Rendre les maths attirantes

Il est évident qu’il faut relever le niveau exécrable des élèves en ce qui concerne les mathématiques (idem en ce qui concerne la maîtrise du français, notamment à l’écrit). Mais soyons conscients que ce ne sont pas 100% des élèves qui excelleront en maths. Que les élèves parviennent au moins à la moyenne en maths, ce sera déjà bien.

Mme la ministre a compris l’enjeu des maths : il faut donner aux élèves le goût des maths. Et il faut commencer par tordre le coup à ce stéréotype selon lequel c’est « normal » d’être NUL en maths… Être nul, ce n’est justement pas normal : c’est soit parce que l’élève ne bosse pas assez, soit parce que l’enseignant n’est pas compétent, soit parce que l’enseignement n’est pas adapté.

Avant d’adopter l’idée selon laquelle l’on doit considérer les maths comme un jeu « pour que cela plaise aux élèves », il faut d’abord être conscient de l’utilité et de l’intérêt des maths. La pire erreur est de croire que les maths ne servent à rien. Les maths servent dans un grand nombre de domaines variés. Les maths sont essentiellement basées sur la logique et la réflexion : il faut surtout les considérer comme un travail qui demande des efforts devant être perçus comme un défi motivant et non comme une corvée, plutôt que comme un jeu qui doit faire plaisir aux élèves et qui risquerait de les dispenser de réfléchir… Au lieu de faire un certain manichéisme entre jeu/plaisir et travail/corvée, ne vaudrait-il pas mieux de valoriser le travail, dont l’issue est la satisfaction après des efforts ? L’enjeu n’est pas le plaisir à travers la paresse, mais le mérite. La satisfaction, après un travail bien fait. Voila comment je perçois les choses.

Il est vrai que l’informatique et les maths sont des disciplines souvent liées, mais en ce qui concerne l’enseignement des maths à l’école primaire, au collège et au lycée, la problématique concerne essentiellement l’enseignement des bases des mathématiques, la compréhension de ces bases. Il faut aussi en finir avec le stéréotype selon lequel les femmes sont significativement moins douées que les hommes en mathématiques : c’est la société qui instaure ce conformisme inégalitaire auquel on finit bêtement par y croire, mais la réalité réside dans le fait que l’intelligence n’est pas innée mais acquise par nos propres expériences, et qu’elle ne doit pas se laisser influencer par des stéréotypes qui dévalorisent les femmes. Des femmes mathématiciennes, j’en ai déjà vues, elles existent, mais les médias n’en parlent pas ou peu. Qui à part les médias est pire dans la survalorisation des hommes par rapport aux femmes ? Les femmes ne sont pas plus nulles en maths que les hommes, la réussite ne dépend que de soi-même, en prenant confiance en soi, et en se plaçant au-dessus des sarcasmes inégalitaires.

Je repense à la polémique qui a entâché le bac S de mathématiques en juin 2014. Pour que les élèves se plaignent de la difficulté apparente de l’épreuve, c’est qu’il existe un réel problème. Ils n’ont pas le niveau requis, alors que les exercices sont conformes au programme.

L’échec face aux mathématiques vient peut-être du fait que les élèves n’ont pas été habitués assez tôt à réfléchir, par rapport à un certain conformisme fondé sur les pensées intuitives et émotionnelles. La pensée basée sur la logique n’est pas développée assez tôt. L’on apprend à lire, oui, mais à partir de quand l’on commence à apprendre à résumer le contenu d’un livre, à placer des raisonnements dessus, à en faire une analyse critique ? Quand c’est tard ou trop tard. L’on devrait apprendre à raisonner avec la logique en même temps que l’on apprend à calculer et à lire. Plus on commence tard à apprendre une chose, plus dur est de la comprendre et de l’assimiler.

L’enjeu de la pensée rationnelle et de la logique, c’est la capacité autonome d’analyser des choses comme les pseudo-sciences et les impostures intellectuelles afin de ne pas en être les victimes. Le succès actuel (et grandissant) de l’irrationnel, du paranormal, des parasciences et des pseudo-sciences vient du manque de recul critique dont la carence est le défaut d’une pensée analytique fondée sur la logique. La maîtrise des maths permet de relever le niveau de l’aptitude à l’esprit critique, mais je ne me fais pas d’illusions : cela n’empêche pas que des esprits logiques restent parfois irrationnels, cela fait peut-être partie de la nature humaine (ce n’est pas parce qu’un savant obtient un prix Nobel que cela signifie qu’il est fondamentalement intelligent). Un exemple : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2007/10/20/le-scandale-ne-des-propos-racistes-du-prix-nobel-james-watson-s-amplifie_969190_3222.html  Si Dieu avait vraiment fait l’Homme à son image, le Créateur n’a pas de quoi s’en vanter… Quand aux diplômes, ils prouvent qu’on a fréquenté longtemps les écoles, mais ils ne prouvent en aucune manière l’intelligence, puisque l’attrait pour l’irrationnel augmente même d’autant que le niveau des études est élevé… (Les cadres sont-ils influencés par des coaches douteux ?) Preuve ici : http://revueagone.revues.org/docannexe/image/833/img-3-small490.jpg  L’école remplit bêtement les cerveaux plus qu’elle ne forme à l’esprit critique.

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

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