Polémique autour de l’épreuve de physique-chimie du BAC 2015

L’an dernier, en juin 2014, j’avais consacré un article sur la polémique autour de l’épreuve de maths du Bac S 2015, jugé trop difficile par les candidats : https://jpcmanson.wordpress.com/2014/06/20/la-session-2014-de-lepreuve-de-maths-du-bac-un-carnage/

Mais cette année, à l’issue du Bac 2015, une nouvelle polémique éclate :

BAC 2015: l’épreuve de physique-chimie jugée « trop difficile », le barème revu.

Va t-on encore surévaluer les notes des mauvaises copies afin que les recalés obtiennent quand même la moyenne ?

Pfffff… L’Education Nationale n’a pas peur du ridicule… Tant de réformes afin que, finalement, des centaines de milliers d’étudiants fraîchement diplômés bacheliers se plantent complètement à leur première année d’université… Pourquoi une telle stratégie (s’il y en a une) ? Pourquoi s’acharner à survaloriser les candidats et ainsi à donner l’illusion d’une quasi-totalité de candidats ayant réussi ? Je ne comprends pas.

 

Vérification du sujet de l’épreuve de physique-chimie du Bac S 2015 de la métropole française : http://labolycee.org/2015/2015-Metropole-Exo1-Sujet-SautFelix-6-5pts.pdf

  • Exercice 1, partie 1 : des questions classiques en statique des fluides.
  • Exercice 1, partie 2 : le saut de Félix Baumgartner, là aussi ce n’est pas insurmontable. Il suffit de savoir lire des graphiques. Une question demande si l’homme a atteint une vitesse supersonique, la vitesse de l’homme en chute libre est lisible sur le graphique, et pour connaître la vitesse du son, elle dépend de la masse volumique atmosphérique, et donc de l’altitude, et les données utiles sont présentes dans l’énoncé. Ensuite on aperçoit une question ayant un rapport avec l’énergie potentielle et l’énergie cinétique dont la somme correspond à l’énergie mécanique. On peut déterminer l’altitude à laquelle Baumgartner a ouvert son parachute : on connaît la durée de la chute, on connaît les paramètres pour la poussée d’Archimède, donc le calcul est possible.
  • A la fin de la partie 2 de l’exercice 1, il est demandé l’équivalent de combien d’étages aurait sauté le parachutiste. La hauteur étalon d’un étage n’est pas mentionnée dans cette fin d’exercice, mais cela ne doit pas inciter les candidats à s’abstenir d’argumenter. La hauteur des étages la plus standard correspond au type de fonction du bâtiment, tour ou édifice :
    • 2,66 mètres, soit 16 marches pour un immeuble d’habitation récent, hôtel ou parking
    • 3 mètres, soit 18 marches pour un immeuble d’habitation ancien
    • 3,30 mètres, soit 20 marches pour un immeuble de bureaux ou hôpital (espace réservé aux câbles et à la climatisation)

Comme valeur de hauteur d’un étage, je me serais personnellement basé sur la hauteur d’un plafond, dont chacun sait que le plafond est à 2 mètres 50 du sol. J’aurais fait un raisonnement là-dessus. Ensuite, le calcul ne demande qu’une simple division à faire. Le corrigé affirme que Félix aurait pu atteindre la vitesse indiquée en sautant d’une hauteur de 4 mètres, soit approximativement du deuxième étage. En effet, j’ai eu raison de choisir 2,5 m comme étalon, j’aurais même pu choisir 2,66 m voire même 3 m ou 3,3 m (valeurs proches, mais que je ne connaissais pas), mais la réponse aurait été néanmoins correcte : 4 mètres, c’est compris entre 2,5 ou 2,66 m (sol du 2e étage) et 5 ou 5,32 m (plafond du 2e étage, ou sol du 3e étage), et 4 mètres ça colle bien au deuxième étage comme réponse car c’est entre les deux bornes, c’est la bonne réponse.

Il faut quand même être un peu neuneu pour ne pas connaître personnellement la hauteur, même approximative, entre le sol et le plafond, sinon on finirait par croire que ces jeunes sont nés hier ou même ce matin… « Papa, maman, comment on fait les bébés, comment je suis né ? Dans un chou ou sont-ce les cigognes qui m’ont amené ? »… (ironie)

La cinématique et la dynamique de Newton, ça fait bien partie du programme de physique de Terminale S.

