Scepticisme sur certains effets préventifs contre le cancer de la prostate

Je viens de regarder l’émission TV « Le magazine de la santé » sur la chaîne « France 5 » . Malgré une étude médicale qui affirme qu’avoir plus de 20 partenaires féminins aurait un rôle protecteur contre le cancer de la prostate, l’un des médecins présents sur le plateau de télévision, le Professeur F. Haab (un urologue), dénonce qu’il n’existe pas de preuve scientifique sérieuse sur cette allégation.

Ayant eu vent de cette étude quelques jours plus tôt sur le web (via news.google.fr), je suis aussi moi-même sceptique sur cette étude.

Les traces médiatiques de cette étude médicale provient du Québec :

L’étude fut réalisée par 3 chercheuses.

Quel effet psychologique cette étude peut-elle produire lors de sa diffusion ? Le cancer fait peur, surtout celui de la prostate quand on est un homme. Comme la peur rend prévisible, certains hommes crédules, ayant peur du risque de cancer, vont peut-être décider à multiplier leurs aventures sexuelles…

La première chose que cette étude m’a fait penser : inciter à relancer la natalité dans un pays menacé par le vieillissement de la population. Hypothèse plausible, pourquoi pas ?

Cette étude m’a aussi fait penser à une forme de publicité ou d’auto-promotion.

Je n’affirme pas que l’étude repose sur des données truquées. Ces données statistiques peuvent être authentiques, mais conduire à des biais qui faussent les conclusions. Il faudrait trouver, par exemple, la probabilité que les résultats aient été influencés par le HASARD. Oui, des écarts statistiques peuvent exister par le hasard. Et surtout, et je souligne cela ici, lorsqu’il y a une apparente corrélation entre deux faits (le cancer de la prostate et l’activité sexuelle), IL FAUT POUVOIR EXPLIQUER LE LIEN DE CAUSALITE APPARENT. Si l’on ne réussit pas à expliquer un tel lien, en vain, on peut suspecter la présence d’un biais statistique (une corrélation apparente, mais absence de causalité réelle).

La question à se poser : aurait-on pu obtenir les mêmes résultats statistiques par le seul fruit du hasard ? Pour le savoir, il faut connaître le taux moyen de cancer de la prostate dans la population masculine et connaître aussi le taux moyen d’hommes ayant une vie sexuelle très active… A partir de ces deux paramètres, on peut montrer des exemples statistiques et probabilistes assez intéressants.

Au cours de leur vie, les hommes ont eu, en moyenne, 11,6 partenaires sexuels. Cela fait quel pourcentage d’hommes parmi le total d’hommes qui ont eu plus de 20 partenaires dans leur vie ? Voila un détail intéressant. Si ce taux est sensiblement faible par rapport au taux de la moyenne, alors cela fait combien d’hommes ayant eu plus de 20 partenaires pour un échantillon de 3200 hommes ? Voila une question intéressante dont je suis curieux de ce que pourrait être la réponse. D’après une loi statistique, il y aurait (sur une base moyenne de 11,6 partenaires) environ 1,2% des hommes qui auraient plus de 20 partenaires dans leur vie. Cela voudrait dire à peine 40 hommes dans l’échantillon de 3200 hommes. Mais pour réduire le taux de cancer de 28%, ces hommes qui ont été sexuellement actifs devraient être significativement plus nombreux.

1590 hommes ayant eu le cancer de la prostate pour un échantillon de 3200 hommes, on est loin du taux naturel statistique : de 2005 à 2009, environ 267 500 hommes ont été diagnostiqués comme cancéreux prostatiques (soit 0,8% environ de la population masculine française).

Assailli de doutes, j’ai voulu approfondir le sujet, et voir jusqu’où cela mène.

