Nombre pi, géométrie dans le plan et expériences aléatoires

La polémique à propos de l’apparente difficulté de l’épreuve de maths pendant le Bac S 2014 a des conséquences positives. Lorsqu’on plonge dans les maths, et quand on a des idées et beaucoup d’imagination, on peut suivre certaines pistes intéressantes dans le domaine des mathématiques. En explorant la géométrie suite à la réflexion portée sur l’exercice 4 de l’épreuve de maths du Bac S, et qui a aiguisé mon inspiration, et puis en associant la géométrie avec des expériences de simulation du hasard, on peut tomber sur des trucs intéressants.

 

Premier exemple :

J’imagine un repère orthonormé 0;i;j. Soit un carré EFGH de côté 1 dont les coordonnées des côtés sont (0;0) et (0;1) et (1;0) et (1;1). Ensuite, on considère que dans l’aire du carré EFGH (aire qui vaut 1), on génère aléatoirement 3 points A et B et C dont les réels x et y (coordonnées respectives de A,B,C) appartiennent à l’intervalle [0;1].

ABC, par ses 3 points, forme un triangle quelconque ABC. La formule de Héron permet d’en calculer l’aire.

L’enjeu est de déterminer l’aire moyenne de ABC par rapport au carré EFGH. Pour cela, j’ai généré des millions de triangles pour évaluer cette aire moyenne rapportée à celle du carré.

Le rapport moyen vaut environ 0,076. Je m’attendais à découvrir un nombre réel où le nombre pi intervenait. En gros, le quotient moyen semble compris entre 1/(4×pi) et 3/(4×pi²). Je n’ai pas d’autre information là-dessus, c’est à explorer…

Souvent, le nombre pi intervient dans des phénomènes aléatoires. C’est le cas pour l’expérience de probabilité de l’aiguille de Buffon. Pareillement pour la loi normale (avec les courbes de Gauss : voir ici http://upload.wikimedia.org/math/8/f/1/8f1da4cf31d40e7b18f29c22a78c7abd.png).

 

 

Deuxième exemple :

Certains d’entre nous ont entendu dire que le rapport entre la longueur réelle d’un fleuve ou d’une rivière et la distance à vol d’oiseau entre la source et l’estuaire serait égal au nombre pi.

Cela en parle dans cette page : http://villemin.gerard.free.fr/Wwwgvmm/Geometri/PiCurios.htm

Je cite :

  • « 3,14 =rapport entre la longueur réelle d’un fleuve, et sa longueur à vol d’oiseau. Loi postulée par Einstein et constatée par Hans-Hendrick Stolum, spécialiste des sciences de la Terre. »

J’ai vérifié avec le cas de la Loire, un célèbre fleuve français. Selon les géographes, la Loire mesure 1006 km de long, lorsque l’on suit les sinuosités. Ayant moi-même localisé la position géographique de la source (dans l’Ardèche) et celle de l’estuaire (à St Nazaire), et grâce à un calcul que j’ai mis au point il y a quelques mois pour calculer la distance à vol d’oiseau (en suivant la rotondité terrestre) entre deux points de la surface du globe (grâce aux coordonnées GPS), j’ai établi que le rapport vaut 1006 / 562,56 = 1,7883, donc proche de 1,8, ce qui est franchement loin du nombre pi.

Remarque à propos de Wikipedia : l’article sur la Loire (fleuve) raconte que la longueur du fleuve est de 1006 km, mais d’autres articles dans Wikipedia (liste des fleuves français) racontent que la Loire est longue de 1012 km… Je me suis aperçu de ça sur Google, avec les mots clés : longueur Loire. Cela ne change pas grand chose dans mes présents calculs, heureusement, mais les contradictions rencontrées dans Wikipedia ne font pas de celle-ci une référence fiable… La validité d’une information ne se mesure pas à la rapidité de son accès sur le web, mais à son exactitude.

Poursuivre la vérification avec d’autres fleuves est long. J’ai donc développé un programme de simulation qui génère aléatoirement les « courbures » des méandres d’un fleuve. Si l’écoulement est isotrope, c’est-à-dire sans direction d’écoulement privilégiée, le rapport tend vers 10,36 à 10,37 (auquel cas le fleuve peut croiser ses propres méandres, ce qui ne correspond pas à ce qui se passe dans la nature). Cependant, si l’écoulement se dirige dans la direction du vecteur OP (1;1) qui passe par le point O (0;0), alors le rapport devient nettement plus faible (le fleuve dans son parcours ne fait pas intersection avec lui-même). Tout dépend des reliefs rencontrés par le fleuve dans une direction d’écoulement due aux pentes locales.

Sur l’appui des maths, je n’ai pas encore, pour le moment, des preuves que le rapport entre la longueur sinueuse d’un fleuve et de sa longueur à vol d’oiseau tendrait vers le nombre pi. L’anecdote sur Einstein qui aurait lui-même évoqué un tel rapport qui serait égal au nombre pi serait-elle une légende urbaine ?

Je n’ai actuellement aucune conclusion définitive. Néanmoins, le cas de la Loire montre concrètement que le rapport tend vers 2 plutôt que vers 3,1415927… C’est ce qu’affirme aussi ce site : http://www.pi314.net/fr/anecdotespi.php dont je cite : «Skolum (1996) vérifia que le rapport entre la longueur réelle et la longueur à vol d’oiseau (distance entre la source et l’embouchure) d’une rivière égalait en moyenne Pi . Ce rapport se retrouve davantage au Brésil ou dans la toundra sibérienne, mais cela reste à vérifier… Pour ma part, en France, je trouve que le rapport est à chaque fois plutôt proche de 2 (coïncidence, d’ailleurs ?). »   Le doute est donc légitime.

Affaire à suivre.

Élément nouveau : j’ai vérifié pour la Seine, sa longueur courbée vaut 776 à 777 km, et mon calcul indique que la distance à vol d’oiseau entre la source et l’estuaire vaut 400,26 km. La division indique que 777 / 400,26 = 1,94, ce qui est proche de 2. Mais pas du nombre pi.

© 2014 John Philip C. Manson

 

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Des propriétés avec les décimales du nombre pi ?

J’ai vu quelqu’un qui s’étonne du fait que la somme des 20 premiers chiffres du nombre PI (en base décimale)  soit égale à 100. Cet émerveillement peut paraître naïf, mais il soulève cependant un questionnement scientifique intéressant.

Alors, est-ce que la somme des 20 premiers chiffres du nombre PI a une propriété extraordinaire ? Un chiffre rond comme résultat peut paraître être une étonnante propriété.

Le meilleur témoin dans une comparaison statistique, c’est le hasard. Avec l’informatique, le hasard peut être testé grâce aux algorithmes.

J’ai conçu un programme qui fait des sommes avec 20 chiffres aléatoires.

Voici le code source :

#!/usr/bin/perl
# Proba que somme des 20 premiers chiffres en base decimale soit egale a X

$lim = 10000;
for ($x = 0; $x <= 200; $x++)
{
$proba = 0;
for ($essai = 1; $essai <= $lim; $essai++)
{
$somme = 0;
for ($chiffres = 1; $chiffres <= 20; $chiffres++)
{
$somme = $somme + int(rand(10));
}
if ($somme == $x)
{
$proba++;
}
}
print « Probabilité pour que la somme des 20 premiers chiffres (base 10) \nsoit égale à $x : $proba sur $lim.\n »;
}

La probabilité pour que la somme des 20 premiers chiffres aléatoires (en base décimale) soit égale à 100 est d’environ 2,3%. Avec l’exemple du nombre PI, un tel résultat n’est pas vraiment curieux comme propriété mathématique.

Ce qui est même plus probable, c’est que la somme soit égale à une grandeur comprise entre 80 et 92, valeur de somme légèrement plus probable (de 3% à 5%) que celle de la somme égale à 100 (de 2% à 3%).

Supposons ensuite qu’un mathématicien dispose de 3 nombres transcendants obtenus au hasard : la probabilité pour que chacun de ces 3 nombres transcendants ait une somme des 20 décimales égal à 100 est d’environ 1 sur 82190. Probabilité faible, mais non nulle, donc suffisamment grande pour écarter la rareté extrême prétendue de ladite propriété. Le nombre PI ne fait donc pas exception à cette particularité, d’autres nombres (transcendants ou irrationnels) peuvent avoir leurs 20 premiers chiffres dont la somme vaut 100. Parmi 43 ou 44 nombres irrationnels ou transcendants, on en trouve 1 qui ait cette même propriété que le nombre PI.

 

Cependant, comme il est question ici des 20 premiers chiffres d’un nombre irrationnel ou transcendant, la quantité de nombres qui aient la même propriété que le nombre PI est finie.

J’estime qu’il existerait environ 2,3×10¹⁷ nombres ayant ladite propriété (la somme des 20 premiers chiffres qui est égale à 100). Cette valeur est relativement proche de celle du nombre de permutations possibles des 20 chiffres composants ces nombres (20! = 2,4329×10¹⁸).

 

© John Philip C. Manson

Résolution d’un exercice de mathématiques

Voici l’image de l’énoncé :

exercice-voile

Je crois que c’est de niveau Seconde.

Donc, pour résumer, on a une voile en forme de triangle rectangle, sur laquelle il faut coller un rectangle rouge de façon à ce que ce rectangle rouge ait la surface maximale.

Comment ça marche ? Hé bien je vais vous le dire.

Le triangle ABC a une aire constante, elle vaut 8 × 5 / 2 = 20 m².

Ensuite, l’aire du triangle ABC est égale à la somme des aires de ses différents contenus : le rectangle rouge MNAP et deux petits triangles rectangles CNM et MPB.

Je pose x = AN et y = AP.

AC×AB/2 = x.y + (y/2)(AC – x) + (x/2)(AB – y)

Je pose S = x.y = aire du rectangle rouge.

En remplaçant les côtés par leur valeur connue, je trouve ceci :

  • S = -(5/8)(x² – 8x) = -5x²/8 + 5x

sachant qu’entre-temps j’ai remplacé ‘y’ par S/x.

On a donc l’expression de l’aire S en fonction du côté x. La fonction S(x) est une parabole.

S(x) ci-dessous :

fonction-SdeX

Maintenant, pour trouver l’aire maximale, il faut calculer x tel que la dérivée dS/dx = 0.

C’est normal : quand on s’amuse à faire varier x et y, l’aire S change, elle augmente ou diminue. Quand l’aire est maximum, c’est quand la dérivée est nulle.

