Le QI ne fait pas le génie

Je suis sidéré par l’article de Science et Avenir… Ce magazine évoque une étude menée par deux psychologues de l’université de Californie qui ont revisité l’étude d’une psychologue américaine de l’école de médecine de Yale, Catharine Cox, datant de 1926.

Pour entrer dans les détails, Catharine Cox donna une estimation du QI de célébrités qui vécurent à une époque où les tests de QI (et plus particulièrement les tests de QI pour adultes) n’existaient pas encore. C’est peu avant la Première Guerre Mondiale que le docteur Binet a conçu un outil psychométrique, mais cet outil était destiné à dépister les jeunes enfants en situation de retard scolaire (en termes de développement intellectuel par rapport à une moyenne d’enfants du même âge physique). C’est vers les années 1950 que les tests de QI notamment pour adultes ont été mis au point. Puis vint la mode de la surdouance, qui s’éloigne de la finalité initiale qui était de dépister des enfants ayant un retard du développement mental.

Ce que je souligne, c’est l’ineptie qu’est la prétention d’évaluer des QI sans utiliser les tests de QI. Les tests de QI souffrent eux-mêmes d’un biais : l’écart-type pour la valeur d’un résultat d’un test de QI est d’environ 11 points de QI. C’est-à-dire que pour un QI quelconque que l’on a « mesuré », il existe une incertitude de plus ou moins 11 points : par exemple, une personne a un QI de 126 d’après le test, mais selon un point de vue statistique, ce QI est plus vraisemblablement de 126 plus ou moins 11 points (c’est-à-dire que la valeur est comprise dans l’intervalle [115 ; 137]).

Ainsi, l’incertitude autour de la valeur d’un résultat de test de QI est de l’ordre de 20 à 25%.

Mais lorsque l’on bidouille des grandeurs quantitatives sur la prétention à pouvoir estimer un QI sur l’appui de biographies ou des oeuvres écrites de célébrités, c’est complètement inepte. En effet : Jean-Jacques Rousseau, Rembrandt, Blaise Pascal, Mozart, Isaac Newton, Charles Darwin, ils ont vécu bien avant l’invention des tests de QI. A ce niveau de spéculation, la marge d’incertitude peut donc être énorme… Cette spéculation peut même tout simplement être fausse de A à Z… Et en aucun cas elle ne peut être utilisée dans une étude scientifique pour donner un quelconque crédit à l’hypothèse d’une causalité (ou l’absence de causalité) entre le QI et l’originalité/créativité.

Ce qui me surprend, c’est que l’étude menée par les psychologues s’appuie sur ladite spéculation pour livrer un résultat qui peut être faux lui aussi.

Voici un diagramme (celui que l’on voit dans l’article de Science et Avenir) :

QI-genius

On y voit le score d’originalité en fonction du QI. Les psychologues auraient trouvé une corrélation qui suggère que l’originalité n’est pas liée aux plus hauts QI au-delà de 120, alors que moi-même je n’observe aucune corrélation nulle part. Je ne suis donc absolument pas convaincu.

En effet, lorsque des points sont dans un diagramme, l’on devrait observer une tendance pour conclure à une corrélation : une droite, une gaussienne, une parabole, une loi exponentielle, etc… Mais là on n’observe qu’un nuage difforme de points, sans tendance réelle, et rien de significatif.

  • Pour illustrer un exemple concret et récent : ma recherche sur la durée de vie d’une ampoule électrique non défectueuse qui a une probabilité de 1/42 de griller au cours des prochaines 24 heures. Dans cet exemple concret, j’avais employé une simulation informatique dont les résultats montraient une tendance nette : sur le site http://www.wolframalpha.com, j’ai introduit mes résultats sous forme de points à tracer dans un graphe, et voila ce que ça a donné. Voir ici : http://www.wolframalpha.com/input/?i=exponential+fit+{1%3B0.024}%2C{10%3B0.0193}%2C{20%3B0.0149}%2C{30%3B0.0119}%2C{40%3B0.0093}%2C{100%3B0.0022}%2C{200%3B0.00018}

exponential-law

Mes résultats avaient conduit vers la conclusion que le grillage d’une ampoule électrique suit une loi exponentielle de la forme y = 0,024×e^(-0,024×x) où la constante lambda est 0,024. Voila un exemple très significatif par une preuve empirique.

Mais en ce qui concerne les psychologues et le nuage de points dans le diagramme exprimant l’originalité en fonction du QI, on ne voit pas de loi mathématique révélant clairement une causalité… Je suis dubitatif.

Dans un nuage de points, on peut trouver tous les alignements de points que l’on veut, mais ce seront généralement des alignements dus au hasard. Arguments ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2014/07/11/topometrie-alignement-de-sites-statistiques-et-probabilites/

Il existe une différence entre découvrir soudain quelque chose à laquelle on ne s’y attendait pas et décider qu’il existe nécessairement une causalité (préconçue) en dépit des faits qui ne révèlent rien…

A travers la politique du « publish or perish », le monde de la recherche risque évidemment de tirer des conclusions échevelées en annonçant des corrélations là où il n’y en a pas forcément… De toute façon, la psychologie n’est pas une science exacte…

Ce n’est pas parce que des études sont publiées que cela signifie qu’elles sont la Vérité. Il faut toujours avoir un regard critique sur les études scientifiques de recherche, même quand elles paraissent sérieuses. Il faut toujours rester prudent. L’erreur est humaine. Ayant exercé autrefois dans le commerce, je déclare que lors de chaque livraison de marchandises sur des palettes, j’ai fréquemment observé qu’il manquait environ 1% des produits (je contrôlais moi-même les entrées), ce qui prouve dans cet exemple que l’on n’est jamais sûr de rien et qu’il faut toujours vérifier. Dans le monde de la recherche scientifique, c’est pareil, il faut évaluer la solidité des théories plutôt que leur faire confiance aveuglément.

 

Humour :

  • Quand j’écoute un CD de Mozart à l’envers, on entend la voix angélique des extraterrestres qui récitent une doctrine New Age, je vais donc publier en urgence mon étude dans les magazines Voici et Gala.

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© 2014 John Philip C. Manson

 

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