Analyse des citations de Bouddha

  • “Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres, c’est ainsi qu’on ne fait de tort à personne. Il y a même des circonstances où l’on doit honorer en autrui la croyance qu’on ne partage pas.” Bouddha

Bouddha a voulu laisser un message de tolérance. La liberté de croyance est un droit reconnu mais encadré par la loi. La liberté de croyance possède ses limites.
Selon la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

Dans l’article 1 de la Constitution française de 1958, il est stipulé que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Notons le terme de « croyance » et non de « religion ».

S’il existe, selon Bouddha, des circonstances où l’on doit honorer en autrui la croyance qu’on ne partage pas, il existe aussi la situation contraire : des circonstances où la loi doit intervenir pour préserver les libertés d’autrui. Le racisme, par exemple, est une croyance, il est la croyance en l’inégalité des races. La croyance qu’est le racisme est contredite par la science qui prouve qu’il n’existe qu’une seule espèce humaine, le concept de races étant superflu. La croyance qu’est le racisme est également contredite par la loi : le racisme constitue une menace contre les libertés individuelles. Le racisme était un exemple, on pourrait également évoquer d’autres croyances hostiles comme le sexisme, la discrimination des personnes malades, et même les pratiques irrationnelles et pseudo-scientifiques (astrologie, graphologie, PNL…) qui n’ont aucune valeur pertinente pour embaucher des candidats ou évaluer des employés…

Dans un autre contexte, Noam Chomsky explique que trop de tolérance peut conduire à la négation de la tolérance même. Tout tolérer implique une conséquence négative : la tolérance de l’intolérance, et cette intolérance ne tolère pas, du coup, la tolérance absolue. Ainsi, pour éviter l’intolérance engendrée par le “tout tolérer”, on ne peut donc pas absolument tout tolérer.

En bref, je suis pour la liberté de croyance, pourvu que cela n’ait pas pour but de mystifier les citoyens, ni de leur mentir. Une foi sincère, et partagée, de l’amour, voila une croyance légitime. Mais faire croire que les extraterrestres sont parmi nous en endommageant des champs de céréales pour y dessiner des cercles géométriques (nommés crop-circles), ou en photoshopant des images de Mars pour faire croire qu’il y a des pyramides construites par les martiens, ou encore propager des théories du complot afin d’attiser la haine contre les américains, voila des exemples d’imposture qui justifie une critique légitime. Le droit au doute et à l’indignation, c’est rendre service aux citoyens, c’est agir dans l’intérêt public. Le droit de croire, d’accord, mais il existe aussi le droit de savoir, pourquoi favoriserions-nous l’obscurantisme et l’ignorance ? Le droit de savoir devrait être inscrit parmi les droits fondamentaux au même titre que la liberté de croyance.

Je cite l’Unesco qui affirme : Le droit à l’éducation est un droit fondamental de l’homme, indispensable à l’exercice de tous les autres droits de l’homme. Il promeut la liberté individuelle et l’autonomisation.

Liberté de l’individu et autonomie, voila quelque chose qui contredit la dépendance et la soumission envers une croyance.

La liberté de croyance doit avoir pour équilibre la liberté de critiquer cette croyance. La notion de liberté ne doit pas nier celle de démocratie. Il n’existe pas d’idées qui ne peuvent être l’objet d’un débat contradictoire, cela est un principe de la liberté d’expression, et même de la liberté d’objectivité. La liberté de croyance n’a pas pour but de nier le droit à l’éducation.

Pour reprendre la citation de Bouddha : Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres. J’exprime mon désaccord sur le mot jamais. Ainsi, si on suit à la lettre le conseil de Bouddha “Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres“, je rétorque ceci : la croyance au racisme non plus, peut-être ? On ne peut pas accepter la croyance en l’inégalité des races car elle porte en elle les plus vils sentiments liberticides et inégalitaires. Reformulée plus correctement, la phrase de Bouddha devrait être : il ne faut pas blâmer toutes les croyances, mais il faut néanmoins critiquer celles qui sont une menace liberticide et inégalitaire.

Paragraphe supplémentaire :

Néanmoins, il existe des paroles plus sensées de Bouddha :

  • « Si la haine répond à la haine, comment la haine finira-t-elle ? »

Par rapport au contexte que j’ai évoqué, combattre des croyances comme le racisme n’est pas une haine contre une haine, c’est un bien contre un mal, une solidarité fraternelle contre les inégalités. Mais même en étant le plus gentil des hommes dans le meilleur des mondes, la haine comme l’amour fait partie de la nature humaine, il est vain de chasser sa propre nature. L’illusion des hommes c’est de vouloir devenir des dieux qu’ils ne sont pas. Ne plus désirer la nature humaine dont la haine fait partie c’est en quelque sorte désirer être autre chose, or un désir est déconseillé par Bouddha (voir les citations suivantes ci-dessous).
Autre citation de Bouddha :

  • « Ne croyez pas les individus, fiez-vous aux enseignements ; ne croyez pas les mots, fiez-vous au sens ultime, ne croyez pas l’intellect, fiez-vous à la Sagesse. »

Bouddha lui-même l’annonce : il recommande le doute et la réflexion par l’expérience personnelle.

