Radiofréquences et tumeurs cérébrales

Dans le magazine Paris-Match du 12 au 18 février 2015, je constate un article qui parle du danger des radiofréquences sur la santé.

Je cite : « Pour la première fois en France, une loi est adoptée sur l’encadrement de l’exposition aux ondes électromagnétiques. C’est le début d’une reconnaissance du danger des radiofréquences sur la santé. Parmi les études publiées récemment, celle de l’INSERM confirme bien le lien entre l’utilisation intensive du téléphone portable et l’apparition de tumeurs cérébrales. Mais où commence l’utilisation intensive ? Et pour quels consommateurs ? Les réponses sont inquiétantes. »

Et en sous-titre : « Un danger qui pourrait guetter des milliards de gens, pire que l’amiante. »  Rien que ça, ça incite au doute…

J’ai trouvé l’étude de l’INSERM : http://presse-inserm.fr/utilisation-massive-du-telephone-portable-tumeurs-cerebrales/12519/

Si Paris-Match cite l’étude de l’INSERM comme présentant une CERTITUDE, un danger irréfutable, ce que dit l’INSERM lui-même est sensiblement plus modéré :

« Nous montrons que l’utilisation massive du téléphone portable, supérieure ou égale à 896 heures d’appels dans une vie serait associée au développement de tumeurs cérébrales. Chez ces personnes, le risque d’avoir une association positive entre l’utilisation du téléphone et le développement de tumeurs cérébrales est augmentée pour celles qui téléphonent plus de 15h par mois. explique Isabelle Baldi, coauteur de ces travaux. Cependant, il est important de souligner qu’il s’agit d’une association et non d’un lien de cause à effet. Cela ne signifie donc pas qu’une personne utilisant massivement son téléphone portable développera une tumeur au cerveau »

En examinant l’étude de l’INSERM, on s’aperçoit que parmi l’échantillon de 1339 personnes, il y en a 18,89% qui développent un gliome, et 14,49% qui développent un méningiome, tandis que 66,62% ne développent pas de tumeurs cérébrales. Ce qui faut savoir, c’est que les gliomes représentent habituellement 5 cas pour 100 000 dans la population (tous âges confondus). Et là on a 253 cas de gliomes pour un échantillon de 1339 personnes. Pourquoi cette surreprésentation de gliomes ? A cause d’un biais : l’âge moyen des personnes lors de l’étude est de 59 ans. Et l’on doit savoir que le pic de fréquence des cas de gliomes se situe justement entre 50 et 60 ans, d’où un nombre proportionnellement plus élevé de cas… Ce qui laisse croire à certains que c’est dû aux téléphones mobiles.

Mieux vaudrait un échantillon composé d’un plus grand nombre de personnes, des personnes de tous les âges (représentatifs de la population, mais pas exclusivement des seniors), et subdiviser l’échantillon en deux groupes : les utilisateurs de téléphones portables, et l’échantillon témoin composé de personnes n’utilisant pas de téléphones portables.

Parmi les facteurs de risques pour le méningiome : les facteurs hormonaux. Et pour le méningiome et le gliome : les facteurs génétiques et les rayonnements électromagnétiques ionisants.

On voit que des facteurs autres que les rayons électromagnétiques peuvent être la cause de ces tumeurs : les  causes génétiques, les causes hormonales.

Qu’est-ce qu’un rayonnement ionisant ? C’est un rayonnement électromagnétique très énergétique, donc à grande fréquence hertzienne, cela inclut les  rayons ultraviolets, les rayons X et les rayons gamma. Mais cela exclut complètement les autres rayonnements électromagnétiques comme les micro-ondes, la lumière visible, les infrarouges, et les ondes radio. Seuls les rayons ionisants peuvent endommager la molécule d’ADN, ce que les ondes radio ne peuvent pas faire.

L’on me dira que « mais si, c’est dangereux, et prouvé ! ».

Hé bien non.

Car d’après cette étude épidémiologique d’Oxford : http://ije.oxfordjournals.org/content/39/3/675  il n’y a aucune augmentation significative du risque de tumeurs cérébrales avec l’utilisation des téléphones mobiles. Et pour cause, puisque les radiofréquences ne sont pas des rayons ionisants. Dans cette étude, on voit bien un critère fondamental qui accompagne les résultats statistiques : l’intervalle de confiance à 95%, qui évalue si c’est significatif ou pas.

  • Bref, respectons les faits tels qu’ils se révèlent tels quels, et abstenons nous de sensationnalisme en exagérant les croyances préconçues… La paranoïa soulevée par le « principe de précaution » peut faire plus de mal que de bien, par les idéologies irrationnelles qu’il laisse naître…
  • Des études scientifiques sont publiées via un comité de lecture pour leur évaluation. C’est elles qu’il faut lire attentivement. Tandis que des lobbies (des associations loi 1901, mais pas des instituts scientifiques) utilisent la presse grand public (mais pas forcément l’objectivité) comme moyen de pression pour y distiller des angoisses pas toujours fondées.
  • N’oublions pas que des peurs infondées peut être à l’origine de la promulgation de nouvelles normes parfois très contraignantes…

John Philip C. Manson

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