Insolite/article/detail/1244685/2011/04/01/A-12-ans-il-est-sur-le-point-de-remettre-en-cause-la-theorie-de-la-relativite-video.dhtml  il montre une somme infinie d’une fonction trigonométrique, plus précisément la somme (de n = 1 jusqu’à l’infini) de sin(2n) / (1 + cos⁴ n) où il doit démontrer que la série est convergente (exercice de niveau Terminale). C’est une branche des maths, nommée analyse. Mais ce n’est pas de la physique. Il ne s’agit pas de la théorie de la relativité ni de sa réfutation. Dans la vidéo sur le calcul de la somme continue de sin(2n) / (1 + cos⁴ n), je ferai remarquer que la caméra n’a pas filmé la dernière étape de son calcul et on ne peut rien conclure de concret sur la validité de ce qu’il a écrit. A t-il réussi à démontrer l’énoncé de l’exercice ?

Ce qui est à souligner, en dehors de ces exercices de maths de Terminale, c’est qu’on ne connaît pas du tout le contenu des travaux de Jacob dont la prétention est la réfutation d’Einstein…

Pour en revenir sur la démonstration que la somme de (sin (2x)) / (1 + cos⁴ x) est convergente, je pense que si Jacob a effectivement démontré qu’elle est convergente, cela entraînerait un problème. Faute d’avoir moi-même établi une démonstration, j’ai néanmoins écrit un programme codé en Perl qui a réalisé directement cette somme (j’ai fait une somme de x = 1 jusqu’à x = 1 000 000).

#!/usr/bin/perl
my $sum = 0, $x;
for ($x = 1; $x <= 1000000; $x++)
{
$sum = $sum + ((sin(2 * $x))/(1 + (cos($x) * cos($x) * cos($x) * cos($x))));
print « $sum \n »;
}

Voici chaque somme des derniers calculs à l’approche de la valeur x = 1 000 000 (la dernière somme dans cette liste correspond à la valeur x = 1 000 000) :

0.7487134285953
0.368088426773624
-0.0217827183339275
0.640404571620369
0.532741260613516
-0.0140881752631024
0.495390130356315
0.669795244875373
-0.0258862714119807
0.327090860308374
0.76851479748572
-0.040481193007848
0.162017953648062
0.826093166119665
-0.0235895998286788
0.0348387840368063
0.842793254669859
0.0530567747310005
-0.0303642243683368
0.818959757876877
0.1892498642381
-0.039142356332822
0.754138097025153
0.357338274583077
-0.0228141173591194
0.64832919573767
0.523084757441272
-0.0139669108855462
0.505339497865198
0.662290905793559
-0.0247689382062771
0.337858008182278
0.763543760851757
-0.040106799663529
0.171583974532018
0.823698816004001
-0.0262163677338809
0.0410981383439174
0.842936233586036
0.0463481004782115
-0.0281670811783803
0.821643551381922
0.179432336384591
-0.0397187268346905
0.759401444166029
0.346574984006404
-0.0238821024468076
On voit que les nombres de chaque somme forment une liste en fluctuation perpétuelle, une oscillation quasi-aléatoire entre des réels négatifs et des réels positifs. Je ne constate a priori aucune convergence notable. A priori, si l’on fait une démonstration rigoureuse, je pense qu’on devrait s’attendre à la démonstration du contraire de ce que l’énoncé affirme. A priori, il n’y aurait pas convergence. Je reviendrai donner des détails supplémentaires ultérieurement.

  • Note du 28/01/2013 :  Je devais compléter cet article en 2011, cela va être l’occasion d’y ajouter des infos supplémentaires peu après cette réédition. La conclusion provisoire pour la résolution de la somme (de n = 1 jusqu’à l’infini) de sin(2n) / (1 + cos⁴ n) est que cette somme infinie est de forme indéterminée, mais on remarque qu’elle ne converge pas. 

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© 2011-2012-2013 John Philip C. Manson