En dérivant la fonction S(x), je trouve dS/dx =  -10x/8 + 5 = -5x/4 + 5 = 5(-x/4 + 1) = 0

  • Solution :   x = 4 mètres.
  • Dans la fonction S(x), je remplace x par sa valeur maintenant connue, je trouve alors S = 10 mètres carrés. C’est l’aire maximale.
  •  y = S/x = 10/4 = 5/2 = 2,5 mètres.

 

Vérification :      10 + 2,5(8 − 4)/2 + 4(5 − 2,5)/2 = 20

C’est bien ça.

Remarque intéressante dans le cas où le rectangle MNAP a une aire maximum : AN = NC et AP = PB.

 

 

© 2013 John Philip C. Manson

 

Une planète géante avalée en direct par un trou noir ?

On lit dans l’article en lien que des astronomes ont auraient observé un trou noir qui avale une planète géante.

L’examen de la vidéo montre que c’est une simulation, c’est-à-dire une sorte de dessin animé ou une «vue d’artiste» comme on en voit habituellement dans la presse de vulgarisation scientifique. Je trouve que les vues d’artiste sont des représentations vulgaires et biaisées de la réalité ; je préfère de loin les photographies ou les images du spectre infrarouge qui sont fidèles à la réalité (surtout quand il s’agit des images prises par le télescope spatial Hubble).

Le premier paragraphe de Maxisciences décrit le trou noir comme si c’était un volcan en réveil, c’est ce que cela suggère implicitement. La description ne correspond donc pas à l’astrophysique des trous noirs telle qu’on la connaît dans le cadre de la relativité générale. Un trou noir absorbe la matière à sa portée dès que ce trou noir s’est formé par effondrement gravitationnel sur lui-même, l’assimilation de matière par un trou noir est continuelle, elle n’a aucun phase de repos ni de réveil…

Dans le deuxième paragraphe, cela parle du satellite INTEGRAL. Celui-ci existe bien : c’est le «International Gamma Rays Astrophysics Laboratory», un satellite de 3 tonnes et demie. (http://fr.wikipedia.org/wiki/International_Gamma-Ray_Astrophysics_Laboratory). Il faut préciser que ce satellite ne permet pas des observations dans le spectre visible, il est un détecteur de rayons gamma et X.

Détection de planète avalée par un trou noir, ou alors il s’agit d’un autre événement ?

La chronique récente de l’astrophysique a évoqué l’hypothétique découverte de la matière noire sur la base de détection de positrons (anti-électrons = antimatière). Mais pas de planète géante a priori. L’instrument SPI du satellite  INTEGRAL a permis de réaliser une carte de la distribution des émissions de rayons gamma à 511 keV (kilo-électronvolts) qui sont produits lors de l’annihilation positron/électron. Les scientifiques ont ainsi pu déterminer qu’environ la moitié de l’antimatière produite dans la galaxie l’était par des trous noirs ou étoiles à neutrons arrachant de la matière à un compagnon de masse inférieure ou égale à celle du Soleil. Concernant la matière noire, toujours hypothétique, il faudra des preuves convaincantes. INTEGRAL, à ma connaissance, n’a pas détecté de planète géante. Et j’apprends aussi que la détection récente des positrons concerne le centre de notre propre Galaxie, donc pas NGC 4845. (http://smsc.cnes.fr/INTEGRAL/Fr/lien3_res.htm)

Marek Nikolajuk est authentiquement un physicien polonais. Via le site internet de l’ESA, j’en apprends davantage : la galaxie NGC 4845 (à 47 millions d’années-lumière de nous) a émis des rayonnements à haute énergie. C’est cet événement inhabituel qui suggère l’idée inadaptée d’un «réveil». Les astronomes affectés à l’étude ont conclu à un objet substellaire comme cause du rayonnement, un objet ayant 14 à 30 fois la masse de la planète Jupiter. Ils n’évoquent pas une planète géante, ils décrivent l’objet comme étant plutôt une naine brune (une étoile avortée car peu suffisamment massive). (http://www.esa.int/Our_Activities/Space_Science/Black_hole_wakes_up_and_has_a_light_snack?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+google%2FqkAO+%28Science%29) Mais l’hypothèse d’une super-Jupiter n’est pas écartée.
Il est question ici d’un trou noir galactique de 300 000 masses solaires. Le retard de 2 ou 3 mois entre la brillance et l’atténuation des rayons gamma, selon moi cela pourrait peut-être dû à l’objet orbital qui perd peu à peu sa grosse atmosphère dans le trou noir, ce dernier subirait alors une augmentation de son moment cinétique, et dont la conséquence est un éloignement progressif de l’objet en orbite, augmentant du coup peu à peu sa période orbitale.
En savoir plus avec le spectre visible ? Très peu envisageable, étant donné la distance (47 millions d’années-lumière). On sait que le télescope spatial Hubble a une résolution d’image de 0,1 seconde d’arc. Si Hubble observait la galaxie NGC 4845, un zoom sur une distance de 47 millions d’années-lumière permettrait de pouvoir pixeliser des objets dont l’envergure est supérieure ou égale à 22,8 années-lumière. Une naine brune a un diamètre de plusieurs milliers de km, c’est ponctuel par rapport au pixel critique de 22,8 années-lumière. Il est donc impossible d’observer directement (dans le spectre visible) l’image de l’objet substellaire qui orbiterait autour du trou noir.
Le rayon de Schwarzschild du trou noir de NGC 4845 est d’environ 890 000 km, très inférieur aux 22,8 années-lumière qui forment le côté d’un pixel d’une image que pourrait faire le télescope spatial Hubble.
En revanche, on peut mesurer les rayons gamma. L’énergie d’un seul rayon gamma ou X suffit, à elle seule, d’avoir une information sur un événement en astrophysique qui soit capable d’initier une énergie élevée. Les rayons gamma ne sont pas là pour structurer une image comme une photo d’un objet lointain. L’info essentielle ici c’est l’énergie du rayonnement électromagnétique et celle des positrons mesurés.
Remarque : l’ESA indique que le trou noir aurait une masse de 300 000 masses solaires, tandis que Maxisciences rapporte qu’il serait de 100 000 masses solaires. Il y a une erreur. Pourquoi les rédacteurs ne se relisent-ils pas ? Bon allez, je l’avoue : j’aurais adoré être journaliste scientifique, l’astronomie est un sujet que je connais par cœur depuis 1985, je maîtrise l’astronomie même mieux que mon métier de formation (la chimie). J’estime que la rigueur, la passion des sciences et le sens critique font partie du métier de journaliste scientifique, c’est indispensable. Le mieux serait que les scientifiques eux-mêmes communiquent sur leurs propres découvertes, sans faire relayer les informations par des intermédiaires… Mais les scientifiques sont déjà très occupés.
Tout cela me fait penser à un jeu amusant : le téléphone arabe. (http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9l%C3%A9phone_arabe) Le jeu du téléphone arabe consiste à faire circuler rapidement de bouche à oreille à travers une file de joueurs, une phrase inventée par le premier d’entre eux puis récitée à voix haute par le dernier. L’intérêt du jeu est de comparer la version finale de la phrase à sa version initiale. En effet, avec les éventuelles erreurs d’articulation, de prononciation, les confusions entre des mots et des sons, la phrase finale peut être tout à fait différente de la phrase initiale. (« Nous sommes l’élite de la nation » pouvant devenir « Nous sommes l’hélice de la passion »). L’intérêt du jeu croît avec le nombre de joueurs et la complexité du message à échanger.
J’imagine une variante du téléphone arabe : le téléphone scientifique. Les règles sont les mêmes : on transmet la parole de bouche à oreille, mais en racontant à son voisin un résumé d’article scientifique, en prenant une source officielle (par exemple, l’ESA) comme texte d’origine. L’évolution de l’info retransmise d’une personne à l’autre est peu à peu dénaturée, le sens général du texte scientifique devient confus, évasif, abscons, simpliste, réducteur. Au pire, il devient bourré d’erreurs scientifiques. La perte de qualité de l’info dans le jeu du téléphone scientifique est proportionnelle à la complexité de la source d’origine et inversement proportionnelle au degré de connaissances scientifiques des participants du jeu.  Avec les médias modernes (notamment sur le web) qui s’improvisent dans le journalisme scientifique, la variante scientifique du téléphone arabe c’est ce qui se passe tous les jours. Sans recul critique, les lecteurs (et les rédacteurs aussi) peuvent ne pas déceler des erreurs, et considérer celles-ci comme étant des infos fiables… Pourtant, et j’ai des preuves dans mon blog, l’information est faillible : lire ceci https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/28/une-erreur-dans-un-livre-de-thermodynamique-pour-ingenieurs/ et cela https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/ L’erreur est humaine, persévérer est diabolique.  🙂
L’information scientifique c’est faillible, c’est comme la viande de cheval dans les lasagnes de bœuf. C’est pour cela qu’il faut toujours faire des analyses.
cheval
© 2013 John Philip C. Manson

La clé des mathématiques

  • Créé le 2 novembre 2011 dans mon premier blog désormais disparu, cet article est restauré le 28 janvier 2013 ici.

Ce n’est pas parce que l’on n’est pas doué en maths que cela signifie que l’on n’aime pas les maths. Ayant été toujours un élève attentif, il m’est souvent arrivé d’avoir des problèmes de compréhension des mathématiques. Pour ainsi dire, j’étais médiocre à l’école primaire en maths, notamment pour faire une division à la main.

Ce n’est pas par manque d’intérêt mais à cause de la façon dont les maths sont enseignées. Après le bac, à l’université, il faut l’avouer, les maths c’est bien pire qu’au lycée.

Produire de bons résultats en maths est une mécanique liée à l’application de formules apprises en cours, mais calculer n’est pas comprendre. C’est une mécanique infernale qui, quand elle tombe sur un grain de sable, finit par bloquer. La vraie difficulté des maths est un problème profond lié à son enseignement, on ne voit que la partie émergée de l’iceberg. En effet : comment mesure t-on la compréhension des élèves en classe de maths ? En vérifiant qu’ils trouvent le bon résultat à un exercice. Mais pas en évaluant la compréhension de l’essence des maths.

Nous pourrions mettre en évidence ce problème réel avec un exemple anecdotique (l’âge du capitaine), d’après un texte de Gustave Flaubert :

  • « Puisque tu fais de la géométrie et de la trigonométrie, je vais te donner un problème : Un navire est en mer, il est parti de Boston chargé de coton, il jauge 200 tonneaux, il fait voile vers Le Havre, le grand mât est cassé, il y a un mousse sur le gaillard d’avant, les passagers sont au nombre de douze, le vent souffle Nord-Nord-Est, l’horloge marque trois heures un quart d’après-midi, on est au mois de mai… On demande de calculer l’âge du capitaine. » 

Il suffit d’appliquer ce test à une classe de CM2 et à une classe de Terminale pour se convaincre qu’il existe un problème de compréhension des maths. On peut donner ce test pour évaluer nos propres enfants à la maison à l’heure de faire les devoirs. Plusieurs élèves auront donné une solution alors qu’il n’y en a pas… Parce qu’il n’y a pas de lien de causalité entre les données et le résultat demandé. Il faut absolument se méfier des pseudo-savoirs intuitifs.

