Elle reprend vie 45 mn après un arrêt cardiaque ?

Je tombe sur cette page douteuse.

Je résume le contenu :

  • « Ruby, 40 ans, s’est spontanément réveillée 45 minutes après avoir été déclarée en arrêt cardiaque à la suite d’un accouchement. »
  • « Alors inconsciente, Ruby Graupera-Cassimiro a subi deux heures de tentatives de réanimation avant que son coeur ne s’arrête définitivement. 45 minutes plus tard, les médecins décident même de prévenir la famille du décès. «Une fois que nous avons dit ça, c’était reparti», a expliqué un médecin anesthésiste au Sun Sentinel. Un «bip» s’est déclenché en provenance du moniteur et le coeur a recommencé à battre. « 

J’ai du mal à y croire.

On constate juste des témoignages par la voie des médias. Mais aucune évaluation scientifique de l’événement.

Ce qu’il faut rappeler, c’est que lorsque le coeur ne bat plus, le sang ne peut plus circuler, et ne peut plus oxygéner les organes, en particulier les organes vitaux comme le cerveau, le foie, les reins… Et en cas d’arrêt cardiaque, on n’a que 4 à 5 minutes pour tenter une réanimation cardiorespiratoire, les minutes (courtes et précieuses) sont comptées, et au-delà de 5 minutes après un arrêt cardiaque, c’est la mort assurée…

Mais 45 minutes après l’arrêt de la réanimation ayant échoué, ce n’est pas possible. Le cerveau, le foie, les reins, en particulier, ne peuvent pas survivre en l’absence d’oxygène.

Seule la cryogénisation ou un refroidissement du corps (en passant de 37°C à 5°c environ) pourrait expliquer un réveil 45 minutes (au lieu de 5 minutes) après la réanimation. Mais déjà, en-dessous de 15°C de température corporelle, c’est très risqué, l’hypothermine pouvant être fatale. Le refroidissement de la température corporelle est utilisé parfois dans certaines opérations délicates, comme dans le cas de longues heures d’opérations chirurgicales du cerveau. Mais dans le cas de l’anecdote douteuse sur la femme enceinte, je ne pense pas qu’il y ait eu un refroidissement.

Lorsqu’il n’y a plus d’apport en oxygène au cerveau, comme dans le cas d’un arrêt cardiaque, cela cause toujours des atteintes cérébrales transitoires ou définitives, selon la durée écoulée après l’arrêt cardiaque.

Je cite : « Au repos, la consommation d’oxygène du cerveau est la plus importante de tous les autres organes (12 fois plus grande que celle du cœur) avec de faibles réserves énergétiques. Si l’alimentation en oxygène est interrompue ou réduite, le métabolisme cellulaire se fait pendant quelque temps en anaérobiose. La dégradation du glucose entraîne alors une production d’acide lactique assez rapidement toxique pour les neurones. Ainsi l’anoxie cérébrale entraîne d’abord l’épuisement des réserves en glucose des cellules (déplétion énergétique), puis leur destruction progressive (mort des cellules) qui libère des subtances toxiques pour les cellules voisines. Il en résulte des lésions irréversibles dont le volume croit avec la durée de la phase d’hypoxie.«     – Source :  http://dictionnaire.academie-medecine.fr/?q=enc%C3%A9phalopathie%20anoxique

Je cite : « Le coma post-anoxique est la troisième cause de coma après les traumatismes et les intoxications médicamenteuses. Environ 80% des patients qui survivent à un arrêt cardiaque avecune réanimation cardio-pulmonaire présenteront un coma. Plus la durée de celui-ci est longue, plus les chances de récupération diminuent. »

Ci-dessus, c’est dans le cadre du délai de 4 à 5 minutes environ… Bien au-delà de 5 minutes, c’est le coma, et la mort, très probable quand on parle de 45 minutes d’anoxie après la réanimation ayant échoué.

 

Hypothèses :

  • Un canular pour faire parler de l’hôpital dans les médias (forme de publicité/marketing)
  • Un canular religieux, afin de « convaincre » de nouveaux fidèles
  • Il n’y avait peut-être pas d’arrêt cardiaque : le pouls cardiaque pourrait avoir été imperceptible mais non inexistant
  • L’électrocardiogramme était mal branché…

Ces hypothèses sont peut-être simples, mais elles sont plus réalistes et plus plausibles qu’un miracle divin.

