Peut-on quantifier quelles chansons rendent de bonne humeur ?

Les médias anglophones font actuellement circuler un buzz : ils afffirment pompeusement en fanfare qu’un savant a déterminé scientifiquement les chansons qui galvanisent le plus l’auditeur. De plus, un hit musical serait appuyé par une équation.

J’ai pris connaissance du buzz un soir, en regardant le journal télévisé de TF1 : une équation apparut à l’écran mais fut aussitôt retirée, ce qui fait que je n’ai pas pu la lire. Temps d’affichage trop court ! TF1 ne laisse pas le temps aux téléspectateurs de lire les infos. C’est chiant, leur façon de rendre les images subliminales !

 

Pour recadrer les choses dans leur contexte, Jacob Jolij (à l’origine de l’affaire) est un chercheur en neurosciences cognitives à Groningen, aux Pays-Bas.

Le bémol, il y en a plusieurs :

  • Les résultats du chercheur ne sont pas soumis auprès d’une revue scientifique – il s’agissait là d’une recherche commandée par une entreprise…
  • L' »étude » qui fait le buzz se base sur une forte subjectivité, il n’y a pas de modèle mathématique prédictif.
  • L’équation proposée est bizarre : si les battements par minute sont de 150, la fonction tend vers infini, ce qui est un non-sens. Il ne s’agit vraisemblablement pas d’un résultat lié aux statistiques. Il aurait été plus pertinent que l’équation soit une courbe de Gauss, dite de loi normale, dont le maximum de la fonction est une valeur finie, mais pas infinie… L’équation véritable aurait pu être aussi issue d’une équation différentielle, quelque chose qui ressemble à  y + y’ = n*e^(-k.x). Mais l’équation du chercheur ressemble à un bricolage très simpliste, pas nécessairement relié à une quantification empirique.
  • Le chercheur se présente comme très ouvert au sujet des recherches sur les phénomènes paranormaux – tout en reconnaissant qu’en l’état actuel des connaissances scientifiques, aucune preuve de l’existence de mystérieux pouvoirs psychiques n’existe. Mais ce n’est pas dans notre contexte ici.

 

Concernant l’équation de Jacob Jolij :

equationJolij

  • BPM = battements par minute.
  • L = paroles positives.
  • K = gamme majeure, associée à un écart dont rien n’est expliqué…

Si les chansons sélectionnées sont très bonnes, selon ma propre opinion, l’équation n’en demeure pas moins peu scientifique et peu objective.

Des chansons énergisantes, ça varie selon les diverses cultures, ça varie selon la psychologie des individus. Il n’y a qu’à regarder les vidéos musicales sur Youtube : certains donnent un avis positif, d’autres donnent un avis négatif.

 

J’ai une remarque : pourquoi ne pas avoir inclus les oeuvres de la musique classique ? En effet, les oeuvres classiques qui ont autour de 150 BPM, en gamme majeure, il y en a en grand nombre. Comme par exemple, la plupart des sonates pour piano de Beethoven, et le 4e mouvement prestissimo de la neuvième symphonie de Beethoven. On  peut aussi évoquer les symphonies n°36 et 38 de Mozart, pour les mouvements au tempo presto. Ainsi que le concerto en G majeur TWV51:G9 presto 4/4 de Telemann.

 

Même en dehors des critères définis par Jacob Jolij, des mélodies peuvent être magnifiques et divines, comme la sonate n°14 de Beethoven, dite « Clair de lune » dont la mélodie inspire un fort impact émotionnel, une souffrance sourde, ce qui en amplifie la beauté. Et le fameux Aria (« Air », BWV1068) de Bach : un sublime adagio qui fait verser des larmes exquises.

Selon moi, la musique est fortement subjective, les goûts varient selon les individus, cela ne peut pas être mis en équation. Il y a ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas, on n’a jamais vu les gens se comporter unanimement de façon déterministe quand ils écoutent de la musique.

Moi, par exemple, le metal ça donne la pêche, notamment le death metal. Groowwwwwl ! Mais pour d’autres, ils auront plutôt une réaction de rejet. C’est comme pour ceux qui disent aimer le rap, peut-être que ça leur donne la pêche, mais moi je n’aime pas.

Alors une équation ad hoc, ça contredit plutôt les faits, tant les gens ont des goûts opposés entre eux.

Une véritable étude scientifique valide, ça m’aurait mieux intéressé. Car le buzz relaté ici est plus un coup de pub qu’une vraie recherche, c’est dommage.

John Philip C. Manson