Qui est l’auteur ?

   John Philip C. Manson, en décembre 2011.

 

La science, un enjeu

John Philip C. Manson, blogueur d’expression française et anglaise depuis 2007 et spécialisé dans les sciences et l’épistémologie. Chimiste de formation (techniques de laboratoire).

La science est définie par les critères de l’épistémologie avec le philosophe des sciences Karl Popper. Dans la construction, l’évaluation et le tri des connaissances scientifiques, la méthodologie scientifique prévaut par rapport aux théories scientifiques elles-mêmes. La méthode scientifique importe plus que les concepts théoriques eux-mêmes.

L’infaillibilité du savoir est un mythe. Les travaux de Karl Popper relativisent les savoirs, en montrant que le critère des connaissances n’est pas leur vérité intrinsèque ni même leur immuabilité, mais leur possibilité d’être réfutables à travers des expériences scientifiques, ce critère impliquant que les théories peuvent évoluer, ou être abandonnées, ou être affinées et améliorées en fonction des faits. Avant même de vulgariser les théories scientifiques, il conviendrait mieux de vulgariser surtout la méthode scientifique. Il y a de quoi être las de voir certaines formes de vulgarisation qui semblent insuffler l’idée biaisée que les théories sont des vérités, alors que ce qui est essentiel c’est de se demander qu’est-ce qui peut démolir une théorie scientifique. On ne doit pas accepter les connaissances scientifiques comme des vérités immuables. Les théories scientifiques sont faillibles, on doit faire l’effort de les évaluer, sinon on glisse dans un système de croyance, de pensée unique ou de mystification.

  • On reconnaît la qualité d’une expérience scientifique au nombre de théories qu’elle fait tomber.

À travers son blog https://jpcmanson.wordpress.com/, John Philip C. Manson s’inspire des actualités du web et de la presse au format papier afin d’analyser des textes «à prétention scientifique». Manson prouve qu’une majorité de textes issus des médias réguliers comportent des erreurs ou des inexactitudes (notamment concernant les données quantitatives), ce qui n’est pas proprement dit une découverte, mais le problème sous-jacent présente des conséquences graves dans notre culture. On a tendance à accepter naïvement le contenu des médias sans vraiment y réfléchir. Quand on prend le temps d’éplucher la presse, on s’aperçoit que la proportion de bêtises est plus importante que ce que l’on croyait, surtout quand la presse aborde les thèmes scientifiques ou connexes lorsqu’elle n’est pas suffisamment préparée à traîter ce sujet.

J. P. C. Manson explique dans un tel contexte la nécessité du recul critique et du scepticisme scientifique par l’analyse objective attentive des affirmations. Outre le fait que la presse (et toutes autres diverses sources écrites) produit statistiquement naturellement des erreurs normales (l’erreur est humaine), les erreurs deviennent cependant plus importantes, délibérées ou non, lorsque les thématiques concernent la vulgarisation scientifique mal maîtrisée à cause de la baisse des effectifs en spécialistes dans des domaines donnés ou à cause de l’insuffisance de formation scientifique de ceux-ci, voire à cause même que les journalistes soient dépendants de l’autorité de la ligne éditoriale. Dans les pires cas, la plupart des médias traitant les thèmes scientifiques semblent être formatés pour distraire, faire peur ou faire croire, mais pas vraiment pour informer.

Selon Manson, le journalisme scientifique contemporain est en recul par rapport à la progression des pseudo-sciences, du marché de l’irrationnel, et du prosélytisme sectaire qui est lui-même assez protéiforme à travers la mouvance New Age.

Nous ne pouvons évidemment pas vaincre totalement la propagande de l’irrationnel, c’est irréaliste, et cela fait probablement partie de la nature humaine. Mais nous devons considérer la menace au sérieux. Pire que l’éradication totale de l’irrationnel : l’indifférence et l’inaction contre l’irrationel. Ne rien faire est pire qu’un ultime combat irréaliste. Le droit de croire des foutaises doit donc s’équilibrer avec le devoir de lucidité et d’objectivité. Les crédules doivent avoir la possibilité de s’informer, tandis que les personnes informées doivent ne pas ignorer l’expansion de l’irrationnel et doivent avoir la possibilité de démystifier les foutaises quotidiennes.

Manson fait observer que bien des journalistes ont un background littéraire plutôt que scientifique, et c’est aussi le cas des webmasters et des concepteurs web qui ont souvent un profil universitaire artistique (métiers du multimédia et infographie, art assisté par informatique, rédaction).

  • Question à J. P. C. Manson : « Quelle est l’une des situations actuelles préoccupantes en science ?»
  • – Réponse de Manson :
  • Pour accroître les vocations scientifiques chez les jeunes afin de résoudre la crise actuelle de la filière scientifique (environ 50% d’étudiants en moins dans les facs de sciences depuis une quinzaine d’années), il faut opérer à partir de bases saines et honnêtes. La science n’a pas pour but de distraire les gens, ni d’être un produit marketing, ni de faire dans le spectaculaire ou le sensationnel pour faire de l’audimat. La science c’est peut être ennuyeux et rebutant (par exemple, beaucoup de monde connaît l’angoisse face aux mathématiques), mais la science n’a pas vocation à se compromettre dans l’imposture intellectuelle ni de se faire passer pour que ce qu’elle n’est pas. Selon moi (et comme pour les scientifiques consciencieux), un bon ouvrage de vulgarisation scientifique dans lequel il y a des exemples de protocole expérimental pour réaliser des expériences rigoureuses, c’est beaucoup plus utile et plus sain que l’imposture qui est en train de croître dangereusement à travers certains médias qui détournent la science de son contexte en promouvant la science-fiction ou la science fictive sur la base de l’imaginaire et des impressions subjectives plutôt qu’une véritable approche scientifique critique basée sur le raisonnement, des observations et des expériences. Des expériences scientifiques, même simples, peuvent être amusantes, à la fois ludiques et instructives. Dans le domaine de la vulgarisation scientifique, il y a comme une démission, une déresponsabilisation, une perte de qualité, une baisse du professionnalisme. Je comprends que notre époque soit durement frappée par la crise économique, et je n’ai pas échappé à la crise non plus (mais bientôt je suis sur le point de rebondir professionnellement dans les métiers de l’internet, je suis actuellement en formation). Mais la science, pour moi, est une affaire de principes inaliénables fondés sur un devoir de valeurs : la probité constante, l’honnêteté intellectuelle, la nécessité d’objectivité et de rigueur à toute épreuve. Oui, la science peut être ludique, mais c’est un jeu aux bases sérieuses, impliquant une certaine rigueur d’objectivité. Évidemment, les gens ne sont pas voués à devenir tous des scientifiques, personne n’a les mêmes goûts, mais j’ai soulevé un problème important auquel l’indifférence est inacceptable parce que l’éducation de demain est menacée.

© 2011-2014 John Philip C. Manson