Dans l’enseignement quotidien, à aucun moment il ne viendrait à l’idée d’un prof de maths, ou d’un chercheur en pédagogie, de demander à un élève : « Oui, tu as trouvé le bon résultat… mais que signifie ce résultat ? »

Ce problème existe au collège et au lycée, et même en math sup ou math spé – où les étudiants n’ont même pas conscience du lien entre une dérivée et une tangente… Mais ils trouvent quand même les bons résultats aux équations différentielles. Ahurissant, non ? Évidemment à ce niveau, on ne dira jamais que ces étudiants sont en difficultés mathématiques… Je parle en connaissance de cause : au lycée, je savais très bien calculer une dérivée mais je ne savais pas à quoi cela pouvait servir.

Appliquer des formules ne suffit pas. Les maths doivent nécessairement conduire à des raisonnements, à un argumentaire. Qui sait retranscrire de façon littéraire le langage mathématique, en détaillant à plat, mot à mot, les subtilités ? La plupart des élèves posent des chiffres et des notations mathématiques sans écrire de texte qui explique leur raisonnement.

Le problème de base dans la compréhension des maths, c’est de faire connaître des définitions. Dire qu’une fonction est dérivable parce que (f(b) — f(a)) / (b — a) c’est seulement braire des formules prédigérées, mais ça n’est pas exprimer un raisonnement.

Ce que j’essaie d’expliquer, c’est que les profs de maths devraient illustrer chaque cours par des exemples concrets.

Par exemple, il y a un an sur Yahoo QR, j’ai eu l’occasion de répondre à une question «Qu’est ce qu’une fonction dérivée concrètement ?» et j’ai répondu en donnant un exemple, j’ai carrément fait un cours dessus. Je reproduis cette anecdote ci-dessous :

Le principal défaut de quelques profs de maths est de balancer des équations sans même les expliquer en détail. Cette mésaventure en tant qu’élève m’est arrivée au lycée. La source de confusion la plus fréquente en maths (et dans les sciences) ce sont les lacunes dans les définitions. Par exemple, ce n’est que relativement tardivement que j’ai compris l’enjeu de la nécessité des critères épistémologiques (dont celui de la réfutabilité) qui sont le fondement de la démarche scientifique. Cette mésaventure m’a également concerné dans les dérivées en maths. On savait tous calculer les dérivées mais on ignorait à quoi ça servait. Après, il ne faut pas s’étonner que les jeunes ne s’intéressent pas aux sciences. Des maths trop abstraites et absconses, mal présentées, prennent une apparence proche (à tort) du mysticisme de la numérologie, et ça peut conduire à un abandon injuste par les élèves. Mais les maths valent la peine d’être apprises car c’est un domaine passionnant quand il est bien compris.

La dérivée d’une fonction décrit la pente positive ou négative d’une fonction.

Je vais prendre l’exemple de la parabole du mouvement de chute libre avec une vitesse initiale qui s’oppose à la gravitation. L’axe des abscisses sera l’axe du temps t, l’axe des ordonnées sera la hauteur z en fonction de t. La fonction d’un corps qui s’oppose à la pesanteur avec une vitesse v depuis z(0) = 0 avec une vitesse initiale donnée sera la suivante : z(t) = v*t — (1/2) g*t²

Avec t le temps, g = accélération de la pesanteur terrestre, v la vitesse initiale.

On le voit, c’est une fonction parabolique qui décrit une courbe. En examinant la fonction, la parabole atteint une altitude maximum h au bout d’un temps tx.

La dérivée de la fonction est dz/dt = v — g*t
Les lycéens peuvent la calculer facilement, mais souvent il peut arriver qu’ils ne savent pas à quoi ça sert.

La dérivée est nulle dz/dt = 0 lorsque la fonction z(t) a une pente nulle (endroit du point où la tangente est parallèle à l’axe t), Ce point correspond à l’altitude maximale dans notre cas concret.

Comment calculer h = z(tx) grâce à notre dérivée ? La notation x indique un indice pour un t qui désigne le temps auquel l’altitude z est maximale.

Puisque dz/dt = v — g*tx = 0

Alors v = g*tx et donc tx = v/g

Puisque h = z(tx) = v*tx — (1/2) g*tx²
alors h = v*(v/g) — (1/2) g * v²/g²

h = v²/g — (1/2) v²/g

h = v²/g (1 — 1/2) = (1/2) v²/g

On a ainsi pu calculer l’altitude maximale atteinte par un projectile tiré verticalement, en fonction de sa vitesse et de g, en éliminant t. Et ceci grâce au calcul de la dérivée.

Une petite précision : la dérivée est positive lorsque le projectile n’a pas encore atteint son altitude maximale, puis négative après cette étape.

Sources :

Mécanique

Je trouve que c’est important de présenter une explication simple et claire sous la forme littéraire. Si un matheux sait calculer des dérivées mais sans savoir les expliquer simplement, c’est un robot. Certaines réponses, pas forcément ici, me font penser à une visite de notre ami googlebot. :)

  • Il y a 1 an
  • 1 Évaluation : bonne réponse
  • 0 Évaluation : mauvaise réponse
Évaluation du demandeur :
 
Commentaire du demandeur :
Merci beaucoup ! Je comprends enfin ! Pourtant ce n’est pas faute d’avoir posé la question à mon prof de Maths, qui nous répondait « c’est là où est le délicat des Maths, on ne peut pas dire concrètement que.. blablabla.. »

Il faut absolument réformer l’enseignement des sciences, surtout les maths, en France. Nous traversons une crise de la filière scientifique qui compte de moins en moins de vocations d’année en année…

La clé des maths n’est pas dans les résultats par des chiffres dans les exercices, c’est avant tout essentiellement la maîtrise du langage, c’est la clé de la compréhension. Ce qui manque dans les maths c’est la pédagogie. Croire que donner des formules sans les expliquer par des exemples concrets est avoir fait son travail, c’est faire une erreur dont les conséquences est le décrochage des jeunes envers les sciences.

«Pour la seule France, selon les statistiques 2011 du ministère de l’Éducation Nationale, la licence de sciences n’attire que 11% des bacheliers contre 24% en 1996 et 17% en 2002. Entre 2002 et 2009, le nombre d’étudiants en formation scientifique ou en ingénierie a décru de 5,9%, celui des étudiants en sciences fondamentales de 17%, celui des SVT de 9,4%.»   (P. Bruckner, dans «Le fanatisme de l’Apocalypse», p.172 et 173)

© 2011-2012-2013 John Philip C. Manson

Le livre «Le fanatisme de l’Apocalypse», de Pascal Bruckner

  • Cet article, publié le 28 janvier 2013, est le duplicata de l’article publié le 23 octobre 2011 sur unblog (disparu depuis) : http://jpmanson.unblog.fr/2011/10/23/le-livre-le-fanatisme-de-lapocalypse-de-pascal-bruckner/

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Ceux qui aiment les livres seront probablement intéressés par le livre de monsieur P. Bruckner car il ouvre un débat réaliste et intéressant, je vais acheter j’ai acheté ce livre (cliquez sur l’image ci-dessous) : 

J’ai commencé la lecture du livre de Pascal Bruckner. C’est un livre intéressant.

La lecture éveille l’intérêt dès les premières pages. L’auteur présente une analyse brillamment rédigée à propos de ce qu’est devenue l’écologie à notre époque, une écologie devenue idéologique et dans laquelle de nombreux militants ne s’y reconnaissent plus.

Comme M. Bruckner, je sais qu’une partie de l’écologie est devenue une idéologie apparentée au communisme totalitaire, un écologisme antihumaniste, voire un eugénisme malthusien à travers lequel la Terre, incarnée en déesse Gaïa, remplace le Christ qui doit mourir crucifié pour racheter le péché du monde, un écologisme où l’humanité devrait se sacrifier voire disparaître pour sauver Gaïa… Le «Fanatisme de l’apocalypse» révèle des choses fort intéressantes et je recommande la lecture de ce livre. Je vous recommande de lire notamment les pages 28, 29, 30 et 31. Je pensais depuis quelques temps que l’écologisme politique est sectaire, la réalité c’est presque pire…

Je continue la lecture du livre, je donnerai quelques autres détails intéressants au fur et à mesure. Je pense que l’auteur lui-même pourrait être intéressé par mon présent article. Il est possible de développer la plupart des points évoqués dans le livre. En effet, l’auteur présente une analyse de l’écologisme fanatique à travers les aspects sociologiques, politiques et psychologiques, c’est très intéressant. L’analyse des arguments des écologistes par une vérification mathématique montre même que les discours apparemment «scientifiques» des écolos comportent souvent des erreurs quantitatives, c’est ce qu’on va voir ci-dessous.

Parmi les informations intéressantes du livre, en voici une :

  • Monsieur Bruckner a cité la phrase d’un député dont je tairai le nom, page 31, un député qui s’exprime en ces termes en 2009, en proposant de pénaliser les couples qui mettent en route la conception d’un troisième enfant au motif qu’un bébé, c’est, en termes de pollution, 620 allers-retours en avion Paris-New York…

De tels propos de la part d’un élu sont graves. De plus, un calcul minutieux montre que la comparaison affirmée par le député est fausse !

