Les fourmis, électrosensibles ou sensibles au bruit ?

fourmis

Le journaliste présente ce genre d’expérience comme une preuve de la sensibilité aux rayonnements électromagnétiques. Il y a une différence entre ce que l’on observe et ce que l’on peut interpréter.

Il existe même une explication plus plausible : la sonnerie du téléphone, les fourmis sont surprises par le bruit. Sans oublier le mode vibreur quand celui-ci est activé…

Dans l’expérimentation scientifique, on ne cherche pas des preuves qui attestent et accréditent une hypothèse, mais des preuves qui réfutent l’hypothèse. La scientificité d’une hypothèse ne fonctionne pas par confirmation, mais par réfutation.

Le journalisme n’est pas le plus habilité pour parler d’expériences, ni pour informer objectivement…

Un moyen d’accréditer l’hypothèse du bruit en réfutant l’influence des rayonnements électromagnétiques : on enveloppe le téléphone dans un papier aluminium ou dans une petite cage de Faraday de façon à ce que les fourmis puissent passer assez près. Si les fourmis réagissent encore à la sonnerie tandis que les rayonnements ne peuvent plus être diffusés à cause du papier d’aluminium ou de la cage de Faraday, l’hypothèse de l’électromagnétisme est éliminée au profit de l’hypothèse du bruit.

J’ai aussi une autre hypothèse : supposons que le bruit et les ondes électromagnétiques soient sans effet sur le comportement des fourmis. Comment s’y prend-on pour truquer la vidéo ? En imprégnant les trajectoires des fourmis autour du téléphone mobile avec du vinaigre ou un répulsif chimique qui éloigne les insectes. Les fourmis sont sensibles aux bruits et surtout aux odeurs. La fraude est donc possible.

 

Quelques heures plus tard après la rédaction de mon présent article, j’ai voulu creuser la problématique. Je trouve cette vidéo sur Youtube :

Relevez bien le nom de la biologiste chercheuse.

Ensuite, en cherchant sur Google, j’ai utilisé des mots-clés précis : le nom de la chercheuse, et le mot « biais ».

Ainsi, je tombe sur ça :

 

De plus, dans la vidéo visionnable via le dernier lien hypertexte : https://www.youtube.com/watch?v=s71hfnh3X78  on peut voir un tableau de statistiques environ 5 minutes et 47 secondes après le début de la vidéo.

Il existe un biais concernant la vitesse linéaire. Les fourmis de l’échantillon témoin ont une vitesse plus rapide que les fourmis soumises au Wifi. Mais il n’y a rien de significatif dans les différences. Par exemple, lors du test 2, la vitesse linéaire moyenne des fourmis est de 12,8 (je ne sais pas quelle est l’unité de mesure) avec un certain écart-type, les autres fourmis ont une vitesse moyenne respective de 10,9 et 12,4 selon une exposition de 5 minutes puis de 30 minutes au Wifi. Or, la marge de normalité dans ce cas est une vitesse comprise entre 8,5 et 17, ce n’est donc pas une différence significative si les valeurs restent à l’intérieur de cet intervalle…

Des statistiques bizarres dans leur approche méthodologique, et biaisées.

Quant au comportement des fourmis, je fais remarquer que la chercheuse manipulent les malheureux insectes avec une pince, de quoi estropier quelque peu ces fourmis… Regardez bien ce passage vidéo, à 1 minute 12 secondes du début :  https://www.youtube.com/watch?v=pAUfd-3Q30s#t=1m12s

  • De ce fait, il ne s’agit pas d’une étude en double aveugle… Chaque expérimentateur sait quelles fourmis sont « irradiées » et les trajectoires tracées peuvent donc être biaisées (même inconsciemment).
  • Le fait que le comportement d’une fourmi soit altéré par les ondes (si cela était le cas) ne signifie pas que le comportement humain le soit aussi.
  • Les vidéos de Youtube sont souvent, et c’est malheureusement le cas ici, des publicités pour des produits vendus par une entreprise, et ne sont pas au sens strict des « documentaires scientifiques ».

 

 

En effet, c’est affligeant…

Et ces journalistes des journaux télévisés, ils se content de relayer ce genre de buzz sans le moindre esprit critique, c’est tout aussi grave…

John Philip C. Manson