La gématrie, la Bible et les mathématiques

INTRODUCTION

Aujourd’hui, j’ai essayé une phrase-clé dans Google afin de chercher quelque chose d’intéressant.

La phrase-clé est la suivante : « la probabilité pour que cela soit dû au hasard ».

Je m’attendais à tomber sur des résultats de niveau universitaire dans le domaine des maths.

 

NUMEROLOGIE BIBLIQUE

Mais une page a néanmoins retenu mon attention, car elle traite de numérologie biblique. Pour certains, la gématrie a un sens mystique. Pour moi, la gématrie était plutôt une forme de stéganographie afin de garantir l’authenticité d’un texte et de confondre les éventuels copies inventées par des faussaires, ce qui est plutôt un outil utile et ingénieux quand l’on sait qu’il fut appliqué dès l’invention de l’écriture. Parmi les premiers alphabets (hébreu et grec notamment), les lettres et les chiffres étaient équivalents. Le premier verset du livre de la Genèse, en hébreu, commence même (quand on lit de droite à gauche) par la lettre Aleph (première lettre de l’alphabet hébreu), qui signifie 1, chaque lettre servant à la numérotation des versets consécutifs.

Voici la page en question : https://www.cai.org/fr/tracts/bible-les-mathematiques

L’auteur de la page de cai.org s’extasie en constatant que le tout premier verset de la Bible comporte des preuves de l’existence de multiples de 7 en langue hébraïque : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. » GENESE 1:1

En hébreu, le verset contient 7 mots. Et la somme des lettres vaut 28 qui est un multiple de 7.

 

VERIFICATION DU TEXTE HEBREU DANS LA TORAH

J’ai vérifié sur la première page de la Torah : http://www.mechon-mamre.org/p/pt/pt0101.htm

בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם, וְאֵת הָאָרֶץ

Il y a bien 7 mots, et 28 lettres au total.

Ensuite, l’auteur affirme que : « il y a 3 noms : Dieu, cieux et terre. En additionnant la valeur numérique de chacune des lettres de ces trois noms hébreux, nous obtenons exactement 777 (111×7). »

Hé bien, on va vérifier ça. Depuis que je suis collégien, il se trouve que je me suis beaucoup intéressé aux alphabets différents de l’alphabet latin.

Ici dans le verset en hébreu, Dieu est désigné sous le nom : אֱלֹהִים  et cela se prononce Alohim, qui est parfois écrit Elohim dans la Bible française. Ce mot signifie « Dieu », lorsque Dieu n’est pas directement nommé Yahweh.

Ensuite, les cieux s’écrivent en hébreu : הַשָּׁמַיִם

Tandis que la terre s’écrit en hébreu : הָאָרֶץ

Et le groupe de 3 mots suivant signifie « les cieux et la terre » : הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ et cela se prononce (je suppose) « heshmim iat herez ».

J’ai additionné les mots Alohim + héshmit + harz sous leur forme hébraïque, et la somme donne bien 777 le multiple de 7.

Concernant le verset entier, il se prononcerait : « Bereshit bara Alohim at heshmim iat herez ». Prononciation d’autant difficile à trouver que les voyelles sont absentes (excepté en début de mot).

Il est raconté dans la page de l’auteur que « La probabilité que cela soit dû au hasard est pratiquement impossible ». Oui, si on définit comme non aléatoire une probabilité inférieure à 5%, voire 1%.

Quand il existe réellement des multiples de 7, il est normal que cela ne soit pas dû au hasard, puisque les hommes qui ont écrit la Bible l’ont fait intentionnellement afin de protéger le manuscrit contre les faussaires, c’est une sécurité arithmétique conçue délibérément afin de garantir (autant que possible) l’authenticité des textes. Authenticité des textes au sens où il faut comprendre qu’il s’agit de l’oeuvre originale écrite de mains d’hommes, et non au sens que c’est Dieu qui a écrit lui-même les textes…

Je vous montre un exemple de phrase de 7 mots, et dont la somme des lettres (28) est un multiple de 7 (28 = 4 x 7) :

  • Le président nous a déçu, virons-le.
  • 7 mots, et 28 lettres ! Cela me fut facile, j’ai pratiqué la poésie dans ma jeunesse. 😉

Je pense que des faussaires, qui connaissent l’existence d’une protection textuelle et mathématique de base, peuvent falsifier un texte tout en respectant l’existence de multiples de 7 de façon à laisser croire que le texte est toujours sauf donc authentique, alors qu’il ne l’est plus. Voila où je veux en venir.

De plus, on peut parier que dans un livre quelconque, on rencontre de nombreuses phrases de 7 lettres et dont la quantité de lettres est un multiple de 7, ces phrases n’existant que par le seul hasard, sans que l’écrivain quelconque n’ait écrit ces phrases délibérément.

 

QUAND LES HOMMES ONT CREE DIEU A LEUR IMAGE

Dans la page, l’auteur affirme ceci : « Vous rassembleriez ensuite les réflexions de 40 auteurs sur ces différents sujets sur une période de 1500 ans et, pour terminer, vous compileriez tout cela en un seul livre. A votre avis, qu’en ressortirait-il ? Ce serait certainement le mélange le plus invraisemblable que vous auriez jamais vu de votre vie. Les contradictions entre les différents auteurs seraient évidentes. »

Justement c’est vrai, et cela vaut aussi pour la Bible. quand on dresse l’inventaire des contradictions dans la Bible on est vite débordé.