En plus, dans le début de l’énoncé de l’exercice 1, on peut lire ceci : « la vitesse d’un mobile dans un fluide est dite supersonique si elle est supérieure à la célérité du son dans ce fluide. »   Le candidat est censé savoir cela avant l’épreuve. Pendant qu’on y est, on livre carrément toutes les réponses aux candidats, pour faciliter les choses…

 

Ensuite, il y a l’exercice 2, qui porte sur la chimie :  http://labolycee.org/2015/2015-Metropole-Exo2-Sujet-Soda-8-5pts.pdf

  • L’exercice 2 commence par demander la formule brute de la caféine (facile car l’énoncé montre la molécule sous sa forme développée). Suivi ensuite par un calcul de concentration molaire (facile aussi).
  • Ensuite : peut-on remplacer la solution aqueuse d’hydroxyde de sodium par des pastilles d’hydroxyde de sodium solide pour réaliser la synthèse ? Non ! C’est pourtant évident : l’hydroxyde utilisé est à l’état ionique, et l’ionisation implique la nécessité d’une solution aqueuse. De plus, la molécule d’eau est nécessaire dans la réaction chimique. Trop simple comme question… Puis ça demande ensuite pourquoi le chauffage à reflux est justifié : il faut contrer la volatilité des réactifs pour ne pas en perdre, et la chaleur accélère la réaction chimique. Tout simple là aussi. Et dans l’étuve il faut éviter le point de vaporisation du produit à sécher, tout comme il faut éviter l’auto-inflammation du produit (qui est une molécule organique), et plus vraisemblablement le point d’éclair (où les vapeurs du produits peuvent s’auto-enflammer en présence d’air). Ainsi, dans l’étuve, la température doit impérativement rester inférieure à 121°C.

Citer deux méthodes permettant de vérifier la nature du produit obtenu (acide benzoïque). Je propose premièrement l’inflammation du produit avec le dioxygène, on récupère et on pèse les gaz obtenus, la proportion des gaz (CO2 et H2O) peut conduire à calculer la formule développée du produit. Deuxièmement, on fond le produit à 122.35°C avec prudence, et on le place dans un réfractomètre adapté aux produits chauds : l’indice de réfraction révèle la nature du produit. Autre méthode, moins risquée que la précédente : on mélange les cristaux avec de la glace pilée, et on utilise la cryoscopie comme moyen de déterminer la masse molaire du produit. Quiconque a étudié la chimie au lycée connaît ces méthodes. Autres méthodes plus simples : vérification de la température de fusion du produit sur un banc Kofler, et la chromatographie.

 

Bilan : l’exercice de physique et l’exercice de chimie ne comportent pas de difficulté particulière. Mais où est donc le problème ? Je n’en vois aucun. J’ai été candidat au Bac dans la filière STL (Sciences et Technologie de Labo), et je vous assure que ce que j’ai eu comme épreuves à mon Bac était bien plus difficile. Je sens la différence. A mon époque, seulement 2 candidats sur 3 obtenait le Bac, pas comme maintenant où l’on dépasse artificiellement les 90% de « réussite », et où près de la moitié des candidats obtient une mention.

 

L’épreuve de physique-chimie de 2015, trop difficile ? Arrêtez de chialer et de dire des conneries…

Les profs de fac n’ont pas fini d’être désabusés devant des milliers d’étudiants contents d’eux mais complètement illusionnés… A croire que la hantise de chaque proviseur de lycée est d’avoir son propre lycée en queue de classement.

Regardez ces documents PDF, voyez à quoi ressemblaient les sujets de maths au Bac S de 1993 : http://www.apmep.fr/Annee-1993-15-sujets   On remarque une nette différence, c’est plus dur.