Démonstration ci-dessous :

  • Un avion produit environ 160 g de CO2 par km (source : essperans.fr)
  • Un homme au repos produit environ 0,04 L de CO2 par litre d’air expiré (source : http://www.astrotophe.fr.nf/environnement/co2_respiration.php) ce qui fait 4,7 g de CO2 expiré par heure, mais une autre source dit que Un humain rejette en moyenne 50g/heure de CO2 (source : http://www.auto-magique.com/Retablir-la-verite.htm)
  • Des sources plus précises indiquent qu’un homme expire 6 L d’air par minute. Mon calcul personnel se base sur 1/5e de cet air qui est la proportion en dioxygène et qui est théoriquement la même pour le CO2 expiré (si 100% de l’oxygène est consommé pour produire du CO2 avec rendement de 100%), soit 1,2 L de CO2 par minute donc 72 L de CO2 par heure, ce qui équivaut à 3,21 mole de CO2 par heure, donc 141,43 g/h de CO2 expiré. Il s’agit là d’une limite biologique maximum.
  • Un trajet Paris-NY en avion c’est une production de 160g de CO2 par km pour une distance parcourue de 5851 km, ce qui correspond à 936160 g de CO2, soit donc 936,16 kg de CO2 émis par un aller en avion de Paris à NY. Ainsi, un aller-retour c’est le double de la masse : soit 1872,32 kg de CO2.
  • Ainsi, 620 aller-retours Paris-New York c’est 1872,32 kg multiplié par 620, ce qui est égal à 1 160 838,4 kg de CO2, soit 1160,8 tonnes de CO2 environ.
  • Maintenant, comparons ceci à un être humain, avec la limite maximum : un homme adulte produit 141,43 g/h de CO2 au maximum, ce qui correspond à 3394,32 g/jour, donc environ 3,4 kg/jour, soit environ 1241,85 kg par année au maximum.
  • La conception d’un bébé, de l’embryon à la naissance a une durée de 9 mois, ainsi si le bébé en développement produisait autant de CO2 qu’un homme adulte, cela correspondrait à environ  931,39 kg de CO2 en 9 mois. Or justement, pour être réaliste, un bébé a une capacité pulmonaire beaucoup plus petite que celle d’un adulte, et pire encore : un bébé qui n’est pas encore né ne respire pas encore, puisqu’il dépend d’un cordon ombilical et d’un placenta, et la mère enceinte produit autant de CO2 que si elle n’était pas gravide. Ainsi, affirmer qu’un bébé est une source de CO2 c’est être autant stupide que sectaire…

 

  • Bilan :  qu’est-ce que 931 à 1242 kg environ comparé à 1161 tonnes de CO2 environ ? Environ une différence d’un facteur 1000… Mon calcul a même montré une différence d’un facteur 1000 au moins : l’affirmation selon laquelle l’homme expire autant de CO2 que 620 allers-retours en avion entre Paris et NY est fausse, l’homme expire (en 9 mois ou 1 an) en réalité plus de 1000 fois moins que 620 allers-retours.

« La culture de la peur a toujours constitué l’instrument favori des dictatures : les démocraties ne peuvent qu’en faire un usage limité sous peine de se détruire. » (Pascal Bruckner, in « Le fanatisme de l’Apocalypse », p. 47) 

«Le contraire de la vérité, ce n’est pas le mensonge, ce sont les convictions.»  (Nietzsche, cité à la page 81)

Page 99, l’auteur explique que la fin du monde est un mythe, que 183 fins du monde annoncées ne se sont pas produites, et cite pour exemples des cas célèbres comme l’astrologue E. Tessier qui prévint en 1999 que la sonde Cassini s’écrasera sur Terre le 24/07/1999, et cite aussi un célèbre couturier qui redouta l’écrasement de la station Mir le jour de l’éclipse solaire du 11/08/1999, sans oublier le bug informatique lors du passage à l’an 2000, et surtout l’imposture de la fin du monde en 2008 par la création d’un trou noir dans le LHC du CERN et qui disloquerait l’univers… Dans le lien ci-contre, j’explique pourquoi la fin du monde à cause du LHC est impossible.

Je suis actuellement à la page 120 du livre. C’est fort intéressant. Pour résumer, l’auteur démontre les dérives de l’écologisme anxiogène. Une analyse quantitative des pseudo-arguments des écolo-idéologues aurait été très intéressante, mais je pourrais éventuellement le faire dans mon article ici pour développer le texte de l’auteur afin de mieux appuyer son analyse.

Voici une bonne citation qui résume le fond de ma pensée :

«Les écologistes, tout à leur science-fiction éthique, se soucient plus de nos méfaits éventuels que des injustices présentes. Sous l’ingéniosité de la prophétie se cachent les grosses ficelles de la propagande : détourner l’attention des misères d’aujourd’hui.» (citation de P. Bruckner, page 93)

Lire soigneusement les arguments des pages 117 et 118 et 119, je n’ai guère le temps d’en résumer le contenu, mais ça résume très bien ce que je pensais déjà.

Page 121, je cite : Faut-il s’escrimer à faire chuter le thermomètre par les moyens les plus saugrenus — répandre dans la stratosphère un million de tonnes de particules de sulfate afin que celles-ci reflètent la lumière du soleil comme le recommande un prix Nobel de chimie ? 

En effet, un tel remède serait pire que le «mal» à combattre. J’ai déjà entendu parler d’autres idées autant saugrenues que celle-là à propos de la manipulation irrationnelle du climat, par exemple : «faites sauter la lune et il fera toujours beau» , idée farfelue qui a trouvé écho dans Science-et-Vie il y a plusieurs années. Puis aussi, l’épandage de sel ferrique dans les océans, le fer stimulerait la croissance du plancton végétal, et donc la capture de dioxyde de carbone…

Un peu de bon sens nous ferait prendre conscience que répandre du sulfate dans l’air présente un problème évident de pollution chimique grave. Faire sauter la lune aussi, avec des conséquences désastreuses. L’épandage de fer dans les océans, lui, aurait des conséquences graves, cette pollution chimique peut déséquilibrer tout l’écosystème marin. Décidément, l’écologisme est dangereux : «sauver» le climat de la Terre en provoquant une perturbation chimique grave de l’environnement, c’est désespéramment irrationnel.

  • Je dois également attirer l’attention sur la page 121, dans laquelle je relève ce passage : «[…] au lieu d’aider les pays et les îles menacés à se protéger contre une éventuelle montée des eaux (même si depuis 1992 la hausse du niveau des mers est restée remarquablement stable, 3,3 mm par an en dépit de la fonte des calottes polaires).»

Voici mon analyse :

La fonte des glaces polaires flottantes, en vertu du fameux principe d’Archimède, ne fait absolument pas varier le niveau des mers. J’ai exposé des arguments ici : http://jpmanson.unblog.fr/2011/10/09/la-fonte-de-la-banquise-arctique-fait-elle-augmenter-le-niveau-de-la-mer/

(L’article de unblog ci-dessus n’existe plus sur le web, une sauvegarde pourrait être restaurée sur le blog de WordPress ici, mais il y existe toutefois un article plus récent : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/01/25/les-icebergs-flottants-ne-font-pas-varier-le-niveau-des-mers-en-fondant/ )

Maintenant, pour les 3,3 mm par an d’élévation du niveau de la mer, on peut l’interpréter de deux manières : la fonte progressive des glaciers continentaux, et la dilatation thermique de l’eau de mer.

3,3 mm/an ça correspond à 330 mm par siècle, soit 33 cm ou 0,33 m. Ainsi, un rapide calcul de volume montre qu’une élévation de 33 cm en un siècle du niveau de la mer à cause de la fonte des glaciers correspond à une augmentation de volume proche de 1,69 * 10¹⁴ m³, soit près de 169 mille milliards de tonnes d’eau douce ajoutées aux océans en un siècle. Ce chiffre colle t-il à la réalité ? De plus, il existe une grosse incertitude sur la masse des eaux mobilisées, de même qu’on ne peut pas dire avec précision certaine que le niveau varie de 3,3 mm par an, compte tenu des effets des marées dont il est même farfelu de tenter de calculer la moyenne. Il ne peut y avoir de donnée quantitative fiable quand celle-ci est noyée dans une marge de plusieurs incertitudes… Et lorsque la problématique du niveau de la mer dépend de la dilatation thermique de l’eau, alors sachant que la température a augmenté de 0,74°C en un siècle, et que le niveau marin a augmenté de 33 cm en un siècle, une simple équation permet de calculer la profondeur standard choisie par les climatologues pour servir d’étalon pour l’estimation de la variation de niveau : ΔL = Lo × α × ΔT avec α = coefficient de dilatation thermique = 0,00026 K⁻¹ pour l’eau, ΔT = 0,74 K et ΔL = 0,33 m. On trouve alors Lo = ΔL / (α × ΔT) = 0,33 / (0,00026 × 0,74) = 1715,18 mètres. Pourquoi justement 1715,18 mètres ? On ne sait même pas à quelle profondeur maximale jusqu’à laquelle la dilatation thermique peut agir, l’incertitude est très grande, sachant que la profondeur moyenne des océans est d’environ 3,7 à 3,8 km…

Me voici arrivé à la page 173. Le ton du livre est un pamphlet empli d’humour caustique qui se moque des dérives de l’écologisme qui s’enfonce dans le fanatisme. L’écologisme et sa culpabilisation outrancière de l’humanité, ça semble souhaiter la mort même de l’humanité. Ah mais non, mourir ça pollue, la fermentation cadavérique ça émet plein de CO2 ! C’est interdit de vivre, nous devrions avoir honte d’exister, et de plus c’est interdit de mourir, cruel dilemme. C’est devenu une sorte d’Inquisition : les fanatiques décident péremptoirement, ils affirment, ils fixent des dogmes, et toute critique est sévèrement réprimée (les scientifiques sont condamnés au bûcher, ah non ça émet du CO2, l’électrocution alors, ah bah non, puisqu’il faut économiser l’énergie).  😀

Ce qui manque dans ce bouquin amusant c’est un approfondissement de l’étude de l’écologisme pseudo-scientifique, par la démonstration par l’absurde : on reprend mot pour mot les affirmations quantitatives des fanatiques, et on pousse jusqu’au bout le raisonnement, et on s’aperçoit systématiquement que les propos des nouveaux prophètes ne sont pas cohérents ni factuels (par exemple le cas de l’anecdote des 620 allers-retour Paris-New York ci-dessus).

Ce qui manque aussi, c’est de présenter un contraste entre ce qui est dénoncé (le fanatisme idéologique) et la vraie écologie (les militants pour une agriculture traditionnelle dans le monde rural, la résistance des apiculteurs contre la pollution des champs par les pesticides et contre les discours éco-pseudoscientifiques). Il serait important de rappeler le rôle de la science dans le progrès de nos connaissances sur l’environnement, par exemple en agronomie, en hydrologie, etc, et c’est malheureusement noyé dans la masse médiatique excessive des marchands de malheur qui nous les brisent avec l’apologie de la fin du monde en nous promettant les pires scénarii. Ce qui est proprement effrayant, c’est de commencer de voir les entreprises et même certains instituts reprendre le vocabulaire et les slogans des fanatiques, ça circule en boucle tous les jours, un vrai lavage de cerveau.