Se réveiller 45 minutes sans n’avoir pu respirer (c’est le sang oxygéné en circulation qui assure la survie du cerveau), puis se réveiller sans séquelles, c’est impossible.

De plus, le sang se charge en toxines qui ne sont plus filtrées par les reins… Et le pire, le sang qui ne circule plus peut commencer à coaguler, même avant la mort cérébrale…

Statistiquement, en médecine, il existe des taux de faux positifs sur les circonstances de mauvais pronostic… C’est même connu des médecins.

D’après un rapport nommé « Pronostic neurologique après anoxie cérébrale », la durée moyenne entre arrêt cardiaque et réanimation réussie est de 12,2 minutes. Ainsi, si cette valeur moyenne est dans le cadre d’une distribution de Poisson (en statistiques), alors la probabilité pour qu’une réanimation réussie soit réalisée après 45 minutes et au-delà est d’environ 2×10⁻²⁰, c’est-à-dire une chance sur 5 milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards. Autrement dit : 45 minutes ou au-delà, ça n’arrive jamais. En revanche, une réanimation réussie moins d’une minute après un arrêt cardiaque, c’est probable pour un cas sur 2700 environ, ça c’est possible.

Le plus récent record d’apnée statique, homologué, est de 11 minutes 35 secondes, en 2009 (record obtenu par un français : Stéphane Mifsud). Personne ne peut se vanter d’avoir accompli un exploit meilleur. L’apnée est un sport difficile qui nécessite une concentration énorme, une maîtrise totale de soi, et une grande capacité pulmonaire, avec des années d’exercices de préparation.

45 minutes sans respirer (puisqu’il n’y a plus d’oxygénation cérébrale sans circulation sanguine), puis se réveiller sans séquelles, c’est biologiquement impossible. Quarante cinq minutes, c’est énorme. Dans le meilleur des cas, l’issue est un état végétatif irréversible. Dans le pire des cas, c’est la mort cérébrale.

Les médias sensationnalistes se moquent de nous…

 

Tiens, et si je racontais avoir aperçu le monstre du Loch Ness dans la Seine la nuit dernière ? Et qu’une vingtaine de complices affirment eux aussi la même chose ? Ainsi des (faux) témoignages paraîtront plus vrais, quand il y a plusieurs personnes. Dans ces conditions, on peut être quasi-certain que certains médias en profiteront pour parler de l’affaire. Vendre, c’est plus important que douter, et peu importe que cela soit vrai ou pas, pour les journalistes…

 

Ajout du 12 novembre 2014 :

Je cite : « Une partie du liquide amniotique (contenu dans le placenta qui entoure le foetus) pénètre dans son sang et remonte jusqu’au cœur de la quadragénaire, qui va alors s’arrêter progressivement de battre. »

Le placenta est un organe intermédiaire entre le cordon ombilical et l’utérus. C’est la membrane amniotique (nommée également amnios ou sac amniotique) qui est la poche qui contient le liquide amniotique, pas le placenta… Ainsi, pourquoi croire le journalisme au sujet d’un « miracle » médical s’il confond l’amnios et le placenta ?

On apprend dans cette page que l’arrêt cardiaque a été causé par la diffusion accidentelle de liquide amniotique dans le sang… C’est donc un empoisonnement. Et en cas d’arrêt cardiaque, les reins n’assurent plus leur rôle de filtrage du sang, mais si les reins avaient fonctionné ils auraient été endommagés par l’intoxication du sang, il y aurait dû y avoir une atteinte rénale grave…

Or non seulement la patiente se serait réveillé après 45 minutes, mais elle en ressortirait sans séquelles…

Derrière cette médiatisation, il y a de la propagande mystique qui sous-entend un miracle. Et pourquoi les médias américains ne parlent de miracles qu’aux Etats-Unis mais pas ailleurs ?

Foutaises… Cela se pourrait qu’il n’y ait jamais d’arrêt cardiaque, mais s’il y en eut un il n’aurait pas pu durer 45 minutes, et la patiente n’aurait pas pu se désintoxiquer spontanément de l’embolie amniotique qui aurait dû provoquer la formation de caillots sanguins et déclencher un AVC mortel…

Non mais allô quoi…

beee

© 2014 John Philip C. Manson

Advertisements