Si l’on donnait les sujets de maths de 1993 aux candidats du Bac actuel, il n’y aurait pas de pétition de protestation, mais plutôt une révolution…

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  • N’oublions pas qu’autrefois, les correcteurs retiraient un point pour chaque faute d’orthographe ou de grammaire constatée… De nos jours, les zéros pointés pulluleraient si cette technique était encore appliquée… Mais maintenant, le laxisme règne en maître. Des fautes horribles sur les feuilles, des fautes que chacun faisaient mais quand ils étaient au CE1 mais là ils seront bientôt à la fac… Les fautes ça pique les yeux… La moutarde aurait moins fait d’effet. J’ai une cousine qui est ingénieur, le 20 juin dernier elle m’a envoyé une carte avec un texte qu’elle a écrit, belle écriture mais, sans la juger, elle a une écriture avec des fautes d’orthographe atroces, bref elle est ingénieur mais elle écrit avec médiocrité, mais comment une telle anomalie peut-elle être possible, franchement ? Ce ne serait qu’une faute dans un texte d’une page, c’est tolérable, mais des fautes à toutes les phrases c’est abusé… Moralement, écrire avec des fautes, c’est à la fois manquer d’amour-propre et manquer de respect envers les lecteurs à qui les textes sont destinés.

 

Et pour clore ce présent article, voici un texte intéressant de Jean-Paul Brighelli :  http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jean-paul-brighelli/bac-2015-brighelli-enseignants-notez-les-copies-ce-qu-elles-valent-vraiment-17-06-2015-1937096_1886.php    Il a raison, il faut s’insurger contre les notes surévaluées, il faut que cette comédie cesse !

J’en suis témoin, le niveau réel au bac ne monte pas, les élèves candidats se montrent parfois incapables de résoudre des exercices qu’ils devraient pourtant savoir faire, et à plus forte raison qu’ils ont choisi le bac scientifique. Notez les copies ce qu’elles valent réellement Seule la politique de l’effort, en versant de la sueur et des larmes, paie vraiment. La (vraie) réussite vient de l’effort. Sans efforts, nous serions pareils à des poissons morts qui flottent et qui sont emportés par le torrent. L’effort, c’est une nécessité qui prouve notre valeur, qui montre qu’on est vivant. Mais les pédagogues ont créé des générations de moutons… Et ça, ce n’est pas du tout rendre service à la jeunesse.

Notez bien que sans efforts, les maths n’existeraient même pas. La logique, la réflexion, la recherche, ça demande des effort et de la persévérance, et sans ça, les maths ne pourraient pas exister. Je me demande si les concernés en ont conscience…

Ecole de la République, tu es tombée bien bas…

La preuve :

  • Selon les derniers chiffres officiels, 40% des jeunes entrant en Sixième au collège n’ont pas acquis, en 5 années d’école primaire, une maîtrise suffisante de la lecture et de l’expression orale et écrite en français afin de pouvoir lire en comprenant ce qu’ils lisent et rédiger en français à peu près correct afin d’être eux-mêmes compris par ceux qui les lisent. Oui, 40%, dont en détail :
    – 15% d’élèves ne sachant pas lire du tout,
    – et 25% qui déchiffrent laborieusement, mais trop mal pour pouvoir comprendre ce qu’ils lisent…
  • Ainsi, comment ces élèves peuvent-ils ensuite suivre normalement le reste de leur scolarité ?

Mais pourquoi fait-on cela à la jeunesse ? Pourquoi en est-on arrivé là ?

Dire que le niveau actuel relève de l’illettrisme est malheureusement vrai. La maîtrise du langage conditionne la capacité de penser. Saborder l’enseignement, c’est sacrifier la pensée de ceux qui nous succéderons, c’est leur nuire. C’est même inciter les gens à préférer la facilité le plus tôt possible, et ça n’est pas leur rendre service. A croire que tout cela a été voulu. Il n’y a pas de logique à ça. Je ne comprends pas.

Quand on voit comment le Bac est bradé actuellement, c’est honteux, il n’y a pas d’autre mot… C’est une honte. Une catastrophe.

A vaincre sans effort, on triomphe sans mérite.

 

Remarque du 4 juillet 2015 : c’est absolument ahurissant ! Non seulement les candidats reverront leur copie revalorisée par 3 points supplémentaires en moyenne, en surnotant les questions les plus faciles de l’épreuve de physique-chimie, mais je viens d’apprendre que les candidats ayant été recalés au Bac 2015 pourront conserver leurs meilleures notes pour passer le Bac 2016. C’est se foutre du monde !

John Philip C. Manson

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