Ce qu’il faudrait faire, c’est écrire un bouquin complet à propos de l’amalgame dangereux entre les sciences de la Nature, l’obscurantisme idéologique et le pouvoir politique, cela constitue un danger qui menace à la fois le système économique, nos libertés et les vocations pour les sciences par l’extinction de l’objectivisme et celle de l’esprit critique. Vigilance, je le dis, vigilance !
Le livre «Le fanatisme de l’Apocalypse» est très amusant, sauf pour les écolos qui se sentent visés, même quand ceux-ci n’ont pas lu le livre…

En effet, les écolos rejettent ce livre polémique, en l’accusant de caricaturer l’écologie, en le qualifiant de travail nauséabond. Mais je ferai remarquer qu’à part les attaques «ad hominem», les écolos n’ont aucun argument objectif en leur faveur.

Moi-même, j’ai constaté des dérives scandaleuses qui ont transformé le militantisme naturaliste en activisme obscurantiste depuis ces dernières années. Il suffit d’éplucher la presse à travers les articles pro-écolo (ou autoproclamés comme tels) : lorsqu’on vérifie par calculs, ça ne colle pas, et les conséquences de décisions sur la base des affirmations invérifiées sur le plan quantitatif font qu’un tel aveuglement constitue une menace pour la société.

Voici quelques citations authentiques :

  • « L’ennemi ne vient pas de l’extérieur, il siège à l’intérieur de nous-mêmes. »  N. Hulot
  • « L’homme est le cancer de la terre. » Y. Paccalet (disciple de Cousteau)
  • « Il faudrait supprimer 350 000 personnes par jour pour retrouver un équilibre entre l’humanité et la nature. » Cousteau
  • « La disparition complète de l’espèce humaine ne serait pas une catastrophe morale, mais plutôt un événement que le reste de la communauté de vie applaudirait à deux mains. »  P. Taylor

Je ne vais évidemment pas reproduire le livre. Procurez-vous le livre.  :)

  • Voici une vidéo avec Pascal Bruckner chez Laurent Ruquier :

Bruckner Ecologie Vs Polony Vs Pulvar [Pol]… par peanutsie

Un texte satirique et ironique de Voltaire est très actuel dans le contexte de l’écofanatisme misanthrope :

Lettre de Voltaire à Jean-Jacques Rousseau Aux Délices, près de Genève (30 août 1755)

  • «J’ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain ; je vous en remercie ; vous plairez aux hommes à qui vous dites leurs vérités, et vous ne les corrigerez pas. Vous peignez avec des couleurs bien vraies les horreurs de la société humaine dont l’ignorance et la faiblesse se promettent tant de douceurs. On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre Bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j’en ai perdu l’habitude, je sens malheureusement qu’il m’est impossible de la reprendre. Et je laisse cette allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes, que vous et moi. Je ne peux non plus m’embarquer pour aller trouver les sauvages du Canada, premièrement parce que les maladies auxquelles je suis condamné me rendent un médecin d’Europe nécessaire, secondement parce que la guerre est portée dans ce pays-là, et que les exemples de nos nations ont rendu les sauvages presque aussi méchants que nous. Je me borne à être un sauvage paisible dans la solitude que j’ai choisie auprès de votre patrie où vous devriez être. J’avoue avec vous que les belles lettres, et les sciences ont causés quelquefois beaucoup de mal.
  • Les ennemis du Tasse firent de sa vie un tissu de malheurs, ceux de Galilée le firent gémir dans les prisons à soixante et dix ans pour avoir connu le mouvement de la terre, et ce qu’il y a de plus honteux c’est qu’ils l’obligèrent à se rétracter.»

Page 156 du livre de M. Bruckner, je cite : Dans un monastère bouddhiste du Tibet, niché à plus de 5000 mètres, des moines récitent, jour et nuit, les 9 milliards de versions du nom de Dieu, chacune contenant au moins 9 caractères. Une légende prétend qu’au terme de cet exercice, la vie devrait cesser sur terre.

Cette phrase, extraite d’un livre d’Arthur C. Clarke écrit en 1954, comporte deux contradictions :

  • Premièrement, dans le bouddhisme, il n’y a pas de croyance en un dieu, parce que Bouddha était un homme comme vous et moi. Le bouddhisme étant une philosophie, un principe de vie, ce n’est pas un monothéisme ni un déisme.
  • Deuxièmement, les combinaisons alphabétiques ou phonétiques au moyen d’au moins 9 caractères, ça correspond à plus de 5429 milliards de combinaisons possibles. Pour qu’on ait une chance de tomber sur 9 milliards de noms recherchés sur ces 5429 milliards, ça donne une chance statistique de l’ordre de 1 sur 603 environ, ce qui accorde un temps de recherche raisonnable, c’est-à-dire assez court. En effet, si un moine passe environ 30 ans de sa vie à réciter des combinaisons, et que des générations de milliers de moines aient récité eux-mêmes ces combinaisons, la fin du programme aurait déjà été achevée…

Ensuite, pour vous faire une idée de ce que sont les sciences selon le point de vue de certains portails du web francophone, voici une capture d’écran assez explicite du site des news de «Yooha!» (nom volontairement parodié) :

sciencesfory

En cliquant sur Sciences, un menu déroulant affiche la liste des «sciences» du portail francophone :

  • catastrophes naturelles,
  • environnement,
  • météo,
  • nucléaire.

Tout est focalisé et orienté sur l’environnementalisme et l’écologisme marketing ou politique, avec la pensée de base : catastrophisme, alarmisme, antinucléarisme, climatisme… avec une seule monnaie, la peur. La connaissance ? L’esprit critique ? Tout a disparu en fumée…

Les sciences, traditionnellement, regroupent des spécialités connues, comme les mathématiques, la physique, la biologie, la chimie, mais où est-ce qu’elles sont passées ???

Voila, c’est ça que je dénonce !

Page 180 du livre de M. Bruckner, je cite : «Un site internet consacré à la « cuisine éthique » et aux méfait de l’alimentation carnée explique que la production d’un kg de veau rejette autant de gaz à effet de serre qu’un trajet automobile de 220 km».

Et quand on mange des flageolets, c’est-à-dire en pratiquant le végétarisme, ne produit-on pas davantage de pets qui contribuent à l’effet de serre ??

Je vérifie quantitativement par le calcul (c’est la moindre des choses de vérifier, non ?) :

  • Dans 1 kg de veau, il y a environ 66% d’eau, c’est-à-dire qu’il y a environ 666 g d’eau liquide et 333 g de viande anhydre.
  • Si cette masse sèche de veau était transformée en CO2 avec un rendement optimal, à la limite maximum de ce que le permet la chimie, alors 333 g de masse sèche aurait produit 1,22 kg de CO2 si cette masse avait été du charbon pur. Dans la réalité, 1,22 kg de CO2 est un maximum, et s’il y a émission de CO2 elle est massiquement plus faible que ce seuil. Mais pour être réaliste, la consommation carnée ne produit pas du CO2, peut-être un peu de méthane, mais l’essentiel des protéines est métabolisé sous forme d’acides aminées dans l’organisme…
  • Une voiture émet environ 90 g de CO2 par km parcouru. Alors 220 km ça correspond à 19,8 kg de CO2. On s’aperçoit que ça ne colle pas avec le calcul ci-dessus.
  • Mais si l’on calcul sur la base d’un autre raisonnement : l’élevage d’un veau, de sa naissance jusqu’à sa mort dans nos assiettes, alors on parlera en taux de CO2 émis par la respiration du veau.
  • Un veau respire avec un volume de plus de 6 L d’air par minute, la capacité respiratoire d’un veau est a priori supérieure à celle d’un être humain qui est biologiquement plus petit.
  • J’apprends que la législation dit qu’en France un arrêté ministériel du 20 décembre 1994 fixe l’âge d’abattage du veau à 6 mois maximum.
  • Six mois de respiration pulmonaire bovine, ça représente un volume de 1,58 millions de litres d’air respiré, soit un taux approximatif de 316000 litres de CO2 émis (au maximum, si 100% du dioxygène inspiré par le veau est consommé et réémis sous forme de CO2).
  • Et 316000 L de CO2, ça correspond à environ 621 kg de CO2. On le voit, là non plus ça ne colle pas avec les chiffres précédents.
  • De toute évidence, les chiffres fournis par l’écologisme sont fantaisistes. Ce n’est plus des statistiques économiques, c’est de la numérologie, avec des experts d’opérette. Ou alors, rien du tout n’a été calculé. S’ils veulent être pris au sérieux, ils n’ont qu’à faire preuve de transparence, sur l’appui des faits.
  • Maintenant, pour terminer et pour être clair avec la polémique, je calcule le bilan calorique des réactions chimiques : sachant qu’un kg de veau équivaut à environ 1350 kcalories (soit 5656,5 kJ), alors la réaction de combustion complète de l’octane a un bilan énergétique de 44307 kJ par kg d’octane, soit environ 14400 kJ par kg de CO2 émis. Ainsi, 220 km parcourus en bagnole, ça correspond à une réaction de combustion mobilisant 19,8 kg CO2 multiplié par 14400 kJ = 285120 kJ d’énergie. Ce qui est un résultat très différent des 5656,5 kJ du kg de veau… Conclusion : même avec le calcul du bilan énergétique, ça ne colle pas non plus !

Encore une quinzaine de pages et j’ai terminé la lecture du livre.

Page 258, je cite :

« Nous vivons le temps des avant-gardes régressistes : faute d’inventer, elles dénigrent. Et l’écologie ajoute à ce ressentiment général la caution douteuse de la science. »

Pages 264 et 265, je cite :

« Nous demander d’abandonner sans tarder le pétrole, l’atome, le gaz, les schistes bitumeux et le charbon, au motif qu’ils sont dangereux et polluants, alors que l’éolien et le photovoltaïque restent embryonnaires, et que la demande n’a jamais été aussi forte, est irresponsable.»

 EN CONCLUSION le 19 novembre 2011 :

Je cautionne le point de vue de Pascal Bruckner. Son livre est une analyse satirique du paysage politique des «verts de Terre». 😀  Il est juste de signaler que les arguments chiffrés par les marchands de la peur n’ont aucun fondement cohérent. Mais l’écologie a plusieurs visages : il y a des militants lucides, puis les fanatiques endoctrinés par l’idéologie. Cependant, Pascal Bruckner brosse un portrait assez caricatural de ceux qu’il dénonce. Une analyse objective sur les chiffres donnés par les fanatiques est suffisante pour prouver qu’ils brassent de l’air… Cette analyse est réalisable. Mais s’appuyer essentiellement sur la caricature, avec un vocabulaire raffiné, c’est certes humoristique je le reconnais, mais ça n’approfondit pas suffisamment le dossier, et ça ressemble plus à une attaque personnelle qu’à un démontage d’une mystification par des moyens rationnels et objectifs. Dans mon article ici, j’ai repris les affirmations quantitatives données par les idéologues cités par P. Bruckner et j’ai montré que les chiffres ça ne colle pas, je souligne donc que c’est sur cet appui concret (le principe de réfutabilité d’après des données quantitatives) qu’il faudrait se concentrer. Pour convaincre un maximum de personnes à propos des abus arbitraires concernant l’idéologie qui détourne la science écologique de son vrai contexte, mieux vaut se baser sur des vérifications soigneuses à travers des calculs (sur l’appui des théories scientifiques actuelles) afin de valider ou d’invalider les propos des écolos, ce serait alors plus efficace que de se faire bêtement des ennemis qui voient dans l’exercice de caricature une expression humiliante et provocatrice à leur encontre.

