Analyse d’une affirmation de Philippe Verdier

Philippe Verdier, dans son livre « Climat Investigation », soutient que le réchauffement climatique aura des conséquences positives, donc pas seulement négatives.

Philippe Verdier affirme que des hivers plus doux sont une bonne chose. Il considère l’année 2014 où le mois de Janvier a été le plus doux depuis 1900. Cette année-là, la mortalité a reculé en France de 2%. Selon l’Insee cela est dû à la douceur de l’hiver au cours duquel l’épidémie de grippe a été « de faible intensité et de courte durée, comparée aux épidémies suivies depuis 1984 » (Cité par PV p. 194). Philippe Verdier souligne alors le contraste avec le mois de Février 2015 relativement froid qui avec une surmortalité de 18 000 décès démontrerait que « quand les températures se situent à 1,4°C en dessous des normales, l’épidémie de grippe devient féroce ».

  • Pendant plusieurs jours j’ai cherché des preuves afin d’évaluer si l’info suggérée par Verdier est vraie ou fausse. J’ai trouvé un livre intéressant : « Risques pathologiques, rythmes et paroxysmes climatiques », publié en 1992 par Jean-Pierre Besancenot (directeur de recherche honoraire au CNRS), ISBN 086 196-378-4.

Les graphiques dans le bouquin sont intéressants. On peut établir une causalité entre la température hivernale et la mortalité à cause de la grippe.

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Les gros pics de froids hivernaux entre 1925 et 1963 (tous en-dessous de 0°C) sont associés à une mortalité supérieure à celle rencontrée après les années 60. Après les années 1970, la mortalité par grippe a diminué, or les températures mensuelles moyennes après 1963 étaient au-dessus de zéro.

jours-de-gel

Dans cette courbe, on voit que la diminution du nombre de gels après 1963 a contribué à réduire la mortalité par grippe.

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Et dans ce diagramme, on constate que les plus forts taux de mortalité concerne les températures moyennes hivernales les plus basses, tandis que des températures moyennes plus élevées réduisent le taux de mortalité.

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Il n’y aurait apparemment pas de mortalité par grippe en l’absence de jours de gel. La mortalité devient sensiblement plus forte au-delà de 20 jours de gel. Les périodes prolongées de gel incitent à la promiscuité des humains dans les habitations et les lieux publics couverts, ce qui augmente le risque d’épidémie et donc aussi celui de risque létal.

Ces données donnent raison à Philippe Verdier, qui affirme que les hivers plus doux réduisent la mortalité grippale, il est donc vrai que le réchauffement climatique peut avoir des conséquences positives. N’oublions pas non plus les SDF qui meurent de froid pendant les grands froids d’hiver : des hivers plus doux pourraient les aider à survivre…

 

Il est aussi intéressant d’ajouter que P. Verdier affirme, page 65 de son livre, que, « contrairement aux idées reçues, paludisme et dengue ne sont pas que des maladies tropicales. Après avoir récupéré le fruit du travail de Paul Rieter sur les moustiques, le GIEC décida de ne pas mentionner la conclusion de l’auteur. Ce dernier établit une absence de lien entre le développement des maladies tropicales et le changement climatique. Cela vint contrarier  les rapports de l’organisation qui propagent l’idée que le réchauffement provoquera une étendue des maladies tropicales vers l’Europe et l’Amérique du Nord. »

Là encore, Philippe Verdier a raison. Par exemple, le tsar Alexandre Ier meurt le 1er décembre 1825, d’une crise de paludisme, à Taganrog, au nord-est de la Crimée, au bord de la mer d’Azov. On a tous en mémoire la fameuse campagne de Russie, une campagne militaire menée par l’empereur Napoléon Ier en 1812. Après avoir conquis presque toute l’Europe, Napoléon entreprend de conquérir la Russie de l’empereur Alexandre Ier. Le paludisme (également nommé malaria) existait déjà en Russie il y a environ 2 siècles, bien avant le changement climatique. De même, après le succès de la prise de Flessingue le 15 août 1809, le rapport des forces s’inversa, les soldats britanniques stationnant dans la région de Walcheren (bordée par la mer du Nord, Pays-Bas), connue pour son insalubrité, étaient terrassés par la malaria, le typhus et la fièvre typhoïde. Ces maladies étaient déjà à nos latitudes d’Europe depuis longtemps.

Paul Reiter, entomologiste à l’Institut Pasteur et contributeur pour le GIEC sur les liens entre paludisme et changement climatique, s’est retiré avec fracas du groupe dans lequel il travaillait, après avoir constaté, raconte-t-il, que «des concepts erronés avaient été introduits par des non-spécialistes du sujet. Ils affirmaient que le changement climatique conduirait à une propagation catastrophique du paludisme. Ils écrivaient aussi que la pathologie ne pouvait se transmettre à des températures hivernales de moins de 15 °C, négligeant ainsi les cas de paludisme en Sibérie». Il a fallu ce coup de force pour se faire entendre et voir ces allégations effacées de la version finale. «Si le premier « draft » est rédigé par des scientifiques, les représentants des gouvernements et les ONG interviennent dès les seconds brouillons. De fait, souvent, le Giec cherche le consensus au détriment de la science. Aujourd’hui, on m’accuse d’être sceptique.Je veux juste être scientifique.»

C’est aussi le reproche adressé à l’organisation par Chris Landsea, spécialiste des ouragans. A l’inverse d’autres chercheurs, il affirme que le réchauffement du climat n’a que peu d’influence sur l’activité cyclonique et sur son intensité. Il a démissionné du Giec en 2005, en dénonçant des «objectifs préconçus et scientifiquement non valables». Philippe Verdier parle de Chris Landsea à la page 66.

Il y a 3 ans environ, j’avais dénoncé moi-même l’alarmisme et les contre-vérités concernant les typhons :   https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/30/philippines-typhons-et-cyclones-le-rechauffement-climatique/

Des émissions TV affirment que la fréquence des ouragans ne cesse d’augmenter depuis dix ans, alors que c’est faux :  https://jpcmanson.wordpress.com/2014/07/21/la-frequence-des-ouragans-en-augmentation-depuis-10-ans/

En France, pas d’évolution non plus de l’intensité des tempêtes :  https://jpcmanson.wordpress.com/2014/09/12/la-frequence-des-tempetes-en-france-entre-1950-et-2005/

 

John Philip C. Manson