Former à l’esprit critique, oui mais…

Selon le synopsis d’un documentaire TV, une prof veut forger des esprits critiques chez des élèves qui préparent leur bac. Mais le problème ici est l’utilisation de la sophrologie, une discipline alternative qui n’est ni définie ni reconnue dans le cadre du code de la santé publique.

La littérature scientifique portant sur la sophrologie a mis en évidence la pauvreté des études cliniques sur ce sujet, et l’absence d’effet positif avéré. Les «recherches» sur la sophrologie sont principalement le fruit de praticiens désirant promouvoir leur discipline par des études non-scientifiques, publiées généralement en marge des canaux scientifiques (les fake news «scientifiques», ça existe, hélas, et ça pullule), mais régulièrement brandies comme arguments par les sophrologues et ses partisans. On peut dire en évidence le fait que la sophrologie est aujourd’hui une tradition principalement française, quasiment inexistante dans les autres pays. La sophrologie est une pseudo-science et une pseudo-médecine.

Le métier de sophrologue n’est pas réglementé et son exercice est libre en France (« accessible sans diplôme particulier » selon la fiche Rome K1103 de Pôle Emploi). Il est bien de rappeler que ce genre de praticien ne peut légalement procéder à aucun acte médical, tel que le diagnostic, la thérapie ou la prescription de médicaments, et encourt le cas échéant des poursuites pour exercice illégal de la médecine. L’utilisation de la sophrologie par des médecins contrevient selon un rapport de l’Assemblée Nationale au code de déontologie médicale.

Concernant le concours d’éloquence : savoir bien parler en public est un atout, à condition que les arguments exprimés avec un vocabulaire suffisamment riche suivent une démarche rationnelle et objectivement étayée, condition essentielle pour se questionner utilement sur le monde qui nous entoure (aussi bien dans le domaine des sciences que dans le domaine des faits de société ou celui de la politique).

Apprendre à prendre confiance en soi pour être éloquent en public et participer à des débats, c’est dompter efficacement la timidité ou réduire peu à peu l’inexpérience de l’art oratoire. Mais ce n’est pas avec des moyens pseudo-scientifiques comme la sophrologie que l’on atteindra efficacement ce but…

Plutôt que me réjouir, avoir lu le synopsis de ce documentaire suscite mon inquiétude. Mêler le vrai et le faux (ici par l’infiltration de la sophrologie comme méthode) peut être plus dangereux que le faux. Dans le contexte de l’esprit critique, la première question à se poser est : «est-ce que la sophrologie a des bases scientifiquement étayées ?». Cette question est pourtant essentielle si on veut prétendre développer un environnement sain et basé sur la raison et l’esprit critique.

Vouloir forger des esprits critiques tout en promouvant la sophrologie est un paradoxe, une contradiction. Cela crée un certain malaise. C’est comme vouloir faire de l’astrologie «scientifique» (ou de la physiognomonie «scientifique») alors qu’elle n’a absolument rien de scientifique. Je ne comprends pas…

 

John Philip C. Manson, le 19 février 2019

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