Citation moralisatrice de Bouddha :

  • «L’homme qui s’attache à cueillir les plaisirs comme des fleurs, est saisi par la mort qui l’emportera comme un torrent débordé emporte un village endormi. »

L’homme qui renonce aux plaisirs, lui non plus, n’échappera pas à la mort. Nous sommes tous égaux devant la mort, quelques soient nos actions, la Nature ne juge personne.

Autre citation de Bouddha :

  • « Par soi-même, en vérité, est fait le mal. »

Dans une large mesure, oui, comme les guerres par exemple. Mais pas toujours. Les catastrophes naturelles comme les séismes et les tsunamis ont toujours existé et ne sont pas de la faute des hommes qui, eux, n’ont pas toujours existé.

Si le mal est fait par soi-même, en vérité, ça veut dire que le mal n’est pas fait pas les autres dont le maître ? Or les autres, ce qu’ils font eux-mêmes, c’est le mal. Le maître est un homme comme un autre, comme vous et moi…

Une autre citation de Bouddha :

  • « Avec nos pensées, nous créons le monde. »

Nous dirions plutôt : le monde a engendré la pensée comme fruit de l’évolution, mais avec nos pensées nous construisons une représentation faillible du monde.

Autre citation de Bouddha :

  • « Doutez de tout et surtout de ce que je vais vous dire. »

Chiche ! C’est ce que je faisais justement.

Autre citation de Bouddha :

  • « Un sot a beau demeurer des années en contact avec la science, il ne connaîtra pas plus le goût de la science que la cuiller plongée dans la sauce ne connaît le goût de la sauce. »

Le mot “science” au sens duquel nous le comprenons, existait-il à l’époque de Bouddha ? Le mot “connaissance” ou “enseignement” est peut-être le mot véritable utilisé par les contemporains de Bouddha, dans l’Inde du cinquième siècle avant l’ère chrétienne. Concernant la cuillère, il me semble que le nom de cet ustensile de cuisine apparut au cours du onzième siècle de notre ère, bien que l’usage de la cuillère soit ancien. Cela montre que les mots d’origine de la citation de Bouddha ne sont pas les mêmes que ceux qui sont utilisés présentement.
Néanmoins, la citation est pertinente : un homme pourra avoir été imprégné de science pendant des années mais en méconnaissant les critères qui définissent la scientificité. Les scientifiques professionnels, normalement, connaissent la définition de la science (le critère épistémologique de réfutabilité des hypothèses scientifiques). Mais le grand public, lui, peut croire connaître la science mais souvent ne connaîtra pas ce qu’est la définition de la science. Nul n’est scientifique s’il n’est d’abord épistémologue.

Deux autres citations de Bouddha :

  • « Deux choses participent de la connaissance : le silence tranquille et l’intériorité. »
  • « Faire de grand discours éloquents n’est pas une preuve de sagesse. »

Dans ce cas, puisqu’être sage c’est se taire, donc pourquoi Bouddha enseigne t-il ?

Autre citation de Bouddha :

  • « Celui qui interroge se trompe, celui qui répond se trompe. »
  • Tout est faux et vrai à la fois : tel est le vrai caractère de la Loi.

Cela concerne t-il aussi l’enseignement de Bouddha ? Auquel cas celui-ci se trompe lui-même et a faux lui-même.

Autre citation de Bouddha :

  • C’est une perle rare en ce monde que d’avoir un coeur sans désir.

Renier ses désirs, c’est renier sa propre nature humaine, c’est chasser en vain le naturel. Mieux vaut accepter ce que l’on est plutôt que renier ce que l’on ne peut changer. La souffrance, le mal, c’est la conséquence du fait de ce qu’on ne s’accepte pas soi-même ni ne s’aime pas soi-même. La paix et le bonheur c’est assumer ce qu’on est. On ne peut à la fois être heureux et renoncer à sa nature humaine.

Autre citation de Bouddha :

  • C’est par la foi que l’on peut traverser les courants. Et c’est par la sagesse que l’on obtient la pureté.

La foi ? Croire fait partie des désirs, auxquels le maître demande d’y renoncer… La pureté ? Ou le bonheur ? La citation est en contradiction avec « Doutez de tout et surtout de ce que je vais vous dire. »

C’est être sot qu’adhérer aux citations sur parole et à la lettre, et c’est être prudent (je n’emploierai pas le mot “sage”) que chercher à réfuter des citations.

Recevoir un enseignement sans y réfléchir c’est être sot.
© 2011 John Philip C. Manson