La complexité lexicale des rapports du GIEC amplifie le ton pessimiste des journalistes

Voici un texte intéressant :

 

A la veille de l’ouverture de la COP 21 à Paris, une étude inédite publiée le 12 octobre dans la revue Nature Climate Change par des enseignants-chercheurs de KEDGE Business School, University of Leeds, University of Bonn et Roma Universita démontre que les résumés produits depuis 1990 par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à l’attention des décideurs politiques sont de plus en plus inintelligibles alors même qu’ils ont donné lieu à une augmentation de leur couverture médiatique de plus en plus pessimiste.

« L’action mondiale sur le changement climatique est gravement entravée parce que les conseils du corps scientifique du GIEC qui, s’ils font référence en la matière, sont si difficiles à comprendre qu’il faut un doctorat minimum pour en saisir les recommandations » soutient Ralf Barkemeyer, enseignant-chercheur à KEDGE BS, qui a dirigé cette étude.

Le GIEC publie tous les 5 ans un Rapport accompagné d’un résumé destiné aux décideurs politiques et aux médias afin de synthétiser et de communiquer l’état actuel de la recherche climatique et de la rendre accessible au public non-scientifique.

Mais pour Ralf Barkemeyer, « si les gouvernements ne sont pas en mesure de comprendre les faits scientifiques qui leur sont présentés, comment peuvent-ils espérer parvenir à un consensus ou à une décision commune ? ».

Suraje Dessai, Professeur à l’Université de Leeds, et co-auteur de l’étude, ajoute : « Le GIEC a été créé pour apporter une information sur la politique climatique mondiale, mais il est clair qu’il ne remplit pas sa mission quand ses résumés pour les décideurs politiques sont si illisibles. Il a échoué dans sa tâche « .

L’étude produit une analyse linguistique des résumés des Rapports du GIEC en appliquant des métriques de lisibilité et en les comparant à la couverture médiatique obtenus par ces rapports dans plusieurs magazines (Daily Mail, The Mirror et The Sun) et journaux quotidiens(New York Times, Washington Post, The Independent et The Times).

Les résultats démontrent qu’au fur et à mesure que les informations publiées par le GIEC dans ses résumés perdaient en lisibilité, la représentation médiatique qui en était faite par la presse grand public devenait de plus en plus pessimiste, au-delà de ce que contenaient les rapports du GIEC eux-mêmes, accroissant l’écart entre les scientifiques et non-scientifiques dans leur compréhension des enjeux climatiques.

Pour Ralf Barkemeyer, « les résumés du GIEC sont si difficiles à comprendre qu’ils peuvent donner lieu à de nombreuses interprétations différentes sur un même point. Ils peuvent facilement être mal interprétés par les sceptiques du changement climatique, par exemple. Si ces résumés étaient plus simples et accessibles, le grand public pourrait directement bénéficier de ces documents et découvrir la véritable nature des défis. ».

L’étude publiée sur Nature Climate Change : www.nature.com/nclimate/journal/vaop/ncurrent/full/nclimate2824.html, et en intégralité pour la presse en pièce jointe au format PDF.