Enfin, l’auteur de la page citée en lien au début du présent article affirme ceci : « Aucun livre jamais écrit par l’homme, quelle qu’en soit la langue, ne met aussi bien en évidence le modèle logiquement structuré, et extrêmement complexe, des 66 livres constituant les Saintes Ecritures. Cela ne fait aucun doute que seule une intelligence supérieure a pu concevoir ce Livre suprême. »

C’est sous-estimer les hommes que de les croire incapables d’être faussaires et d’être aptes à bidouiller mathématiquement les textes. L’explication, ce sont les hommes, nul besoin de l’hypothèse d’une intelligence supérieure… Le principe du rasoir d’Occam est justement d’éviter de multiplier les hypothèses superflues.

Mais ce livre ne peut être écrit que par des hommes, quand l’on voit dans les textes cette haine acharnée contre les femmes, les ennemis, les gays et tout ceux qui représentent une menace sociale, politique et religieuse… L’intolérance, les inégalités, le totalitarisme, c’est un comportement typiquement masculin… Les hommes ont conçu Dieu à leur image…

 

SUR LA FACILITE D’ECRIRE DES PHRASES DONT LE NOMBRE DE LETTRES EST UN MULTIPLE

Bon, allez, encore un exemple de phrases à 7 mots dont la somme des lettres est multiple de 7, ce n’est pas sorcier, j’y arrive c’est facile :

  • Il est sain de stériliser les cons.
  • « Heureux sont les cons qui appliquent ce supplice à eux-mêmes », dit Jésus.
  • iconlol

Il se peut que pour une phrase de 7 mots, la probabilité que le nombre de lettres dans la phrase soit multiple de 7 serait de 1/7, ce qui est plutôt courant… Je vais approfondir cette question.

Par exemple, voici un vers qui est extrait d’un poème traduit en français depuis un poème allemand (Mondnacht, de Joseph von Eichendorff) :

  • Pour que dans la clarté des fleurs
  • 7 mots, 28 lettres

J’ai réalisé un programme en langage Perl : il montre de façon certaine que la probabilité que le nombre de lettres dans une phrase de 7 mots est de 1 sur 7, ce qui n’est pas rare pour un pur hasard. Et ce hasard s’applique aussi à la Bible. Mais certains voient dans les coïncidences un sens mystique qui n’existe pas…

Vrai ou faux, de toute façon, la gématrie ça fait jaser les croyants via les forums et les réseaux sociaux selon le mécanisme de la rumeur et de la foi, les gens croient sans réfléchir, c’est une étrange alchimie mentale qui dispense les gens de rechercher les choses de façon objective et désintéressée… Pfff…

 

 CALCULS DE PROBABILITE

Pour entrer dans les détails, l’auteur de la page de cai.org a mis en évidence 8 combinaisons de multiples parmi lesquelles les deux premières sont valides : un verset de 7 mots composé d’un nombre de lettres qui est un multiple de 7, la somme de 3 mots principaux dont la somme gématrique est un multiple de 7, et le verbe « créa » en hébreux a une valeur gématrique qui est effectivement un multiple de 7.

S’il n’y avait eu qu’une seule combinaison de multiple de 7 (un verset de 7 mots dont le nombre de lettres sont un multiple de 7), il y aurait eu une chance sur 7 (donc 14,29%) que cela soit dû au hasard. Et on a vu que cela peut être un événement courant.

C’est à partir de 2 combinaisons de multiples de 7 que le hasard peut être significativement être écarté afin de soupçonner un quelconque déterminisme.

Avec 8 combinaisons de multiples de 7, la probabilité devient une chance sur 5 764 801. Et avec 11 combinaisons, la probabilité est d’une chance sur 1 977 326 743. Dans ce contexte, il est clair que ce n’est plus du hasard, ça a été voulu délibérément. Sur ce point, l’auteur de la page sur la gématrie a raison. Mais il s’égare quand il attribue ce « miracle » à une intelligence supérieure… Nous ne devons pas oublier que les mathématiques se sont développées à peu près en même temps que l’agriculture, la sédentarisation, la construction des villes, l’invention de l’écriture et l’apparition de la monnaie. Il y a plus de 3 millénaires, n’oublions pas que l’Egypte antique a fait construire des pyramides qui sont un exercice remarquable de mathématiques. Les hommes de l’époque étaient déjà d’habiles ingénieurs. C’est nul de considérer les hommes trop bêtes, et incapables de faire des maths, et de préférer suggérer qu’un dieu pense mieux à notre place… Dans le monde antique, les hommes étaient autant intelligents que les hommes d’aujourd’hui, on a tort de sous-estimer les hommes d’autrefois.

Assembler un certain nombre de combinaisons de multiples de 7 dans un seul verset est un exploit difficile, j’en conviens, mais ce n’est pas impossible. Ce sont des hommes qui ont inventé la stéganographie. Mais protéger le contenu de textes sacrés est un art difficile : des faussaires peuvent contrefaire des textes s’ils maîtrisent suffisamment les maths.

Mais même si des textes sont stéganographiés afin de limiter l’apparition de versions divergentes, les textes originaux souffrent de l’existence de contradictions dont la proportion n’est pas négligeable. Bref, un texte peut être numérologiquement parfait, mais il peut ne plus avoir de cohérence par rapport à d’autres textes de la Bible.

Un texte à la fois cohérent et mathématiquement bien stéganographié, c’est très difficile à construire.

 

John Philip C. Manson

 

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