 

© 2011-2012-2013 John Philip Manson

Analyse partielle de la «nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu»

Un sujet d’étude intéressant : la science dans les œuvres littéraires. Si j’ai plusieurs fois pensé à parler de la crédibilité scientifique dans certains livres (romans, essais philosophiques…), je ne l’avais pas encore fait. Le moment est venu pour le faire.

S’il vous plaît, si vous êtes un grand fan inconditionnel des romans de Bernard Werber, veuillez ne pas lire cet article…

D’après Wikipedia, on peut lire que certains critiques reprochent aux romans de science-fiction de Bernard Werber de présenter certains concepts d’apparence scientifique comme des certitudes alors que ce n’est pas le cas ; et que L’Ultime Secret illustre bien cette tendance, on peut y lire sur la quatrième de couverture la phrase suivante : « Ils vont aller de surprise en surprise jusqu’à l’extraordinaire dénouement basé sur une découverte scientifique peu connue mais réelle ». D’autres critiques assimilent la futurologie à de la pseudo-science.

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’article de Wikipedia. Mais pour se donner une idée claire des ouvrages de Werber, c’est de les lire. L’auteur qualifie parfois ses œuvres comme de la  philosophie-fiction ; je trouve ce terme pertinent et mieux adapté que celui de science tout court. Heureusement. Le style de l’écrivain est celui de la science-fiction et les contes philosophiques, et ne se proclame pas comme scientifique. La démarcation est implicite, mais cependant je me demande si le grand public prend réellement conscience de la distinction entre la fiction littéraire et la science. Les oeuvres de Werber rencontrent un grand succès, c’est de la littérature comme n’importe quels romans, et si j’avais été bien plus jeune je pense que ses livres figureraient dans ma bibliothèque parce qu’autrefois mon esprit tourmenté mélangeait naïvement les diverses influences issues indifféremment de la science ou de la fiction. Lire Werber pour se divertir et se distraire, pourquoi pas ? Toutefois, croire que de tels livres sont de la vulgarisation scientifique (au sens pédagogique) est un égarement. Je vais l’expliquer ici bas. Un égarement provoqué par les lecteurs eux-mêmes si ceux-ci ne font pas la différence entre ce qui relève de la science et ce qui relève de la littérature.

Ce qui va suivre dans mon présent article est une analyse critique. Le but n’est absolument pas de fustiger un écrivain. Tout le monde peut lire Werber à volonté. Il vaut mieux même lire pour analyser que critiquer sans même avoir lu. On peut librement se distraire en lisant des oeuvres de fiction, même moi j’en lis parfois. Par exemple, je vois en Jules Verne un très grand auteur de science-fiction, pour la qualité de son réalisme. Puis côté réalisme dans la littérature, je suis un lecteur inconditionnel de Maupassant.

À la TV, l’émission «Temps X» fut divertissante, animée par deux célèbres jumeaux (les frères Bogdanoff) dont le style à l’époque (1979) était tout à leur honneur, comparé à aujourd’hui…

Ma démarche est explicite à propos du livre : lire pour analyser, éviter de critiquer sans avoir lu, et surtout éviter de prendre de la fiction pour de la vulgarisation scientifique.

Donc pour revenir à l’objet de mon article ici, je prépare l’analyse de quelques paragraphes divers du livre «Nouvelle encyclopédie du savoir», afin de mettre en évidence une différenciation épistémologique transparente entre les faits scientifiques et la fiction littéraire liée au style de l’écrivain.

Il existe une distinction entre la science-fiction, la science fictive et la science tout court.

Ci-dessous, la relecture du livre de Werber, à travers laquelle le texte de fiction est confronté à mes arguments basés sur la vulgarisation scientifique.

ANALYSE de «Nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu»

[aux éditions Albin Michel (2009)]

Premier paragraphe intitulé «Au début» :

  • «L’univers, c’était du rien avec un peu d’hydrogène.»

Ou il n’y a rien, ou il y a tout. Le commencement de l’univers, le Big Bang, était très dense et très chaud, toute la matière était réunie, et partout. Ce n’était pas «rien».

  • «H. Et puis il y a eu le réveil. L’hydrogène détone.»

H, c’est la lettre majuscule qui désigne l’élément chimique hydrogène. L’atome d’hydrogène est constitué d’un proton et d’un électron.

Le réveil ? Le Big Bang n’est pas un état d’attente suivi ensuite par un événement soudain. Le Big Bang est le commencement de l’espace et du temps. Il n’y a pas proprement dit un «réveil» avant même le Big Bang, puisqu’il n’y avait pas d’avant. Le Big Bang existe à partir de l’existence de l’espace-temps à partir duquel on peut décrire, connaître et comprendre les lois naturelles de la physique. Avant l’espace et le temps, il n’y a rien à expliquer, c’est hors de portée de la science.

L’hydrogène détone ? La détonation est le résultat d’une combustion rapide, entre l’hydrogène et l’oxygène, par réaction chimique. Mais cela n’a rien à voir avec le Big Bang.  Le Big Bang est un état très condensé de matière exotique très chaude à partir duquel des particules élémentaires (des quarks) ont rapidement formé des atomes d’hydrogène. Mais lors du Big Bang, l’hydrogène ne s’enflamme pas avec l’oxygène car l’oxygène était absent, et en plus la température était beaucoup trop élevée pour faire des réactions chimiques.

  • «Le Big Bang explose et ses éléments bouillants se métamorphosent en se répandant dans l’espace.»

Le Big Bang n’est pas une explosion. C’est une erreur conceptuelle fréquente. Le Big Bang est une expansion de l’espace, le Big Bang n’est pas une explosion classique de matière très chaude qui remplit un espace froid infini absolument vide. Le Big Bang a eu lieu partout, en tout point de l’espace. Il n’est pas une explosion locale et isolée.

  • «H, l’élément chimique le plus simple, se casse, se mélange, se divise, se noue pour former des choses nouvelles. L’univers est expérience.»

Oui, l’hydrogène est l’élément chimique le plus simple. Plus précisément l’isotope 1 (un proton, un électron, pas de neutron(s)), les autres isotopes de l’hydrogène étant «moins simples» : le deutérium (un neutron en plus) et le tritium (avec deux neutrons) lui-même radioactif.

Mais voila, l’élément le plus simple, et parce que c’est le plus simple, l’hydrogène (constitué d’un seul proton), il ne se casse pas. La fission nucléaire concerne seulement les atomes les plus lourds, comme l’uranium et le plutonium par exemple. Les noyaux les plus légers, comme l’hydrogène, le deutérium, l’hélium et le tritium, peuvent seulement fusionner entre eux (fusion thermonucléaire) pour former des noyaux plus lourds.

Pour former des choses nouvelles, l’hydrogène n’a pas besoin de changer sa nature. Une étoile prend forme par la contraction gravitationnelle de grandes étendues d’hydrogène gazeux. C’est seulement après sa mise en forme (une sphère ou plutôt géoïde) qu’une étoile commence à rayonner sa lumière, lorsque l’hydrogène fusionne pour produire de l’hélium. De très grandes étendues d’hydrogène peuvent former des galaxies, mais quasiment toute la matière de ces vastes ensembles est composé d’hydrogène à ses débuts.

L’univers une expérience ? J’aurais formulé ça autrement. Si c’est une expérience, elle est l’œuvre d’un hasard aveugle et dénué d’intentionnalité. Philosophiquement, la science se fie plutôt au principe anthropique faible. Il n’y a pas d’expérience si l’univers n’a pas d’auteur. Une expérience nécessite des observateurs qui cherchent des résultats. Mais la question métaphysique d’un quelconque démiurge reste à jamais indécidable parce que scientifiquement invérifiable et donc irréfutable. On ne peut donc pas prouver que l’univers est lui-même une «expérience».

  • «L’ensemble de notre univers-espace-temps local, qui était composé à 100% d’hydrogène, est maintenant une soupe remplie d’atomes bizarres selon les proportions suivantes : 90% d’hydrogène, 9% d’hélium, 0,1% d’oxygène […]»

L’idée d’espace-temps local n’a pas de sens, puisque le Big Bang s’est produit partout, cela concerne tout l’espace-temps, et le résultat est le même partout. Le Big Bang n’est pas un événement qui s’est produit dans un endroit privilégié de l’univers.

100% d’hydrogène ? Ce fut le cas très tôt lors du Big Bang, mais très peu de temps (dans les 3 premières minutes). La nucléosynthèse primordiale (vers 1 milliard de degrés Celsius) a rapidement entraîné la fusion thermonucléaire d’une partie de l’hydrogène pour former du deutérium, de l’hélium, du lithium et du béryllium avant même l’apparition des premières étoiles.

Puis concernant la composition chimique de l’univers, le modèle actuel présuppose que la matière visible ordinaire ne représente qu’une petite fraction (0,3%) de ce qui existe dans l’univers, le reste étant a priori majoritairement constitué de matière noire et d’énergie noire.

Concernant la matière chimique ordinaire, ce document sur les preuves du Big Bang indique ces proportions : 75% d’hydrogène et 25% d’hélium, et les autres éléments chimiques à l’état de traces. Mais les proportions indiquées par Bernard Werber sont plutôt proches des proportions chimiques du soleil, et non celles de l’univers plus généralement : «hydrogène à 92,1 % et hélium à 7,8 %», et oxygène à 0,061%. Ma remarque est confirmée par cette phrase dans une page de La Recherche : «Dès les années 1940, les astronomes mesurent la répartition de la composition chimique de l’Univers et trouvent partout 75 % d’hydrogène, 25 % d’hélium et des traces d’éléments plus lourds».

Au lieu de l’expression confuse «espace-temps local», ou même «En ne citant que les éléments chimiques les plus répandues dans notre univers-espace-temps», l’auteur aurait dû dire plutôt «système solaire» afin de distinguer celui-ci de la composition chimique de l’univers.

Deuxième paragraphe, intitulé «Réalité parallèle» :

  • «La réalité dans laquelle nous sommes n’est peut-être pas la seule. Il existerait d’autres réalités parallèles.»