J’ai trouvé cette page intéressante :

Ainsi, la circoncision protègerait du cancer de la prostate ? Alors, cette polémique qui avait fait bruit dans les médias il y a plusieurs mois, ça proviendrait du même institut, et de la même personne… Pourtant, cet institut canadien semble sérieux (il est l’équivalent du CNRS français). Pourtant, la médecine indique qu’en l’absence de prépuce, le gland est plus vulnérable (la circoncision n’empêche pas les microsaignements lors des rapports sexuels)…

Mais là, il est évident que personne ne peut expliquer pourquoi la circoncision protégerait du cancer de la prostate… Peut-être bien parce qu’il n’y a pas de causalité du tout… D’ailleurs, un indice met à mal cette causalité apparente : la conclusion de l’étude est inversée lorsque les hommes sont homosexuels, et là non plus personne n’est capable de donner une explication convaincante ! Je cite : « l’étude scientifique qui a débuté en 2002 montre que les hommes qui ont eu des relations avec plus de 20 hommes couraient deux fois plus de risque d’être atteints d’un cancer de la prostate. » L’hypothèse que je retiens : avec des résultats contradictoires, pourquoi ne pas conclure que l’étude statistique est biaisée ?

Les hommes homosexuels, combien sont-ils théoriquement dans l’échantillon ? Environ 1% à 5% des 3200 hommes, soient environ 32 à 160 hommes seulement, et c’est bien peu en comparaison des 1590 cancéreux qui représentent ici 49,7% (la moitié !!!) de l’échantillon de 3200 hommes. En ce qui concerne la conclusion (peut-être biaisée) que les gays aient finalement plus de risques de cancer de la prostate, mieux aurait valu constituer un échantillon exclusivement composé de quelques milliers d’hommes homosexuels, pour avoir une conclusion plus fiable.

  • La question à se poser aussi : quel doit être l’écart pour qu’une comparaison montre un résultat significatif ?
  • Le travail publié par les chercheuses a t-il été évalué, comme cela se fait pour toute publication scientifique ?
  • Quels résultats aurions-nous obtenus avec des échantillons plus grands (10000 ou 100000 voire 1 million d’hommes) ?
  • Pourquoi les chercheuses font-elles la distinction entre le coït avec des partenaires et la masturbation, alors que ces deux activités sont équivalentes pour la prostate ?
  • Pourquoi n’y a t-il aucune explication convaincante que les gays auraient un risque de cancer double de celui de la moyenne nationale, tandis que les hommes hétérosexuels sexuellement actifs avec des femmes auraient 28% de risque en moins ? Et ceux qui se masturbent (les hétéros, et les gays), quels sont leurs risques, sont-ce d’autres données contradictoires ?…

Selon moi, le scepticisme du médecin invité dans l’émission « Le magazine de la santé », le Professeur F. Haab, à propos des conclusions de cette étude statistique, est légitime. Il a absolument raison.

Au lieu de prendre un échantillon neutre, c’est-à-dire représentatif de la population masculine, présentant le même taux de cancer de la prostate par rapport à l’ensemble de la population, l’échantillon ayant servi à l’étude présente un grand nombre d’hommes cancéreux par rapport au total de l’échantillon (1590 cancéreux prostatiques pour un échantillon de 3200 hommes).

 

Ce n’est pas à proprement parler une critique que j’ai fait ici, je dis seulement que c’est toujours intéressant que des chercheurs découvrent des corrélations, mais il est toujours nécessaire et indispensable d’évaluer les conclusions des recherches. D’ailleurs, à l’index du site internet de l’émission TV « Allô Docteur » (diffusée juste avant « Le magazine de la santé »), on peut lire ce texte qui résume bien notre contexte ici : « Ce n’est pas parce qu’une info est reprise partout qu’elle est forcément vraie… Les rumeurs passées au crible par la rédaction. »

Bref, ce n’est pas parce qu’on est un homme fidèle que cela signifie que l’on risque d’avoir le cancer de la prostate ni que ce « risque » signifie que ça serve de prétexte, d’excuse ou de courage pour devenir un coureur de jupons… Il faut être naïf ou con pour obéir inconsciemment par un réflexe conditionné suggéré par les journalistes ou les scientifiques qui publient un peu de tout et n’importe quoi… Un bon coup de pied au derrière, il paraît ainsi que ça remonte par la colonne vertébrale pour remettre ensuite les idées en place…

 

—-

Il paraît que l’ablation du cerveau protège du cancer du cerveau. C’était si simple, et c’est radical !

Maintenant, quand j’éclaire mon oreille avec une lampe, cela fait apparaître une lueur dans mes yeux.

iconlol

 

  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. »

© 2014 John Philip C. Manson

 

Publicités