Si l’idée est séduisante, elle n’est pas (pour l’instant) une hypothèse scientifique crédible. Cette idée métaphysique de réalité parallèle est souvent évoquée dans les débats philosophiques. En physique, à propos des réalités parallèles, comment concevoir une expérience ou une observation permettant de vérifier si l’hypothèse est reliée à des faits ou de réfuter l’hypothèse à travers ces faits ? Je me pose la question depuis longtemps à propos de certaines théories, comme la théorie des cordes et certaines interprétations plus ou moins loufoques de la physique quantique. Comment prouver ou réfuter l’existence de dimensions spatiales  supplémentaires ? Comment prouver ou réfuter l’existence d’univers parallèles ? Les théories scientifiques (même les plus crédibles) sont des représentations faillibles de la nature, elles ne sont pas la vérité en soi ; mais des idées a priori non expérimentables en physique ne représentent rien de concrètement factuel… Des idées exemptes de l’appui des faits, pour moi et pour les scientifiques, sont des fables. La conviction n’est le fruit que de la preuve.

Si le concept de «matière noire» commence à trouver enfin des voies expérimentales (http://www.futura-sciences.com/magazines/matiere/infos/actu/d/physique-detecter-matiere-noire-grace-rmn-48829/#xtor=EPR-17-%5BQUOTIDIENNE%5D-20130911-%5BACTU-Detecter-la-matiere-noire-grace-a-la-RMN–%5D), le concept d’univers parallèles reste invérifiable à ce jour.

  • «Par exemple, alors que vous lisez ce livre dans cette réalité, dans une autre réalité vous êtes en train de vous faire assassiner, dans une troisième réalité vous avez gagné au loto […]»

L’idée des univers parallèles est fortement inspiré de la physique quantique, mais ce qu’on appelle la superposition d’états concerne les très petites échelles d’espace. À notre échelle macroscopique, la décohérence quantique rompt cette superposition. Les univers parallèles, jusqu’à preuve du contraire, appartiennent à la science-fiction. Il convient de se souvenir que les modèles mathématiques sont une représentation faillible de la réalité, ils ne sont pas censés être la réalité elle-même, ni ne sont censés se substituer à la réalité pour dire que les maths elles-mêmes sont la trame et la cause de la réalité. Ce genre d’inversion de cause à effet est similaire au débat stérile comme celui du paradoxe de l’oeuf et de la poule, ainsi que certains détails des thèses créationnistes qui tentent de convaincre que la conscience précède la matière, alors que la conscience ne peut exister sans structure matérielle (les réseaux de neurones et réseaux neuromimétiques : pas de pensée sans cerveau).

  • «Pour un physicien quantique il est acceptable de dire que le chat est à 50% mort et à 50% vivant.»

En physique quantique, on dira plutôt que la superposition d’états indique que le chat de Schrödinger (rappel : c’est une expérience de pensée, et le chat est allégorique et fictif) est à la fois mort et vivant. Il est vrai que c’est une question de probabilités.

  • «[…] il existe une personne qui sait si le chat est mort ou si le chat est vivant même sans ouvrir la boite : c’est le chat lui même.»

À première vue, c’est logique. Mais le chat est fictif, il sert à représenter le comportement des particules à l’échelle subatomique. Les particules élémentaires, elles, n’ont pas de conscience, la matière inerte n’a pas conscience de son propre environnement…

Les êtres vivants les plus simples, les virus, sont composés de quelques centaines ou milliers d’atomes. Un codon d’ADN ou d’ARN se compose lui-même de moins de 100 atomes. Imaginer une forme de vie dont la taille est en-deçà de la taille minimale d’un gène est un non-sens en biochimie et en génétique. À l’échelle subatomique, donc à une dimension inférieure à celle d’une seule molécule, la superposition d’états se produit chez les particules concernées, mais à cette échelle il n’existe aucun observateur…

  • «De toutes les planètes connues, la Terre est la plus complexe.»

Au niveau des phénomènes biochimiques et biologiques, oui c’est vrai, la complexité est à son paroxysme en ce qui concerne la vie sur Terre. Mais au niveau des phénomènes géologiques, la Terre est aussi ordinaire qu’une autre planète. L’une des grosses lunes de Jupiter, Io, se caractérise bien par une activité volcanique et tectonique assez complexe, par exemple.

  • «[…] deux forment de vie qui culminent par leur intelligence. Les hommes et les fourmis.»

Les fourmis sont des insectes sociaux. Cependant, il s’agit d’une forme d’intelligence collective et décentralisée, une forme d’intelligence assez simple en somme, mais qui assure la survie de leurs espèces (il y a de nombreuses espèces de fourmis) depuis au moins 100 millions d’années, ce qui est remarquable. Les abeilles sont moins connes, car moi je mange du miel, ce que les fourmis ne fabriquent même pas… 😉 Les abeilles et les fourmis forment une même famille : les hyménoptères.

Quant à l’intelligence humaine… J’en doute… On ne peut pas mesurer ce qu’on appelle «intelligence», car ce n’est pas vraiment bien défini. Les tests de QI présentent une marge d’incertitude trop importante et qui interdit par conséquent de conclure sur les résultats de façon objectivement fiable ; mes arguments ici :  https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/24/experience-statistique-sur-9-tests-de-qi/

L’intelligence animale est particulièrement le fait des mammifères comme les singes anthropoïdes, de certaines espèces d’oiseaux comme les corvidés, des chiens, des éléphants, des dauphins…

  • «Autour d’un atome, on trouve plusieurs orbites d’électrons. Certains sont tout proches du noyau. D’autres sont éloignés.»

Le mot «orbite» est plutôt utilisé en mécanique céleste et en astronomie. Pour les électrons autour d’un noyau, on parle d’orbitales.

Il peut n’y avoir qu’une seule orbitale : c’est le cas de l’atome d’hydrogène et de l’atome d’hélium. Dans ce cas, il s’agit de l’orbitale 1s². Au-delà de l’hélium, les atomes possèdent plusieurs orbitales.

Puis, un électron proche ou éloigné du noyau, c’est trivial… Éloignement très relatif, car à l’échelle de l’atome, une orbitale a une taille d’environ un dixième de millionième de millimètre.

En physique, les orbitales électroniques ne sont pas des orbites précises, la structure de l’atome est assez floue, entachée d’incertitude quantitative sur la position, la masse et la vitesse des électrons. On parle alors de nuage électronique.

  • «Déplacer un électron d’une couche basse pour l’amener à une couche plus haute, […] : il rayonne, […]. Par contre, si on déplace un électron d’une orbite haute pour l’amener dans une orbite plus basse, c’est le contraire qui se produit.»

À vrai dire, l’écrivain a inversé le phénomène décrit, c’est le contraire qui se produit.

En fait, l’électron passe d’une orbitale basse vers une orbitale haute quant il a absorbé un photon, donc il ne rayonne pas de photon…

En effet, d’après le spectre de l’atome d’hydrogène, lorsque l’électron passe d’un niveau élevé à un niveau plus bas, il émet un photon dont l’énergie vaut la différence entre celles des deux niveaux ; ainsi, la lumière émise ne peut prendre que quelques valeurs discrètes ; c’est ce que l’on appelle son spectre.

D’après le texte de Werber, il faut déplacer un électron, mais justement pour déplacer un électron vers une orbitale plus éloignée du noyau, il faut exercer quelque chose dessus : en envoyant un photon que l’électron absorbe. Dans le cas d’un atome excité, quand un électron passe d’une orbitale haute à une orbitale basse, il gagne de l’énergie qu’il doit donc céder en émettant un photon. Mais lorsque l’atome est à son état fondamental, l’électron qui passe d’une orbitale basse vers une orbitale haute ne peut le faire que s’il absorbe un photon incident dont l’énergie est égale à la différence des deux niveaux des énergies des orbitales.

  • Ensuite, Werber parle d’un «neuropsychologue américain, le professeur Rosenzweig,  de l’université de Berkeley, qui a voulu connaître l’action du milieu sur nos capacités cérébrales». Werber cite aussi une expérience faite sur des hamsters, et raconte que les hamsters ayant été occupés à diverses activités présentaient des différences corticales par rapport aux hamsters qui étaient restés oisifs.

Werber précisa pour les hamsters actifs que leur masse corticale était de 6% de plus que le groupe témoin, et la taille des neurones était 13% de plus que ceux du groupe témoin.

J’en déduis moi-même que la densité des neurones des hamsters actifs aura diminué de 26,5% par rapport à la densité des neurones des hamsters oisifs. Pourquoi n’y a t-il pas conservation de la densité ? Quelles molécules se sont accumulées dans les neurones actifs ?

Rosenzweig est le nom de plusieurs scientifiques homonymes. Comme on ne connaît pas le prénom du professeur, je dois rechercher sur Google afin de savoir de quel savant il s’agit. Je découvre qu’il s’agit probablement de Mark R. Rosenzweig (1922-2009), c’était un authentique chercheur américain spécialisé dans l’étude de la neuroplasticité animale. Rosenzweig a montré que le cerveau animal ne devient pas mature à l’issu de l’enfance mais qu’il continue de se développer et de se remodeler, de s’adapter.

L’expérience de Rosenzweig, narrée par Werber, fut réalisée en 1947, mais avec des rats, pas avec des hamsters.

Puis en réalité, Rosenzweig a montré qu’un environnement enrichi (des jeux pour les rats) augmentait l’activité d’une enzyme : la cholinestérase. Une enzyme c’est une protéine. C’est seulement en 1962 qu’il a découvert que l’activité ludique des rats entraînait une augmentation du volume de leur cortex. En 1987, Rosenzweig publia un livre : «Enriched and Impoverished Environments: Effects on Brain and Behavior» (Environnements enrichis et appauvris : effets sur le cerveau et le comportement).

Vu sur un blog de WordPress, un extrait de l’encyclopédie de Werber :

  • «L’humanité a connu trois vexations.»
  • «La première c’est Nicolas Copernic qui a déduit de ses observations du ciel que la Terre n’était pas au centre de l’univers.»
  • «La deuxième c’est Charles Darwin qui a conclu que l’homme descendait d’un primate et était donc un animal comme les autres.»
  • «La troisième c’est Sigmund Freud qui a signalé que la motivation réelle de la plupart de nos actes politiques ou artistiques était la sexualité.»

Trois vexations ? J’aurais formulé ça autrement. Des (vraies) découvertes scientifiques sont des bienfaits. La science est significatrice de progrès. La science n’est pas un châtiment, elle est un outil qui sert l’humanité.

Nicolas Copernic, mathématicien et astronome, a énormément contribué à la science, un pas de géant. Il a brisé un tabou. À partir de son travail, on a peu à peu compris que les faits ont prévalence sur les dogmes bibliques. C’est un bienfait de s’affranchir des croyances qui font de nous des esclaves de l’absolutisme et de l’obscurantisme.

Ensuite, Darwin s’est appuyé sur des fossiles et des données géologiques pour étayer sa théorie de l’évolution des espèces, montrant que l’Homme n’est pas une création divine mais un animal ordinaire parmi les autres. C’est un bienfait de mieux connaître notre propre espèce et de comprendre l’organisation de la vie. Là encore, la science prévaut aux dogmes bibliques. La science enseigne des connaissances factuelles, elle apprend à observer et expérimenter. La religion n’enseigne qu’à croire et à obéir. De nos jours encore, certaines mouvances font propagande de doctrines créationnistes (qui se proclament de la science qu’elles rejettent pourtant) selon lesquelles la Terre n’a que 6000 ans et que l’Homme fut créé directement par Dieu (et parfois disent que l’Univers fut créé par une intelligence transcendante (Intelligent Design).

Freud ? Il a institué un dogme tenace (la psychanalyse), sans l’appui de preuves. Il n’y a pas d’observations cliniques comme bases à la psycho-théorie de Freud. L’idéologie de Freud est un dogme entièrement construit sur des interprétations personnelles imaginaires, subjectives et fictives. De plus, la doctrine de Freud est homophobe… La psychanalyse est une pseudo-science.

La véritable vexation, la véritable honte, c’est la survivance tenace de dogmes obscurantistes (dont certains dogmes s’autoproclament scientifiques) à notre époque. Voila le vrai scandale.

Comme on a un bon aperçu des deux paragraphes traitant de science dans le livre de Werber, ainsi qu’une analyse intéressante qui en a résulté, je pense qu’il n’est pas nécessaire de continuer d’analyser le reste du bouquin, je vais m’en arrêter là, l’analyse a été suffisamment concluante…

Je clos l’analyse critique de cette «nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu» par une citation de Bernard Werber lui-même : «Allons jusqu’au bout de nos erreurs sinon nous ne saurons jamais pourquoi il ne fallait pas les commettre».

Quelle ironie.  😀

BIBLIOGRAPHIE ET VULGARISATION SCIENTIFIQUE

  • Comme j’aime (et préfère) les bouquins scientifiques intéressants, et si d’éventuels lecteurs sont en quête désespérée de livres plus rigoureux, je recommande le livre d’un des plus grands mathématiciens actuels, Cédric Villani, «Théorème vivant» (éditions Grasset), dans lequel il expose les étapes de ses recherches en mathématiques sur « l’amortissement de Landau » et l’équation de Boltzmann. Passionnant et instructif. À voir absolument. Contenu compréhensible surtout par ceux qui ont un background scientifique (mais les scientifiques ne comprennent pas toujours leurs collègues, lol).
  • Autre livre que je recommande : « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » par Normand Baillargeon. Très intéressant.
  • Je pense personnellement que les gens désirant s’informer via la vulgarisation scientifique doivent s’appuyer sur des bases scientifiques non ambiguës et adaptées, avec l’aide d’un certain contrôle académique. MM. Villani et Stephen Hawking sont d’excellents exemples de vulgarisateurs.
  • Dans des livres de styles plus littéraires, la science est souvent romancée, parodiée, caricaturée, la science se laisse construire une image faussée, biaisée et/ou lacunaire dans l’esprit du public, et je trouve cela dangereux. Par exemple, je connais un lecteur de vulgarisation scientifique, et qui croit à tort que les connaissances révélées sont absolument définitives et inaliénables, alors que la science a une démarche de remise en question de tout. En effet, la science n’est pas une accumulation de vérités, mais une attitude iconoclaste qui brise des «certitudes», en remettant à plat les données du réel et les interprétations construites sur tout cela. Créer des vocations scientifiques peut passer par des méthodes ludiques, amusantes, divertissantes (comme l’opération «La main à la pâte»), pourvu que le rôle didactique soit rempli, en montrant ce qu’est vraiment la science à travers la méthode scientifique et à travers les critères épistémologiques. Ce que je veux dire, c’est qu’il existe un danger latent : des personnes ont une vocation soudaine pour la science, mais à travers de la mauvaise vulgarisation, ces personnes tombent des nues quand elles entreprennent des études scientifiques, leur déception envers la science peut entraîner un rejet, et pire, une dissuasion par les déçus envers d’éventuels néophytes sur le point d’avoir une vocation scientifique. Présenter ce qu’est vraiment la science, sa définition, ça évite bien de mauvaises surprises. La science, c’est de la logique, de la rigueur, une exigence d’objectivité, la nécessité d’observations et d’expériences. La science n’est pas exactement de la philosophie, la science accepte toutes les hypothèses, seulement si celles-ci ont la possibilité d’être réfutables. La philo est un argumentaire d’idées orientées par la raison des philosophes. La science, elle, repose aussi sur des arguments, mais ceux-ci sont nécessairement appuyés par des faits, au moyen des observations et des expériences. La science n’est pas de la métaphysique. Les fables, elles, n’appartiennent qu’aux conteurs… et aux politiciens… La vulgarisation scientifique, bref, ça peut être aussi un jeu, mais un jeu sérieux avec lequel on ne peut pas se permettre de faire et dire n’importe quoi, surtout s’il y avait une quelconque idéologie sous-jacente. Dans les livres, avec les livres, tout est possible, oui, y compris d’apprendre des erreurs, des préjugés, des concepts eux-mêmes mal compris, y compris le risque de transmettre ces erreurs à notre tour. Non, il n’est jamais trop tard pour réagir. Lire, apprendre à lire, qu’est-ce que c’est, finalement ? Répéter phonétiquement les mots ? Pas seulement. Comprendre le sens des mots ? Pas seulement. Comprendre le sens des concepts ? Oui, mais pas seulement. Apprendre vraiment à lire des livres, en particulier des livres de vulgarisation scientifique, c’est comprendre d’abord le contexte raconté, puis ensuite procéder à une patiente analyse critique avec l’aide de connaissances acquises ou nouvelles qui servent à croiser les informations. Ainsi, c’est par les comparaisons que l’on débusque les contradictions et les erreurs dans les bouquins. C’est la politique même de mon blog ici. Même de bons livres peuvent contenir au moins une erreur. Exemples de preuves ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/28/une-erreur-dans-un-livre-de-thermodynamique-pour-ingenieurs/ et là : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/ et un prof démontre l’existence d’un manque de travail critique : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/03/22/contre-le-plagiat-un-prof-piege-ses-eleves/

Pour ainsi dire, j’aime beaucoup la littérature. Cela dépend des styles. Et cela dépend aussi de la façon dont la science est représentée dans la littérature. Les auteurs eux-mêmes font leur métier par passion, les lecteurs aiment lire. Une façon plus profonde de lire est de réfléchir sur ce qu’on lit, surtout dans l’expression de phrases qui évoquent la vérité, la connaissance, la science. Dès que ces expressions apparaissent, je deviens extrêmement sensible et éveillé qu’un sismographe à l’affût.

Ne jamais signaler des erreurs dans la littérature quand elles concernent plus ou moins directement les sciences, ce serait trahir l’esprit humain, ce serait déshonorer notre mission, ce serait discréditer ce que nous savons ce qu’est la science. C’est un devoir de faire un compte-rendu des erreurs que l’on découvre. Le grand public a le droit d’être informé. Si créer des vocations scientifiques est une nécessité, il faut aussi que de nouvelles générations de vulgarisateurs scientifiques reprennent le flambeau quand les plus anciens ne seront plus là pour ce travail. J’aurais trop peur que cet esprit de résistance s’arrête un jour, que le peuple devienne peu à peu anesthésié par les médias, peur que les fictions l’emportent sur les faits, pour longtemps.  N’attendons pas que nos libertés soient en péril pour réagir. La littérature gentillette comme celle que j’ai analysé ici, ça peut céder la place à de la littérature plus hard dont les auteurs sont de dangereux gourous, avec leur programme de déprogrammation des cerveaux et d’embrigadement des jeunes. La transition de la façon de penser, dans la société, peut être rapide. Basculer dans l’obscurantisme est plus rapide qu’on ne le croit. N’importe quel secteur d’activité est vulnérable aux dérives. La science n’échappe pas à cette éventualité, et c’est pourquoi j’en parle. Le domaine de la vulgarisation scientifique est un terrain vulnérable, il faut agir de façon à ce que le public connaissent d’abord ce qui définit la science avant d’accumuler des connaissances issues de divers médias de toutes sortes. Même au sein de la vulgarisation scientifique, il existe un début de dérives.

Quelques pistes pour prendre conscience que, entre science et journalisme, c’est bancal :

Je vous le dis : jusqu’où ces dérives peuvent-elles conduire si aucune initiative d’analyse critique pour les contrer n’est décidée ?

Pour terminer, qu’est-ce qu’une encyclopédie ? Sa définition ? Comparer entre l’encyclopédie des arts et des sciences à l’époque de Diderot et Voltaire, et l’idée actuelle d’une encyclopédie à l’ère d’Internet ? Je pense que ce mot a vraiment perdu de sa saveur…

Ce présent article n’est pas une critique des qualités littéraires d’un écrivain, ni même une attaque personnelle. L’article dresse ici une analyse lucide sur l’amalgame  entre la création littéraire et la prétention à la vulgarisation scientifique, en montrant utilement l’existence nécessaire d’une démarcation entre fiction littéraire et faits objectifs. Je n’ai personnellement rien contre la littérature, la science-fiction et l’imaginaire, je suis moi-même occasionnellement lecteur de ces ouvrages, je fais seulement remarquer que l’on ne peut pas tout mélanger et prendre le risque d’induire les lecteurs dans des concepts erronés présentés à tort ou à travers comme des concepts scientifiques éprouvés. En effet, on ne peut pas affirmer que la science-fiction est de la science, ni que des romans sont tous basés sur des faits réels. On peut dire science-fiction et philosophie-fiction pour un roman subjectif, mais pas y attribuer l’appellation de vulgarisation scientifique. Sinon, à ce moment-là il faudrait déclarer que les livres de Tolkien («Le seigneur des anneaux») sont aussi des références scientifiques solides, ce qui serait vraiment absurde.  😉

Et pourtant, suite à la publication de ce présent article, au moins un lecteur fan de Werber m’a toisé en me disant aveuglément que c’était moi qui était égaré et que le romancier disait des vérités scientifiques irréfutables… Tsssss. Quelle mauvaise foi…

© 2013 John Philip C. Manson